‹ Œuvres completes de Bergier (volume 4)Chapitre 94 sur 219 · SOL · texte numérisé non relu

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Dieu, qui «i f.iil le momie tel qu'il est, no soit pas assez puissant pour le f a i t e aller autrement qu'il ne va , que vingt miracles lui coûtent plus qu'un seul. Celui qui a fait toutes choses par le seul vouloir, est-il embarrassé ou fatigué pour faire ce que nous ne comprenons pas? C'est aux philosophes incrédules de démontrer que Dieu n'a pu arrêter ni ralentir le mouvement de la terre, sans que relui de tous les autres globes célestes lui dérangé.

Le repos delà terre pendant douze heures a dû arrêter le cours de la lune, l'Ecriture le remarque expressément; voilà tout l'inconvénient, si cependant c'en est un. Il est dit que le soleil s'est arrêté, comme nous disons qu'il se couche, qu'il se lève, qu'il se montre sur l'horizon, etc. Ce langage populaire , conforme aux apparences , n'est ni faux ni abusif. Par le moyen de la réfraction des rayons delà lumière , nous voyons le soleil levant plusieurs minutes avant qu'il soit sur l'horizon, cl à son coucher nous le voyons encore plusieurs minutes après qu'il est au-dessous. Dieu , sans bouleverser la nature entière, n'a-l-il pas pu prolonger ce phénomène pendant ilouze heures? Au lieu de Caire décrire aux rayons de cet astre une ligne droite, il a suffi de leur faire décrire une ligne courbe. Il n'est p is dit dans l'Ecriture sainte que la nuit suivante fut aussi longue que les autres nuits.

Quelques philosophes obligeants , pour éviter le dérangement de ia nature, ont imaginé que la piolongalion du jour fut l'effet d'un parélie; cominc si un parc'.ie de douze heures et subsistant après le soleil couché n'eût pas été un miracle. Celui dont nous parions ne fut point opéré pour achever d'exterminer les Cbananécns , mais pour convaincre les Hébreux que Dieu les protégeait, et pour faire comprendre à tous les peuples de la Palestine qu'ils étaient insensée de vouloir lutter contre la puissance divine. C'est à Dieu et non aux incrédules, de juger en quelle occasion il est ou n'est pas à propos de faire des miracles , et si tel prodige convient mieux que tel autre au dessein que Dieu se propose. Voxj. la Dissert, de domCulmet sur ce sujet, Bible d'Avignon, tome 111 , pag. 308. Quant au miracle de l'ombre du soleil qui retarda de dix degrés sur le cadran d'Achaz, à la parole d'Isaïe nous en avons parlé au mol Horloge.

SOLENNEL, se dit des fêles ou des cérémonies qui se font avec plus d'appareil que ; les autres, et qui attirent un plus grand nom- - bre de peuple ; ainsi, nous disons office, messe, procession solennelle. Pâques, la Pentecôte, Noél, la fêle du patron d'une paroisse, delà délicacc d'une église, sont des fêles solennelles. Dans les divers diocèses, les degrés de solenmtJs ne se distinguent pas de la même manière; dans celui de Paris, par exemple, les plus grands jours sont les annuels ; viennent ensuite les solennels majeurs, les solennels mineurs, les doubles, etc. Dans d'aulres,on dislingue des annuels et des semiannuels ; dans quelques-uns ou le-» distribue

en doubles de première, de seconde, de troisième classe, etc., et l'office de chacune tle ces fêtes a quelque chose de particulier.

SOLITAIRE. Voy. Anachorète.

Solitaires. Nom de quelques religieuses, en particulier de celles du monastère de Faiza en Italie, fondé par le cardinal Barberin; cet institut fut approuvé par un bref de Clément X, l'an 1676. Les Glles qui l'ont embrassé observent une clôture, un silence, une retraite plus sévères que toutes les autres religieuses. Elles ne portent point- de linge, vont pieds nus, suis sandales, comme les clarisses; elles ont pour habit une robe »le bure ceinle d'une grosse corde , mènent à tous égards une vie très - dure et trèsaustère. Il n'est pas nécessaire sans doute qu'il y ail un très-grand nombre de ces religieuses, mais il est bon qu'il y en ait quelques-unes , afin que cet exemple nous apprenne ce que peut faire la nature la plus faible avec !e secours de la grâce, et qu'il démontre aux incrédules que ce que l'on raconte des anciens solitaires n'est pas fabu- 1 ux. Souvent il a fiit rentrer en eux-mêmes des pécheurs très-endurcis , et a fiit sentir à des âmes mondaines le ridicule et le crime de leur luxe et de leur mollesse.

