‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 92 sur 219 · TIENS · texte numérisé non relu

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* SOCIALISME, c Le grand problème social, dit M. Maupied, est en ce moment l'objet du travail de l'univers; c'est principalement l'objet de toute l'activité française. Chacun le médite, chacun cherche à le résoudre, et tous ces étions sont louables, Dm-n plus, il y a obligation pour chacun de faire part à ses fi èi es des élémenis de solution que Dieu lui a inspirés, c'est un devoir de charité sociale. L'individu peut se tromper, et nul doute que beaucoup s'égareront en croyant avoir donné une solution, qui ne sera au fond que Sa négation ou l'absurde. Leurs efforts n'en seront pas moins luuables, pourvu qu'ils ne prétendent point exercer le despotisme sur la libené de leurs frères en cherchant par des moyens coupables à faire prévaloir leur pensée contre le vœu général, et contre les prim ipes éternels, il n'en est pas d'un problème social comme d'un problème de mathématique. Dans celui-ci, les données sont simples, elles sont des nécessités de logique, et la solution ne s'applique qu'à des êtres brutes ou à des idées ab olue-;. Dans le problème social au contraire, les données sont extrêmement complexes, la liberté de l'homme en exclut les nécessités, la solution s'applique à des êtres vivants, libres et moraux, et à des idées sociales toujours relatives à l'état de l'oumanilé des peuples et des nations. Cette immense différence repousse d me de prime-abord toute solution du problème social qui se prétendrait mathématique, quel que soit d'ailleurs le nom sous lequel elle se déguise. Ur toute solution sera au fond géométrique ou mathématique, toute* les lois qu'elle exclura une parie des d nnées sociales, ou qu'elle scindera la nature de l'homme pour ne la considérer que sous une seule face, parce qu'alors elle considérera l'homme comme une cho e brute, comme un être sans vie, sans liberté, i

Si les socialistes prenaient 1 1 nature humaine dans loule son étendue, qu'ils considérassent l'homme comme un être composé d'un corps et d'une ame immortelle, destiné à vivre en société sur ce;te lene pour parvenir, par l'accomplissement des devoirs de la véritable religion, au bonheur éternel, nous n'aurions pas tant à redouter de tous les systèmes qui se produisent, qui veulent mettre l'homme à la place de Dieu pour régénérer le monde. L'Anglais Owen fut le premier champion du socialisme. Après avoir été repoussé de l'Angleterre, il passa en Amérique vers 1825. Il y lit une profonde sensation. Hevenu dans sa pairie, il fut celle fois mieux écoulé, il forma une école qui s'esl répandue sur tout le continent. Voici comment Mgr Bouvier résume ses doctrines : < 1° L'homme, en paraissant dans le monde, n\«a| ni bon ni mauvais : les circonstances où il se trouve le font ce qu'il devient par la suite. 2° Comme il nu peut modifier son organisation ni changer les circonstances qui l'entourent, les sentiments qu'il éprouve, les idées el les convictions qui naissent en lui, les actes qui en résultent sont des f.uts nécessaires contre lesquels il reste désarmé : il ne peut donc en être responsable. 5° Le vrai bonheur, produit de l'éducation et de la santé, consiste principalement dans l'association avec ses semblables, dans la bienveillance mutuelle el dans l'absence de toute superstition. 4° La religion rationnelle est la religion de la charité : elle admet un Dieu créateur, éternel, infini, mais ne reconnaît d'autre culte que la loi naturelle, qui ordonne à l'homme de suivre les impulsions de la nature et de tendre au but de son existence. Mais Owen ne dit pas quel e,t ce but. 5° Quant à la société, le gouvernement doit proclamer une

i •; soc soc ir>

liberté absolue de conscience, r.bdiiioi empiète à rechercher, il le plus slupide des peuples

de peines ei de récompenses, ei {'irresponsabilité di serait celui dont tous les besoins seraient

l'individu, puisqu'il n'est pas. libre dans ses actes, satisfaits sans aucun travail. Celui à qui la

<j° Un homme vicieux ou coupable n'est qu'u-i ma- subsistance sérail donnée sans peine, la re-

l.ide, puisqu'il ne peut ctre responsable de ses ac- cevrdjt sans piajsjr. Nulle volupté sans désir,

!f>;«<»M*lMMVrn^|d0';C*>;j^;%^ et nul désir sans besoin. Tant que les peu-

1 enfermer comme un fou, s il est dangereux. / lou- , . . . , , A t

tes choses doivent être réglées de telle sorte que P*«s ichlyophages pourront vivre de la péclie,

rbaqee membre de la communauté soit pourvu des cl tant que les peuples chasseurs trouveront

meilleurs objets de consommation, en travaillant du gibier, ils demeureront dans le même

selon ses moyens et son industrie. S" L'éducation état , la sphère de leurs connaissances sera

doit être la même pour tous, et dirigée de telle sone toujours également bornée. Quand le soleil

qu'elle ne fasse éclore en nous que des sentiments roulerait encore pen lanl vingt mille ans son

conformes aux lois évidentes de notre nature. 9° L'é- or|)(, enflammé sur la zone lorride, le noir

gali.é parfaite et la communauté absolue : sont es ,,abi,anl de CcS conlrC€8 resterait toujours

seules règles possibles de la société. 10 Chaque , . , ,, ... .. , J ,

communauté sera de deux à trois mille âmes, et les d<"ls le. me,ne flal d 'g«"WailC0 ; il u a be-

diverses communautés, se liant ensemble, se l'orme- soin ni de se loger ni de se vêtir. C est le

tout en congrès. 11° Dans la communauté, il n'y peuple agriculteur qui éprouve ces besoins,

aura qu'une seule hiérarchie, celle des fonctions, et qui doit par conséquent chercher et dé-

laquelle sera déterminée par l'âge. 12° Dans le sys- couvrir les moyens de les satisfaire. Les

lème actuel de société, chacun est en lutte avec tous champs qu'il a défrichés le fixent auprès

et contre tous : dans le système proposé, l'assistance d-e(,x je |aureau qu/i| a subjugué, le che-

de tous sera acquise a chacun, et 1 assistance de clia- , , , domplé demandent un asile cou-

