‹ Œuvres completes de BergierChapitre 109 sur 255 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Cinquième conséquence; utilité de ta comparaison des langues pour expliquer les fables; défauts que l'on y doit éviter.

ment démontré que les Phéniciens ni les Egyptiens ne sont point les auteurs de la religion grecque, il ne s'ensuit pas qu'il soit inutile de chercher l'étymologie des noms des dieux dans les langues orientales, comme de la B.irre le prétend. Si l'on peut blâmer les savants qui ont suivi cette méthode , c'est parce qu'ils l'ont fait sur une supposition qui n'était pas prouvée d'ailleurs , et sans être assujettis à aucune règle certaine. Il serait encore à souhaiter qu'ils n'y eussent pas eu recours sans nécessité, qu'ils n'eussent point affecté de puiser dans le Phénicien des étymologies forcées, peu naturelles et arbitraires, tandis que la langue grecque pouvait en fournir de plus vraisemblables. Les poêles n'entendaient [dus le vieux langage de leurs pères; au temps d'Hésiode, les fables avaient déjà plus de mille ans. La plupart des noms propres étaient des termes surannés, comme ils le sont parmi nous. Il faut donc quelquefois en chercher Je sens ailleurs que dans le grec; et où le trouver, sinon dans les langues plus anciennes ou dans celles qui sont émanées de la même source? Le phénicien, l'hébreu et le grec ayant été formés des mêmes éléments , le grec ancien devait approcher davantage des langues orientales que le grec des siècles suivants. Les Latins ayant emprunté un grand nombre de termes du grec encore barbare, on peut en retrouver plusieurs dans leur langage.

§ II. — Si nous avions à faire l'histoire des premiers temps de notre monarchie, et qu'il nous fallut expliquer les noms pro-

Iires dus personnages, Mérovée, Childérie, Jagol>ert, Hermeugarde, Urunechilde, etc., serait-ce dans la connaissance du Irançais moderne et dans nos dictionnaires que nous trouverions beaucoup de secours? Il nous faudrait des glossaires de l'ancien teuton ou des langues du Nord qui en approchent. Telle est la nécessité où nous sommes à l'égard des noms propres des

orientaux, égyptiens ou phéniciens; il est évident que le grec seul n'est pas propre à en découvrir le sens. 2° L'on s'en servira pour montrer la signification d'un mol grec, lorsqu'il est unique en celte langue; quand on ne peut pas y trouver des termes auxquels on puisse le comparer, alors on est forcé de recourir aux autres langues. 3° Dans ce même cas on emploiera le latin pour expliquer le grec, surtout lorsqu'on verra qu'un terme est évidemment le même dans les deux langues. 4° L'on ne fera même point de difficulté de rapprocher les objets qui sont certainement communs à tous les peuples. Quand un nom de montagne, par exemple, ou un nom de rivière, se trouve en Egypte , en Syrie , dans ITonie et dans la Grèce, en Italie et dans les Gaules, en Afrique, en Espagne, en Angleterre, en Allemagne, on peut croire sans hésiter que ce nom a la même énergie chez tous les peuples de l'univers, quand même il y aurait une légère variété dans la prononciation. Quand on trouve "iov , rivière ou lac de Thessalie; "lo», rivière d'Elide dans le Poloponèse ; "Vo.i, rivière du Poitou; Yon , rivière de Lorraine; Yung, rivière de la Chine; Yonne, rivière de Bourgogne; Vionne , rivière du Vexin ; Yane, rivière de Picardie; Vienne, rivière de Touraiue ; ces différentes inflexions de la même syllabe peuvenl-elles empêcher d'assurer qu'elle a signifié de l'eau dans toutes les langues ? Lorsque les géographes nous citent huit ou dix montagnes nommées Olympe en différents pays, pouvonsnous douter que ce Ifrme n'ait signifié hauteur ou élévation (1869)? 5° Lorsque le grec seul fournira un nombre suffisant de termes de comparaison pour vérifier le sens d'un mot, l'on s'abstiendra de cher les autres langues; ce serait alors un étalage d'érudition déplacé et inutile. Un mythologue qui cherche le vrai, a dû les consulter toutes , autant qu'il est possible , pour s'assurer de ses conjectures , mais il doit

(18G9) Ceux qui n'ouï jamais examiné de près les anciennes langues, seront sûrement révoltai de la multitude des synonyme* (pie l'on Y suppose. Esl-il «raiaeinblai le qu'il y ail eu quatre-vingts ou cent ■lois pour désigner les eaux? Voici ma réponse, l'ai un recueil que j'ai clé obligé «le faire pour mon usage de tous les noms connus de rivières cl de montagnes, je suis en éiat île montrer : l'eue tfenviron cent cinquante racines que l'on peut tonner par la

combinaison des lettres de l'alphabet, il n'en e>l aucune <|ui n'ait été le nom de quelque montagne et de plusieurs rivièics; 2° qu'il n'est aucun ndln giecde rivière qui ne se retrouve dans quelque autie pailie du monde. Je ne sais si ces deux faits paraîtront vraisemblables; quanta moi ils me sont démontrés. Je laisse aux savants le soin d'en tirer les conséquences.

