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que celle raison générale à laquelle vous accordez si libéralement le pri \ iléiie de l'infaillibilité? Est-ce la raison de tout le monde, ou au moins du plus grand nombre? Elle se compose donc de la totalité on de la majorité des raisons particulières. Mais celles-ci, vous les reconnaissez faillibles, et de plus vous les déclarez incapables de science, de vérité, de certitude. Est-ce donc que des raisons faillibles, en se réunissant, constitueraient une raison infaillible ? Est-ce en rassemblant toutes les incertitudes des raisons privées que vous obtiendrez une certitude générale'; et la collection des erreurs de tous les hommes finirait-elle par former la vérité? Encore une fois , qu'est-ce que la raison générale infaillible ? N'est- ce qu'une abstraction . un être de raison ? Alors elle n'a qu'une valeur individuelle ; elle est le produit de l'esprit propre, le fruit d'une pensée humaine. Est-ce une réalité, une entité , un être sut aenerit , une idée à la Platon , un prototype de la raison humaine, qui plane au-dessus de toutes les raisons privées, les éclaire, les anime, les d rige, etc. ? Alors on demandera comment vous êtes arrivé à la connaissance de cet être mystérieux, par quel moyen extraordinaire vous recevez ses illuminations, et surtout comment vous pouvez être assuré que celle raisort idéale vous parle et vous instruit?
< La raison générale , Essai sur l'indifférence , vol. Il, p. 81, 9G, 129, dit-on, se manifeste par le témoignage du genre humain. C'est par la parole de tous les hommes qu'elle décl ne ses oracles. Le consentement commun ou le ^ens commun est pour nous, Ibid., p. 20, le si eau de la vénlé. Ce qui a été cru par tous, partout et toujours, est nécessairement vrai. Soit ! Il ne s'agit plus que de constater ce témoignage du genre humain sur les vérités les plus importantes pour l'homme, sur les vérités qui sont au-dessus des faits naturels et humains; il ne s'agit plus que de bien établir ce que tous les hommes ont cru toujours et partout. Qui fera ce relevé? Quel sera l'individu qui, se portant devant ses semblables comme l'organe du sens commun, comme le témoin ei l'interprète des croyances générales de l'humanité, osera leur dire : Voilà ce que tous les hommes ont cru et ce que vous êtes obligés de croire? S'ij parle en son propre nom, c'est une raison privée qui infirme par le vice de sa faillibilité la manifestation de la raison générale; s'il parle au nom d'une puissance surhumaine, il n'a que l'aire d'aller quêter des voix à travers les siècles : il n'a besoin ni de la majorité , ni de la généralité du genre hum.iin. Qu'il prouve sa mission extraordinaire par des moyens, par des laits extraordinaires, et alors qu'il annonce à la terre avec autoiilé ce qu'il a vu et entendu.
t Lh oui ! dit-on , c'est justement ce que nous voulons, Etsai sur l'indifférence, vol. Il, p. 89 : une autorité universelle à laquelle tous les hommes «hé ssent, en qui lous doivent avoir foi, et qui soit loul ensemble l'unique fondement de vérité et l'unique moyen d'ordre et de bonheur. Entendonsnous ici sur les mots sacrés û'aMoriié et de foi. Voulez-vous dire que c'est la Vérité elle-même qui parle par ce que vous appelez le sens commun ? b'il en est ainsi, il n'y a pas à hésiter; il faut croire. Mais jusqu'à préseul ceux qui se font gloire d'être chrétiens étaient persuadés qu'anciennement Dieu avait parlé aux hommes par ses prophètes, et, dans les derniers leinps, par son Fils unique; ils est cru qu'ils ne devaient recevoir comme parole aulneiuiqiieinent divine que celle qui leur était proposée par l'auioriié instituée divinement à cet efiel ; ils ont lésené leur foi pour la parole de la vie éternelle, ainsi proclamée depuis dix huit siècles. La l'rovidence aurait-elle changé de voies ei de moyens? L'Eglise ne serait-elle, plus dépositaire des oracles divins, et seule infaillible ? Le genre humain tout entier serait-il investi de lu même puissance, aurait-
il les mêmes droits à notre foi? C'est donc une nouvelle autorité que vous proposez , un nouveau genre de foi que vous nous demandez ; et , comme votre critérium de la vérité vous paraii plus généial et plus sûr, vous affirmez aussi que le témoignage de l'Eglise lire sa force de son accord avec le témoignage humain, ou autrement, que la foi catholique n'est que le sens commun dans les choses de Dieu. Catéchisme du sens commun, p. GG.
