‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 8 sur 219 · MAC · texte numérisé non relu

MAC

l'énorme proéminence latérale de l'os des joues, qui étant en même temps aplaties, donnent une expression particulière à la face mongole. Le front est aussi très-déprimé et la mâchoire supérieur» protubérante, de manière à être visible quand on h regarde verticalement.

Entre la variété caucasienne el chacune des deux auties, il y a nue classe intermédiaire possédant à un certain degré les caractères disiinclifs des deux classes extrêmes, et formant une transition entre elles et leur centre. La variété intermédiaire entro les familles caucasienne et nègre est la race malaise, el le chaînon entre les races caucasienne et mongole, c'est la variété américaine.

Outre ces grands et primitifs caractères, il y en a d'autres d'une nature secondaire, mais non moins faciles à distinguer : ils consistent dans le teint, la chevelure el les yeux des différentes races. Les trois familles principales sont distinguées par autant de couleurs différentes. La famille caucasienne a le leinl blanc; la nègre, noir; el la mongole, olive on jaune : les races intermédiaires ont aussi des nuances intermédiaires; les Américains sont cuivrés et les Malais basanés. La couleur des cheveux et de l'iris suit ceile de la peau d'une manière assez évidente. Même dans la race blonde ou ca'jcasieune à laquelle nous appartenons, les personnes d'un teint tiès-biond ou tiès-animé ont toujours les cheveux roux ou de couleur claire, el les yeux bleus ou d'une nuance légère; on a appelé cette clause la variété xantkique (£«v9où,-) de la race blanche. Dans les personnes dont la peau est brune, les cheveux sont invariablement noirs et les yeux (dus foncés. Celte classe de personnes est appelée la variété métallique. Cette conformité de couleur dans les différentes parlies était bien connue des anciens, qui l'observaient exactement dans leurs descriptions des personnes. Ainsi Ausone, dans son idylle sur IJissula, qui appartenait à la première classe, dit en parlant d'elle :

Germana inaneret Ut faciès, oculos cserula, tlava coniisj

et dans un autre passage il lui donne le teint correspondant :

Puniceas conrunde rosas, et lilia misce, «Juique erit ex illis color aeris, ipso sil oris (a).

Horace décr'u de même un jeune homme de la seconde var.élé :

El Lycum nigns oculis, nigroque Criue décorum {b).

D'après ces remarques, vous comprendrez facilement que dans les deux races nègre el mongole, chez lesquelles la peau est foncée , les cheveux doivent être noirs et les yeux foncés. La chevelure aussi, Olitre sa couleur, a un caractère particulier dans chaque race : dans la race blanche elle est llexible, lloitanie, modérément épaisse el douce au toucher; chez le nègre elle est très-épaisse, forte, courte et crépue ; chez le Mongol elle e-t raide, droite et rare. Dans chacune de ces races il s'élève accidentellement une variété qui doit èlre mentionnée et qui parait tenir, au moins dans l'espèce humaine, à un état morbide. Je veux parler des Albinos, ou des personnes chez lesquelles la peau est d'une blancheur éblouissante , les cheveux très-fins et presque sans couleur, cl les yeux rouges. Les yeux ont aussi une extrême sensibilité, et ne peuvent supporter que très-peu de lumière, ce qui a fait supposer au vulgaire que les Albinos voient dans les ténèbres; leur sauté et leur intelligence sont aussi irês-faibles en général. On en trouve dans tous les pays. Dans un village peu éloigné de celle villi;

(«) ïdiill. vu, 9. el Fi nom aimer.

\b) Ud. Mb. i, fl.

