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xi elle a cessé pour cela d'être une punition nu une vengeance du péché. Or, nous soutenons qu'elle a été l'une cl l'autre, et qu'il en e ■[ de même (Je la plupart des fléaux que Dieu fait tomber sur les pécheurs.
Un troisième exemple, duquel Daillé a ( iherehé a esquiver les conséquences, ch. v, est [a punition des Israélites pour avoir adoré le veau d'or. Dieu voulait d'abord les exterminer, Exod., c. xxn, v. 10, Moïse demanda grâce pour eux et l'obtint : Le Seigneur fut apaisé, et ne fit point à son peuple le mal dont il l'avait menacé, v. 14. Cependant trois mille personnes, ou, selon notre version, vingt-trois mille personnes furent mises à mort pour ce crime, v. 2i. Et quoique Moïse demandât grâce une seconde luis, Dieu déclara qu'au jour de la vengeance il punirait encore ce forfait de son peuple, v. 34. Daillé soutient que ce fut une punition proprement dite, une peine vengeresse ; qu'il est faux que Dieu ait pardonné à ces coupables leur faute ni la peine éternelle qu'ils uvaient méritée. On a beau lui demander comment il sait que ces mots, le Seigneur fut apaisé, ne signifient pas que Dieu remit à ces idolâtres la peine principale ; qui lui a dit que tous ceux que l'on égorgea furent damnés? Il le suppose, parce que cela est utile à son système. Cependant il y aurait encore plus de témérité à soutenir que cette exécution sanglante ne servit pas à intimider le reste du peuple, à lui inspirer du repentir,puisque, sur une nouvelle réprimande du Seigneur, toute celle multitude fondit en larmes, se dépouilla de ses habits, et attendit en tremblant ce que Dieu lui réservait, c. III, v. 4. La punition de ceux qui avaient été tués fut donc utile aux autres. Or, Daillé ne veut pas que l'on nomme peine vengeresse, peine proprement dite, celle qui peut être salutaire à quelqu'un ; donc il est ici en contradiction avec lui-même. Ainsi il soutient que la punition des murmurateurs qui voulaient retourner en Egypte plutôt que défaire la conquête de ia terre promise , Num. , c, xiv, v. 1, ne lut point une peine vengeresse, parce qu'elle servit d'exemple à leurs enfants et à leur postérité, 1. i, c. 5. Peut-on raisonner si différemment dans un même chapitre, sur deux faits si parfaitement semblables? Il pense de même au sujet de la mort d'Aaron, rapportée Num. , c. xx, v. 24 ; de celle de Moïse, Deut., c. xxxn, v. 50 ; de celle du prophète qui fut dévoré par un lion pour avoir transgressé l'ordre de Dieu, Jll Ileg., c. sur, v. 2'+. Ce furent, ditil, des châtiments paternels, et non des punilions des f.iutes que ces divers personnages avaient commises.
Il pousse encore l'aveuglement plus loin sur un quatrième exemple tiré de saint Paul, I Cor., c. h, v. 30, où il est dit : Celui qui reçoit l'eucharistie indignement , mange et boitson jugement, ne discernant point le corps du Seigneur. C'est polh cela que plusieurs parmi vous sont malades, languissants et meurent. Si nous nous jugions nous-mêmes, nous
€ serions pas ainsi jugés ; mais lorsque nous
sommes jugés, nous sommes châtiés par le Seigneur,afin de ne pas être damnés avec ce monde. L'Apôtre n'écrit point, dit Daillé, c. G, que ces gens-là ont été frappés de mort en punition de leur péché ; il a^ure au contraire qu'ils ont été châtiés , afin de ne pas être damnés avec ce monde. Que signifie donc ce mot, c'est pour cela (ideoj? le texte est formel, lût t», 7',, propter hoc. 11 est absurde de soutenir que la peine de mort infligée à cause du péché, n'est pas une punition du péché, que ce n'est pas une peine vengeresse, parce que c'est une expiation, et de ne vouloir donner qu'à la première le nom de satisfaction.
Il est évident, par les exemples mêmes que nous venons de citer, qu'à la réserve de la mort en étal de péché el de la damnation qui s'ensuit, tout autre châtiment, toute autre peine que Dieu envoie à celui qui a péché, est tout à la fois une punition ou une vengeance du pécbé, une satisfaction ou une expiation, el une correction paternelle, une épreuve pour la vertu, une occasion de mérite pour le coupable. La distinction forgée par les protestants entre ces deux caractères, comme si l'un était opposé à l'autre, est absolument chimérique ; ils ne l'ont imaginée que pour tordre le sens des passages de l'Ecriture qu'on leur oppose, et pour en esquiver les conséquences. Or, celle distinction une fois détruite, leur doctrine, touchant les satisfactions humaines n'a aucun fondement, et le gros livre de Daillé ne prouve plus rien. Ils ont encore plus de tort de convenir d'un côté que les peines que Dieu envoie aux pécheurs pardonnes servent à éprouver leur foi, à exercer leur patience, à détruire leurs mauvaises habitudes, à perfectionner leur vertu, et de soutenir de l'autre, que ce n'est pas pour eux un sujet de mérite; que l'homme ne peut rien mériter; qu'il n'y a point de mérites que ceux de Jésus-Christ. N'est-ce pas mériter que de se mettre dans le cas de recevoir une récompense pour avoir fait ce que Dieu commande? Mais ici comme ailleurs, les protestants ont voulu réformer le langage humain pour autoriser leurs visions. Voy. Mérite.
En cinquième lieu, on leur cite vainement le mot de Daniel à Nabuchodonosor, c. w, v. 24 : Rachetez vos péchés par des aumônes ; peut-être que Dieu vous pardonnera vos fautes; el celui de Jésus-Cbrist aux pharisiens, Luc.; c. xi, v. 41 : Faites l'aumône, et tout sera pur pour vous. Daillé dit que ces paroles sont seulement une exhortation faite à des hommes coupables d'injustice el de rapines, de changer de conduite, afin que Dieu ne les punisse pas. Mais si l'aumône a la vertu d'empêcher que Dieu ne punisse le pécbé, elle est donc satisfactoire; elle expie le péché. C est tout ce que nous prétendons contre les proleslauls. Ces dispuleurs infatigables nous opposent une foule d'objections; mais ce sont toujours des passages de l'Ecriture sainte dont ils forcent le sens, ou des termes équivoques dont ils abusent.
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1° Suivant l'Ecriture, les péchés nous sont remis : or, ils ne le seraient pas si Dieu exigeait encore une peine ; il nous ordonne de remettre les dettes de nos frères, comme il nous remet les nôtres : oserions -nous dire que nous les remettons, que nous pardonnons, si nous exigeons une satisfaction ? — Réponse. Le péché est véritablement remis, lorsque Dieu nous fait grâce de la peine éternelle ; c'est par miséricorde même et par bonlé qu'il ne nous remet pas toute la peine temporelle, parce qu'il nous est utile de la subir. Pour nous, simples particuliers, sans autorité, il ne nous convient en aucun sens de nous faire justice à nous-mêmes ; mais lorsqu'un roi dit à un coupable : Tu as mérité la mort, je te fais grâce de la vie; cependant pour te corriger , je te condamne à six mois de prison, nous soutenons que c'est un véritable pardon, une grâce, une remise dans toute la propriété du terme. Puisque Daillé reconnaît que les châtiments de Dieu sont des bienfaits, I. n , c. 8 et ï), il est fort singulier qu'il les juge incompatibles avec un véritable pardon : pour que le péché nous soit censé remis, faut-il que Dieu nous prive d'une correction qui est un bienfait?
