S EU
iïO
lnr«»j c'est le nom Jéhovnh , celui qui e<t l'Etre |»:ir excellence, ou qui existe tic soimême. Yoif. Jkiiovaii.
SEIN. Ce mot dans l'Ecriture a plusieurs significations. H se prend pour la partie dn corps renfermée dans l'enceinte des bras ; de là sont venues différentes expressions : tenir la main dans son sein , c'est ne point agir, et c'est l'attitude ordinaire des gens oisifs ; porter dans son sein, c'est aimer tendrement, comme font les mères et les nourrices ; Vépouse du sein est l'épouse légitime ; dormir dans le sdn de qwlgu'un , c'est dormir auprès de lui. Il est dit, Luc. , cap. xvi, v. 22, que Lazare fut porté clans le sein d'Abraham, et Joan. , c. x:n, t. 23, que l'apôtre bien-aimé reposait sur le sein de Jésus pendant la cène. Pour entendre ces façons de parler, il faut savoir que les anciens prenaient leurs repas, couchés sur des lits, la tète tourné11 vers la table, et appuyés sur le coude gauche; ainsi , pendant là dernière cèue , saint Jean , qui était au-dessous de Jésus, avait la tête près de lui et comme dans son sein. D'ailleurs la béatitude éternelle est souvent représentée dans l'Evangile comme un festin dont les anciens patriarches sont les convives; ainsi, dire que Lazare fut porté dans le sein d'Abraham, c'est exprimer qu'il fut admis au festin des bienheureux, et placé à côté d'Abraham.
Sinus en latin signifie aussi le repli du pan d'une robe. Comme les anciens portaient de longues robes, pour tirer au sort , ils mctlaient les billets dans un des pans qu'ils repliaient; de là il est dit, Prov., c. xvi, v. 33, que l'on met les sorts dans le pan de la robe , in sinum , mais que c'est Dieu qui les arrange. Excutere sinum suumt secouer le pan de sa robe est une marqua d'horreur pour quelque chose ; abscondrre ignem in sinu, cacher du feu dans le pan de sa robe , c'est nourrir secrètement des sentiments de vengeance.
SÉLEUCIENS. Voy. HERdouÉNtEffs.
SEMAINE, espace de sept jours qui recommencent successivement; ce mot est la traduction du latin septimana, du grec êSîojiaf,de l'hébreu scliabah. Ainsi celte mauière de compter par sept jours , et de chômer le septième, a été commune à presque tous les peuples, elle est de la plus haute antiquité, et c'est un monument de la création. Dans l'histoire que Moïse en a faite , il est dit que Dieu lit le monde en six jours , qu'il bénit le septième cl le sanctifia , parce qu'il cessa ce jour-là de faire de nouveaux ouvrages, Gen., c. ii , v. 3. Après le déluge, Noé attendit sept jours avant de sortir de l'arche, les noces de Jacob durèrent sept jours et ses funérailles de même, Gen., c. vm, v. 10 et 12; c. xx;x, v. 27 ; c. l , v. 10. Avant la sortie d'Egypte, Dieu commauda aux Israélkes de célébrer la fête de Pâques pendant sept jours, Exml.y c. xxii, v. 15. La même chose se I iisai! dans la plupart des solennités des Juifs ; c'est ce qui rendit sacré parmi eux le nombre septénaire. Voy. Sept, Sabbat. L'usjg'i de compter par semaines a régné eh ci
les anciens Chinois , chez les Indiens , les Perses , les Chaldéens, les Egyptiens , môme chez les peuples du Nord, et on l'a retrouvé chez les Péruviens , Histoire du Calendrier , par M. de Gébelin , page 81 ; Histoire de l'ancienne astronomie, [.'clairets., § 17, p. 40S. Plusieurs savants ont voulu rapporter cet usage aux phases de la lune et an nombredes planèles; mais, puisqu'il a eu lieu chez des peuples qui n'avaient aucune connaissance de l'astronomie ni des sept planètes . il doit avoir eu une autre origine, et l'on ne peut en imaginer une plus vraie que celle qui nous est indiquée par l'histoire de la création. Malheureusement elle a été oubliée chez les nations qui ont perdu de vue la tradition primitive; elles en ont conservé l'usage, sans connaître le dogme essentiel auquel il fait allusion; mais Dieu a eu soin de le conserver chez les patriarches et chez les Juifs leurs descendants, parce que le dogme d'un seul Dieu créateur a toujours été la base de la vraie religion.
