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enseigné cl profossé auparavant. (; esi d«/t., raisonner Ires-mal que de dire, comme font les protestants :'Nous ne voyons qu'uu IV siècle les preuves positives de telle croyance ou tel usage, donc il n'a pas commence plus tôt. Il sérail impossible qu'one doctrine qui aurait été inouïe jusqu'à celle époque, fût devenue toul àcoup l'opinion générale des fidèles répandus dans toutes les parties du monde chrétien. Los hommes ne changent pas si aisément d'opinions, de mœurs, d'habitudes, à moins qu'il n'y ait une cause puissante qui les y détermine.
Le respect pour le saint sépulcre et pour les autres lieux consacrés par nos mystères, est le même chez les catholiques cl chez les Grecs scliismaliques, les Syriens, les Arméniens, les Cophles et les Abyssins. Il serait fort étonnant qu'un usage superstitieux, inconnu dans les trois premiers siècles, se fût communiqué sans raison à tant de nations différentes, divisées d';iilleurs par la croyance, par le langage et par les mœurs.
Dans. la suite des siècles, il s'est répandu par toute la chrétienté un bruit constant que le samedi saint de chaque année, il se faisait un miracle sensible dans l'église du saint sépulcre; qu'avant le service divin toutes les lampes qui étaient éteintes se rallumaient tout à coup par un feu descendu du ciel ; c'est la croyance des différentes sectes do chrétiens orientaux, que ce prodige s'y opère encore aujourd'hui.
Mosheim a fait une dissertation exprès pour prouver que ce prétendu miracle est Lux cl imaginaire, qu'il a été d'abord inventé par les Latins, el ensuite imité grossièrement par les Grecs. 11 observe que l'on n'en aperçoit point de vestiges avant le ix' siècle; que Guibert, abbé de Nogent, mort l'an 112+, est le premier qui en ait parlé d'une manière positive dans son histoire intitulée Gesta Dei per Franco». Conséquemmenl il conjecture que celle fraude pieuse a commencé sous le règne de Ghaiiemagne ou immédiatement après. On sait que ce princo acquit beaucoup de considération à Jérusalem ; quelques auteurs ont écrit que les clefs du saint sépulcre lui avaient été envoyées par le calife Aaron Al-Raschild , ou plutôt par Zacharie, patriarche de Jérusalem; les Latins y jouirent d'une pleine liberté pendant sa vie; mais, après sa mort, les Sarrasins recommencèrent à vexer cruellement les chrétiens de la Terre sainte. C'est alors, dit Mosheim, que, pour soutenir la piété, le courage el la liberté des pèlerins, les préposés du saint sépulcre trouvèrent bon de contrefaire un miracle qui fut bientôt divulgué et cru aaivj toute la chrétienté. 11 acquit un nouveau crédit, l'an 1099, lorsque les Français se furent rendus maîtres de Jérusalem et de la Palestine. Lorsqu'ils en lurent ch ishés à la lin du xir siècle, les Grecs trouvèrent bon de continuer la même fraude, et en ont souvent voulu tirer avantage contre les Latins. Dissert, ad l/ist. ceci, pertin., I. Il, p. 21'+. Voincy, dans son Voyage de Syrie, dit iiue les Français ont découvert que 1 s
Dicr. DeThEOL. DOSÉUTIQOE. IV.
, .t s, retirés dan9 la sacristie, rallument le feu par des moyens très-naturels.
Comme celle opinion n'est qu'une conjecture, et qu'ellcn'est fondée suraucunepreuve positive, ce serait perdre le temps que de s'occupera la réfuter. Pour en juger sainement il faudrait avoir des narrations du fait mieux circonstanciées que celles que nous en donnent les écrivains des bas siècles. D'ailleurs, que ce miracle ait été toujours faux, ou vrai dans l'origine, el contrefait dans la suite, c'est une question qui ne touche pas d'assez près à la religion, pour nous en mettre en peine. Que les chrétiens des différentes sectes qui vontà Jérusalem soient trop crédules, il ne s'ensuit rien conlro h* respect dû aux lieux saints consacrés par les mystères du S îuveur.
SÉPULTURE. Voij. Funérailles.
*SÉPULTUHE ECCLÉSIASTIQUE. Nous avons traité de la sépulture ecclésiastique dan'! notre Dictionnaire de Théologie morale. Nous nous contenions d'observer ici que, considérées sous le rapport religieux, les sépultures sont exclusivement du ressort de l'autorité ecclé-iasiLpie, qui a le droit de régler tout ce qui les concerne.
SÉRAPHIN. Voij. Ange.
SERMENT. Voy. Jurement.
SERMON. Voy. Prédicateur.
Sermon de Jésus-Christ sur. lv montai; ne. Voy. Morale Chrétienne.
SERPENT. Voy. Adam (1).
(I) Le fait le plus important de l'histoire de l'humanité est sans aucun doute la chute du premier des mortels. La lèpre du péché remplaça la justice et la sainteté ; un fatal entraînement vers le mal affaiblit la pleine et eniiére liberté. A la félicité la plus parfaite succédèrent les maux les plus effroyables, et par-dessus tout la terrible mort qui nous l'ait frémir d'horreur, contre laquelle toute notre nature se révolte. Elle est bien naturelle la curiosité de l'homme qui veut savoir comment arriva ce trisui événement qui entraîna la ruine do l'humanité. L'Ecriture nous apprend que la félicité des anges rebelles fut changée en la triste consolation de se faire des compagnons de leur misère, et leur bien heureux exercice au misérable emploi de tenter les hommes. L'homme, que Dieu avait mis un peu au desbous des anges, devint au plus parfait de tous un objet de jalousie. Il voulut l'entraîner dans la rébellion, pour ensuite l'enveloppi-r dans sa périt*. Dieu, pour faire sentir à Adam qu'il avait un maître, lui avait détendu de manger du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal. L'esprit de ténèbres résoluldelui faire violer ce précepie. 11 anime un serpent, l'adresse à Eve comme à la plus faible, et lui dit : Pourquoi Dieu vous a-t-il fait défense do manger du fruit de l'arbre de la science? S'il vous a faits raisonnables, vous devez savoir la raison de tout. Ce fruit n'est pas un poison ; vous n'en mourrez pas ; vous serez comme des dieux, libres et iudeuendaiits; vous saurez le bien et le mal. Eve, a demi gagnée, regarde le fruit, dont la beauté promenait un goi'il excellent. Après avoir mangé de ce beau fruit, elle en piéicnle ellc-méine à son mari. Le voilà dangereusement attaqué. L'exemple, h complaisance tortillent la tentation • il succombe. Eu même temps toul change pour lui. La malédiction de Dieu tombe d'abord sur le serpent, qu'il condamne à ramper, à se nourrir de terre, à être nu objet d'exécration pour les mortels ; ensuite il trappe l'homme et toute sa postérité. — Telle cal en
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SERPENT D'AIHAlN. Nous lisons dans le livre dos Nombres, c. xxi, v. 6, que, pour punir les murmures des Israélites dans lo
peu de mois la tentation de nos premiers parenis, comme elle nous est racontée dans nos livres saints. Il faut avouer qu'elle renferme quelque chose d'énigniaiique. Faut-il la prendre à la lettre, ou bien sous ie voile de l'allégorie? Moïse aurait il voulu nous indiquer la vérité plutôt que nous la montrer tout entière? Les interprètes ne sont point d'accord sur ce point. Quelques-uns ont soutenu le sens allégorique; la presque totalité a embrassé le sens littéral. Nous allons exposer les deux opinions.