2* Nous lisons dans l'Écriture que Dieu ne nous impute point nos péchés, qu'il ne s'en souvient plus, que l'iniquité de l'impie ne lui nuira point dès qu'il se convertira, que nos péchés deviendront blancs comme la neige, qu'il ne reste aucune condamnation dans ceux qui sont en Jésus-Christ, que celui qui est justifié a la paix avec Dieu, etc. Comment accorder toutes ces expressions avec la nécessité de subir une peine temporelle après le péché pardonné?— Réponse. Très-aisément. Dieu ne nous impute point nos péchés quant à la peine éternelle que nous avons méritée; il change cette peine en une correction paternelle et méritoire : pouvons-nous nous plaindre? Encore une fois, il est absurde de soutenir que ce n'est plus une peine dès que c'est une correction, tout au contraire, ce n'est une correction que parce que c'est une peine. Dieu ne se souvient donc plus du péché pardonné, puisqu'il n'exige plus la grande peine, la peine éternelle qui était due au péché. Tobie le concevait ainsi, c. ni , v. 2 : Ne vous souvenez plus, Seigneur, de mes péchés, et ne tirez pus vengeance de mes fautes; toues vos voies sont miséricorde, équité et jugement ou justice. C'est donc une autre absurdité de prétendre qu'une peine exigée de Dieu n'est plus un acte de justice dès que c'est un trait de miséricorde.. Dans tous les châtiments que Dieu exerce en ce monde, il est vrai de dire avec David, Ps. lxxxiv, v. H : La miséricorde et l'équité se sont rencontrées, la justice et la paix se sont embrassées. Dieu dit aux Juifs dans Isaïe, c. l, v. 16 : Lavez-vous et purifiez-vous, cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien, soyez équitables, soulevez ïopprimé, faites rendre justice au pupille, prenez la défense de la veuve; alors venez disputer contre moi : quand vos péchés sciaient ronges comme l'ccai l:ilef ils devien-
dront blancs comme de la neige. Dieu n'attend pas toujours que tout cela soit fait pour pardonner, il tient compte et se contente dé la volonté où l'on est de le faire. Mais lorsque le pardon a ainsi devancé les œuvres, est-on dispensé pour cola de les accomplir. II en est de même des afflictions et des souffrances ; avant le pardon, ç'auraient été des peines : le pardon les rend méritoires, mais il ne leur fait point changer de nature. Quelle raison peut-on avoir d'envisager l'obligation de satisfaire ainsi à Dieu, comme un reste de condamnation qui peut troubler la paix que nous avons recouvrée avec Dieu? Ce n'est pas sans doute un malheur pour nous d'être condamnés à devenir des saints, à ressembler à Jésus-Christ souffrant, à mériter ainsi une augmentation de gloire et de bonheur dans le ciel ; c'est ce que saint Jean voulait, en faisant dire à Dieu, Apoc, c. xxn, v. 11 : Que le juste devienne encore plus juste, que celui qui est saint se rende encore plus saint; je vais venir bientôt, ma récompense est avec moi pour rendre à chacun selon ses œuvres.
3" Depuis que Jésus-Christ a satisfait pour nos péchés, disent les protestants, c'est lui fa ire injure d'exiger que nous ajoutions encore des satisfactions aux siennes, comme si les siennes étaient insuffisantes, et que les nôtres pussent y ajouter un degré de valeur. — Réponse. Les protestants devraient objecter de plus avec les incrédules : Puisque Jésus-Christ a pratiqué tant de vertus et de bonnes œuvres, et qu'il a souffert tant de tourments pour nous mériter le ciel, il est fort étonnant que Dieu exige encore que nous achetions celte récompense par des vertus, par de bonnes œuvres, par des souffrances; cela suppose en Dieu une justice inexorable qui n'esl jamais satisfaite et qui ressemble beaucoup à la cruauté. Notre pré' tendue sainteté peut-elle ajouter un nouveau degré de valeur à celle de Jésus-Chrisll Après qu'il a tant prié, qu'esl-il besoin de prier encore? Il est dit que Dieu, en nous livrant son propre Fils, nous a donné tout avec lui, Rom., c. vin, v. 2. Nous n'avons doue plus besoin de lui rien demander. Cependant saint Paul dit, dans ce même chapitre, que Dieu a prédestiné ses élus à être conformes à l'image de son Fils ; que ce sont ceux-là qu'il a justifiés et qu'il a glorifiés, v. 29 et 30. Il dit aux fidèles : « Soyez mes imitateurs comme je le suis de Jésus- Christ, » / Cor., c. iv, v. 16; c. xi, v. i. C'est donc parce que Jésus-Christ a soufferl que nous devons souffrir, parce qu'il a eu des vertus et des mérites que nous devons en avoir, et parce qu'il a satisfait pour les péchés que nous devons satisfaire pour les nôtres ; il ne s'ensuit pas de là que nos prières, nos bonnes œuvres, nos mérites, no< satisfactions , peutenl ajouter un nouveau degré de valeur à ceux do Jésus- Christ. Il s'ensuit seulement que malgré les mérites infinis de ce divin Sauveur, le ciel doit toujours être une récompense, et non un don purcrucnl gratuit; que Dieu veut le donnée
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à des saints, cl non â d«?s hommes vicieux, a dos pécheurs repentants, cl non à des ci imincis obstinés,
4* Dieu, qui vcul ê're adoré on esprit et en vérité, so conlcnlo de la pureté du cœur, il ne demande pas absolument des morliiic;i lions ; l'aincndcmenl de Vie est la seule pénitence nécessaire. Lei plus grands hypocrites sont ceux qui consentent le plus aisément à faire des BUStérilés, parce que cola esl plus aisé que de renoncer aux passions ; l'on croil expier tous les péchés s i n s avoir le cœur changé. Harboyrac, Traité de la morale des Pères de l'Eytise, c. vin, § 53. — ltéponse. A ce trait de satire nous pouvons on opposer d'autres. Les plus grands hypocrites sont ceux qui, sous prétexte d'adorer Dieu en espril cl en vérité, ne l'adorent ni intérieurement, ni extérieurement ; qui dépriment loutes les marques sensibles «le culte, et qui voudraient les abolir pane qu'ils sentent que ce serait le plus sûr moyen de détruire toute religion. Tel esl le masque sous lequel les incrédules ont toujours caché leur impiété ; il n'est pas honorable aux protestants de faire cause commune avec eux. Il est faux que Dieu ne demande pas absolument des mortifications et des marques sensibles de pénitence ; il ordonne aux Juifs par Isaïe, non-seulement le changement du cœur et de la conduite, mais de bonnesœuvres, des actes de justice, decharilé, de compassion envers ceux qui souffrent, des secours el des services rendus à ceux qui ont besoin; Isaï., c. i, v. 16. Job faisait pénitence sous la cendre et la poussière, c. xlii, v. G; David couvrait de cendre son pain et mêlait ses larmes à sa boisson, ps. ci, v. 10 ; Daniel ajoutait à ses prières le jeûne, le cilice el la cendre, c. ix, v. 3. Jésus-Christ, Mattli., c. xu, v. kl, loue la pénitence des Ninivites, qui fut accompagnée des mêmes signes extérieurs ; c, xi, v. 21, il dit que les Tyriens et les Sidoniens l'auraient imitée, s'il avait fait chez eux les mêmes miracles que dans la Judée. Saint Vâu\,Galat.,c. v,v. 2i, déclare que ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses convoitises; il n'est donc pas vrai que l'amendement de la vie soil la seule pénitence nécessaire. Pratiquer des austérités sans avoir la componction dans le cœur, et sans renoncer au crime, est un abus sans doute ; ne vouloir s'assujettir à aucune mortification, sous prétexte que l'on est repentant dans le cœur, c'en est un non moins réprébensible. Ne sailon pas que les réformateurs ont blâmé même la contrition, le regret et le repentir du péché? Ils ont ainsi proscrit toute espèce de p'nitcnce, soit intérieure, soil extérieure.
