‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 83 sur 219 · SEC · texte numérisé non relu

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renl la témérité de publier leurs explications et de vouloir les introduire dans l'Eglise, c'est ce que firent Praxéas, Théodote, Hcrmogène, Arténion ; les autres, plus réservés, se bornèrent à enseigner au peuple les dogmes du christianisme simplement tels qu'ils sont dans l'Ecriture, et jugèrent qu'il ne fallait en confier l'explication subtile et philosophique qu'à ceu\ qui étaient plus intelligents et d'une fidélité à l'épreuve. De là est née, continue Mosheim, celte théologie mystérieuse et sublime des anciens chrétiens, que nous appelons la discipline du secret, que Clément d'Alexandrie nomme gnose ou connaissance, et qui n'est différente que par le nom de la théologie mystique.

Selon lui, Clément d'Alexandrie est le premier qui mit en vogue cette prétendue science; il l'avait reçue du juif Philon, et il la transmit à Origène son disciple. Elle consistait en explications philosophiques des dogmes du christianisme, touchant la Trinité, l'âme humaine, le monde, la résurrection future des corps, la nalurc de Jésus- Christ, la vie éternelle, etc., et eu interprétations allégoriques et mystiques de l'Ecriture sainte, qui pouvaient servir à ces mêmes explications. Ce que prétend Clément d'Alexandrie, savoir, que Jésus-Christ luimême avait communiqué celte science secrète à saint Jacques, à saint Pierre, à saint Jean et à saint Paul, et qu'elle venait d'eux par tradition, est une fable ; mais les docleurs chrétiens , imbus de la philosophie égyptienne et platonicienne, ne se faisaient point de scrupule de forger ces sortes de contes pour faire valoir leurs opinions.

N'est-ce point Mosheim lui-même qui forge un roman pour décrier les Pères de l'Eglise? Nous allons le voir.

1° Voici dans le fond à quoi se réduit tout le système de Clément d'Alexandrie : à prétendre que toute vérité n'est pas bonne à dire à tout le monde ; que les docteurs de l'Eglise doivent en savoir davantage que les simples fidèles ; qu'une manière d'enseigner mystérieuse et allégorique excite davantage la curiosité et l'attention des auditeurs, et leur inspire plus d'attention pour la vérité. Il le soutient ainsi, Stroin., I. v, c. k cl 10, parce que telle a été la méthode, non-seulement des philosophes Grecs et des barbares ou des Orientaux, mais encore des prophètes, de Jésus-Christ et des apôtres. Il le prouve par plusieurs passages de l'Ancien Testament, des Evangiles et des Epîlrcs de saint Piul ; avant de lui faire un crime de celle opinion, il faut en montrer la fausseté, faire voir qu'il n'y a point d'allégories dans les prophètes, point de paraboles dans l<-s Evangiles , point d'explication mystique dans saint Paul ; il faut prendre à partie Jésus Christ lui-même, qui dit à ses apô- Ircs : H vous est donné de connaître les mystères du royaume de Dieu, et aux antres de hs concevoir en paraboles [Luc. vin, 10; Muttli. xiv). J'ai encore beaucoup de choses à vous ilire,.mais vous ne pouvez pas les supporter à présent [Joan. xvi, il). Il faul blâ-

Dh;t. de Tiii';ol. docuatiqi f. IV.

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mer saint Paul, qui dit aux Corinthiens qu'il leur a donné d'abord du lait et non une nourriture solide, qui veut qu'un évoque soit le docteur des fidèles, par conséquent plus instruit qu'eux, etc.

