‹ Œuvres completes de BergierChapitre 103 sur 255 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Sixième preuve ; difficultés auxquelles on ne peut satisfaire quand on suppose que les fables sont historiques,

§ I.— Jusqu'à présent les savants se sont formé de la mythologie une idée bien différente de celle que nous en avons conçue; ils pensent que les fables grecques ne sont autre chose que l'ancienne histoire, déguisée sous des expressions équivoques et chargée de circonstances merveilleuses imaginées à plaisir, pour exciter une frivole admiration. Les Grecs , sous les noms de leurs dieux, ont adoré ou leurs propres ancêtres, ou les premiers princes qui ont fondé des empires, qui ont réuni les peu-

(1715) Voyez ci-dessus, cliap. §3.

( 1746; Chap. 5, § 2.

(1747) t '.xvlicalion historique des fables, tome 111,

page 1.

(1748) Voyez son texte, chap. 9, § 12.

(l74y) Plutarque, Sur Isisel Qtirithn. 11 et 12.

pies en corps de société, qui ont enseigné les arts les plus nécessaires. Ouranos ou

Cœlus, Chronos ouSalune, Zéus ou Jupiter, sont trois monarques qui se sont succédés. La Iroupc des dieux qui leur oui été associés, sont les principaux personnages qui ont vécu sous leur lègne ou immédiatement après. Ce que l'on raconte de leurs guerres , de leurs conquêtes, de leurs crimes même , est vrai pour le fond, imiis défiguré par des circonstances fabuleuses. Les Egyptiens et les Phéniciens qui ont amené différentes colonies dans la Grèce , ayant raconté quelques événements arrivés chez eux, l'un entendit leurs narrations de travers, tant à cause de l'obscurité de leur langage, que par le penchant invincible des Grecs pour le faux merveilleux , et on en fit de n uveaux épisodes à l'ancienne histoire. Ce mélange bizarre de personnes qui ont vécu en différents temps, de faits arrivés en différents lieux, de noms dont on n'a pas pris le vrai sens, a formé un assemblage ridicule que les poètes ont habillé selon leur goût. En ajoutant des personnages al i légoriques à ceux qui ont existé réellement, ils ont augmenté la confusion. Ainsi s'est arrangée successivement l'espèce de généalogie qu'Hésiode nous a donnée dans sa Théogonie, et qu'Homère avait déjà suivie dans ses deux poèmes. Pour démêler le vrai au milieu de tant d'accessoires étrangers , il faut chercher l'étymologie des noms grecs dans les langues de l'Orient, rapprocher autant que l'on peut l'histoire de la Grèce de celle de l'Egypte et de la Phénicie, rapporter le tout aux idées et aux mœurs des anciens peuples.

§ 11. — Ce système , dont nous examinerons les preuves dans la suite, a été soutenu par Bûchait, continué par le Clerc dans son Commentaire sur Hésiode et dans quelques volumes de sa Bibliothèque universelle, adopté avec quelques changements par l'abbé Bauier, dans son explication historique des laides , développé dans plusieurs mémoires de l'académie des belles-lettres , supposé vrai par la plupart des savants qui ont écrit depuis. Rien ne manquait à ces divers auteurs pour le mettre dans tout son jour; connaissance parlai te du grec et des langues orientales ; étude profonde et suivie de l'ancienne histoire et des mœurs des différents peuples; critique judicieuse des anciens, pour lixer le degré d'autorité qu'on peut leur donner, lecture immense de tous les mythologues. Avec des talents si rares, on voit qu'il ne sont pas contents de leurs découvertes, qu'il resie toujours des doutes à éclaircir, des dillicullés auxquelles on ne répond point. Souvent ils racontent plutôt ce que l'on a dit , qu'ils ne donnent la raison pourquoi on s'est avisé de le dire. Comment les Grecs sont-ils parvenus au point d'aveuglement, d'adorer des hommes pour toute divinité ? Quelle était auparavant leur croyance? Par quelle progression de fausses idées sont-ils tombés dans celle erreur? Ont-ils suivi pour s'égarer la même

L'El! TRES COMPLETES DE BeRGIER. 1.

roule que les autres peuples? Tant que nous ne serons point apaisés sur ces questions, la mythologie ne sera pas suffisamment expliquée.