Y 01/. MoilTIFICATION.
SATUKNIENS, hérétiques du n* siècle, disciples de Saturnin ou Saturnil , philosophe d'Anlioche. Quelques au'eurs ont cru que celui-ci était disciple de Ménandre ; mais ce fait est incertain, puisque Ménandre a vécu sur la fin du premier siècle, au lieu que Saturnin n'a paru que vers l'an 120 ou 130, sous ie règne d'Adrien, suivant
I • récit d'Kuïèbe ot do Théodore!. D'ailleun le système de ces deux hérésiarques est différent à plusieurs égards. Aucun é<r vain moderne n'a examiné de plus près que M lieim celui de Saturnin ; voici comme il l'a conçu, Biit. christ., I83C. Il, § V» el i'J; <t Histoire ecclés., n' siècle, il* partie, c. ,'j, $ 0. Ce philosophe, comme la plupart dos Orientaux, admettait un Dieu suprême, in' Iligent, puissant cl bon, mais inconnu aux hommes ; el une malièro éternelle à laquelle présidait Un esprit aussi éternel, méchant < l malfaisant de sa nature. Du Dieu suprême étaient sortis, par émanation , sept e-prils inférieurs qui, à l'insu du Dieu suprême, avaient formé le monde et les hommes, el qui s'étaient logés dans les sept planélo9 ; mais ces ouvriers impuissants n'avaient pu donner aux hommes qu'ils avaient formés qu'une vie purement animale, Dieu, louché de compassion , donna à ces nouveaux êlrej une âme raisonnable, el laissa le monde s îus le gouvernement des sept esprits qui en étaient les artisans. Un de ces esprils avait sous ses ordres la nation juive; c'est lui qui en réglait la deslinée, qui l'avait tirée de l'Egypte, et qui lui avait donné des lois ; c'est lui que les Juifs adoraient comme leur Dieu, parce que le vrai Dieu leur était inconnu. Mais l'esprit méchant el malfaisant qui dominait sur la matière, jaloux de ce que d'aulres que lui avaient fait des corps animés, cl de ce que Dieu y avait mis uneâme bonne et sage , forma une aulre espèce d'hommes auxquels il donna une âme méchante et semblable à lui ; sans doule il la lira de son propre sein, puisqu'il n'avait pas, non plus que le Dieu suprême, le pouvoir de créer. De là est venue la d fférence entre les hommes, dont les uns sont bons, les autres mauvais. D'aulre part, le Dieu suprême, fâché de ce mélange, et de ce que les esprils gouverneurs du monde se faisaient adorer par les hommes, avait envoyé son Fil-, sous l'apparence d'un homme, qui est Jésus- Christ, et revêlu d'un corps apparent pour faire connaître le vrai Dieu aux hommes doués d'une bonne âme, pour les ramener à son culie, pour détruire l'empire du dominateur de la matière el celui des sept esprils gouverneurs du monde, pour faire enfin remonter les bonnes âmes à la source dont elles étaient descendues.
Conséquemment à ces principes. Saturnin recommandait à ses disciples une vie austère. Persuadé que la matière esl mauvaise par elle-même el que le corps est le principe de tous les vices, il voul :it que l'on s'abstînt do manger de la i hair ot de boire iki vin, nourritures trop substantielles, afin que l'esprit fûl plus léger et plus libre de s'appliquer à la connaissance el au culle de Dieu ; il détournait du mariage par lequel se fait la procréation des corps. Nous ne savous pas sur quels livres ou sur quels monuments il fondait sa doctrine; mais comme lous les auircs gnos'iques, il rejetait absolument l'Ancien Testament, qu'il regardait comme l'ouvrage d'un des esprils infidèles a
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Dieu, ou comme celui de l'esprit pervers, dominaleur de la matière.
Comme saint lretiéc, Terlullien, Eusèbe, saint Epiphane, Théodore! , ne nous ont donné qu'une notice Irès-succincle d< s opinions de Saturnin, il y manque beaucoup de choses nécessaires pour les mieux concevoir; et malgré les efforts que Mosheim a f;:ils pour y meltre de la liaison, ce système ressemble plutôt à un rêic qu'à des raisonnements philosophiques. On voit qu'il avait ele forgé pour rendre raison de l'origine du mal, question qui embarrassait tous ies raisonneurs ; mais au lieu d'y satisfaire, il augmentait les difficultés à l'infini.
