‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 79 sur 219 · SC1I · texte numérisé non relu

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faire bande à pirt, sous prétexte qu'elle est dans l'erreur, qu'elle autorise des désordres cl des abus, etc. Ces rebelles ainsi séparés sont des sckismaliques ; leur parti n'est plus l'Eglise, mais une secte particulière. Il y a eu de tout temps dans le christianisme des esprits légers , orgueilleux , ambitieux de dominer et de devenir cbefs de parti, qui *e sont crus plus éclairés que l'Eglise entière, qui lui ont reproché des erreurs et des abus, qui ont séduit une partie de ses enfants , et qui ont formé entre eux une société nouvelle ; les apôtres mêmes ont vu naître ce désordre, ils l'ont condamné et l'ont déploré. Les schismes principaux dont parie l'histoire ecclésiastique, sont celui des novatiens, celui des donalisles , celui des lucifériens , celui des Grecs qui dure encore, enGn celui des protestants; nous avons parlé de chacun sous son nom parlicu'ier. Il nous reste à donner une noion du grand schisme d'Occideni, mais il convient d'examiner auparavant si le schisme en lui-même est toujours un crime, ou s'il y a quelque motif capable de le rendre légitime. Nous soutenons qu'il n'y en a aucun, et qu'il ne peut y en avoir jamais ; qu'ainsi tous les sc/iismatiques sont hors de la voie du salut. Tel a toujours été le sentiment de l'Eglise catholique; voici les preuves qu'elle en donne.

1° L'intention de Jésus-Christ a été d'établir l'union entre les membres de son Eglise; il dit , Joon., c. x , v. 15 : Je donne ma vie pour vies brebis; j'en ai d'autres qui ne sont pas encore dans le bercail : il faut que je les y amène, et j'en ferai un seul troupeau sous un rhême pasteur. Donc ceux qui sortent du bercail pour former un troupeau à part vont directement conlrel'inlention de Jésus-Christ. Il est évident que ce divin Sauveur, sous le nom de brebis qui n'étaient pas encore dans le bercail, entendait les gentils : malgré l'opposition qu'il y avait entre les deux opinions, leurs mœurs, leurs habitudes et celles des Juifs, il voulait en former, non deux troupeaux différents, mais un seul. Aussi, lorsque les Juifs convertis à la foi refusèrent de fraterniser avec les gentils , à moins que ceux-ci n'embrassassent les lois et les mœurs juives, ils furent censurés et condamnés par les apôtres. Saint Paul nous fait remarquer qu'un des grands motifs de la venue de Jésus- Christ sur la terre a été de détruire le mur de séparation qui était entre la nation juive <?l les autres, de faire cesser par son sacrifice l'inimitié déclarée qui les divisait , et d établir entre elles une paix éternelle, Fphes., c. H, y. 14. De quoi aurait bcrvi ce traité de paix , s'il devait être permis à de nouveaux docteurs de former de nouvelles divisions, cl d'excilcr bientôt entre les membres de L'Eglise des haines aussi déclarées que celle qui avait régné entre les juifs et les gentils?

2' Saint Paul, conformément aux l.çonsde Jésus-ChriU, représente l'Eglise, non-seulement comme un seul troupeau, mais comme une seule famille et un seul corps, dont tous

DlCf. Di: TuÉOL. DOGMATIQUE. IV.

les membres unis aussi étroitement entre eux que ceux du corps humain, doivent concourir mutuellement à leur bien spirituel et temporel; il leur recommande d'être attentifs a conserver par leur humilité, leur douceur, leur patience, leur charité, Vanité d'esprit dans le lien de lap rix, Ephcs., c.iv, v.2; à ne point se laisser entraîner comme des enfants à tout vent de doctrine, par la malice des hommes habiles à insinuer l'erreur , ibid., v. 14. De même qu'il n'y a qu'un Dieu, il veut qu'il n'y ait qu'une seule foi et un seul baptême : C'est, dit-il, pour établir cel'o unité de foi que Dieu a donné des apôtres et des évangélisles, des pasteurs et des docteurs, v. k et 11. C'est donc s'élever contre l'ordre de Dieu que de fermer l'oreille aux leçons des pasteurs et des docteurs qu'il a établis, pour en écouter de nouveaux qui s'ingèrent d'euxmêmes à enseigner leur propre doctrine. Il recommande aux Corinthiens de ne point, fomenter entre eux de schismes ni de disputes au sujet de leurs apôtres ou de leurs docteurs ; il les reprend de ce que les uns disent : Je suis à Paul ; les autres : Je suis du parti d'Apollo ou de Céplias ; 1 Cor., c. î, v. 10, 11, 12. Il blâme toulc espèce de divisions. Si quelqu'un , dil-il , semble aimer la dispute, ce n'est point notre coutume ni celle de l'Eglise de Dieu...; à la vérité il faut qu'il y ait des hérésies, afin queion connaisse parmi vous ceuxqui sont à l'épreuve; c. xi, v. 10. On sait que l'hérésie esi le choix d'une doctrine particulière. 11 met la dispule , les dissensions, les sectes, les inimitiés, les jalousies au nombre des œuvres de la chair, Gala!., c. v, v. 19. — Saint Pierre avertit les fidèles qu'il y aura parmi eux de faux prophètes, des docteurs du mensonge, qui introduiront des sectes pernicieuses , qui auront l'audace de mépriser l'autorité légitime, qui, pour leur propre intérêt , 5e feront un parti par leurs blasphèmes..., qui entraîneront les esprits inconstants et légers... en leur promettant la liberté, pendant qu'eux-mêmes sont les esclaves de la corruption. (11 Pelri, n, 1, 10, li, 19.) Il ne pouvait pas mieux peindre les schismaliques, qui veulent, disent-ils, réformer l'Eglise. — Saint Jean parlant d'eux les nomme des antechrisls. Ils sont sortis d'entre nous , dit-il, mais ils n'étaient pas des nôtres; s'ils en avaient été , ils seraient demeurés avec nous [1 Joan., h, 18). Saint Paul en a fait un tableau non moins odieux , 11 Tim., c. iu et iv.