§ 111. — Si le système que l'on vient d'exposer, n'est pas vrai., il est du moins hardi, et il convenait de l'être a ceux qui l'ont imaginé. Les Latins mieux instruits que nous de l'histoire grecque , parce qu'ils touchaient de plus près aux événements , l'avaient partagée en trois époques principales : ils nommaient la première, les temps inconnus; ceux.- ci s'é'endent depuis la création, ou plutôt depuis la dispersion des nations, jusqu'au déluge d'Ogygès , c'est - à - dire , jusques vers l'an 2200 du du monde, 544 ans après le déluge universel, 1800 ans avant Jésus-Christ. La seconde comprend les temps fabuleux ou héroïques qui durent environ 1000 ans, depuis Ogygès jusqu'aux Olympiades, 776ans avant Jésus-Christ, époque à laquelle commencent les temps historiques. Nos mythologues moins timides, prétendent retrouver l'histoire des temps héroïques, sous l'enveloppe des fables dont on l'a défigurée; ils se flattent même de porter la lumière dans le chaos des siècles inconnus : essayons si , avec le flambeau qu'ils nous prêtent, nous pourrons marcher en sûreté.

§ IV. — On commence par supposer un empire de Titans, ou de rois devenus dieux , dans des siècles où il n'y avait point de villes bâties, m d'arts cultivés dans la Grèce, où les peuples de ces contrées étaient encore sauvages et barbares. Selon l'opinion commune, les plus anciennes vil les grecques, Athènes , Argos , Thèbes, Sicyone , remontent à peu près au temps d'Abraham et aux commencements du premier empire des Assyriens, c'est-à-dire environ à l'an 400 après le déluge. Etait-ce trop de quatre siècles pour peupler toute l'étendue de l'Asie Mineure, et amener insensiblement des colonies jusque dans la Grèce et la Thessalie? Comment s'est-il pu former un vaste empire avant celle époque?

i)om Pezron, pour sortir de cet embarras et soutenir le règne des princes Titans, n'a point trouvé de meilleur moyen que de prolonger les temps , d'adopter la chronologie des Septante, de supposer que depuis le déluge jusqu'aux premières époques de l'histoire profane, il s'est écoulé un plus grand nombre de siècles que l'on n'en compte communément. Sans entrer dans celte discussion chronologique, arrêtonsnous à une preuve de fait. Selon l'ordre des migrations du genre humain , les premiers empires ont dû commencer dans le voisinage de la Mésopotamie, parce que c'est là que les hommes se sont trouvés rassemblés après le déluge. Les Etats de l'Asie doivent donc être plus anciens que ceux de l'Europe; il est donc impossible que dès les commencements de la domination des Assyriens, avant la monarchie des Egyptiens, avani la naissance des royaumes de l'Asie Mineure il y ait eu, àA00 lieues des plaines

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de Sennahar et au delà des mers, un prétendu empire des Titans.

La manière dont il a fini, est encore plus incompréhensible que ses commencements.

Peut-on concevoir qu'un empire si étendu et si célèbre n'ait laissé après lui ni succession ni vestiges certains? A-t-il duré peu ou longtemps? Quelles en étaient les bornes précises et le siège principal ? A la mort du dernier souverain, comment ses Etals ontils été démembrés? Que sont devenus Jupiter, Pluton, Neptune? Rien de connu sur leur destinée. Des princes qui naissent à l'un des bouts du monde pour aller régner à l'autre, dans un temps où la navigation n'était pas connue, qui font des conquêtes dans des pays cù il n'y avait pas de villes , qui iondent un empire chez des peuples aussi sauvages que ceux de l'Amérique ; qui disparaissent tout à coup sans laisser aucun monument certain de leur règne ; cela est-il plus aisé àjcomprendre que les rêves de la mythologie?

Dans quel pays du monde ces princes ont-ils vécu? Les Grecs prétendent que c'est dans la Thessalie; les Egyptiens et les Phéniciens soutiennent que c'est chez eux : les uns les placent chez les peuples atlantiques sur les côtes d'Afrique, d'autres, plus hardis, les transportent dans le fond du Nord. 11 est fort probable que des rois qui ont vécu en tant de lieux n'ont existé nulle part.

Ici la chronologie se trouve aussi confondueque la géographie ; pour concilier toutes les époques, il faut supposer que les galanteries de Jupiter ont duré au moins cinq cents ans, autrement il ne peut avoir été contemporain de toutes les femmes qu'on lui fait épouser, ni de tous les enfants qu'on lui attribue.