1° A l'article Manichéisme, § lV,nousavons fait voir qu'il est absurde de supposer deux êtres éternels, incréés, existants d'eux-mêmes, un seul est nécessaire; la nécessité d'être ne peut être al ribuée à plusieurs; il n'y a pas plus de raison d'en supposer deux que d'en supposer mille. Une seconde absurdité est d'admettre uu être nécessaire, incréé, existant de soi-même, et dont la nature esl bornée ; rien ne peut être borné sans cause, et un être incréé n'a point de cause ; sa nature, ses attributs, son intelligence, son pouvoir, sont donc essentiellement infinis : il ne peut donc y en avoir deux dont l'un soit gêné par l'autre. Une troisième est de supposer la matière éternelle, incréée , nécessaire, de laquelle cependant la forme n'est pas nécessaire, et peut être changée par un autre être quelconque ; un être éternel et nécessaire est essentiellement immuable. — 2° Quand ces vérités ne seraient pas démon- Irées, il y aurait encore du ridicule à forger des suppositions arbitraires, sans en avoir au une preuve positive. On pouvait demander à Saturnin et à ses pareils : Qui vous a dit qu'il y a deux êtres co-éternels, ni plus ni moins, dont l'un est ennemi de l'autre, dont l'un domine sur la matière et l'autre sur les esprits , desquels vous réglez le déparlement, les fonctions, le pouvoir, les opérations à votre gré? Qui vous a révélé qu'il y a sept esprits formateurs et gouverneurs du monde, et qu'il n'y en a pas mille ; qu'ils sont plutôt logés dans les planètes que dans les .'tutres parties de la nature ; qu'ils se sont accordés pour faire le monde, et qu'ils s'enlendent assez mal pour le gouverner; qu'ils ont pu former des corps, et non faire des âmes , etc. Vous dites que vous ne pouvez concevoir autrement la naissance cl l'ordre des choses ; mais votre conception est-elle la règle de toute vérité ? Nous ne concevons pas non plus votre système , donc il n'est pas vrai. — 3° Au lieu d'entasser ainsi les suppositions, il aurait été plus simple do dire qu'il n'y a qu'un seul être suprême intelligent et bon ; que c'est lui qui a fait le monde, mais qu'il n'a pas pu le mieux faire, parce que l'imperfection de la matière s'opposait à sa volonlé et à son pouvoir. Y avaitil plus d'inconvénient à supposer que le pouvoir de Dieu était borné par la matière, qu'à dire qu'il I était par un autre être malfaisant, par des esprits subalternes, etc. ? Puisque
Saturnin , non plus que les autres philosophes orientaux , n'admettaient point en Dieu le pouvoir créateur, il était forcé de penser que les esprits étaient sortis de Dieu par cmanalion ; cependant il disait que Dieu avait mis des âmes sages et bonnes dans les hommes qui n'avaient encore que la vie animale. Ces âmes étaient-elles aussi sorties de Dieu par émanation , ou Dieu les avait-il créées librement et volontairement? Voilà ce qu'on ne nous apprend pas. Saturnin suppose que les sept esprits subalternes avaient formé le monde à l'insu de Dieu, qu'ensuite ils s'étaient révoltés contre lui , et lui dérobaient le culte qui lui est dû ; voilà un Dieu ignorant et impuissant ; comment peut-il être le Dieu suprême? — k° Pendant que Dieu a fait des âmes sages et bonnes , et les a logées dans des corps, l'esprit méchant y a placé des âmes semblables à lui ; ce sont deux espèces d'hommes, les uns bons, les autres mauvais. Mais ces espèces se mêlent par le mariage ; parmi les enfants nés d'un même couple, les uns ont une bonne âme, les autres une mauvaise, est-ce Dieu, ou le mauvais esprit, qui crée ces nouvelles âmes? Si le Fils de Dieu, qui est venu pour réformer les âmes et les conduire à Dieu, ne peut pas empêcher le mauvais esprit de produire toujours des âmes essentiellement mauvaises , sa mission ne peut jamais avoir beaucoup do succès. — 5° L'on He nous dit pas ce que c'est que le Fils de Dieu, si c'est un esprit, comment il est né de Dieu, en quoi sa nature est différente de celle de nos âmes. 11 ne convenait guère à Dieu et à son Fils de nous fairo illusion par les apparences d'un corps.de nous conduire à la vérité par le mensonge ; n'y avait-il point d'autre moyen de nous instruire et de nous sanctifier, etc.? On ne finirait jamais si l'on voulait relever toutes les absurdités de ce monstrueux système. — 6° Nous avons fait voir ailleurs qu'il ne sert à rien pour éclaircir la grande question de l'origine du mal, que les Pérès de l'Eglise l'ont résolue par des principes évidents, simples et solides, et qu'ils ont beaucoup mieux raisonné que celle foule de philosophes orientaux qui ont voulu concilier le chrislianismeavecleursyslème imaginaire. Voy. Manichéisme, § k et 6. Celui de Saturnin nous fournil cependant p'usieurs sujets de réflexions.
Puisque ce philosophe entêté ne voulait pas être disciple des apôtres, il faut que les faits publiés per ces envoyés de Jésus-Christ aient été d'une certitude incontestable, pour que cet hérésiarque ait été forcé d'en admettre du moins les apparences. Déterminé à nier que Jésus-Christ eût un corps réel, qu'il fût né, qu'il eût souffert, qu'il fût mort et ressuscité réellement , il n'a pas laissé d'avouer, comme les autres gnostiques, que Jésus-Christ a paru faire tout cela, qu'il a extérieurement ressemblé aux autres hommes, qu'ainsi les apôlrcs n'en ont publié que des faits desquels ils étaient convaincus par le témoignage de leurs sens. Saturnin cependant; au i.' siècle, immcdial'Miicnt après la
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morl du dernier d^s npAtrog, cl dans In voisinage du la Judée, était [dus à porlée que personne de vérifier les faits qui prouvaient la mission divine de Jésus-Christ et sa qualité de Fils de Dieu. Il n'est donc pris vrai , comme le prétendent les incrédules, qu'il n'v ait point d'autres témoins de ces f.iits que les apôtres, puisque leur témoignage est confirmé par l'aveu des hérésiarques contemporains ou très-voisins de la date des événements. Voxj. G.NOSTIQUES.
SAUL, premier roi des Israélites , dont l'histoire est renfermée dans le premier livre des Rois, depuis le chapitre ix jusqu'à la fin. Les incrédu'es sont scandalisés de ce que ce prince, placé sur le trône par le choix exprès de Dieu, duquel il est dit que Dieu avait changé son cœur et en avait fait un autre homme, cap. x, v. 9 et 10, a eu néanmoins une conduite si peu sage et une fin si malheureuse. Dieu l'a permis ainsi , afin d'apprendre aux hommes que ses grâces les plus signalées ne sont point inamissihles , qu'il les retire lorsque ceux qui les avaient reçues y sont infidèles, et qu'une grande dignité est toujours un poste dangereux pour la vertu. Mais les censeurs de l'histoire sainte savent y trouver des sujets de reproche, lors même qu'il n'y en a point; ils ont pnlrepris de faire tomber sur Samuel et sur David le blâme de toutes les fautes de Saiil, et de faire paraître ces deux personnages plus coupables que lui. Nous les avons justifiés, chacun dans son article, et nous avons fait voir que leur conduite envers Saiil fut irrépréhensible. Il nous reste à démontrer que celle de la Providence à l'égard de ce roi a été très-conforme aux règles de la sagesse et de la justice, et à résoudre quelques difficultés qui se rencontrent dans celte histoire.
Saiil n'aurait jamais dû oublier que Dieu s'était servi de Samuel pour lui déclarer son choix et ses volontés : les vertus de ce prophète auxquelles toute la nation rendait témoignage, la paix et la prospérité dont elle avait joui sous son gouvernement, auraient dû inspirer à un jeune roi une déférence constante aux conseils et aux leçons de ce vénérable vieillard : Saiil fil tout le contraire ; ce fut la source de ses fautes et de ses malheurs. Il fait le premier exercice de son autorité, eu ordonnant à tout Israël de s'assembler pour marcher contre les Ammonites , et il déclare que si quelqu'un ne s'y trouve pas, ses bœufs seront mis en pièces , I Reg. c. xi, v. 7. Samuel ni David n'ont jamais donné des ordres sur un ton aussi menaçant ; celte imprudence n'était pas propre à concilier à un nouveau monarque l'affection de ses sujets.
