‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 91 sur 219 · SI. H · texte numérisé non relu

SI. H

SIM

ceux qui avaient contracté un mariage légitime ; il ordonna aux magistrats de sévir également contre eux. Celte conduite imprudente fut la cause de la résistance qu'il éprouva et des troubles qui s'ensuivirent. Mosheim , Hist. ecclés., x* siècle , m' pari. , c. 2, §10; xie siècle, îrpart. ,c. 2, § 12. Une seule réflexion suffit pour justifier Grégoire Vil. Ses détracteurs conviennent que les remèdes employés jusqu'alors par les pontifes précédents n'avaient rien opéré; donc ce pape fut forcé de recourir à des moyens plus violents ; une preuve qu'il n'eut pas loi t , c'est qu'il eut plus de succès qu'eux. C est une dérision de prétendre que des prêtres et des moines avaient contracté un mariage légitime, en dépit de la discipline ecclésiastique qui leur interdisait le mariage. Jamais la nécessité de la loi du célibat ne fut mieux démontrée que dans ces temps malheureux , où l'infraction de celle loi entraîna la vente et l'achat des bénéfices pour avoir île quoi nourrir une femme et des enfants , le dérèglement et l'avilissement du clergé , le choix du concubinage par préférence à une apparence de mariage, la négligence des fonctions ecclésiastiques , etc. Il fallut instituer dos chanoines réguliers , pour rétablir Il discipline et la décence parmi le clergé. Traiter avec ménagement les prévaricateurs, c'eût été un moyen sûr de perpétuer le scandale ; la résistance qu'ils firent , les clameurs et les troubles qu'ils excitèrent , prouvent la grandeur du mal, et non l'imprudence du remède. Vày. Céliijat.

S1MON1ENS, seclaires du i,r siècle de l'Eglise , attachés au parti de Simon le Magicien, duquel il est parlé dans les Actes des apôtres , c. vin , v. 9 et suiv. Ce personnage était de Samarie et juif de naissance ; après avoir éludié la philosophie à Alexandrie, il professa la magie , folie assez ordinaire aux philosophes orientaux , cl il persuada aux Samaritains, par de faux miracles, qu'il avait reçudeDicuun pouvoir supérieur pour léprimer et pour dompter les esprits malins qui tourmentent les hommes. Lorsqu'il vit les prodiges que l'apôtre saint Philippe opérait par la puissance divine , il se joignit à lui dans l'espérance d'en faire aussi de semblables, il embrassa la doctrine de Jésus- Christ et reçut le baptême. Ayant vu ensuite que saint Pierre et saint Jean donnaient le Saint-Esprit par l'imposition de leurs ma ns, il leur offrit de l'argent pour obtenir d'eux le même pouvoir, afin d'augmenter ainsi ses richesses, son crédit et sa répulalion. Mais saint Pierre lui reprocha sévèrement la méchanceté de ses intentions et la vanité de ses espérances, et le menaça d'un châtiment rigoureux. Simon , piqué de celte réprimande, abandonna entièrementle parti des chrétiens, reprit la pratique de la magie , et, loin de prêcher la foi en Jésus-Christ, il s'opposa tant qu'il put aux progrès de l'Evangile , et il parcourut plusieurs pays dans ce dessein. Ainsi on doit moins le regarder comme un hére iaïquc que comme un des imposteurs

ou des faux messies qui parurent en Judée après l'ascension de Jésus-Christ.

Presque tous les anciens qui en ont parlé, ont cependant présenté Simon comme le chef ou le premier auteur de la secte des gnosliques; mais ceux-ci peuvent avoir suivi le même système elles mêmes erreurs , sans les avoir reçus de lui et sans avoir été ses disciples ; ils peuvent les avoir pris dans la même source que lui , à savoir dans l'école d'Alexandrie. H eut cependant des partisans en assez grand nombre ; Eusèbe et d'autres auleurs nous apprennent que la secle des simoniens dura jusqu'au commencement du Ve siècle. Comme ces sectaires ne se faisaient point de scrupule de l'idolâtrie , et ne s'exposaient point au martyre, les païens ne les regardèrent point comme chrétiens, et les laissèrent en repos.

