‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 72 sur 219 · FAL · texte numérisé non relu

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v. 11, et que c'est pour nous le procurri iju'il est venu sur la terre.

Mais une grande question parmi les Ibéo Ioniens est de savoir en quel sens Dieu vent sauver tous les hommes ; en quel sens Jésus-Christ en est le Sauveur pendant que tous ne sont pas sauvés. On demande si celle volonté de Dieu, si souvent attestée dans les saintes Ecritures, est sincère, produit quelque effet, ou si c'est ui\n simple velléité de iaqnelle il ne résulte rien. Conséqucmme.il, i! s'agit de savoir si Jé*U9"Christ a voulu réellement le sulul de tous les hommes , s'il est mort pour tous, de manière que tous, sans exception, aient quelque part au prix de sa mort ; enfin, si, en vertu de son sacrifice, tous les hommes reçoivent des grâces et des secours par lesquels ils seraient conduits au salut, s'ils étaient lidèles à y correspondre. Déjà, au mol Kédemption, nous avons fait voir que, suivant nos livres saints, ce bienfait s'étend à tous les enfants d'Adam sans exception, quoique tous n'en ressentent pas également les effets. Au mot Giiace, § 3, nous avons cité un grand nombre de passages qui prouvent qu'en vertu des mérites de Jésus-Christ, ce don de Dieu est accordé à tous, quoique tous ne le reçoivent pas en môme abondance. Mais comme c'est ici la plus consolante vérité qu'il y ail dans le christianisme, que cependant il y a encore un bon nombre de théologiens qui s'obstinent à la méconnaître, on ne doit pas nous savoir mauvais gré de ce que nous aimons à en répéter les preuves. Nous apporterons, 1° celles qui concernent la volouié de Dieu ; 2° celles qui regardent le dessein de Jésus-Christ dans la rédemption ; 3° la distribution de la grâce ; k" nous examinerons le sentiment des Pères de l'Eglise, particulièrement de saint Augustin ; 5" nous répondrons aux objections.

1. Dieu a déclaré formellement sa volonté dans l'Ancien Testament : il est dit dans le psaume cxxxxiv, v. 8, que le Seigneur est miséricordieux, indulgent, patient, rempli de bonté, bienfaisant à l'égard de tous ; ses miséricordes sont répandues sur tous ses ouvrages. Or, s'il y a un seul homme que Dieu n'ait pas sincèrement voulu sauver, en quoi consiste la bonté et la miséricorde de Dieu à son égard ? — Sap., c. xi, v. 23: Vous avez pitié de toits, Seigneur, parce que vous pouvez tout ;.... vous aimez tout ce qui est , vous n'avez d'aversion pour aucun de ceux que vous avez créés;.... vous pardonnez à tous, parce que tous sont à vous qui aimez les âmes. Cap. xn, v. 1 : Que vous êtes bon, Seigneur, et indulgent à l'égard de tous! Y. 13 : Vous avez soin de tous, afin de faire voir que vous jugez avec justice. Y. 10 : C'est votre puissance qui est la source de votre justice, et parce que vous êtes le souverain Seigneur de tous, vous pardonnez à tous. V. 19: Par celte conduite vous avez appris à votre peuple à être juste et humain, etc. Voilà un langage bien différent de celui de certains théologiens ; ils disent que Dieu, en vertu de sa puissance el de son souverain domaine,

pourrait sans injustice damner le monde entier; l'auteur sacré, au contraire, soutient que c'est en vertu de celte pui>sance absolue el de ce domaine souverain que Dieu esl bon, patient, miséricordieux a i'égard de Ions. Les premiers nous peignent Dieu comme un sultan , un despote , un maître redoutable ; le second nous le représente comme un père tendre, aimable : il n'est pas dilficile de juger de quel côté esl ici l'esprit de Dieu. — Gen., cap. vi, v. 6, noas lisons que Dieu ressentit de la douleur dans son c:r-ur, lorsqu'il résolut de faire périr le genre humain par le déluge. 5'/;;., c. i, v. 13, que Dieu ne se plaît point à perdre les vivants. Il punit donc à regre', même dans ce monde, à [dus forte raison dans l'autre : sa première volonté est de sauver, /sut., c. !, v. -1\, Dieu semble gémir de ce qu'il est forcé de punir les Juifs : Hélas! dit-il, je serai vengé d nus ennemis, mais je le tendrai la main, 6 Israël ! et je le purifierai. Ezech., c. xvm, v. 23 : Ma volonté, dit le Seigneur, est-elle donc que l impie meure, et non qu'il se convertis '• et qu'il vive ? V. 32 : Non, je ne veux point 1 1 mort de celui qui périt; revenez à moi <t vivez. C. xxxni, v. 11 : Par ma vie, dit h Seigneur, je ne veux point la mort de l'impie, mais qu'il renonce à su conduite et qu'il vive. — Sainl Paul enseigne avec encore plus de force celle même vérité, / Tim., c. il, v. 1 : Je demande que l'on fasse des prières , des oraisons , des instances auprès de Dieu pour t>ns les hommes C'est une pratique sainte et agréable à Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité ; car il n'y a qu'un Dieu, el un médiateur entre Dieu el les hommes , savoir Jésus-Christ homme, qui s'est livré lui-même pour la rédemption de tous, comme il l'a témoigné dans te temps. C. iv, v. 10. Nous espérons en Dieu vivant, qui est Sauveur de tous les hommes , principalement des fidèles. Il n'est pas ici besoin d'explication ni de commentaire ; l'Apôtre s'explique lui-même : Dieu veut sincèrement le salut de lous, puisqu'il veut que l'on prie pour tous, qu'il nous a donné Jésus- Chrisl pour médiateur, elque ce divin Sauveur s'est livré pour la rédemption de tous. Une volonté démontrée par de si grands effets n'est certainement pas une volout.î apparente, une simple velléité. Saint Pierre, dans sa seconde lettre, c. m, v. 9, dit aux Odèles : Dieu agit avec patience à cause de vous, ne voulant pas que quelques-uns périssent, mais que tous reviennent à pénitence.

11. Mais, puisque Jésus-Chrisl lui même a témoigné dans le temps ses desseins el sa volonté, il faut voir ce qu'il en a dit, Luc, cap. ix, v. 56 : Le fils de l'homme n'est pas venu perdre les âmes, mais les sauver ; c. xix, v. 19 : Le Fils de l'homme e<t venu chercher et sauver ce qui avait péri ; or lous les hommes avaient péri par le péché d'Adam. Joan., c. i, v. 29 , saint Jean-Baptiste dilrle Jésus-Christ : Voilà l'Agneau de Dieu qui efface le péché du monde ; c. iv, v. 2V : // esl véritablement le Sauveur du monde; c. lu, v. il: Le fils de l'homme n'est

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pas venu au monde pour lt juger, mais pour ie sauver; c. xu, v. W; / Joan., c. Il, v. 2 : 11 est la victime de propitialion pour nos péchés , non pas seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier; c. iv, v. ik: Le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. Osera -t-on dire que dans ces passades le monde est le polit nombre des prédestinés, ou le nombre de ceux qui croient en Jésus-Christ ? Lui-même réfute ce subterfuge, en disant qu'il est venu pour sauver ce qui avait péri ; or, la totalité du genre humain avail péri. Saint Jean le prévient encore, on disant que c'est le monde entier. S'il fallait l'entendre autrement , le langage du Sauteur et des apôtres serait un piège continuel d'erreur. — Saint Paul confirme le vrai sens de ces passages ; il dit, J Cor., c. xv, v. 11 : De même que tous meurent en Adam, ainsi tous seront vivifiés en Jésus-Christ. C'est donc la postérité d'Adam tout entière. // Cor., c. v, v. li : La charité de Jésus- Christ nous presse en considérant que si un seul est mort pour tous, donc tous sont morts ; or , Jésus-Christ est mort pour tous. L'Apôtre prouve l'universalité de la mort cucourue par Adam , ou du péché originel , par L'universalité de ceux pour lesquels Jésus- Christ est mort; saint Augustin a répété au moins dix fois ce passage et cet argument contre les pélagiens. — Le prophète Isaïe avait annoncé d'avance cette grande vérité, en disant du Messie, c. lui, v. 6: Le Seigneur a mis sur lui l'iniquité de nous tous.

