‹ Œuvres completes de BergierChapitre 10 sur 255 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DES LOIS DU MOUVEMENT, COMMUNES A TOUS LES ÊTRES DE LA NATURE. — DE l' ATTRAC- TION ET DE LA RÉPULSION. — DE LA FORCE D'INERTIE. — DE LA NÉCESSITÉ.

§ I. Il y avait lieu de juger, par le titre de ce chapitre , que l'auteur se proposait de montrer que les lois générales du mouvement sont une suite nécessaire de l'essence et des propriétés de la matière. Cette discussion semblait indispensable pourappuyer et pour rendre complète la théorie du mouvement. Il avait dit, dans le chapitre 2, page 17 , que ces lois sont invariables ; qu'elles ne pourraient changer sans qu'il se fît un renversement dans l'essence même des êtres; cela méritait d'être développé et poussé jusqu'à la démonstration : il fallait expliquer comment chacune de ces lois en particulier découle nécessairement des attributs qu'il a donnés à la matière.

Au lieu de cette dissertation si utile, il fait une digression sur les effets dont la cause est connue, et sur ceux dont on ignore le principe; sur l'indifférence des hommes à rechercher l'origine de premiers, sur leur admiration aveugle pour les seconds. « Dès que nous sommes accoutumés, dit-il, à voir certains phénomènes, ils ne nous surprennent plus ; nous les regardons comme naturels, nous ne sommes plus tentés de remonter à leur principe. Mais dès que nous apercevons un effet inusité sans en découvrir la cause, notre esprit se met en travail, cet effet nous paraît surnaturel, nous l'attribuons à une cause imaginaire ; de là sont

33 PART. I. THEOLOGIE PHILOS. -

venues toutes les erreurs religieuses des hommes. » ( Pages 42 et 43. )

Nous examinerons dans la seconde partie si c'est là véritablement la source des opinions religieuses : mais il est à propos de jeter ici un coup d'œil sur les lois du mouvement, et de suppléer à un silence qui parait affectf ; nous y trouverons une nouvelle prouve contre le matérialisme.

La première règle observée par Newton est, que tout corps qui n'est pas en mouvement persévère dans l'état de repos; et tout corps qui est en mouvement continue de se mouvoir dans la direction et avec le degré de vitesse qu'il a reçu, jusqu'à ce qu'une cause nouvelle l'oblige à changer d'état. Cette règle, dans ses deux parties, porte sur ce principe : que tout changement dans l'état d'un corps vient d'une cause étrangère ; qu'il est par conséquent inditférent par luimême au mouvement et au repos; qu'il demeurerait en repos, si une cause extérieure ne lui imprimait le mouvement.

On répliquera, sans doute, qu'il est question là du mouvement de masse ; et cela est vrai : mais puisque celui-ci est accidentel à la masse, comment le mouvement des molécules peut-il leur être essentiel ? S'il y a un cas où l'analogie soit évidente, c'est certainement celui-ci.

La seconde règle est, que le changement qui arrive au mouvement d'un corps est toujours proportionnel à la cause qui le produit, et qu'il se fait toujours suivant la ligne droite. Cette règle ne peut être infaillible, non plus que la précédente , à moins que l'on ne suppose toujours la matière inerte et passive. S'il y avait en elle une activité, une force quelconque , pourquoi n'auraitelle pas le pouvoir d'accélérer ou de retarder le mouvement et de changer la direction que le corps a reçue ?

La troisième est que la réaction ou la résistance est égale et contraire à l'action ou a la compression. Comme deux forces égales et contraires se détruisent, leur effet est nul. De là nous avons conclu contre notre philosophe, que l'action et la réaction, vraies ou supposées entre les molécules dont un corps est composé, ne sont ni un mouvement ni une cause du mouvement, qu'il ne peut en résulter que le repos.

Croirons-nous que Newton n'a ni interrogé la nature, ni consulté l'expérience, ni connu la matière ; qu'il s'est forgé des chimères? 11 faudrait donc établir d'autres rè- ' gles du mouvement et les démontrer : nous sommes encore à savoir quelles sont les règles, les lois invariables, dont l'auteur a si souvent parlé.