Il y a beaucoup de variété et même d'opposition entre ce que les anciens ont dit des actions de cet imposteur et de ses opinions; c'est ce qui a porté quelques savants modernes à imaginer qu'il y a eu deux personnagesnommés Simon, l'un magicien et apostat, duquel les .de/es desApôlres font mention, l'autre hérétique gnoslique. C'est le sentiment que Beausobre s'est efforcé d'établir, Hist. du manich., tom. II, I. vi, c. 3, § 9, surtout dans sa Dissertation sur les adamiles. Mosheim, qui, dans ses divers ouvrages , a examiné dans le plus grand détail ce qui concerne Simon, ses sentiments et sa secle , juge que celle conjecture de Beausobre n'est ni prouvée ni probable; Dissert, ad Hist. eccles. , t. II, p. 60; 1ns lit. Hist. christ., saec. i, ne part., cap. 5 , § 12. — Saint Epiphanc rapporte que Simon conduisait avec lui une femme perdue nommée Hélène , de laquelle il racontait des choses prodigieuses , à laquelle il attribuait la même vertu qu'à lui , et loi faisait rendre par ses partisans les mêmes honneurs. Beausobre, toujours porié à faire l'apologie de îeus les héréliques , prétend que saint Epiphane s'est trompé grossièrement par prévention ; que sous le nom de la prétendue Hélène, Simon entendait l'âme humaine, de laquelle il peignait allégoriquement l'origine , l'état , la destinée , sous l'emblème d'une femme qu'il était venu sauver , Hist. du manich., t. I , 1. i , c. 3 , § 2 ; t. II , I. vi , c. 3 , § 9. Mosheim soutient encore que cette imagination , toute ingénieuse qu'elle est , n'a aucun fondement ; qu'il n'est pas possible de rejelcr le témoignage formel de saint Irénée et des autres Pères plus anciens que saint Epiphane, qui ont parlé aussi bien que lui A' Hélène, comme d'une femme véritablement vivante. — D'autres anciens auteurs ont dit que Simon , étant venu exercer la magie à Rome , sous le règne de Néron, y rencontra saint Pierre avec lequel il eut de vives disputes ; qu'ayant promis aux Romains de voler, il s'éleva effectivement par magie dans les airs , mais qu'il fut précipité en bas par les prières de saint Pierre. Comme cette histoire n'a point d'autres garants que des auleurs très-suspecls et des monuments apocryphes , il n'est guère

SIM

SIM

possible d'> ajouter foi. — Saint Justin , Apol. 1, n. 26 et 5G , parlant aux empereurs,

dit q uo Simon est honoré par les Komains comme un dieu ; qu'il a vu dans une île du Tiare sa statue avec cette inscription : Simon/sancfo. Aucun des anciens n'avait révoqué en doute celle narration de saint Justin ; mais sous le pontifical de Grégoire XM1, l'on déterra dans une île du Tibre le piédestal d'une statue avec l'inscription Simoni Sanco deo Fidio sacrum; l'on a conclu quesaint Justin , trompe par la ressemblance du nom, et Taule d'cntendicla langue latine, avait pris la statue de Semo Sancus, dieu de la bonne foi , pour l'image de Simon le Magicien. Le savant éditeur des œuvres de saint Justin soutient que cette erreur n'est pas possible ; que suint Justin a demeuré assez longtemps à Home pour corriger sa méprise s'il avait élé trompé , et qu'après tout la conjecture des modernes peut n'être qu'une imagination.