On répliquera sans doute qu'il est dit dans ce chapitre même, v. 12 : Il a porté les péchés de plusieurs. Malth., c. xx, v. 28, il a dit lui-même qu'il est venu donner sa vie pour la rédemption de plusieurs; c. xxvi, v. 28 : Mon sang sera versé pour plusieurs. Idem , Marc. , c. xiv. v. 2i. Ceux qui connaissent l'énergie du texte hébreu ne feront pas celle objection. Nous soutenons que dans Isaïe le mot rabbim est mal traduit par multi, plusieurs ; qu'il signifie la multitude ou les multitudes. Or c'est autre chose d'affirmer que Jésus-Christ est mort pour la multitude des hommes, autre chose de dire qu'il est mort pour plusieurs; la première de ces expressions peut signifier la totalité, la seconde ne désigne qu'un certain nombre. Les écrivains du Nouveau Testament ont évidemment pris ce terme dans le même sens qu'lsaïe. lin voici la preuve. Saint Paul, Rom., c. v, v.15, dit que par le péché d'uu seul plusieurs sont morts ; il est clair que par plusieurs on doit entendre la totalité; saint Augustin le soutint ainsi contre les pélagiens, lorsqu'ils voulurent abuser de ce passage pour prouver que le péché originel n'était pas commun à tous les hommes, I. vi, contra Jul., cap. Ï3, n. 80; 1. h, Op. imperf., cap. 109. La totalité, dit-il, est une multitude, et non un polit nombre. Si Jésus-Christ n'était le Sauveur que du petit nombre des prédestinés, il serait faux de dire qu'il est le Sauveur de tous ; si, au contraire, il est Sauveur de tous, il est Irès-vrai qu'il l'est de la multitude des hommes.

III. Enfin, c'est par les effets que noua pouvons jtlg*r de la volonté de Dieu cl do celle de Jésus-Christ ; or, au mol Grâce, §3, nous «nous prouvé que ce don de Dieu est accordé à tous les hommes sans exception, mais plus abondamment aux uns qu'aux autres; de manière cependant qu'aucun homme ne pèche pour avoir manqué de grâce. En effet, l'auteur de llïcclésiastique, c.xv, v. 11, ne veut point que les pécheurs disent : Dieu me manque, per Dcum abest ; c'est comme s'ils disaient •. Pieu me laisse manquer de grâce et de force. Le Seigneur, leur répond-il, ne donne lieu de pécher à personne, v. 21, nemini dédit spatium peccandi. Or, Dieu y donnerait lieu s'il laissait manquer l'homme du secours qui lui est absolument nécessaire pour s'abstenir de pécher. De même, Sap., c. xu, v. 13, l'auteur dit à Dieu : Vous avez soin de tout, afin de démontrer que vous jugez avec justice ; v. 19 : Par voire conduite, vous avez appris à votre peuple qu'il faut être juste et humain , et vous avez donné la plus grande espérance à vos enfants, etc. Or, si Dieu punissait des péchés commis pour avoir manqué de grâce, il ne démontrerait pas sa justice, il ne nous apprendrait pas à être justes, et il ne nous donnerait aucun lieu d'espérer en sa miséricorde.

Pour ébranler notre confiance, quelques théologiens nous répèlent sans cesse que Dieu ne nous doit rien. Qu'importe, dès qu'il consent à nous donner ce qu'il ne nous doit pas? 11 nous doit ce qu'il nous a promis. « Dieu, dit saint Augustin, Serm. 153, n. 2, est devenu notre débiteur, non en recevant quelque chose de nous, mais en nous promettant ce qu'il lui a plu. » Dieu, dit saint Paul, I Cor., ex, v. 13, est fidèle à ses promesses; il ne permettra pas que vous soyez éprouvés au-dessits de vos forces, mais il vous fera tirer avantage de la tentation ou de l'épreuve même, a fin que vous puissiez persévérer.

Dans toute l'Ecriture sainte, Dieu prend le nom de Père à l'égaid de ses créatures, et veut qu'on le lui donne; Jésus-Christ nous apprend à le nommer ainsi, afin d'exciter notre confiance ; pour témoigner encore plus de bonté aux Juifs, il leur faisait dire par le prophète Isaïe, c. xlix, v. 14: Cette nation dit : Le Seigneur m'a délaissée, il ne se souvient plus de moi : une mère peut-elle oublier son enfant et n'avoir plus de tendresse pour le fruit de ses entrailles? Quand elle pourrait le faire, je ne l'imiterais pus. Depuis que Dieu a daigné nous donner son Fils unique pour médiateur et pour Sauveur, sans doute les entrailles de sa miséricorde ne se sonl pas endurcies à l'égard des hommes. Or, un père paraîtrait-il fort tendre, si, après avoir donné des lois à son fils, il lui refusait les secours et les moyens nécessaires pour les accomplir? il est bien étrange que l'on ose prêter à Dieu une conduite que l'on n'oserait pas attribuera un homme, eu supposant que Dieu nous commande le bien, c! que souvent il ne nous donne pas la grâce sans laquelle nous ne pouvons pas le faire. 1 Vainement on répliquera qu'il n'y a poiui

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de comparaison à faire entre les droito de Dieu el ceux de L'homme; nous répondons qu'il n'ist pis ici question des droit-, de Dieu, mais île sa conduite, de laquelle il daigne nous rendre témoignage : c'est luimême qui se compare à l'homme, et qui veut que sa providence nous apprenne à être justes et humains. Il n'y a plus lieu d'argumenter sur la grandeur iuûoiedeDieu, 1 irsqu'il veut bien se rabaisser jusqu'à nous et nous servir de modèle; le respect n'est plus qu'une hypocrisie, lorsqu'il est poussé plus loin que Dieu ne le veut. Or, il atteste qu'il est plus teudre, plus libéral, plus miséricordieux que le meilleur des pères el que la mère la plus sensible : donc c'est ainsi qu'il agit. Les écrits du Nouveau Testament nous en donnent une idée non moins consolante. Nous n'y lisons pas que Dieu, nuire Sauveur, est le Dieu de la justice rigoureuse el des vengeances, mais le père des miséricordes et le Dieu de toute consolation; non qu'il a l'ait éclater sa sévérité et ses droits souverain?, mais qu'il a lait paraître sa boulé et son humanité, TU., c. m, v. 4; qu'en nous donnant son Fils unique, il nous adonné tout avec lui, Rom., c. vin, v. 42; que nous devons être miséricordieux, patients, indulgents pour nos fières, leur tout accorder et tout pardonner comme Dieu a l'ail à notre égard, Coloss., c. m, v. 3. Ce langage est bien différent de celui des théologiens qui nous enseignant que Dieu, toujours irrité- du péché originel, non-seulement est en droit de nous refuser la grâce, mais que souvent il nous la refuse en effet. Saint Jean, c. n, v. 9, appelle le Verbe divin la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Il n'est point question là de la lumière naturelle, de l'intelligence que Dieu a donnée à tous les hommes; jamais celle-ci n'est appelée dans l'Ecriture /(/ vraie lumière, et ce n'est poiul ce qu'entendait Jésus-Chiist, lorsqu'il a dit : Je suis la lumière du monde, Joau., c. vnr, v. 12; c. ix, v. 5, etc. Il s'agit de la lumière à laquelle saint Jcan-li,) plis te rendait témoignage, pour faire naître la foi, cap. i, v. 8; donc c'est de la lumière surnaturelle de la grâce. Ainsi l'ont entendu tous les Pères, en particulier saint Augustin ; non-seulement en expliquant cet endroit de saint Jean, Tract. 1, in Joan., n. 1S; tract. 2, n.7, mais dans dix ou douze autres de ses ouvrages, Retract., l.i, c. 10, etc. Yoy. Grâce, § S. — Le prophète Malachie, c. îv, v. 1, appelle le Messie le Soleil de justice; saint Luc, c. i, v. 78, dit que ce soleil s'est levé sur nous du haut du ciel, pour éclairer ceux qui sont dans les ténèbres et dans les ombres de la mort. Conséquemment les Pères appliquent au Verbe divin ce que le Psatmisle a dit du soleil, que personne n'est privé de sa chaleur; saint Augustin a lail de même; or la chaleur <iu soleil de justice est évidemment la grâce. — Saint Paul, Rom., e. v, v. 15, compare la distribution de la grâce à la communication du péché d'Adam : Si par le péché d'un seul, dit-il, la multitude des hommes sont morts, à

plus forte raison la ûrécê de Dieu, tl le don

qu'un seul homme, qui est Jésus-Christ, nous fuit de celle grâce, sont-ils abondants sur cette multitude. Ou celle comparaiion n'est pas juste, ou il faut croire qu aucun des cillants d'Adam n'est privé de la grâce. Ici la yrlct en général n'est point la justification ; celleci n'est accordée qu'a ceux qui reçoivent l'abondance de la grâce, des dons de Dieu cl de la justice, ibid., v. 17; donc saint l'aul parle de la grâce actuelle accordée à tous pour faire le bien. Suivant l'Apôtre, la grâce a été surabondante cù le péché était abondant, v. 21; or, celui-ci étail abondant chez tous les hommes et dans l'univers entier, donc il en est de même de la grâce.