2° Il est absurde de comparer en quelque chose les opinions et la conduite des hérésiarques avec celle des Pères de l'Eglise ; les premiers ont puisé des erreurs chez les philosophes, et ils les oui enseignées comme des vérités ; les Pères se sont élevés contre eux et les ont réfutés. De quel front peuton supposer que ces derniers ont pensé intérieurement comme les hérétiques, mais qu'ils ont été plus dissimulés ; qu'ils ont réservé pour eux et pour un petit nombre do disciples affidés la doctrine erronée qu'ils ont prise chez les philosophes? Une accusation aussi grave demanderait des preuves démonstratives; Mosheim n'en donne aucune qui ne se tourne contre lui. En effet, il prétend que Clément d'Alexandrie, Strom., I. v, c. 14, p. 710, explique le mystère do la sainte Trinité de manière à le concilier avec les (rois natures ou hypostases que Platon, Parménidcs et d'autres ont admises en Dieu ; qu'il en agit de même louchant la destruction future du monde par le feu, el la résurrection future des corps. Ce sont là trois impostures. Dans tout ce chapitre, Clément d'Alexandrie se propose de montrer que les philosophes ont dérobé dans nos livres saints les différentes vérités qui se trouvent éparses dans leurs ouvrages ; entre une infinité d'exemples qu'il en apporte, il cite ce que Platon a dit de trois êtres en Dieu, qu'il appelle le premier, le second et le troisième; ce qu'il a dit de la résurrection de quelques personnages et de la destruction future de toutes choses par le feu. Mais loin de prendre dans Platon ou ailleurs l'explication de ces dogmes, il soutient en général que les philosophes qui ont pris des vérités dans nos livres saints, les ont mal entendues, et n'en ont vu, pour ainsi dire, que l'écorec , parce que l'on ne peut en avoir la véritable intelligence que par la foi.

Déjà il l'avait ainsi soutenu dans son Exhortation aux Gentils, c. 6 et 8, el il le répèle, Strom., I. vi. 11 dit, c. 5, que les plus sages des Grecs n'ont eu de Dieu qu'une connaissance très-imparfaite, parce qu'ils n'ont pas reçu la doctrine de son Fils ; c. 7, que c'est par lui et par les prophètes que Dieu nous a donné la sagesse, la gnose ou la connaissance solide des choses divines et humaines ; c. 8, que la philosophie est à la vérité une connaissance qui vient de Dieu, mais qu'en comparaison de la lumière de l'Evangile, saint Paul en a fait pou de cas ; qu'il ne veut point que celui qui a reçu la vraie gnose par les leçons et la tradition de Jésus-Christ données aux apôtres, ait encore recours à la philosophie, qui n'est qu'une connaissance élémentaire ; c. 18, il dit qu'un vrai gnostique ne touche qu'en passant à la philosophie, et qu'il cherche à s'elerer plus haut, c'est-à-dire à la doctrine

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chrétienne qui est la source de toute sagesse, etc. Comment donc ce Père aurait-il voulu prendre dans les philosophes l'inlellipence et l'explication des dogmes du christianisme ? Dans ce qu'il a cité de Platon, Strom., I. v, ch. lk, p. 710, il n'y a pas un mot d'explication. « Lorsque ce philosophe, «lit-il, parle ainsi : Toutes choses sont près du Maître de l'univers ; tout est pour lui, il est le principe de tous les biens ; mais les choses qui sont du second ordre sont, auprès du second, et celles qui sont du troisième ordre sont près du troisième ; je ne puis entendre ce discours que de la sainte Trinité. J'enlends donc par ce qu'il appelle le troisième, le Saint-Esprit, et par ce qu'il nomme le second, le Fils par lequel toutes choses ont été faites selon la volonté du Père. » Clément d'Alexandrie, sans autre explication, passe à ce que Pla'on a dit de la résurrection de Zoroaslre, et ensuite de l'embrasement futur du monde. Est-ce là expliquer la sainte Trinité selon les idées de Platon ? C'est simplement appliquer à un objet connu par la foi, le discours très-obscur d'un philosophe.

3" Une autre imagination ridicule de Mosbeim est de penser que les interprétations allégoriques de l'Ecriture sainte sont une partie de la doctrine secrète des Pères. Rien de moins secret que celte méthode de l'enlendrc. Non-seulement Clément d'Alexandrie a rempli ses livres des S tr ornâtes de ces sortes d'interprétations, miis Origène les a prodiguées dans ses Homélies, qui étaient des discours faits pour le peuple; tous nos critiques le lui ont reproché cent fois. Ce n'était donc pas là un mystère ou une doctrine secrète.

k° Mosheim a encore rêvé, quand il a jugé que Clément d'Alexandrie avait reçu celle doctrine de Philon ; Ciément n'allègue ni l'exemple ni l'autorité de ce juif. Certainement il n'en avait pas reçu l'intelligence des dogmes du christianisme auxquels les Juifs ne croient pas, ni le sens des prophéties qui prouvent conlre eux la venue du Messie. Il nous apprend qu'il avait eu d'abord deux maîtres, l'un dans la Grèce, l'autre en Sicile ; qu'en Orient il en avait eu deux autres, l'un Assyrien, l'autre Hébreu, né dans la Palestine ; que tous deux gardaient fidèlement la tradition et la doctrine que les apôtres Pierre, Jacques, Jean et Paul avaient reçue de Jésus-Christ, Strom., I. i, c. i, p. 322. Rien de tout cela ne peut être appliqué à Philon.