Bl

rue

(de Uome) il y a une famille irès-resprctabhi dont

plusieurs enfants appartiennent à celle elasse. Ahdollaliphe, médecin :« n» l »c; plein de sagacité, parle d'un Albinos qu'il ;i vu chez les Copies c nnme d'une curiosité naturelle (a). M. Crawfnrd jette dn discrédit sur la description que Sonnent était faite des papoue de la Nouvelle-Guinée, parce qu'il avait dit que leurs cheveux sont d'un noir brillant ou d'un rouge ardent (6) ; cependant Sonnerai paraît avoir eu en vue quelques Albinos, dont les cheveu*, parmi les nègres, prennent une couleur rnngeàtre. Même en Afrique, parmi les races les |ilus foncées, «elle variété e*t loin d'être rare, et forme naturellement un contraste beaucoup plus frappant par sa blancheur de neige avec le noir d'ébene de ses voisins (c1.

Je passe par-dessus plusieurs autres marques distinciives de ces races humaine-, p:irec qu'edes sont moins importantes : telles sont la direction des dents, la stature ei la forme du corps. Je vais maintenant tracer les limites géographiques de chaque grande lamille.

La caucasienne comprend toutes les nations de l'Europe ( excepté les Lapons, les Finlandais elles Hongrois); les habitants de l'Asie occidentale, en y comprenant l'Arabie, la l'erse, et en remontant aussi haut que l'Uhy, la mer Caspienne et le Gange ; enfin, les peuples du nord de l'Afrique.

La race nègre comprend tout le reste des habitants de celle partie du monde que je viens de nommer.

La race mongole embrasse lotîtes les nations de l'Asie non comprises dans les variétés caucasienne ou malaise, ainsi que les tribus européennes exclues de la première, elles Esquimaux de l'Amérique septentrionale.

La race malaise comprend les naturels de la péninsule «le Malac a, de l'Australie et de la Polynésie, désignés en ethnographie par le nom de tribus des Lapons.

Enfin, la famille américaine renferme tous les aborigènes du nouveau mande, excepté les Esquimaux.

II. Les différentes espèces de race humaine peuventelles descendre d'une seule? Voici, dit Mgr Wiseman, le grand problème à résoudre : Comment les variétés que nous venons de décrire ont-elles surgi dans l'espèce humaine? Est-ce par un changement soudain qui a modilié quelque poition d'une grande, famille, de manière à en former une autre? ou bien devonsnous supposer une dégradation graduelle, comme disent les naturalistes, dégradation en vertu de laquelle quelques nations ou familles ont passé graduellement , par des nuances successives , d'un exirème à l'autre? El dans l'un el l'autre cas, quelle doit êtie la souche originaire? Il laul avouer que l'état présent de la science ne nous autorise pas à décider expressément en faveur de l'une ou de l'autre hypothèse, m à en discuter les dernières conséquences. Mais indépendamment de cela , nous en savons assez pour ne pouvoir plus douter raisonnablement «le la commune origine de toutes les races.

En ellel, après avoir promené nos regards sur loui ce qui a été fait par ce;ie science encore dans l'enfance, nous pouvons dire, je crois, que les points suivants, qui embrassent tous les éléments du problème , ont été résolus d'une manière satisfaisante. Premièrement , il peut s'élever dans une race des

(</) Parmi les merveilles de la nature de ce temps, on doit compter un eufaotoà avec une chevelure blanche qui, loin de ressemblera celle des vieillards, approchait plutôt de la couleur rouge. De Mirabil. Vgypti. Uxou.. 1800, p.

[b) Ubi sup., p. 27.

(c) Voir une description d '•taillée d'un negre blanc du Sénégal, dans la Dtscnp'ion de la Nigritie, par .)/. P. V. P. Auibt., 17S'.t, j,, GO.

P.AC Si

variété'» accidentelles ou iporadiquj», couirm; M J tendant a y produire les caracières d'une autre race; secondement, ces variétés peuvent se perpétuer ; troisièmement, le Climat, la nourriture, la civilisation, etc. , peuvent influer puissamment sur la production de semblables variétés, ou du moins le> rendre fixes, caractéristiques el perpétuelles. Je du que ces points, s'ils NMt prouvés, evnbrasMM tous les é éiuenis du problème , qui esl celui-ci : lies variétés telles que nous eu voyons maintenant d ■ rts la race humaine peuveut-elles è:re sortie» d'une souche unique? En effet, si nous démontrons ces tro.s points, nous renverserons la hase sur laquelle s'appuient les adversaires de la révélation pour nier l'unité d'origine qu'elle enseigne. Et d'ailleurs , tout vrai philosophe préférera . si elle esl inattaquable , l'hypothèse la plus simple à la plus complexe. Eu traitant ces différents points, il sera près pie impossible de les tenir complètement isolés . surtout les deux premiers; mais il n'y aura, j'espère, :.ucun inconvénient à les réunir ensemble.

