‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 80 sur 219 · SC · texte numérisé non relu

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« Je ne sais , dit-il , où l'on trouverait un crime plus grief que celui de déchirer le corps mystique de Jésus-Christ . de son

par d'amicales persuasion-; ou par une conduite mâle, ramener les frères à l'unité, celle bonne aclion sera plus importante que ne Ta été la faute; celle-ci ne sera plus à ta charge, mais l'autre à la louange. Que s'ils refusent de te suivre et d'imiter Ion retour, sauve, sauve du moins (on âme. Je désire que lu prospère» toujours et que la paix du Seigneur puisse rentrer dans Ion cœur. » (Euseb., Ilist. ecclés., liv. vi.J — Saint Cypren : < Celui-là n'aura point Dieu pour père, qui n'aura pas eu l'Eglise pour mère. S'imagiuent-ils donc (les schismaliques) que Jésus-Christ soit avec eux qua mi ils s'as-emblent, eux qui s'assemblent hors de l'Eglise? Qu.'ils sacheni que, même en donnant leur vie pour confesser le nom de Christ, ils n'effaceraient point dans leur sang la tache du schisme, attendu que le crime de discorde est au dessus de toute expiation. Qui n'est poini dans l'Eglise ne saurait è.'re martyr, i (Livre de l'Unité. ) Il montre ensuite l'énormité de ce crime par l'effrayant supplice des premiers sehismatiques, Coré, Dalhan, Abiron, et de leurs deux cent cinquante complices : < La terre s'ouvrit sous leurs pieds, les engloutit vifs et debout, el les absorba dans ses entrailles brûlantes. » — Saint Ililairc, évèque de Poitiers, s'exprime ainsi sur l'unité : < Encore qu'il n'y ait qu'une Eglise dans le inonde, chaque ville a néanmoins son église, quoiqu'elles soient en grand nombre, parce qu'elle est toujours une dans le grand nombre, i ( Sur le Psnume xiv.) — Saint Opiat de Mi'ève cite le même exemple pour montrer que le crime du schisme est au-dessus même du parricide et de l'idolâtrie. Il observe que Gain ne lut point puni de mort, que les Niniviies obinrenl le temps de mériter grâce par la pénitence. Mais dès que Coré, Dalhan, Abiron, se portèrent à diviser le peuple, < Dieu, dit-il, envoie une faim dévorante à la lerre : aussitôt elle ouvre une gueule énorme, les engloutit avec avidité, et se referme sur si proie. Ces misérables, plutôt ensevelis que morts, tombent dans les abîmes de l'enfer Que direz vous à cet exemple, vous qui

nourrissez le schisme et le défendez impunément V » — Saint Chrysoslome : « llien ne provoque autant le courroux de Dieu, que de diviser son Eglise. Quand nous aurions fait un bien innombrable, nous n'en payerions pas moins pour avoir rompu la communion de l'Eglise, et déchiré le corps de Jésus- Christ. • (Homl. sur l'Epil. aux Epkés.) — Saint Augusùn : « Le sacrilège du schi-me; le crime, le sacrilège plein de cruauté; le crime souverainement atroce du schisme ; le sacrilège du schisme qui outre -passe tous les forfaits. Quiconque, dans cet univers, sépare un homme et l'attire à un pani quelconque, est convaincu pir là d'être fils des démons et homicide, > ( Passm.) Les donatisles, dit-il encore, guéiissent bien «eux qu'ils baptisent de la plaie d'idolâtrie, mais en les frappant de la plaie plus faïa'e du schisme. Les idolâtres ont été quelquefois moissonnés par le g aive du Seigneur; mais les schismatiques, la terre les a engloutis vils dans son sein, i ( Liv. i contre les clouât. ) « Le schismalique peut bien verser son sang, mais jamais obtenir la couronne. Hors de l'Eglise, el après avoir brisé les liens de charité et d'unité, vous n'avez pins à attendre qu'un châtiment éternel, lors même que, pour le nom de Jésus Christ, vous auriez livré Votre corps aux flammes. » ( Ep. à iJonal. )

Nous pourrions multiplier les cilaions , donner des extraits de Terlull en, Origène, Cément d'Alexandrie, Eirmilieo de Césarée, Théophile d'Anlioclie, Liclance, Eu-èbe, Ambroise, etc., et ap es tant d'illustres témoins, citer les décisions des évèques réunis en corps dans les conciles particuliers

Cpouse qu'il a rachetée de son propre sang, de celte mère qui nous engendre à Dieu , qui nous nourrit du lait d'intelligence , qui est sans fraude, qui nous conduit à la béatitude éternelle. Quel crime plus grand quo de se soulever contre une telle mère, de la diffamer par tout le monde; de faire rebeller tous ses enfants contre elle ; si on le peut, de les lui arracher du sein par milliers pour les entraîner dans les flammes éternelles, eux et leur postérité | our toujours ? Où sera le crime de lèse-majesté divine au premier chef, s'il ne se trouve là? Un époux qui aimo son épouse et qui connaît sa vertu, se lient plus mortellement offensé par des libelles qui la font passer pour une prostituée que par

d'Elvire, en 305 ; d'Arles, en 514 ; de Gangres, vers 360; de Saragosse, 581 ; de Cartilage, 3î)8: de Turin, 59:); de Tolède, 400 ; dans les conciles généraux de Nicée, 325 ; de Constantinople, 381; d'Epbèse, -411; de Chalcédoine, 451; nous aimons mieux recueillir les aveux de nos adversaires. La confession d'Augsbourg ( art. 7 ) : « Nous enseignons que l'Eglise une, sainte, subsistera toujours. Pour la vraie unité de l'Eglise, il suflil de s'accorder dans la doctrine de l'Evangile el l'administration des sacrements, comme dit saint Paul, une foi, un bapième, un Dieu, père de tous. > — La confession helvétique (art. 12), parlant des assemblées que les fidèles ont tenues de tout temps depuis les apôtres, ajoute : < Tous ceux qui les méprisent et. s'en séparent, méprisent la vraie religion, et doivent être pressés par les pasteurs et les pieux magistrats, de ne point persister opiniâtrement dans leur séparation. > — La confession gallicane (art. 16) : < Nous croyons qu'il n'est permis à personne de se soustraire aux assemblées du culte, mais q'te tous doivent garder l'unité de l'Eglise..., et que quiconque s'en écarte, résiste à l'ordre de Dieu. > — La confession écossaise (art. 27): c Nous croyons constamment que l'Eglise est une... Nous délestons entièrement les blasphèmes de ceux qui prétendent que tout homme, en suivant l'équité, la justice, quelque religion qu'il professe d'ailleurs, sera sauvé. Car sans le Christ, il n'est ni vie, ni salut, el nul n'y | eut participer s'il n'a été donné à Jesus-Cbrist par son Père. » — La confession belgique : «Nous croyons et confessons une seule Eglise catholiijue Quiconque s'éloigne de cette véritable Eglise, se révolte manifestement contre l'ordre de Dieu. > — La confession saxonne (art. 12) : « Ce nous e^ une grande consolation de savoir qu'il n'y a d'héritiers de la vie éternelle que dans l'assemblée des élus, suivant cette parole : Ceux qu'il a choisis, il les a appelés. > — La confession bohémienne (art. 8) : « Nous avons appris que tous doivent garder Pointé de l'Eglise..., que nul ne doit y introduire de sectes, exciter d.î séditions, mais se montrer un vrai membre de l'Eglise dans le lien de la paix et l'unanimité de sentiment, i E:range et déplorable aveuglement dans ces hommes, de n'avoir su faire l'application de ces p.iucipt-s au jour qui précéda la prédication de Luther ! Ce qui était vrai, lorsqu'ils dressaient leurs confessions de loi el leurs catéchismes, l'était bio.i sans doute autant alors.

Calvin lui même enseigne < que s'.Ioigner de l'Eglise, c'est renier Jésus-Christ; qu'il faut bien se garder d'une séparation si criminelle ..; qu'on ne saurait imaginer alternat plus atroce, que de violer, par une perfidie saciilége, l'alliance que le Fi s .unique de Dieu a daigné contracter avec nous.) (Instit., lit), iv.) Malheureux! quel arrêt est sorti de sa bouche! Il sera éternellement sa propre condamnation. — Discussion a<uic:le, etc . L l.

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toutes les injures qu'on lui dirait à lui-même. De lOOl les crimes où 110 sujet polise tomber, il n'y eu a point de plus horrible que celui de se révolter contre son prince légitime, et de faire soulever tout autant de provinces que l'on peut pour tâcher de le détrôner, f illût-il désoler toutes les provinces qui voudraient demeurer fidèles. Or, autant l'intérêt surnaturel surpasse tout avantage temporel, autant l'Eglise de Jésus-Christ l'emporte sur toules les sociétés civiles, donc autant le schis me avec l'Eglise surpasse l'énormité de toutes les séditions. »

Daillé, au commencement de son Apologie pour les réformés, c. 2 , fait le même aveu louchant la grièvetédu crime de ceux qui se séparent de l'Eglise sans aucune raison grave; mais il soutient que les protestants en ont eu d'assez fortes pour qu'on ne puisse plus les accuser d'avoir été schismatiques. Nous examinerons ces raisons ci-après.

Cal via lui-même et ses principaux disciples n'ont pas tenu un langage différent.