Aux mots ABANDON. Enuikcissement. Infidèles, JiDAïsme, S 54, nous avons prouve que Dieu n'a refusé jamais et ne refuse encore la grâce ni aux Juifs, ni aux païens, ni aux grands pécheurs, ni aux pécheurs endurcis; donc elle n'est refusée à personne ; et puisqu'elle n'est pas accordée autrement que par les mérites de Jésus-Christ, c'est à bon droit qu'il est nommé le Rédempteur et le Sauveur du inonde ou du genre humain sans exception 1).

IV. Pour montrer quel a été le sentiment des Pères de l'Eglise, surtout des plus anciens el des plus respectables, nous ne répéterons pas les passages que nous avons déjà cités au mot P.ÉDEMPTION, pour faire voir ce qu'ils ont pensé au sujet de la plénitude et de l'universalité de ce bieufait, ce qu'ils ont répoudu aux Juifs, aux païens, aux gnosliques, aux marcionites, aux manichéens, qui eu méconnaissaient l'étendue, le prix, les effets. il en résulte que ceux qui niellent des restrictions, des modifications, des exceptions aux passages de l'iïcriture sainle que nous avons aiiégucs, contredisent formellement les Pères de l'Eglise, forgent un système iuconnu à l'antiquité, et renouvellent les blasphèmes des anciens hérétiques.

Aussi ceux qui contestent la volonté générale et sincère de Dieu de sauver lous les hommes, l'application des mérites de la mort de Jésus-Christ faite à tous, la distribution générale de la grâce en vertu de la rédemption, ne se sont jamais avisés d'alléguer le sentiment des Pères des quatre premiers siècles ; ils se bornent à celui de saint Augustin. Suivant leur opinion, ce Père est le premier qui ait examiné avec soin les questions du péché originel, de la prédestination et de la grâce, c'est â lui seul que l'on doit s'en rapporter, puisque l'Eglise a solennellement adopté cl confirmé sa doctrine. Nous voilà donc réduits à supposer, pour leur plaire, qu'au v c siècle l'on a vu éclore une tradition nouvelle, une doclrine inconnue à toute l'antiquité, et de nouveaux articles de foi. Si cela est, de quel front pourrons- nous encore opposer la tradition de l'Éyhse à

(l) Voy. au mot église l'article où est cxplicpiée celte maxime : Hors de l'Edise point de salut. ISous avoi:s du quand et comment les Juifs, le> infidèles, les hérétiques appartiennent à l'âme de l'Eglise sans appartenir à sou <.onis, ci peuvent être sauve-.

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ceux d'entre les protestants qui en appellent sans cesse à la doctrine des quatre premiers siècles ?

.Mais nos adversaires s'embarrassent peu des conséquences; le point capital est de savoir ce que saint Augustin a véritablement enseigné. Déjà nous l'avons fait voir aux mots G race, S 3, et Rédemption ; mais il faut nous répéter en peu de mots. 1" N'oublions pas que les pélagiens n'admettaient point d'autre grâce que la connaissance de Jésus- Christ et de sa doctrine, la rémission des péchés et la jusliQcalion ; nous avons prouvé ce fait essentiel, au mot Pélagianisme. Conséquemment ils disaient, sclou saint Paul, Dieu veut sauver tous les hommes, ei Jésus- Christ est mort pour tous: donc Dieu accorde la grâce, c'est-à-dire la connaissance de Jésus-Christ et la justification à tous les hommes qui s'y disposent ou qui n'y mettent point d'obstacle. Il est clair par ce raisonnement qu'il s'agissait d'une volonté absolue de Dieu, de l'application effectivedes mérites et de la mort de Jésus-Christ, et de la lumière de la foi. Saint Augustin soutient avec raison que la grâce ainsi entendue n'est pas donnée à tous, mais seulement à tous ceux qui ont été prédestinés à la recevoir; que si saint Paul dit tous les hommes, c'est qu'il y en a de toutes les nations, de tous les temps, de tous les sexes, de tous les âges ; que l'on doit entendre de même, ce qui est dit ailleurs, que Dieu les éclaire tous, et que Jésus-Christ est mort pour tous ; ou que quand nous lisons que Ditu veut sauver tous les hommes, cela signiûe que Dieu nous le fait vouloir. Enehir. ad Laur., c. 103, n. 27; contra Julian., I. iv, c. 8, n. kk\ 1. deCorrep. et Grat., c. 14, n. 4V; c. 15, n. VI, elc. — 2° Les pélagiens disaient que Dieu veut sauver tous les hommes, également, indifféremment, sans aucune prédilection pour personne, œqualiter, indiscrète, indi {fer enter. S. Prosper,2s/m£. ad Auijusl., n. V; Carm. de Ingratis, cap. 8; S. Fulgent., l.de Incarn. et Grat. c. 29; Faustus Reiensis, 1. î, de Lib. Arb., c. 17. C'est de là même qu'ils concluaient nue Dieu accorde la foi et la justification à tous ceux qui s'y disposent par leurs propres forces, ou du moins qui n'y mettent point d'obslacle. Saint Augustin réfute celle prétention, lout comme la précédente, par l'exemple des enfants : Dieu accorde aux uns la grâce du baptême et de la jusliQcalion sans qu'ils s'y disposent, puisqu'ils en sont incapables ; cl il la retuse aux aulrcs sans qu'ils y aient apporté aucun obstacle. 11 esl donc faux que cette grâce soit donnée à tous ceux qui n'y niellent point d'obstacle, et (jue la volonté de Dieu de l'accorder soil générale. Cela est sans réplique. Mais s'ensuil-il de là que Dieu ne veut point donner, et ne donne pas en effet à tous les adultes des grâces actuelles et passagères, qui les conduiraient tôt ou tard à la foi et au salut, s'ils étaient fidèles a y correspondre ; qu'à cet égard, la volonté de les sauver tous n'est ni générale, ni sincère, ni efficace, et que tel a été le sentiment de saint Augustin?

HtCT. DE l'UEOL. DOGMATIQUE. ' v

Dans ce cas il aurait très-mal raisonné, puisque l'exemple des enfants ne prouve rien à ce sujet. Il serait sorti de la question agitée entre lui et les pélagiens, puisque ceux-ci ne voulaient admettre aucune grâce actuelleinlérieure,sous prétexteque l'homme n'en a pas besoin, et qu'elle détruirait le libre arbitre. Voy. Péi agianisme.

