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condamnés comme sorciers, avouait qu'il n'en avail pas trouvé un seul duquel il eût lieu de croire qu'il était véritablement sorcier; mais ce Père n'en concluait pas que ces malheureux avaient été injustement punis. S'ils n'avaient point fait de pacte avec le démon, ils avaient eu du moins la volonté de le faire; ils avaient commis dans ce dessein des profanations et des sacrilèges ; leur dessein n'avait pas été de faire du bien , mais de faire du mal; il est de l'intérêt public de purger la société de pareils monstres. Voilà ce que n'ont jamais considéré ceux qui tournent en ridicule les lois portées et les arrêts prononcés contre les sorciers. Bayle, qui n'était ni ignorant ni mauvais philosophe, a très-bien prouvé ce que nous soutenons ici, Réponse aux Quesl. d'un Prov., 1" part., c. 35. Au mot Magie, § 3, nous avon? fait voir que les exorcismes, les bénédictions , les prières de l'Eglise, loin d'entretenir les erreurs populaires touchant le sujet dont nous parlons, sont au contraire le remède le plus convenable et le plus sûr pour les détruire et pour calmer les esprits faibles.
SORT, manière de décider par le hasard les choses incertaines et pour lesquelles on ne voit aucune raison de préférence. Les théologiens distinguent trois espèces de sort, celui de partage, celui de consultation et celui de divination. Le premier se fait lorsque plusieurs copartageants tirent au sort le lot qui leur écherra, lorsque entre plusieurs personnes qui méritent la même récompense, on l'adjuge à celle qui l'obtient par le sort , ou lorsque l'on fait tirer au sort plusieurs criminels pour savoir lequel d'entre eux subira la peine. Celte manière d'agir n'a rien de répréhensible, lorsque l'on y observe une égalité parfaite , et qu'il n'en peut résulter aucun préjudice au bien public. Les exemples en sont fréquents dans l'Ecriture sainte ; la terre promise fut partagée au sort ; les lévites reçurent de même leur lot par le sort. David distribua par ce moyen les rangs aux vingt-quatre bandes de prêtres qui devaient servir dans le tabernacle et dans le temple. Au jour de l'expiation, l'on jetait le sort sur les deux boucs qui étaient offerts, pour savoir lequel des deux serait immolé, cl lequel serait conduit dans le désert, etc. De là le sort de quelqu'un signifie quelquefois dans l'Ecriture la poil on qui lui est arrivée par le sort, ou le bien qu'il possède. Salomon dit dans les Proverbes, c. xvnt, v. 18, que le sort pré- \ ient ou termine les contestations. Celui qui faisait tirer au sort mettait les noms ou les billets dans le pan de sa robe, et on les en lirait au hasard : Les sorts, dit le même auteur, sont jetés dans le pan de la robe (in sinum), mais c'est Dieu qui les arrange ou les distribue, c. xvi, v. 33 ; il était persuadé que la providence de Dieu y intervenait. On les mettait cussi quelquefois dans un vase ou un calice, et de là est venue l'expression de David, Ps. xv, v. 5 : Le Seigneur est la part de mon héritage et de mon calice. Il ne
parait nulle part que l'on y ail employé d'autres cérémonies. — La seconde espèce de sort, est celui de consultation ; l'on y avait recours lorsque la prudence humaine ne fournissait aucun moyen de découvrir la vérité, lorsqu'il s'agissait, par exemple, de découvrir un coupable ou de connaître le sujet qu'il fallait élever à une dignité ; par le sort, on croyait consulter Dieu. Ainsi Saùl fut choisi pour être le premier roi du peuple de Dieu , mais il avait déjà été désigné à Samuel par une révélation divine; ce prophète ne recourut au sort que pour convaincre le peupie du choix que Dieu avait fait. Saùl lui-même , convaincu que l'on avait violé une défense qu'il avail faite, fît jeter le sort pour connaître le coupable, et le sort tomba sur son fils Jonalhas. Josué avail découvert par la même voie le larcin qui avait été commis par Achan, dans le sac de Jéricho. Il n'y a pas lieu de juger que dans ces occasions l'on a tenté Dieu contre la défense de la loi ; puisque Dieu permettait aux chefs de la nation d'attendre de lui des oracles en pareilles circonstances , à plus forte raison trouvait-il bon qu'ils lui demandassent de faire connaître sa volonté par le sort. Et Dieu en agissait ainsi pour empêcher les Israélites d'employer les pratiques superstitieuses et les différentes espèces de divination par lesquelles les idolâtres prétendaient consulter leurs dieux. Voy. Divination.