SOMASQUES, clercs réguliers ou religieux de la congrégation de saint M aïeul, qui suivent la règle de saint Augustin. Ils ont lire leur nom de la. ville de Soinasqne, située entre Milan et Bergame, qui est leur chef-lieu. Cet institut, qui n'est guère connu qu'en Italie, rut pour fondateur Jérôme Amiliani, noble vénitien ; il fut confirmé l'an I5'»0 et 1563, par les papes Paul III et Pi<: IV. Leur principale occupation est d'instruire les ignorants, et surtout les enfants, des principes et des préceptes de la religion chrétienne, et d<pourvoir aux besoins des orphelins. 11 est probable qu'ils ont pris pour patron saint Maïeul, abbé de Cluni, mort l'an 994, à cause du zèle qu'avait ce saint religieux pour l'avancement des sciences, dans un siècle où, elles n'étaient guère cultivées. Les clercs réguliers de la doctrine chrétienne, ou doctrinaires, font en France ce que les somas^ qurs font en Italie.

SONGE. Il est parlé, dans l'Ecriture sainte, de plusieurs songes prophétiques qui venaient certainement de Dieu ; ceux d'Abimélech, de Jacob, de Laban, de Joseph, de Pharaon , de Salomon , de Nabuchodonosor, de Daniel, de Judas Machabée, de saint Joseph, époux de la sainte Vierge, étaient de véritables inspirations par lesquelles Dieu faisait connaître ses volontés à ces divers personnages, ou les instruisait d'événements fulurs que lui seul pouvait prévoir. L'exaclitude avec laquelle les événements ont répondu à toutes les circonstances de ces songes , ne. nous laisse aucun motif de juger que c'étaient des effets naturels ou des illusions. Dieu, sans doute, est le maître d'instruire les hommes «le (] uclle manière il lui plaît, ou par luimême, ou par ses anges, ou par des causos naturelles dont il dirige le cours; cl quand il le fait, il a soin d'y joindre des circonstances

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et des motifs de persuasion en vertu desquels on ne peul pas douter que ce ne soit lui qui agit. Celte vérité ne peut être révoquée en doute que par ceux qui ne croient ni Dieu ni providence. Mais, par ccite conduite, Dieu n'a point autorisé la confiance aux songes en général. Dans le Lévi.ique, c. xix, v. 20, et dans le Dcutéronome, c. xvm, v. 10, il défendit aux Israélites d'observer les songes. L'impie Manassès donnait dans cette superstition, et cela lui est reproché comme un crime, Il Paralip., c. xxxm , v. 6. L'Ecclcsiasle dit que les songes peuvent causer de grands chagrins, c. v, v. 2, cl l'auteur de Y Ecclésiastique observe que ça été pour plusieurs une source d'erreurs, c. xxxiv, v. 1. Is fie accuse les faux prophètes de désirer des songes, c. lvi, v. 10; Jérémie les tourne en ridicule, c. xxin, v. 25 et 27, et il défend aux Juifs d'y ajouter fui, c. xxix, v. 8, etc.

Les Pères de l'Eglise, comme saint Cyrille de Jérusalem, saint Grégoire de Nysse, saint Grégoire le Grand, le pape Grégoire II, ont répété ces leçons aux chrétiens; un concile de Paris, en 826, dit que la confiance aux songes est un reste du paganisme; dans Ivs bas siècles, Jean de Salisbéry , évoque de Chartres, Pierre de Blois et d'autres, ont travaillé à dissiper ce'le erreur ;ïhiers, Traité des Super s t., t. I, I. n, ch. 5. Ce n'est donc pas faute d'instruelion, si, dans tous les siècles, il s'est trouvé des esprits faibles qui ont ajouté foi aux songes.