11 est étonnant que les partisans du sentiment contraire ne voient pas les absurdités de leur hypothèse. 1' Ils supposent que, pour réfuter plus aisément les pélagiens, saint Augustin a rétracté et contredit tous les principes qu'il avait posés contre les manichéens ; qu'il a énervé toutes les réponses qu'il avait données à leurs objections, et qu'il leur a donné lieu de triompher. Etait-il donc moins nécessaire de réfuter les manichéens que les pélagiens? 2° Ils supposent qu'en refusant d'avouer que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes sans exception, le saint docteur a renoncé à la preuve de l'universalité du péché originel qu'il avait tirée de ces passages de saint Paul, II Cor., c. v, v. IV : Si un seul est mort pour tous, donc tous sont morts; or, Jésus-Christ est mort pour tous. I Cor., c. xv, v. 22: De même que tous meurent en Adam, ainsi tous seront vivifiés en Jésus-Christ. Qu'ainsi saint Augustin a donné droit aux pélagiens de lui reprocher une contradiction. 3° Us veulent nous faire croire qu'en donnant un sens détourné à trois passages du Nouveau Testament, le saint docteur a détruit la force des autres, auxquels celle explication n'est pas applicable. Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui avait péri.... Il esl le Sauveur de tous les hommes, principalement des fidèles ... Il est la victime de propitialion , non-seulement pour nos péchés, mais pour ceux du monde entier... Dieu use de patience, ne voulant qu'aucun périsse, mais que tous fassent pénitence... Je ne veux point la mort de l'impie, mais sa conversion, etc. Quelle entorse donnera-l-on à ces passages pour en obscurcir le sens? h" Us supposent que sainl Augustin, en parlant de la volonté de Dieu, s'est contredit au moins vingt fois. En effel, 1. deSpirit. et Litt., c. 33, n. 58, il dit : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, sans leur ôter le libre arbitre, selon le bon ou le mauvais usage duquel ils seront jugés avec justice. Ainsi les infidèles, en refusant de croire à l'Evangile, résistent à la volonté de Dieu ; mais ils ne la surmontent poini, puisqu'ils se privent du souverain bien, et qu'ils éprouveront dans les supplices la puissance de celui dont ils ont méprisé la miséricorde.» Enehir. ad Laur., cap. 100; il ajoute ; «Quant à ce qui regarde les pécheurs, Us ont fait ce que Dieu ne voulait pas; quant à la toule-puissance de Dieu, il» n'en sont pas venus à boul : par cela même; qu'ils ont agi contre sa volonté, elle a été accomplie à leur égard... Ainsi ce qui se fait contre sa volonté, ne se fait pas sans elle. » L. de ('or. et Grat., c. IV, n. V3, il dit : a Lorsque Dieu veut sauver, aucune \olon(^

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humaine ne lui résislc; car le vouloir et le non-vouloir sonl de telle manière au pouvoir de l'homme, qu'il n'empêche pas la volonlé de Dieu, et qu'il ne surmonte point sa puissance. Ainsi Dieu fait te qu'il veut de ceux mêmes qui font ce qu'il ne veut pas. » Knfiu il conclut, Emhir., cap. ')5 et dJ, «que rien ne se fait à moins que Dieu ne le veuille, ou en le permettant, ou en le faisant lui-même, et l'un lui est aussi facile que l'autre.»

Si, pour concilier ces divers passages, on ne distingue pas en Dieu différentes volontés, ou plutôt différentes manières d'envisager la volonté de Dieu, il n'y restera qu'un tissu de contradictions. Mais il faut en distinguer au moins quatre. 1° La volonté législative et absolue par laquelle Dieu veut que l'homme soit libre de faire le bien ou le mal à son choix, mais que, quand il fait le bien, il soit récompensé ; que, quand il fait le mal, il soit puni. Rien ne peut résister à celte volonté; saint Augustio le soutient avec raison. 2° La volonté d'affedion générale par laquelle Dieu, en considération des mérites du Rédempteur, veut donner à tous les hommes, sans exception, des moyens de salut plus ou moins puissants et abondants, et leur en donne en effet, mais avec beaucoup d'inégalité; or, qui peut l'en empêcher? 3° La volonté de choix, de prédilection, de préférence, par laquelle Dieu veut sauver quelques personnes plus efficacement que les autres, et conséquemment leur donne des grâces plus puissantes, plus abondantes, plus efficaces qu'aux autres; c'est ce que saint Paul et saint Augustin nomment prédestination, et ce que les pélagiens ne voulaient pas admettre. Or, personne ne peut résister à ce choix de Dieu ni à la distiibulion de ses grâces. 1° La simple permission par laquelle Dieu laisse l'homme user de son libre arbitre, et résister aux grâces qu'il lui donne, quoiqu'il pourrait absolument l'en empêcher. Cet:e volonté n'est coutraire à aucune des précédentes, et l'on ne peut pas dire que l'homme y résiste lorsqu'il use de sa liberté. Voy. Volonté de Dieu.

S'ensuit-il de là que quand Dieu donne la grâce, il ne veut pas que l'homme y consente; que quand l'homme y résiste, c'est que Dieu n'a pas voulu qu'il y consentît? Le dire serait un blasphème; il s'ensuivrait que Dieu n'agit pas de bonne foi; jamais saint Augustin n'a enseigné celle absurdité, il s'ensuit seulement que quand Dieu donne à l'homme la grâce pour faire le bien, il ne veut employer ui la violence, ni la nécessité, ni tous les moyens dont il pourrait se servir pour obtenir de l'homme la fidélité à la grâce. — Ces mêmes distinctions ne sont pas moins nécessaires pour entendre plusieurs passages de saint Paul dans leur vrai sens; d'un côté l'Apôtre dit que Dieu veut sauver tous les hommes, de l'autre il enseigne que Dieu fait miséricorde à qui il veut, et qu il endurcit ou laisse endurcir qui il lui plaît : comment Dieu veut il sincèrement sauver ceux qu'il laisse endurcir? Saint Paul demande : Qui rc'sisli à l<i volonté de Dieu? Et

plut d'une fois il accuse les juifs incrédules d'y résister : tout cela peut-il s'accorder? Fort aisément, en envisageant, comme nous avons fait, la volonté de Dieu sous ses divers aspects. Dieu veut sauver tous les hommes, puisqu'il donne à tous, non toutes les grâces et les moyens de salut qu'il pourrait leur donner, mais des grâces et des moyens qui suffisent pour que tous puissent parvenir au salut, s'ils veulent en user; ces mojens ne peuvent partir que d'une volonté réelle et sincère de la part de Dieu; par conséquent ceux qui résistent à ces moyens et qui s'endurcissent contre la grâce, résistent à la volonté de Dieu. Mais personne ne résiste à lai volonlé de prédilection par laquelle Dieu veut donner et donne en effet aux uns des grâces et des moyens plus puissants et plus abondants qu'aux autres; celte prédilection, ce choix, cette prédestination, dépendent d# Dieu seul ; l'homme n'en peut connaître et n'a aucun droit d'en demander la raison r Homme, qui étes-vous, pour contester avec Dieu (liom. ix, 20 ?

V. Pourquoi la volonté de Dieu de sauver tous les hommes paraît-elle sujette à des difficultés et à de grandes objections? Pourquoi un certain nombre de théologiens outils de la répugnance à l'admettre? C'est qu'ils la comparent à la volonlé de l'homme; et à combien de sophismes celte comparaison n'a-t-elle pas donné lieu? L'homme n'est censé vouloir sincèrement une chose , que quand il fait tout ce qu'il peut pour en venir à bout, qu'il emploie lous les moyens qui dépendent de lui ; sinon l'on regarde sa volonté comme un désir vague, comme une simple velléité. A l'égard de Dieu, celle, manière déjuger est absurde; il est impossible que Dieu fasse tout ce qu'il peut pour sauver tous les hommes, puisque sa puissance est inépuisable et infinie. L'homme peut user de tout son pouvoir, parce qu'il est borué; Dieu ne peut pas aller au dernier terme du sien, parce que celui-ci n'a point de terme. C'est donc assez qu'il donne à tous des moyens suffisants et qui produiraient leur effet, si lous étaient fidèles à y correspondre. Or, Dieu donne effectivement ces moyens ù lous, puisqu'il commande le bien à lous, qu'il réprimande lous ceux qui pèchent, et qu'il punit lous les impénitents ; ces commandements, ces reproches , ces châtiments seraient injustes, si Dieu refusait à quelques-uns le pouvoir et la force de faire te qu'il ordonne.

Dieu sans douie veut plus absolument et plus efficacement le salut de ceux auxquels il donne des moyens plus puissants, plus abondants, plus elficaces ; raiiis il ne s'ensuit pas que sa volonlé soit peu sincère ou une simple velléité à l'égard de ceux auxquels il eu donne moins.