Quoi qu'il en soit , voici , selon Mosheim, à quoi se réduisaient les opinions de Simon. Il admettait un Être suprême , ( lernel , bon et bienfaisant de sa nature ; mais , comme tous les philosophes orientaux , il supposait aussi l'éternité de la matière. 11 pensait comme eux que la matière , mue de lou'.e éternité par une activité intrinsèque et nécessaire , avait produit par sa force ignée , clans un certain temps et de sa propre substance, un mauvais principe , un être intelligent et malfaisant qui exerce toujours son empire sur elle. Est-ce celui-ci qui a produit une infinité dVons , de génies ou d'esprits inférieurs qui oui arrangé la matière pour former le monde , qui le gouvernent cl disposent ici- bas du sort des hommes? ou est-ce le Dieu bon qui a iiré de sa substance des anges et des âmes dans te dessein de les rendre heureuses et parfaites , mais desquelles le mauvais principe cl ses éons sont venus à bout de se rendre maîtres, de les eufermer dans des corps matériels, de les y asservir aux misères et aux faiblesses inséparables de la m.ilière? Cela n'csl pas aisé a décider, parce que les anciens qui oal parlé des rêveries de Simon el des simoniens, ne se sont pas expliqués assez clairement là-dessus ; mais l'une et l'autre de ces suppositions sont également absurdes. Nous savons seulement par leur témoignage que, suivant ce que prétendait Simon , le plus pariait des divins éons résidait dans sa personne qu'un autre éoa , de sexe féminin , habitait dans sa maîtresse Hélène; que lui Simon était, envoyé de Dieu sar la terre pour déiruire l'empire des esprits qui ont créé ce inonde matériel , el pour délivrer Hélène de leur puissance et de leur domination.

Il n'esl pas nécessaire de nous arrêter à remarquer toutes les absurdités de celle hypothèse , nous les avons déjà fait apercevoir en. parlant des dilTerenies sectes de gnostiques ; nous avons montré que tous les systèmes de philosophie orientale ne servent à rien pour expliquer l'origine du mal ; qu'en > uulu t é. iter une difficulté, les philososphcs

en ont fait naître de plus grandes ; que le seul dogme vrai , démontrable et qui satisfait à tout, est celui de la création. Voij.

M tftCIOtUTBS , M-ANICUÊRNS , MkNANDMENS ,

Cmunthikns , etc.; nous y reviendrons encore au mot Valentiniens. Il nous suffit d'observer que, suivant l'opinion de tons ces anciens hérétiques , aucune de nos actions n'est libre , puisque nous sommes sous l'empire lyrannique de prétendus éons auxquels nous ne sommes pas maîtres de régler ; qu'ainsi, à proprement parler, aucune n'est moralement ni bonne ni mauvaise; que la chair et loules ses opérations sont nécessairement impures , mais qu'en cédant au mouvement des passions nous ne péchons point. On voit d'abord combien est détestable celle morale; elle ne pouvait pas manquer d'être suivie dans la pratique par la plupart de ceux qui l'enseignaient : ainsi nous ne devons pis douter des désordres que les Pères de l'Eglise ont imputés aux anciens hérétiques , el en particulier aux simoniens.

SIMPLICITÉ , attribut de Dieu par lequel nous le concevons comme parfaitement un , comme un Lire qui non-seulement n'est point composé de parties , mais auquel il ne survieut aucune modification nouvelle qui change son étal; ainsi la simplicité parfaite renferme nécessairement l'immutabilité aussi bien que la spiritualité ou la notion de pur espril. Un esprit créé est aussi un être simple , exempt de composition et de parties ; mais il lui survient des modifications , des pensées , des connaissances, des désirs , des volontés qu'il n'avait pas ; dans ce sens il change , il n'est pas toujours le même. En Dieu tout est éternel : il a connu et il u voulu de toute éternité ce qu'il connaît et co qu'il veut aujourd'hui , et toul ce qu'il connaîtra el voudra jusqu'à la fin des siècles ; il ne peul rien perdre ni rien acquérir : Je suis, dil-il , celui qui est; je ne change point [Malaeh. ni , G).

Les philosophes qui n'ont poinl élé éclairés par la révélation n'ont jamais eu celte idée. sublime de la Divinité, mais les juifs l'avaient puisée dans les leçons que Dieu avait données à leurs ancêtres ; un historien latin leur a rendu ce témoignage : « Les juifs, dit-il, conçoivent Dieu par la pensée seule , comme un Lire unique , souverain , éternel, immuable et immortel.» Judœi mente sola unumque

Numen intellirjunt summum illud et

œlenium, neque mutabile, neque interitururn, Tacite, llisl., I. v, cap. 5. Mais il n'est pas possible d'avoir celle notion pire de Dieu, que l'on n'ait aussi celle de la création. Voy. ce mol et Spiritualité.