lre opinion. — Système allégorique. Lorsqu'on sort de la simple vérité pour embrasser d'ingénieuses fictions, on abandonne celle conformité de seniimcnis qui caractérise le vrai. Chacun crée son système, le développe, l'appuie sur des motifs qui, ordinairement, n'ont de réalité que dans la folle imagination qui les invente. Celte observation peut s'appliquer à ceux qui ont entendu dans un sens allégorique le passage de l'Ecriture qui nous occupe. — Le juif t'bilon ne vit dans la prétendue intervention du serpent que le langage de la concupiscence. Des écrivains du xvni0 siècle développèrent ce système : Adam et Eve se regardèrent avec complaisance ; les désirs suivirent de près, ils les satisfirent. Voilà ce qui explique la hante dont ils furent saisis, et qui s'est perpétuée d'âge en âge. Cette interprétation repose sur un fondement ruineux ; elle suppose la concupiscence existant avant la clm'e de nos premiers parents; ce qui est contraire à l'Ecriture, qui nous dil que la connaissance du mal ne fui que la suite du péché d'Adam. Tel esl aussi la croyance de ions les docteurs. — Le juif Aberdame a modifié le sentiment de Philon. Il dil qu'un serpent, poussé par le démon, monta sur l'arbre de la science du bien el du mal. 11 mangea du fruit défendu. Eve le vil. S'étarit aperçue qu'il ne lui arrivait aucun mal, elle fui tenle'e de l'imiter; ce qu'elle fit en effet. Dans celte opinion, le colloque rapporté dans l'Ecriture serait une pure fiction de Moine. — Cajétan admet luute la narration; mais, selon lui, le drame se passe en songe. A son réveil, poursuivie par les illusions de son sommeil, Eve s'y abandonna el prit du fruit défendu. Dans celle supposition, il n'y a donc dans la tentation aucune cause inorale et agissante, comme l'admet l'écrivain sacré, llosen Muller, suivi des rationalistes allemands, entend d'une tentation ordinaire la tentation de n lie mère Eve. Pour rendre compte du texie sacre, il croit que M< ïse écrivii ce passage en hiéroglyphe. Le traducteur prit pour une réalité ce qui n'éiail que symbolique. Mais, où Kosen Muller a-i-d vu que le Pentaleuque fut écrit primitivement en hiéroglyphes? U l'eût été; si le traducteur fui lonbé dans une erreur aussi grossière, quelle confiance pourrail-on avoir aux faits contenus dans le Pentaleuque? Cette assertion, poussée jusque dans ses dernières conséquences , ne tendrait à rien moins qu'à détruire le fondement de la foi. — Pour recourir à des interprétations aussi arbitraires, y a-i-il impossibilité absolue d'entendre dans le sens littéral le passage de l'Ecriiure qui nous occupe? Le sens littéral est il évidemment contraire à quelque vérité dogmatique ou morale? A-t-il été rejelé par les Pères et par les interprètes ? Nous allons >oir qu'il n'en est rien.
ile opinion. — Sens Ulcérai. Les Pères ont été unanimes pour entendre dans le sens littéral le passage qui nous fait connaître les circonstances qui accompagnèrent la chute de nos premiers parenis. Ceux mêmes qui se sont attiré le blâme pour leur amour excessif des allégories, virent un véritable serpent qui fut l'instrument du démon. Le célèbre Or i gène s'exprime ainsi : Venu $erpens a dœmone inspirants. L'EglKe, dans sa liturgie, ne pense pas autrement. Voici
déserl, Dieu leur envoya de9 serpents dont les morsures en firent mourir un grand nombre ; que, pour guérir ceux qui étaient blessés, Moïse, par l'ordre de Dieu, fil faire un serpent d'airain, et que tous ceux qui le regardaient étaient guéris. Les incrédules qui ne veulent point reconnaître de miracles d.ms l'histoire sainte, ont contesté celui-ci; ils ont dit, 1° que celte guérison a pu se faire par la force de l'imagination des malades; 2° que l'espérance d'être guéri en regardant ce serpent était un culte superstitieux, un acte d'idolâtrie et de magie; 3° que le roi Ezéchias en jugea ainsi, puisque en faisant détruire tous les objets d'idolâtrie , il fit briser cette figure que l'on avait conservée jusqu'alors; 4° que ce culte dure eucore aujourd'hui dans l'Eglise romaine.
Ces réflexions sont Irop absurdes pour exiger de longues discussions. Il est certain, en premier lieu, qu'il y a dans l'intérieur de l'Afrique des serpents ailés dont la morsure est très-venimeuse, surtout pendant les grandes chaleurs ; que non-seulement il est impossible d'en guérir par la force de l'imagination, mais que l'on ne connaît encore point de remède naturel capable de soulager ceux qui en sont atteints : la guérison des Israélites opérée par des regards jetés sur le serpent d'airain, était donc évidemment surnaturelle et miraculeuse. En second lieu, il est faux que l'action de le regarder avec
comment elle s'exprime dans la préface pour le temps de la passion : Qui salaient liumani generis in ligne crucis consliluisti , ul ui.de mors uriebaïur, iiule vita resurgerel, et qui in ligno vinctbat in ligna quoque. vincereiur. Certes, peur abandonner une interprétation appuyée sur de pareils motifs, il faudrait des raisons bien puissantes. Que sont donc celles qu'on nous oppose ? Ou nous demande, 1° comment Eve a ose couver>er avec le serpent? La réponse est facMe : les animaux étant alors soumis à l'tiomme , Eve savait qu'elle n'avait rien à craindre. c2° Comment put-elle se laisser prendre à un piège aussi grossier? Saint Augustin répond que, sans la concupiscence, la femme put être étonnée de voir que Dieu permettait à un animal de l'outrager. La complaisance avec laquelle elle écnuia le discours qu'il lui tint, lui fil commctlre un péché véniel qui l'entraîna à la terrible chute que nous déplorons. 5° Mais est-il croyable qu'un serpent ail pu parler? Le démon put agiter sa langue de manière à produite des sous qui fussent entendus d'Eve. 4" Puisque le serpent ne fut que l'instrument dont se servit le démon, la punition que Dieu lui infligea d il paraître injuste. Saint Jean Chrysostome s'était proposé celle dilliciilié. De même, dil ce saint docteur, qu'un pè e tendre punit celui qui a frappé sou fils, et brise eu même lemps l'épée qui a fait la blessure, ainsi le Seigneur, eu taisant tomber une nouvelle malédiction sur le démon, l'élendit au serpent lui-même. Celte punition a le le changé quelque chose à 1 1 nature du serpent ? Quelques ailleurs oui pensé qu'avant la chute d'Adam le .-erpent marchait droit, que depuis il fut condamné à ramper el à manger la terre. La plupart des connue. italeurs croient qu'il n'y a rien de changé dans la nature du serpent, qu'il rampait sur la terre et s'en nourrissait. Dieu a choisi celie particularité dans la nature du serpent pour nous rappeler la pari qu'il a eue à notre malheur. Ainsi il désigna l'an -en-ciel Cuoiu.fi un signe de confiance.