Dès qu'il est certain que tout corps mû décrit ou tend à décrire une ligne droite, comment le mouvement circulaire est-il possible, ce mouvement par lequel le corps mû s'écarte continuellement de la ligne droite ? 11 est produit, direz-vous, par la force de projection combinée avec la force centripète où la gravitation, et on ne peut l'expliquer autrement. Fort bien. Mais quand vous aurez OK'jvajs GOVPLi de Behqibr. i.

EXAMEN DU MATERIALISME

prouvé que la gravitation est essentielle à la matière, prouverez-vous encore que la force de projection lui est essentielle ? Montreznous la main qui a lancé les planètes sur la tangente de leur orbite.

Aussi en parlant du mouvement des corps célestes (ch. % p. 22 ), l'auteur s'est abstenu soigneusement de parler de celte force de projection dont il ne peut assigner l'origine. Ce mouvement seul est un écueil contro lequel son système vient se briser.

§ IL « Dans la nature, dit-il, il ne peut y avoir que des causes et des effets naturels. » (Page 43.) Si la nature était telle qu'il la conçoit, une simple agrégation de matière, jl n'y aurait point de cause dU tout, puisque tous les êtres seraient purement passifs. Mais la nature a un créateur et un moteur tout puissant, qui a imprimé le mouvement à la matière, et qui le conserve selon les lois qu'il a établies. Il est le maître d'en suspendre les effets à son gré ; et ce qui résulte de cette suspension est un effet surnaturel.

Dans ce cas, nous chercherions vainement le principe du phénomène parmi les causes naturelles. On ne peut pas supposer qu'elles agissent, lorsque l'effet est évidemment contraire aux lois de la nature. Vainement encore nous nous bornerions alors à confesser que la nature à des ressources que nous ne connaissons pas* (Page 44.) La nature n'a dé ressource que dans ses lois; lorsque leur effet est suspendu, il n'y a d'autre parti à prendre que d'y reconnaître l'opération toute puissante de son auteur. Ce n'est point substituer des fantômes, d^s fictions, des mots vides de sens aux causes qui nous échappent; c'est écouter la voix de la raison et de la nature même. Les causes Naturelles, les lois) V énergie de la nature-, la force d'inertie, etc., voilà les mots vides de sens dans la bouche des matérialistes.

On est charmé d'entendre l'auteur avouer souvent que nous ignorons les voies de la nature et l'essence des êtres. (Page 44;) Pourquoi donc en parler d'un ton si décisif? Pourquoi tout rapporter à cette essence énigmatiquej pendant qu'il nous reproche qu'en remontant à l'opération de la divinité, nous recourons à une cause inconnue?

§ III. Quelle cause plus inconnue que celle attraction dont il a déjà parlé ailleurs, à laquelle il attribue toutes les combinaisons des corps, et dont il prétend que l'influence se fait sentir dans le moral comme dans le physique. (Pages 45, 46 et 47.) « C'est en s'attirant réciproquement, dit-il , que les molécules primitives et insensibles dont tous les corps sont formés, deviennent sensibles et forment des mixtes. »

Cette attraction prétendue est une chimère. Les molécules insensibles de matière sont par leur configuration propres à être unies; le mouvement les rapproche, et il leur est imprimé d'ailleurs. Tant qu'elles no seront pas remuées par une cause extérieure, elles ne se mettront pas en campagne d'ellesmêmes, pour se rechercher mutuellement et

j)Our s'unir par amitié. Ce que l'un imagine vers lequel nous la voyons tendre sans cesse, de |)lus dans la matière que la configuration, (Page 53.) Par la nécessité de sa propre esest une qualité occulte. 11 est indécent aux sence, elle fait concourir, de différentes philosophes de ressusciter ces qualités ima- manières, tous les êtres à son plan général; ginaires, après qu'elles ont été tant décriées; et ce plan ne peut être que la vie, l'action, et c'est une faible ressource pour le maté- le maintien du tout, par les changements rialisme. Quand ils disent que par une loi continuels de ses parties.» (Page 54.) constante, certains corps sont disposés à s'u- 11 nous paraît que cet aveu est bien réflé-

nir, ils ne s'entendent pas eux-mêmes.