SEMAINES DE DANIEL. Voy. Daniel et Sabbatique.
SEMAINE SAINTIî. On appelle ainsi la semaine qui commence au dimanche des Rameaux , et qui précède immédiatement la fête de Pâques; on l'appelle aussi la grande semaine , à cause des grands mystères que l'on y célèbre. Il est incontestable que., dès le temps des apôtres , celte semaine a été consacrée à honorer les mystères de la pa-sion , de la mort et de la sépulture de Jésus - Christ, à les retracer aux yeux et à l'esprit des fidèles par les offices que l'on y chante et par les cérémonies que l'on y observe. Dans l'Eglise primitive on y pratiquait un jeûne plus rigoureux que pendant le reste du carême; on s'y imposait la xérophagie , c'est à-dire que l'on ne mangeait que des fruits secs; on s'abstenait des plaisirs les plus innocents, même du baiser de paix que les fidèles se donnaient à l'église; tout travail était défendu , les tribunaux étaient formés, on délivrait les prisonniers , on pratiquait des mortifications et d'autres bonnes œuvres; les princes mêmes et les empereurs en donnaient l'exemple.
Saint Jean Chrysoslome nous fait ce détail dans une homélie qu'il a composée sur ce sujet. Op., t. V, pag. 525. « Nous appelons , dit-il , ces jours la grande semaine , à cause des grandes choses que Noire Seigneur y a faites. Il a fait cesser la longue tyrannie du démon, il a détruit la mort, lié le fort armé, enlevé ses dépouilles, effacé le péché, aboli la malédiction ; il a ouvert le paradis et l'entrée du ciel, réuni les homm s tkux anges, démoli le mur de séparation, déchiré le voile du sanctuaire; le Dieu de paix l'a
rétablie entre le ci.'l et la terre C'est
pour cela que les fidèles redoublent leur attention; les uns augmentent leur jeûne, les autres prolongent leurs veilles , multiplient leurs aumônes, s'occupent de bonnes œuvre* et de pratiques de piété, pour témoigner à Dieu leur reconnaissance du gran t bienfait qu'il a daigné nous accorder Ce
SEM
SEM
n est pas une seule ville qui va au-devant de Jésus-Christ , comme après la résurrection de Lazare, mais, dans le inonde entier, de nombreuses Eglises se présentent à lui , non avec des palmes, mais avec des œuvres de charité, d'humanité, décourage, avec des jeûnes, des larmes, des prières, des veilles et des pratiques de piété. Nos empereurs mémeshonorent exactement ces saints jours; ils font cesser les affaires publiques, afin que leurs sujets , libres de tout autre soin , «se pensent qu'au culte du Seigneur. Que l'on cesse, disent-ils, les occupalions du barreau, les procès , les disputes , la vengeance publique, les supplices. Les souffrances el les grâces du Sauveur sont pour tous ; que ses serviteurs fassent aussi du bien à leurs frères. On délivre les prisonniers. De même que notre Sauveur descendant aux enfers a mis en liberté tous ceux que la mort retenait captifs, ainsi ses serviteurs , selon la mesure de leur pouvoir, et pour imiter sa miséricorde, brisent les chaînes corporelles des coupables , ne pouvant les délivrer de leurs liens spirituels. » Bingham , Orig, ecdss. , 1. il , c. 1 , § 21 ; Thomassin, Traité des Fêtes , I. n . c. 14.
SEM1-AIUENS. Voy. Ariens.
SEMIDULITIÏS. Voy. Barsaniens.
' SEMI - PÉLAG1AN1SME , système sur la grâce et la prédestination , peu différent de celui de Pelage , et qui fut embrassé par plusieurs théologiens gaulois au commencement du ve siècle ; ils furent réfutés par saint Augustin aussi bien que les pélagiens, et condamnés dans le siècle suivant par le il' concile d'Orange, l'an 529.