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confiance lui un culie -, les Israélites avaient été instruits par Moïse que cotte figure d'airain n'avait la vertu de guérir la morsure des serpents que par une volonté particulière de Dieu : or, il n'y a ni superstition, ni magie, ni idolâtrie à faire ce qu'il est certain que Dieu a ordonné. 3° H n'en était plus de môme sous le règne d'Ezéchia*, près de 800 ans après Moïse; le serpent d'airain ne pouvait plus servir que de monument au miracle opéré dans le désert. Alors les Israélites qui étaient tombés plus d'une lois dans l'idolâtrie, étaient accoutumés à honorer comme des dieux des idoles de toute espèce; ils ne pouvaient attribuer au serpent d'airain aucune vertu, à moins de supposer qu'il était le séjour ou 1 instrument d'un dieu prétendu, d'un génie, d'un esprit invisible et puissant qui voulait y recevoir des hommages : idée fausse, mais oui a été celle de tous les idolâtres. i° Nous ne savons pas sur quel fondement Prideaux a osé dire : « Malgré letémoignage formel de l'Ecrituresainle, les catholiques romains ont l'impudence de soutenir que le serpent d'airain, gardé à Milan dans l'église de Sainl-Ambroise , et exposé à la vénération du peuple, est le même que celui qui fut fabriqué par Moïse dans le désert; et on lui rend encore aujourd'hui un culte aussi grossièrement superstitieux que celui que les Israélites lui rendirent sous le règne d'Ezéchias. » Hist. des Juifs, lib. i, t. I, p. 10. Aucun auteur connu ne s'est avisé d'assurer celle identité, et n'a imaginé qu'on rendait un culte à cette figure. Quand on conserve un ancien objet par curiosité, ce n'est pas pour lui rendre un culte; l'origine du serpent d'airain de Milan n'est pas difficile à deviner.
Jésus-Christ a dit dans l'Evangile, Joan., c. m, v. k : De même que Moïse a élevé le serpent d'airain dans le désert, ainsi il faut que le Fils de iliomme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais obtienne la vie éternelle. Dès ce moment la figure du serpent d'airain a été le symbole de Jésus- Christ crucifié. Conséquemmcnt dans les bas siècles, lorsque l'on représentait les mystères, surtout celui de la passion, l'on mil sous les yeux des spectateurs un serpent d'airain, par allusion aux paroles de l'Evangile. Cette ligure a été conservée dans l'église de Milan, comme le monument d'un ancien usage, et non comme un objet de vénération ou de culte. 11 faut èlre aussi malicieusement prévenu que le sont les protestants pour imaginer que l'on rend un culte au serpent d'airain fabriqué par Moïse, par imitation des juifs idolâtres.
SEUVÉTISTES, quelquesauieurs ont ainsi nommé ceux qui ont soutenu les mômes erreurs que Michel Servet, médecin espagnol, chef des anti-lrinitaires, des nouveaux ariens ou des socinieus. On ne peut pas dire exactement que servet ait eu des disciples de son viv.int; il fut brûlé à Genève avec ses livres l'an iooJ, à la sollicitation de Calvin, avanl que ses erreurs sur la Trinité cu»s«:nt pu prendre ratine. Mais l'on a nommé ser-
vétistes ceux qui dans la suite ont soutenu les mêmes sentiments. Sixte de Sienne a même donné ce nom à d'anciens anabaptistes de Suisse, dont la doctrine était conforme à celle de Servet.
Cet homme, qui a fait tant de bruit dans le monde, naquit à Villanova, dans le royaume d'Aragon, l'an 1309 : il montra d'abord beaucoup d'esprit et d'aptitude pour les sciences ; il vint étudier à Paris, et se rendit habile dans la médecine. Dès l'an 1531, il donna la première édition de son livre contre la Trinité, sous ce litre: De Trinitatis erroribus libri seplem, per Michaelem Servetum, alias Rêves, ab Aragonia Mspanum. L'année suivante, il publia ses Dialogues avec d'autres traités, qu'il intitula : Dialogorum de Trinitate libri duo ; de Juslilia regni Christi capitula quatuor, per Michaelem Servetum, etc., auno 1532. Dans la préface de ce second ouvrage, il déclare qu'il n'est pas content du premier, et il promet de le retoucher. 11 voyagea dans une partie de l'Europe, et ensuite en France, où après avoir essuyé diverses aventures, il se fixa à Vienne en Dauphiné, el il y exerçi la médecine avec beaucoup de sm ces. C'est là qu'il forgea une espèce de système théologique, auquel il donna pour titre : Le rétablissement du christianisme, Christianismi restitutio, et il le fit imprimer furtivement l'an 1553. Cet ouvrage est divisé en six parties : la première contient sept livres sur la Trinité; la seconde, trois livres de Fide et Justitia regni Christi, legis justiliam superantis, el deCharitate; la troisième est divisée en quatre livres, et traite de ïiegeneratione ne Manducatione superna,etde Regno Anlichristi; la quatrième renferme trente lettres écrites à Calvin; la cinquième donne soixante marques du règno de l'Antéchrist, et parle de sa manifestation comiti!! déjà présente; enfin la sixième a pour litre : De mgsteriis Trinitatis ex veterum disciplina, ad Philippum Melanchthonem et ejus collegasApologia. On lui attribue encore o'autres ouvrages. Voy. Sandius, Bibliot. Antitrinitar., p. 12. Pendant qu'il faisait imprimer son Christianismi restitutio, Calvin trouva le moyen d'en avoir des feuilles par trahison, et il les envoya à Lyon avec les lettres qu'il avait reçues de Servet ; celui-ci fut arrêté et mis en prison. Comme il trouva moyen de s'échapper, il se sauva à Genève, pour passer delà en Italie. Calvin le fit saisir, et le déféra au consistoire comme un blasphémateur; après avoir pris les avis des magistrats de Râle, de Berne, de Zurich, do Schaffhouse, il le fit condamner au supplice du feu par ceux de Genève, el la sentence fut exécutée avec des circonstances dont la cruauté fait frémir.