épargner celle rebutante discussion au lec- mais on croit avoir indiqué la vrafe route

leur. qu'il faut suivre pour parcourir le labyrinthe

Enfin l'on ne perdra jamais de vue ces de la mythologie. Avec ce secours, il est à

doux principes : que le nom d'une divinité présumer que des écrivains plus intelligent»

doit exprimer son caractère et ses fonctions : découvriront dans la suite des explications

que lorsqu'elle est différemment nommée dans les diverses langues, tous ces noms doivent avoir la même énergie, être synonymes ou équivalents; autrement ce n'est plus le même personnage.

encore plus satisfaisantes et plus probables que celles qui sont.proposées dans ce recueil.

§. VII. — Si l'on osait présumer qu'il doit être favorablement accueilli, c'est qu'il

§ IV.— Avec toutes ces précautions l'on réunit en quelque façon tous les systèmes,

ne laisse pas de sentir combien l'explication «le la mythologie doit paraître insipide au commun des lecteurs, à ceux qui ne cherclient à s'instruire qu'en s'amusant. Rapprocher, comparer, décomposer des mots^, disserter sur des minuties de grammaire, relever les fautes des commentateurs et des dictionnaires, on laisse cette occupation aux glossateurs , personne ne leur envie la satisfaction qu'ils peuvent y trouver; en vain l'on présente au public le résultat de tant de veilles, si l'on veut qu'il en partage l'ennui.

er que l'on y suit en quelque chose toutes les différentes méthodes dont on a fait usage jusqu'ici pour expliquer les fables ï celle de Bochart et de M. Fourmont, en ce que l'on cherche quelquefois comme eux le sens des noms dans les langues orientales: cellede le Clerc etdel'abbéBanier, parce que l'on croit avec eux qu'il y a quelques fables historiques» mais non pas dans le sens qu'ils le prétendent; celle de M. Pluche , parce qu'on suppose que les fables font souvent allusion aux usages communs de la vie et surtout de la vie champêtre : celle de M. de

§. V.-^Mais, en relevant avec beaucoup la Barre, puisque l'on pense après lui que de liberté ce qui a paru défectueux dans les les dieux sont des personnages feints , et autres mythologues, on ne prétend point que le poëme d'Hésiode est l'histoire de la diminuer l'estime qui estdueàleurssavants religion grecque : enfin celle des allégorisouvrages. Il y aurait de l'ingratitude à les les, en ce que l'on découvre Jans les fables décrier après en avoir profité. En nous non une physique sublime et des mystères apprenant à comparer les langues, ils ont profonds, comme ils ont fait, mais une répandu un grand jour sur une infinité physique grossière et populaire, et les véd'objets , et nous ont mis en état de pousser rites les plus simples.

Peut-être cette apparence même de conciliation est ce que l'on goûtera le moins j on ne la trouvera pas suffisante. Il aurait fallu , dira-t-on, garder un sage milieu entre les deux opinions; tout système exclusif est ordinairement défectueux, les historiens et les allégorisles ont également tort. Ce

sont

qu'il

tes découvertes plus loin. S'ils se trompés en plusieurs choses, cest n'est pas donné aux yeux même les plus clairvoyants de tout apercevoir d'abord»

Peut-être que dans les remarques où l'on réfute leurs conjectures , on a pris quelquelois un ton qui semblera trop afiirmatif ,

surtout dans une matière où l'on ne peut n'est qu'en se rapprochant les uns des auavoir que des probabilités. 'Mais on prie le très qu'ils pourront ^nfin avoir raison. Il est lecteur de se souvenir que la répétition vraisemblable que dans les fables il y a continuelle des correctifs deviendrait à la tout à la fois de l'histoire et de l'allégorie; lin ennuyeuse. Dès qu'un auteur a déclaré pour en donner une explication salifaisante, une fois qu'il propose ses explications, non il faut faire un choix prudent des faits qui

paraissent les mieux prouvés ou les plus vraisemblables, et des allégories les plus naturelles; ce n'est qu'en taisant usage à propos de ces deux clefs que l'on pourra pénétrer dans le sens de toutes les fables , contenter tous les esprits, réunir enfin tous les suffrages. Voilà, si je ne me trompe , la plus forte objection que l'on m'ait opposée.