5* Mais, avant de discuter leurs raisons , il est bon de voir d'abord, si leur conduite est conforme aux lois de l'équité et du bon sens. Us disent qu'ils ont été en droit de rompre avec l'Eglise romaine, parce qu'elle professait des erreurs, qu'elle autorisait des superstitions et des abus auxquels ils ne pouvaient prendre part sans renoncer au salut éternel. Mais qui a porlé ce jugement, et qui en garantit la certitude? eux-mêmes, et eux seuls. De quel droit ont-ils fait tout à la fois la fonction d'accusateurs et de juges? Pendant que l'Eglise catholique, répandue par toute la terre , suivait les mêmes dogmes et la même morale, le même culte , les mêmes lois qu'elle garde encore , une poignée de prédicanls, dans deux ou trois contrées de l'Europe, ont décidé qu'elle était coupable d'erreur, de superstition , d'idolâtrie; ils l'ont ainsi publié; une foule d'ignorants et d'hommes vicieux les ont crus et se sont joints à eux; devenus assez nombreux cl assez forts, ils lui ont déclaré la guerre et se sont maintenus malgré elle. Nous demandons encore une fois qui leur a donné l'autorité de décider la question, pendant que l'Eglise entière soutenait le contraire ; qui les a rendus juges et supérieurs de l'Eglise dans laquelle ils avaient é!é élevés el instruits, cl qui a ordonné à l'Eglise de se soumettre à leur décision , pendant qu'ils ne voulaient pas se soumettre à la sienne ?

Lorsque les pasteurs de l'Eglise assemblés au concile de Trente ou dispersés dans les divers diocèses , ont condamné les dogmes des protestants, et ont jugé que c'étaient des erreurs, ceux-ci onl objecté que les évêques catholiques se rendaient juges cl partie. Mais, lorsque Luther et Calvin et leurs adhérents oui prononcé du haut de leur tribunal que l'Eglise romaine élail un cloaque de vices et d'erreurs, était la Babylone cl la prostituée de l'Apocalypse, etc., n'étaient-ils

Pas juges el parties dans celle contestation ? ourquoi cela leur a-t-il été plus permis qu'aux pasteurs catholiques? Ils ont fait de

gros livres pour justifier leur f cuisine ; j§ii) lis ils ne se SOOl proposé celte question , jamais ils n'ont daigné y répondre.

L'évidence , disent-ils , la raison , le bon sens, voilà nos juges et nos litres contre l'Eglise romaine. Mais celle évidence prétendue n'a été el n'oit encore que pour eux, personne ne l'a vue qu'eux ; la raison esl la leur et non celle des autres; le bon sens qu'ils réclament n'a jamais été que dans leur cerveau. C'est de leur pirt un orgueil bien révoltant de prétendre qu'au xvr siècle il n'y avait personne qu'eux dans toute l'Eglise chrétienne qui eût des lumières, de la raison, du bon sens. Dans toules les disputes qui, depuis la naissance de l'Eglise , se sont élevées entre elle el les novateurs, ces derniers n'ont jamais manqué d'alléguer pour eux l'évidence, la raison, le bon sens , et de défendre leur cause comme les protestants défendent la leur. Ont-ils eu raison tous, et l'Eglise a-t-elle toujours eu lorl? Dans ce cas, il faut soutenir que Jésus- Christ, loin d'avoir établi dans son Eglise un principe d'unité, y a placé un principe de division pour lous les siècles, en laissant à lous les sectaires entêtés la liberté de faire bande à part, dès qu'ils accuseront l'Eglise d'être dans le désordre et dans l'erreur.

Au reste , il s'en faut beaucoup que tous les protestants aient osé alGrmer qu'ils onl l'évidence pour eux ; plusieurs ont été a:*sez modestes pour avouer qu'ils n'ont que des raisons probables. Grolius el Vossius avaient écrit que les docteurs de l'Eglise romaine donnent à l'Ecriture sainte un sens évidemment forcé, différent de celui qu'ont suivi les anciens Pères, el qu'ils forcent les fidèles d'adopter leurs interprétations, qu'il a donc fallu se séparer d'eux. Bayle, Dict. Crit., art. Nihusius, Rem. H, observe qu'ils se sont trop avancés. « Les protestants, dit-il, n'allèguent que des raisous disputables, rien do convaincant, nulle démonstration ; ils prouvent et ils objectent, mais on répond à leurs preuves et à leurs objections ; ils répliquent et on leur réplique; cela ne finit jamais : était-ce la peine de faire un schisme ?» Demandons plutôt : En pareille circonstance, étaitil permis de faire un schisme , et de s'exposer aux suites affreuses qui en ont résulté?

Les controverses de religion , continue Bayle, ne peuvent pas être conduites au dernier degré d'évidence ; tous les théologiens en tombent d'accord. Juricu soutient que c'est une erreur 1res- dangereuse d'enseigner que le Saint-Esprit nous fait connaître évidemment les vérités de la religion ; selon lui, l'âme fidèle embrasse ces vérités sans qu'elles soient évidentes à sa raison, et même sans quelle connaisse évidemment que Dieu les a révélées. On prétend que Luther, à l'article de la mort, a fait un aveu à peu près semblable ; voilà donc où aboutit la prétendue clarté de l'Ecriture sainte sur les questions disputées entre les protestants et nous.

0" Il y a plus : en suivant le principe sur lequel les protestants avaient fondé leur

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tchisme ou leur séparation d'avec l'Eglise romaine, d'autres docteurs leur oui résisté, leur ont soutenu qu'ils étaient dans l'erreur, et ont prouvé qu'il fallait se séparer d'eux. Ainsi Luther vit éclore parmi ses pvosél,tes la secte des anabaptistes et celle des sacramenlaires , et Calvin fit sortir de son école les sociniens. En Angleterre, les puritains ou calvinistes rigides n'ont jamais voulu fraterniser avec les épiscopaux ou anglicans, et vingt autres sectes sont successivement sorties de ce foyer de division. Vainement les chefs de la prétendue réforme ont fait à ces nouveaux schismiiiques les mémos reproches que leur avaient faits les docteurs catholiques , on s'est moqué d'eux ; on leur a demandé de quel droit ils refusaient aux autres une liberté de laquelle ils avaient trouvé bon d'user eux-mêmes, et s'ils ne rougissaient pas de répéter des arguments auxquels ils prétendaient avoir solidement répondu.

liaylen'a pas manqué de leur faire encore celte objection. Un catholique , dit-il, a devant lui tous ses ennemis, les mêmes armes lui servent à les réfuter tous; mais l'es protestants ont des ennemis devant et derrière, ils sont entre deux feux , le papisme les attaque d'un cô!é et le socinianisme de l'autre ; ce dernier emploie contre eux les mêmes arguments desquels ils se sont servis contre l'Eglise romaine, Dict. Crit., Nihusius , H. Nous démontrerons la vérité de ce reproche en répondant aux objections des protestants.

l'c Objection. Quoique les apôtres aient souvent recommandé aux fidèles l'union et la paix, ils leur ont aussi ordonné de se séparer de ceux qui enseignent une fausse doctrine. « S. Paul écrità Tite, c. m, v. 10: Evitez un hérétique, après l'avoir repris une ou deux fois. Saint Jean ne veut pas même qu'on le salue, Il Joan. , v. 10. Saint Paul dit analhème à quiconque prêchera un Evangile différent du sien, lût-ce un ange du ciel, Galat-, c. I, v. 8 et 9. Nous lisons dans l'Apocalypse, c.xviii, v.k: Sortez de Babylone, mon peuple, de peur d'avoir part uses crimes et à son châtiment. » Dans ce même livre, c. il, v. G, le Seigneur loue l'évêque d'Ephèse de ce qu'il hait la conduite des nicolaïtes; et v. 15, il blâme celui de Pergame dece qu'il souffre leur doctrine. De tout temps l'Eglise a retranché de sa société les hérétiques et les mécréants; donc les protestants ont dû en conscience se séparer de l'Eglise romaine. Ainsi raisonne Daillé, Apolorj., c. nr, et la foule des protestants. — Réponse. Eu premier lieu, nous prions ces raisonneurs de nous dire ce qu'ils ont répondu aux anabaptistes, aux sociniens, aux quakers, aux laliludinaires, aux indépendants, etc., lorsqu'ils ont ail. gué ces mêmes passages pour prouver qu'ils étaient obligés en conscience de se séparer des protestants et de faire bande à part. — En second lieu, saint Paul ne s'est pas borné à défendre aux fidèles de demeurer en société avec des hérétiques et des métréauls ; mais il leur ordonne de fuir la com-

pagnie des pécheurs scandaleux, / Cor., c. v, y. 11 ; // Thess., c. m, v. 6 et li. S'ensuit-il de là que tous ces pécheurs doivent sortir de l'Eglise pour former une secte particulière, ou que l'Eglise doit les chasser de son sein? Les apôtres en général ont défendu aux fidèles d'écouler et de suivre les séducteurs, les faux docteurs, les prédicants d'une nouvelle doctrine ; donc tous ceux qu: ont prêté l'oreille à Luther, à Calvin et à leurs semblables, ont fait tout le contraire de ce que les apôtres ont ordonné. — Eu troisième lieu, peut-on faire de l'Ecriture sainte un abus plus énorme que celui qu'en font nos adversaires ? Saint Paul commande à un pasteur de l'Eglise de reprendre un hérétique, de l'éviter ensuite, cl de ne plus le voir s'il est rebelle et opiniâtre; donc cet hérétique fait bien de se révolter contre le pasteur, de lui débaucher ses ouailles, de former un troupeau à part ; voilà ce qu'ont fait Luther et Calvin, et, suivant l'avis de leurs disciples, ils ont bien fait ; saint Paul les y a autorisés. Mais ces deux prétendus réformateurs étaient-ils apôtres ou pasleurs de l'Eglise universelle, revêtus d'autorité pour la déclarer hérétique, et pour lui débaucher ses enfants? Parce qu'il leur a plu de juger que l'Eglise catholique était une Babylonc, ils ont décidé qu'il fallait en sortir ; mais ce jugement même, prononcé sans autorité, était un blasphème ; il supposait que Jésus-Christ, après avoir versé sou sang pour se former une Eglise pure cl sans tache, a permis, malgré ses promesses, qu'elle devînt une Bahylone, un cloaque d'erreurs et de désordres. Toute société, sans doute, est en droit déjuger ses membres; mais les prolestanls qui voient tout dans l'Ecriture n'y ont pas trouvé qu'une poignée de membres révoltés a droit déjuger et de condamner la société entière. Ils peuvent y apprendre qu'un pasteur, un évêque, tels que ceux d'Ephèse et de Pergame, est autorisé à bannir de son troupeau des nicolaïtes condamnés comme hérétiques par les apôtres ; mais elle n'a jamais enseigné que les nicolaïtes ni les partisans de toute autre secte, posaient légitimement tenir tête aux évoques, et former une église ou une société schismatique. De ce que l'Eglise catholique a toujours retranché de sou sein les hérétiques , les mécréants, les rebelles, il s'ensuit qu'elle a eu raison de traiter ainsi les protestants, et de leur dire analhème ; mais il ne s'ensuit pas qu'ils ont bien fait de le lui dire à leur tour, d'usurper ses litres , et d'élever autel contre autel, il est étonnant que des raisonnements aussi gauches aient pu faire impression sur uu seul esprit sensé.