' Ceue formule 'du so'cialisme n'est pas celle de lre ,les ««jnre» ,de l'air : de la naît la première tonus les écoles. Il v a bien de, degrés dans le so- architecture. Il relire sous son toit les brecialteme. Quoique l'inflexible logique fasse aboutir bis qu'il a rassemblées, leur lait le désaltère, a&si-l aisément les divers systèmes à une même ah- cl leur (oison lui fournil des habits, surdité, ti. us cependant au premier aspect ne révol- C est donc chez les peuples agricoles qu'il teot pas également le bon sens et la morale. Disons- faui chercher l'origine de la civilisation; le même, quelques-uns de nos modernes réforma- c'est chez eux. que nous trouverons le berteurs, amis sincères de l'humanité et croyant de des sciences. Mais ,oul cVimû[ n>csl pi9 bonne loi aux rêves de. felinle qu ils enfantent pour . , ..„ ,. , " elle, om dans leur langage quelque chose de singu- ProPpe a, r«"df« agriculture nécessaire liéreme.,1 séduisant pour les à ..es simples et gêné- au- peuples qui 1 habitent, ni a la favoriser : reutes. Comme les anciens sophistes d'Alexandrie, lanl que les Arabes du désert habilcront qui mêlaient d ans leur enseignement la langue de cette contrée, ils seront bergers; les hibill'ion et celle de l'Evangile, ils empruntent au lants de la Pouille et de la Ca labre seront ihrislianisme quelques-uns de ses dogmes et de ses toujours agriculteurs. Mais la civilisation et piéceples, n'aspirant, disent-ils, qu'à les compléter ]a société ne sont pas la même chose ; quelposr en mirai assurer le icgiie sur la terre. Dépo- grossi,r et sauvage que soit l'homme, il suaires de la plénitude de la vente sociale, ce sont ^ , ° . „ , „ ■„ „ ,., „*;>,* i» „„ /. eux qui doivent ôter à l'homme le dernier anneau cherche du moins la socute d une épouse; de sa chaîne, cl bore fructilier ici-bas cette grande sa constitution, ses besoins, ses inclinations, doctrine de l'égalité et de la nvuerutté humaine don- prouvent la vente de celle parole du Créance au monde par Jésus-Christ, mais dont le germe leur : // n'est pas bon que l'homme soit seul. mal lécondé a besoin de recevoir son parlait épa- Malgré la fertilité du paradis, l'Ecriture ii uissement. nous dit que Dieu y avait placé l'homme

Le mal n'est point consommé; il est seulement à |Jour qu'ji en fût le cultivateur et le gardien, sa naissance e; grâce à Dieu, u est encore temps de Gen c> u V- 13> Cependant le sentiment du le conjurer. Soil qu il suisse de rétablir quelques b • avoas de , m ,. punit» de domine obsrurcis par (erreur; soit qu il ,. .. ' , , , Mine s'expliquer la vérité sociale telle que le chris- f,ra'1 pas l>our aoas en rendre les devoirs nanisme la piomulguée à travers les siècles, inter- respectables et sacres, si nous ne savions prêter le sens légitime des préceptes évaogéliques d'ailleurs que tel est l'ordre établi parla saoans leur application à l'organisation des sociétés gesse et la bonté du Créateur ; qu'en donhumaines, nous avons nos évèques, gardiens iucor- liant à l'homme le droit de jouir des avanruplibles delà vente dogmatique et morale; c'est à tages delà société, il lui a imposé l'obligation eus qu'il appartient de prendre en main le flambeau n'être utile à ses semblables, et de leur rende la vente et d cdairer les consciences. dre ,es mêmes scrviccs qu'U a droil d'exiger

SOCIETE. L'on convient assez que l'iiorn- d'eux,

me est destiné par la nature a vivre en so- Les philosophes modernes, qui ont rêvé

ciélé avec ses semblables ; que, réduit à une que la société humaine est fondée sur un

solitude absolue, il serait le plus malheu- contrat libre que les hommes ont formé en-

reux de tous les animaux. Ceux d'entre nos tre eux pour leur utilité mutuelle, n'ont pas

philosophes modernes qui se sont avisés de seulement compris le sens des termes dont

soutenir le contraire, n'ont persuadé per- ils se sont servis. 1° Ils ont supposé qu'avant

sonne ; le sentiment intérieur, plus fort que toute convention un homme ne doit rien à

tous les sophismes, suflil pour faire oublier un autre homme; c'est une erreur : il lui

leurs paradoxes. doit l'humanité, et l'humanité consiste en de-

L'Iiumme, dil très-bien un auteur moder- voira réciproques. Pour penser le contraire,

ne, l'homme ne connaîtrait rien s'il n'avait il faut penser que le genre humain est né

pas besoin d'apprendre; nous ne savons fortuitement, sans qu'aucun être intelligent

bien que ce que nous arons eu de la peine el sage ail préside à sa naissance; c'est

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)'atbéi«rae pur. Mais il est démontré que l'homme a un Créateur. Or Dieu, on créant l'homme, n'a pas pu, sans se contredire, lui donner le besoin de vivre en société sans lui imposer les obligalions de la vie sociale. C'est donc l'intention et la volonté du Créateur qui est le principe des lois de la société; le besoin en est le signe, mais il n'en est pas le fondement. 2° S il n'y a pas une loi antérieure qui oblige l'hmnme à tenir sa parole, à exécuter ce qu'il a promis, un contrai libre, une convention réciproque ne peut imposer une obligation à ceux qui l'ont formée ; la convention ne durera qu'autant que la même volonté subsistera ; l'homme demeurera le maître de maintenir la convention ou de la rompre quand il le voudra ; la même cause qui a formé le lien ou l'engagement sera toujours en droit de l'anéantir; ainsi le prétendu pacte social est une absurdité. o° Les premiers auteurs de la convention n'ont pas pu contracter pour leurs descendants ; ceux-ci naissent avec la même liberté naturelle que leurs pères. S'ils se trouvent blessés ou gênés par la société établie sans eux, qui les empêchera de la dissoudre, d'y renoncer et d'en violer les lois? La force, sans douie ; mais la force et le devoir ne sont pas la même chose ; la loi du plus fort est l'anéantissement de toute société, h' Indépendamment de toute convention, un père est obligé de conserver et d'élever les enfants qu'il a mis au monde; autrement le genre humain sciait bientôt détruit : les enfants à leur tour sonl obligés de respecter et d'aimer ceux qui leur ont donné la vie et I éducation ; autrement les pères et mères seraient tentés de les détruire, pour se décharger du soin très-pénible de les nourrir et de les élever. Puisque les enfants naissent avec le droit d'être conservés, ils naissent aussi avec le devoir d'être reconnaissants et soumis. En toutes choses droit et devoir sont corrélatifs, voyez ces deux mots ; l'un ne peut subsister sans l'autre.