S'il se trouve jamais un génie conciliateur assez habile pour allier ensemble deux choses aussi incompatibles que l'histoire et l'allégorie, ou autrement l*hisioire naturelle avec l'histoire civile, je rendrai volontiers hommage à ses talents. Pour moi je renonce à la gloire d'un si beau projet; je l'ai tenté souvent, et toujours sans succès ; ce n'est pas sans raison que je le crois impossible

1" Les fables sont une espèce de système suivi , les dieux descendent les uns des autres; la généalogie qu'en donne Hésiode, ne parait point êtie du sou invention , elle

comme évidentes, mais comme plus vraisemblables que les autres, personne ne doit plus être choqué de la liberté de ses expressions.

On jugerait donc mal de cet ouvrage et des intentions de l'auteur, si on se persuadait qu'il l'a entrepris en vue de diminuer Ja réputation dont jouità juste titre celui de l'abbé Banier. Ceux mêmes qui n'approuvent point son système, lui auront toujours obligation. C'est un recueil très-ample , îrès-complet et très-judicieux de mythologie , où l'on peut puiser les raisons et les preuves des différentes opinions. On ne donne celui-ci que comme un faible supplément , ou , si l'on veut, que comme une légère correction à faire è celui de ce savant académicien.

§. VI. — Malgré la vraisemblance que l'on a cru apercevoir dans les explications que l'on a données des fables principales, on ne se (latte point encore d'avoir dissipé tous les doutes ni éclairci toutes les difficultés}

PART. II. TI1E0L. ARCIIEOLOf.. — ORIGINE DES DIEUX.

s'accorde à peu près avec Homère ; les divers mythologues ne varient que sur quelques circonstances. Si dans la liste des «lieux vous placez un homme, la chaîne est rompue, comment expliquera-t-on sa naissance et sa postérité? Qu'il y ait eu un roi nommé Zéus ou Jupiter, ce fait isolé et dégagé de toutes ses circonstances est vraisemblable sans doute : examinez seulement le temps où il faut placer son règne , la vraisemblance disparaît. Dans des siècles de dispersion, où l'on peut à peine supposer quatre familles rassemblées, il n'y avait pas de rois. Pour concevoir tout ce que l'on raconte de Jupiter, il faut supposer qu'il a régné au moins cinq cents ans. Rapprochez les lieux où il a vécu, l'embarras augmente; cinq ou six peuples différents revendiquent sa naissance : les Egyptiens, les Phéniciens, les Cretois, les Allantes montrent chez eux son berceau; à laquelle de ces traditions donnerons-nous la préférence? Le feronsnous voyager de l'un des bouts de l'univers à l'autre, et passer les mers dans un temps où la navigation n'était pas connue? Que sera-ce, lorsqu'il faudra concilier sa généalogie, ses exploits, ses alliances, sa postérité , ses crimes ; contradictions , rêveries , ridiculités de toutes parts : où restera la vraisemblance?

2° Pour faire un choix parmi des faits appuyés sur les mêmes traditions, sur les mêmes monuments, sur les mêmes témoignages, quelle est la règle qu'il faudra consulter? pas un seul de ces titres qui remonte et à l'origine ou au temps des événements. Les fables sont nées plusieurs siècles avant que d'avoir été écrites, ou plutôt elles se sont augmentées de siècle en siècle : entre les divers auteurs qui les ont racontées, aucun ne mérite plusde croyance que les autres. Aucun n'a pu avoir de certitude des choses qu'il rapporte, puisqu'elles ont dû se passer chez des peuples encore sauvages qui ne savaient rien transmettre à la postérité.

3° Pourquoi employer sans raison plusieurs méthodes, lorsqu'une seule peut suttire? dès qu'une fois le penchant des peuples sauvages à diviniser toutes les parties de la nature est prouvé, doit-on abandonner ce principe certain et démontré pour courir après un autre que rien ne peut nous garantir? Supposer dans une même fable , selon le besoin, des circonstances qui sont historiques , et d'autres qui ne le sont pas, c'est retomber dans le goût arbitraire que l'on approché à tous les systèmes. Avant que d'y avoir recours, il convient d'essayer si notre méthode ne peut pas rendre raison de toutes les fables.

fc° Eu un mol, voici un raisonnement simple auquel il ne paraît pas possible do répondre. La mythologie des idolâtres modernes ne renferme rien d'historique, donc I en est de même de celle des Grecs et des Romains. Il serait donc ridicule de chercher

un milieu où il y en a point, et où il no peut y en avoir.

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