On attribue les premières semences du semi-pélagianisme à Gassien , moine célèbre qui avait passé une partie do sa vie parmi les solitaires de la Thébaïde , qui avait ensuite été fait diacre de l'église de Constantinople par saint Jean Ghrysostome, el élevé à la préirise dans celle de Rome. Il était venu demeurer à Marseille, où il bâtit deux monastères , l'un pour les hommes, l'autre pour les femmes. Devenu abbé de celui de Saint-Victor, il se fil une grande répuiation par sa vertu- En écrivant ses Conférences spirituelles pour l'instruction de ses moines, vers l'an 42b' , il enseigna dans la treizième que l'homme peut avoir de soi-même un commencement de foi et un désir de se convertir ; que le bien que no is faisons ne dépend pas moins de notre libre arbitre que de la grâce de Jésus-Christ ; qu'à la vérité celte grâce est gratuite en ce que nous ne la méritons pas en rigueur; que cependant Dieu la donne , non arbitrairement par sa puissance souveraine, mais selon la mesure de foi qu'il trouve dans l'homme, ou qu'il y a mise lui-même ; qu'il y a dans plusieurs une foi que Dieu n'y a pas mise , comme il parait, dit-il, par celle que Jésus-Christ a louée dans le centurion de l'Evangile.
Gassien ne niait pas, comme Pelage, l'existence du péché originel dans tous les hommes, ni ses effets qui sont la concupiscence, la condamnation à la mort, la privation du
droit à la béatitude éternelle; il n'enseignait pas, comme cel hérétique, que la nature humaine esl encore aussi saine qu'elle l'était dans Adam innocent; que l'homme peut, sans le secours d'une grâce intérieure, fairr* toutes sortes de bonnes œuvres , s'élever au plus haul degré de perfection, et consommer ainsi par ses forces naturelles l'ouvrage de son salut. Mais il soutenait que le péché d'origine n'a point tellement affaibli l'homme, qu'il ne puisse désirer naturellement d'avoir la foi, de sortir du péché, de recouvrer la justice ; que, quand il est dans ces bonnes dispositions , Dieu les récompense par le don de la grâce ; ainsi, selon lui, le commencement du salut vient de l'homme et non de Dieu. Il ne prétendait pas, comme Pelage, qu'une grâce intérieure prévenante détruirait le libre arbitre.
Sa doctrine fut reçue avec empressement par plusieurs membres du clergé de Marseille , qui ne pouvaient pas goûter la rigueur des sentiments de saint Augustin touchant la grâce et la prédestination ; aussi les semi - pélagiens sont souvent appelés Massilienses, les Marseillais. Saint Prosper et un autre laïque nommé Hilaire , alarmés des progrès que faisaient ces restes de pélagianisme , en écrivirent à saint Augustin, el le prièrent de les réfuter. C'est ce que fit le saint docteur dans ses deux livres de la Prédestination des saints et du Don de la persévérance. Ainsi, pour savoir au juste en quoi consistaient les erreurs de Cassien et de ses partisans, il faut comparer les lettres de Prosper et d'Hilaire à saint Augustin, avec les réponses qu'il y a faites dans ces deux livres. Gela est d'autant plus nécessaire, que certains théologiens , prétendus disciples de saint Augustin , ne manquent jamais d'accuser de semi-pélagianisme quiconque ne pense pas comme eux.