Cette théorie, déjà évidente par elle-même, est authentiquement confirmée par la révélation ou par l'histoire de la création. Dieu dit au premier homme et à son épouse: Croissez, multipliez, peuplez la terre (Gen. i, 28); ils ne pouvaient la peupler qu'en conservant les fruits de leur union. Aussi, en mettant au monde son premier-né, Eve s'écrie par un sentiment de reconnaissance: Je possMe un homme par la grâce de bien, c. îv, v. 1. Ainsi, sans consulter les hommes, Dieu, auteur de leur être, de leurs inclinalions, de leurs besoins, a établi entre eux la société naturelle et domestique en Sanctifiant le mariage, en le rendant indissoluble, en les faisant naître tous d'un seul couple. Tous sont donc frères et unis par les liens du sang, Dieu leur a prescrit leurs devoirs à l'égard de leurs parents, ou directs ou colla teraux; l'Ecriture nous le fait sentir en donnant les noms de père et de frère à tous les (Ugtes de parenté, et le nom de prochain à tv.ut homme quel qu'il soit. Toute la religion des patriarches a^ ait pour objet de leur

inculquer celte grande vérité, que Dieu est le père des familles, le vengeur des droits du sang, qu'il a fait prospérer les peuplades qui lui ont été fidèles, qu'il a puni celles qui, en violant ses lois, ont résisté à la voix de la raison et de la nature.

Lorsque les familles ont été a^sez multipliées pour se réunir en corps de nation, Dieu a fondé la société nationale et civile, il a exercé d'une manière encore plus éclatante l'auguste fonction de législateur. Il n'était pas possible de les réunir toutes dans une seule société ; la distance des lieux, la différence du langage, les variétés de leur manière de vivre, s'y opposaient. Mais, en choisissant un seul peuple, Dieu a montré à tous les autres ce qu'ils auraient dû faire ; c'est une des raisons pour lesquelles il a établi la législation îles Hébreux par des prodiges dont te bruit a dû retentir ebez toutes les nations voisines. Les leçons et les lois qu'il a données par Moïse aux descendants d'Abraham, tendaient à leur apprendre que Dieu est le fondateur, le protecteur, le chef et le roi de la société civile; tous les devoirs de justice, d'humanité et de police leur étaient prescrits comme des devoirs de religion, parce qu'il n'y avait point de motif plus capable de les y rendre fidèles. Conséquemment le législateur ne cesse de leur répéter que c'est Dieu qui place les nations et les déplace, qui les élève où les humilie, qui les récompense de leurs vertus par la prospérité, ou qui les punit de leurs vices par des malheurs, qui leur donne !a paix ou la guerre, qui met à leur tète des sages, ou des hommes insensés et vicieux. Le patriotisme est donc un sentiment que Dieu approuve, lorsqu'il n'est pas poussé à l'excès et qu'il n'est pas opposé au droit des gens. Dieu n'a pas fondé la société civile pour détruire la société naturelle, mais pour la renforcer; les droits de l'une bien entendus ne nuisent point aux droits de l'autre, puisque tous sont également fondés sur la volonté et la loi de Dieu. Ceux qui ont prétendu que les ordres donnés aux Israélites dedétruire les Chanauceus étaient contraires au droit des gens et à l'humanité, ont très-mal raisonné; nous avons prouvé le contraire au mot Chananéens.

Lorsque des temps plus heureux sonl arrivés et que les peuples ont été capables de fraterniser, Dieu a envoyé son Fils unique; pour fonder entre eux une société religieuse uhiversdle. En Jésus-Christ, dit saint Paul, '1 n'y a plus ni juif, ni gentil, ni grec, ni barbare, nous sommes tous par lui un seul corps et une même famille ; il a ordonné à ses Apôtres de prêcher l'iïvangile à toutes les nations, il s'est proposé d'en faire un seul troupeau, de les rassembler dans un même bercail, sous un seul pasteur. Cette société sans doute ne déroge ni au droit naturel et civil, ni au droit drs gens, elle les confirme au contraire et les fait mieux connaître ; jamais ils n'ont été mieux aperçus qu'à la lumière de l'Evangile. Il suffit de. comparer i'étaldes nations eh éliennes avec

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relui des infidèles, pour sentir les obligations qu'ils ont tous à Jésus-Christ, sauveur du monde et législateur universel. La sagesse divine a pu seule dicter des leçons aussi conformes aux besoins et au* circonstances dans lesquelles se trouvait le genre humain, lorsque Jésus-Christ a paru sur la (erre. De faux politiques, des moralistes corrompus ne pouvaient manquer de censurer ses leçons divines, mais ils n'ont connu ni la véritable origine du droit naturel, ni celle du droit national et civil, ni le vrai fondement de toute société ; comment en auraient-ils aperçu, distingué et concilié les devoirs? La religion, disent-ils, rend les hommes insociables, elle inspire un zèle inquiet, injuste et souvent cruel. Mais la société nationale et civile inspire aussi souvent un patriotisme ambitieux, conquérant, dévastateur et oppresseur ; témoin celui des Romains : s'cnsuil-il que toutes les familles doivent demeurer isolées et sauvages, que c'est le mieux pour l'intérêt général du genre humain? Yoy. Religion, Zèle, etc.