Seconde objection. Les pasteurs et les docteurs catholiques nesc contentaient pas d'enseigner des erreurs, d'autoriser des superstitions, de maintenir des abus; ils fore lient les fidèles à embrasser toutes leurs opinions, et punissaient par des supplices quiconque voulait leur résister ; il n'était donc pas possible d'entretenir sociétéavec eux ; il a fallu nécessairement s'en scr-arcr. Réponse. Il cbt

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faux que l'Eglise catholique ail enseigné des erreurs, etc., et qu'elle ait forcé par des supplices les fidèles à les professer. Encore une foi9, qui a convaincu l'Eglise d'être dans aucune erreur? Parce que Luther et Calvin l'en ont accusée, s 'ensuit-il que cela est \r.n TC6 sont eux-mêmes qui enseignaient des erreurs et qui les ont fait embrasser à d'autres. De même qu'ils alléguaient des passages de l'Errilure sainte, les docteurs catholiques en citaient aussi pour prouver leur doctrine ; les premiers disaient : Vous entendez mal l'Ecriture; les seconds répliquaient: C'est vous-mêmes qui en pervertissez le sens. Notre explication est la même que celle qu'ont donnée de tout temps les Pères de l'Eglise, et qui a toujours été sun ie par tous les (idèles; la votre n'est fondée que sur vos prétendues lumières , elle est nouvelle et inouïe; donc elle est fausse. Une preuve que les réformateurs l'entendaient mal, c'est qu'ils ne s'accordaient pas, au lieuque le sentiment descatholiques était unanime. Une autre preuve que les premiers enseignaient <!es erreurs, c'est qu'aujourd'hui leurs disciples et leurs successeurs ne suivent pas leur doctrine. Voy. Pkotestant. D'ailleurs autre chose est de ne pas croire et de ne pas professer la doctrine de l'Eglise, et autre chose de l'ailaquer publiquement et de prêcher le contraire. Jamais les protestants ne pourront citer l'exemple d'un seul hérétique ou d'un seul incrédule supplicié pour des erreurs qu'il n'avait ni publiées ni voulu faire embrasser aux autres. C'est une équivoque frauduleuse de confondre les mécréants paisibles avec les prédicanis séditieux, fougueux et calomniateurs, tels qu'ont été les fondateurs de la prétendue réforme. Qui a forcé Luther, Calvin et leurs semblables de s'ériger en apôlres, de renverser la religion et la croyance établies, d'accabler d'invectives les pasleursde l'Eglise romaine? Voilà leur crime, et jamais leur sectateurs ne parviendront à le justifier.

Troisième objection. Les protestants ne pouvaient vivre dans le sein de I Eglise romaine, sans pratiquer les usages superstitieux qui y étaient observés, sans adorer l'eucharistie, sans rendre un culte religieux aux saints, à leurs images et à leurs reliques ; or, ils regardaient tous ces cultes comme autant d'actes d'idolâtrie. Quand ils se seraient trompés dans le fond, toujours ne pouvaientils observer ces pratiques sans aller contre leur conscience ; donc ils ont été forcés de faire bande à part, afin de pouvoir servir Dieu selon les lumières de leur conscience. — Réponse. Avant les clameurs de Luther, de Calvin et de quelques autres préuicants, personne dans toute l'étendue de l'Eglise catholique ne regardait son culte comme une idolâtrie ; ces docteurs même l'avaient pratiqué pendant longtemps sans scrupule; ce sont eux qui, à force de déclamations et de sophismes, sont parvenus à le persuader à une foule d'ignorants; ce sont donc eux qui sont la cause de la fausse conscience de leurs prosélytes. Quand ceux-ci seraient innocents d'avoir fait un schisme, ce qui n'est

pas, les auteurs de Terreur n'en sont que plus coupables; mais saint Paul ordonne aux fidèles d'obéir à leurs pasteurs et de fermer l'oreille à la séduelion des faux docteurs : donc ceux-ci et leurs disciples ont été complices du même crime.

Quand on veut nous persuader que la prétendue réforme a eu pour premiers partisans des âmes timorées, des chrétiens scrupuleux et pieux , qui ne demandaient qu'à servir Dieu selon leur conscience , on se joue de notre crédulité. Il est assez prouvé que les prédisants étaient ou des moines dégoûtés du cloître, du célibat < t du joug de la règle, ou des ecclésiastique! vicieux, déréglés, entêtés de leur préleudue science , que la foule de leurs partisans ont été des hommes de mauvaises mœurs et dominés par des passions fougueuses. Voy. Réformatiq*. 11 n'est pas moins certain que le principal motif de leur apostasie fut le désir de vivre avec plus de liberté, de piller les églises et les monastères, d'humilier ri d'écraser le clergé, de se venger de leurs ennemis personnels, etc. : tout était permis contre les papistes à ceux qui suivaient le nouvel Evangile.

On nous en impose encore plus grossièrement, quand on prétend qu'il fallait du courage pour renoncer au catholicisme, qu'il y avait de grands dangers à courir; que les apostats risquaient leur fortune et leur vie, qu'ils n'ont donc pu agir que par motif de conscience, il est constant que dès l'origine les prétendus réformés ont travaillé à se rendre redoutables. Leurs docteurs ne leur prêchaient point la patience, la douceur, la résignation au marlyre, comme faisaient les apôlres à leurs disciples, mais la sédition , la révolte , la violence , le brigandage et le meurtre. Ces leçons se trouvent encore 4ans les écrits des réformateurs , et l'histoire atteste qu'elles furent fidèlement suivies. Etrange délicatesse de conscience d'aimer mieux bouleverser l'Europe entière que de souffrir dans le silence les prétendus abus de l'Eglise catholique ?

Quatrième objection. A la vérité les Pères de l'Eglise ont condamné le schisme des novaliens , des donatisles et des luciferiens, parce que ces sectaires ne reprochaient aucune erreur à l'Eglise catholique de laquello ils se séparaient ; il n'en était pas de même des prolestants, à qui la doctrine de l'Eglise romaine paraissait erronée en plusieurs points. — Réponse. 11 est faux que les schismaliquett dont nous parlons n'aient reproché aucune erreur à l'Eglise catholique. Les donatisles regardaient comme une erreur de penser que les pécheurs scandaleux étaient membres de l'Eglise ; ils soutenaient l'invalidité du baptême reçu hors de leur société. Les novatiens soutenaient que l'Eglise n'avait pas le pouvoir d'absoudre les pécheurs coupables de rechute. Les luciferiens enseignaient que l'on ne devait pas recevoir à la communion ecclésiastique les éveques ariens, quoique pénitents cl convertis, et que le baptême administré par eux était absolument nul. Si, pour avoir droit de se séparer de l'Eglise,

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il suffisait de lui imputer dos erreurs, il n'y aurait aucune secte ancienne ni moderne que l'on pût justement accuser de schisme, les protestants eux-mêmes n'oseraicnl blâmer aucune des sectes qui se sont séparées d'eux, puisque toutes sans exception leur ont reproché des erreurs . et souvent des erreurs irès-grossièrcs.En effet, les sociniens les accusent d'introduire le polythéisme et d'adorer trois dieux, rn soutenant la divinité des trois personnes divines; les anabaptistes, de profaner le baptême, en l'administrant à des enfants qui sont encore incapables de croire; lss quakers, de résister au Saint-Esprit, en empêchant les simples fidèles et les femmes de parler dans les assemblées de religion, lorsque les uns ou les autres sont inspirés ; les anglicans, de méconnaître l'institution de Jésus-Christ, en refusant de reconnaître le caractère divin des évoques : tous de concert reprochent aux calvinistes rigi.les de faire Dieu auteur du péché en admettant la prédestination absolue, etc. ; donc ou toutes ces sectes ont raison de vivre séparées les unes des autres et de s'anathématiser mutuellement, ou toutes ont eu tort de faire sclàsme d'avec l'Eglise catholique; il n'en est pas une seule qui n'allègue les mômes raisons de se séparer de toute autre communion quelconque.