Celle conduite de Calvin l'a couvert d'opprobre, lui et sa prétendue réforme, malgré les palliatifs dont ses partisans se sont servis pour l'excuser. Ils ont dit que c'était dans Calvin un reste de papisme dont il n'avait encore pu se défaire; que les lois portées contre l*s hérétiques par l'empereur Frédéric 11 étaient encore observées à Genève. Ce*
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deux misons sont nulles et absurues. i aervet n'était justiciable ni de Calvin ni du ma gfstrat de Genève; c'était un étranger qui ne se proposait point de se fixer dans celte ville, ni d'y enseigner sa doctrine; c'était violer le droit des gens que de le juger suivant les lois de Frédéric II. 2" Calvin avait certainement déguisé à Servet la haine qu'il avait conçue contre lui, et les poursuites qu'il lui avait suscitées; autrement celui-ci n'aurait pas été assez insensé pour aller se livrer entre ses mains : Cil vin fut donc coupable de trahison, de perfnlie, d'abus de confiance et de violation du secret naturel. Si un homme constitué en autorité parmi les catholiques en avait ainsi agi contre un protestant, Calvin et ses sectaires auraient rempli de leurs clameurs l'Europe entière, ils auraient fait des livres de plaintes et d'invectives. 3° 11 ♦•st fort singulier que des hommes suscités de Dieu, si nous en croyons les protestants, pour réformer l'Eglise et pour en détruire les erreurs, se soient obstinés à conserver la plus pernicieuse de toutes, savoir, le dogme do l'intolérance à l'égard des hérétiques: c'est la première qu'il aurait fallu abjurer d'abord. Cela est d'autant plus impardonnable, que c'était une contradiction grossière avec Je principe fondamental de la réforme. Ce principe est que la seule règle de notre foi est l'Ecriture sainte, que chaque particulier est l'interprète et le juge du sens qu'il faut y donner, qu'il n'y a sur la terre aucun tribunal infaillible qui ait droit de déterminer ce sens. A quel litre donc Calvin et ses parlisans ont-ils eu celui de condamner Servet, parce qu'il entendait l'Ecriture sainte autrement qu'eus ? En France, ils demandaient la tolérance; en Suisse, ils exerçaient la tyrannie. 4-° Quand les catholiques auraient condamné à mort les hérétiques précisément pour leurs erreurs, ils auraient du moins suivi leur principe, qui est que l'Eglise ayant reçu de Jésus-Christ l'autorité d'enseigner, d'expliquer l'Ecriture sainte, de condamner les erreurs , ceux qui résistent opiniâtrement à son enseignement sont punissables. Mais nous avons prouvé vingt fois dans le cours de cet ouvrage, que les catholiques n'ont jamais puni de mort des hérétiques, précisément pour leurs erreurs, mais pour les séditions, les violences, les attentats contre l'ordre public dont ils étaient coupables, et que telle est la vraie raison pour laquelle on a sévi contre les protestants eu particulier. Voy. Hérétique, § 1, Calvinisme, Tolérance, etc. Or. Servet n'avait rien l'ait de semblable à Genève.
Mais, en condamnant »aus ménagement la conduite de Calvin, le traducteur de l'Histoire ecclésiastique de Mosheim a très-mauvaise grâce de nommer Servet un savant et spirituel martyr; Mosheim n'a pas eu la témérité de lui donner un litre si respectable ; tous deux conviennent que cet hérétique joignait à beaucoup d'orgueil un esprit malin et contentieux, une opiniâtreté invincible et une dose considérable de fanatisme, JJiit. ecclés.j xvr siècle, secl.3, n« part.,c. 4,
§4; c'est donc profaner l'auguste nom do martyr, que de le donner à un pareil insensé.
Quelques sociniens ont écrit qu'il mourut avec beaucoup de constance, et qu'il prononça un discours très-sensé au peuple qui assistait à son supplice; d'autres écrivains soutiennent que celle harangue est supposée. Calvin rapporte que, quand on lui eut lu la sentence qui le condamnait à être brûlé vif, tantôt il parut interdit et sans mouvement, tantôl il poussa de grands soupirs, tantôt il fit des lamentations comme un insensé, en criant miséricorde. Le seul fait certain est qu'il ne rétracta point ses erreurs.
11 n'est pas aisé d'en donner une notice exacte; la plupart de ses expressions sont inintelligibles : il n'y a aucune apparence qu'il ait eu un système de croyance fixe, et constant; il ne se faisait aucun scrupule de se contredire. Quoiqu'il emploie contre la sainte Trinité plusieurs des mêmes arguments par lesquels les ariens attaquaient ce mystère, il proteste néanmoins qu'il est fort éloigné de suivre leurs opinions, qu'il ne donne point non plus dans celles de Vuu\ de Samosale. Sandius a prétendu le contraire, mais Mosheim n'est pas de même avis. Suivant ce dernier, qui a fait en allemand une histoire assez ample de Servet, cet insensé se persuada que la véritable doctrine de Jesus- Christ n'avait jamais été bien connue ni enseignée dans l'Eglise, même avant le concile de Nicée, et il se crut suscité de Dieu pour la révéler et la prêcher aux hommes; conséquemment il enseigna « que Dieu, avant la création du monde, avait produit en luimême deux représentations personnelles, ou manières d'être, qu'il nommait économies, dispensalions, dispositions, etc., pour servir de médiateurs entre lui elles hommes, pour leur révéler sa volonté, pour leur faire part de sa miséricorde et de ses bienfaits; que ces deux représentations étaient le Verbe et le Saint-Esprit; que le premier s'était uni à l'homme Jésus, qui était né de la vierge Marie par un acte de la volonté toute-puissante de Dieu ; qu'à cet égard on pouvait donner à Jésus-Christ le nom de Dieu; que le Saint- Esprit dirige et anime toute la nature, produit dans l'esprit des hommes les sages conseils, les penchants vertueux et les bons sentiments ; mais que ces deux représentations n'auront plus lieu après la destruction du globe que nous habitons, qu'elles seront absorbées dans la Divinité d'où elles ont été tirées. » Son système de morale était à peu près le même que celui des anabaptistes, et il blâmait comme eux l'usage de baptiser les entants.
Par ce simple exposé, il est déjà clair que l'erreur de Servet touchant la Trinité était la même que ceile de Photin, de Paul de Samosate et de Sabellius, et qu'il n'y avait rien de différent que l'expression. Suivant tous ces sectaires, il n'y a réellement en Dieu qu'une seule personne ; le Fils ou le Verbe et le Saint-Esprit no sont que deux diiié-
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rentes manières d'envisager et de concevoir
les opérations de Dieu. Or, il est absurde d'en parler comme, si c'étaient des substances ou des personnes distinctes, et de leur attribuer des opérations, puisque les prétendues personnes ne sont que des opérations. Dans ce même système, il est absurde dédire que le Verbe s'est uni à l'humanité de Jéstis-Cbrist, puisque ce Verbe n'est autre cho^c que l'opération même par laquelle Dieu a produit le corps et l'âme de Jésus- Christ dans le sein de la sainte Vierge. Enfin, il est faux que dans celte hypothèse Jésus-Christ puisse être appelé Dieu, sinon dans un sens très-abusif; celte manière de parler est plutôt un blasphème qu'une vériié.
Il n'est pas étonnant que cet hérétique ail répété contre les orthodoxes les mêmes repreches que leur faisaient déjà les ariens ; il disait comme eux que l'on doit mettre au rang des athées ceux qui adorent comme Dieu un assemblage de divinités, ou qui font consister l'essence divine dans trois personnes réellement distinctes et subsistantes ; il soutenait que Jésus-Christ est Fiis de Dieu, dans ce sens seulement qu'il a été engendré dans le sein de la sainte Vierge par l'opération du Saint-Esprit, par conséquent de Dieu même. .Mais il poussait l'absurdité plus loin que tous les anciens hérésiarques, en disant que Dieu a engendré de sa propre substance le corps de Jésus-Christ, et que ce corps est celui de la Divinité. Il disait aussi que l'âme humaine est de la substance de Die:!, qu'elle se rend mortelle par le péché, mais que l'on ne commet point de péché avant l'âge de vingt ans, etc. Sur les autres articles de doctrine, il joignit les erreurs des luthériens et des sacramentaires à celles des anabaptistes, Ilist. du Socin., ue part., p. 221.