Un auteur anglais a très-bien observé que la société humaine et les devoirs de la morale sont fondés sur quatre penchants naturels à l'homme; sa\oir, le désir de la vérité, l'amour de la société, le sentiment de l'honneur, l'estime de l'ordre. Or, la religion, beaucoup mieux que la raison, nous fait sentir le prix de la vérité et le vice du mensonge ; elle nous rend plus chers les hommes avec lesquels nous sommes obligés de vivre; elle met entre eux et nous de nouveaux iieus; elle nous montre en quoi consiste le véritable honneur ; elle nous fait respecter l'ordre comme l'ouvrage de Dieu même : en quel sens peut-elle nuire à l'esprit social ? — La société civile, parvenue au plus haut degré de perfection, est voisine de sa dégradation et de sa dissolution : triste vérité confirmée par l'expérience de tous h s siècles. La religion seule peut arrêter, ou du moins retarder le cours du torrent de la corruption; elle doit donc rendre la société civile plus stable, et l'on doit certainement attribuer à celte cause la durée pius longue des sociétés modernes que celles des anciennes

* SOCIÉTÉS SECRÈTES. Il y a une vieille maxime qui nous du que celui qui fait le mal hait la limiièrv. Les socié.és secrètes voulant se soustraire à la connaissance et à l'action du public, on peut sans le ii éiiié piésumer qu'elles ont de mauvais desseins. Elles n'uni pas sans douie louics le même but : les ui.es veulent renverser les pouvoirs temporels, les aunes détruire la religion, toutes poussent à quelque désoidre. Nous ne pouvons entrer ici dans le détail des sociétés secrèies. Nous avons parlé des frmicsmaçous et îles caibonnri aux articles qui les concernent. L'Egli-e ne pouvait demeurer iwlilléreiile à la vue des maux causés pir les sociétés secrètes : l*i« VII, dans sa bulle Ecclesiim a Jesu Lliristo, les a frappées d'anaibè.ne; Léon XII a renouvelé la coniliiiii.aiion d-s sociétés secrète e i général, et en particulier de celle qui était connue sous le nom il'univer$ila:re.

SOCINIENS, secte d'hérétiques qui rejettent tous les mystères du christianisme ; on Dict. dk Thbol. dogmatique. IV.

les nomme aussi unitaires, parce qu'ils n'admettent en Dieu qu'une seule personne. Ses chefs sont des théologiens, ou plutôt des philosophes qui, en raisonnant sur les dogmes du christianisme, se sont attachés à les détruire l'un après l'autre, et sont ainsi tombés dans une espèce de déisme ; plusieurs ont poussé les conséquences jusqu'au matérialisme et au pyrrhoiiisme. Un écrivain moderne, après avoir suivi le fil de leurs erreurs, a très-bien dit que leur méthode est l'art de décroire. Il est constant que le socinianisme est né de la prétendue réforme de Luther cl des principes sur lesquels ce novateur se fonda. Cette seele n'a pas eu pour premier auteur Fausle Socin dont elle porte aujourd'hui le nom ; elle avait commencé à éclore plusieurs années avant lui. En elle!, Luther commença de dogmatiser en 1517; dès l'année 1521 il se trouva aux prises avec Thomas Munlzer ou Muticer, Mcnno, et d'autres chefs des anabapiistes ; plusieurs de ces derniers donnèrent dans l'ariauisme, nièrent la divinité de Jésus- Christ, rejetèrent conséquemment les mystères de la sainle Trinité et de l'incarnation. On cite en particulier Louis Ileizer, Joai Campanus, un certain Claudius, etc.

Ceux d'entre les sociniens qui ont ccrit l'histoire de leur secîe et en ont recherché l'origine, disent que l'an 15M un nombre de gentilshommes italiens, qui as aient goûté la doctrine de Luther et de Calvin, eurent ensemble des conférences à Vicenco dans les états de Venise, et qu'ils formèrent le projet de bannir du christianisme tous les mystèresque Rernardin Ockin, Lélio Sozzini ou Socin, Valenlin, Genlilis, Jean-Paul Alciat et d'autres, furent formés à celte école. Mais Mosheim, qui a examiné avec soin cette histoire, dit qu'en supposant le fait de ces conférences, Ockin ni Lélio Sociu n'ont pu y assister, que d'ailleurs on ne put y former aucun point fixe de doctrine, tlîst. ecclés.,xv ,e siècle, sect. 3, ir part,, c. 4, § 7, notes. On sait aussi que ce n'est point Lélio Socin, mais Fausle son neveu, qui adonnéà toute la secte son nom et le système auquel elle s'est principalement attachée. Eu 153J, quinze ans avant l'époque des conférences, Michel Servet publia ses premiers ouvrages contre le mystère de la sainte Trinité ; en 1553 il Vint disputer à Genève contre Calvin sur ce même dogme, et il lui en coûta la vie. Voy. Servétistes. Mais Mosheim prétend qu'à proprement parler il ne forma point de disciples,-et que son système particulier mourut avec lui. Quoi qu'il en soit, Genlilis, Alciat, et d'auties qui pensaient comme eux, se retirèrent en Pologne, où les erreurs de Luther cl de Calvin avaient fait de grands progrès. Us y lurent joints par George Blandral, disciple de Luther, et ils y trouvèrent deux puissants protecteurs. Ils firent des prosélytes, ils formèrent des églises, ils tinrent des synodes, ils eurent des collèges et des imprimeries à leur usage, jusqu'à 1558. qu'ils lurent bannis par un.décrel de la diète de Pologne. Eu 1503, Ulandrut trouva le

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moyen d'introduire le socinianisme en Transylvanie, où il subsiste encore aujourd'hui. Ainsi, Lulhcr cl Calvin ont vu, avant de mourir, les conséquences auxquelles leurs principes devaient infailliblement aboutir.