Mais aucune reflexion ne peut émouvoir les raisonneurs qui ont une lois épousé un système quelconque; ceux que nous attaquons ne cessent de répéter les mêmes objections, sans vouloir se contenter d'aucune réponse. Ils allèguent, i* les divers passages

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de L'Écriture sainte dans lesquels il est dit que Dieu a fait tout ce qu'il a voulu, et qu'il fait tout ce qu'il veut dans le ciel et sur la terre; que quand Dieu veut, rien ne résiste à sa toute-puissance; qu'il est le maître de tourner comme il veut les cœurs et les volontés d -s hommes, etc. Nous répondons que, dans la plupart de ces passages, il est question de la volonté de Dieu absolue, par laquelle il a créé le monde, réglé le sort des créatures, opéré des miracles, fixé la destinée des nations, etc. ; que ce sont là des événements dans lesquels la volonté des hommes n'est entrée et n'entre pour rien. Mais, lorsqu'il est question du salut, auquel la volonté de l'homme doit nécessairement coopérer, il ne s'agil plus d'une volonté de Dieu absolue; alors il faut admettre en Dieu au moins doux volontés, l'une par laquelle Dieu veut sincèrement accorder le bonheur éternel, l'autre par laquelle il veut que l'homme le mérite, en correspondant librement à la grâce qu'il lui donne. Par conséquent la première de ces volontés n'est point absolue, elle renferme nécessairement pour condition la correspondance libre de l'homme.

On dira peut être que si Dieu voulait sincèrement le salut de l'homme, il ne le ferait pas dépendre de la volonté de celui-ci, qu'il l'opérerait lui-même indépendamment de toute condition, que du moins il disposerait la volonté humaine par des grâces efficaces, dont l'effet, quoique libre, est néanmoins infaillible. Ceux qui voudront soutenir ce plan de providence ont deux choses à prouver : la première, qu'il serait mieux à tous égards que le salul éternel ne fût pas pour l'homme une récompense, mais un don purement gratuit, et qu'il ne fallût point de mérites pour l'obtenir; la seconde, que plus l'homme est disposé à résister à la grâce, plus Dieu doit la ren jre abondante et puissante pour vaincre sa volonté. Nous voudrions savoir sur quel principe on pourrait appuyer ces deux suppositions. En supposant même que ce serait le mieux, il faudrait encore prouver que Dieu doit toujours faire ce qui nous parait le mieux.

•2* Nos adversaires disent que la grâce est l'opération loule-puissante de Dieu, la même qui a tiré le monde du néant, etc.; qu'il est donc absurde de prétendre que l'homme peut y résister. Ils ne voient pas qu'ils sont euxmêmes forcés de répondre à celle objection. La grâce que Dieu avait donnée aux anges avant leur chute, el celle qu'il avait donuée à l'homme pour persévérer dans l'innocence, était sans doute l'opération loule-puissante de Dieu, puisqu'il n'y a pas en Dieu deux puissances différentes ; les anges rebelles et l'homme y oui résisté. Il ne s'ensuit pas de là que Dieu ne voulail pas que les anges el l homme persévérassent, que celle volonté n'élail qu'une velléité, que la volonté de Dieu a été vaincue, que l'homme a été plus poissant que Dieu, etc. Ces deux exemples démontrent l'absurdité des reproches que font sans cesse les partisans de la prédes-

tination absolue el de la grâce irrésistible.

Ils répliqueront sans doute que Dieu n'a pas voulu faire usage de sa loule-puissance à l'égard des anges et do l'homme innocent. Qu'ils prouvent donc une fois pour toutes que Dieu en use à l'égard de l'homme tombé, malgré les assurances positives qu'il nous donne dans l'Ecriture sainte qu'il laisse à l'homme le pouvoir de résister.

Troisième objection. Nous avons tort de supposer que la volonté de Dieu de sauver tous les hommes est une volonté conditionnelle, que Dieu veut les sauver, s'ils le veulent. Saint Augustin a rejeté celle volonlé conditionnelle, admise par les pélagiens el les semi-pélagiens, comme une erreur injurieuse à Dieu. — Réponse. Nous avons déjà remarqué ailleurs que cette proposition, Dieu veut sauver tous les hommes, s'ils le veulent, peut avoir un sens hérétique et uu sens orthodoxe. Dans la bouche des pélagiens et des semi-pélagiens, elle signifiait : Dieu veut sauver tous les hommes, s'ils veulent se disposer à la grâce et au s dut par leurs propres forces, par de pieux désirs, par des vœux qui préviennent la grâce et qui la méritent. Voilà le sens hérétique, que saint Augustin a rejeté avec raison. Dans le sens orthodoxe, la même proposition signifie : Dieu veut sauver tous les hommes, s'ils obéissent aux mouvements de la grâce qui prévient leur volonté, qui excite en eux; les bons désirs et les porte aux bonnes attions. Sens trèsdifférent du premier, sens que saint Augustin n'a jamais rejeté, qu'il a soutenu au contraire de toutes ses forces. Il y a, de la pari de nos adversaires, une affectation malicieuse à confondre ces deux choses el à jouer sur une équivoque.

Encore une fois , il est constant que les pélagiens n'ont jamais voulu avouer |a nécessité d'une grâce intérieure et prévenante pour exciter la volonté de l'homme aux pieux désirs et aux bonnes œuvres; ils ont toujours soutenu que celle grâce détruirait le libre arbitre de l'homme, parce qu'ils entendaient par libre arbitre une espèce d'équilibre de la volonlé de l'homme entre le bien et le mal, une égale facilité de se porter à l'un ou à l'autre. Encore aujourd'hui les sociniens et les arminiens l'entendent de même, et ils nient, comme les pélagiens, toute action intérieure de la grâce sur la volonlé de l'homme. Donc, lorsqu'ils disent que Dieu veut sauver les hommes, s'ils le veulent, ils donnent à celle condition le premier sens que nous avons indiqué, et non le second.

Il est fort étonnant que, malgré la multitude el l'énergie des passages de l'Ecriture sainte que nous avons cités, malgré la tradition constante des quatre premiers siècles de l'Eglise que nos adversaires n'oseraient contester, malgré l'évidence des rahon.i théologiques sur lesquelles sont établies les vérilés que nous soutenons, l'on ose enseigner publiquement, dans des Institution»

théologiques, toutes les erreurs contraires. C'est ce qu'a fait impunément l' auteur de ce que l'on appelle la Théologie de Lyon. Il

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«iil, toi». Il, p. 107 cl 108, que la volonté de Dieu de sauver Ions les hommes n'esl pas formellement en Dieu; pag. 390, 397, que Jésus-Christ est mort pour tous, dans ce sens que le prix de sa mort était suffisant pour les sauver tous, qu'il est mort pour une cause commune à tout le genre humain ; et qu'il s'est revêtu d'une nature commune à tous: que la grâce actuelle nécessaire pour faire le bien n'est pas donnée à tous, t. III, pag. 186, 201, 202. Il ne laisse pas de soutenir que quand l'homme privé de la grâce viole les commandements de Dieu, il est coupable et digne de châtiment, parce que ces commandements sont possibles en eux-mêmes, et qu'il a reçu de la nature le libre arbitre, qui est un pouvoir réel de faire le bien, pag. 73. Il ne connaît point d'autre grâce sulfisan'e que la grâce efficace ; il la compare à l'action par laquelle Dieu a créé le monde, et a ressuscité Jésus- Christ, p. 132 et 188. Mais il ne s'est pas donné la peine de répondre aux preuves que nous avons alléguées, et il n'apporte, pour étayer ses opinions, que quelques lambeaux de saint Augustin, auxquels il donne le sens faux que nous avons réfuté. Aucun écrivain ne fut jamais plus habile à forger des sophismes, à jouer sur des équivoques, à tordre le sens des passages de l'Ecriture sainte, à esquiver les conséquences d'un argument.

Dans deslemps plus heureux, cet ouvrage aurait élé flétri par les mêmes censures que ceux de Jansénius et de Quesnel, qu'il a copiés.