1° Les semi- pélagiens soutenaient que, malgré le péché originel, l'homme a autant de pouvo r de faire le bien que de faire le mal ; qu'il se détermine avec autant de facilité à l'un qu'à l'autre. Lettre de saint Prosper , 125e, entre celles de saint Augustin , ni. C'est en cela même que les pélagiens faisaient consister le libre arbitre. Saint Augustin, Opus imprrfectum , lib. m, n. 109 cl 117. Dans ces deux livres, le saint docteur ne s'attache point directement à combattre celte notion de la liberté humaine , mais il l'avait réfutée dans ses ouvrages précédents ; il y avait fait voir que , par le péchéd'Adam, nous avons perdu cette grande et heureuse liberté, cel équilibre prétendu do notre volonté entre le bien et le mal ; que, par la concupiscence, nous sommes entraînés au mal et non au bien; que , pour rétablir en nous une égalité de pouvoir entre l'un et l'autre, il faut l'impulsion de la grâce. 11 réfute de nouveau cette notion pélagiennc de la liberté, Op. imperf. , ibid. Elle était détruite d'ailleurs par le dogme capital que saint Augustin avait établi dans tous ses ouvrages ; savoir , que , pour tout bon désir, comme pour toute bonne action,
SEM
SLM
nous avons besoin d'une grâce intérieure prévenante ; or , il ne sérail pas nécessaire que la grâce prévint notre volonté , si nous avions nature lcment autant de pouvoir pour faire le bien que pour faire le mal. Yoy. Liuerté.
2° Selon les Sf mi-pélagiens, l'homme, par ses forces naturelles, par ses pieux désirs , par ses prières , pi ut mériter la grâce de la foi et de la justification ; quiconque s'y dispose ainsi , l'obtient pour récompense de sa bonne volonié : d'où il s'ensuit que le commencement du salut vient de l'homme, et non de Dieu ; S. Prosp., n. 4 et 9 ; Lettre d'Uiluire, 126e, n. 2 et 3. Saint Augustin réfute cette doctrine, de Prœdest. Sanct., c. 2, n. 3 et suiv. Il prouve par l'Ecriture et par les Pères que le commencement de la foi vient de Dieu, et que la grâce de la foi est gratuite comme toute autre grâce , vérité capitale qui détruit tout le système de Cassien et de ses adhérents.
On ne conçoit pas de quel front Jansénius a osé dire dans sa 4' proposition condamnée: Les semi-pélagiens admettaient la nécessi é de la grâce intérieure prévenante pour toute bonne action , même pour le commencement de la foi ; mais Ut étaient hérétiques, en ce quils disa ent que celte grâce était telle que l'homme pouvait y résister ou y consentir.
3" Ils disaient que Dieu veut sauver tous les hommes indifféremment, que Jésus-Christ est mort poar tous également ; qu'ainsi le salut et la vie éternelle sont offerts à tous, accordes à ceux qui s'y disposent, refusés seulement à ceux qui n'en veulent pas.
S* Prosp., n. 4, 6, 7 ; Hilaire, n. 7. Saint Augustin ne s'arrête point à ce chef; il avait suffisamment expliqué dans ses autres ouvrages en quel sens Dieu veut sauver tous les hommes. Il ne le veut pas indifféremment, puisqu'il y a des hommes auxquels il fait plus de grâces, auxquels ils accorde des moyens de salut plus puissants, plus prochains, plus abondants qu'aux autres. L. iv, contra Julian., c. 8, n. 42 et 44. Jésus-Christ n'< si pas mort pour tous également, puisque les uns reçoivent plus de fruits de sa m ri que les autres. On voit encore ici la mauvaise foi de Jansénius, qui a taxé de semipélagianisme ceux qui disent que Jésus- Christ est mort pour tous les hommes; il fillait ajouter ég dément et indifféremment. Yoij. Rédemption, Sauveur.
Il est faux que le salut ne soit offert et accordé qu'à ceux qui s'y disposent, puisque c'est Dieu même qui donne ces dispositions. Souvent sa miséricorde converlit des âmes iqui, loi u de s'y disposer, se révoltent contre /lui ; témoin saint Paul, changé de persécuteur en apôtre, lib. de Gral. cl lib. Arb.f cap. 3, n. 12.
