PART. 11. TI1E0L. ARC1IEOL
yeux verts (1897), Apollon Pliœbus, Diane la ■ chasseresse, Neptune qui ébranle el environne la terre de ses flots (1898), la respectable Théniis, Vénus aux yeux pleins de douceur (1899), Hébé couronnée d'or, la belle Dioné, l'Aurore, le Soleil, la Lune, Lalone, Japetus, le rusé Saturne, la Terre, le vaste Océan, la Nuit ténébreuse et toute la Cour céleste des immortels (1900).
Ce sont ces Nymphes divines qui inspirèrent autrefois Hésiode, lorsqu'il gardait ses moutons au pied de leur montagne sacrée, tel est le discours que lui adressèrent les Muses de l'Olympe, les filles du souverain Jupiter : Bergers, oisifs habitants des campagnes (1901), gens inutiles (1902) qui ne pensez qu'à manger, écoutez nos leçons. C'est nous qui enseignons l'art de composer d'ingénieuses tictions et de dire agréablement la vérité.
Pline le nom «l'un rocher fameux. A'tyao; est une montagne de l'île de Crèie ; Alyicàôç est un bord de la mer escarpé, un rocher sur le rivage de la mer: plusieurs rochers ou promontoires ont porté ce nom ; plusieurs villes bâties sur des montagnes ou sur des rochers ont été appelées Aîya, Aiyvj, Âlyeda, Atytva, etc. Aîyaîor 7rovTÔî. La mer Egée est la mer des rochers ou des écueils, et non pas la mer des chèvres, comme l'ont entendu quelques grammairiens. Alyio- XÔç siguilie donc Jupiter qui habite le lieu le plus cle\é ou le ciel, el du ligure le souverain Jupiter: mais en confondant le mont Air/«oç de l'Ile de Crète, avec une chèvre, el 'o^ôî, tenants ou habitants, avec 'o%n, cibus, alimentum, on a lr.idi.il œgiochus par a cu^runuiritus. el l'on a dit lorl sérieusement que Ju-
(1897) Minerve aux yeux bleus, ou aux yeux verts; rX«uxw7uc '• Danwôf, cwntltus, siguilie le vert de mer, le vert bleuâtre, el souvent il est employé pour signilier le bleu clair. Pour distinguer les différentes divinités, les poêles leur donnaient différents attributs, elles peintres les représentaient de diverses manières, Junon avec de grands yeux, bleus, parce qu'ils la supposaient blonde, [lava Mi nerva (Voyez note 2103, la fable de Minerve.)
On conçoit que cette dillérence venait originairement de la fantaisie des sculpteurs ou des peintres, et des divers modèles qu'ils se proposaient. Praxitèle, pour faire la Vénus de Guide, lui donna la ligure de Cralino, courlisanne dont il était épris : du temps de Phryué, fameuse courlisanne de Thespies, tous les peintres ta prenaient pour modèle des tableaux de Vénus : les Athéniens peignaient ordinairement.Mercure sous la figure d'Alcibiade. (Saint d.tu. if Alex. Exhorl. aux gentils, page 35 : Alke~ mit, liv. xiii, clup. 22 ; Pli.ne, 1. xxxv, t. 10)
i îSyS.i Neptune qui environne la terre de ses flots. ^\oy. note -2(140, la table de Neptune.)
l^l t*9il) Vénus aux yeux aoux : 'E>izoë)iyapo>. Guiel traduit arcuatis tuperciliis : Le Clerc votubiitous palpebrit ; c'est, dit-il, la même chose que i'<< ni. surnom que les Latins donnaient à Venu», parce que c'est une marque de coquelierie de cligner fréquemment les yeux. Tout cela n'est pas pistice; 1° jjyi-f.y.fov ne siguilie point le sourcil; les biecs l'appelaient cî^u; ou £7rwxuviov ; ainsi la traduction de Guiel est fausse ; 2° "eXixo; siguilie à la vérité volubilis, mais dans le même sens que versaini», qui tourne ou qui se détourne, cl cela ne peut convenir aux paupières; 3° Palus siguilie louche, t(ui regarde de travers; ce n'esi point en ce sens que les Latins le disaient de Vénus : mais il exprime aussi qui regarde du coin de l'œil, el c'est le regard affecte d'une coquette La paupière est doue prisa
En prononçant ces paroies, elles me mirent à la main une branche de laurier, symbole de leur pouvoir (1903); je me sentis animé d'un esprit divin, l'avenir et le passé se dévoilèrent à mes yeux; elles m'ordonnèrent tle célébrer la naissance des heureux immortels et de ne jamais les oublier ellesmêmes dans mes vers. Mais où me conduira ce propos?