Simplicité , vertu chrétienne , que l'on appelle aussi candeur, ingénuité; c'e:;l l'opposé de la duplicité , de la ruse , du caractère soupçonneux et défiant. Une âme simpie dil naïvement ce qu'elle pense, croil aisément ce qu'on lui dil, ne se défie de personne, présume toujours le bien piulôt que le mal ; c'est le propre de l'innocence. Un homme vicieux el fourbe ne s'ouvre jamais, il se. défie de tout le monde , il croît que les autres

SJN

SOC

sont encore plus pervers que lui. Ayez , dit Jèsus-Ch.' isl , la prudence du serpent et la simplicité de la colombe (Matth. x , 16). La simplicité n'exclut dune pas la prudence ni les précautions , mais elle bannit la finesse , la défiance excessive et mal fondée. Aucun des anciens philosophes n'a recommandé cette vertu ; tous l'auraient regardée comme un défaut plutôt que comme une bonne qua-» ).ié; elle n'entrai! point dans leur caractère, elle ne se trouve point non plus dans leurs livres ; chez les nalions devenues philosophes , la simplicité est presque une injure , elle passe pour imbécillité.

SIMULACRE. Voy. Paganisme.

SINAI , montagne voisine de l'Arabie et de la mer Rouge , sur laquelle Dieu donna sa loi aux Israélites aprèsleur sortie de l'Egypte» Il est dit dans YExode, cap. xtx et xx, que dans celte circonstance toute la montagne de Sinaï était couverte d'une épaisse nuée , qu'il en sortait des éclairs accompagnés du bruit du tonnerre et d'un son de trompettes qui inspirait la terreur; que tout le peuple se tint au bas et autour de la montagne , sans oser en approcher ; que Dieu lui-même prononça les commandements du Décalogue, et que tout le peuple l'entendit. Nous ne connaissons aucun incrédule qui ail entrepris de prouver que tout cet appareil fût une illusion et un effet de l'art. Les Israélites étaient au nombre de deux millions , puisqu'il y en avait six cent mille en état de porter les armes. Aucun arl humain ne peut rendre fumante une montagne aussi étendue que le mont Sinai, en faire sortir le tonnerre et des éclairs capables d'effrayer une aussi grande multitude ; Moïse seul et Aaron son frère osèrent entrer dans la nuée et s'approcher du lieu où Dieu parlait. D'ailleurs on n'a jamais vu sur celle montagne aucun vestige de volcan. — Dira-t-on que c'est une fable? Moïse prend à témoin de ce prodige les Israélites eux-mêmes quarante ans après, Dent., c. v, v. 5 , 22 et seq. Le visage de ce législateur orné de rayons de lumière depuis ce moment , était un autre prodige habituel qui faisait souvenir du premier. Exod., c. xxxiv, v. 29. Enfin, il établit pour monument la lête des Semaines ou de la Pentecôte , et celle fêle fut célébrée par ceux mêmes qui avaient été spectateurs de ces divers événements , ibid., v. 22. Deux millions d'hommes n'ont pas pu consentir à célébrer contre leur conscience une fête de laquelle ils auraient connu l'imposture. Le miracle seul de Sinaï su. fil pour attester la divinité de la loi de Moïse.

On peut faire une objection contre son, histoire. Exod., cap xix , il répèle plus d'une fois que cela s'est passé sur le mont Sinaï, et Deut., c. v, v. 2, il dit que c'a élé sur le mont Iloreb. Mais les voyageurs et les géographes anciens et modernes nous apprennent que Iloreb et Sinaï sont deux sommets de la même montagne, dont l'un regarde Tldumée et l'autre l'Arabie, et que celui-ci est le plus élevé. 11 y a aujourd'hui, et depuis plusieurs siècles , un monastère et

une église de Sainte Catherine sur le mont Sinaï , dans le lieu où l'on croil que Dieu lui -même a dicté ses lois.

SINDON. V0y. Suaire. .

SINISTRES ou GAUCHERS. Voy. Sabba-

Page 1