Dans le Nouveau Testament nous ne voyons qu'un seul exemple du sort de consultation , Act., i, v. 33. Lorsqu'il fallut donner un successeur à Judas dans l'apostolat, on en proposa deux, Barsabas et Matthias. Saint Pierre, pour ne point montrer de prédilection , pria Dieu de désigner par le sort celui des deux qu'il fallait choisir, et le sort tomba sur saint Matthias. — Quelques auteurs, à qui cette manière de choisir un apôtre paraissait être d'un exemple dangereux, ont cherché des raisons pour l'excuser ; mais nous ne voyons pas en quoi saint Pierre et ses collègues ont besoin d'excuse. Les apôtres, à qui Jésus-Christ avait promis d'envoyer le Saint-Esprit , cl qui le reçurent en effet quelques jours après , étaient bien fondés sans doute à espérer que Dieu se déclarerait dans celle occasion, et l'événement a prouvé qu'ils ne se trompaient pas. il était à propos que le choix d'un apôlre parût venir immédiatement de Dieu et non des hommes. Ce qui était autrefois en usage parmi les Juifs n'est pas nécessaire pour justifier la conduite du collège apostolique.
Pourquoi ne jugerions-nous pas de même de l'élection de quelques saints personnages qui ont été élevés à l'épiscopat de la même manière, dans les premiers siècles de christianisme? Dans un temps auquel Dieu accordait à son Eglise les dons miraculeux, ce n'était pas tenter sa puissance que d'en attendre un signe surnaturel en pareille circonstance ; lorsqu'il se trouvait plusieurs sujets également digues de l'épiscopat, et
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également capables d'eu remplir les devoir*, le sort élail un moyen de prévenir les brigues, les murmures, les prédilections parmi les fidèles pour leurs pasleurs, et d'éviter l'inconvénient qui élail arrivé du temps de saint Paul, dans l'Eglise de Corinthe, / Cor., e. i, v. 11. Mais, dans les siècles suivants, lorsque l'elTusion des dons miraculeux eut cessé, c'était un abus de vouloir encore que le sort décidât du choix des évoques ; il pouvait lomlier sur des sujets très-peu propres à remplir cette dignité. Dieu n'avait pas promis de déclarer toujours ainsi sa volonté, et il n'y avait plus aucun motif raisonnable de l'espérer. Nous ne devons donc pas être surpris de ce que celte manière d'élire, qui avait été formellement approuvée par un concile de Barcelone, en 599, pour des raisons que nous ignorons, fut expressément défendue dans la suite. Il ne s'ensuit pas cependant que l'on doive condamner de même toutes les élections qui, dans quelques républiques, se font par le sort, pour les magistratures et pour d'autres charges civiles. On n'y suppose rien de surnaturel, et l'on en use ainsi à l'égard d'un ordre de citoyens qui sont censés tous également capables de remplir les devoirs que l'on veut leur imposer.
Enfin, l'on appelle sort de divination celui qui a été souvent mis en usage pour connaître l'avenir. Comme Dieu s'est réservé celte connaissance pour des raisons tressages, Isai., c. xl!, v. 22 et 23, qu'il ne l'a promise à personne, et qu'il ne serait pas utile aux hommes de l'avoir, c'est attenter à ses droits que de la chercher par des moyens qu'il n'a pas établis pour cela, et qui n'ont par eux-mêmes aucune vertu. Le crime est beaucoup plus grand quand on emploie pour ce sujet des moyens absurdes ou impies, et qui ne peuvent avoir aucun effel que par l'entremise du démon. C'est surlout contre cette dernière espèce de divination que plusieurs conciles ont lancé des analhèmes. On peul les voir dans Ducange, au mot Sorts, et dans Thiers, Traité des Superstitions, t. I, re pari., I. m, c. 6, elc.
C'est sur ces principes, admis par tous les théologiens, que l'on doit juger de l'épreuve que l'on a nommée les sorts des saints, dont nous allons parler.
Sorts des saints. On sait que l'usage était établi chez les païens d'ouvrir au hasard l'IUiade d'Homère ou les poésies de Virgile, et de regarder comme un pronostic certain de l'avenir les premières paroles qui s'offraient aux yeux du lecteur; c'est ce que l'on appela les sorts d'Homère ou de Virgile. Après la destruction du paganisme, des chrétiens mal instruits crurent sancliiier relie pratique superstitieuse en consultant (1j la môme manière les livres sacrés, et en n Mnmant cette espèce de divination les soits ds saints. On en peul voir un long détail la ns les Mémoires de l'Acad. des Inscriptions, t. XXXI, in-12, p. 98, et dans Ducange, au mot Sortes sanctorum. Cela se faisait de deux manières. La première consistait à
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ouvrir au hasard l'un des livres de l'Ecriture sainte, mais après avoir imploré auparavant le secours du ciel par des jeûnes, des prières et d'autres pratiques de religion, el à prendre pour règle de ce que l'on devait faire le premier passage que l'on rencontrait. La seconde élait de recevoir comme un oracle les premières paroles que l'on entendait lire ou chanter en entrant dans l'église, après avoir fait les mêmes préparalions. Les auteurs que nous venons de citer rapportent plusieurs exemples de l'une et de l'autre.