Pendant un siècle, celte seele a produit dansda Pologne une multitude de savants. Outre ceux dont nous venons de parler, •Crellius, Smaiieus, Volkaîlius, Slichtingius, Wollzogen, Wissowats, Lubiéniclzki, etc., ont clé célèbres. Indépendamment du recueil de leurs ouvrages, intitulé : Bibliolheca fratrumPolonorwn, en dix volumes in-folio, ils ont tant écrit que, si tout était rassemblé et imprimé, il y aurait de quoi faire une bibliothèque très-nombreuse. Sandius, un de leurs écrivains, en a donné la liste sous le titre de Bibliolhrca Anti- Trinitariorum ; mais tout n'y est pas compris.

On conçoit qu'il n'a jamais pu y avoir beaucoup d'uniformité dans les sentiments d'une multitude de raisonneurs qui s'attribuaient tous le droit d'être les seuls arbitres de leur croyance, et d'entendre la doctrine de Jésus-Christ comme il leur plaisait. Pour s'établir dans la Pologne, ils commencèrent par s'unir à l'extérieur aux luthériens et aux calvinistes, qui avaient de nombreuses églises ; mais la différence de sentiments et la rivalité ne tardèrent pas de les désunir: •ils eurent ensemble de fréquentes disputes dans lesquelles les protestants n'eurent pas l'avantage, parce qu'on les battait parleurs propres armes. Enfin, les unitaires ayant trouvé des protecteurs dans plusieurs des grands seigneurs polonais, qui leur donnèrent asile dans leurs terres, ils rompirent mule société avec les prolestants l'an 1565, <H firent bande à part. Le principal siège de leur secte fut Racow ou Racovie; dans le district de Sandomir.

Oc fut vers l'an 1579 que Fausle Socin, neveu et héritier des sentiments de LéJio Socin, arriva en Pologne. 11 y trouva les esprits divisés en autant de sectes qu'il y avait «le docteurs : toutes ces prétendues églises n'étaient réunies qu'en unseul point, savoir, l'aversion contre le dogme de la divinité de Jésus-Christ. A force de disputes, d'écrits, de ménagements, de souplesse, Socin vint à bout de les rapprocher et de les amener à 5a même opinion, du moins à l'extérieur; il devint ainsi le principal chef de ce troupeau qui a retenu son nom. 11 mourut en i<30i. Mais il ne faut pas croire que tous aient jamais pu convenir d'une même profession de foi : jamaisil n'y eut entre eux d autre union «lue celle de l'intérêt et de la politique, lin 157'*, ils avaient pub.ié à Cracovie une espèce de formulaire decroyancs, sous le titre «le Catéchisme ou de Confession des Unitaires, Uans lequel, en parlant de la nature et de« pei fections de Dieu, ils gardaient un profond silence sur tous les attributs divins qui sont incompréhensibles. Ils y enseignaient que lésus-Chrisl , notre médiateur auprès de Dieu, est un homme promis anciennement à nos pères par les prophètes, et par lequel D,< u aciéé le nouveau monde, c'est-à-dire le

rétablissement du genre humain. Ils y représentaient le Saint— Esprit , non comme une personne divine, mais comme une qualité et une opération divine ; ils parlaient du baptême et de la cène à peu près comme les calvinistes, etc. Lorsque Eauste Socin eut aciuis du crédit parmi eux, il en composa un nouveau plus étendu et arrangé avec plus d'art; il le fil revoir et corriger par les docteurs les plus habiles de son parti; il le publia sous le titre de Catéchisme de Racow; et les sociniens supprimèrent, tant qu'ils purent, tous les exemplaires du catéchisme précédent. Au reste, cette confession de foi, la plus authentique qu'il y ail eu parmi eux, n'était faite que pour le peuple; aucun des savants ne prétendait s'y assujettir. Par le principe même de leur secte , ils étaient forcés de tolérer entre eux la diversité de croyance; nous verrons que sur le seul article de la nature de Jésus-Christ, ils étaient de trois ou quatre sentiments différents. Pourvu qu'un docteur n'affectât pas de dogmatiser publiquement et de censurer le sentiment des autres, on consentait de fraterniser aveclui ; et l'on nous vante aujourd'hui celte tolérance forcée comme un chef-d'œuvre de sagesse. Mais il est prouvé par des laits incontestables, que partout où les unitaires se trouvaient les maîtres, ils ne furent pas plus tolérants que les autres sectes. Une fois établis en Pologne, ils envoyèrent des émissaires prêcher sourdement leur doctrine en Allemagne, en Hollande, en Angleterre. Ils n'eurent pas beaucoup de succès en Allemagne; les protestants et les catholiques se réunirent pour les démasquer. En Hollande, ils se mêlèrent parmi les anabaptistes ; en Angleterre, ils trouvèrent des partisans parmi les différentes sectes qui partageaient les esprits dans ce royaume. Ainsi dispersés, ils furent désignés sous différents noms ; en Pologne, on les appela d'abord pinczowiens, racoviens, sandomiriens, cujaviens, frères polonais, ensuite nouveaux ariens, unitaires, anti-trinilaires, monarchiques, etc.; en Allemagne, anabaptistes et meunoniles ; en Hollande, latiludinaires et tolérants; en Angleterre, arminiens, coccéiens, quakers ou trembleurs, parce qu'on les confondait avec ces derniers; enfin, on lésa nommés partout unitaires et sociniens, et ce nom est devenu commun à tous les sectaires qui nient la divinité de Jésus-Christ.

H est constant que la plupart des arminiens sont devenus sociniens, sans faire ouvertement profession de celle hérésie; ils ont favorisé tant qu'ils ont pu les opinions et les explications de l'Ecriture sainte, imaginées par les unitaires. Comme l'arminianisme »'esl beaucoup répandu parmi les calvinistes, milgré la rigueur des décrets du synode d«; Dordrccth, le socinianisme a fait parmi eux les mêmes progrès. Au commencement de ce siècle, il a été soutenu assez ouvertement eu Angleterre par le docteur Whiston, déduise et mitigé par le docteur Clarke , embrassé par une infinité de membres du clergé auglictu; la liberté de penser qui règne dans

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ce pays lui est favorable ; déjà, dans plusieurs églises, on a retranché de l'office le symbole de saint Athanase. De nos jours le semi-aria nismcaélé soutenu à Genève dans dos thèses publiques. Yoy. Ahianismh, § i; Anibai*vistes, etc.