Qu'est-ce que cette loi? A qui doit-on l'attribuer? Une loi sans dessein, née d'une rause aveugle, est une absurdité.

il est encore plus ridicule de comparer a cette attraction chimérique l'amour et la haine, l'amitié et l'aversion dans les êtres moraux; de mettre l'homme de niveauavec la matière. Celle-ci n'attire ni n'est attirée par elle-même; elle est mue par une cause extérieure : sinon elle est morte et en repos. L'être actif et pensant se meut luimême; il est le principe de son action et de ses mouvements. Dès que nous perdons de vue ces notions claires, précises, dictées par le sens commun, nous ne trouvons plus cp.ie du verbiage et des contradictions.

Y a-t-il assez de ressemblance entre la formation d'une pierre , d'un minéral , et celle d'une plante, d'un animal ou d'un homme, pour décider que toutes se font par attraction? Une pierre, un minéral se forment par agrégation; le mouvement en rapproche les parties dispersées, et ces parties sont figurées de manière à être aecro-

chi et suffisamment répété ; cependant l'auteur nous dira, dans le chapitre suivant, que le tout ne peut point avoir de but (page 6G), et ailleurs, que la nature n'a point d'intelligence et de but. (Tome II, chap. 6, p. 175.) Mais une confession formelle, arrachée par Févidence de la chose, ne s'efface point par des contradictions. 11 n'y a qu'un seul moyen de tout concilier; c'est de reconnaître que le but, le dessein, ou le plan, n'est point dans les êtres inanimés et privés d'intelligence, parce qu'ils en sont incapables; mais dans l'ouvrier qui les a formés et qui les dirige. Alors nous serons d'accord. Lorsqu'une pierre est taillée et mise en place, pour servir de fondement à un édifice, on dit quelle a un but: cela ne signifie point qu'elle se propose elle-même de concourir à ce dessein; mais que l'ouvrier a eu un dessein et un but, lorsqu'il lui a donné la forme et la situation. Tout autre qu'un matérialiste comprendra aisément ce langage, et n'en abusera pas.

§ IV. Ce serait perdre le temps, que de disserter sur la comparaison que fait fau-

chées les unes aux autres, engrenées, pour teur entre la pierre qui, par la forte adhé-

ainsi dire, les unes dans les autres. La sion de ses parties, oppose de la résistance à

plante, l'animal, l'homme ne se forment sa destruction, et l'homme, être vivant, sen-

point sansun germe préexistant; et cegerme tant, pensant et agissant, qui cherche à se

est l'ouvrage du Créateur. Rassemblez, tant procurer ce qui est conforme à son être, et

qu'il vous plaira, des molécules propres à s'efforce d'écarter ce qui peut lui nuire. (Page

former un être organisé, arrangez-les à dis- 49). La pierre est conservée par le repos et

crétion, tant, qu'il n'y a point de germe, par la configuration de ses parties; l'homme

vous n'aurez qu'une matière morte, sans se conserve par une suite d'actions dont il

organisation et sans vie. Le germe seul à qui le Créateur a donné le mouvement et la vie, a le pouvoir d'attirer les molécules qui lui sont analogues, et de se les approprier. Voilà ce que la nature, l'observation, l'expérience, la raison nous apprennent de concert, ^attraction, la répulsion, la

est le principe. La première est incapable d'avoir un but, parce qu'elle est privée de connaissance; le second agit pour une fin, parce qu'il est intelligent et raisonnable. C'est le Créateur lui-même qui a eu un but, en formant les êtres inanimés, et ils sont conduits a ce but par les lois du mouve-

sympathie,\' antipathie, Y affinité, X inimitié îles ment qu'il a établies: les êtres animés et

molécules de matière sont de vieux rêves ressuscites, des termes abusifs et vides de sens. Forcé par l'évidence et contre l'intérêt de son système, l'auteur a reconnu un but, une direction, un plan dans la nature ; et nous aurons souvent occasion de l'en faire souvenir. « Quelle est, dit-il, la direction

doués de connaissance se conduisent euxmêmes, et suivent l'inclination que Dieu leur a donnée pour se conserver.