Il est donc évident que les erreurs de Sériel ne «-"ont qu'une extension ou une suite nécessaire des principes de la réforme ou du protestantisme ; il argumentait contre les mystères de la sainte Trinité et de l'Incarnation, de la même manière que Calvin et ses adhérents raisonnaient contre le mystère delà présence réelle de Jésus-Christ dans l'cucharislic, et contre les autres dogmes de la croyance catholique qui leur déplaisaient ; il se servait, pour entendre l'Ecriture sainte, de la même méthode que suivent encore aujourd'hui tous les protestants.. S'ils disent qu'il la poussait trop loin et qu'il en abusait, nous les prierons de nows tracer par l'Ecriture sainte la ligne à laquelle Sériel aurait dû s'arrêter. Quoi qu'ils disent, il est démontré que le protestantisme est le père du servétisme et du socinianisme, et que les reformateurs, en voulant le détruire, ont vainement lâché d'éloufier le monstre qu'ils avaient eux-mêmes nourri cl enfanté.
VoiJ. SOCIWIAXISME.
SERVICE DIVIN. Ce sont les prières, le saint sacrifice, les offices et les cérémonies qui se célèbrent dans l'Eglise chrétienne, et dans lesquels consiste le culle extérieur du
christianisme, que l'on appelle aussi la I,i- TiHGiK. Voy. ce mot. Dès le temps de Tertullien, le servie* divin se nommait le sercrifice, de Cultu femin.,\. n, c. 11, parce que la consécration de l'eucharistie en fui toujours la partie principale. Nous en avons suffisamment parlé aux mots Heures canoniales, LiTiîRfjiE, Messe, Office divin, elc.
SERVITES, ordre de religieux ainsi ,iommés parce qu'ils font profession d'être serviteurs de la sainte Vierge; ils observent la règle de saint Augustin et plusieurs pratiques différentes de celles des autres ordres. Celui-ci fut institué par sept marchands florentins qui renoncèrent au négoce, l'an 1223, et se retirèrent à Monte-Senario, à dix lieues de Florence, pour vaquer aux exercices de pieté et de mortification: l'an 1239, ils reçurent de leur évêque la règle de saint Augustin ; ils prirent un habit noir, afin d'honorer particulièrement le veuvage de la sainte Vierge ; ils élurent pour leur général Bonfilio-Monaldi, l'un d'entre eux. Cet ordre fut redevable de ses principaux accroissements dans la suite à saint Philippe Bénizi, leur général, dont les vertus et le zèle édifièrent l'Europe entière pendant une bonne partiedu sur siècle. 11 fulapprouvé par Alexandre IV, confirmé au concile général de Lyon par Grégoire V et par Benoît X! ; dans le xv siècle, Martin V et Innocent VIII le mirent au nombre des ordres mendiants. L'an 1593, le relâchement s'y étant introduit, une partie îles religieux se réformèrent et rétablirent l'observance rigoureuse de leur institut dans les ermitages de Monte-Senario; ces réformés prirent le nom de serviles-ermites. Le frère Paul Sarpi, trop connu par l'histoire qu'il a donnée du concile de Trente, était religieux servile avant la réforme. Cet ordre n'est point établi en France, mais il est très-connu en Italie et ailleurs ; il est aujourd'hui divisé en vingt-sept provinces. Il y a aussi en Italie des religieuses servîtes qui observent la même règle que les religieux.
SERVITEURS DES^ MALADES. Voy.
Clercs réguliers.
SERVITUDE. Ce terme dans l'Ecriture sainte ne doit pas toujours être pris à la rigueur pour l'esclavage proprement dit; souvent ii signifie seulement l'état d'un peuple tributaire et assujetti à un autre. L'état des Israélites en Egypte est communément appelé servitude; Dieu leur ordonne de traiter leurs esclaves avec humanité, en se souvenant qu'ils ont été eux-mêmes esclaves (servi) en Egypte. De même ils ont nommé servilu les les temps où ils furent assujetti?» par quelques-uns des peuples de la Palestine, après la mort de Josué. Néanmoins dans ces différentes circonstances ils n'étaient pas réduits à l'esclavage domestique, dépouilles de toute propriété, exposés à être vendus à des étrangers, etc. Pendant qu'ils étaient le plus maltraités en Egypte, ils possédaient la contrée de Gesse n, où ils étaient exempts des fléaux que .Moïse faisait tomber sur les Egyptiens, Exod., c. ix, v. 26, elc.
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Losque par une victoire ils avaient secoué Je joug dis Philistins, dos Moabites, ou des Chananéens toute servitude cessait. Les incrédules qui ont abusé de ce terme pour en conclure que les Hébreux ont toujours été esclaves, ont cherché à en imposer aux ignorants. Quant à la servitude domestique ou à l'esclavage proprement dii, nous avons prouvé ailleurs que Moïse n'a point prêché contre le droit naturel, lorsqu'il l'a toléré parmi les Israélites. Voy. Esclavage. On ne doit pas prendre non plus à la rigueur les passages de l'Ecriture sainte, dans lesquels il est dit que par la concupiscence l'homme est esclave du péché, captif ou réduit en servitude sous la loi du péché, etc. Saint Paul, qui se sert de ces expressions, nous déclare que par esclavage et servitude il entend une obéissance volontaire. Ne savez-vous pas, dit-il, Ram., c. vi, v. 16, que vous vous rendez esclaves de celui à qui vous vous présentez pour obéir, ou du péché pour en recevoir la mort, ou de la justice pour en suivre les mouvements?. ...A présent, délivrés du péché, vous êtes devenus esclaves de la justice. G. vu, v. 23 : Je vois dans mes membres une loi qui combat contre ce'le de mon esprit, et qui me captive sous la loi du péché.... J'obéis donc (set\io)par l'esprit à la loi de Dieu, et par la chair à la loi du péché, etc. Ceux qui ont conclu de là que l'homme n'est pas libre, qu'il est assujetti à la nécessité de pécher, que Dieu lui impule des péchés dont il n'est pas le maître de s'abstenir, etc., ont élrangement.abusé des termes. On doit donc entendre dans le même sens que saint Paul ce que disent communément les théologiens, que par le péché originel l'homme naît esclave du démon. Celte expression ne se trouve point dans l'Ecriture sainte, et le concile de Trente a seulement décidé qu'Adam par son péché a encouru la mort, et avec la mort la captivité sous la puissance de celui qui a eu ïempirede la mort, c'est-à-dire du démon; sess. 5, de Pec. orig.,cnn. l.Or, ces mêmes paroles dans saint Paul, Hebr., c. h, v. ik, ne signifient rien autre chose que la nécessité de mourir. Il est absurde de les entendre dans ce sens, qu'un enfant qui vient de naître est possédé du démon tant qu'il n'est pas baptisé, et d'oublier que Jésus-Clirist par sa mort a détruit l'empire et le pouvoir du démon. Ibid.
SÉTHIENS ou SÉTHITES, hérétiques du il' siècle, qui honoraient particulièrement le patriarche Seth, fils d'Adam; c'était une branche des valentiniens. Ils enseignaient que deux anges avaient créé, l'un Caïn, et l'autre A bel; qu'après ia mort de celui-ci la grande vertu avait fait naître Seth d'une pure semence. Sans doute ils entendaient par la grande vertu la puissance de Dieu; mais on ne nous dit pas si c'est elle qui avait produit Ses anges, dont les uns étaient boi s et les autres mauvais. Ces sectaires ajoutaient que du mélange de ces deux espèces d'anges était née la race d'hommes vicieux que la grande vertu lit périr par le déluge, qu'une partie de leur n é hâneeté pénétra dans i'ar-
che, et de là so répandit dans le monde. Celte hypothèse ab>urde n'avait donc été imaginée que pour rendre raison du bien et du mal qui se trouvent dans l'univers; il en était de même du système des différentes sectes de gnostiques.