Dn de leurs controversistes a cité un passage de Vincent de Lérins , qui dit , Commonit., chap. '* et 29, que si une erreur est prête à infecter toute l'Église, il faut s'en tenir à l'antiquité ; que si l'erreur est ancienne et étendue, il faut la combattre par l'Ecriture. Cette citation est fausse; voici les paroles de cet auteur : « C'a toujours été, et c'est encore aujourd'hui la coutume des catholiques de prouver la vraie foi de deux manières, 1° par l'autorité de l'Ecriture sainte , 2° par la tradition de l'Eglise universelle ; non que l'Ecriture soil insuffisante en elle-même , mais parce que la plupart interprètent à leur gré la parole divine , et forgent ainsi des opinions et des erreurs. Il faut donc entendre l'Ecriture sainte dans le sens de l'Eglise, surtout dans les questions qui servent do fondement à tout le dogme catholique. Nous avons dit encore que dans l'Eglise même il faut avoir égard à l'universalité et à l'antiquité: à l'universalité, alin de ne pas rompre l'unité par un schisme; à l'antiquité, afin de ne pas préférer une nouvelle hérésie à l'ancienne religion. Enfin nous avons dit q"o dans l'antiquité de l'Eglise il faut observer deux choses, 1° ce qui a été décidé autrefois par un concile universel; 2J si c'est une question nouvelle sur laquelle il n'y ait point eu de décision, il faut consulter le sentiment des Pères qui ont toujours vécu et enseigné dans la communion de l'Eglise, et tenir pour vrai et catholique , ce qu'ils ont professé d'un consentement unanime. » Cette règle, constamment suivie daus l'Eglise depuis plus de dix-sept siècles , est la condamnation formelle du schisme et de lou'.e la conduite des protestants, aussi bien que des autres sectaires.

Quelques théologiens ont distingué lo schisme actif d'avec le schisme passif: par le premier ils entendent la séparation volontaire d'une partie des membres de l'Eglise d'avec le corps , et la résolution qu'ils prennent d'eux-mêmes de ne plus faire de société avec lui; ils appellent schisme passif \a séparation involontaire de ceux que l'Eglise a rejetés de son sein par l'excommunication. Quelquefois les controversistes protestants ont voulu abuser de celte distinction ; ils ont dit : Ce n'est pas nous qui nous sommes séparés de l'Eglise romaine , c'est elle qui nous a rejelés et condamnés; c'est donc elle qui est coupable de schisme, et non pas nous. Mais il est prouvé par tous les monuments historiques du temps, et par tous les écrits des calvinistes , qu'avant l'analhèmeiprononcé contre eux par le concile de Trente , ils avaient publié et répété cent fois que l'Eglise romaine était la Babylonc de l'Apocalypse, la synagogue de Satan, la société de l'A nie— chri-l ; qu'il fallait absolument en sortir pour faire son salut; en conséquence ils tinrent d'abord des assemblées particulières, ils évitèrent de se trouver à celles des catholiques et de prendre aucune part à leur culte. Le schisme a donc clé actif et très-volontaire de leur part.

Nous ne prétendons pas insinuer par là que l'Eglise ne doit point exclure promptement de sa communion les novateurs cachés, hypocrites et perfides, qui, en enseignant une doctrine contraire à la sienne, s'obslinentà se dire catholiques, enfants de l'Eglise, défenseurs de sa véritable croyance, malgré les décrets solennels qui les flétrissent. Une triste expérience nous convainc que ces hérétiques cachés et fourbes ne sont pas moins dangereux et ne font pas moins de mal que des ennemis déclarés.

On appelle en théologie proposition schisma tique celle qui tend à inspirer aux fidèles la révolte contre l'Église , à introduire la division entre les églises particulières et celle de Rome, qui est le centre de l'unité catholique.

Schisme d'Angleterre. Voy. Angleterre.

Schisme des Grecs. Voy. Grec

ScnisME d'Occident. C'est la division qui arriva dans l'Eglise romaine au xiv* siècle, lorsqu'il y eut deux papes placés en même temps sur le saint siège, de manière qu'il n'était pas aisé de distinguer lequel des deux avait été le plus canoniquement élu.

Après la mort de Benoît XI en 1304 , il v cul successivement sept papes français d'origine; savoir, Clément V, Jean XXH, Benoît XII, Clément VI, Innocent VI, Urbain Vr et Grégoire XI, qui tinrent leur siège a Avignon. Ce dernier ayant fait un voyage à Borne y tomba malade et y mourut le 13 mars 1378. Le peuple romain, très-séditieux pour lors, et jaloux d'avoir chez lui le souverain pontife, s'assembla tumultueusement, et d'un ton menaçant déclara aux cardinaux réunis au conclave, qu'il voulait un pape romain ou du moins italien de naissance. Conséquemment les cardinaux, après avoir pro-

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testé contre la violence qu'on leur faisait et contre l'élection qui allait sa faire, élurent, le 9 avril, Barthélemi Prignago, archevêque de Baii, qui prit le nom d'Urbain VI. Mais , cinq mois après, ces mêmes cardinaux, retirés à Anagni et ensuite à Fondi , dans le royaume de Naples, déclarèrent nulie l'élection d'Urbain VI, comme laite par violence , et ils élurent à sa place Robert, cardinal de Genève , qui prit le nom de Clément VII. Celui-ci fut reconnu pour pape légitime par la France, l'Espagne, l'Ecosse, la Sicile, l'île de Chypre, et il établit son séjour à Avignon; Urbain VI, qui faisait le sien à Rome, eut dans son obédience les autres étals de la chrétienté. Celte division, que l'on a nommée le grand schisme d'Occident , dura pendant quarante ans. Mais aucun des deux partis n'était coupable de désobéissance envers l'Eglise ni envers son chef; l'un et l'autre désiraient également de connaître le véritable pape, tout prêts à lui rendre obéissauce dès qu'il serait certainement connu.

Pendant cet intervalle, Urbain VI eut pour successeurs à Rome Boniface IX , Innocent VII, Grégoire XII, Alexandre V et Jean XX11I. Le siège d'Avignon fut tenu par Clément VII pendant seize ans , et durant vingt-trois par Benoît XIII son successeur. En 14-09, le concile de Pise , assemblé pour éteindre le schisme, ne put en venir à bout ; vainement il déposa Grégoire XII, pontife de Rome, et Benoît XIII, pape d'Avignon; vainement il élut à leur place Alexandre V; tous les trois eurent des partisans, et au lieu de deux compétiteurs il s'en trouva trois. Enfin ce scandale cessa l'an 1417; au concile général de Constance, assemblé pour ce sujet, Grégoire XII renonça au pontificat, Jean XXIII, qui avait remplacé Alexandre V, fut forcé de même, et Benoît XIII fut solennellement déposé. On élut Martin V, qui peu à peu fut universellement reconnu, quoique Benoît XI11 ait encore vécu cinq ans , et se soit obstiné à garder le nom de pape jusqu'à la mort.

Les prolestants , très-attentifs à relever tous les scandales de l'Eglise romaine, ont exagéré les malheurs que produisit celuici ; ils disent que pendant le schisme tout sentiment de religion s'éteignit en plusieurs endroits, et fit place aux excès les plus scandaleux; que le clergé perdit jusqu'aux apparences de la religion et de la décence; que les personnes vertueuses furent tourmentées de doutes et d'inquiétudes. Ils ajoutent que cette division des esprits produisit cependant nu bon effet , puisqu'elle porta un coup mortel à la puissance des papes. Mosheim, Hist. ecclcs., xiv" siècle, ne par!., c. 2, § 15. Ce tableau pourrait paraître ressemblant , si l'on s'en rapportait à plusieurs écrits composés pendant ie schisme par des auteurs passionnés et satiriques, tels que Nicolas de Clémengis et d'autres. Mais, en lisant l'histoire de ces temps-là , on \ oit que ce sont des déclamations dictées par l'humeur, dans lesquelles on trouve souvent le blanc et le noir suivant les circonstances.

Il esl certain que le schistne causa des scandales, fit naître des abus, diminua beaucoup les sentiments de religion ; mais le mal ne fut ni aussi excessif ni aussi étendu que le prétendent les ennemis de l'Eglise. A celle même époque il y eut chez toutes les nations catholiques, dans les diverses obédiences des papes et dans les différents états de la vie, un grand nombre de personnages distingués par leur savoir et par leur vertus ; Mosheim lui-même en a cité un bon nombre qui ont vécu , tant sur la fin du xir siècle qu'au commencement du xv% et il convient qu'il aurait pu en ajouter d'autres. Les prétendants à la papauté furent blâmables de ne vouloir pas sacrifier leur intérêt particulier et celui de leurs créatures au bien général de l'Eglise; on ne peut cependant pas les accuser d'avoir été sans religion et sans mœurs. Ceux d'Avignon , réduits à un revenu très-mince, firent, pour soutenir leur dignité, un irafic honteux des bénéfices ; et se mirent au dessus de toutes les règles , c'est donc dans l'Eglise de France que le désordre dut être le plus sensible : cependant, par l'Histoire de l'Eglise gallicane , nous voyons que le clergé n'y était généralement ni dans l'ignorance ni dans une corruption incurable, puisque l'on se sert des clameurs même du clergé pour prouver la grandeur du mal. D'ailleurs, en l'exagérant à l'excès, les protestants nous semblent aller directement contre l'intérêt de leur système; ils prouvent, sans le vouloir, de quelle importance est dans l'Eglise le gouvernement d'un chef sage, éclairé, vertueux , puisque quand ce secours vient à manquer, tout tombe dans le désordre et la confu ion. Les hommes de bon sens, dit Mosheim, apprirent que l'on pouvait se passer d'un chef visible , revêtu d'une suprématie spirituelle ; on peut s'en passer sans doute, lorsqu'on veut renverser le dogme, la morale, le culte, la discipline , comme onl fait les protestants; mais quand on veut les conserver tels que les apôtres les onl établis, on sent le besoin d'un chef; une expérience de dix-sept siècles a dû suffire pour nous l'apprendre.