Un savant académicien, Ilist. de V Académie des Inscript., t. XVIII, p. 12k, tn-12, a fait un mémoire dans lequel il prouve que ce préjugé a été commun à tous les peuples : les Egyptiens, les Perses, les Mèdes, les Grecs, les Romains, n'en ont pas été plus exempts que les Chinois, les Indiens et les sauvages de l'Amérique. Plusieurs philosophes les plus célèbres, tels que Pythagore, Socrate, Pialon, Chrysippe, la plupart des stoïciens et des péripaléliciens, Hippocrale, Galien, Porphyre, Isidore, Damascius, l'empereur Julien, etc., étaient sur ce point aussi crédules que les femmes, et plusieurs ont cherché à étayer leur opinion sur des raisons philosophiques. D'autres, à la vérité, ont eu assez de bon sens pour se préserver de cette erreur : on met de ce nombre Aristote, T héophraste et Plutarque. Cicéron l'a combattue de toutes ses forces dans son il" livre de la Divination, mais il ne l'a pas détruite.

En parlant des sauvages, qui sont souvent tourmentés par les songes, un de nos incrédules modernes dit que rien n'est si naturel à l'ignorance que d'y attacher du mystère et de les regarder comme un avertissement de la Divinité, qui nous instruit de l'avenir; que de là sont nés, chez les peuples policés, les révélations, les apparitions, le» prophéties, le sacerdoce et les plus grands maux; que rêver est le premier pas pour devenir prophète, etc. Il aurait dû faire attention que les philosophes qui ont raisonné sur les songes n'étaient pas des ignorants, et que tous ceux qui en ont eu, auxquels ils ont ajouté

foi, ne se sont pas pour cela érigés en prophètes. L'homme le plus sensé et le moins crédule peut être fort ému par un sonp:e bien circonstancié et vérifié ensuite par l'événement; il peut sans faiblesse l'envisager comme un pressentiment , et l'article des pressentiments n'a pas encore été éclairci par les plus savants philosophes. S'il arrivait quelque chose de semblable à un incrédule, toute sa prétendue force d'esprit pourrait bien en être déconcertée. Les prophéties pour lesquelles nous avons du respect ne ressemblent point à des songes, et elles ont souvent élé faites dans des circonstances qui ne laissaient pas le temps de rêver.

Bayle, que l'on n'accusera pas de crédulité ni de faiblesse d'esprit , a fait à ce sujet des réflexions très-sensées: « Je crois, dit-il, que l'on peut dire des songes la même chose à peu près que des sortilèges : ils contiennent infiniment moins de mystères que le peuple ne le croit, et un peu plus que ne le croient les esprits forts. Les historiens de tous les temps et de tous les lieux rapportent, à l'égard des songes et à l'égard de la magie, tant de faits surprenants, que ceux qui s'obstinent à tout nier se rendent suspects, ou de peu de sincérité, ou d'un défaut de lumière qui ne leur permet pas de bien discerner la force des preuves. Si vous établissez une fois que Dieu a trouvé à propos d'établir certains esprits, cause occasionnelle de la conduite de l'homme à l'égard de quelques événements , toutes les difficultés que l'on fait contre les songes s'évanouiront. » Bayle s'attache ensuite à développer les conséquences de celte hypothèse, et il fait voir qu'en la suivant, les raisons par lesquelles Cicéron a combattu contre les songes n'ont plus aucune force. « Or, continuc-t-il, il suffit à ceux qui croient aux songes de pouvoir répondre aux objections : c'est cà celui qui nie les faits de prouver qu'ils sont impossibles; sans cela il ne gagne point sa cause. » Dicl. Crit. Majus, Hem. D. Nous n'avons aucune intention d'adopter la Ihéoric de Bayle : nous ne la citons que pour faire voir aux incrédules qu'en décidant de tout avec tant de hauteur, ils ne connaissent ni les réponses que l'on peut donner à leurs objections, ni les difficultés que l'on peut leur opposer. Vainement, pour se tirer d'embarras, ils se retranchent dans le système du matérialisme : Bayle a fait voir, dans l'article Spinosa, que, même en suivant ce système, ils ne peuvent' nier ni les esprits, ni leur action, ni la magie, ni les démons, ni les enfers. H ne leur reste donc que la ressource du pyrrhonisme, et ce philosophe en a encore démontré l'inconséquence et l'absurdité à l'article Pyrrhon.