4' Les semi-pélagiens prétendaient que toute la différence entre les élus et les réprouvés vient de leurs dispositions naturelles; que Dieu prédestine à la foi et au salut ceux dont il prévoit les bons désirs, la bonne volonté, l'obéissance; qu'il réprouve ceux
dont il prévoit la résistance; S. Prosp., n. 3; Hilaire, n. 2. Saint Augustin prouve au contraire que la différence vient de ce quo Dieu appelle les uns par miséricorde, et laisse les autres par justice, sans les appeler; de Prœdest. sanct., c. 6, n. ll;c. 8, n. 14. Mais il ne faut pas oublier ce que le saint docteur a enseigné ailleurs, savoir , que ceux qui ne croient point et ne viennent point, résistent à la vocation de Dieu et à sa volonté , et méprisent la miséricorde de Dieu dans ses dons, de Spir. et Litt., c. 33, n. 58; c. 34, n. 60. Ils sont donc appelés, mais non de la manière la plus propre à vaincre leur résistance, lib. i, ad Simplic, q. 2, n. 13; vocation que saint Augustin nomme ailleurs secundum proposilwn. Mais, si la vocation, telle qu'ils la reçoivent , ne leur donnait pas un vrai pouvoir d'obéir, elle ne serait pas sincère; or, soupçonner Dieu de manquer de sincérité, ce serait un blasphème.
5° Ces mêmes raisonneurs concluaient que Dieu fait annoncer l'Evangile aux peuples dont il prévoit la do ililé, et non à ceux dont il prévoit l'incrédulité : S. Prosp., n. 5; If luire, n. 3; ils prétendaient que saint Augustin l'avait ainsi enseigne lui-même, Expos, quarumd. q. Ep. ad. Iiomanos, prop. 60; Epist. 102, ad Deogratias, q. 2, n. 4. C'est une erreur, répond le saint docteur; Jésus-Christ assure dans l'Evangile que si les Tyrieus et les Sidoniens avaient été témoins des miracles quM opérait dans la Judée, ils auraient fait pénilence. Matth., c. xi, v. 21; Luc, c i, v. 13. Dieu prévoyait donc que ces peuples auraient été plus dociles que les Juifs; cependant l'Evangile était annoncé à ceux-ci, et ne l'était pas à ceux-là ; de Prœdest. sanct., c. 9,. n. 12 et 18; de Dono persev., c. 14, n. 33. Aussi saint Augustin avait corrigé dans ses Rétractations, liv. i, c. 23 , n. 2, les passages desquels les semi-pélagiens voulaient se prévaloir.
6° Quand on leur citait l'exemple des enfants dont l'un reçoit avant de mourir la grâce du baptême, l'autre meurt privé de ce bienfait, sans qu'il y ait eu aucun mérita ni démérite de part ni d'autre, ils disaient, que Dieu accorde au premier la grâce de la justification et du salut, parce qu'il prévoit que cet enfant, s'il parvenait à l'âge mur, serait fidèle; qu'il refuse cette faveur à l'autre, parce qu'il prévoit que si celui-ci grandissait , il serait indocile et rebelle. S.Prosper. n. 5; Hilaire, n.8. Saint Augustin répond que c'est une absurdité ; Dieu serait injuste, s'il jugeait ses créatures, non sur eu qu'elles ont fait, mais sur ce qu'elles auraient fait dans d'autres circonstances, et s'il avait égard à des mérites et à des démérites qui n'existeront jamais, de prœdest. sanct., c. 12, n. 24; c. 14, n. 29; de Dono persev., c. 9, n. 22. Le saint docteur soutient que toute la différence de la conduite de Dieu à l'égard de ces enfants est l'effet d'un décret ou d'une prédestination gratuite de Dieu, et il le prouve par plusieurs pa*-
rs
SEM
sages de saint Paul. On voit assez do quelle prédestination il est ici question.