Théodorel a confondu les séthiens avec les ophites, et peut-être n'y avait-il entre eux d'autre différence que la vénération superstitieuse des premiers pour le patriarche Seth ; ils disaient que son âme avait passé à Jésus-Christ, et que c'était le même personnage; ils avaient forgé plusieurs livres sous le nom de Seth et des attires patriarches. Saint Irénée, advers. Hœres., 1. i, c. 7 et seq.; Terlullien, de Prœsaip., c. 47; saint Epiphane, llœr. 31.
SÉVÉRIENS, branche des encraliles, hérétiques du n" siècle, qui avaient eu Tatien pour premier auteur; un certain Sévère lui succéJa et se fit un nom dans la secte. On ne sait s'il suivit exactement la doctrine de son maître; il est probable qu'il y ajouta du sien. Pour rendre raison du bien et du mal qu'il y a dans le monde, il imagina qu'il était gouverné par une troupe d'espriis dont les uns sont bons , les autres mauvais : les premiers, disait-il, ont mis dans l'homme ce qu'il y a de bien soit dans le corps soit dans l'âme, comme la raison, les penchants louables, les parties supérieures du corps; les seconds y ont fait ce qu'il y a de mauvais, la sensibilité physique, les passions, source de toutes nos peines, les parties inférieures du corps, etc. On doit de même attribuer aux premiers les aliments utiles à la santé et à la conservation de l'homme, l'eau et toutes les nourritures saines; aux seconds, tout ce qui nuit à la bonne constitution du corps , comme le vin et les femmes.
Quelques-uns des auteurs qui ont parlé des sévériens disent que, selon ces hérétiques, les bons et les mauvais anges qu'ils admettaient étaient subordonnés à l'Etre suprême; mais il serait bon de savoir en quoi consistait cette subordination. S'ils en dépendaient pour agir, si l'Etre suprême pouvait les en empêcher, il était responsable de tout le mal produit par ces agents secondaires, et leur action prétendue ne servait de rien pour expliquer l'origine du mal. S'ils étaient indépendants, ils bornaient donc la puissance de l'Etre suprême; ils y mettaient obstacle, ils étaient plus puissants que lui, et l'on ne voit plus en quel sens on peut l'appeler l'Etre suprême. Tout ce système était inutile et absurde. — Eusèbe et Théodorel nous apprennent que les sévériens admettaient la loi, les prophètes et les Evangiles; qu'ils rejetaient les Actes des apôtres- et les Lettres de saint Paul. Saint Augustin dit qu'ils rejetaient l'Ancien Testament, et qu'ils niaient la résurrection de la chair, quoique la plupart des encraliles pensassent autrement. Cela prouve qu'il n'y avait rien de fixe, de constant, d'uniforme parmi ces sectaires, non plus que parmi les autres hérétiques; chacun d'eux dogmatisait à son gré.
II ne faut pas confondre ces sévériens
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du iir siècle avec les partisans do Sévérus , patriarche d'Anlioche, qui,, nu vie siècle, forma un parti considérable parmi les eulyohiens ou mouophysites. Voy. Encratites , ËUTTCHIBNS.
SEXAGÊSIME. Yoy. Septimûésimb.
SEXTE. Yoy. Heures canoniales.
SIBYLLES, prophélesses que l'on suppose avoir vécu dans le paganisme, et avoir cependant prédit la venue de Jésus-Christ et rétablissement du christianisme, leurs prétendus oracles , composés en vers grecs , sont appelés oracles sibyllins. Ce que nous allons en dire est tiré, pour la plus grande partie, u'un Mémoire de l'Aca le'mic des Inscriptions, tom. XXIII, t'/i-V; t. XXXVIII, in-M, composé par M. Frérel, sur les recueils de prédictions, etc. Cette collection est divisée en huit livres; elle a été imprimée pour la première fois en ioio sur des manuscrits , et publiée plusieurs fois depuis avec d'amples commentaires. Les ouvrages composés pour et contre l'authenticité du ces livres sont en très-grand nombre ; quelques-uns sont très-savants, mais écrits avec peu d'ordre et de critique. Fabricius , dans le premier livre de sa Bibliothèque grecque, en a donné une espèce d'analyse, à laquelle il a joint une notice assez détaillée des huit livres tibyllins. Après de longues discussions il est demeuré certain que ces prétendus oracles sont supposés, et qu'ils ont été forgés vers le milieu du il* siècle du christianisme par un ou par plusieurs auteurs qui faisaient profession de notre religion; mais il est probable que d'autres y ont fait des interpolalions, et qu'il y en a eu plusieurs recueils qui n'étaient pas entièrement conformes.
On sait qu'avant le christianisme il y avait eu à Rome un recueil d'oracles sibyllins, ou de prophéties concernant l'empire romain : il y en avait eu même dans la Grèce du temps d'Aristote ei de Platon; m;iis les uns ni les autres n'avaient rien de commun avec ceux qui ont paru sous le christianisme : celui quia composé ces derniers s'est proposé d'imiter les anciens , et de faire croire que tous étaient de la même date , pour leur donner ainsi du crédit; mais la différence est aisée à démontrer. 1 Les oracles sibyllins modernes sont une compilation informe de morceaux détachés, les uns dogmatiques , ri les autres prophétiques, mais toujours écrits après les événements, et charges du détails fabuleux ou très-incertains. 2° Ils sont écrits dans un dessein diamétralement opposé à celui qui a dicté les vers sibyllins, que l'on gardait à Rome. Ceux-ci prescrivaient les sacrifices, les cérémonies, les féles qu'il fallait observer pour apaiser le courroux des dieux lorsqu'il arrivait quelque événement sinistre. Le recueil moderne , au contraire, est rempli de déclamations contre le polythéisme et contre l'idolâtrie , et parlerai on y établit ou l'on y suppose l'unité de Dieu. 11 n'y a presque aucun de ci s morceaux qui ait pu sortir de la plume d'un païen; quelques-uns peuvent avoir été fiiis par des juifs, mais le plus grand nombre
respirent le christianisme, et sont l'ouvrage des hérétiques. 3° Selon le témoignage de Ccéron, les vers di>s sibylles conservés à Rome, et ceux qui avaient cours dans la Grèce, étaient des prédictions vagues, conçues dans le style des oracles, applicables à tous les temps et à tous les lieux, et qui pouvaient s'ajuster aux événements les plus opposés. Au contraire, dans la nouvelle collection, tout est si bien circonstancié, que l'on ne peut se méprendre aux faits que l'auteur voulait indiquer, k" Les anciens étaient écrits de telle sorte, qu'en réunissant les lettres initiales des vers de chaque article, on y retrouvait le premier vers de ce même article; rien de semblable n'est dans le nouveau recueil. L'acrostiche inséré dans le huitième livre, et qui est tiré du discours de Constantin au concile de Nicée, est d'une espèce différente; il consiste en trente-quatre vers, dont les lettres initiales forment le 'Iïjctoûs- Xpia-zie, Q^ov Ylôç , z«nj/j, rrtevfir, mais ces mots ne se trouvent point dans le premier vers. 5° La plupart des choses que contiennent les nouveaux vers sibyllins n'ont pu être écrites que par un chrétien ou par un homme qui avait lu l'histoire de Jésus-Christ dans les Evangiles. Dans un endroit l'auteur se dit enfant du Christ; il assure ailleurs que le Christ est le Fils du Très-Haut; il désigne son nom par le nombre 883, valeur numérale des lettres du mot 'ir.trovç dans l'alphabet grec. 6° Dans le cinquième livre, les empereurs Antonin, Marc-Aurèle, et Lucius Vérus sont clairement indiqués; d'où l'on conclut que cette compilation a été faite ou achevée entre les années 138 et 167; d'autres disent entre 169 et 177. Elle renferme encore d'autres remarques chronologiques qui nous indiquent cette même époque.