Si les physiciens ont nommé cette tendance d'un être raisonnable à se conserver, gravitation sur soi, ou force d'inertie, ils se sont joués des termes, selon l'usage ordi-

ou tendance générale et commune que nous naire des matérialistes, et cet abus ne prouve

voyons dans tous les êtres? Quel est le but rien. La gravitation est la tendance vers un

visible et connu de tous leurs mouvements? centre éloigné; une molécule de matière

C'est de conserver leur existence actuelle, placée au centre ne graviterait plus. Pour

et d'y persévérer. (Page 48.) Ainsi tous les qu'un être pût graviter sur 901, il faudrait

êtres que nous connaissons tendent à se con- qu'il fût son centre à lui-même, qu'il fût

server, chacun à leur manière... La conservation est donc le but commun vers lequel toutes les énergies, les forces, les facultés des êtres semblent continuellement dirigées. (Page 49.) La conservation de la nature est le seul but que nous puissions lui assigner,

éloigné de lui-même : qu'est-ce que tout cela signifie? Peut-on appeler force d'inertie, la suite d'actions et de mouvements spontanés, par lesquels un être intelligent travaille à sa conservation? C'est une contradiction révoltante : la force d'inertie est le

repos absolu, lanégation de toute action et de tout mouvement. Pour soutenir le matérialisme, il faudrait créer un nouveau langage. Ou ne conçoit rien à celui de l'auteur;

il dit tiue « la nature, dans tous ses phénomènes, agit nécessairement d'après l'essence qui lui est propre. » (Page 50.) Selon ses idées, la nature, ou h grand ton!, qui est l'agrégation de tous les êtres, a-t-élle une essence propre? Elle a, si l'on veut, l'essence delà matière; niais on n'a pas oublié que la matière elle-même est une agrégation d'individus, où il n'y en a pas deux qui se ressemblent, qui soient exactement les mêmes, qui puissent êtres rangées sous la même dénomination : teile est l'opinion de l'auteur. Un tout, formé de pareils êlres, ne peut avoir une essence propre et particulière. Nous ne faisons cette remarque en passant, qu'alin de montrer que notre sophiste ne s'exprime jamais exactement.

« Toute cause produit un effet : il ne peut v avoir d'effet sans cause.» (Ibid.; Lucrèce, liv. h, 287.) Principe évident, et que nous ne lui contesterons pas. Nous nous en sommes déjà servis pour démontrer qu'en admettant un cercle éternel de mouvements reçus ou ucuuis, il n'a fait que supposer une infinité d'effets sans cause.

§ V. 11 continue à se contredire , en concluant que « tous les phénomènes sont nécessaires ; que les causes qui les pro • duisent ne peuvent agir et se mouvoir que d'après leurs façons d'être et leurs propriétés essentielles ; que l'univers n'est qu'une chaîne immense de causes et d'eflets qui sans cesse découlent les uns des autres ; qu'il ne peut y avoir d'énergie indépendante, de cause isolée, d'action détachée, dans une nature où tous les êtres agissent sans interruption les uns sur les autres, et qui n'est elle-même qu'un cercle éternel de mouvements donnés et reçus suivant des lois nécessaires. » (Page 51; Llcuèce, liv. h, 707.)

Cette doctrine lumineuse ne peut être vraie, qu'en supposant tous les êtres absolument passifs. Car enfin un être actif est celui qui a le pouvoir de se donner le mouvement, sans îl'avoir reçu d'un autre. Un être actif a donc dans ce sens une énergie indépendante, une force isolée, une action détachée, puisque le mouvement commence par lui.

Aussi l'auteur décide formellement, que a s'il existait dans la nature un être vraiment capable de se mouvoir par sa propre énergie, il aurait le pouvoir d'arrêter lui seul ou de suspendre le mouvement dans l'univers. » (Ch. 10, p. lëi.j

Si tous les êtres sont passifs, où est dans l'univers le principe de l'action? Il n'y en a point. Une action reçue, un mouvement acquis est un effet : multipliez-les à l'infini, vous ne multipliez que des effets, sans assigner la cause. A la vérité, le mouvement reçu, envisagé dans ses suites, a posteriori, devient cause lui-même; mais considéré dans .-a source, apriorit c'est un effet. Or il

n'est pas ici question de descendre, il faut remonter, et en remontant nous ne trouvons rien. La chaîne des mouvements est suspendue en l'air et ne tient à rien.

Il y a donc une contradiction formelle entre cette chaîne, et l'existence active, essentielle à la matière, dont l'auteur |>arle plus bas. (Page 54.) Point d'existence active dans une nature où tout est passif, où rien ne peut mouvoir qu'autant qu'il est mu. Une nature où tout est matière, et un tout agissant et vivant (page 55), c'est une contradiction qui saute aux yeux.