Quoiqu'il y ait dans les livres sainis une défense générale d'ajouter foi aux songes, et que les Pères de l'Eglise aient répété aux chrétiens la même défense, il ne s'ensuit pas que les personnages dont nous avons parlé aient eu lorl de prendre les leurs pour des avertissements du ciel; Dieu, qui les leur envoyait, les accompagnait de signes intérieurs ou extérieurs desquels on pouvait

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conclure avec cei liluile que ce n'étaient point de simples iMusions Je l'imagination.

Ceux qui ont raisonné sensément sur la facilité avec laquelle on se laisse émouvoir par les songes, ont avoué qu'elle a souvent été très-parJonnaMe.

Il est arrivé à une infinité de personnes d'avoir des songes suivis, circonstanciés, qui semblaient réfléchis et raisonnes, qui regardaient l'avenir, et qui ont été exactement vérifiés par l'événement. Gomme celte correspondance ne pouvait pas être prise pour l'effet du hasard, on en a conclu qu'il y avait quelque chose de divin cl de surnaturel. Ce phénomène, devenu assez commun, a fait croire qu'il en était de même de tous les songea, et que c'était un moyen par lequel la Divinité voulait faire pressentir l'avenir : il n'y a là ni imposture ni fourberie. Le commun des hommes n'est pas obligé d'être philosophe, ni de faire à tout moment des réflexions profondes, pour savoir si tel événement est naturel ou surnature!. Comme les païens étaient persuadés que le monde était peuplé d'esprits, d'intelligences, de génies, qui opéraient tous les phénomènes de la nature, qui étaient la cause de tous les événements, de tout le bien et de tout le mal qui arrive aux hommes, ils ne pouvaient manquer de leur attribuer tous les songes bons ou mauvais. C'est donc encore ici un fait qui prouve, contre les incrédules, qu'il n'est pas vrai que toutes les erreurs, les superstitions, les abus et les absurdités en fait de religion, sont venues delà fourberie des imposteurs et de l'astuce de ceux qui voulaient en profiter. Presque tous ont trouvé plus de la moitié de la besogne faite. Plusieurs, sans doute, ont su en tirer parti pour leur intérêt, puisque plusieurs s'attribuèrent le talent d'interpréter les songes; ils en firent une science ou un art sous le nom tfonéirocritie ou onirocritie, terme grec composé d'Sviseoo?, songe, et xptrii; , juge : c'était une des espèces de divination. Nous voyons même, par le témoignage des Pères de l'Eglise, qu'il y avait chez les païens des hommes qui se vantaient de pouvoir envoyer aux autres des songes tels qu'il leur plaisait. Saint Justin, Apol. 1, n. 18; Ttrlull., Apologet., c. 20.

L'art dont nous parlons commença, dit-on, chez les Egyptiens ; du moins, il fut en honneur parmi eux. Warburlhon prétend que les premiers interprètes des songes ne furent ni des fourbes ni des imposlcurs : il leur est seulement arrivé, dit-il, de même qu'.iux premiers astrologues , d'être plus superstitieux que les autres hommes, et de donner les premiers dans l'illusion ; la confiance aux songes était généralement établie, ils n'en sont pas les auteurs. Quand nous supposerions qu'ils ont clé aussi fourbes que leurs successeurs, du moins leur a-t-il fallu des matériaux pour servir de base à leur prétendue science ; et ils les ont trouvés tout formés dans le langage hiéroglyphique des Egyptiens. Dans ce langage, un dragon signifiait la royauté, un serpent indiquait les maladies, une vipère désignait de l'argent,

des grenouilles marquaient des imposteurs, le chat était le symbole de l'adultère, etc. Ces divers objets conservèrent la même signification dans l'interprétation des songes. Ce fondement , continue Warburlhon, donnait beaucoup de crédit à l'art, et satisfaisait également celui qui consultait et celui qui répondait, puisque dans ce temps-là les Egyptiens regardaient leurs dieux comme auteurs de la science hiéroglyphique : rien n'était donc plus naturel que de supposer que ces mêmes dieux, qu'ils croyaient auteurs des songes, y employaient le même langage que dans les hiéroglyphes. Il est vrai que Yonéirocritie une fois en honneur, chaque siècle introduisit, pour la décorer, de nouvelles superstitions qui la surchargèrent à la fin si fort, que l'ancien fondement sur lequel elle était appuyée ne lut plus connu du tout.