7* Les semi-péhigions raisonnaient de même sur le don de la persévérance; ils rejetaient la différence que saint Augustin avait mise entre la grâce de persévérance donnée à Adam, et celle que Dieu donne aux saints; entre ce qu'il avait appelé adjutorium quo, et adjutorium sine quo, lib. de Corrept. et Grat., c. 11 et 12, n. 29 — 38. Cette doctrine, disaient-ils, n'est propre qu'à jeter tout le monde dans le désespoir; si les saints sont tellement aidés par la grâce qu'ils ne puissent déchoir, et si les autres sont abandonnés de manière qu'ils ne puissent vouloir le bien, c'en est fait de l'espérance chrétienne, les exhortations et les menaces sont inutiles et absurdes. Quelle que soit la grâce finale accordée aux prédestinés, il dépend toujours d'eux d'y obéir ou d'y résister, 5. Prosp. n. 2 et 3 ; Hilaire, n. 2, 4, 6. Ces gens-là , répond saint Augustin , ne s'entendent pas eux-mêmes, lorsqu'ils prétendent que l'homme peut résister à la grâce de la persévérance finale. « On ne peut pas dire que la persévérance jusqu'à la fin ait été donnée à un homme avant que la fin soit venue : or, quand cette vie est finie, il n'est plus à craindre que l'homme perde la grâce qu'il a reçue, ou qu'il y résiste; » de Dono persev., c. 6, n. 10; c, 17. n. kl. Si telle est la seule différence qu'il y a entre la grâce d'Adam et la grâce finale des saints, les semi-pélagiens avaient tort delà rejeter; Dieu en effet n'a pas tiré Adam de ce monde pendant qu'il était encore innocent, au lieu qu'il fait mourir les saints en état de grâce. 11 est donc vrai dans ce sens que l'homme ne peut pas résister à la grâce de la persévérance finale, puisqu'il ne dépend pas de lui de sortir de ce momie quand il le veut, ni d'être rebelle après sa mort, et puisque c'est dans ce sens seulement que la grâce finale meut la volonté d'un saint d'une manière invincible, insurmonlable, irrési:tible, de Corrept. et Grat.,c\% § 38, il y a delà mauvaise foi à vouloir appliquer à toute grâce intérieure acluelle ce que saint Augustin dit de la grâce finale seulement, et c'est une absurdité de vouloir lirer de là une prétendue clef de tout le système de saint Augustin sur la grâce, comme font certains théologiens.
8° Les semi-pélagiens disaient que la manière dont saint Augustin expliquait la prédestination secundum proposition , était inouïe dans l'Eglise, contraire au sentiment des anciens Pères, inutile pour réfuter les pélagiens; que, quand elle serait vraie, il ne faudrait pas la prêcher, S. Prosper, n. 2 3; Htlaire, n. 8. Ils ajoutaient : Si un homme ne peut croire qu'autant que Dieu Jui en donne la volonté, celui qui ne l'a pas ne peut être blâmé; tout le blâme doit retomber sur Adam, seule cause de notre condamnation, Hilaire, n. 5. La réponse de saint Augustin est que les anciens Pères n'ont pas eu besoin d'examiner la question de la prédestination, au lieu qu'il s'est trouvé forcé d'y rentrer pour réfuter les pé-
lagiens, et démontrer que la grâce est absolument gratuite, De Prœdest. snnet., c. IV, n. 27. Mais dans le livre de Dono persev., c. 19 et 20, n. 48, 51, il fait voir que les anciens Pères ont suffisamment soutenu la prédestination gratuite, en enseignant que toute grâce de Dieu est gratuite. Cela est exactement vrai, puisque dans les anciens, non plus que dans saint Augustin, il ne fui jamais question d'une prétendue prédestination gratuite à la gloire éternelle. Bossuet, Défense de la Tradition et des saints Pères, I. xn, c. 3i; Maffti, Hist. TheoL, I. xi, p. 173 et seq.
A ce que l'on ajoutait qu'il faudrait blâmer Adam seul, et non ses descendants, le saint docteur ne répond rien ; mais il avait dit, I. de Corrept. et Grat., c. 14, n. 43, qu'il faut toujours réprimander les pécheurs, afin que celte correction soit un remèdn pour ceux qui sont prédestinés, une punition et un tourment pour ceux qui ne le sont pas. Mais, si ces derniers ne recevaient point de grâce, et s'ils se trouvaient dans une impuissance absolue de sortir du péché, de quoi mériteraient-ils d'être punis? Nous verrons ci-après que ce n'est point là le sentiment du saint docteur.