Que les Muses soient donc mon premier objet : ce sont-elles qui, par leurs concerts, réjouissent Jupiter dans l'Olympe. Elles présentent à ses yeux l'ordre des destinées, le présent, le passé, l'avenir; leur voix ne s'affaiblit jamais et leur douce harmonie répand la joie dans le séjour du tonnerre; le sommet de l'Olympe en retentit, et toute la cour célestey est attentive. Elles chantent dans leurs éternels concerts les dieux qui, dès le commencement, sont nés du ciel et
piter avait été nourri par une chèvre sur le mont Egée dans l'île de Crète. (Voyez note 2048.)
Ou peut remarquer en passant la fausseté de l'élymologie que les grammairiens latins donnent du mol capra ; il vient, disent-ils, de carpo, parce que c'est un animal qui broute; il vient plutôt de cap, hauteur, ce qui s'élève, ce qui monte. (Voyez Macrobe Saturn., L i, c. 17.) Ils onl fait encore la même équivoque que les Grecs, sur l'ile de Caprée auprès de Naples, ainsi nommée à cause de ses rochers , el non pas à cause qu'on y nourrissait des chèvres.
Nous examinerons en détail la signification des noms donnés aux dieux à mesure que le poète fera leur généalogie.
ici pour l'œil ; ëXtxoffluîfRfOf est le même que ilaubmç; il désigne Vénus au regard affecté, Vénus aux yeux doux.
(1900) Toute la cour céleste des immortels. On voit par l'énuméralion que fait Hésiode, de quoi celle cour était composée, el quels en étaient les personnages : il y place indifféremment Jupiter, Apollon, Neptune, que l'on dit avoir été des hommes, avec l'Aurore, le Soleil, la Lune, la Terre, l'Océan, la Nuit, qui n'en sont certainement pas. Aurait-il lait ce mélange, s'il avait cru que les premiers fussent des eues plus réels que les seconds ?
(»90l) Bergers, habitants des campagnes. Comme les bergers onl coutume tle s'exercer à jouer de qiielqu'iuslruinenl, on a feint qu'ils é. aient instruits par les Muses, et qu'elles conversaient avec eux.
(1902) Gens inutiles. Le grec porle à la lettre méchants vauriens ; le Clerc observe que ce slyle insultant est une marque de familiarité dont Hésiode se félicite, et un liait de l'ancienne simplicité. 1) pouvait ajouter que c'est le langage qui règne encore dans les campagnes ; lorsque les jeunes gens veulent s'agacer, ils se crient de loin des injures.
(l'JUô) Lne branche de laurier , symbole ue leur pouvoir. Le Clerc prouve très-bien que les anciens étaient persuades que le laurier avait la vertu de rendre inspirés ceux qui en avaient mâché les feuilles; voilà pourquoi l'on eu couronnait les poêles, el on leur eu ineltaii nue branche à la main, parce que l'on supposait que leur enthousiasme avait quelque chose de divin. H n'est pas douteux que l'odeur du laurier ne soit capable d'entêter ceux qui l'auraient respire pendant quelque temps, el de leur causer une espèce d'ivresse; telle est sans doute l'origine de celte ancienne opinion : aussi eu faisait-on mâcher à la Pythie, avant que de l'asseoir sur le trépied sacré.
OFI'VRES COMPLETES DE RERGIER.
de la terre (190i), les intelligences bienfaisante? qui leur ont succédé et qui régnent sur toute la nature. Le père des dieux et des hommes, le souverain Jupiter, est le principal sujet de leurs louanges; elles exaltent son règne et sa puissance; elles récréent leur père en lui racontant les actions des hommes et les exploits des héros.