SALUT, bénédiction donnée au peuple avec le saint sacrement, à l'occasion de quelque solennité ou de quelque dévotion particulière ; cela se fait ordinairement le soir après Complies. La Bruyère a fait une censure sanglante de la manière dont ces saluls se faisaient de son temps dans quelques églises de Paris; mais cela n'a pas lieu dans les paroisses où les pasteurs ont soin de Taire régner la décence, le respect, la piété convenables.

SALUTATION ANGÉLIQUE, prière adressée à la sainte Vierge, qui commence par ces mots : Ave, Maria. Elle est composée des paroles que l'ange Gabriel adressa a Marie lorsqu'il vint lui annoncer le mystère de l'Incarnation; de celles que proféra Elisabeth, femme du prêtre Zacharie, lorsqu'elle reçut la visite de cette sainte mère de Dieu ; enfin de celles qu'emploie l'Eglise pour implorer son intercession. On récite fréquemment cette prière dans l'Eglise catholique, et presque toujours après l'oraison dominicale, parce qu'après avoir fait notre prière à Dieu, il nous paraît convenabled'implorer l'inlerccssion delà sainte Vierge, afin qu'elle appuie nos demandes auprès de Dieu. 11 en est à peu près de même de l'antienne qui commence par Salve, Regina, par laquelle on termine l'office divin pendant un certain temps de l'année. On prétend qu'elleaéte composée par Pierre, évêque de Composlelle, que les dominicains l'adoptèrent vers l'an 1237, et que saint Bernard en a vu la fin.

. SAMA1UTAIN, habitant de Samaric, ville

de la Judée. On sait par l'histoire sainte, /// Keg., c. xii, que sous Boboam, fils et successeur de Salomon, dix tribus se retirèrent de son obéissance, se donnèrent un roi parliculier qui fixa sa demeure à Samaric. Ce nouveau royaume fut appelé le royaume d'/<rad ; les deux tribus de Juda et de Benjamin, qui demeurèrent fidèles à Boboam, portèrent le nom de royaume de Judn. Par une coupable politique, les rois d'Israël entraînèrent leurs sujets dans l'idolâtrie, afin de leur ôter toute tentation d'aller rendre leur culte au vrai Dieu dans le temple de Jérusalem, et afin d'entretenir entre les deux royaumes une inimitié irréconciliable. Us n'y réussirent que trop bien ; ces deux peuples, quoique sortis d'une même origine, furent continuellement en guerre, et préparèrent mutuellement leur ruine. Deux cent cinquanteneuf ans après ce schisme, Salmanazar et Assaraddon, rois d'Assyrie, vinrent dans la Judée, prirent et ruinèrent Sa marie, emmenèrent les habitants de celte conirée, et détruisirent ainsi pour toujours le royaume d'Israël. Pour repeupler ce pays dévasté, on y envoya des Cuthéens, tirés d'au delà de l'Euphrale. Ces nouveaux colons, idolâtres d'origine, portèrent dans la Sa ma rie leurs idoles et leurs superstitions. L'historien sacré nomme leurs dieux îXeryel, Aiima, Nebahaz,Tluirlhac, Adramelech et AnameUch; vainement les critiques se sont épuisés eu conjectures pour deviner quels étaient ces personnages; on n'en sait rien de certain. Comme Dieu punit les Cuthéens de leur idolâtrie par une irruption de bêles féroce-, le roi d'Assyrie leur envoya un prêtre israélile, pour leur enseigner le culte et les lois du Dieu des Juifs ; dès ce moment, ils mêlèrent ce culte avec celui de leurs faux dieux, / Y. Bcg., c. xvn, v. b2 et 41. Ce n'était pas le moyen de gagner l'affection des habitants du royaume de Juda; cci endaut l'histoire sainte ne fait mention d'aucune hostilité exercée entre eux. Ceux-ci, à leur tour, non moins infidèles à Dieu que les anciens sujets des rois d'Israël, furent punis de même cent vingt-trois ans après. Nabuchodonosor, roi d'Assyrie, irrité contre eux, assiégea et prit Jérusalem, brûla le temple du Seigneur, emmena le roi de Juda et ses sujets captifs à Babylone, et ne laissa dans la Judée qu'un petit nombre d'habitants pauvres et misérables. Mais, après soixante et dix ans, Dieu les rétablit dans leur patrie; les Juifs obtinrent de Cyrus, roi de Perse, devenu maître de Balnlone, un édil qui leur permettait de rebâtir Jérusalem el le temple, de remettre en vigueur leur religion et leurs lois. Les Samaritains offrirent de s'unir à eux pour celle reconstruction; mais comme ils étaient étrangers d'origine, el que leur religion élait fort corrompue, les Juifs refusèrent celte association; les Samaritains irrités employèrent tout leur crédit à la cour de Perse, pour traverser l'entreprise el faire cesser les travaux des Juifs, et ils en vinrent à bout pendant quelque temps.

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Lorsque Esdras et Néhémie vinrent en Judée pour achever de fain: rebâtir Jérusalem, et pour faire observer la loi de Moïse dans la rigueur, les Juifs qui ne voulurent pas subir la réforme de leurs mœurs se retirèrent chez les Samaritains, et augmentèrent la baine qui régnait déjà entre les deux. peuples. Enfin, elle fut poussée à son comble lorsque les Samaritains bâtirent sur la montagne de Gariiim, voisine de Samarie, un temple semblable à celui de Jérusalem, et élevèrent ainsi autel contre autel. Mais il paraît que, dès ce moment, ils renoncèrent absolument à l'idolâtrie, c'est du moins l'opinion commune.

L'aversion mutuelle était excessive lorsque Jésus-Cbrist parut dans la Juiiée: il n'y avait aucune relation ni aucune société enire Jérusalem et Samarie; la plus grande injure que les Juifs pouvaient dire à un homme était de l'appeler Samaritain ; plus d'une fois, dans un accès de colère, ils donnèicnl ce litre à Jésus-Christ ; Joan.. c. vin, v. US : X'avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain et que tu es possédé du démon ? Ces deux injures leur paraissaient à peu près égales. De son côté, le Sauveur, pour les humilier, a souvent supposé dans ses paraîiolfs un Samaritain qui faisait de bonnes œuvres. Luc, c. x, v. 53; c. xvu, v. iO.

La croyance et la pratique des Samaritains étaient différentes de celles des Juifs en i/o s articles principaux : 1° ils ne recevaient pour l'Ecriture sainte que les cinq livres de Moïse; 2° ils rejetaient les traditions des docteurs juifs, et ils s'en tenaient a la seule parole écrite; 3° ils soutenaient qu'il f Hait rendre le culte à Dieu sur le mont Garizim, où les patriarches l'avaient adoré, au lieu que les Juifs voulaient qu'on ne lui offrit des sacrifices que dans le temple de Jérusalem. Ces derniers ont encore accusé les Samaritaine d'adorer des idoles sur le mont Garizim , et de ne pas admettre la résurrection future ; mais il paraît que ce sont deux calomnies dictées par la haine, et dont il n'y a aucune preuve.

Mosheim, qui savait bon gré aux Samaritains d'avoir rejeté la tradition, comme font les protestants, pour s'en tenir à la seule parole éerile, dit qu'il paraît que les idées qu'ils avaient des fonctions et du ministère du Messie étaient plus saines et plus conformes à la vérité que celles que l'on en avait a Jérusalem , parce que la Samaritaine dil à Jésus-Christ : Je sais que le Messie viendra et qu'il nous apprendra toutes choses (Joan. îv, 23). Cependant il est obligé de convenir que la religion des Samaritains était beaucoup plus corrompue que celle des Juifs, ilist. dnist., c. 2, § 9 , p. 59 ; et Jé-us-Chrisl luinié.ne le témoigne, lorsqu'il dil à celte femme, ibid., v. 22 : Vous adorez ce que vous ne

connaissez pas Dieu est esprit, et il faut

l'adoier tti esprit et en vérité. Ce reproche .semble supposer que les Samaritains avaient «!e Dieu une idée (aut*e et lui rendaient un culte purement extérieur; mais il ne prouve

pas que ce peuple mêlait encore ce culte avec celui des faux dieux, comme quelques auteurs l'ont pensé. Au commencement de sa prédication, Jésus-Chrisl avait défendu à ses disciples d'aller chez les genlils et d'entrer dans les villes des Samaritains, Malth., c. x, v. 5; mais dans la suite il ne dédaigna pas de les instruire lui-même. C'est dans ce dessein qu'il lia conversation avec la Samaritaine, Joan., c. iv. Il voulut se servir de cette femme pour apprendre aux habitants de Samarie qu'il était le Messie; l'évangéliste rapporte qu'il demeura deux jours cher eux, et qu'un grand nombre crurent en lui, ibid.. v. 30 et 41.