3" Nous ne devons donc pas être étonnés de ce que les Pères de l'Eglise, tous remplis des leçons et de la doctrine des apôtres , se sont élevés contre tous les schismulique-, et ont coudamné leur lémérité ; saint Irenée en attaquant tous ceux de son temps qui avaient formé des sectes, Tertullien dans ses Prescriptions contre les hérétiques, saint Cyprien coulre les novatiens , saint Augustin contre les donalisles, saiut Jérôme contre les lucifériens, etc., ont tous posé pour principe qu'il ne peut point y avoir de cause légitime de rompre, l'unité de l'Eglise ; Prœsciniendœ unitntis nulla votest esse iusl-i nécessités; loua

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ont soutenu que liors de l'KglÎM il n'y a point de salut (I).

4° Pour peindre la grièveté du crime des

(I) Nous avons besoin de fortifier celte preuve d'autorités imposantes. Saint Clément, évêque de Koine, dans sa première lelire aux Corinthiens, leur témoigne Qu'il gémi! sur ta division impie et détestable (ce sont ses mots) qui vient d'éclater parmi eux. Il les rappelle à leur ancienne piété, au temps où, pleins d'humilité, de soumission, ils étaient aussi incapables de faire une injure (|ue de la ressentir, c Alors, ajoule-t-il, toute espèee de schisme était une abomination à vos yeux. > Il termine en leur disant qu'il se presse de faire repartir Fortunatus, « auquel, dit-il, nous joignons quatre députés. Itenvoyez-les-nous au plus vile dans la paix, afin que nous puissions bientôt apprendre que l'union et la concorde sont revenues parmi vous, ainsi que nous ne cessons de le demander par nos vœux et nos prières, et afin qu'il nous soit donné de nous réjouir du rétablissement du bon ordre parmi nos frères de Corinlhe. i Qu'aurait dit ce pontife apostolique des grandes défections de l'Orient, de l'Allemagne, de l'Angleterre, lui qui, au premier bruit d'une contestation survenue dans une petite partie du troupeau, dans une seule ville, prend aussitôt l'alarme, traite ce mouvement de division impie, détestable; tout schisme, d'abomination, et emploie l'autorité de son siège et ses instances paternelles pour ramener les Corinthiens à la paix et à la concorde. — Suint Ignace, disciple de saint Pierre et de saint Jean, parle dans le même sens. Dans son épître aux Smyrniens, il leur dit : < Evitez les schismes et les désordres, source de tous les maux. Suivez votre évêque comme Jésus-Christ, son Père, cl le collège des prêtres comme les apôires. Que personne n'ose rien entreprendre dans l'Eglise, sans l'évêque. > Dans sa lettre à Polycarpe , < Veillez, dit-il, avec le plus grand soin, à l'unité, à la concorde, qui sont les premiers de tous les biens. > Donc les premiers de tous les maux sont le schisme et la division. Puis dans la même lettre, s'adressant aux fidèles : < Ecoute/, votre évêque, afin que Dieu vous écoute aussi. Avec quelle joie ne donnerais-je pas ma vie pour ceux qui sont soumis à l'évêque, aux prêtres, aux diacres! Puisséje un jour cire réuni à eux dans le Seigneur ! » Et dans son épîlre à ceux de Philadelphie : « Ce n'est pas, dit-il, que j'aie trouvé de schisme parmi vous, mais je veux vous prémunir comme des enfants de Dieu. » Il n'attend pas qu'il ait éclaté de schisme; il en prévient la naissance, pour en étouffer jusqu'au germe. < Tous ceux qui sont au Christ, tiennent au parti de leur évêque, mais ceux qui s'en séparent pour embrasser la communion de gens maudiis, seront retranchés et condamnés avec eux. > Et aux Ephésiens : « Quiconque, dit-il, se sépare de l'évêque et ne s'accorde point avec les premiers-nés de l'Eglise, est un loup sous la peau de brebis. Efforcez-vous, mes bien-aimés, de rester attachés à l'évêque, aux prêtres et aux diacres. Qui leur obéit, obéit au Christ, par lequel ils ont été établis ; qui se révolte contre eux, se révolte contre Jésus. > Qu'aurait-il donc dit de ceux qui se sont révoltés depuis contre le jugement des conciles œcuméniques, et qui, au mépris de tous les évêques du monde entier, se sont attachés à quelques moines ou prêtres réfractaires, ou à un assemhlage de laïques? — Saint Polycarpe, disciple de saint Jean, dans sa lettre aux Philippiens, témoigne toute son horreur contre ceux qui enseignent des opinions hérétiques. Or l'hérésie attaque à la lois et l'unité de doctrine, qu'elle corrompt par ses erreurs, et l'unité de gouvernement auquel elle se soustrait par opiniâtreté. < Suivez l'exemple de notre Sauveur, ajoute Polycarpe; restez fermes dans la foi, immuables dans l'unanimité, vous aimant les uns les autres. » A l'âge de quatre-