(1904) Les dieux qui dès le commencement sont nés du Ciel et de la Terre. Hésiode, selon l'observation de Le Clerc, dislingue trois espèces d'êtres; 1° le Ciel et la Terre, auxquels il ne donne point le nom de dieux, mais qu'il suppose plus anciens que les dieux adorés de son temps, puisque ceux-ci en éiaienl les enfants ; 2° ces enfants du Ciel et de la Terre, dont on verra ci-après réuuméralion ;^S* les enfaillS de Saturne ou les hommes mis au nomine des dieux après leur mort. Ainsi, dit-ii, les Grecs n'ont connu, outre ces espèces de divinités, que le Ciel, la Terre et le Chaos d'où < eux-ci étaient sortis, et ils ne remontaient point à une première cause, à un Dieu, créateur unique de toutes choses.
Mais il aurait dû remarquer en même temps que fon sysième s'accorde mal avec Hésiode. 1° S'il ne donne point ici le nom de dieux au Ciel et à la Terre il a déjà compté la Terre parmi les dieux ; il est certain d'ailleurs que la Terre a été adorée chez les Grecs et chez les Romains. 2° Les enfants de Saturne, Jupiter, Junon, et les autres ne sauraient Sire des hommes, à moins que Saturne leur père, le Ciel et la Terre leurs aïeux, ne soient aussi des hommes ; et Hésiode ne dit rien qui puisse les faire regarder comme tels. Tous ces personnages doivent être de même espèce; le poète ne met entr'eux d'autre distinction que celle du temps. 3» Cependant, selon Le Clerc, Hésiode dislingue deux espèces de divinités: savoir, les enfants du Ciel et de la Terre, et les enfants de Saturne ; si les uns et les autres ne sont que des hommes adorés après leur mort, où sera la différence?
11 y a donc une conséquence plus juste à tirer de ce passage ; c'est que l'ancienne idolâtrie a eu trois espèces d'êtres pour objets de sou culte; 1° les différentes parties de la nature personnifiées, ou plutôt les intelligences particulières que l'on a supposé animer chaque partie de la nature ; 2° les intelligences qui ont présidé aux arts el aux sciences, comme Minerve, les Muses, Cérés Esculape , etc. Ces dieux sont appelles enfants des premiers, parce qu'ils ont été connus plus tard, quoiqu'ils ne soient pas plus réels; 5° les héros divinisés; mais il n'eu est pas ici question ; Hésiode n'en parle que sur la lin ue son poème.
(1905) C'est de Jupiter que les Muses ont reçu lu naissance. H est évident que les Muses sont des personnages feints et allégoriques ; 1° par leur généalogie; le pueie les fait naître de la Mémoire el de Jupiter son père. Celle opinion, peu juste selon la philosophie, est très-conforme aux idées du peuple; il ne connaît d'autre faculté dans les sciences que la mémoire ; el pour exprimer un homme qui sait beaucoup, il dit que cet homme a une belle mémoire. Il n'y a aucun fondement de supposer ipie les Muses* ont été effectivement neuf filles savantes ou musiciennes élevées à la cour do Jupiter, roi de Thessalie ; Jupiter n a pas plus existé que son cortège. La tradition rapportée par Diodore de Sicile, qui fait naître le» Muses en Egypte, est un témoignage de plus contre leur existence. 2° A cause de leur nombre ne neuf relatif aux talents auxquels on les faisait présider, et do leur nom qui y correspond. (Voyez note 1911 ,j Aussi quelques-uns n'en admettaient que nuis, d'autres sept, d'autres deux seulement; tout cela est arbitraire. 5* A cause du lieu où notre poète le»
C'est de Jupiter môme que les Muses ont reçu la naissance (1905), c'est dans la Piérie (1906) qu'il leur donna le jour, pour faire ouhlier aux malheureux mortels les chagrins qui les dévorent. Mnémosyne, (ille de Jupiter qui règne sur les hauteurs d'Eleuthère (1907), eut avec lui un commerce secret; après l'année révolue, le temps de
place ; le sommet glacé de l'Olympe ne serait pas un séjour fort agréable pour des musiciennes. 4° Quand on dit que Jupiter est le père des Muses, ce nVsi pas, comme le prétend Le Clerc, dans le même sens que l'on a dit de Jubal : Ipse fuit paier canen» tium cythara el organo : il s'agit ici d'une paternité naturelle ; puisque Hésiode ajoute : quus peperil pulri misla Mnémosyne.