Le chap. xm, v. 1, présente une difficulté de grammaire. Au lieu dédire que Saiil n'avait encore régné que pendant un an, le texte semble signifier que Saiil était fils ou enfant d'un an, lorsqu'il commença à régner ; plusieurs versions l'ont ainsi rendu , pi les critiques disent que c'est un hebraïsme. Us n'onl pas fait attention qu'en hébreu, le
mot fils ou enfant ne signifie pas seulement ce qui est né, mais ce qui est sorti. Au mot l'n.s, nous l'avons prouvé par plusieurs exemples, et nous avons fait voir qu'en français enfant n'est pal moins équivoque. Or, il n'y a aucun inconvénient à dire que Soiil était sortant de la première année de son régne, et qu'en tout il régna deux ans. Ce n'est donc pas là un hébraïsme ou une expression singulière. Va;/. HébraÏsmk
Dans une expédition contre les Philistins, Saiil défend sous peine de la vie à toute l'armée de ne rien manger jusqu'au soir, c. xiv, v. 24- ; défense inutile et imprudente. Il veut mettre à mort son fils Jonaihas, principal auteur de la victoire, parce qu'il avait goûté un rayon de miel pour réparer ses forces, ne tachant pas l'ordre donné par son père, v. 44. Le peuple fut obligé d'empêcher cet acte de cruauté. Il est difficile de ne pas soupçonner là un trait de basse jalousie.
Après avoir reçu de Dieu un ordre exprès d'exterminer les Amaléciles, de ne rien épargner ni réserver, Saiil , avide de butin , fait mettre à part ce qu'il trouve de meilleur parmi les troupeaux et les dépouilles, sous prétexte de l'offrir au Seigneur, et il amène captif Agag, roi de cette nation. Fier de sa victoire, il se fait ériger un arc de triomphe, il veut que Samuel lui rende des honneurs en présence des chefs du peuple. Probablement il n'avait épargné Agag que pour relever l'éclat de sa conquête, ou pour en faire son esclave, selon l'usage des princes orientaux. Il soutient néanmoins qu'il a fidèlement exéculé les ordres du Seigneur, c. xv, v. 20. Pour confondre tout cet orgueil , Samuel lui répond, v. 22 : Dieu veut-il donc des holocaustes et des victimes, et non que ion obéisse à ses volontés ? L'obéissance vaut mieux que les sacrifices . et il préfère la soumission à la graisse des animaux. La résistance au commandement du Seigneur n'est pas mains criminelle que Cidolûtrie et que la superstition des présages. Vous avez méprisé ses ordres, et il vous rejette du rang aujuel il vous a élevé.
Y avait-il de la cruauté dans ce commandement d'exterminer un peuple entier ? Non ; les Amaléciles avaient attaqué très-injustcmentles Israélites sortant de l'Egypte, Exod., c. xvn, v. 8; une seconde fois dans le désert, IVuin., c. xiv, v. 45; une troisième fois sous les Juges, Jud. , c. m, v. 16 ; ils ne cessèrent de renouveler contre eux les hostilités, c. vi, v. 3 cl 35 ; c'étaient donc des ennemis irréconciliables. Dieu avail prédit qu'il les détruirait, Exod., c. xvn, v. 14 ; Xum., c. xxiv, v. 20 ; Dent., c. xxv, v. 19. Saiil en épargne un grand nombre, puisque peu de temps après ils recommencèrent leurs ravages, qu'ils brûlèrent di'ux villes, et que David les tailla en pièces, / R g. , c, xxx, v. 1 et 14. Saiil fui donc coupable à tous égards. Il savait que Dieu avait prononcé l'anathème contre tous les Ghananéens à cau^e de leurs crimes, et les Amaléciles y étaient compris ; voy. Cha>anéexs. Mais Dieu avait donné d'ailleurs aux Israélites des lois louchant la
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guerre, beaucoup plus justes el plus modérées que celles de tous les autres peuples, DruL, c. xx, et Diodore de Sicile a reconnu qu'elles étaient très-sages. Frag. de Dio<1. , I. xi, trad. de Terrasson. t. VU, p. 1V9. Ce n'était pas faute «te volonté si les Amalécilcs el les autres n'avaient pas entièrement exterminé les Israélites : cela serait arrivé, si Dieu n'avait pas mis de bornes à leur fureur. Il avait averti son peuple qu'il laisserait autour de lui des ennemis dont il se servirait pour le châtier lorsqu'il serait infidèle. Judic. c. il, v. 3 et 21 ; lorsque ces menaces eurent été pleinement accomplies, il voulut que la verge dont il s'était servi fût jetée au feu.
Les incrédules n'ont pis manqué de déclamer contre Samuel, qui eut la cruauté de hacher Agag en morceaux ; ils disent que ce fut un sacrifice de sang humain, puisque l'histoire ajoute que cela se fit devant le Seigneur, J Reg., c. xv, v. 33. Cela ne se fit point devant l'arche qui était pour lors à Gabaa, ni devant le tabernacle, qui était à Silo, ni sur un autel dressé à Galgala ; ces mots devant le Seigneur signifient donc seulement que Dieu fut témoio de l'exécution de l'ordre qu'il avait donné. Une preuve que le suppplice d'Agag était juste, c'est que Samuel lui déclara qu'il allait le traiter comme il avait traité lui-même ceux qui étaient tombés entre ses mains , ibid.
Saiil , attaqué d'une mélancolie noire qui le mettait hors de sens, fait venir David encore jeune, mais excellent musicien, afin que, par le son des instruments, il pût calmer les accès de sa maladie : le succès de ce remède inspira au roi beaucoup d'affection pour David ; il le fit son écuyer. Cependant peu de temps après, David ayant coupé la tète à Goliath, principal brave des Philistins, et procuré la victoire à Saiil, ce roi étonné demande à son général qui est ce jeune homme, et interroge David sur sa naissance, comme s'il ne l'avait jamais vu , c. xvn, v. 55 et 58; cela ne prouve autre chose que les absences d'esprit auxquelles Saiil était devenu sujet. Malheureusement, en célébrant l'exploit de David, les femmes israéliles s'avisèrent d" chanter : Saiil a tué mille ennemis, et David dix mille. Ce mot fatal inspire au roi une basse jalousie , son amitié pour David se change en fureur, il essaie deux fois de le tuer. Après lui avoir promis sa fille Méroh en mariage, il la donne à un autre ; il lui tend des pièges pour le faire périr, en lui faisant espérer Michol son autre fille. Après la lui avoir donnée, il veut engager Jonathas son fils et ses Serviteurs à se défaire de David, il poursuit ce dernier à main armée, il passe au fil de l'épéc le grand prêtre Achimélech, quatre-vingt-cinq prêtres ou lévites, et tous les habitants de la ville de Nobé, parce qu'ils avaient donné retraite à David, ne sachant pas qu'il y avait une rupture entre le gendre el le beaupère. Deux fois Daud fut le maître d'ôter la vie à Suiil, et l'épargna : deux fois confus de poursuivre a mort un innocent , Saiil pleure sa faute et jure de le laisser désor-
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mais en repos ; autant de fois il viola son serment, cap. xvm, xix et suiv.
On ne sait sous quel prétexte il fil mettre à mort les Gabaonites, reste des Amorrltéens, auxquels les Israélites avaient juré de consener la vie, // Reg., cip. xxxi, v. 1 et 2.