*SCI!0LTÉN1ENS. Au milieu de la décomposition géuéiale du protestantisme, ou voit de temps en temps des chrétiens essayer de Intter contre le torrent qui les entraîne. Quoiqu'en Hollande la profession de foi du synode de Dordreclil de 1G18 soit la base de l'Eglise nationale, le synode de 181'J permit à chaque ministre d'en retrancher ou d'y ajouter ce qu'il voudrait. Quelques ministres, à la tète desquels figura Scholleii, s'insurgèrent contre le synode de J8l6et voulurent faire revivre intégralement la doctrine du synode de Dordreclil. Bientôt les dissidents formel eut secte, curent des églises, reçurent le nom de Vrais Reformés, L'n 185i le gouvernement hollandais leur enleva leurs églises car force, ils se réunirent dans des maisons particulières ; on fit valoir les dispositions de l'art. 291 du code pénal français, encore en vigueur dans ce pays : toute réunion de plus de vingt personnes fut sévèrement punie. Les persécutés trouvèrent appui aupiès des protestants des antres pays. On ne paile plus aujourd'hui de persécution. Nous ignorons où en est la secte.

SCIENCE D!i DIFU , c'est l'attribut par

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lequel Dieu connaît toutes choses. Nous ne pouvons concevoir Dieu autrement que comme une intelligence infinie , par conséquent qui connaît tout ce qui est et tout ce (fui peutèlr<>; telle est l'idée que nous en donnent les livres saints. Nous y lisons. Job, c. xxwn, v. 2V : Dieu voil les extrémités du inonde, et considère tout ce qui est sous Ih ciel; cap. xlu, v. 2 : Je suis, Seiynew, que vous pouvez tout , et qu'aucune pensée ne vous est cachée ; Baruch, c. m , v. 32 : Celui qui sait tout est l'auteur de la sagesse ; Ps. cxxxun, v. 5: Vous connaissez, Seigneur, ce qui a précédé et ce qui doit suivre... Votre science est admirable pour moi, elle est immense, el je ne puis g atteindre , etc.; 1 Reg., c. il, v. 3 : Le Seigneur est le Dieu delà science, el les pensées des hommes lui sont connues d'avance; Rom.» G. xi, v. 33 : O profondeur des trésors de ta sagesse et de lu science de Diiii, etc.

Saint Augustin, 1. n ad Simplic, q. 2 , observe fort bien que la science de Dieu est très-différente de la nôtre, mais que nous sommes forcés de nous servir des mêmes termes pour exprimer l'une el l'autre; nos connaissances sont des accidents ou des modifications qui nous arrivent successivement et qui produisent un changement en nous; Dit u de toute éternité a tout vu el tout connu pour toute la durée des siècles; aucune pensée, aucune connaissauce ne peut lui arriver de nouveau; il ne peut rien perdre ni rien acquérir, puisqu'il est immuable.

Dieu, disent les Pères de l'Eglise, a prévu tous les événements, puisque c'e>t lui qui les a dirigés comme il lui a plu; il n'a pas fait les créatures sans savoir ce qu'il faisait, ce qu'il voulait et ce qu'il pouvait faire; s'il ne connaissait pas toutes choses, il ne pourrait pas les gouverner, nous aurions tort de lui attribuer une providence : Il appelle, dit saint Paul, /es choses qui ne sont point comme celles qui sont (Rom., c. iv, v. 17).

Dans les objets de nos connaissances nous distinguons le passé, le présent et le futur; à l'égard de Dieu tout est présent, rien n'est passé ni futur, parce que son éternité correspond à tous les instants de la durée des créatures. Mais, pour soulager notre faible entendement, nous distinguons en Dieu autant de sciences différentes que nous en éprouvons en nous-mêmes. Conséquemment les théologiens distinguent en Dieu : 1° la science de simple intelligence, par laquelle Dieu voil les choses purement possibles qui n'ont jamais existé et qui n'existeront j imais. Comme rien n'est possible que par la puissance de D:eu , il suffit que Dieu connaisse toute l'étendue de sa puissance pour connaître tout ce qui | eut être. 2" La science de vision, par laquelle Dieu voit tout ce qui a existé, luut ce qui existe ou existera dans le temps, par conséquent toutes les pensées et toutes les actions des hommes, présentes, passées ou à venir, et le cours entier de la nature, tel qu'il a été et tel qu'il sera dans toute sa durée ; el c'est celle connaissance claire et distincte qui dirige la providence

de Dieu tant dans l'ordre de la nature que dans l'ordre de la grâce. Cette science , en tant qu'elle regarde les choses futures, est appelée précision ou prescience. Nous en avons parlé en son lieu. Voy. Pki'scienck. 3° Quelques théologiens admettent encore en Dieu une troisième science qu'ils appellent science moyenne , (tarée qu'elle semble tenir un milieu enlre la science de vision el la science (lesimpleinlelligence.il y a, disent-ils, des choses qui ne sont futures que sous certaines conditions; si les conditions doivent avoir lieu , l'événement qui en dépend deviendra futur absolument, et, comme le!, il est l'objet de la science de vision ou de la prescience. Si la condition de laquelle cet événement dépend ne doit point avoir lieu , il n'existera jamais; alors c'est un futur purement conditionnel; il ne peut donc pas être de la science de vision qui regarde les futurs absolus , ni de la science de simple intelligence qui a pour objet les possibles. Cependant Dieu le confiait, puisque souvent il l'a révèle : il faut donc distinguer cette science divine d'avec les deux précédentes.

Que Dieu ait révélé plus d'une fois des futurs purement conditionnels, c'est un fait prouvé par l'Ecriture sainte. / Iieg., c. xxw, v. 12, David demande au Seigneur : Si je demeure à Ctïla, les habitants me livrer on t-itt à Suiil? Dieu répondit : Ils vous livreront. Conséquemment David se relira, el il ne fut point livré. Sap.,c. iv, v. il, il est dit du juste que Dieu l'a tiré de ce monde, de peur qu'il ne lût perverti par la contagion des mœurs du siècle; Dieu prévoyait donc que si ce juste eût vécu plus longtemps, il aurait .succombé à la tentation du mauvais exemple. Matih., c. xi, v. 21, Jé>us~Christ dit aux Juifs incrédules : Si j'avais fait à Tyr et à Sidon les mêmes miracles que j'ai faits parmi vous, ces peuples auraient fait pénitence sous le cilire et sous la cendre. Luc, c. xvi, v. 31, il est dit de< frères du mauvais riche : Qua .il un mort ressusciterait pour les instruire, ils ne le croiraient pas. Voilà des prédictions de futur;; conditionnels qui ne sont pas arrivés, parce que la condition n'a pas eu lieu.

Les Pères de l'Eglise ont raisonné sur ces passages, pour prouverque Dieu voil ce que feraient toutes ses créatures dans toutes les circonstances où il lui plairait de les placer; saint Augustin surtout en a fait usage pour prouver contre les pélagiens et les semi-pélagicns que Dieu n'est point déterminé à donner la grâce de la foi par les bonnes dispositions qu'il prévoit dans ceux à qui l'Evangile serait prêché; ni déterminé à priver de la grâce du baptême certains enfants, parce qu'il prévoit leur mauvaise conduite future s'ils parvenaient à l'âge mûr. Voy. Pelau, Dug)/t. théol., t. I , I. iv, c. 7. Ainsi raisonnent les théologiens que l'on appelle molinistes el conyruistes. Voy. Congmcistes.

Mais les thomistes el les augusliniens soutiennent que celle science moyenne inventée par Molina, est non-seulement inutile, mais d'un usage dangereux dans les ques ions de la grâce et de la prédestination,

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Ou la condition, disent-ils, de laquelle dépend un événement aura lieu, ou elle n'arrivera pas : dans le premier cas, le futur est absolu, et pour lors il est l'objet de la science de vision ou de la prescience; dans le second cas, ce futur prétendu conditionnel est simplement possible , et Dieu le voit par la science de simple intelligence. Ces mêmes théologiens accusent leurs adversaires de donner lieu aux mêmes conséquences que sainl Augustin a combattues, et que l'Eglise a condamnées dans les pélagiens et les semipélagicns.

On conçoit bi?n que les congruistes ne demeurent pas sans réplique. Cette question a clé débattue de part et d'autre avec plus de chaleur qu'elle ne méritait ; il y a eu une immensité d'écrits pour et contre, sans que l'un ou l'autre des deux, partis ail avancé ou reculé d'un seul pas. 11 aurait été mieux sans doute de renoncer à tout système, de s'en tenir uniquement à ce qui est révélé, et de consentir à ignorer ce que Dieu n'a pas voulu nous apprendre.