Celte généalogie scandaleuse signifie, 1* que les talents de l'esprit sont un don du Ciel; 2° que h*s Muses n'ont commencé à être connues et honorées que sous le règne de Jupiter; nous verrous que tous les dieux nouveaux sont appelés fils de Jupiter dans le même sens. Bientôt notre poêle donnera un attire père à Mnémosyne. (Voyez noie 1933.)
L'admiration que l'on a conçue d'abord pour le* talents de l'esprit, et surtout pour la poésie, a fait supposer que les poêles et les musiciens étaient inspirés par des intelligences supérieures à l'humanité, par un feu divin, et ils n'ont eu garde de s'opposer à un préjugé qui les rendait respectables, qui leur imprimait un caractère sacré. Un écrivain saisi tout à coup de l'enthousiasme poétique, maîtrisé par la chaleur de son imagination, ne voil plus les objets comme les autres hommes : il est comme enivré d'une vapeur divine ; ce n'est plus lui qui parle, c'est le dieu dont il est plein. Comme rien n'est si capricieux que cet enthousiasme, el qu'il ne dépend pas d'un auteur de l'avoir quand il lui plaît, ou a pu croire aisément qu'il lui venait d'un pouvoir étranger, d'un génie qui veut être invoqué. Deià le nom vutes que les Latins ont donné aux poètes , et qui signifie devin ou prophète; de l'épiliiéie de sacrés qu'ils donnent à leurs ouvrages :
Ad sacra valum carmen assero noslrum.
(Perse, Prologue.)
(190G) Dans la Piérie. Telle e»l la patrie des Muses, selon Hésiode ; mais on les faisait souvent voyager aux environs, el quelquefois assez loin, On les plaçait, non-seuiemeni sur le mont Piérius et. dans la contrée voisine, appelée Piéiïa, mais sur le mont Olympe, sur le Puide, sur l'Hélicon, sur le Parnasse, comme il plaisait aux poêles ; el il n'y a pas d'apparence qu'elles aient eu des temples sur loules ces montagnes. On met leur berceau daus la Piérie, à cause du voisinage du nionl Olympe, où l'on supposait la cour des dieux, el parce qu'.i y avait dans celle contrée une rivière Hélicon, a laquelle on a cru que l'épilhèie lléliconiades donnée aux Muses faisait aliusion : enfin, parce que Mv<7io;, selon Hesydnus, est le même que'0)ufi7riOf.
Pieria, selon Le Clerc, vieni du phénicien pieri, qui signifie des puits ou un lieu fertile. 11 est plus vraisemblable que c'esl la montagne qui avait donné son nom à la contrée, el qu'il signifie en général, élévation ou emmenée, puisqu'il y avait un mont Piérius eu Syrie. Ou connaît encore une fontaine ptera près d'Ulympie, dont Pausanias fait mention ; ce nom exprime sans doute fontaine du rocher : aussi, dans apollodore, liv. î , Pierus est fils de Magnés, la pierre d'auuanl. Croira-l-ou, avec les Grecs, que ce Piérus eiail un Macédonien qui a donne le nom à une montagne de sou pays, et dont le» neuf filles ont été prises pour les Muses ? (I'ausa.mas, 1. ix, Cj 29.)
d9U7) Les hauteurs à' 'Eleullière. Le Clerc a raison ue rejeter l'éiy.uulo^io de ce ternie, que lea
son enfantement (1908) étant arrjvé, elle agréante de leur voix, le bruit de leurs
mil an monde neuf tilles d'une ressemblance danses firent retentir les échos. Il régne parfaite, dont l'esprit toujours tranquille dans le ciel (1910) d'où il lance la foudre et
n est occupé que do chant et de poésie. Le sommet glacé de l'Olympe est le séjour (1909) ordinaire où se rassemble leur cour; les grâces la volupté, les plaisirs de la table ne les abandonnent jamais; elles chantent les lois, les mœurs, les exploits des immortels.
fait gronder son tonnerre; après avoirvaincu son père Saturne, il a réglé les rangs parmi les immortels et leur a distribué leurs emplois.
