‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 85 sur 219 · S EN · texte numérisé non relu

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l'une et l'autre il y a une différence iiifinie. Voy. Prédestination.

L'on esl encore bien plus étonné lorsque l'on voit ces mêmes théologiens accuser de semi-pélagianisme ceux qui soutiennent que, sous l'impulsion de la grâce, la volonté humaine n'est pas purement passive, mais qu'elle agit avec la grâce, el qu'elle y coopère, il est certain, 1° qu'entre saint Augustin el îes semi-pélagiens, il ne s'est jamais agi de celte question ; 2e que le saint docteur a répété plus d'une fois que, consentir ou résister à la vocation divine, est le fait île notre volonté, I. de. Spir. et Litt., c. 34, n. CO, etc. 3° Pour élayer celte imputation, ils donnent malicieusement au sentiment catholique un sens absurde ; ils disent que, suivant ce sentiment, les forces naturelles de la volonté humaine ou du libre arbitre concourent avec la grâce à la conversion du pécheur. Comment peut-on nommer force naturelle celle qui esl donnée à la volonté par la grâce ? Ils ont emprunté cette interprétation ridicu'e des luthériens et des calvinistes; en effet, ceux-ci accusèrent de semi-pélagianisme\es synergistes ou lesdisciples de Mêlant hthon , parce qu'ils soutenaient conire Luther et Calvin que la volonté humaine mue par la grâce n'est pas purement passive, mais qu'elle agit et coopère à la grâce. Voy. Synergistes. Ces mêmes hérétiques n'ont pas cessé depuis ce temps-là de renouveler le même reproche contre l'Eglise catholique tout entière. Il est cependant certain que le concile de Trente, sess. 6, de Justif., c. 5 et G, can. 3, a professé solennellement le dogme opposé au semi-pélagianisme.

On voit par là de quelle importance il est de connaître exactement les opinions des pélagiens et des semi-pélagiens, si l'on veut distinguer la vraie doctrine de saint Augustin d'avec celle qui lui est faussement imputée , et la doctrine catholique d'avec les erreurs des hérétiques : il y a d'autant plus de danger d'y être trompé, que les protestants n'ont jamais fiit un tableau fidèle de l'une ni de l'autre. Basnage, dans son Histoire de l'Eglise, I. xn,c. 1 et suivants, a fait tous ses efforts pour persuader que la doctrine de saint Augustin est la même que celle des calvinistes, et que celle des catholiques ne diffère en rien de celle des semipélagiens. Mosheim et son traducteur n'ont pas été de meilleure foi. Hist. erelés., v' sièrle , n* partie, c. 5, § 26 el 27; Jurieu et d'autres leur avaient frayé le chemin.

SENS DE L'ECRITURE SAINTE. Voy.

Ecriture sainte, § 3.

* SENS COMMUN. Le sens commun a loujours joui, dans les écoles de théologie, d'une très-haute autorité: il est, en effet, l'expression de la raison du commun des hommes. Prétendre qu'en dehors du sens commun il n'y a pas de certitude , c'est tomber dans une grave erreur, qui a été adoptée par 11. de Lrànennaîs et ses disciples. Grégoire XVI a ainsi condamné celte doctrine : < Il est bien déplorable de voir dans quel excès de délire se précipile la raison humaine, lorsqu'un homme se laisse prendre à l'a-

mmir de la nouveauté, et que, malgré l'aven issement de l'Apôtre, s'efforçinl d'être plus sage qu'il ne faut, trop confiant aussi en lui même, il pense que l'on doit chercher la vérité hors de l'Eglise catholique, où elle se trouve sans le mélange impur de l'erreur, même la plus légère, et qui est par là même appelée et est en effet la colonne et l'inébranlable soutien de la vérité. Vous comprenez très-bien , vénérables frères, qu'ici nous parlons aussi de ce fallacieux système de philosophie récemme t inventé, et que n«>us devons tout à fait improuver ; système dans lequel , entraîné par un amour sans frein des nouveautés, on ne cherche plus la vérité où elle esl certainement, mais dans lequel, laissant de côté les traditions saintes el apostoliques, on introduit d'autres doctrines vaines, huiles, incertaines, qui ne sont point approuvées par l'Eglise , et sur lesquelles les hommes les plus vains pensent faussement qu'on puisse établir et appuyer la vériié. >

M. l'abbé Bauiain, dans sa Psychologie expérimentale, a parfaitement développé les vices de la doctrine du sens commun.

t Et d'ahord, dit M. Cautain, qu'est-ce que le sens commun dans le langage de celte école ? Le sens commun, dit-on, Catéchisme du sens commun, p. Il, esl le sens ou le sentiment commun à tous les hommes, ou du moins au plus grand nombre ; ce qui revient à dire que le sens commun esl le sens commun. Qu'esl-ce qui prouve que le sentiment du plus grand nombre soit toujours le bon sens ; ou autrement, que la manière de voir et de juger de la multitude soit dans tous les cas la meilleure ? L'expérience montre-l-elle que la vérité et la sagesse aient toujours été le partage du grand nombre ? Les minorités auraient-elles loujours et nécessairement tort, par cela qu'elles ne sont pas la majorité? Dans ce cas, el dans tout conflit de l'opinion du plus grand nombre el de l'opinion du nombre moindre, ne serait-ce pas la majorité qui, à la fois juge el partie, se décernerait à elle-même, et de plein droit, le triomphe ? Ne serait-ce pas, en définitive, le sens commun qui s'adjugerait la gloire du sens commun ?

< On appelle aussi sens commun, Essai sur l'indifférence, etc.; Catéchisme du sens commun, p. II, la raison générale ou universelle qu'on oppose à la raison privée, laquelle, dit-on, parce qu'elle est faillible, est incapable d'avoir pour elle seule la certitude d'aucune vérité; tandis que, la raison générale étant nécessairement (Essai sur l'indifférence, elc, vol. Il, p. 81) infaillible , c'est par elle seulement que nous pouvons obtenir science el certitude. Mais, tout eu reconnaissant que la raison individuelle est faillible, qu'elle se trompe souvent, s'ensuit-il qu'elle se trompe toujours , nécessairement et sur toutes choses? De ce qu'elle peut errer, faut-il qu'elle erre sans cesse ? De ce que l'homme a par sa liberté le pouvoir de faire le mal, est ce une nécessité qu'il ne fasse que le mal ? La raison humaine pourrait-elle dévier, si elle n'étail capable de rectitude ? Mais à quel signe l'homme reconnaîtra-t-il qu'il esl dans le vrai ? Qui lui dira que ce qui lui paraît vrai n'est pas une illusion ; que ses sens, sou es|.i il propre, son sentiment intime, ne l'abusent pas? Qui le lui dira? La lumière naturelle qui le met en rapport avec les objets naturels, les lois de la raison qui président à sa pensée , la consci nce qu'il a de son sentiment intime : qui vous assure qu'il fait jour e.i plein midi, si ce n'est votre œil el la lumière? Attendez-vous, pour l'affirmer, que vous ayez consulté le grand nombre ? Tout cela, dit-on, ne donne pas de certitude absolue; j'en conviens. Mais vous-même qui croyez avoir cette ceriilude, qui vous tenez assuré du moins de n'être point dans l'erreur, quel est votre garant, quel est votre criiériiun de vérité ? Le témoignage de la raison générale, qui, dites-vous, ue peut tromper. Qu'csl-çe donc

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