Dans les premiers temps, tous les Etats furent héréditaires; aussi l'on prétend que Saturne et Jupiter ont succédé à leur père: mais après eux plus de succession ; Jupiter, Pluton, Neptune, trois monarques puissants n'ont point laissé d'héritiers : on leur attribue un grand nombre d'enfants qui ne font après eux aucune figure. Ils avaient appris aux Grecs les sciences et les arts, tout a diparu avec eux; après plusieurs siècles, il a fallu que des étrangers , des Egyptiens, des Phéniciens vinssent de nouveau tirer les Grecs de la barbarie.

Quand donc le règne de Jupiter serait aussi réel qu'il est fabuleux, il serait impossible que l'histoire en fût parvenue aux siècles suivants, surtout une histoire détaillée qui nous eût appris la généalogie, les alliances, les enfants, Jes querelles, les crimes de ce dieu prétendu. Chez les peuples sauvages, tels qu'ont été les anciens Grecs, même après le siècle des Titans, on ne trouve ni tradition ni monuments. L'histoire se tait, ou par la stérilité des événenenls , ou par le défaut d'observateurs

(1750) Hiad., I. i. v. «290, 494; l. xiv, v. 244; TliéuijGii., v. 21, 55, LOS.

(1751) ExvHcalion historique des [ables, tome I,

attentifs. Partout le règne nés dieux a précédé celui des hommes; partout il y a eu des rois, c'est-à-dire des chefs de peuplades longtemps avant qu'il y eût des historiens.

§ V. — Homère, le plus grand conteur de l'univers, qui dit tout ce qu'il sait, et souvent ce qu'il ne sait pas, qui ne finit point sur les généalogies et sur les antiquités vraies ou fausses de sa nation, qui n'omet rien de ce qui peut flatter la vanité des Grecs, n'a point connu ce fameux empire des Titans sur la terre. Il les place dans le ciel, il les peint comme des dieux qui se mêlent de tout , qui gouvernent toute la nature; jamais il n'en parle comme de mortels qui aient vécu dans la Grèce. Ceux qui ont écrit plusieurs siècles après, ontils recouvré d'anciens mémoires ou fouillé dans des archives que le poète n'avait pas vus?

Hésiode qui a suivi Homère, parle encore sur le même ton ; il s'explique même plus clairement : selon lui les Titans sont le ciel, la terre, le temps, le maître du ciel, la reine de l'air, le seigneur des eaux , le tombeau ou les enfers , le soleil , la lune , la nuit et toutes les parties de l'univers dont il fait la généalogie. Par quel enchantement des rois, des conquérants, des hommes sont-ils devenus tout à coup des êtres physiques ? Comment cette métamorphose a-t-elle pu se faire dans l'imagination des Grecs?

Dans le style de nos deux poêles, l'idée de la divinité emporte l'existence de tout temps; ils appellent souvent les dieux, la race divine des immortels qui existent éternellement (1750). Leur auraient-ils donné ce titre, s'ils avaient cru que les dieux n'étaient point d'une autre nature que les hommes? Ils se sont contredits, à la vérité, en attribuant une naissance aux dieux; mais enfin jamais ils n'ont parlé de même dès hommes; jamais Hésiode n'a fait mourir les dieux, quoique l'abbé Ranier, par inattention, lui ait attribué cette erreur (1751). Puisque les anciens Grecs étaient déjà assez instruits pour connaître l'immortalité de l'âme, comment ont-ils pu être assez stupides pour confondre la nature humaine avec la nature divine?

§ VI. — Hésiode surtout , auquel nous devons une attention particulière, dislingue nettement les dieux d'avec les hommes les plus anciens. Les premiers hommes, selon lui, sont ceux de l'âge d'or (1752). Tandis qu'ils vivaient sur la terre, Saturne régnait dans le ciel ; après leur mort , ils sont devenus des démons , des génies du second ordre ; c'est Jupiter qui, en qualité de dieu souverain, leur a fait cet honneur; mais il ne les a point transportés dans le ciul, séjourdes dieux. Les hommes des âges suivants, les héros ou demi-dieux sont dans les champs Elysées, dans les îles fortunées où ils sont gouvernés par Saturne. C'est par une grâce spéciale, par une exception

(1752) l'oème des travaux, v. 108 el suiy.