Mosheim convient dans son llistoircecclé., que le socinianisme a commencé en même temps que la réformalion ; s'il avait voulu être de bonne foi, il aurait avoué que les opinions des unitaires ne sont qu'une extension de celles de Luther et de Calvin, ou plutôt des conséquences très-directes du principe fondamental duquel ces deux réformateurs sont partis. Les siciniens euxmêmes en conviennent; l'auteurde {'Histoire du socinianisme imprimée à Paris en 1723, in-'*, le fait voir clairemeut ; il rapporte, ir' part., chap. 3, plusieurs expressions de Luther et de Calvin très-peu orthodoxes, et conformes à celles des semi-ariens louchant le mystère, de la sainte Trinité. A la vérité, Mosheim ne fait aucun cas de celte histoire; ce n'est, dit-il, qu'une misérable compilation des historiens les plus triviaux; elle est d'ailleurs remplie d'erreurs, et chargée d'une foule de choses qui n'ont aucun rapport ni avec l'histoire de Socin ni avec la doctrine qu'il a enseignée. Mais ces historiens triviaux sont les sociniens mêmes, et ces choses prétendues étrangères au sujet sont la généalogie des erreurs sociniennes , qui démontre que les réformateurs en sont les premiers pères ; il est aisé de s'en convaincre par le détail. En elle!, si l'on consulte le Catéchisme de Racow, dressé par Socin , et les écrits des principaux chefs de la secte, on voit qu'ils ont enseigné: 1° Que l'Ecriture sainte est la seule et unique règle de notre croyance; que, pour en prendre le vrai sens, il faut consulter les lumières de la raison; or, la première de ces deux propositions est la maxime fondamentale du protestantisme. Quant à la seconde, elle ne se trouve point, à la vérité, dans les confessions de foi des protestants, la plupart ont gardé le silence sur le guide que nous devons consulter pour prendre le vrai sens de l'Ecriture sainte; mais c'est justement ce qu'il aurait fallu d'abord établir. Plusieurs disent que la véritable interprétation de l'Ecriture doit être tirée de l'Ecriture même, mais c'e-.t un verbiage absurde. Lorsqu'après avoir rassemblé tous les passages de l'Ecriture qui concernent une question, et après les ii voir comparés, il reste encore du doute sur le sens dans lequel il faut les prendre, el que deux partis contestent encore sur ce point, nous demandons à quelle lumière il faut avoir recours, selon l'opinion des protestants. Quelques-uns ont avoué qu'alors c'est l'esprit particulier dechaquo fidèle qui le guide ; or, cet esprit esl-il autre chose que la droite raison, comme le veulent les sociniens ? D'autres ont dit qu'alors Dieu I ur accorde la lumière du Saint-Esprit; mais on leur a représenté cent lois que cette confiance est un enthousiasme et un fanatisme p'ir; qu'un protestant n'a pi\- pius

raison de se croire inspiré du Saint-Esprit qu'un socinien ou que tout autre sectaire. Mosheim fait très-bien sentir les consé* quences funestes du principe des sociniens. Par la droite raison, dit-il, ils entendent la portion d'intelligence et de discernement que la nature a donnée à chaque particulier; d'où il s'ensuit qu'une doctrine ne doit être reçue comme vraie et divine, qu'autant qu'elle est à portée de celle mesure d'intelligence toujours très-bornée. Et, comme le degré de celte lumière n'est point le même dans tous les hommes, il doit y avoir à peu près autant de religions que de têtes; l'un adoptera comme divine une doctrine que l'autre regardera comme un jargon inintelligible. Nous en convenons, et c'est ce que nous ne cessons d'objecter aux protestants. De môme que cbez les sociniens c'est le degré d'inleiligence naturelle de chaque particulier qui décide du sens de l'Ecriture, p;rmi les protestants c'est le degré d'inspiration prétendue que chaque particulier se flatte d'avoir reçue. Aussi l'on sait comment ces derniers se sont tirés de toutes les disputes qu'ils ont eues avec les sociniens; lorsqu'ils se sont bornés à leur alléguer des passages de l'Ecriture sainte, leurs adversaires leur en ont opposé de leur côté. Lorsque les protestants, pour en prouver le vrai sens, ont eu recours à l'ancienne tradition, à la manière dont les Pères de l'Eglise l'ont entendue, les sociniens leur ont demandé par dérision s'ils étaient redevenus papistes. Voy. Ecrituue sainte, § 4. — 2* Conséquemment à leur principe, les sociniens ont rejeté de leur profession de foi tous les mystères, lous les dogmes qui leur ont paru incompréhensibles, non-seulement la sainte Trinité, la divinité de Jésus-Christ, 1 incarnation, les s itisfacti ms de ce divin Sauveur, la communication du péché originel, les effets des sacrements, l'opération de la grâce, la justification, etc., mais tons les attributs de la Divinité que notre faible raison ne peut concevoir, comme l'éternité, l'infinité, la toute- puissance, et lous ceux qu'il est difficile de concilier ensemble , comme l'immensité avec la spiritualité, la liberté avec l'immutabilité, la justice avec la miséricorde, etc. Pour justifier celle témérité, il n'ont pas manqué de répéter, contre les mystères en général, les objections que les prolest mis ont faites contre celui de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie cl de la transsubstantiation ; c'est un fait qu'il ne faut pas oublier. — 3° ils n'admettent point la création prise en rigueur, parce qu'ils ne conçoivent pas, disent-ils, que Dieu puisse donner l'exislcuce à des substances par le eu! vouloir; et ils assurent gravement que ce dogme n'est pas clairement révélé dans l'Ecriture sainte. Ils refusent à Dieu la prescience des futurs contingents, et ils prétendent qu'elle ne peut pas se concilier avec la liberté de l'homme. Quel jues-uns ont poussé l'impiété jusqu'à nier la Providence, et rejeter la notion de. pur esprit. On ne sait pas trop quelle, idée