SCIENCES HUMAINES. De nos jours les incrédules ont poussé la prévention contre le christianisme, jusqu'à soutenir que son établissement a nui au progrès des sciences; déjà nous avons réfuté ce paradoxe au mot Lettre? ; il est bon d'ajouter encore quelques réflexions. 11 est incontestable que depuis dix-sept siècles les sciences n'ont presque été cultivées ni connues que chez les nations chrétiennes ,. que les autres peuples sont plongés dans l'ignorance et dans la barbarie. Peut-on comparer la faible mesure de connaissances que possèdent les Indiens et les Chinois, avec ce qu'en ont acquis les peuples de l'Europe? Lorsqu'au xe et au xir siècle les mahométans ont eu quelque teinture des sciences, ils l'avaient reçue des nations chrétiennes, et ils ne l'ont pas conservée longtemps : ils ont fait régner l'ignorance partout où ils se sont rendus les maîtres; sans les efforts qu'on leur a opposés par principe de religion', les sciences auraient eu en Europe le même sort qu'en Asie; quelques incrédules moins entêtés que les autres ont eu la bonne foi d'en convenir. A la vérité, depuis le iv' siècle de l'Eglise, les sciences n'ont plus été cultivées chez les Grecs et chez les Romains avec autant d'éclat et de succès qu'au siècle d'Auguste; mais ceux qui en ont cherché la cause dans l'établissement du christianisme, ont affecté d'ignorer les événements qui ont précédé et qui ont suivi cette grande époque de l'histoire. En effet, depuis le règne de Néron jusqu'à celui de Théodose, pendant un espace de trois cents ans, les pays soumis à la domination romaine furent désolés par les guerres civiles entre les divers prétendants à l'empire. Déjà les Barbares avaient commencé à y faire des irruptions de toutes parts; les Germains, les Saruiates, les Quades, les Marcomans, les Scythes, les l'aithes, les Perses en avaient démembré ou dépeuplé des parties ; les victoires de quelques empereurs n'opposèrent à ce torrent qu'un obstacle passager. Dès

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l'an 275 l'on vit fondre sur les Gaules un essaim de peuples d'Allemagne, les. Lyges, les Francs, les Bourguignons, les Vandales; ils s'emparèrent de soixante-dix villes, et en demeurèrent les maîtres pendant deux ans. Probus ne vint à bout de les en chasser, l'an 277, qu'après leur avoir tué quatre cent mille homme Ils ne tardèrent pas d'y revenir avec d'autres Barbares en plus grand nombre. Tillemont , Vie des evp. , t. UJ, pag. fr-25 et suiv. Au Ve siècle, les Golhs, les Francs, les Bourguignons, les Huns, les Lombard*, les Vandale», vinrent à bout de s'y établir, et s'emparèrent peu à peu de tout l'Occident ; au vir siècle, les Arabes ravagèrent l'Orient pour établir le mahomélisme. Les invasions n'ont cessé dans nos climats que par la conversion des peuples duNord. Est-ce au milieu de cette désolation continuelle, dont l'histoire fait frémir, que les sciences pouvaient fleurir et faire des progrès ? Les pestas, les famines, les tremblements de terre joignirent leurs ravages à ceux de la guerre; ceux qui ont calculé les perles que la population a faites par ces divers fléaux, prétendent que, sous le règne de Justinien, le nombre des hommes était réduit à moins de moitié de ce qu'il était au siècle d'Auguste. Des temps aussi malheureux n'étaient pas propres aux spéculations des savants, ni aux recherches curieuses; mais le christianisme n'a pu influer en rien dans les causes de ces révolutions. Loin de mettre obstacle aux études, celle religion engageait ses sectateurs à s'instruire, par le désir de réfuter, de convaincre, de convertir les philosophes qui l'attaquaient; les persécutions mêmes enflammèrent le zèle des Pères de l'Eglise. Connaît-on, dans les trois premiers siècles, des auteurs profanes qui aient mieux possédé la philosophie de leur temps que les apologistes de notre reiigion ! Au iv, lorsque la paix eut été donnée à l'Eglise par Constantin, il fut aisé de voir si les savants du paganisme avaient des connaissances supérieures à celles des docteurs chrétiens. Julien , ennemi déclaré de ces derniers, ne sentait que trop bien leur ascendant, lorsqu'il souhaitait que les livres des Galiléens fussent détruits, Lettre 9 à Ecdicius , et qu'il défendait aux chrétiensd'étudier et d'enseigner les lettres. Aucun philosophe de ce temps-là n'a montré autant de connaissances en matière de physique et d'histoire naturelle, que saint Basile dans son Hcxaméron, Lactance dans son livre de Opificio Dei, Théodorel dans ses Discours sur la Providence, etc.

Le meilleur moyen de perfectionner les sciences naturelles étail d'établir la communication entre les différentes parties du globe, d'apprendre à connaître le sol, les richesses, les mœurs, les lois, le génie, le langage des divers peuples du monde ; nous jouissons actuellement de cet avantage, mais a qui en sommes-nous redevables? Est-ce aux philosophes zélés pour le bien de l'humanité, ou aux missionnaires enflammés du zèie de la religion? Le christianisme qu'ils

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ont porto dans le Nord y a fait naître IV texte que ceux qui les ont cultivés Bêlaient

gricuiture , la civilisation , les lois , les pas philosophes : l'élude des langues, do (sciences; il a rendu florissantes des régions la critique, de la littérature ancienne et inoqni n'étaient autrefois couvertes que de fo- dente, leur paraît superflue; tous se flattent rôts, de marécages, et ée quelques troupeaux de tirer toute vérité de leur cerveau ; ils vende sauvages. Ce sont les missionnaires, et lent être créateurs, et ils répètent, sans le non les philosophes, qui ont apprivoisé les savoir, les absurdités philosophiques des barbares , qui nous ont fait connaître les siècles passés.

contrées et Ls nations des extrémités de A quoi sert le raisonnement, lorsque l'on

l'Asie, qui ont décrit le caractère, les mœurs, ignore les premiers principes de l'art de rai-

le genre de vie des sauvages de l'Amérique, sonner? Vainement on chercherait chez nos

Si leur zèle intrépide n'avait pas commencé lilléralcurs incrédules quelque teinture do

I ar frayer le chemin, aucun philosophe logiqueetde métaphysique ; ces deux sciences

n'aurait osé entreprendre d'y pénétrer. C'est leur déplaisent, elles mettraient des entraves

donc à eux que la géographie et les dilïé- à l'impétuosité de leur génie; à l'exemple

renies parties de l'histoire naturelle sont rè- des anciens épicuriens, ils en ont secoué le

devables des progrès immenses qu'elles ont joug. Au lieu de raisonner ils déclament, ils so

faits dans ces derniers siècles. S'ils avaient contredisent, ils ne savent ni de quel prin-

travaillé dans le dessein d'inspirer de la cipe ils sont partis, ni à quel terme ils doi-

recounaissance aux philosophes, ils auraient vent aboutir,

aujourd'hui lieu de s'en repentir. Noire siècle sans doute a fait de grandes

Pour bien connaître les peuples modernes, découvertes dans la physique et dans I'his-

il fallait les comparer aux peuples anciens; toire naturelle ; mais combien d'expériences

or, il ne nous reste aucun monument pro- douteuses ne nous a-l-on pas données pour

fane qui nous donne une idée aussi exacte des vérités inconteslables ? Le goût des sys-

des anciens peuples et des premiers âges du tèmes ne règne pas moins qu'autrefois, et les

monde que nos livres saints. Les savants plus hardis sont toujours les mieux ar-

qui ont voulu remontera l'origine des lois, cueillis; l'hypothèse des atomes et celle de

des scinices et des arts, ont été forcés de la divisibilité de la matière à l'infini se suc-

prendre l'histoire sainte p »ur base de leurs cèdent et subjuguent les esprits tour à tour;

recherches. Ceux qui ont suivi une route les termes inintelligibles d'aUraclion , de

opposée ne nous ont débité, sous le nom gravitation, d'é'ectricilé, de magnétisme, ont

d'histoire philosophique et de Philosophie de remplacé les qualités occultes des anciens :

l'histoire, que Tes rêves d'une imagination dé- une imagination nouvelle paraît sublime dès

réglée, et un chaos d'erreurs et d'absurdités, qu'elle peut servir à combattre les vérités

Partout où le christianisme s'est établi, iu révélées; et si l'on pouvait parvenir à submilieu des glaces du Nord, aus i bien que sliluer l'i lée delà matière à celle de Dieu, sons les feux du Midi, il a porté les sciences, nos philosophes croiraient avoir tout gagné, les mœurs, la civilisation ; partout où il a Entre leurs main;, l'h:sloire n'est plus qu'un été détruit, la barbarie a pris sa place. Les tissu de conjectures, un système de pyrrhopeùples des côtes de l'Afrique et ceux de nisme, un suite de libelles diffamatoires. De l'Egypte ont vu la lumière, pendant que tous les faits, ils n'admettent que ceux qui l'Evangile a lui parmi eux; dès que ce s'accordent avec leur opinion, ils ne font cas flat: beau a cessé de les éclairer, une nuit que des auteurs qui paraisse^; avoir pensé profonde y a succédé. La Grèce, autrefois comme eux, ils noircissent tous les personsi féconde en savants, en artistes, en philo- nages dont la vertu leur déplaît ; ils appelsophes, est devenue stérile pour les sciences; lent grands hommes des insensés chargés du la nature et le climat sont-ils changés? Non, mépris de tous les siècles. Leur grande amie génie des Crées est toujours le même, bit ion est d'ètr? législateurs, poliliquts, armais il est étouffé sous la tyrannie d'un gou- Litres du sort des nations ; mais en attaquant vememenl aussi ennemi des scienc<s que l'idée d'un Dieu législateur, ils ont sapé la du christianisme. Il adonc fallu perdre toute base de toutes les lois ; au lieu de la morale pudeur pour oser écrire que cette religion a des hommes , ils nous prescrivent celle des retardé les progrès de l'esprit humain, cl a brutes, et ils fondent la politique sur les mis obstacle à la perfection des sciences; sans principes de l'anarchie. Dans un état bien elle au contraire l'Europe en'.ière serait en- policé, le citoyen qui déclamerait contre les core plongée dans l'ignorance qu'y avaient lois serait puni comme séditieux; p:irmi apportée les barbares du Nord. Nous sommes nous, c'est un litre pour prétendre à la célébieu mieux fondés à reprocher aux philoso- brité. Si celle philosophie meurtrière durait p es incrédules que leur entêtement et leur encore longtemps, que deviendrai nt donc méthode ne fendent à rien moins qu'à l'ex- enfin les sciences? On sait déjà où en est linciion de toutes les sciences. En effet, si l'éducation de la jeunesse définis que les l'on reot y donner une bise solide, il faut philosophes ont voulu la réformer, et s», partir des lumières acquises par ceux qui clans l'état où ils l'ont mise, elle est fort nous ont précédés, il faut connaître leurs propre à créer des hommes laborieux, saerreurs, afin de nous en préserver; mais ce vanls, utiles à leur pairie, procédé exige des recherches pénibles ; pour Un des principaux fails qu'ils allèguent s'en dispenser, nos écrivains modernes ont pour prouver que le christianisme esi endécric (ojs- les genres d'érudition, lous pré- ucini des sciences, est la prétendue persecuti m