SOn

faut. 11. tueol. .\rt.ijeoi oc. - origine of.s dieux.

unique qu'Hercule a élé transporté au ciel avec les dieux : aucun mortel n'a partagé avec lui ce privilège. Encore y avait-il avant lui un Hercule dieu, avec lequel le héros s'est trouvé confondu.

Dans la Théogonie, le poêle fait la môme distinction (175:]). Il lait naître sous Salurno les nymphes Mélies ou intelligences subalternes, qui distribuent aux hommes les bienfaits de la nature ; mais elles n'ont rien do commun avec les déesses immortelles qui habitent l'Olympe. Lorsqu'il parle du règne deCœlus, de peur qu'on no le prenne pour un roi , il lui donne l'épilhète do lumineux 'Attî/jôevto?, pour faire sentir qu'il parle du ciel physique où sont les astres (175V). N'est-il pas étonnant qu'après t\rs paroles si claires, on veuille nous faire regarder les Titans ou anciens dieux comme des hommes qui ont vécu dans la Thessalie ou ailleurs !

§ VII. — Il y a lieu de penser que la religion grecque était la môme dans le fond, et venait de la môme source que celle des Egyptiens , d s Phéniciens et des autres anciens peuples idolâtres; mais les Phéniciens et les Egyptiens n'ont point adoré des hommes. Ils rendaient leur culte auxdifférenles parties de la nature, ou plutôt aux intelligences que l'on supposait y présider; il en est de même des Lybiens et des Arabes. Les Scythes, les Chàldéens, les Perses, les Assyriens, les Cariens, les Lydiens, les Phrygiens, les Thraces, les peuples de la Scandinavie, les anciens Germains, les Gaulois n'adoraient point des hommes ; il serait aisé de le montrer. Par quelle fatalité les Grecs seuls ont-ils donné dans cette erreur?

Quand on serait parvenu à nous apprendre comment ils ont pu s'égarer au point d'adorer leurs propres ancêtres ou des princes étrangers, nous n'en serions pas plus avancés pour découvrir l'origine de 1 idolâtrie chez les autres nations, ni d'où vient la ressemhlance qui se trouve souveut entre les fables de la Grèce et celles de l'Egypte ou de la Phénicie. Si Jupiter et Saturne sont des rois de Thessalie, comment ont-ils été adorés à Memphis ou à Tyr? Si vulcain a vécu dans la Grèce, comment at-on pu rêver sur les bords du Nil qu'il y avait régné?Si au contraire ces personnages sont Egyptiens d'origine, comment les Phéniciens et les Grecs ont-ils pu quitter leurs premiers dieux pour adorer des étrangers'?

§ VIII. — N'est-il pas naturel, dit-on, que les anciens peuples aient élé portés d'inclination à diviniser les fondateurs des empires, les rois bienfaisants et vertueux, les héros destructeurs de monstres, les inventeurs des arts; qu'api es leur mort on leur •■l'attribué le pouvoir snprêine comme une récompense du bien qu'ils avaient fait aux hommes? Rien de plus vraisemblable sans doute dans la spéculation; malheureusement les faits ne s'accordent point avec celle

(1753) Tliéojoit., v. 187.

supposition. 1° Les empires n'ont point élé fondés chez les peuples devenus barbares après le déluge, mais chez les nations qui commençaient a se policer: l'idolâtrie au contraire*, et les fables, sont nées dans les Ages les plus grossiers ; leur naissance a précédé presque partout celles des premières monarchies. 2°. Les peuples qui passent pour les premiers auteurs de l'idolâtrie, n'ont point mis leurs dieux dans la liste de leurs souverains. Les Egyptiens n'ont point enseigné qu'Osiris ait été le fondateur de leur monarchie; selon eux le règne des dieux avait précédé en Egypte celui des rois. Les Phéniciens n'ont point regardé Ouranos et Chronos comme la lige de leurs princes; jamais ceux-ci n'ont prétendu en être descendus; la théogonie des Phéniciens ne nous donne aucun lieu de le supposer. Les Grecs de même n'ont point envisagé Cœlus, Saturne, Jupiter, commo fondateurs de leurs premiers étals: ceux-ci sont tous postérieurs de beaucoup à l'empire des Titans; et cet empire a disparu sans laisser de succession. 3°. Ces rois prétendus, loin d'avoir mérité parleurs vertus les respects de la postérité, ont été de parfaits scélérats. Cœlus, selon la fable, étouffait ses enfants, Saturne avalait les siens et mutila son père, Jupiter a détrôné Saturne, a rempli l'univers des fruits de ses débauches. La plupart des héros Grecsdans un état policé auraient expiré sur la roue: le ciel des poètes était le séjour des crimes plutôt que le temple de la vertu. Il faut démentir l'histoire de tous ces personnages pour supposer que les honneurs qu'on leur t* rendus, ont été la récompense de leurs mérites.