Prêt à combattre les Philistins, et se sentant inférieur en forces, il alla consulter une p;, Ihonisse ou magicienne, pour faire évoquer l'âme de Samuel, et apprendre quel serait l'événement delà bataille; crime expressément défendu par la loi de Dieu, / Reg., c. xxvm. Au mot Pythonisse, nous avons examiné ce fai4 ; nous avons prouvé que 1 âme de Samuel apparut véritablement à Saiil, non par la force des conjurations de la magicienne , mais parce que Dieu voulut punir ce roi par le crime même dont il se rendait coupable en voulant , pour ainsi dire, forcer le Seigneur à lui révéler l'avenir. Enfin, par un excès de désespoir, ce roi se tue lui -même pour ne pas tomber entre les mains des Philistins, c. xxxi, v. k.
C'est avec raison que saint Jean Chrysostome, méditant sur cette histoire, conclut que Saiil, loin de répondre au choix que le Seigneur avait fait de lui, fut presque toujours rebelle à sa volonté II aurait été heureux et couvert de gloire, s'il avait su profiter des leçons de Samuel, des talents et des services de David ; il fut malheureux , et se précipita de crime en crime, dès qu'il fut aveuglé par l'orgueil el par la jalousie, Hom. G2, in Mattli. , num. 5, Op. tom. VII p. 626.
L'histoire de Samuel, de Saiil et de David est très-bien discutée par les commentateurs angiais dans la Bible de Chais, lom. V.
SAUVAGE. On n'entend pas seulement parla un homme qui, abandonné dans son enfance, a vécu seul, livré à une vie semblable à celle des animaux, mais on appelle Sauvages ceux qui vivent par familles ou par petites peuplades isolé s, sans société civile, et qui ne connaissent encore ni les arts, ni les lois, ni les usages des peuples policés. Quelques-uns de nos philosophes modernes ont entrepris de prouver que ceux qui vivent ainsi sont moins malheureux el moins vicieux que nous. Le sage Leibnilz même, tout judicieux qu'il était, a donné dans ce préjugé. Il dit que les Sauvages du Canada vivent en paix, que l'on ne voit presque jamais des querelles, des haines, des guerres, sinon entre des hommes de différentes nations et de différentes langues ; que les enfantsmémes, en jouant ensemble, en viennent rarement aux altercations. 11 ajoute que ces peuples ont une horreur naturelle de l'inceste, que la chasteté dans les familles est admirable, que le sentiment d'honneur est chez eux au dernier degré de vivacité, ainsi que le témoignent l'ardeur qu'ils montrent pour la vengeance, et la constance avec laquelle ils meurent dans les tourments. 11 dit enfin qu'à certains égards leur morale pratique esl meilleure que la nôtre, parce qu'ils n'ont point l'avarice d'amasser, ni l'ambition de dominer, il conclut qu'il y a
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( li<-z nous plus de bien cl plus do mal que «liez eux ; k'sprit de Leibnilz, lorn. I, pag. fr53.
Mais ce philosophe n'avait pas a^sez comparé les sauvages tics différente! parties de l'Amérique et des divers climats ; depuis (|iie l'on en a examiné un plus grand nombre, il résulte des différente* relations qu'. n général les sauvages sont beaucoup moins lieurcux el ont moins di; vertu que les peuples policés ; plusieurs de nos écrivains, qui avaient soutenu le contraire, ont été forcés de se dédire ; nous sommes donc en droit de conclure avec l'Ecriture sainte : Il n'est pas bon que l'homme soit seul; Ocn., c. il, v. 18.
D'abord, quant au bien-être physique, il est certain que les sauvages ne cultivant rien, réduits à vivre de leur chasse et de leur pèche, sont souvent exposés à mourir de faim, et que leur vie est très-peu différente de celle des animaux carnassiers ; cet étal de discite est un obstacle invincible à la population, et c'est ce qui rend désertes les plus vastes contrées de l'Amérique, lin général, ces peuples sont tristes el mélancoliques , naturellement timides, effrayés de tout objet auquel ils ne sont pas accoutumés ; c'est ce qui les rend farouches et ennemis des étrangers. Il est prouvé qu'un grand nombre de jeunes sauvages périssent dans leurs courses par la faim, par la soif, par le froid, par les fatigues, et que peu parviennent à la vieillesse. La condition des femmes surtout est la plus -humiliante et la plus cruelle ; elles sont traitées comme des animaux d'une espèce inférieure à l'humanité. A moins que les hommes ne soient réunis et laborieux, ils ne peuvent jouir des dons de la nature, déployer leurs facultés ni leur industrie ; quel bonheur peuvent-ils donc goûter? On nous dit qu'un s.uvage est plus content de sa crasse, de sa vie dure el de sa nudité, qu'un voluptueux européen ne l'est de son luxe el de sa mollesse ; cela n'est pas sûr : quand cela serait, nous dirions qu'il en est de même d'un singe ou d'un pourceau, et cela prouve que le bonheur d'un animal n'est pas celui d'un homme raisonnable. La terre rendue féconde par la culture fournit le nécessaire et souvent le superflu à un peuple immense, l'homme n'est plus réduit à disputer sa pâture aux lions et aux tigres; six lieues carrées de terrain cultivé peuvent nourrir plus de monde que cent lieues de terre en friche. Comparons aux fertiles contrées de l'Europe les vastes solitudes de l'Amérique couvertes de forêts, de marais, de vapeurs pestilentielles , d'herbes empoisonnées, de reptiles dangereux, nous verrons ce que produisent parmi les hommes le travail et l'éial de société.
On nous en impose encore, quand on dit quo les sauvages sont plus vertueux ou moins vicieux que nous. Il est difficile de comprendre comment il peut y avoir beaucoup de vertu dans un étal où la vertu manque d'exercice, et où l'on n:- trouve presque point d'objets capables d'exciter les passions. La veilu sans doute est la force de l'âme, eu
faut-il beaucoup pour suivre machinalement les penchants de la nature animale? Pour faire un parallèle exact entre- les mœurs des sauvages et les nôtres, il faudrait comparer mille familles réunies par la vie civile, avec un nombre égal de faim les sauvages, et un égal nombre d'hommes de part el d'autre ; (a caler ensuite combien, dans un espace de vingt ans ou davantage, il s'est lait d'actes de vertu ou de crimes de chique côté : nous pouvons affirmer que l'avantage ser.it pour le moins quadruple pour les familles policées. Un auteur moderne n'a pas hésité d'écrire que, proportionnellement au nombre des hommes, il se commet au nord de l'Amérique plus de cruautés et de (rimes que dans l'Europe entière. H est incontestable que les sauvages poussent la perfidie et la cruauté à des excès horribles dans la guerre et dans la vengeance ; on ne peut lire sans frémir les traits qu'en rapportent les voyageurs ; nous ne comprenons pas comment on peut appeler pacifiques des troupeaux d'hommes qui vivent dans un étal de jalousie, de défiance, de guerre et d'inimitié continuelle avec leurs voisins, el qui sont toujours prêls à s'eutre-détruire afin d'avoir à leur discrétion pour la chasse un terrain plus vasle et plus peuplé de gibier. Les quakers de la Pensylvanie, quoique les plus paisibles des hommes, ont été souvent obligés de mettre à prix la tête des sauvages, et do les poursuivre comme des bêles féroces , parce qu'ils ne pouvaient avoir avec eux ni paix ni trêve. Ils n'ont pas besoin d'être fort irrités pour être cruels ; souvent un père écrase ou étrangle son enfant dans un excès de colère, et la mère n'oserait s'y opposer ni s'en plaindre. Si elle meurt en allaitant son enfant, on l'enterre avec elle, pour n'avoir pas la peine de le nourrir ; un fils abandonne son père; toute une horde laisse périr les vieillards, lorsque ceux-ci manquent de force et ne peuvent plus suivre les chasseurs dans leurs courses. Tous ont une sorte de fureur pour le3 jeux de hasard ; ils y deviennent forcenés, avides, turbulents; ils y perdent le repos, la raison et tout ce qu'ils possèdent ; ce sont alternativement des enfants imbécilles et des hommes terribles, tout dépend du moment. Qu'ils soient chastes par froideur de tempérament , ce n'est pas une merveille ni un grand mérite ; c'est l'effet naturel de la vie dure el de la fatigue ; il u'est pas nécessaire d'aller chez les sauvages pour en trouver des exemples. Vindicatifs à l'excès, non par le motif du point d'honneur, mais par la brutalité, ils supportent les tourments par une espèce de rage; et eu respirant la vengeance, ils insultent à leurs ennemis, parce qu'ils ne peuvent ni échapper à la mort ni se venger autrement. Ce n'est point là une vraie constance ni uue vertu. Nous ne leur ferons pas non plus un grand mérite de n'avoir ni l'avarice d'amasser, ni l'ambition de dominer, ces deux passions ne peuvent avoir lieu dans uu étal où l'on n'a pas même l'idée de l'une ni de l'autre.