9° Saint Prosper le prie d'expliquer comment la grâce prévenante et coopérante ne détruit point le libre arbitre, n. 8. Saint Augustin n'y satisfait point; il jugea sans doute que tout l'embarras venait de la fausse idée que les pélagiens et les semi-pélagiens se faisaient du libre arbitre, et que nous avons vue ci-dessus, n. 1. 11 avait dit, I. i Retract. , c. 22, n. 4; 1. n, c. 1, n. 2, que rien n'est autant en notre pouvoir que notre propre volonté ; que cependant elle est encore plus au pouvoir de Dieu qu'au nôtre. Si nous n'avions pas un vrai pouvoir de résister lorsque Dieu meut notre volonté par la grâce, ces deux maximes de saint Augustin seraient contradictoires.
10° Saint Prosper le prie encore de décider si, dans la prédestination secundum proposition, le décret de Dieu n'est rien autre chose que la prescience, ou si au contraire la prescience est fondée sur un décret, n. 8. Il observe que, selon le sentiment unanime des anciens, le décret de Dieu et la prédestination sont dirigés par la prescience; qu'ainsi Dieu choisit les uns et réprouve les autres, parce qu'il a prévu quelle serait la fin de chucun, et quelle voloulé il aurait sous le secours de la grâce. Il paraît qu'ici saint Prosper voulait parler de la prédestination à la gloire éternelle. Saint Augustin l'a compris, sans doute ; cependant il se contente de penser et de parler comme les anciens. «Dieu, dit-il, donne la persévérance finale ; il a su, sans doule, qu'il la donnerait; telle est la prédestination des saiuts que Dieu a élus en Jésus-Christ avant la création du monde, de Dono persev., c. 7, n. 15. Osera-l-on dire que Dieu n'a pas prévu à quels hommes il donnerait la foi et la persévérance? S'il l'a prévu, il a done prévu aussi les bienfaits par lesquels il daigne les
SESI
sauver. Telle esl la prédestination des saints, rien autre chose: savoir, la prescience et la préparation des bienfaits par lesquels Dieu délivre avec une rrlitmle entière ceux qui sont délivrés, » c. IV, ri. 35. Si saint Augustin a supposé un décret de prédestination à la gloire, antérieur à la prescience, c'était là le cas dYn parler, puisque c'était le sujet de la demande de saint Prosper ; cependant il n'en dit rien, il borne la prédestination à la préparation des grâces ou des moyens, sans f.iire aucune attention à la fin dernière pour laquelle ils sont donnés.
11" Enfin, saint Prosper le prie de montrer comment le décret de Dieu ne nuit ni aux exhortations ni à la nécessité du travail de ceux qui désespèrent de leur prédestina lion, n. 8. C'est ici le point capital sur lequel saint Augustin s'étend le plus. 11 répond que saint Paul, en enseignant la prédestination, n a pas laissé d'exhorter ses auditeurs à la fi; que Jésus-Christ, en appr nant aux hommes que la foi esl an don de Dieu, n'a pas moins ordonné de croire en lui, de Dono persev., c. ikt n. 3V; donc Jésus Christ et saint Paul ont supposé que Dieu donne la grâce pour croire, et ils ordonnent à l'homme de correspondre à cette grâce. Ainsi l'a entendu saint Augustin, puisqu'en expliquant ces paroles de l'Evangile, les Juifs ne pouvaient pas croire en Jésus Christ, parce que Dieu avait aveuglé leurs yeux et endurci leur cœur, Joan.t c. xn, v. 39, le saint docteur dit qu'ils ne le pouvaient pas, parce qu'ils ne le voulaient pas, Tract. 58, in Jean., n. k et seq. Nous disons de même, cet homme ne peut se résoudre à faire telle chose; et nous entendons qu'il manque de volonté et non de pouvoir. Ainsi, lorsqu'il est dit que Dieu avait aveuglé les yeux et endurci le cœur des Juifs, cela signifie que Dieu les avait laissés s'aveugler et s'endurcir, qu'il ne les en avait pas empêcliés. Voy. Endurcissement. Donc, lorsque saint Augustin ajoute que, quand ceux qui écoulent la prédication n'y obéissent pas, c'est que l'obéissance ne leur a pas été donnée , de Dono persev , c. IV, n. 37, il faut entendre qu'ils n'ont pas voulu correspondre à la grâce qui leur donnait le pouvoir de croire.