Certainement l'on aurait eu de la vénération pour ceux qui auraient délruit des monstres; mais y a-t-il eu réellement des monstres à combattre dans la Grèce? Croirons-nous l'existence de l'hydre de Lerne, du sphinx de Béotie, de la biche aux cornes doiées et aux pieds d'airain, de la chimère, etc. Tuer des bêles féroces, a été un exercice commun à tous les premiers chasseurs; les sauvages y sont accoutumés : jamais ils n'ont regardé la défaite d'un sanglier, d'un ours ou d'un lion, comme un exploit qui méritât des autels.

Do même on aurait rendu de grands honneurs aux inventeurs des arts, si le même homme avait inventé seul un des ans les plus nécessaires, et l'avait porté d'abord à la perfection par un ellort de génie; mais ce n'est point ainsi que ces arts précieux ont élé formés; c'est par des progrès successifs et très-lents, par des essais d'abord très-grossiers, mais que différents ouvriers ont perfectionnés peu à peu, et auxquels le hasard a souvent eu plus de part (jue l'industrie. Aucune des premières tentatives n'a dû paraître assez admirable pour faire décerner un cullo à son auteur. En examinant l'hisloire de ces dieux que

0751) lbid.} v. 414.

supposés " présider aux différents

I on a

arts, nous montrerons par des détails tirés de ['Origine des lois, des arls et des sciences, qu'on ne peut pas leur en attribuer la première invention; que le culte de ces dieux nouveaux a commencé longtemps après la formation des sociétés, et lorsque la Grèce était déjà policée. D'ailleurs les Européens qui ont étalé aux yeux des sauvages de l'Amérique, des arts tout formés et les ouvrages les plus merveilleux, ont-ils reçu l'encens de ces peuples?

Enfin, nous voyons l'idolâtrie elles fables régner aujourd'hui chez des nations qui n'ont eu ni souverains, ni héros, ni artistes; il n'est donc pas vraisemblable que l'erre-ur ait eu chez les anciens l'origine qu'on lui attribue.

§ IX. — Les Grecs, surtout dans les premiers temps ont mis une différence infinie entre les dieux et les héros ou demi-dieux; ils n'ont point attribué la môme puissance, ni rendu les mêmes honneurs à ceux-ci qu'aux premiers; jamais ils ne les ont confondus, et nous verrons qu'Hésiode a grand soin de les distinguer. Dans le système des mythologues historiens, les uns et les autres sont de même nature; entre Hercule et Jupiter, il n'y a d'autre différence que celle du temps où ils ont vécu.

§ X. — Quelque prévenu que l'on soit en faveur des hommes déifiés, l'on est forcé d'admettre un très-grand nombre de divinités purement allégoriques ; nous le verrons en expliquant la Théogonie. Jusqu'à présent on ne nous a pas montré quelle connexion il peut y avoir entre celles-ci et les autres. Ce mélange bizarre d'êtres physiques et de mortels divinisés est-il concevable? N'est-il pas à présumer que tous les dieux ont été de même espèce et sont nés de la même source?

§ XI. — Voilà des difficultés auxquelles il ne paraît pas possible de satisfaire dans le système des mythologues historiens.

(Juesera-ce, si, en l'examinant de plus près, il ne se trouve fondé sur aucune preuve solide, mais sur des suppositions qui se contredisent, s'il est contraire aux monuments les plus certains de l'antiquité, si, au lieu d'éclaircir les fables, il les rend [dus obscures? Le système que nous avons suivi, nous paraît plus simple, mieux lié, moins rempli de difficultés ; il nous montre mieux la source des erreurs et des folies de tous les peuples, tant anciens que modernes. Les savanls ne doivent donc pas trouver mauvais que nous le préférions au leur.

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