Voilà ce que chantent les neuf filles de Jupiter dans le céleste palais: Clio, Enter-
La première fois qu'elles allèrent sur pe, Thalie, Melpomène, Terpsichore, Eral'Olympe faire la cour a leur père, le son to, Polymnie, Uranie, Calliope (1911) : celle-
Grecs liraient de la fable; il le dérive selon sa coutume 'le l'hébreu halelhir, alla spécula, ou tuons altus ; et la ville bâtie sur le penchant de la Montagne en emprunta son nom : mais il ne faul p;is croire qu'il soit étranger à la langue grecque. °El=-\>, en dialecte dorien signifie toile, il désigne donc l'élévalion, et -zriptin est une montagne de la Troade dans Homère. Ainsi l'élymologie est la ii.ème que dans les langues orientales.
On voit combien l'on doit faire de fond sur les contes des Grecs Mnéiuosyne ou la Mémoire, personnage feini, était, selon Hésiode, de Réùtie, parce qu'il en élail lui-même. Il yavail probablement sur les hauteurs d'Eleulhère un lieu nommé Mvrjaoc ou Mv^eîov, toml eau, monument ; delà on prit occasion de consacrer ce lieu à Mnémosyne. Ainsi les Grecs, après avoir créé les dieux à leur fantaisie, leur donnent une patrie et une famille avec autant d'assurance que si cela était prouNé par des monuments On ne doit donc pas être surpris si les poêles ne s'accordent pas sur la patrie de leurs dieux et de leurs héros; c'est que chacun par vanité voulait qu'ils fussent nés dans son pays.
(1908) Le temps de son enfantement. Ce que dit Le Clerc sur la signification du mol w/oa est fort juste ; mais il n'est pas convenable de le laire venir de l'hébreu our, la lumière. 11 viendrait bien plutôt de aliar, tarder, différer , durer ; puisqu'il signifie en général le temps ou la durée, un certain temps, une durée déterminée. Heure conserve encore ce sens dans notre langue : arriver de bonne heure, c'est arriver au temps fixé ou avant ce temps.
(1909) L'Olympe est leur séjour. Cela ne prouve pas que les Muses ayenl eu un temple sur le mont Olympe. Hésiode ne les y place que parce qu'il suppose que c'était la demeure de Jupiter et des autres dieux.
(1910) H règne dans le Ciel Selon Le Clerc, les poètes ont confondu Jupiier, le Dieu suprême, avec Jupiter, roi de Thessahe, qui habitait sur le mont Olympe; de là ils onl eut oie pris cette montagne pour le Ciel, parce qu'elle porte le même non). Nous avons vu dans le discours préliminaire que rien n'est moins prouvé que l'existence de ce prétendu roi et sa demeure sur le mont Olympe; on n'a imaginé l'une et l'autre que par un abus grossier des termes. Quand on pourrait comprendre comment les Grecs sont parvenus à confondre un roi nommé Jupiier avec le Dieu souverain, nous n'en serions pas plus avancés: il faudrait concevoir encore comment ils onl pu confondre Saturne son père avec le Temps, et Cwlus sou aïeul avec le Ciel, et cela n'est pas aisé. En supposant que tous ces dieux ne sont autre chose que la nature personniliée, tout se conçoit. C'est une opinion aussi ancienne que le monde, que Dieu habile dans l'Olympe, c'es a-dire dans leCiel. Quand l'on eut dégradé l'idée de la divinité cl que Dieu lui regardé comme un personnage particulier, il- ne fui pas dillicile de se persuader qu'il pouvait avoir demeuré sur le moni Olympe, et celte croyance fut encore mieux affermie quand ou lui eut I àii un temple sur ccjc
UËUTBE9 COMPLÈTES DE BcftOIBB. L
montagne ou au voisinage. Ce qu'ajoule Le Clerc, que ceite confusion de Jupiier Dieu, avec Jupiter, roi de Thcssalie, est une clef nécessaire pour l'inlellig^nce des poètes n'est vrai que dans son svslème ; mais nous verrons que sans cette clef ou peut irès-bien trouver le vrai sens d'Hésiode, et qu'elle ne sert qu'à y répandre une nouvelle obscurité.