tchismalufuei , nous ne ferons que copier ce que JLiyle en a dit, Suppl. du Comment, philos., l)réf.,OA'«t.,lom. 11, pag. 4b0,col. -1.

vingts ans et plus, on le vit partir pour aller à Rome conférer a\ec le pape Anicct sur des articles do pure discipline : il s'agissait surtout de la célébralion de la Pique, que les asiatique! soiennisaienl, ainsi que les Juifs, le quatorzième jour de la lune équinosiale, et l«-s Occidentaux, le dimanche qui suivait le quatorz eme. Sa négociation eut le sut tes désiré. On conv.nl que les Eglises d'Orient et d'Occident suivraient leurs coutumes sans rompre les liens de communion et de charité. Ce fut durant sou séjour à Home, qu'ayant rencontré Marcion dans la rue, et voulant réfiler : « Ne me reconnais-tu pas, Polycarpe, lui dit cet hérétique? — Oui, sans duule, pour le fils aîné de Satan, i II ne pouvait contenir sa sainte indignation contre ceux qui, par leurs opinions erronées, s'attachaient à pervertir et diviser les chrétiens. — Saint Justin, qui de la philosophie platonicienne passa au christianisme, le détendit par ses apologies, et le scella de son sang, nous apprend que l'Eglise est renfermée dans une seule et unique communion, dont les hérétiques sont exclus, c 11 y a eu, dit-il, et il y a encore des gens qui, se couvrant du nom de cWéliens. ont enseigné au monde des dogmes contraires à Dieu, des impiétés, des blasphèmes. Nous n'avons aucune communion avec eux, les regardant comme des ennemis de Dieu, des impies et des méchants. > (b .«logue avec Trtjplion. ) — Le grand évêque de Lyon, saint Irénée, disciple de Polycarpe, et martyr ainsi que sou maître, écrivait à Florinus, qui lui-même avait souvent vu Polycarpe, et qui commençait à répandre certaines hérésies : i Ce n'est pas ainsi que vous avez été instruit par les évêques qui vous ont précédé. Je pourrais encore vous montrer la place où le bienheureux Polycarpe s'asseyait pour prêcher la parole de Dieu. Je le vois encore avec cet air grave qui ne le quittait jamais. Je me souviens, et de la sainteté de sa conduite, et de la majesté de son port, et de tout son extérieur. Je crois l'entendre encore nous raconter comme il avait couversé avec Jean et plusieurs autres qui avaient vu Jésus-Christ, et quelles paroles il avait entendues de leurs bouches. Je puis vous protester devant Dieu, que si ce saint évêque avait entendu des erreurs pareilles aux vôtres, aussitôt il se serait bouché les oreilles en s'écriant, suivant sa coutume : lion Dieu! à quel siècle m'avez-vous réserré pour entendre de telles clio-es? et à l'instant il se ser.iil enfui de l'endroit. » (Eusel)., Hist. ecclés., liv v. ) Dans son savant ouvrage sur les Héréties (liv. iv), il dit en parlant des schismaliques : « Dieu jugera ceux qui ont occasionné des schismes , hommes cruels, qui n'ont aucun amour pour lui, et qui, préférant leurs avantages propres à l'unité de l'Eglise, ne balancent point, sur les raisons les plus frivoles, de diviser et déchirer le grand cl glorieux corps de Jésus-Christ, et lui donneraient volontiers la mort, s'il était en leur pouvoir... Mais ceux qui séparent et divisent l'unité de l'Eglise, recevront le châtiment de Jéroboam, i — Saint Denis, évêque d'Alexandrie, dans sa lettre à Novat qui venait ij'opérer un schi>nie à Ivome, où il avait fait consacrer Novalien en opposition au légitime pape Corneille, lui dit : < S'il est vrai, comme lu l'assures, que lu sois fâché d'avoir donné dans cet éc m t , montre-le-nous par un retour prompt et volontaire. Car il 3iirail fallu souffrir tout plutôt que de séparer l'Eglise de Dieu. 11 serait sussi glorieux d'être martyr, pour sauver l'Eglise d'un schisme et d'une séparation, que pour ne pas adorer les dieux, cl beaucoup plus gloiieux encore dans mon opinion. Car, dans le dernier cas, on est martyr pour son âme seule, dans le premier, pour l'Eglise entière. Si donc tu peus,

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