5° Clément d'Alexandrie a nommé par préférence les quatre apôtres desquels nous avons les écrits , mais il n'a pas rêvé que Jésus-Christ avait donné à ces quatre une doctrine secrète qu'il n'avait pas enseignée aux autres apôtres, ni aux soixante et douze disciples. Jésus -Christ avait dit à tous : Il tous est donné de connaître les mystères du royaume de Dieu ; je vous ai fnt connaître tout ce que j'ai appris de mon Père; l'Esprit consolateur vous enseignera toute vérité, elc. Clément n'a pas pu l'ignorer , et il n'a pas ccu'ume de contredire l'Ecriture sainte. 11

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n'y a donc ni fable ni imposture dans ce qu'il dit. Mais les protestants ne lui pardonneront jamais d'avoir enseigné que la véritable intelligence des mystères du christianisme était donnée aux fidèles , non-seulement par l'Ecriture sainte, mais par la tradition; il a fallu défigurer sa doctrine, afin de décréditer son témoignage.

6° Quant à la théologie mystique , nous ferons voir en son lieu qu'elle ne consiste ni en explications philosophiques de nos mystères , ni en interprétations allégoriques de l'Ecriture sainte; qu'elle est par conséquent fort différente de la science secrète dont Mosheim attribue l'usage à Clément d'Alexandrie.

Une autre question est de savoir si l'usage de> oraisons secrètes, ou la coutume de réciter à basse voix le canon de la messe et quelques autres prières, comme on le fait aujourd'hui , est une pratique ancienne, ou si autrefois l'on récitait tout à haute voix , de manière que les assistants pussent entendre et répondre au prêtre. Dom de Vert avait avancé celle dernière opinion ; mais M. Languet a soutenu conlre lui l'antiquité de l'usage actuel, par divers monuments du iv* siècle , l'Esprit de l'Eglise dans l'usage des cérém., § 41. Le P. Lebrun, dans son Explic. des cérém. de la messe , lom. VIII, a fait une dissertation pour prouver la même chose , et il répond en détail à toutes les objections que l'on a faites conlre la discipline actuelle. Ceux qui ne veulent pas s'y conformer, semblent se rapprocher des protestants , et s'ils étaient les maîtres , peulêlre décideraient - ils comme eux qu'il faut célébrer la messe en langue vulgaire , et que les simples fidèles consacrent l'Eucharistie avec le prêtre. Le concile de Trenle a proscrit ce fanatisme ; il a dit analhème à ceux qui osent blâmer la coutume établie dans l'Eglise romaine , de prononcer à basse voix une partie du canon et les paroles de la consécration. Scss. 21, can. 9.

SECTE. Voy. Schisme , Hérésie.

SÉCUNDIENS. Voy. Valentiniexs.

SÉDUCTEUR. Voy. Imposteur.

SÉGARÉL1ENS. Voy. Apostoliques.

SEIGNEUR. Ce mol qni, dans l'origine, signifie celui qui est élevé au - dessus des autres, est rendu en hébreu pnrAdon, en grec par Kûpio? , en latin par Dominus ; il convient à Dieu par excellence; mais, dans l'Ecriture sainte, il est aussi donné aux anges, aux rois, aux grands, au souverain sacrificateur, aux maîtres par leurs serviteurs , aux maris par leurs épouses , et en général à tous ceux à qui l'on veut témoigner du respect. Nous ne voyons point que les Grecs ni les Latins aient donné à aucun de leurs dieux le titre de seigneur, parce qu'ils n'accordaient à aucun le souverain domaine sur toutes choses; les Hébreux, mieux instruits , qui n'admettaient qu'un seul Dieu créateur et souverain maître de l'univers, lui ont donné ce litre auguste avec raison. Mais ils en avaient un autre plus sacré, qui n'est jamais donné à aucune créa-

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