Ce qui est dit ici de la victoire sur Saturne et de la distribution des emplois parmi les dieux reviendra dans la suite, et on fera voir qu'il n'est pis intelligible dans le sentiment des mythologues» historiens.
(1911) Les neuf filles de Jupiter, Clio, Enlerpe, etc. Ces divers noms de muses sont relatifs aux sciences ou au genre particulier d'érudiiion que l'on attribue à chacune d'elles. Clio préside à l'histoire , son nom vient de Kktw , celebro: l'Ode, poème destiné à célébrer les dieux et les grands homuies, est de son ressort. Enlerpe dirige la musique instrumentale ; son nom fait allusion à -répits delecio. Thalie est la muse de la comédie; Ooltix signifie fête, festin, réjouissance : la comédie, dans son origine, n'est autre chose que la poésie gaie dont on accompagnait les feslins. Melpomène règne sur la tragédie, à cause de MsÀ^w, canto : on sait qu'anciennement les chœurs faisaient nue partie, essentielle de la tragédie , et qu'elle a commencé par là. On peut remarquer en passant la fausseté de l'élymologie (pie les grammairiens donnent du nom de la comédie et de la tragédie. Le premier, disent-ils, vient de Kwp*« , village ou bourgade, parce que les comédiens chantaient dans les villages; et le second de rpa.yôç,»n bouc, parce qu'on le donnait pour récompense aux acteurs de la tragédie. Ce sont là des allusions, selon la méthode ordinaire des Grecs. Kwfxo? signifie fête, festin, réjouissance , pallie de plaisir, et xw/awSia, chanl joyeux, poésie gaie. Tpxyô;, qui est le nom d'i>i bouc, signifie aussi rude, âpre, par conséquent triste et fâcheux: rpuyôco» se dit des jeunes gens donl la voix mue, devient rude et désagréable; rpa.yuSicc est donc un poème où l'on chante des événements tristes et funestes. Terpsichore préside à la danse; elle lire son nom de zipitu, delecio, et y opô;, sullalio. Eralo a pour son partage les poésies galantes, et tire son nom de èf«w, amo. Polymnie, la rhétorique , de 7r<Av ûuve'w, valde celebro, ou de 7ro).ùff p-jiiu., grande mémoire. Uranie esl, dit-on, l'astronomic, et vient de ovpuvôg, le Ciel. S'il élail permis de contredire l'opinion universelle, on pourrait le dériver de otpvviu, qui signifie les eaux ou la pluie, et conséqueinmenl les pleurs : Uranie peut donc être la muse des pleurs ou de l'élégie. Enfin Calliope est la reine de l'éloquence et de la poésie héroïque; Ka))ioffD exprime belle bouche, beau discours. II esl clair que celle division n'est pas fort juste, qu'il esl assez inuiile de distinguer l'éloquence de la rhétorique; que l'on pouvait assigner une dixième muse pour le poème didactique, une onzième pour la peinture, une douzième pour la géouiélrie, etc.
ci est la plus puissante do toutes (1912) ; elle doit toujours accompagner les rois.