On se servit quelquefois de la première pour le choix d'un évêque; c'est ainsi que saint Aignan fui désigné pour succéder à saint Euverte sur le siège d'Orléans, vers l'an 3J1, et que l'élection de saint Martin à l'évêché de Tours fut confirmée, l'an 374, malgré l'opposition d'un parti considérable formé contre lui. Ce sont là les deux seuls exemples anciens que l'on connaisse; saint Grégoire de Tours, mort l'an 59i, en a cité plusieurs autres, mais ils concernaient des affaires purement temporelles, el il y en a eu dans l'Eglise grecque aussi bien que dans l'Eglise latine. — Saint Augustin a blâmé celte pratique, Epist. 55, ad Januar., cap. 20, n. 37 : « A l'égard, dit-il, de ceux qui tirent des sorts des livres des Evangiles, quoiqu'il soit à désirer qu'ils en usent ainsi plutôt que de consulter les démons, cependant cette pratique me déplaît; je n'aime point que, tandis que les oracles divins ne parlent que des choses de l'autre vie, on les applique au néant de celle-ci, ni aux affaires de ce siècle. » Le saint docteur comprenait que cet usage sentait encore le paganisme.
11 est reconnu que, depuis environ le vuic siècle, les exemples de cet usage ont été très-rares; la raison est qu'il avait été condamné et sévèrement défendu par les canons de plusieurs conciles. Celui de Vannes, tenu sous le pontificat de saint Léon, l'an 405, défend aux clercs, sous peine d'excommunication, d'exercer la divination que l'on appelle le sort des saints, el de prétendre découvrir l'avenir par aucune Ecriture que ce soit. Ce concile ne l'autorise pour aucune espèce d'affaires. Ceux d'Agde l'an 506, d'Orléans l'an 511, d'Auxerre eu 595, un capilulaire do Charlemagne en 789, font la même défense, el elle a été insérée dans le Pénilentiel romain.
Nous convenons que ces lois ne firent point cesser l'abus dont nous parlons, puisqu'il fallut encore les renouveler dans la suite ; le désordre même fut poussé plus loin. On s'avisa, lorsqu'un évêque élail sacré, et après qu'on lui avait mis l'Evangile sur les épaules, d'ouvrir le livre et de prendre le premier passage qui s'offrait pour une prédiction de la conduite future du nouvel évêque; bieniôl on fil la même chose à l'élection des abbés el à la réception des chanoines. Celte coutume, à laquelle lu malignité eut ordinairement beaucoup plus de part que la superstition, produisit souvenl de très-mauvais elïels; plus d'une fois le
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fâcheux présage lire des paroles de l'Evangile indisposa d'avance les peuples contre leur nouveau pasteur, et servit à rendre odieuse la conduite de quelques-uns qui ne méritaient pas celte espèce d'opprobre; souvent aussi les espérances favorables que l'on avait conçues de quelques personnages, sur le même préjugé, furent trompées par l'événement. II est évident que le sort de divination était proscrit par les canons, qui défendaient en général le sort des saints. Nous ne pensons pas néanmoins que cet abus ait duré aussi longtemps que nos lillérateurs le prétendenl. Quoiqu'il soil encore condamné par des décrets du xur ou du xiv' siècle, cela ne prouve pas qu'il ail encore été commun pour lors. Il y a encore de vieux Riluels dans lesquels on excommunie au prône des paroisses les magiciens, les sorciers et les devins ; il ne s'ensuit pas pour cela qu'il y ait parmi nous un grand nombre de ces insensés.
L'autre manière de pratiquer le sort des saints, qui consistait à prendre pour une prédiction de l'avenir les premières paroles que l'on entendait lire ou chanter en entrant dans l'église, n'était pas moins digne de censure. Mais on attribue celle superstition à de saints personnages qu'il n'est pas difficile de justifier. Autre chose est de faire attention à une rencontre fortuite analogue aux objets dont on a l'esprit occupé, et d'en êlre ému ; autre chose de la regarder comme un présage, certain de ce qui arrivera : le premier de ces sentiments n'est qu'une faiblesse, le second serait une superstition.
