‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 75 sur 219 · CG · texte numérisé non relu

CG

ternie, esses et les peines médicinales est illusoire : corrigera-t-il le langage des écrivains s.ici os '.' Il s'ensuit seulement que Dieu, par miséricorde, change ses vengeances en remèdes, et que l'un n'empêche pas l'antre. 2' Nous lui demandons : Supposé que Adam n'eût pas poché. Dieu nous ferait- il mourir pour nous faire exercer un acte de courage, pour donner un exemple utile, pour empêcher que nous ne devinssions méchants, etc.? Daillésans doute n'osera pas le soutenir contre le texte formel dé l'Ecriture : farce que tu as mangé du fruit que je t'avais défendu, tu seras réduit en poussière. Donc la mort est unep ine proprement dite el une vengeance du péché , quoique Dieu l'ait changée en une correction paternelle, en remède et en exercice de vertu, comme l'ont r marqué les Pères de l'Eglise. 3° Dieu a eu égard au repentir d'Adam, quant à la peine éternelle qu'il avait méritée , mais il n'y a point eu d'égard quant à la peine temporelle el à la mort à laquelle il l'a condamné; donc celle-ci est tout à la fois une peine vengeresse, aussi bien que correctionnelle et médicinale. Ainsi, sous cet aspect, la différence que Daillé veut mettre entre l'une et l'autre se trouve encore fausse. 4° Si un châtiment quelconque n'est plus une peine vengeresse ni une peine proprement dite, dès qu'il peut servir à l'utilité d'aulrui, il s'ensuit que la mort dont Dieu punit quelquefois les impies, ne doit point être regardée comme une vengeance ni comme une punition proprement dite, puisqu'elle peut servir et qu'elle sert souvent à effrayer d'autres pécheurs et à les retirer du désordre , que les justes y trouvent un motif de plus de persévérer dans le bi'ii. La damnation même des réprouvés peut produire ces deux derniers effets; il n'y aurait donc plus aucune espèce de peines purement vengeresses ni en ce monde ni en l'autre. 5° Supposons pour un moment la justesse et la solidité de la distinction sur laquelle Daillé croit se mettre à l'abri ; accordons-lui que les afflictions par lesquelles Dieu éprouve, exerce, corrige les pécheurs pardonnes, ne sont pas des peines proprement dites ; en sera-t-il moins vrai que ce sont des satisfactions, qu'il est utile au pécheur pardonna de s'éprouver, de s'exercer, de se corriger soi-même par des souffrances volontaires , lorsque Dieu ne le fait pas d'ailleurs ? Dans cette hypothèse même il n'y aurait encore rien à réformer dans la pratique de l'Eglise; il ne faudrait changer tout au plus que quelques expressions dans son langage , qui est cependant celui des auteurs sacrés ; au lieu de dire satisfactions, pénitences, peines satisfactoires , il faudra dire épreuves, corrections, peines médicinales ; mais l'Eglise ne sera pas moins en droit de retenir la chose , en épurant son langage. Celte grande réforme valait-elle la peine de faire autant de bruit qu'en ont fait 1rs protestants, et de donner un scandale aussi éclatant que l'a été leur schisme? G° Ils n'oseraient mer que les souffrances et la mort de Jésus-Christ n'aient é'é des pei-

nes proprement dites ; en effel, elles ont eu pour objet de venger les droits de la justice divine et de réparer l'injure faite à Dieu par le péché , aussi bien que de corriger les hommes, de leur donner un grand exemple, de les encourager à souffrir, etc. Ce sont des satisfactions ou des peines satisfactoires dans toute la rigueur du terme : les protestants en conviennent. Pourquoi n'en seraitil pas de même des souffrances des justes, formées sur le modèle de celles de Jésus- Christ, el qui en empruntent toute leur valeur comme le concile de Trente l'a enseigné ?

Un second exemple tiré de l'Ecriture, et allégué par nos théologiens contre les protestants, est celui de David. Lorsqu'il se fut rendu coupable d'adultère el d'homicide, le prophète Nathan vint lui dire de la part du Seigneur : Parce que vous avez fait le mal en- ma présence, le glaive demeurera suspendu sur votre maison.... Je vous punirai pur votre famille, etc. David répond : J'ai péché contre le Seigneur. Nathan lui réplique: Le Seigneur a transporté voire péché; vous ne mourrez point: main, parce que vous avez donné lieu aux ennemis du Seigneur de blasphémer contre lui , l enfant qui vous est né mourra, Il Reg., c. xn, v. 9. En effet cet enfant mourut, el bientôt après le Seigneur exécuta ses menaces par la révolte d'Absalou, c. xvi, v. 12. Voilà, dirons-nous, un cas dans lequel Dieu pardonne à un pécheur et lui remet la peine de mort, se réservant de le punir par des peines temporelles.

Mais Daillé soutient , après Calvin son maître, que les peines dont le Seigneur menaça David regardaient le futur plutôt que le passé ; qu'ainsi c'étaient des peines paternelles, médicinales, correctionnelles, et non des peines vengeresses et proprement dites, liv. i, c. 3. Il reste à savoir à qui nous devons plutôt croire, à Daillé et à Calvin, ou à l'auteur sacré qui ne parle que du passé : Parce que vous avez fait le mal en ma présence, que vous avez fait blasphémer les ennemis du Seigneur, etc. Il ne tenait qu'à lui de dire : Afin devons rendre plus sage dans la suite, a (in de faire un exemple frappant pour vos sujets, afin de mettre voire foi à l'épreuve, etc. ; il n'en est pas question. Mais eu appelant toujours à l'Ecriture sainte, nos adversaires se sont réservé le droit de ne point écouter ce qu'elle 'dit, et de lui faire dire ce qu'elle ne dit point.

Il en est de même d'une autre finie que commit David en faisant faire le dénombrement de ses sujets : pénétré de repentir, il en demanda pardon à Dieu ; cependant il en fut puni par une contagion de trois jours qui enleva soixante et dix mille âmes, // Reg., c. xxiv, v. 10 el suiv. Daillé raisonne de ce fait comme du précédent, sans donner aucune nouvelle raison ; sou verbiage n'a pour but que de distraite le lecteur du fond de la question. Il ne s'agit pas de savoir si la contagion de laquelle ces milliers d'Israélites ont é;é frappés, a été utile à plusieurs, par conséquent si elle a élé correctionnelle; mai;

SAT

Page 1