Un incrédule moderne a prétendu que cette narration de l'Evangile n'est pas probable. Suivant lui, il est faux, 1° que les Samaritains aient connu le Dieu des Juifs ; 2° qu'ils aienl attendu le Messie; 3° que la loi de Moïse ait défendu d'adorer Dieu hors du temple de Jérusalem ; 4° il n'est pas vraisemblable que les Samaritains, qui détestaient les Juifs, aient voulu garder chez eux un Juif pendant deux jours, et qu'ils aient cru en lui sur la parole d'une courtisane; 5° il no l'est pas que Jésus, qui jusqu'alors n'avait pas encore déclaré clairement aux Juifs qu'il était le Messie, le dise positivement à un» Samaritaine ; G° il est étonnant qu'il montre plus de charité pour des hérétiques que pour ses compatriotes.

Ces raisons ne suffisont pas pour convaincre de faux un évangéliste aussi bien instruit (jue saint Jean, et qui rapporte les faits comme témoin oculaire. 1° Jésus-Chrisl ne dit point aux Samaritains qu'ils n'ont aucune connaissance du vrai Dieu, mais qu'ils le connaissent mal, qu'ils en ont une fausse idée, qu'ils ne l'adorent point en esprit et en vérité. 2° Jésus-Chrisl ne les blâme point d'adorer Dieu hors du temple de Jérusalem, mais il prédit que bientôt Dieu sera adoré en tout lieu. La défense de faire des offrandes et des sacrifices hors du lieu que Dieu avait choisi est formelle, Deut. , c. xn, v. 5 el 2G. 3° Ce peuple, qui recevait le Penlalcuquo, a pu avoir une idée du Messie par la promesse faile à Abraham, par la prophétie de Jacob, par celle de Moïse, par celle de Balaam, par la persuasion générale qui , suivant Tacite et Suétone, s'était répandue dans tout l'Orient, louchant la venue d'un dominateur du monde entier. 4° 11 n'est pas étonnant que l'admiration causée aux Samaritains par les discours du Sauveur ait étouffé en eux pour quelques moments leur aversion pour les Juifs : ils ont dû être flattés de r.iffecliou qu'un prophète leur témoignait, ils n'out pas cru en lui sur la parole d'une femme, mais par leur propre conviction, Joan., c. iv, v. 42. 5° Jésus-Clirist leur a parlé plus clairement qu'aux Juifs, parce qu'il a vu en eux [dus de doeiblé. G" Il esl faux qu'il ail eu moins de charilé pour ses compatriotes ; a celle époijue, Jésus avait déjà fait plusieurs miracles dans la Judée; Nalhanaël.Nicodème et plusieurs autres l'avaient déjà reconnu pour le V\ib do Dieu. Enfin, < 'est tuai a [>£*

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pos que ]<s incrédules prenncnl In Samaritaine pour une courtisane : ce que Jésus lui ri i t prouve seulement qu'elle avait usé cinq fois du divorce, et que «-on mariage avec un sixième mari était illégitime.

La foi dc9 Samaritains en Jésus-Christ fut «incère et constante. Après la descente du Saint-Esprit , saint Philippe alla prêcher l'Evangile dans la Samnrie; saint Pierre et saint Jean y furent encore envoyés, et un grand nomhre des habitants de cette contrée reçurent le baptême, Ad., c. vin, v. 5, etc. (Quelques uns, dans la suile, devinrent ennemis de l'Eglise par leurs erreurs, comme Simon le Magicien, Dosithée et Ménandre, qui formèrent des sectes hérétiques. D'autres persévérèrent dans le judaïsme, et c'est chez eux que s'est conservé le Pentateuque samaritain , duquel nous allons parler.

SAMARITAIN (texte) de l'Ecriture sainte.

C'est le Pentateuque ou les cinq livres de Moïse, écrits en caractères phéniciens, desquels les Hébreux se servaient avant la captivité de Babylone, et avec lesquels ont été écrits tous les livres de l'Ancien Testament antérieurs à ceux d'Esdras. Comme les Juifs transportés à Babslone prirent insensiblement l'usage de la langue chaldcenne, et trouvèrent les lettres chaldaïques plus simples et plus commodes que les leurs, on pense que ce fut Esdras qui, au retour de cette captivité, écrivit les livres saints en caractères chaldaïques, que nous nommons aujourd'hui hébreux, pendant que les anciens ont pris le nom de caractères samaritains, parce que les peuples de la Samarie n'ont point changé leur première manière d'écrire. Mais il peut se faire qu'Esdras n'ait eu aucune part à ce changement, et qu'il soit arrivé plus lard. Voy. Texte.

C'est une grande question de savoir de qui les Samaritains , toujours ennemis jurés des Juifs, ont reçu ce Pentateuque. À-t-il été conservé par les habitants du royaume de Samarie qui ont pu rester dans leur pays lorsque Salmanazar enleva les principaux et les transporla en Assyrie? Est-il venu des sujets du royaume de Juda, à côté desquels les Samaritains ont vécu pendant plus de cent quinze ans avant que Nabuchodonosor détruisît Jérusalem ? A-t-il été apporté par le prêtre israélite qui Fut envoyé à Samarie par Assaraddon,quaranle-six ans après l'expédition de Salmanazar? ou enGn n'a-t-il éié connu des Samaritains que trois cent douze ans plus tard, lorsque Manassé, prêtre juif, gendre de Sanaballat, gouverneur de Samarie, s'y retira pour ne pas se soumettre à la réforme que Néhémie faisait dans la république juive? L'histoire ne nous dit rien de positif sur tout cela ; les savants n'ont pu en raisonner que par conjecture.

Prideaux a donné une notice de ce Pentateuque dans son Histoire des Juifs , liv. vi, an 409 avant Jésus-Christ. 11 soutient que ce n'est qu'une copie de celui qu'Esdras avait écrit en caractères chaldaïques, copie, dit- il, où l'on a varié, ajouté et transposé. 11 prétend le prouver. 1° parce que cet exemplaire

contient tous les changements qui ont été faits dans le texte hébreu par Esdras; 2* parce qu'il porte des variantes qui viennent évidemment de ce que l'on a pris une lettre hébraïque ou rhaldaïque pour une antre qui lui ressemble, au lieu que, dans l'alphabet samaritain, elles n'ont aucune ressemblance; .'{"si les Culhéens, envoyés dans la Samarie, avaient eu le texte de la loi de Moïse, il n'est pas probable qu'ils eussent pratiqué une idolâtrie grossière défendue par celle loi. Wallon, dans ses Prolégomènes sur la Polyglotte de Londres, Prolég. 11, n. 12, a judicieusement remarqué que ces raisons sont bien faibles. La première suppose qu'Esdras a fait des changements dans le texte hébreu, et l'on n'en a point de preuve. La seconde est nulle, parce que les prétendues variantes causées par la ressemblance des lettres sont en très-petit nombre, qu'elles ont pu arriver par hasard, ou être faites à dessein pour conserver chez les Samaritains une prononciation différente de eeHe des Juifs. La troisième est démontrée fausse par l'exemple des Juifs ; ceux-ci n'ont jamais été privés du texte de leur loi, et ils sont tombés vingt fos dans une idolâtrie aussi grossière que celle des Samaritains. D'ailleurs, Prideaux suppose plusieurs choses qui n'ont aucune vraisemblance: 1° que Silmanasar dépeupla tellement la Samarie, qu'il n'y laissa pas un seul Israélite, ou que, parmi ceux qui restèrent, il n'y en eut aucun qui eût lu ou qui voulût lire la loi de Moïse. Il est cependant certain que celte loi , impunément violée dans le royaume d'Israël, en ce qui regardait le culie de Dieu, y avail toujours force de loi civile ; nous le venons ci-après. 2° Que pendant plus d'un siècle, qu; le royaume de Juda subsista après celui d'Israël, les prophètes Isaïe, Jérémie, Osée, Joël, etc., qui parurent, ne prirent pas la peine de visiter, d'instruire ni de consoler les restes malheureux d'Israël , pendant que sous les rois ils n'avaient cessé de tonner contre les désordres des grands et du souverain. Si la loi de Moïse avail été perdue, leur premier soin n'aurait-il pas été d'en reproduire des exemplaires et de les répandre? 3" Prideaux semble penser, comme les déistes, que, dans l'un et dans l'aulre de ces ro\ aumes, les copies de celle loi furent toujours très-rares et presque inconnues ; que si Esdras n'en avail pis rétabli une après la captivité, le tcxle de Moïse aurait été perdu. Nous avons prouvé ailleurs la fausseté de celle supposition, qui n'est qu'une rêverie de rabbins. Voj/.Esoras, Tf.xte, Pentateuqie. k° Il suppose enfin que le prêtre Manassé, révolté contre les règlements d'Esdras et de Néhémie, et réfugié à Samarie, eut assez de crédit pour faire adopter par les Samaritains un code de religion , de lois, d'usages onéreux et gênants, desquels ce peuple n'avait pas porté le joug jusqu'alors, de l'authenticité duquel il n'avait point d'autre garant qu'Esdras, son ennemi mortel? Vit-on jamais un pareil phénomène dans aucun lieu du monde?