Sur la seule autorité de Mélaphrasie, auteur très-suspect, on dit que saint Cyprien faisait beaucoup d'attention aux premières paroles qu'il entendait en entrant dans l'église, et qu'il les prenail pour un présage lorsqu'elles se trouvaient analogues aux pensées ou aux desseins qu'il avait dans l'esprit. Ce fait aurait besoin d'être mieux prouvé; on sait que saint Cyprien n'était rien moins qu'un esprit faible.
On a torl de citer pour exemple saint Antoine, qui, entendant ces paroles de l'Evangile : Si vous voulez êlre parfait, allez vendre ce que vous possédez, et donnez-le aux pautrès, etc., se fil l'applicalion de ce conseil et alla l'exécuter; saint Augustin, qui, pour fixer ses irrésolutions, ouvrit les Epîlres de saint Paul, et y trouva des paroles qui le déterminèrent enfin à se convertir; saint Louis, qui, après avoir accordé la grâce d'un criminel, la révoqua, parce qu'il lut dans ie Psautier ces mots : Heureux ceux qui exercent la justice en tout temps. Ces sainls n'avaient pas cherché exprès ces rencontres fortuites pour en lircr un présage ou une leçon. Il n'y a pas plus de superslilion dans leur conduite que dans celle d'un pécheur qui entre par hasard dans une église, et qui entend un prédicateur dont les exhortations le louchent et le font rentrer en lui-même.
Sur tous ces faits cl autres semblables, il y a des réflexions à faire. En premier lieu, ou ne peut pas citer beaucoup d'exemples
d'évéques élus par le sort des saints; ce qui se fit à l'égard de saint Martin et de saint Aignart avait moins pour objet de désigner le sujet qu'il fallait élire que de confirmer un choix déjà fait, et de vaincre l'obstination du peuple ou celle de quelques chefs de parti, et ce moyen n'est pas louable. En second lieu, le sort des saints mis en usage pour savoir quel serait l'événement d'une affaire quelconque, ou quelle serait la conduite d'un nouvel évêque, était évidemment une divination superstitieuse; aussi la ▼oyons-nous condamnée par les canons dès sa naissance; elle ne prit faveur qu'à l'abri de l'ignorance que les barbares amenèrent à leur suite, en se répandant d'un bout de l'Europe à l'autre; elle faisait partie des épreuves superstitieuses, et ces absurdités n'auraient pas duré si longtemps, si les passions humaines, qui ne respectent aucune loi, n'y avaient pas trouvé un moyen de se satisfaire. En troisième lieu, l'attention que l'on fait aux rencontres fortuites n'est point une superstition, quand on ne les a pas cherchées exprès pour en tirer des présages, quand on n'y suppose rien de surnaturel, quand on n'y donne pas une entière confiance. En quatrième lieu, les auteurs qui nous ont représenté le sort des saints pratiqué au sacre des évêques comme une partie de celle cérémonie, eonime un rite de l'office sacré, comme une circonstance prescrite par le Rituel, se sont joués de la créduliié des ignorants, puisque toute espèce de sort des saints était expressément défendue par les canons. C'est une absurdité de citer ce qui s'est fait en Angleterre sous le règne d'un tyran, tel que Guillaume le Roux, et sous les autres rois normands qui lui ressemblaient ; il vendit tous les bénéfices, il chassa les évêques les plus respectables pour mettre des brigands à leur place, etc. Le docleur Prideaux a trouvé bon d'argumenter sur ces désordres pour montrer quelle était la corruption de l'Eglise romaine dans le xie et le xir siècle, et pour faire voir comment se sont introduits les autres abus que les protestants nous reprochent; Histoire des Juifs, I. xm, sous l'an 2i) de Jésus-Christ. Mais l'état de l'Eglise d'Angleterre sous le joug de conquérants impies et brutaux, n'a rien de commun avec l'état de l'Eglise romaine dans les autres parties du monde; ce temps de désordre n'a pas duré longtemps, et il n'en était plus question lorsque les prétendus réformateurs sont venus au monde. Le concile d'Enbam en Angleterre, tenu l'an 1009, avait proscrit ceux qui exerçaient le sort des saints, tout comme les sorciers et les magiciens ; de quel front peut-on dire que, dans ce temps-là, co sort faisait partie de l'office divin? Mais les protestants ne se sont jamais fait scrupule de calomnier l'Eglise ro naine.
Fête des sorts chez les JuiFs. 1 '<>//.