• Avant d'aborder directement celte recherche , disons que les écrivains qui ont traité de MO science, ont en gênerai prépar: le terrain , en examinant les lois que la nature a suivies dan- les rang; inférieurs de la création. Pour co;;. r , pu-

exemple , par les plantes , toutes tes observations nous conduisent de plus en plus à celle conclusion que chaque espèce prend su» origine de quelque centre commun, d'où elle a é>é graduellement propagée. Les observations faites par Uuinboldt el Benpland dans l'Amérique méridionale, par Pursh aux Eials-Unis , et par Brown à la Nouve le II dlande , ont fourni à De Candolle des matériaux suffisants pour tenter avec succès une distribution géographique des plantes, en montrant le centre d'eu ihicune est probablement pi lie. Il a étiuaiéré une vingtaine de provinces botaniques , comme il dit, habitées par des plantes indigènes o i aborigènes. Il n'est donc pas étonnant que, quand l'Amérique a été découverte, on n'y ail pas trouvé une seule plante connue dans l'ancien monde , excepté celles dont les semences avaient pu être transportées à travers les eaux de l'Océan. Aux Etats-Unis, sur 2,841 espèces de plantes, 335 seulement se retrouvent dans le nord de l'Europe, et sur 4,100 espèces découvertes à la Nouvelle- Hollande, l'JO seulement tout communes à nos contrées; el de celles-ci, plusieurs ont été plantées par les colons (a). Ceci IVit voir d'un coup d'œil combien la nature tend à la simplicité et à l'unité dans l'origine des choses; tandis que les variétés qui surgissent dans le monde végétal . sous l'influence des circonstances extérieures , démontrent l'existence d'une influence modifiante , dont l'aclion est continuelle. Mais l'analogie entre les animaux cl l'homme e:>t plus étroite et plus applicable. L'organisation physique de ces deux classes d'êtres animés esl tellement semblable , les lois par lesquelles leurs individus et leurs races se conservent sont tellement identiques, leurs sujétions aux influences morbides, à l'action des causes naturelles, el, sous les différents noms de domesticité el de civilisation, à l'influence des combinaisons artificielles, sont tellement analogues, que nous avons presque le droit de conclure des modifications actuelles de l'une , aux modifications possibles do l'autre.

Or il esl certain , il est évident que les animaux reconnus pour être d'une seule espèce se divisent dans des circonstance j particulières en variétés aussi distinctes que celles de l'espèce humaine. Par exemple, quant à la forme du ciàue, ceux du matin el de

(«) Voir l'excellent chapitre de Lyell sur ce sujet, vol. Il, p. 66, et Prichard, vol. I. c. 2, sert. 2 , p. 23. Pour ies points de ressemblance dans l'organisaliou des plantes et îles animaux, \oir la dissertation du Camper sur ce sujet. Oraïwdc Anatojia inler animalia ctslirpes. Gottiug., 1761.

33 KAC

la levreuc italienne diffèrent beaucoup plus entra eus que ceux de l'Européen et du nègre : ci cependant tout critérium de l'espèce devra comprendre les deux extrêmes entre lesquels u:ie chaîne de gradations intermédiaires peut être clairement établie Le ciàne du sanglier, selon l'observation de Blumenbach, ne diffère pas moins de celui du cochon domèstique, son descendant indubitable, que ceux île deux races humaines ne diffèrent l'un de l'autre (a). Oins chaque espèce d'animaux domestiques, on trouvera des variétés aussi frappantes.