L'auteur la répète cent fois dans son ouvrage, surtout en traitant de la [liberté ou plutôt de la fatalité; il mettra, dit-il, cette vérité dans tout son jour. (Page 53.) Vaine promesse : les contradictions ne peuvent produire que des ténèbres.

Il en est de même de ses comparaisons continuelles entre les êtres inanimés et les agents libres, qu'il met au même niveau et qu'il confond les uns avec les autres. Dans une sédition, dans une émeute publique, les divers personnages qui agissent sont entraînés, selon lui, par des causes physiques et nécessaires, tout comme les molécules d'eau ou de poussière dans un ouragan. (Pages 51 et 52.) Il y a par conséquent aussi peu de raison à vouloir conduire par des réflexions et par des avis un peuple mutiné Ou une troupe de conjurés, qu'à haranguer sur le bord de la mer les flots en courroux.

Nouvelle contradiction, nouvelle absurdité dans ce qui suit : « La matière agit, parce qu'elle existe, et elle existe pour agir ; nous ne pouvons aller au delà. » (Note, p. 55.) Je soutiens que nous pouvons aller au delà, et demander comment la matière existe-t-clle, et qui lui a donné l'existence? D.'ailleurs une matière, dont tout mouvement est acquis, Une matière qui ne peut donner le mouvement qu'autant qu'elle l'a reçu, et une matière agissante par ellemême, sont deux idées aussi claires qu'un cercle carré ou un bâton sans deux bouts.

Terminons la contestation en deux mots.

Ou la matière est active par son essence, ou elle est passive ; choisissez, philosophe, il n'y a pas de milieu, elle ne saurait être tous les deux. Si elle c-t active, elle n'a pas besoin d'être mue, elle se meut ellemême, son mouvement est spontané, il n'y a plus besoin d'impulsion dans la nature, ni de mouvement acquis. Si elle est passive, ne parlez plus do son action, de sa force, de son énergie, et cessez de vous jouci'.du langage.

§ VI. Comme les matérialistes répèten*.

continuellement que tout est nécessaire, que la matière existe nécessairement, (pie le mouvement est nécessaire, que toutes les causes naturelles produisent leur effet nécessairement, il est à propos d'examiner, une fois pour toutes, ce que c'est que la nc'cessiié dont on parle sans cesse, et dont on ne' nous donne aucune idée.

Dans la rigueur des termes, une ch"- ♦

est nécessaire, lorsque le contraire renferme contradiction ; il n'y a point d'autre notion de la nécessité. Lorsqu'on dit, la matière es/ nécessaire, c'est comme si l'on disait : cette proposition, Va matière n'existe point, renferme contradiction.

pouvait créer des corps non graves, qui s'éloignassent du centre, qui s'éleva.ssent au lieu de tomber. Nous ne connaissons d'autre cause de la gravité que la volonté du Créateur. Dieu a créé le feu capable de brûler et

La nécessité est absolue, lorsqu'elle est d'éclairer ; conséquemment Je feu éclaire et

antérieure à toute supposition; elle est seu lement conséquente , lorsqu'elle s'ensuit d'une supposition que l'on a faite.

Il y a un être nécessaire ; tous les êtres ne sont {pas contingents : ce principe est évident et incontestable. Si tous les êtres étaient contingents ou avaient commencé d'exister, cette existence commencée serait un effet sans cause ; le néant serait le principe de leur existence : et c'est une contradiction.

Tous les êtres sont nécessaires, il n'y a aucun être contingent : cette proposition est-

brûle nécessairement : cette nécessité est conséquente, et non absolue; Dieu pouva.t créer un feu qui éclairât sans brûler, ou qui brûlât sans éclairer.

Lorsqu'un matérialiste soutient que la matière existe nécessairement, puisqu'elle existe ; que ses propriétés sont nécessaires, puisqu'elles découlent de sonessenee; que ces propriétés détruisent nécessairement leur l'effet : cela doit s'entendre d'une nécessité de conséquence, et non d'une nécessité absolue. La matière existe, parce que Dieu a voulu qu'elle existât; elle a

elle évidente comme la première? Non, sans telles propriétés, parce que Dieu les lui a doute. Dès qu'il y a un seul être nécessaire, données; leurs effets sont nécessaires, il peut être la cause de l'existence des au- parce que Dieu a voulu que ces effets arrivassent constamment. Mais confondre cette nécessité de conséquence avec la nécessité absolue de l'existence de Dieu, c'est abuser des termes, et confondre des notions trèsdifférentes, pour tromper le lecteur : tel est le sophisme puérile sur lequel notre auteur s'est fondé dans tout son livre.