« L'autorité de la raison générale n'esl-elle qu'une autorité humaine , constatant des faiis naturels et humains? Alors nous sommes pleinement d'accord. Tnuies les raisons sont de la même nature, soumises aux mêmes lois; toutes reçoivent les éléments de leurs pensées d'un même monde , par des sens et des organes semblabl s : il est donc clair que chaque raison doit, dans sou état normal, s'accorder avec la pluralité des raisons , juger en général des mêmes choses de la même manière. L'avis du grand nombre a donc une autorité respectable dans tous les cas on il ne s'agit que île faits naturels, d'intérêts sociaux. Mais qu'on ne me donne point celte autorité comme infaillible, pas même dans sa sphère. Qu'on se contente de ma croyance , mais qu'on ne réclame pas ma foi pour une opinion humaine. La croyance est un acquiescement de ma raison à la parole de mon semblable , et e>'.le peut se former de toutes sortes de manières ; c'est une affaire de confiance ou de discussion. Le témoignage d'un grand nombre d'hommes, de tous les hommes, si vous voulez le supposer, peut me porter à admettre telle proposition, dont encore, par ce moyen seul , je n'aurai pas la science. Mais la conviction ou la certitude qui peut en résulter n'est point de la foi , car la foi vient de Dieu et ne se rapporte qu'à Dieu ; elle esi divine dans son principe comme dans son objet. Si donc vous voulez que j'aie foi , présentez-moi une autorité qui ne soit celle ni d'un homme, ni d'un grand nombre d'hommes, ni de lous les hommes, car ce ne serait jamais que de l'humain ; mais une autorité surhumaine qui porte en elle-même le caractère authentique de sa supériorité, et qui, à ce litre, s'impose légitimement à l'homme comme manifestation de Dieu même. C'est, an resie , ce qu'on a senti quand , pour élayer la raison générale, ou a lente de la rattacher à Dieu et de la confondre avec ce qu'on appelle la liaison suprême. Par là, on a voulu lui communiquer l'autorité infaillible qu'elle ne peut puiser en elle même, si générale qu'elle soit. Il ne restait donc qu'à diviniser la raison de l'homme pour pouvoir légitimement imposer la foi en la parole de 1 homme ; et, entraîné par l'esprit de système, ou n'a point reculé devant celle apothéose ! Voilà doue encore une fois la raison placée sur l'autel ! Ses dictées sont proclamées comme des oracles ; ei lous, sous peine de folie ou d'impie é, nous devons lui apporter l'hommage de notre loi ! C'est encore une prostituée qu'on présente à notre adoration ; mais cette fois c'est la prostituée des siècles , celle qui a enfanlé, dans son commerce adultère avec l'esprit d'erreur, toutes les doctrines bâtardes, lous les systèmes monstrueux , toutes les opinions d réordonnées qui ont iroublé le momie; hideuse piogéuilure de mensonge qui a infecté l'esprit humain au Moment funeste de sa séduction et de sa dégradation. Et c'est celle ra.son séduite et dégradée que nous confondrions avec ce qu'on appelle la raison de Dieu ! Car on lil quelque part, Essai mr l'indifférence, vol. Il, p. 93, «eue phrase inconcevable : « Noble éinan ilion de la substance de Dieu, notre raison n'est qui; sa raison, notre parue n'e l que sa parole. » M c'est là le dernier mol du système, certainement son auteur ne l'a pas compris : il aurait reculé devant l'abomination du panthéisme. Voy. ce mot. C'est à cet abîme que sa doctrine. aboutit, ain i que l'éclectisme. Voy. ECLECTIQKB*. Comme lui, elle lait peu de eus de l'homme mlivi
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