Josèphe, dans ses Antiquités judaïques, 1. xx % c. 16, ouvrage composé vers la treizième année de Domitien, l'an 93 de notre ère, cite des vers de la sibylle, où elle parlait de la tour de Babel et de la confusion des langues, à peu près comme dans la Genèse; il faut donc qu'à cette époque ces vers aient déjà passé pour anciens, puisque l'historien juif les cite en confirmation du récit de Moïse. De là il résulte déjà que les chrétiens ne sont pas les premiers auteurs de la supposition des oracles sibylli7is. Ceux qui sont cités par saint Justin, par saint Théophile d'Anlioche , par Clément d'Alexandrie et par d'autres Pères , ne se trouvent point dans notre recueil moderne, et ne portent point le caractère du christianisme; ils peuvent donc être l'ouvrage d'un juif platonicien. Lorsque l'on fit sous Marc-Aurèle la compilation de ceux que nous avons à présent, il y avait déjà du temps que ces prétendus oracles avaient acquis un certain crédit parmi les chrétiens. Cclse, qui écrivait quarante ans auparavant sous Adrien et ses successeurs , parlant des différentes sectes qui partageaient les chrétiens, supposait une secte de sibyllisles. Sur quoi Origène observe, I. v, n. 61, qu'à la vérité ceux
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d'entre les chrétiens qui ne voulaient pas regarder la sibylle comme une prophétesse, désignaient par ce nom les partisans de l'opinion contraire, mais qu'il n'y euljamais une socle particulière de sibylïistes. Celse reproche encore aux chrétiens, I. vu, n. 55, d'avoir corrompu le texte des vers sibyllins, et d'y avoir mis des blasphèmes. 11 entendait par là sans doute les invectives contre le polythéisme et contre l'idolâtrie; mais il ne les accuse pas d'avoir forgé ces vers. Origène répond en défiant Celse de produire d'anciens exemplaires non altérés. Ces passages de Celse et d'Origène semblent prouver, 1° que l'authenticité de ces prédictions n'était point alors mise en question , et qu'elle était également supposée par les païens et par les chrétiens; 2° que parmi ces derniers il y en avait seulement quelques-uns qui regardaient les sibylles comme des prophétes^es , et que les autres, blâmant celte simplicité, les nommaient les sibylïistes. Ceux qui ont avancé que les païens donnaient ce nom à tous les chrétiens, n'ont pris le vrai sens ni du reproche de Celse ni de la réponse d'Origène. C'est l'erreur dans laquelle est tombé l'auteur d'un autre mémoire, dont l'extrait se trouve dans VHist. de VAcad. des Inscrip., lom. XIII, î'rt-12, p. 150; il dit que les païens s'aperçurent de la supposition des vers sibyllins: qu'ils la reprochèrent aux premiers apologistes, et qu'ils leur donnèrent le nom de sibylïistes. Ces trois faits sont également faux. On ne pouvait leur reprocher ri: n autre chose que de citer une collection de ces oracles différente de celle qui était gardée à Rome par les pontifes; mais il n'est jamais venu à l'esprit de personne de les comparer pour voir en quoi consislait la différence.
Peu à peu l'opinion favorable aux sibylles devint plus commune parmi les chrétiens. On employa ces vers dans les ouvrages de controverse avec d'autant plus de confiance, que les païens eux-mêmes qui reconnaissaient les sibylles pour des femmes inspirées, se retranchaient à dire que les chrétiens avaient fahifié leurs écrits : question de fait qui ne pouvait être décidée que par la comparaison des différents manuscrits. Constantin était le seul qui eût pu faire celte confrontation, puisque, pour avoir permission •ie lire le recueil conservé à Rome, il fallait un ordre exprès du sénat. 11 n'est donc pas étonnant que saint Justin, saint Théophile d'Anlioche , Athénagore , Clément d'Alexandrie, Laclance, Constantin dans son discours au concile de Nicée, Sozomène, etc., aient cité les oracles sibyllins aux païens , sans craindre d'être convaincus d'imposture; il y en avait un recueil qui était plus ancien qu'eux. Comme les auteurs de ces oracles supposaient la spiritualité, l'infinité, la touie-puissanee du Dieu suprême, que plusieurs blâmaient le culte des intelligences inférieures et les sacrifices , et semblaient faire allusion à la triuilé platonicienne, les Auteurs chrétiens crurent qu'il leur était garnis d'alléguer aux païens cette autorité
qu'ils ne contestaient pas, et de les battre ainsi par leurs propres armes. Nous convenons que, pour en prouver l'authenticité, les Pères alléguaient le témoignage de Cicéron , de Varron et d'autres anciens auteurs païens, sans s'informer si le recueil cité par les anciens était le même que celui que les Pères avaient entre les mains, sans examiner si celui-ci était fidèle ou interpolé; ryais, puisque cet examen ne leur était pas possible, nous ne voyons pas en quoi les Pères sont répréhensibles. Les règles de l'a critique étaient alors peu connues; à cet égard les plus célèbres philosophes du paganisme n'avaient aucun avantage sur le commun des auteurs chrétiens. Plutarque, malgré le grand sens qu'on lui attribue , ne paraît jamais occupé que de la crainte d'omeltre quelque chose de tout ce que Ton peut dire de vrai ou de faux sur le sujet qu'il traite. Celse, Pausanias , Philostrate, Porphyre, l'empereur Julien, etc., n'ont ni plus de critique ni plus de méthode que Plutarque. 11 y a de l'injustice à vouloir que les Pères aient été plus défiants et plus circonspects'. Comme la nouveauté de la religion chrétienne est un des reproches sur lesquels les païens insistaient le plus, parce que cette espèce d'argument est à portée du peuple, c'est aussi celui que nos apologistes ont le plus d'ambition de détruire. Pour cela ils ont allégué non-seulement des morceaux du faux Orphée, du faux Musée, et des oracles sibyllins, mais encore des endroits d'Homère, d'Hésiode et des autres poètes, lorsqu'ils ont paru contenir quelque chose de semblable à ce qu'enseignaient les chrétiens. L'usage que les philosophes faisaient alors de ces mêmes autorités rendaient cette façon de raisonner tout à fait populaire, et par conséquent très-utile dans la dispute. Aujourd'hui de fâcheux censeurs en blâment les Pères; mais eux-mêmes ne se font pas scrupule d'observer la même méthode, puisqu'ils nous objectent souvent des lambeaux tirés des auteurs pour lesquels nous avons le moins de respect. — Lorsque le christianisme fut devenu la religion dominante, on fit beaucoup moins d'usage de ces sortes de preuves; Origène, Terlultien, saint Cjprien. Minutius Félix , n'ont point allégué le témoignage des sibylles; Eusèbe, dans sa Prépara" lion évangélique , où il montre beaucoup d'érudition, ne le cite que d'après Joscphe; lorsqu'il rapporte quelques oracles favorables aux dogmes du christianisme, il les emprunte toujours de Porphyre , ennemi déclaré de notre religion. La manière dont saint Augustin parle de ces sorles d'arguments, montre assez ce qu'il en pensait. « Les témoignages . dit-il , que l'on prétend avoir été rendus à la vérité parla sibylle, par Orphée et par les autres sages du paga nisme que l'on veut avoir parlé du Fils de Dieu et de Dieu le Père, peuvent avoir quelque force pour confondre l'orgueil des païens; mais ils n'en ont pas assez pour donner quel qua autorité à ceux dont ils portent le nom. >> r '"'•- £' ' « *» <• «*. Dans ]-d Cité dt
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Dieu, I. xvm, c. 47, il ron vient que (on les ces prédictions attribuées aux païens po ti— vonl à la rigueur être regardées comme l'ouvrage îles chrétiens, et il conclul que ceux qui veulent raisonner juste doivent s'en tenir aux prophéties tirées «les livres conservés par les juifs nos ennemis.