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(Jnehiues déistes ont prélendu que l'homiiio dans l'étal sauvage est incapable par luimême de s'élever jusqu'à la connaissance de Dieu; qu'ainsi, à cet égard, il peut être dans une ignorance invincible. S'ils avaient dit que, dans cel état, l'homme est incapable de s'élever par lui-même à une eonnais>ance de Dieu exemple de toute erreur, nous serions de leur avis, puisqu'il est prouvé par l'expérience que cela n'est jimais arrivé. Mais qu'il y ail dos sauvages qui n'aient absolument aucune idée claire ou obscure, parfaite ou imparfaite de la Divinité, c'est un autre l'ai! contra ire à l'expérience, puisque l'on n'en a jamais trouvé de tels; «eux qui ont cru en avoir vu étaient mal informés. Voy. Langage.
Comme le penchant naturel des sauvages, aussi bien que celui des enfants, est d'imaginer qu'il y a un esprit partout où ils voient du mouvement, il leur est impossible de ne pas juger qu'il y a un ou plusieurs esprits intelligents et très-puissants qui donnent le branle à toute la nature; de là est né le polythéisme chez tous les peuples privés de la révélation. Voy. Paganisme. Mais l'on a rencontré, même parmi les sauvages, des hommes qui avaient de Dieu (qu'ils appelaient le grand esprit) des notions capables d'étonner les philosophes.
SAUVEUR. Voy. Salut.
Sauvei:r (Congrégation de Notre-). C'est une association ou un institut de chanoines réguliers de saint Augustin, réformée par le bienheureux Pitrre Fourier, prêtre de cette congrégation el curé de Malincourt en Lorraine, mort en 16i0. Celte réforme fut approuvée par Paul Vr, en 1615, et par Grégoi;e XV, en 1G21. L'objel de ces chanoines est de travailler à l'instruction des jeunes gens et des habitants de la campagne. Plusieurs possèdent des cures, et ils sont actuellement chargés de l'enseignement de la jeunesse dans les collèges de la Lorraine, autrefois po.ssédés par les jésuites.
Sauveur (Saint-), autre congréga'ion de chanoines réguliers d'Italie, appelée Scopetini, qui furent institués en 1V08 par le bienheureux Etienne , religieux de l'ordre de saint Augustin. Leur premier établissement se lit dans l'église de Sainl-Sauveur pi es de Sienne, et c'est de là qu'ils ont tiré leur nom. Celui de Scopetini vient de l'église de Saint-Donat de Sropèie, qu'ils obtinrent à Florence sous le pontificat de Mariin V.
Sauveur (ordre de Saint-), ordre de religieux et de religieuses fondé par sainte Brigitte, environ l'an 13'»i. L'opinion commune dans ce temps-là fut que, dans les révélalions faites à celte sainte, Jésus-Christ luimême en avait donné la règle el les constitutions. Les religieuses de cet ordre, que l'on nomme aussi lirigitlines ou Hridgétines, du nom de leur fondatrice, ont pour principal objet d'honorer les souffrances de Jésus- Cltrist et de sa sainte Mère ; les religieux, de procurer le» secours spirituels, non-seulcinenl à ces filles, mais encore à lous ceux
qui en ont besoin. Cette fondation fui exécutée par la sainte au retour d'un pèlerinage qu'elle avait fait à saint Jacques de Compostelle, avec Ulpho ou Guelphe, son époux, prince de Néricie en Suède. Le premier monas'ère fut bâti à Wessern ou Waslein, dans ce mémo royaume ; elle y plaça soixante religieuses, el dans un bâtiment séparé treize prêtres, quatre diacres et huit frères convers. Elle donna aux uns el aux autres la récrie de saint Augustin el des constitutions particulières ; Urbain V, Martin V el d'autres papes qui les ont approuvées, ne disent rien de la prétendue révélation qui avait été faite à la sainte fondatrice. Clément VI 1 1 y fil quelques changements en 1603, en faveur de deux monastères que l'on établissait en Flandre. 11 y a encore actuellement en Flandre el en Allemagne plusieurs de ces monastères debrigittins ou de l'ordre du Sauveur, dans lesquels les religieux el les religieuses, séparés par des cloîtres , se servent de la même église. Fies des Pères et des martyrs, t. IX, p. 491.
SCANDALE. Ce terme, qui est le même en grec et en latin, a signifié dans l'origine un obstacle qui s'oppose à notre passage, et par-dessus lequel il faut passer, lout ce qui peut nous faire trébucher et tomber. Par analogie, il a exprimé un piège tendu à un animal ou à un homme ; et au sens figuré, ce qui peut être une occasion d'erreur ou de péché. 11 est pris dans ces divers sens par les écrivains sacrés. Levit., c. xix, v. IV, Moïse défend de mettre un scandale devant l'aveugle, c'et-à-dire un obstacle qui puisse le faire trébucher. Matth., c. xvr, v. 23, Jésus-Christ a dit à saint Pierre : Vous m'êtes un scandale, c'est-à-dire, vous vous opposez à mes desseins et à mes désirs. Luimême a été à l'égard des Juifs une pierre d'achoppement el de scandale, contre laquelle ils se sont brisés par leur faute, parce qu'ils ont pris de travers les caractères qui désignaient sa qualité de Messie. Ainsi une chose innocente en elle-même peut devenir un scandale,ou une occasion de c!iule,à ceux qui ont la malice d'en abuser et d'en tirer de fausses conséquences. Lorsque Jésus-Christ promit de donner sa chair à manger et son sang à boire, les Juifs s'en offensèrent; il demanda à ses disciples : Cela vous scandalise- t'\l ? c'csl-à-dire, prenez-vous mes paroles dans un sens aussi grossier et aussi faux que les Juifs ? En matière de doctrine, une proposilion scandaleuse est celle qui induit en erreur, par des conséquences qui s'ensuivent. La montagne du Scandale, IV Heg.y c. xtrrs, v. 13, était la montagne des Oliviers, sur laquelle Salomon, par complaisance pour ses femmes, avait élevé des autels aux faux dieux, ce qui était pour ses sujets une occasion d'idolâtrie. — Conséquemment les théologiens définissent le scandale, une parole, une action ou une omission capable de porter au péché ceux qui en sont témoins ou qui en ont la connaissance. Us appellent scandale actif, ou donné, l'action de celui qui scandalise, et scandale passif ou reçu, le
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mauvais « fiel qu'en ressentent ceux qui se trouvent par là excités au péché.