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ils se sont formée de lu nature divine ; ai Dieu est corporel , il est nécessairement borné. — kc Us ne sont pas mieux d'accord sur la nature de Jésus-Christ; quoiqu'ils consentent à l'appeler le Verbe divin, le Fils de Dieu, Dieu manifesté en chair, comme s'expriment les écrivains sacrés, ils ne prennent point ces titres dans le même sens que les autres chrétiens, et ils se réunissent tous à nier que le Verbe ou le Fils soit coélernel, égal elconsubstantiel au Père. Les uns pensent que Dieu a formé l'âme de Jésus-Christ avant la création, qu'il lui a donné une sagesse et une puissance supérieures à ceHes de toutes les créatures, et qu'il s'est servi de lui pour fabriquer le monde. D'autres entendent par le monde, non l'univers matériel, mais le monde spirituel, et, comme ils disent, le nouveau monde, c'est-à-dire la réparation du genre humain. Plusieurs disenl que Jésus-Christ est appelé le Verbe, pane que Dieu a parlé aux hommes par la bouche de ce divin Maître; Fils de Dieu, parce qu'il a été formé miraculeusement dans le sein de Marie, par le Saint-Esprit, c'est-à-dire par l'opération de Dieu. Quelques-uns sont allés jusqu'à dire qu'il est né comme les autres hommes, qu'il est fils de Joseph et de Marie, mais que c'est un grand prophète; d'autres ont enseigné qu'il ne faut ni adorer ni invoquer ce divin Sauveur, et on prétend que Socin lui-même ne blâmait pas ce sentiment. Comme ils n'admettent pas le péché originel, ils pensent que la rédemption consiste en ce que Jésus-Christ nous a donné des leçons et des exemples de sainteté, et en ce qu'il est mort pour confirmer sa doctrine; ainsi l'entendaient les pélagiens.— 5° Comme les protestants, ils n'admettent que deux sacrements, le baptême et la cène, et ils ne leurattribuent point d'autre vertu que d'exciter la foi ; conséquemment ils ne baptisent les enfants que quand ils sont parvenus à l'âge de raison et qu'ils sont instruits des vérités chrétiennes; souvent ils ont réitéré le baptême à ceux qui entraient dans leur société. — 6° Les sociniens nient la possibilité d'une résurrection générale et l'éternité des peines de l'enfer; ils croient que les âmes des méchants seront anéanties, mais que celles des justes jouiront d'un bonheur éternel. — 7° Socin prétend qu'il n'est pas permis de faire la guerre, de poursuivie en justice la réparation d'une injure, de jurer devant les magistrats, d'exercer la fonction <!e juge, surtout dans les procès criminels ; de tuer un assassin ou un voleur, même en se défendant; il a emprunté cette morale rigide des anabaptistes. — 8 Ces sectaires ont renouvelé toutes les accusations, les invectives, les calomnies que les prétendus réformateurs avaient forgées contre les Pères de l'Eglise, contre les papes, les conciles, le clergé catholique, l'Eglise romaine en général; ils lui ont reproché l'idolâtrie, Pin-® tolérance, la tyrannie en fait de religion, etc. Mais ils n'ont pas ménagé davantage les protestants , lorsque ceux-ci les ont censurés, excommuniés, persécutés, et les

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ont fait proscrire par la puissance séculière. Il nous paraît inutile de pousser plus loin le détail des erreurs soeiniennes ; un auteur allemand les a portées au nombre de 229 articles, et nous en avons déjà parlé au mot Fils de Dieu. Comme il n'y a parmi ces sectaires aucune règle de foi qui les gêne, on ne trouverait peut-être pas deux sociniens parfaitement d'accord dans leur croyance. A force d'employer des règles de critique, des observations de grammaire, des ponctuations arbitraires, des variantes ou des fautes de copistes , des confrontations de passages, des subtilités de dialectique, ils font dire aux écrivains sacrés tout ce qu'il leur plaît ; l'Ecriture pour laquelle ils affectent de témoigner le plus grand respect, ne les incommode jamais. C'en est assez pour démontrer que le socinianisme n'est dans le fond qu'un déisme mitigé ou pallié. En effet, il y a des déistes de plusieurs espèces : les uns rejettent absolument toute révélation; ils soutiennent qu'en fait de religion, comme en toute autre chose, l'homme ne doit suivre aucun autre guide que les lumières de sa raison. Les autres ne font aucune difficulté d'avouer que Jésus-Christ a été suscité de Dieu pour donner aux hommes de meilleures leçons que celles qu'avaient données les sages qui l'avaient précédé. Quelques-uns ont dit qu'il ne rejettent ni n'avouent positivement la révélation ; que s'il y a des preuves de ce fait, il y a aussi des objections qui lecombattent ; qu'il faut donc se tenir dans le doute à ce sujet, et en revenir toujours à consulter la raison pour savoir si un dogme est révélé ou non; que si, dans les livres que nous regardons comme les titres de la révélation, il y a des choses que l'on peut croire révélées, il y en a aussi d'autres que l'on ne peut admettre sans blesser la raison. Dès lors ces livres n'ont pas plus d'autorité que tout autre livre; nous devenons les maîtres d'en retenir ou d'en rejeter ce que nous jugeons à propos. Telle est évidemment la manière de penser des sociniens. Aussi voyons -nous par les écrits des déistes modernes, qu'ils ont pris chez les sociniens la plus grande partie de leurs objections contre les dogmes que nous soutenons révélés; de même que les sociniens ont emprunté leurs principes et la plupart de leurs dogmes des protestants. Puisque les premiers ne refusent point de reconnaître ceux-ci pour leurs maîtres, les protestants oui mauvaise grâce de ne vouloir point avouer les sociniens pour leurs disciples. Mais nnus avons fait voir ailleurs que le déisme luUméme est un système inconséquent dans lequel un raisonneur ne peut pas demeurer ferme ; que de conséquence en conséquence, il se trouve bientôt entraîné à l'athéisme , au matérialisme , enfin au pyrrhonisme absolu, dernier terme de l'incrédulité; nous en sommes convaincus , non-seulement par les arguments que les matérialistes ont opposés aux déistes, mais encore par le fait, puisque nos plus célèbres

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incrédules, après avoir prêché pendant quelque temps le déisme, eu sont venus à enseigner liaulemcnt le matérialisme. Hien ne prouve mieux la liaison des vérités qui composent le système de la religion chrétienne et catholique, que l'enchaînement des erreurs dans lesquelles tombent nécessairement tous ceux qui s'écartent du principe sur lequel celte religion divine est fondée, Yoy. Erreur.