Lorsque les Muses jettent un regard favorable sur un prince que Jupiter a placé sur le trône (1913), elles répandent une douce rosée sur sa langue, les paroles coulent de sa bouche comme un torrent de miel, il fixe les regards du peuple lorsqu'il monte sur son tribunal pour rendre la justice. Un seul discours prononcé avec dignité, suffît pour apaiser les plus vives contestations. C'est pour cela que le ciel a donné aux rois la prudence, atin qu'ils fassent régner l'équité, qu'ils sachent prévenir ou réparer les crimes par les grâces insinuantes devleuis discours. Dès qu'un roi digne de la couronne se montre à ses peuples, il voit la foulo se prosterner à ses pieds, lui rendre les mêmes hommages qu'à' la divinité; il tient dans une attention respectueuse la plus nombreuse assemblée. Tels sont les
dons précieux que les Muses accordent à leurs élèves. Ce sont les Muses et Apollon (1914), dieu redoutable par ses traits, qui forment les musiciens et les poètes ; mais c'est Jupiter qui place les rois sur le trône (1915).
Heureux le favori des Muses 1 Les grâces et la persuasion naissent de sa bouche. Qu'un malheureux soit plongé dans la plus amère tristesse ; dès qu'un poète inspiré par les Muses commence à chanter les exploits des héros, les louanges des habitants de l'Olympe, l'homme affligé oublie ses peines, la sérénité renaît dans son âme; il cède au pouvoir enchanteur des déesses qui l'entraînent (1916).
Venez, filles de Jupiter, mettez dans ma bouche des chants dignes des immortels que je vais célébrer. Dites-nous quels dieux sont nés de la terre (1917), du ciel, de la nuit, ou de l'humide élément : racontez-nous
(1912) Calliope est ta plus puissante de toutes. On ne doit pas être surpris que la muse de l'éloquence soit regardée connue supérieure à toutes les autres; ta poésie n'est qu'un art d'amusement, l'éloquence est un talent nécessaire à ceux qui gouvernent et qui sont chargés des affaires publiques. Point d'empire plus doux ni plus flatteur que celui delà persuasion.
Ceux qui n'admettaient que trois muses les nommaient Mele'é, Muemé et Aoedé, c'esl-à-dire la Méditation, la Mémoire et le Chant. L'on supposait celles-ci filles du Ciel et les plus anciennes; au lieu que celles dont nous avons parlé étaient filles de Jupiter.
(1913) Un prince que Jupiter a placé sur le trône. Nous voyons par ce portrait ce qu'étaient les rois à la naissance des premières monarchies, les juges, les conseillers, les pacificateurs des peuples. Comme toutes les affaires se traitaient en public, un homme assez éloquent pour se faire écouter et pour persuader devenait en quelque façon le roi de l'assemblée; telle est encore aujourd'hui l'autorité des chefs ou des caciques chez les sauvages.
(1914) Apollon, dieu redoutable par ses traits. On verra dans la suite pourquoi l'on a revêtu Apollon de deux emplois aussi incompatibles que de présider aux sciences et aux armes.
(1915) Cest Jupiter qui place les rois sur ie trône. Le poêle représente partout les rois comme singulièrement protégés par Jupiter; il les nomme ses nourrissons, parce qu'ils exercent parmi les hommes la même autorité que l'on attribuait à Jupiter parmi les dieux.
(i'Jlb) Il cède au pouvoir enchanteur des déesses. Nous ne devons pas juger des effets que la poésie fil autrefois sur les peuples par le peu de pouvoir qu'elle a aujourd'hui sur nous; mais nous pouvons encore les comprendre par l'attention qu'une populace rassemblée a coutume de prêter à un mauvais chantre qui lui vend, au son du violon, quelques chansons ou cantiques pitoyables. Pour prendre le sens des fables , il faut toujours se rappeler les anciennes moeurs, et se mettre à la place des Grecs encore très grossiers.
(1917) Quels dieux sont nés de la Terre, etc. Selon la remarque de Le Clerc, Hésiode dislingue trois ordres de divinités : 1" celles qui sont nées du ciel et de la lerre, c'est-à-dire les dieux célestes ei les dieux terrestres; 2° celles qui sont nées de la Nuit: ce sont les dieux infernaux, Plu ton, Proserpine, le Slyx, les Furies, etc.; 3° les dieux de la mer; mais il* fa ut se souvenir que celte distribution n'est pas
toujours fidèlement observée. Les Hespérides, par exemple, quoique filles de la Nuit, ne sont point des divinités infernales; Proserpine, au contraire, est de ce nombre, quoiqu'elle n'ait pas la Nuit pour mère; Vénus, quoique née de la Mer, n'appartient point à cet élément, etc.