Ces conjectures peuvent être aussi vraies qu'elles sont ingénieuses ; mais nous n'avouerons pas que Joseph se servit de Vonéirocritie, et en suivit les règles pour interpréter les deux songes de Pharaon. Lorsque ce patriarche eut dans la Palestine, et dans sa première jeunesse, deux songes qui présageaient sa grandeur future, il ne connaissait pas les Egyptiens, et Jacob son père, qui pénétra très-bien le sens de ces deux rêves, n'avait jamais vu l'Egypte, Gen., c. xxxvn, v. G. Lorsqu'il expliqua le songe de l'échanson de Pharaon et celui du panetier, Gen., c, xl, il ne fut pas question d'hiéroglyphes, et il leur déclara que Dieu seul peat interpréter les songes, v. 8. Quand il serait vrai que, dans le langage hiéroglyphique, les épis de blé étaient le symbole de l'abondance, et que les vaches étaient celui d'Isis, divinité de l'Egypte, cela n'aurait pas beaucoup servi à Joseph pour prédire sept années d'abondance, suivies de sept années de stérilité ; les interprètes Egyptiens n'y avaient rien compris , Gen. , c. xli , v. 8. Il fit voir, dans la suite, que Dieu lui révélait l'avenir autrement que par des songes, c. l, v. 23.

Les mages chaldéens faisaient aussi profession d'expliquer les songes, et il n'est pas probable qu'ils fussent allés étudier cet art en Egypte. Nous ne connaissons ni leur méthode ni les règles qu'ils avaient imaginées; mais, par la manière dont le prophète Daniel expliqua les songes de Nabuchodonosor, on voit évidemment que ces songes étaient surnaturels, aussi bien que la science de l'interprète : aussi, pour les connaître et les expliquer, Daniel cul recours à Dieu, et non à la science des Chaldéens, Dan., c. il, v. 18. Quelques disserlaleurs ont prétendu qu'il y avait de l'erreur dans la manière dont ces songes sont rapportés dans les ch. ii et iv de ces prophètes ; nous avons fait voir qu'ils se sont trompés. Voy. Daniel.

SOIHON1E, est le neuvième des petits prophètes; il nous apprend lui-même qu'il était fils de Chusi, de la tribu de Siméon. Il commença de prophétiser sous le règne de Josias , environ six cent vingt-quatre ans avant Jésus-Christ, et probablement avant

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que eu pieux roi oui réformé les désordre'* de sa nation. Les prédictions de ce prophète sont renfermées dans trois chapitres. H y exhorte les Juifs à la pénitence ; il prédit la ruine de Ninive, et, après avoir fait des menaces terribles à Jérusalem, il finit par des promesses consolantes sur le retour de la captivité de Babylone, sur l'établissement de la loi nouvelle, sur la vocation des gentils et sur les progrès de l'Eglise chrétienne. Sophonie a écrit d'un style véhément et assez semblable à celui de Jérémic, dont il paraît n'être que l'abréviateur.

11 est fort étonnant qu'après avoir entendu tant de prophètes prédire la captivité dé Babylone, annoncer les mêmes malheurs, tenir tous le même langage, les Juifs en aient été si peu touchés et se soient obstinés à persévérer dans l'idolâtrie; il ne Test pas moins qu'ils s'opiniâtrent encore aujourd'hui à méconnaître le sens de ces prophéties, louchant l'avéncment du Messie, la nature de son règne, l'établissement de sa doctrine. Dix-sept siècles de malheurs n'ont pas suffi pour les changer ; mais leur endurcissement même leur a été prédit. Ce phénomène suffit pour nous faire comprendre combien il a été difficile d'en convertir un certain nombre, et quelle a élé la puissance de la grâce qui les a changés.