Les changements dans la couleur et dans la forme des p ils ne sonl ni moins ordinaires ni moins remarquables. Selon Beckman, dans la Guinée, toutes les volailles cl ions les chiens sonl aussi noirs que les habitants {b). Le bœuf de la campagne de Home est invariablement gris, tandis que dans quelques autres parties de l'Italie, il est généralement roux : les cochons et les m nions sont presque tous noirs ici, tandis qu'en Angleterre le blanc est leur couleur prédominante. En Corse, les chevaux, les chiens et les autres animaux deviennent agréablement tachetés ci le chien de trait , comme on l'appelle , appartient à ce pays. Plusieurs écrivains ont attribué à certaines rivières la propriété de donner une couleur an bétail qui vit sur ieurs bords. Ainsi Vilruve observe que les rivières de liéotie et le Xanthe, près de Troie, donnaient une couleur jaune aux troupeaux, d'où le Xanthe a pris son nom (c). M. Stewarl Kots , dans ses Lelii\s sur le nord de l'Italie, dit que l'on attribue encore aujourd'hui au l'ô une .semblable propriété (d). El plusieurs de vous se rappelleront probablement ici les blancs troupeaux du beau Clitumnus décrits par le poëie :

Bine albi, Clitumne, grèves, et maxima taurus Yiciiina, sœpe luo peitusi Quinine saero Bomaaos ad templu deum duxere triumphos (e)

La forme du poil subit des changements analogues. Toutes les tentatives pour obtenir de la laine dans les Indes occidentales ont échoué, je crois, pree que les troupeaux que l'on y transporte perdent entièrement leur laine et ;-e couvrent de pi. ils (/'). Il eu arrive de même dans d'autres climats eliands. En Guinée les moutons , dit Smith , vnl si peu de ressemblance avec ceux d'Europe, qu'un étranger, à moins ce tes entendre bêler, pourrait à peine dire à quelle espèce ils appartiennent ; car ils Dont couverts seulement d'un poil brun-clair ou noir comme des cliiens. Aussi un écrivain d'imagination observait- il que, là te monde semble renversé, car Ls moutons ont du poil et les hommes ont de la laine (y). Lu semblable phénomène a lieu autour d'Angora, où presque luus les animaux, moulons, chèvres, la-

(a) Op. cit. p. 80.

it>) Voyage to and front Bornéo, Loudon , 1718, p. 14.

(c) Swu emm Beotiœ {lamina Cepliysus cl Mêlas, Leuca-

uke Lrulltis, Irojœ Xanli.us. etc Cuin pecora suis tempo-

ticu-i un» paranlur ad conceptiotiem poilus, per id tein >u$ adiifUiilur eo quo.idie polum, ex eoque , quamvis sint alba, provi eunl ulus locis teucuphœa, aliis putla, alits corucino colore. Itfilur quonïam in ïrojwds pi oxime [lumen armenta riifn, et pecora leucopltœa ntscuniur, idco td (lumen llienscs lanllium appe.luvn.se aicutVur. Archiieci. I. wii,c. 111, i . 102, odit. Lie Lact. Ain^t., 1649. Aux notes sur ce passage est ajoutée en conlirinaiiua l'autorité de Pline, Tliéopuraste, Miabou et autres; quelques-unes soûl évidemment U«s unies. Aris>ute, ae tlisloria animal. ,1. in, donne la thème éltjinologie de la rivii re Xanthe.

(d) Litres du nord d.- l'Italie. Lond., 1819, vol. I, p. 23. L liée des indigènes esl que << n n-seulemenl les hètes du paya sont b auches (ou pour nailer plus exactement, coule, r de cr- me), mata que meuie li s bœub étrangers re- Vêteut Ij même livrée eu buvant les eaux du l'ô. »

(>-) \ irgd. Géorgiquet, n, lits.

(/' ) !'i idian!, i!>. p. ri i.

\g\ s.i.nii. New voyage to Gvinea. Lond , 171:;, p. 1 17 .Y' i d collection o\ vdyàges and trave's, vol. Il, Lond., 1715, p 711.

Page 1