« De la doctrine du destin ou de la nécessité, il résulte que tout ce qui n'arrive pas est impossible, et qu'il n'y a rien de possible que ce qui se fait actuellement... C'est un grand embarras pour les spinosistes, que de voir que, selon leur hypothèse, il a été aussi impossible [de toute éternité que Spinosa, par exemple, ne mourût pas à la Haye, qu'il est impossible que deux et deux soient six. Ils sentent bien

très ; l'existence contingente de ceux-ci ne renferme plus contradiction. Un seul être est donc nécessaire ; la nécessité absolue ne s'étend pas plus loin.

La matière est nécessaire : cet axiome porte-t-il un caractère d'évidence ? Rien moins. S'il y a un être nécessaire distingué d'elle, il peut lui avoir donné l'existence ; l'existence contingente de la matière ne renferme pas contradiction. D'ailleurs un seul être est nécessaire ; la matière n'est pas un seul être, mais une agrégation de plusieurs êtres divers.

« Ce qui existe, dit notre auteur, suppose dès lors même que l'existence lui est essentielle. » (Tome II, c. k, p. 102.) Cela est faux. Il enseigne lui-même que la matière

est nécessaire, mais que les formes sont con- que c'est une conséquence nécessaire de tingentes ( tome I, c. G, p. 82) ; l'existence leur doctrine, et une conséquence qui recontingente ne renferme donc pas contra- bute, qui effarouche, qui soulève les es

diction. Pane que j'existe aujourd'hui, s'ensuit-il que j'existe nécessairement et de toute éternité ? Puisqu'une forme, une modification peuvent être contingentes, une substance peut l'être de même. Ya-t-il contradiction à supposer que tel atome de matière n'existât pas ?

Cette proposition : tous les êtres sont contingents, renferme contradiction, personne n'en disconvient ; mais celle-ci : il y a des êtres contingents, n'en renferme aucune ; cela est démontré. 11 est ici question de la nécessité absolue , indépendante de toute supposition.

Si l'on suppose que Dieu a créé la matière telle qu'elle est, qu'il lui a donné la gravité ou la pesanteur, il s'ensuit que tous les corps tombent nécessairement, tendent nécessairement au centre ; il y aurait contradiction à supposer qu'un corps, sans cesser d'être grave, tendît à Ja circonférence ;

prits, par l'absurdité qu'elle renferme, diamétralement opposée au sens commun. Us np sont pas bien aises que l'on sache qu'ils renversent une maxime aussi universelle, aussi évidente que celle-ci : tout ce qui implique contradiction est impossible, et tout ce qui n'implique point contradiction est possible. Or quelle contradiction y aurait-il en ce que Spinosa fût mort à Leyde? La nature aurait-elle été moins parfaite, moins sage, moins puissante ? » Telle est la réflexion de Bayle. [Dict. crit., art. Chrysippe, S.)

La doctrine de la fatalité ou de l'enchaînement de toutes choses ramènerait la folie des présages et de l'astrologie : aussi les stoïciens, partisans de la fatalité, croyaient à la divination.

§ VIL D'autres philosophes, qui voulaient établir le scepticisme, ont raisonné bien différemment. Au lieu de découvrir la moindre apparence de nécessité dans l'état pré-

il serait grave et ne le serait pas. Mais cette sent des choses, il n'y ont pas seulement vu

nécessité ou cette contradiction ne sont de la certitude, mais tout au plus de la pr< -

telles qu'en vertu de la supposition que babilité. [OEuvres Philos, de Hume, tome 11,

nous avons faite ; c'est une nécessité de con- quatrième jessai et suiv. ; Pensées philos. ,

séquence, et non une nécessité absolue. Dieu n. 52: Diction, philos., art. Certitude; l)i

PART. I. THEOLOGIE NIILOS.

EXAMEN DU MATERIALISME

l'esprit., premier discours, c. 1, tome I, p. 22 et 23.)