11 est cent fois plus probable que le texte

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du Ponlalcuque n'a jamais cessé d'exister et «l'être connu dans le royaume d'Israël, non plus que dans celui de Juda, et qu'il n'a pas été nécessaire que le prêtre Israélite envoyé à Samarie par Assaraddon y reportât un exemplaire de ce livre. En effet, dès l'origine du schisme des dix tribus, Jéroboam, en établissant parmi elles l'idolâtrie, fit observer pour les faux dieux le même cérémonial que Moïse avait prescrit pour le vrai Dieu, /// Reg., c. xii, v. 32 : les prêtres idolâtres eurent donc toujours besoin du rituel de Moïse. Sous les rois d'Israël les plus impies, la loi de Moïse fut toujours loi civile : par cette raison , Achab n'osa pas forcer Naboth , son sujet, à lui vendre sa vigne; la loi des successions, fondée sur les généalogies, fut toujours observée. Elie, Elisée, et les autres prophètes qui ont reproché à ces rois tous leurs crimes, ne les ont point accusés d'avoir laissé perdre le livre de la loi de Dieu. Sans doute les sept mille hommes qui n'avaient pas fléchi le genou devant Baal lisaient celle loi, puisqu'ils l'observaient, /// Reg.,c. xix, v. 18. Tobie et llaguel faisaient de même lorsqu'ils fuient transportés par Salmanasar en Assyrie. Un peuple entier ne fut jamais disposé à recevoir un code de luis de la main de ses ennemis , à moins que ceux-ci ne l'aient subjugué et ne soient devenus ses maîtres. Concluons donc que les Samaritains n'ont rien emprunté des Juifs, et que les Juifs n'ont rien pris des Samaritains.

Une nouvelle conjecture est que les Samaritains n'ont cessé d'être idolâtres qu'à l'époque de l'arrivée du prêtre Manassé, de la réception de son Pentaleuque, et de la construction d'un temple sur la montagne de Gariziui; mais cela n'est pas mieux prouvé que le reste. 11 est tout aussi probable que ce peuple abandonna l'idolâtrie par la terreur que lui inspira la destruction du royaume de Juda, par les leçons de Jérémie ou de quelque autre prophète, ou par d'autres causes que nous ignorons. Plus de quatre-vingt-dix ans avant qu'Esdras publiât son exemplaire des /lires saints, les Samaritains disaient à Zorobabel et aux principaux Juifs : Laisseznous bâtir avec vous le temple du Seigneur, Dieu d'Israël, puisqu'il est notre Dieu aussi bien que le vôtre; nous lui avons offert des victimes depuis te règne d'Àssaraddon , roi d'Assyrie, qui nous a fait venir ici (1 Esdr. iv, 1). Josèphe, qui a rapporté la retraite de Manassé et la construction du temple de Garizim, Antiq.jud., 1. xi, c. 8, el qui ne flatte point les Samaritains , ne dit rien qui puisse appuyer la conjecture que nous réfutons.

Le Penlateuque samaritain a été connu de plusieurs Pères de l'Eglise. Origèic, Jules Africain, Eutèbe, saint Jérôme, Diodore de Tarse, saint Cyrille d'Alexandrie, Procope de Gaze et d'autres l'ont cité. Comme la plupart de ces auteurs n'entendaient pas l'hébreu, on présume qu'il y en a eu une version grecque à l'usage des Samaritains hellénistes, surtout de ceux d'Alexandrie, mais qui s'est perdue dans la suite: il n'en reste oue des fragment!. Depuis la fin du vi* siè-

cle, ce Pentaleuque était demeuré entièrement inconnu; mais au commencement du xvir, le savant Ussérius en fil venir des copias de l'Orient. Presque en même temps. Sancy de Harlay, ambassadeur de France à la Porte, en rapporta un exemplaire avec d'autres livres orientaux. Etant enlié dans la congrégation de l'Oratoire, il en fit présent à sa maison, et il devint ensuite évêque de Sainl-Malo.

Outre le Pentaleuque hébreu écrit en lettres samaritaines, il y en a une version en samaritain moderne, parce que ce peuple a oublié, dans la suite des siècles, aussi bien que les Juifs, son ancienne langue. De même que les Juifs oui été obligés de faire les paraphrases chaldaïques, les Samaritains ont eu besoin d'une version dans leur nouveau langage : c'est ce que l'on appelle la version samaritaine , qui est plus littérale que les paraphrases. Le lexte el la version furent placés par le P. Morin, de l'Oratoire, dans la Polyglotte de Paris; mais ils sont plus corrects dans la Polyglotte d'Angleterre. 11 y a enfin do ce même Penlateuque samaritain une version arabe, qui passe pour être fort exacte. — Entre le texte hébreu des Juifs et celui des Samaritains, il y a des différences; la plupart ne sont pas fort considérables : il est même étonnant qu'il s'en trouve si peu entre deux textes qui, depuis plus de deux mille ans, sont entre les mains de deux partis ennemis mortels l'un de l'aulre, et qui n'ont eu ensemble aucune liaison. Prideaux en a cité quelques exemples, et toutes ces variantes sont rassemblées dans le dernier volume de la Polyglotte d'Angleterre. Il y en a quelques-unes qui ont été faites à dessein et frauduleusement par les Samaritains, pour autoriser leurs prétentions. Au lieu que Dieu ordonne aux Juifs, Deut., c. xxvn, v. 4, d'élever un autel sur le mont llébal, ils ont mis sur le mont Garizim, et ils ont inséré celle falsification, Exod., c. xx, entre les v. 17 et 18. Mais celle altération ne louche en rien au fond de l'histoire.

Les Samaritains , chassés de Samarie par Alexandre, se retirèrent à Siihem , aujourd'hui Naplouse dans la Palestine : c'est là qu'ils se sont conservés en plus grand nombre , mais on prétend que celle secte est aujourd'hui réduite à peu près à rien. Nous avons déjà dit deux mots du Pentaleuque samaritain , à l'article I5n les orientales. Voyez Nouveaux éclaircissements sur l'origine du Penlateuque des Samaritains, in-8', Paris, 1760. L'auteur de cot ouvrage préfère la chronologie du lexte samaritain à celle du lexle hébreu, qui esl aussi celle de la Vulgate, et à celle des Septante, c. 11. Voy. Chbohologib.

SAMOSA TIENS, disciples et partisans de Paul de Samosate , évêque d'Antioche vers l'an 2G2. Cet hérélique était né à Samosate, ville située sur l'Euphrale, dans la provincu que l'on nommait la Syrie eupliratc'sienne , el qui confinait à la Mésopotamie. Il avait do l'esprit el de l'éloquence , mais trop d'org.;eil , de présomption , cl une conduite fort

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