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qu'essuya Galilée à cause de ses découverts logé à l'inquisition, mais au palais de l'enastronomiques, cl sa condamnation au tribu- voyé de Toscane. Un mois après, il fut mis, nal de l'inquisition romaine. Heureusement, non dans les prisons de l'inquisition, comme il est actuellement prouvé parles lettres de vingt auteurs l'ont écrit, mais dans l'appar- Guichardin et du marquis Nicolini, ambassa- temenl du fiscal, avec la liberté de corresdeurs de Florence, amis, disciples et proie.c- pondre avec l'ambassadeur, de se promener, leurs deGalilée, par les lettres manuscrites et et d'envoyer son domestique au dehors* par les ouvrages de Galilée lui-même, que Après dix-huit jours de détention à la Mi-» depuis un siècle on en impose au public sur nerve, ii fut renvoyé au palais de Toscane, ce fait. Ce philosophe ne fut point persécu é Dans ses défenses, il ne fut point question comme bon astronome, mais comme mauvas du fond de son système, mais toujours de sa théologien, pour avoir voulu se mêler d'ex- prétendue conciliation avec la Bible. Après pliquer la Bible. Ses découvertes lui susci- 'a sentence rendue et la rétractation de Gâtèrent sans doute des ennemis jaloux ; mais I > lée sur le point contesté, il fut le maître de c'est son entêtement à vouloir concilier la retourner dans sa patrie. L'année suivante Bible avec Copernic qui lui donna des juges, 1633, il écrivit au père Beceneri, son diset sa pétulance seule fut la cause de ses cha- ciple : « Le pape me croyait d;gne de son grins. En ce temps-là vivaient le Tasse, estime... . Je fus logé dans le délicieux palais l'Arioste, Machiavel, Dembo, Toricelli, Gui- de la Trinité-du-Monl.... Quand j'arrivai au chardin, Frapaolo, etc. ; ce n'était donc pas Saint-Office, deux jacobins m'invitèrent trèspour l'Italie un siècle barbare. honnêtement de faire mon apologie... J'ai En 1611, pendant son premier voyagea été obligé de rétracter mon opinion en bon Borne, Galilée fut admiré et comblé o'hon- catholique. (On a vu ci-dessus de quelle neurs par les cardinaux et par les grands opinion il était question. ) Four me punir, seigneurs auxquels il montra ses décou- °n ni'a défendu les dialogues, et congédié vertes: il y retourna en lbi5; sa seule pré- après cinq mois de séjour à Borne. Comme sence déconcerta les accusations formées la peste régnait à Florence, on m'a ascontre lui. Le cardinal ciel Monte et divers signé pour demeure le palais de mon meilmembres du Saiul-OfGce lui tracèrent le leur ami, monseigneur Piccolomini, archecercle de prudence dans lequel il devait se vôque de Sienne, où j'ai joui d'une pleine renfermer; mais son ardeur et sa vanité tranquillité. Aujourd'hui je suis à ma caml'emportèrenl. « Il exigea , dit Guichardin pagne d'Arcêlre, où je respire un air pur dans ses dépêches du k mars 1616, que le auprès de ma chère patrie, v Voyez le Merpape et le Saint-Office déclarassent le sys- cure de France du 16 juillet 1784, nn2d. lèuie de Copernic fondé sur la Bible. » Il Mais vingt auteurs, surtout parmi les proécrivil mémoires sur mémoires; Paul V, fa- lestants, ont écrit que Galilée fut persécuté ligué par ses instances, arrêta que cette et emprisonné pour avoir soutenu que la coniroverse serait juaée dans une congre- terre tourne autour du soleil; que ce sysgation. « Galilée, ajoute Guichardin, met un lè'ie a été condamné par l'inquisition extrême emportement dans tout ceci ; il fait comme faux, erroné, et contraire à la Biplus de cas de son opinion que de celle de hle, etc. Cela est répété ou supposé d;ins ses amis, etc. » Il fut rappelé à Florence au plusieurs dictionnaires historiques; nos inmoisdejuin 1616. Il dit lui-même dans ses crédules modernes l'ont affirmé les uns letircs : « La congrégation a seulement dé- après les autres, et malgré les preuves irrécidé que l'opinion du mouvement de la terre cusables du contraire, ils !e répéteront jusne s'accorde pas avec la Bible. Je ne suis Hu à la fin des siècles. C'est ainsi que les point intéressé personnellement dans le dé- philosophes travaillent à l'avancement des cret. » Avant son départ il eul une audience sciences.

irès-gracieuse du pape; Bellarmin lui fit * Science de Jésus-Christ. Jésus-Clirisl, Dieu et

seulement défense, au nom du saint-siege, homme tout ensemble, avait une intelligence divine

de parler davantage de l'accord prétendu et une intelligence 'humaine. Son intelligence divine,

entre la Cible et Copernic, sans lui interdire n'étant autre que celle de Dieu, possédait une science

aucune hypothèse astronomique. Quinze ans '"finie. Son intelligence humaine possédait toutes

après, en 1612, sous le pontificat d'Urbain VI1J, ,eS connaissances que peut comporter une créature

Galilée imprima ses célèbres dialogues, Délie raisonnable, car saint Paul nous apprend que tous

due massime système del mondo, avec une £ 'r^'J" f'JVTv "n " T™ "• ' f Vf '" , J , .. , , mes en lui (Loi. u, 3). Des h. premier instant de sa permission et approbation supposée, et con- créalk)I1 ràme lllim;mie (ie j&u-Christ possédait tre laquelle personne n usa reclamer, et il (ioilC l011le scjence. Toutefois, pour mieux se confit reparaître ses mémoires écrits en 1616, former au nronde qu'il était venu instruire, elle paoù il s'efforçait d'eiiger en question de raissait grandir avec les années, et ne se montrait dogme la rotation du globe sur son axe. On au dehors que dans une certaine mesure, prétend que les jê-ui!es excitèrent contre lui Jésus-Christ, selon l'opinion commune des théola colère du pape. « 11 f.iut traiter cette af- loSie"s. C0I»'»e homme, jouit dès sa création de la

faire doucement, écrivait le marquis Nico- "Z? ™iï^ï L^SS***.? vT*' ,a T.— "

,. . , , . '„ , , K M, JM-, sauce eu il avait de Dieu, était nécessairement linii-

lini, dans ses dépêches du b septembre 1632 : lée> parcc qu,H „, a .u:ie inU.Iligei,ce illfinie (|lli

si le pape se pique, tout est perdu; il ne puisse connaître l'infini.

faut ni disputer, ni menacer, ni braver. »

C'est ce que faisait Galilée, il fut cité à Home, Science secrète, ou Doctrine secrète.

et y arriva le 3 février ÎG33. îi ne fut point Certains critiques pro! estants, prévenus

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contre les Pères de l'Eglise, ont accusé saint Clément d'Alexandrie d'avoir voulu introduire parmi les chrétiens la méthode d'enseigner des philosophes païens, qui ne révélaient pas à tous leurs disciples le fond de leur doctrine, mais seulement à ceux dont ils connaissaient ^intelligence cl la discrétion, et qui n'instruisaient les autres que par des emblèmes, par des figures énigmatiques, par des sentences obscures. Cette méthode, continuent I s censeurs de ce Père, n'est point celle de Jésus-Christ, ni des apôtres, ni des docteurs chrétiens les plus sages; Jésus-Christ ordonne à ses apôtres de publier au grand jour les choses qu'il leur a enseignées dans le secret, et de prêcher sur les toits ce qu'il leur a dit à l'oreille, Matth., c. x, v. 27. Saint Paul fait profession de n'avoir rien dissimulé dans ses instructions, d'avoir enseigné la même chose en public et en particulier, Act., c. xx, v. 20 et 27. Saint Justin et les autres apologistes du christianisme prolestent qu'ils ne cachent rien de ce qui se fait et de ce qui est enseigné chez les chrétiens.

Celle censure nous paraît injuste et téméraire. Si l'on veul se donner la peine de lire le ve livre des Stromales de Clément d'Alexandrie, c. k, 9 et 10, on verra, que ce Père entend seulement qu'il y a dans la doctrine chrétienne des choses qui sont au-dessus de la portée des commençants, que l'on ne doit pas enseigner par conséquent indifféremment à tous, mais seulement à ceux qui sont en étal de les comprendre, et qui ont déjà fait des progrès dans la connaissance des mystères de la foi : or, nous soutenons que telle a été la méthode de Jésus-Christ, des apôtres cl des docteurs chrétiens. J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez les comprendre à ce moment. Ainsi parlait Jésus-Christ à ses disciples, Joan., c. in, v. 12. Saint Paul disait de même aux Corinthiens, /. Cor., c. m, v. 1 : Je n'ai encore pu vous parler comme à des hommes spirituels, mais comme à des hommes charnels; je vous ai donné du lait, comme à des enfants en Jésus-Christ, et non une nourriture solide, parce que vous ne pouviez pas la supporter; vous en êtes même encore incapables à ce moment. Il est constant que l'on n'aurait pas permis à un païen d'être témoin de la célébration de nos saints mystères, on ne le permettait pas même aux catéchumènes avant leur baptême; on ne les instruisait d'abord qu'avec beaucoup de réserve. Voy. Secmt des mystères. D'ailleurs, eu quoi consistait, selon Clément d'Alexandrie , la doctrine prétendue secrète des chrétiens? C'était l'explication mystique et allégorique des fails, des lois, des cérémonies de l'ancien Testament et des endroits obscurs des prophètes. Cette connaissance était-elle fort nécessaire au commun des fiaèles? L'imprudence des protestants, qui veulent que l'on mette une IJible entière entre les mains des ignorantsetdes jeunes gens, qu'on les expose à lire en langue vulgaire leCantiqiedes cantiques et certains chapitres do propbé e ILzé-

chiel, n'est pas un exemple à suivre. Cela n'est propre qu'à engendrer le fanatisme; l'expérience ne l'a que trop prouvé, cl plusieurs prolestants ont eu la bonne foi d'en convenir.