11 n'y a rien, disent-ils, dans la nature d'une pierre qui nous apprenne évidemment qu'elle tombera plutôt que de demeurer suspendue en l'air : nous ne voyons rien dans les qualités sensibles d'une boule d'ivoire ou de marbre, qui nous démontre qu'en frappant contre une autre boule, elle lui communiquera son mouvement. Il est vrai que jusqu'à présent nous avons vu ce phénomène arriver, mais il n'y a aucune raison d'où nous puissions conclure évidemment qu'il arrivera toujours de même.

Le contraire est très-possible, très-concevable; et ne renferme aucune contradiction. La liaison de ce phénomène avec la rencontre des deux boules n'est point aperçue par une évidence intuitive, et ne peut* se démontrer par aucun argument a priori.

Le pain que je mangeais me nourrissait autrefois ; du pain semblable me nourrirat-il encore aujourd'hui ? Il n'y a pas ici J'ombre de nécessité. La nature intime du pain m'est inconnue; elle pourrait avoir changé, sans qu'il se fût fait aucun changement dans ses qualités sensibles ; alors son influence et ses effets ne seraient plus les mêmes. En vain prétendez-vous avoir étudié la nature des causes dans le livre de l'expérience; qu'y avez-vous appris? Que tel effet arrive ordinairement à la suite de telle ou telle circonstance ; mais il ne répugne en aucune façon que ce cours ordinaire des choses soit changé.

De même, après avoir ooserve la coexistence constante de la chaleur avec la flamme, nous avons conclu que la première était l'effet de laseeonde; mais avons-nous découvert le rapport intime ou la liaison nécessaire qu'il y a entre l'une et l'autre ? Tout ce que nos recherches les plus profondes nous découvrent sur ce point, c'est un événement à la suite d'un autre événement.

De là ces philosophes concluent qu'il n'est rien de plus obscur ni de plus incertain dans la métaphysique, que les idées de causalité, de pouvoir, de force, d'énergie ou de liaison nécessaire. Les idées de nécessité et de cause dérivent uniquement, disent-il, de l'uniformité que nous voyons dans les œuvres de la nature, de l'union constante ou de la coexistence de telles qualités sensibles des corps avec tels phénomènes, et de l'habitude où nous sommes d'inférer l'existence des uns de l'existence des autres. C'est donc uniquement sur ces deux circonstances que se fonde toute la nécessité que nous attribuons à la nature, et sans elle nous n'en aurions pas la moindre notion. Mais celte uniformité et celte habitude ne formerons jamais une démonstration.

Ce qu'il y a de singulier, c'est que notre auteur lui-même appuie cette doctrine, en observant que l'expérience peut bien nous apprendre ce qui est, mais non pas ce qui a

été, ni ce qui sera, ni ce qui peut être. (Tom. I, c. 6, p. 86.)

Quand nous avons comparé ces deux manières de raisonner, ne sommes-nous pas bien instruits? L'un nous crie que tout est nécessaire ; l'autre soutient que rien iw l'est: auquel donnerons-nous la préférence? Ni à l'un ni à l'autre; tous deux ont également tort. Rien n'est absolument nécessaire que Dieu : ce qu'd a fait est nécessaire, parce qu'il a voulu que la nature des choses fût constante et immuable; elle; ne changera point, à moins qu'il ne la change luimême.

L'homme serait bien à plaindre, si sa croyance et sa conduite dépendaient d'une métaphysique obscure, chancelante, incertaine, qui prétend démontrer les contradictoires, qui est tantôt entraînée vers une extrémité et tantôt vers une autre. Tous les êtres sont-ils nécessaires, ou n'y en a-t-il qu'un seul? La création est-elle impossible, ou tel atome de matière est-il incréé et indestructible? Le mouvement est-il éternel, ou a-t-il commencé? La matière est-elle infinie ou bornée? Quels abîmes! Serons nous obligés de les sonder, avant de savoir s'il y a un Dieu que nous devons adorer et une loi naturelle que nous devons observer? Non, ce n'est point dans ces profondes ténèbres qu'il faut chercher la vérité, c'est dans nous-mêmes : si mon cœur est en état de souhaiter qu'il y ait un Dieu, je puis l'interroger sans crainte; sa réponse vaudra mieux qu'une démonstration.

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