SORBONNE, célèbre école de théologie de Paris. Celte maison, qui devait être pendant plusieurs siècles ce qu'elle est encore aujourd'hui, l'un des plus fermes soutiens de la religion, a eu, comme la plupart des établissements utiles et durables, de faibles commencements. Ce ne fut, dans l'origine, qu'un collège destiné à nourrir déjeunes et pauvres ecclésiastiques, et à leur procurer les moyens de faire leurs études de théologie. Il eut pour premier fondateur un prêtre nommé Robert, né dans le village de Sorbonne, près de Rhélel en Champagne, dont il porta le nom. Issu de parents pauvres, il cul beaucoup de peine à faire ses études et à parvenir au degré de docteur; mais sa constance, son assiduité au travail et ses succès, le firent bientôt connaître. 11 se distingua par ses sermons et par ses conférences de piélé. Saint Louis, qui se faisait un devoir de rechercher et de récompenser le mérite, voulut l'entendre; charmé de ses talents, il le fit son chapelain ou son aumônier, et dans la suite il le prit pour son confesseur. Robert, nommé à un canonicat de Cambrai, vers l'an 1250, conçut dès ce moment le projet de fonder un collège pour y réunir de jeunes clercs peu favorisés par la fortune, et pour leur procurer gratuitement des leçons de théologie. Il commença à l'exécuter dès l'an 1253. Saint Louis voulut y concourir par ses bienfaits, et partager ainsi avec son chapelain la gloire de celle fondation. Par divers échanges faits avec le roi, Robert acquit le terrain sur lequel sont actuellement bâties l'église, la maison el les écoles de Sorbonne. Il y plaça d'abord seize pauvres clercs, et il leur donna pour maîtres trois célèbres docteurs de l'université, Guil-

laume de Saint-Amour, Eudes de Douai el Laurent Langlois ; pour lui, il ne retint que le titre de proviseur. Ainsi Ton transporta dans ce collège les leçons de théologie, qui auparavant se faisaient à l'évéché. Le pape Clément IV, Français de nation, el qui avait élé secrétaire de saint Louis, confirma celte fondation, sauf les droils de l'évêque, par une bulle datée de la quatrième année de son pontificat, par conséquent de l'an 1268. Elle est adressée au proviseur des pauvres maîtres et étudiants en théologie, vivant en commun. Ce collège a servi de modèle à tous ceux que l'on a formés depuis. Avant ce temps-là, il n'y avait en Europe aucune communauté où les ecclésiastiques séculiers vécussent et enseignassent en commun. Le fondateur était devenu chanoine de l'Eglise de Paris en 1258. Dans son testament, daté de l'an 1270, il légua à son collège tout ce qu'il lui avait donné jusqu'alors, el le reste de sa succession, qui était considérable, a Geoffroy de Bar» autre chanoine et son ami. Celui-ci, élu doyen en 1274, el fidèle aux intentions du testateur qui venait de mourir, transporta cet héritage au collège de Sorbonne.

Robert a laissé plusieurs ouvrages, dont quelques-uns ont été imprimés dans la Bibliothèque des Pères ou ailleurs ; les autres sont en manuscrit dans la bibliothèque du Sorbonne. Les statuts qu'il dressa pour son collège en 38 articles, subsistent encore, el sont en quelque manière l'âme de la société qu'il a fondée. Une égalité fraternelle entre les membres qui la composent, un respect constant pour les anciens usages, un esprit vraiment ecclésiastique, semblent en assurer la perpéluité. De là sont sortis depuis plus de quatre siècles une multitude de savants théologiens, aussi distingués par leur piété que par leurs talents, qui ontconlribué el qui contribuent encore à la défense de la foi.au maintien de la saine morale, à l'édification des fidèles,à l'instruction de la jeunesse, à l'honneur du clergé de France, et à la consolation des prisonniers. Celle société s'est chargée du triste et pénible, mais charitable ministère d'assister tes criminels condamnés à la mort.

Le cardinal de Richelieu s'est immortalisé, en faisant rebâtir l'an 1629, l'église, la maison , les écoles de Sorbonne, avec une magnificence digne de la place qu'il occupait, el en y plaçant une riche bibliothèque ; il en est ainsi devenu le second fondateur. Son tombeau, qui est dans l'église, est un chef-d'œuvre de la sculpture française. On peut dire de cette société, sans adulation, que c'est une des plus belles institutions qu'il y ait dans l'Eglise, Hist. de l'Eglise gallic, t. XII, 1. xxxiv, sous l'an 1272; Vies des Pères el des Martyrs» t. Vil, p. 625 ; Dut. hist. de l'Avocat, etc.

SORBONIQUE. Voy. Degré, Lecteur.

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