Lorsque quelqu'un, par malice, lire <lc fausses inductions d'une conduite innocente ou louable en elle-même, c'est un scandale pharisuique, une imitation de ce que faisaient les pharisien-, à l'égard de Jésus- Clwisl ; ce n'est pas à ce sujet que le Sauveur a dit : Malheur à celui par (/ui vient le scandale (Matlh., xviii, 27), puisque alors celui qui le donne est innocent et fait ce qu'il doit. Si c'est par ignorance ou par faiblesse que quelqu'un lire de fausses conséquences d'une conduite qui n'a rien de blâmable, saint Paul veut que l'on évite de donner ce scandale, autant qu'il est possible : Si la chair que je mange, dit-il, scandalise mon frère, je n'en mangerai de ma rie (1 Cor. vm, 13;. La veille de sa passion, Jésus-Christ dit à ses disciples : Vous serez tous scandalisé* de moi pendant cette nuit (Marc, xiv, 27} ; c'est-àdire, en me voyant souffrir, vous serez tous tentés de croire que je vous ai trompés, et que je ne suis pas le Fils de Dieu. Mais ce scandale ainsi prévenu, nedevail pasempécher notre divin Sauveur d'accomplir la volonté de son Père. La circonstance du scandalet donné par une mauvaise action, augmente certainement la grièvclédu péché; par conséquent celle circonstance doit être accusée dans la confession ; plus une personne est obligée par son rang, par sa dignité, par la sainteté de son état, à donner bon exemple, plus le scand-ale est criminel de sa part. Lorsqu'un homme vicieux cache ses désordres autant qu'il le peut, on ne doit pas l'accuser d'hypocrisie s'il le fait afin d'éviter le scandale ; il est moins coupable que ceux qui violent toutes les bienséances et bravent la censure publique sous prétexte qu'ils ne veulent pas éire hypocrites.
SCAPULA11Œ, partie de l'habillement de différents ordres religieux. Il consiste en deux bandes d'étoffes, dont l'une passe sur l'estomac, et l'autre sur le dos ou sur les épaules ; de là lui est venu son nom ; les religieux profès le laissent pendre jusqu'à terre; les frères lais jusqu'aux genoux seulement. L'abbi» I leury en a indiqué l'origine, Mœurs des chrel., n. 54. « Saint Benoît, dit-il, donna à ses religieux un scapulaire pour le travail. Il était beaucoup p'us large et plus lourd qu'il n'est aujourd'hui ; il serwiil, comme le porte son nom, à garnir les épaules pour les fardeaux et à conserver la tunique. Il avait son capuce comme la cuculle, cl ces deux vêlements se portaient séparés ; le scapulaire pendant le travail, la cuculle à l'église et hors de la maison. Depuis, les moines ont regardé le scapulaire comme la parlie la plus essentielle de leur habit. Ainsi ils ne le quittent point et mettent le froc ou la coule par-dessus.
Le scapulaire est aussi un signe de dévotion envers la sainle Vierge, qui fut introduit parmi les fidèles, vers le milieu du xiir siècle, par Simon Stock, carmeanglais,el général de son ordre. Ce signe. chez les religieux, est de porter leur scapulaire; chez les laïques, c'est
de porter deux petits morceaux d'étoffe sur lesquels tel brodé le nom île la s tinte Viergp. cl d'en réciter l'office avec quelques attires pratiques de dévotion. Simon Sio<k assura que, dans une vision , la sainte Vierge lui avait donné le tcapulaire comme une marque de sa protection spéciale envers tous ceux qui le porteraient, qui garderaient la virginité, la continence ou la chasteté conjugale, selon leur étal , et qui réciteraient le petit office de Notre-Dame. — Le docteur de Launoy a fail un ouvrage dans lequel il a regardé cette vision comme une imposture, et a traité de pièces supposées les bulles des papes que l'on ciîo en sa faveur. Il prétend que les Carmes n'ont commencé à porter le scapulaire que longtemps après la date de la vision prétendue. Le pape Paul V, eu retranchant quelques abus qui s'étaient glissés dans cette dévotion, l'a cependant approuvée , de même que Pie V, Clément VIII et Clément X ; Benoît XIV a réfuté l'ouvrage de de Launoy, de Canonis sanct., tome IV, II* part., c. 9; de Festin fi. M. Virginis, I. n, c. 6. — Mosheim , en zélé protestant, trèsprévenu contre le culte de la sainte Vierge, a traité la prétendue vision de Simon Stock, de fable ridicule et impie, de fraude notoire, de sottise superstitieuse. << Les Carmes, dit-il, ont publié que la Vierge avait promis à ce religieux que tous ceux qui mourraient avec l'habit des Carmes ou avec le scapulaire, seraient à couvert de la damnation éternelle.» Il témoigne son étonnement de ce que plusieurs papes, et en particulier Benoît XIV, ont fail l'apologie de celte superstition, /listoire ecclés. du xiir siècle , ip part., c. 2, § 29.
Pour avoir droit d'acruser Simon Siock da fraude et d'imposlure, il faut être en état de prouver qu'il n'a eu ni révélation, ni vision, ni rêve; qu'il a forgé malicieusement celle histoire pour tromper les fidèles; où en sont les preuves? Ce religieux austère , mortifié, dévot, fortement occupé du dessein d'auginenîer la piété envers la sainte Vierge, a pu rêver qu'elle lui apparaissait ; et il n'esl pas le premier qui ait pris ae Donne foi un rêve pour une réalité. Il n'a pont publié que tous ceux qui mourraient avec le scapulaire seraient sauvés : si quelque Carme ignorant a écrit celle erreur dans la suite, Mock n'en est pas responsable. Aucun des papes qui ont approuvé la dévotion du scapulaire n'a affirmé la vision de ce religieux et n'a ordonné de la croire : aucun n'a donné aucune espèce d'approbation à l'erreur que Mosheim met sur le compte des Carmes. Autre chose esl d'approuver une dévotion qui paraît utile et salutaire, sans en rechercher l'origine, et autre chose de confirmer les faits sur lesquels des visionnaires voudraient l'appuyer. Benoît XIV a pu réfuter les preuves et les suppositions sur lesquelles de Launoy avait raisonné, sans juger vrai le fail que ce docleur attaquait. Toute la question se réduit donc à savoir si la dévotion de porter le scapulaire est bonne ou mauvaise, pieuse ou abusive cl superslilicusc : or , nous soûle-
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