Les controverses agitées dans les deux derniers siècles sur l'autorité de la tradition, ont jeté les critiques dans deux extrémités opposées. Les protestants, dans la vue de détruire la force du témoignage que portent les Pères louchant la croyance de leur siècle, oui exagéré les défauts de leur manière déraisonner, la faiblesse et même la fausseté de quelques-unes des preuves qu'ils emploient ; plusieurs catholiques au contraire se sont persuadés que c'en serait fait de l'autorité des Pères lorsqu'ils déposent de ce que l'on croyait de leur temps, si on ne soutenait pas la minière dont ils ont traité des questions indifférentes au fond delà religion. Consé luemment.ils ont défendu avec chaleur des opinions dont les Pères euxmêmes n'étaient peut-être pas trop persuadés, mais desquelles ils ont cru pouvoir se servir contre les païens, comme d'un argument personnel ; telle paraît avoir été celle du surnaturel des oracles. Cela n'est certainement pas nécessaire pour conserver à l'enseignement dogmatique des Pères tout le poids qu'il doit avoir.
Mais comment excuser la témérité des protestants, qui, pour rendre raison de la multitude des livres supposés dans le il' et le il*" .«- i c c I e de l'Eglise, ont dit que, suivant le sentiment commun des anciens Pères, il était permis de se servir de mensonges, d'impostures, de fraudes pieuses, pour établir la vérité ; qu'ils ont suivi ce principe dans les disputes qu'ils ont eues avec les païens ; qu'ils l'avaient puisé chez les Egyptiens et dans les leçons des philosophes de l'école d'Alexandrie? Déjà nous avons réfuté <elte calomnie dans les articles Economie et FitAïuE pieuse, avec toutes les preuves dont It-s protestants veulent relayer ; mais ils la répèlent si souvent et avec tant de confiance, que l'on ne peut trop la détruire. I" Nous ne concevons pas comment des maîtres qui auraient fait profession, de tromper leurs,. disciples et leurs auditeurs, auraient trouvé quelqu'un qui voulût les écouler : à tout ce qu'ils auraient pu dire pour persuader, on aurait été en droit de répondre : Vous ne vous faites point de scrupule de mentir, de forger des faits, des dogmes, des livres : on ne peut el on ne. doit pas vous croire. Si les Pères avaient été dans ce principe, il sérail étonnant qu'aucun des héréliques contre lesquels ils ont disputé ne leur eût fait cette réponse. Nous n'eu voyons cependant aucune trace dans les anciens monuments. — ■ 2* Il serait loul aussi étonnant que les Pères de l'Eglise, en disputant contre les philosophes, eussent eu le front de leur reprocher un caractère fourbe el imposteur, s'ils avaient été eus. -mêmes infectés de ce vice, et si en avait pu les convaincre de quelque
supercherie. Nous défions Ieur9 accusateurs de citer aucun l'ail duquel il résulte qu'un des Pères ou un de nos apologistes a pu être convaincu d'une imposture, — 3° La confiance avec laquelle plusieurs ont cité les sibylles ne prouve rien ; un argument personne! ou ad liominnn fait aux païens ne sera jamais regardé par les hommes sensés comme un Irait de mauvaise foi. Les païens se vantaient d'avoir des oracles pour le moins aussi respectables que les prophéties des Hébreux ; Cclse, dans Origine, I. ,vu, n. 3; Julien, dans saint Cyrille, I. vi, p. 194, 198, citent nommément ceux delà sibylle; le recueil de ces derniers était connu partout. Les Pères profilent de ce préjugé, sans examiner s'il est vrai ou faux ; ils font voir aux païens que ces oracles sont favorables au christianisme : où sont ici la dissimulation, l'imposture, la mauvaise foi, les fraudes pieuses ? — 4° Ce sont des chrétiens, nous réplique-l-on, qui ont forgé ces oracles : voilà la fourberie. D'abord Celse, qui pouvait mieux le savoir que nos critiques modernes, accuse seulement les chrétiens de les avoir interpolés et d'y avoir mis des blasphèmes ; il ne les soupçonne pas d'en être les premiers auteurs. En second lieu , qui sont ces chrétiens ? Sont-ce les Pères euxmêmes, ou leurs disciples, ou les hérétiques? Nous soutenons que ce sont les gnostiques, el nous le prouvons, i" parce que c'étaient des philoophes sortis de l'école d'Alexandrie, et qui conservaient sous l'écorce du christianisme le caractère fourbe et menteur des philosophes ; 2° parce que les Pères, surtout Origène, leur ont reproché la hardiesse avec laquelle ils forgeaient de faux ouvrages ; Moshcim lui même est convenu de leurs impostures en ce genre, cl Beausobre en a cité plusieurs exemples ; 3° parce qu'il est incroyable que les Pères aient poussé l'audace jusqu'à produire en preuve du christianisme de fausses pièces dont ils auraient été eux-mêmes les fabriealeurs, ou dont ils auraient connu l'origine. Ce sont donc nos adversaires eux-mêmes qui se rendent coupables de fraude, lorsqu'ils mettent la supposition des oracles si!>yllins sur le compte des chrétiens en général, sans distinction, afin de donner à entendre que les Pères en ont été ou les partisans ou les complices. 5" Une autre affectation qui ressemble beaucoup à la mauvaise foi, est de confondre les différents recueils de vers sibyllins, au lieu qu'il faut en distinguer au moins trois. Le premier est celui que l'on gardait à Borne dans la base de la statue d'Apollon Palatin ; les Pères n'ont pas pu le voir, puisqu'il fallail pour cela un décret du sénat, el qu'il était défendu de le lire sous peine de morl : saint Justin, Apol. 1, n. 44. Aurélien fi: consulter les vers sibyllins l'an 270, Julien l'an 3(53, sur son expédition contre les Perses; on les consulta encore l'an 303, sous le lègue dllonorius ; nous ne savons pas si ces vers étaient les mêmes que ceux qui avaient eu cours dans la Grèce du temps d'A ri .loi': el de Platon. Ils nt aient cepeu-