Au mot SEcniîT des mystères, nous verrons que le reproche fait par les protestants à Clément d'Alexandrie, esl directement contraire à l'intérêt de leur système.

SCOLASTIQUË. Voy. Tuéologie.

SCOTISl'ES. On appelle ainsi ceux d'entre les théologiens scolastiques qui se sont attachés au sentiment de Jean Duns, religieux franciscain, surnommé Scut, parce qu'on le croyait Ecossais ou Irlandais, mais qui était né à Dunslone en Angleterre ; ce n'est qu'au xvie siècle qu'on l'a supposé originaire d'Ecovse el d'Irlande. Au commencement du x;v' siècle, ce docteur se distingua dans l'université de Paris par la pénétration et la subtilité de son génie, ce qui lui fil donner le nom de docteur subtil; d'autres l'ont appelé le docteur résolutif, parce qu'il avança plusieurs opinions nouvelles, et qu'il nu s'assujettit point à suivre les principes des théologiens qui l'avaient précédé, il se piqua surtout d'embrasser les sentiments opposés à ceux de saint Thomas : c'est ce qui a fait naître la rivalité entre les deux écoles, l'une des thomistes, l'autre des scotistes; la première est celle des Dominicains, la seconde des Franciscains. Dans les questions de philosophie,l'une et l'autreontordinairementsuivi les opinions des péripalélicicns ; quant à la théologie, Sept se fil beaucoup d'honneur en soutenant l'immaculée conception de la sainte Vierge contre les dominicains qui la niaient. Excepté cet article, sur lequel aucun catholique ne conteste plus aujourd'hui, ces deux écoles ne sont plus divisées que sur des questions problématiques 1res- peu importantes et fort obscures, telles que la manière dont les sacrements produisent leur effet, la manière dont Dieu coopère par sa grâce avec la volonté de l'homme, en quoi consiste l'identité personnelle, etc.: aucune de leurs disputes ne peut intéresser la foi. C'est donc fort mal à propos que les protestants nous objectent ces divisions scolastiques, lorsque nous leur reprochons les combats des différentes sectes nées parmi eux ; celles-ci ne conviennent point entre elles de la même profession de foi, elles so reprochent mutuellement des erreurs considérables, elles ne fraternisent point entre elles dans un même culte. Il n'en esl pas de même des thomistes cl des scoliste<; les uns et les aut es se reconnaissent pour bous catholiques, ils souscrivent à toutes les décisions de l'Eglise, il ne leur est jamais arrivé de se dire ânalhème.

Il ne faut pas confondre Jean Duns Scot, dont nous venons de parler, avec Jean Scot Erigène ou Ii landais, qui a vécu et qui a fait du bruit au ixe siècle, sous le règne do Charles le Chauve. Les prolestants ont affecté de peindre celui-ci comme un philosophe émineul et un savant théologien, qui joignit à uuc érudition [irofonde beaucoup

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de sagacité et de génie, qui acquit une réputation brillante et solide par différents ouvrages. C'est ainsi qu'en parle Mosheim, Jlist. ecclés., ix* siècle, Fi" part., c. 1, § 7 ; c. 2, § 14, à la fin ; c. 3, § 10 et 20; il n'est aucun Père de LEglise, duquel il ait fait un pareil éloge. La raison est que Jean Scot Erigèhe attaqua la foi catholique touchant l'eucharistie, et soutint que le pain et le vin sont de simples signes du corps et du sang de Jésus-Christ. C'est dans ses écrits que Bérenger, deux cents ans après, puisa la même erreur, et fut condamné pour l'avoir soutenue. — Mais, suivant le témoignage des auteurs contemporains, Erigène ne fut qu'un sophiste subtil et hardi, un vain discoureur qui ne connaissait ni l'Ecriture sainte ni la tradition, qui n'avait qu'une érudition profane, qui donna dans les erreurs de Pelage, dans les visions d'Origène, dans les impiétés des collyridiens; la plupart de ses ouvrages ont été censurés et condamnés au feu. Il ne reste rien de celui qu'il avait composé sur l'eucharistie ; ainsi l'on ne peut en juger que par l'opinion que l'on en eut dans le temps ; or il fut réfuté sur-le-champ par Adrevald, moine de Fleury ; il excita les plaintes du pape Nicolas , qui en écrivit à Charles le Chauve ; il fut proscrit par le concile de Verceil en 1050, et par celui de Rome en 1059. llisi. Hit. de la France, t. V, p. 41G et suiv. Voilà où se réduit la réputation brillante et solide que les protestants ont voulu l'aire à cet écrivain.

SCRIBE , nom commun dans l'Ecriture sainte , et qui a différentes significations. 1° Il se ptend pour un écrivain ou un secrétaire; cet emploi était considérable dans la cour des rois de Juda ; Saraïa sous David, Elioreph et Ahia sous Salomon , Sobna sous Ezéchias, elSaphan sous Josias, en faisaient las fonctions, Il Reg., c. vin, v. 17; c. xx, 25; IV Reg., c. xxix, v. 2; c. xxxu, v. 8 et 9. 2° Il désigne quelquefois un commissaire d'armée, charge de faire la revue et le dénombrement des troupes et d'en tenir registre; Jérémie, c. lu, v. 25, parle d'un officier de cette espèce qui fut emmené en captivité par les Chaldéens ; il en est encore fait mention, / Mach., c. v, v. 42, et c. vu, v. 12. 3° Le plus souvent il signifie un homme habile , un docteur de la loi, dont Je ministère était de copier et d'expliquer les livres saints. Quelques-uns placent l'origine de ces scribes sous Moïse, d'autres sous David , d'autres sous Esdras après la captivité. Ces docteurs étaient fort estimés chez les Juifs; ils tenaient le même rang que les préires et les sacrificateurs, quoique leurs fonctions fussent différentes. Les Juifs en distinguaient de trois espèces, savoir, les scribes de la loi, dont les décisions étaient reçues avec le plus grand respect; les scribes du peuple, qui étaient des magistrats; enfin les scribes communs , qui étaient des notaires publics ou des secrétaires du sanhédrin.

Saint Epiphane et l'auteur des Récognitions attribuées à Saint Clément, comptent

les scribes parmi les sectes des Juifs; mais il est certain que ces docteurs ne formaient pas une secte particulière. II paraît néanmoins probable que , comme du temps de Jésus-Christ toute la science des Juifs consistait principalement dans les traditions pharisiennes et dans l'usage de s'en servir pour expliquer l'Ecriture, le plus grand nombre des scribes étaient pharisiens; on les voit presque toujours joints ensemble dans l'Evangile; Jésus-Christ reprochait aux uns et aux autres les mêmes \ices et les mêmes erreurs.

SCRUPULES. Peines d'esprit , anxiété d'une âme qui croit offenser Dieu dans toutes ses actions, et ne s'acquitter jamais de ses devoirs assez parfaitement. Cette disposition fâcheuse, à laquelle il est souvent très-difficile de remédier, peut venir de trois causes : 1° d'une fausse idée que l'on se forme de Dieu, do sa justice, de sa conduite envers ses créatures. Il se trouve quelquefois des moralistes atrabilaires qui, loin de nous porter à espérer en Dieu et à l'aimer, semblent n'avoir d'autre dessein que de nous le faire craindro. S'ils avaient plus d'expérience, ils sauraient que la crainte excessive décourage , dégoûte du service de Dieu, jette souvent une âme dans le désespoir ; 2° d'une timidité naturelle, de la faiblesse d'un e>>prit qui se frappe des vérités de la religion capables d'intimider les pécheurs, et qui ne fait aucune attention aux vérités consolantes destinées à encourager et à consoler les justes ; 3° d'un fonds de mélancolie qui offusque la raison et lui fait voir les objets autrement qu'ils ne sont. C'est une vraie maladie, à laquelle les femmes sont plus sujettes que les hommes. Pour la guérir, il faudrait y apporter les secours de la médecine en même temps que ceux de la religion, procurer à ceux qui en sont atteints, du mouvement, de l'exercice, de la dissipation, de la gaîté. Mais la plupart des personnes qui sont dans ce cas, se trouvent engagées dans un état de vie qui ne leur permet pas ce soulagement.

C'est un inconvénient, sans doute, qui rend la piété pénible et en quelque manière dangereuse à certaines personnes; mais ce n'est pas un juste sujet de la décrier et de la proscrire, de prêcher l'impiété et l'irréligion. Dans tous les genres, il y a des tempéraments sujets à donner dans l'excès ; tel qui porte la dévotion jusqu'au scrupule, pousserait le libertinage jusqu'à l'athéisme, s'il avait le malheur de s'y livrer. C'est l'affaire do ceux qui sont chargés de la conduite des âmes , d'examiner la cause des scrupules dans les différentes personnes, et d'y opposer des réflexions propres à les calmer. On doit leur représenter en général que Dieu n'est point un maître dur, sévère, impitoyable, mais un père, un bienfaiteur, qui nous a mis au monde, non pour nous tourmenter, mais pour nous sauver. S'il avait eu besoin de notre fidélité, de notre amour, de nos services, il nous aurait créés sans doute avec plus de perfections et moins de défauts, il n'aurail

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