Ou il faut, dit le saint docteur, prêcher la prédestination comme l'enseigne l'Ecriture, ou il faut soutenir avec les pélagiens que la grâce de Dieu est donnée selon nos mérites, de Dono persev., c. 10, n. 41 ; cela esl exactement vrai de la prédestination à la grâce, qui seule est enseignée dans l'Ecriture; mais cela ne touche point à la prédestination à la gloire. 11 f.iut encore se souvenir que, suivant la doctrine très-vraie de saint Augustin, la gloire éternelle, quoique récompense de nos mérites, esl cependant une g<âce, parce que nos mérites sont un effet de la grâce, Op. imp<rf., 1. i, n. 133, etc. On peul donc lians un sens dire la même chose à l'égard de la persévérance finale, puisque saiut Augustin convient qu'on peut
la mérite:* ou du moins l'obtenir par des prière-, de Dono persev., c. G. n. 10.
Quand on lui objecte que la prédestination est plus propre à désespérer qu'à encourager les (Mêles, il répond: a C'est comme si l'on disait que notro salut serait plus sûr entre nos mains qu'entre les mains de Dieu, »ibid. c. G, n. 12; c. 17, n. 48; c. 22 , n. 02. Cette réflexion est juste, si Dieu donne à tous les grâces el le pouvoir do persévérer jusqu'à la fin ; mais il y aurait lieu de désespérer, si ces grâces étaient refusées au plus grand nombre des hommes à cause du péché originel, ou à cause d'un décret que Dieu a fait de les laisser dans la masse de perdition. Aussi le saint docteur ne veut pas qu'un prédicateur apostrophe ainsi ses auditeurs : « Pour vous qui croyez, c'est en venu de la prédestination divine que vous avez reçu la grâce de la foi; quant à vous, à qui le péché plaît encore, vous n'avez pas reçu la même grâce. Si vous tous qui obéissez à présent n'êtes pas prédestinés, les forces vous seront ôlées , afin que vous cessiez d'obéir. » Parler ainsi, dit saint Augustin, c'est prédire aux auditeurs un malheur, el leur insulter en face . 11 veut que l'on parle à la troisième personne, et que l'on dise : « Si ceux qui obéissent ne sont pas prédestinés à la gloire, ils ne sont que pour tin temps, i!s ne persévéreront pas dans l'obéissance jusqu'à la fin;» c. 22, n. 58 et suiv.
Cette tournure ne changerait pas le sens, et ne serait pas plus consolante, sj le mot fatal n'était pas retranché: les forces vous seront ôtées. Donc saint Augustin a senti la nécessité de les supprimer, et de là saint l'rosper conclut avec raison que le saint docteur n'a point pensé ce qu'elles expriment. Resp. ad excepta Genuens., n. 9. Autrement,il aurait manqué de sincérité et se serait contredit exprès, chose dont nous ne le soupçonnerons jamais. Il a donc eu raison de soutenir, contre les semi-pélagiens, quo la prédestination, telle qu'il l'entend, ne peut désespérer ni décourager personne, puisque ceux mêmes qui ne sont pas prédestinés, ne sont pas pour cela privés de grâces à la mort, non plus que du pouvoir de se convertir. Au reste, voici le seul endroit où saint Augustin a employé le terme de prédestination à la gloire, et cela n'est pas étonnant, puisqu'il traitait de la persévérance finale : or, on ne peut pas douter que quiconque est prédestiné à cette persévérance, ne soit aussi prédestiné à la gloire éternelle.
Mais lorsque de prétendus auguslinieus osent affirmer que ceux qui n'admettent pas la prédestination gratuite à la gloire éternelle, sonl semi-pélagiens, el contredisent la doctrine de saiut Augustin, ils en imposent grossièrement aux hommes peu instruits; par les pièces originales de la dispute entre lui et ces prêtres gaulois, il est évident que toute la question roulait sur la prédestination à la grâce, et non sur la prédestination à la gloire éternelle, cl qu'euiro