Il n'est pas nécessaire non plus de rapporter et de réfuter tous les sophismes par lesquels ils ont attaqué les dogmes de notre foi ; nous l'avons fait dans différents articles de notre ouvrage. Nous nous bornerons à résoudre une objection qu'ils ont faite aussi hien que les déistes, touchant leur manière d'user de l'Ecriture sainte.

Malgré les reproches de nos adversaires, disent-ils, eux-mêmes sont forcés de recourir aux lumières de la raison pour expliquer l'Ecriture sainte, et pour concilier les passages qui semblent se contredire. Si d'un côté il est dit dans ce livre que Dieu est esprit , nous y lisons aussi qu'il a un corps, des yeux, des mains, des pieds, qu'il a toutes les passions de l'humanité , la haine, la colère, la vengeance, la jalousie. Si les auteurs sacrés nous enseignent que Dieu défend le péché, qu'il le déteste, qu'il le punit , ils ne nous disent pas moins clairement qu'il le commande, qu'il trompe , qu'il aveugle, qu'il endurcit les pécheurs, qu'il leur tend des pièges, qu'il met le mensonge dans la bouche des faux prophètes, etc. Pour savoir , enlro ces divers passages , quels sont ceux auxquels il faut s'en tenir et dont nous devons nous servir onur expliquer les autres, n'eslce pas aux lumières <!e la raison et du bon sens que nos censeurs ont recours? Pourquoi ne vouloir pas que nous en usions de même toutes les fois que nous trouvons des passages qui nous paraissent exprimer des choses fausses, absurdes, indignes de la majesté divine? L'Ecriture répète cent fois que Dieu est unique , et celte vérité est démontrée d'ailleurs; donc, lorsqu'elle semble enseigner qu'il y a trois personnes divines, le l'ère, le Fils et le Saint-Esprit, la droite raison nous dicte qu'il faut expliquer ces derniers passages par les premiers, et non au contraire , puisqu'il est évident que trois personnes, dont chacune est Dieu , seraient trois Dieux ; ainsi du reste. — Réponse. Aucune secte chrétienne n'a jamais souienu que, pour expliquer l'Ecriture sainte, il faut renoncer aux lumières de la raison , même à l'égard des vérités démontrables. Or, il est démontré que Dieu , être éternel et nécessaire, existant de soi-même , est un esprit, et non un corps ; qu'il est intelligent et sage, par conséquent incapable de se contredire, de défendre le crime et de le faire commettre, de le punir et d'en être la cause , etc. Il est donc très-permis de consulter alors les lumières de la raison , pour prendre le sens des passages de 1 Ecriture, qui doivent fixer ii >ire croyance sur ces divers articles. Mais il n'est p.is prouve que D:eu ne peut

nous révéler que ce que la raison peut comprendre, et dont elle peut démontrer la vériié. Au contraire , il est évident que Dieu existant de soi-même est infini ; et, puisque nous ne pouvons comprendre l'infini , c'est une absurdité de ne vouloir admettre dans la nature de Dieu que ce que nous pouvons comprendre , par conséquent de rejeter la trinilé des personnes , qui lient à l'esseuce même de Dieu. Elle ne nous paraît opposée à l'unité de Dieu que parce que nous comparons la nature et les personnes divines à la nalure et aux personnes humaines ; comparaison évidemment fausse. Ce n'est donc pas ici le cas de consulter la raison ou la lumière naturelle , puisqu'elle n'y peut rien voir: nous sommes forcés de nous en tenir à ce que nous en dit la révélation.

La vérité de celte théorie est démontrée par l'exemple des aveugles-nés ; incapables de comprendre par eux-mêmes si ce qu'on leur dit des couleurs , d'un miroir , d'une perspective, est vrai ou faux, ils sont forcés de s'en tenir au témoignage de ceux qui ont des yeux ; et c'est la raison même ou le bon sens qui leur prescrit celte conduite. Les sociniens ni les déistes n'ont jamais eu rien à répondre à celte comparaison. — En second lieu, il esl faux qu'à l'égard même des vérités démontrables que l'Ecriture sainte semble quelquefois contredire , la raison soit notre seul guide pour prendre le vrai sens des passages , puisque nous ne manquons jamais de consulter la tradition. Ainsi, pour entendre, comme nous faisons, les textes qui concernent la spiritualité de Dieu, sa sainteté , sa justice , nous sommes guidés non-seulement par la raison, mais par l'enseignement constant, universel, uniforme de l'Eglise chrétienne , depuis les apôlres jusqu'à nous ; et celle même règle nous apprend que la trinité des personnes divines n'est point opposée à l'unité de nature. Quant à ceux qui rejettent l'autorité de la tradition, comme font les protestants, c'est à eux de voir ce qu'ils ont à répondre à l'objection des sociniens. Jamais la nécessité de ce guide, pour interpréter l'Ecriture sainte, n'a été mieux démontrée que par l'excès des égarements de ces derniers.

Le célèbre Leihnitz parlant d'eux , dit qu'il semble que les auteurs de celte secto aient eu envie de raffiner , en matière de réformalion, sur les Allemands et sur les Français , mais qu'ils ont presque anéanti la religion, au lieu de la purifier. Il sentait que ces sectaires n'ont fait que pousser plus loin les conséquences du principe des protestants. Mosheim a donc eu beau vanter le zèle de ceux-ci à s'opposer aux progrès du socinianisme , eux-mêmes avaient frayé le chemin que les unitaires ont suivi, et il ne leur a pas été possible d'arrêter le cours du mal dont ils ont été les premiers auteurs. Leibnitz nous apprend qu'un ministre du Palalinal voulait établir une intelligence entre les anli-lrinilaires et les mohométans; qu'un Turc ayant entendu ce que lui disait un socinien polonais, s'étonna de ie qu'il ne

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