Ce qu'il importe bien plus d'observer, c'est la distinction que l'ail le poêle (v. H 8 el 11!), des dieux anciens et des dieux modernes adorés de son lemps. Les premiers dieux étaient, selon lui, la Terre, les Rivières, la Mer, les Astre.-», le Ciel ; ce sont les dieux Titans; les dieux nés de ceux-là, c'est-àdire qui leur ont succédé, sont les intelligences particulières que l'on a supposées présider aux arts el aux lalenls, qui ont appris aux hommes à jouir des bienfaits de la nature : Cérès.Bacchus, Minerve, Vuleain, elc. Dii dulores bonorum, utque opes diviserint: voilà la distribution nouvelle des dieux eu divers déparlements qui s'est faite sous le règne du Jupiter, c'esl-à-dire lorsque Jupiier a élé regardé comme dieu souverain.
Suivant ce système, dira-l-on, les dieux anciens el les dieux nouveaux sonl à peu près la même chose. Cela est vrai à l'égard de plusieurs; ce sont les mêmes objets dans le fond; ils ne soin différents que par la manière de les envisager. Cœlus el Saturne, dieux Titans, sonl les mêmes que Jupiter, ou la divinité principale que l'on suppose présider au ciel; Océan, Nérée, Ponius, Doris, etc., ne sonl pas différents de Neptune, dieu de la nier; le Soleil est le même qu'Apollon, elc. On honora d'abord le Ciel, la Terre, la Mer, les Astres, ou plutôt les intelligences doni on les croyait animés, sous des noms que l'on concevait liès-bien, et l'on ne pouvait se méprendre alors sur les véritables objets du culte, bans la suite ces noms étant devenus surannés, on en perdit de vue le véritable sens; on se figura qu'ils désignaient autant de personnages différents, autant d'êtres d'une nature supérieure qui avaient autrefois vécu ; l'on finit par les croire des hommes, et leur associer d'autres hommes; voilà les progrès de l'idolâtrie.
Si l'on m'accusait de prêler à Hésiode mes idées particulières, je prierais lelecieur de confronter la traduction française avec la version latine el avec le grec, on verrait qu'elle est parfaitement conforme au lexie. Quiconque l'examinera de bonne foi conviendra qu'Hésiode a désigné clairement un changement survenu dans la religion des Grecs, et qu'il donne ici le plan général de son ouvrage.
On objedera sans douie que, selon la* tradition même, le Ciel et la ferre onl élé les premiers dieux,
comment la (erre, les fleuves, la mer ora- ciel depuis la naissarfce du monde, appregeuse, le ciel, les astres ont été les premiers nez-nous cet important secret, et quel a été dieux'; comment l^ur ont succédé les intel- le premier de tous, licences bienfaisantes qui répandent les riehesses de la nature, qui président à ses différentes fonctions ; comment ils ont partagé entr'etn les emplois; comment ils ont commencé à demeurer sur les hauteurs de l'Olympe. Divines Muses, qui habitez le
SECONDE PARTIE
Règne de Cœlus, génération des Etres (1918).
Le chaos fut avant toutes choses (1919), ensuite la terre, séjour tranquille des im-
que l'idolâtrie a donc déjà régné avant Jupiter et avant la prétendue" demeure îles dieux sur l'Olympe. Gène difficulté a été résolue dans le Discours préliminaire, chapitre 1, § I; il serait inutile «te répéter.
Désormais Hésiode entre dans le corps de son ouvrage, ci commence la généalogie des dieux; ici Snil la première partie du poème.
(1918) On ne doit pas s'attendre à trouver dans un auleur païen des idées justes sur la naissance du monde. La manière dont il a été tiré du néant n'a pu être connue que par une révélation expresse ; l'histoire de ce grand événement n'a pu cire conservée que par une tradition authentique, et celle tradition ne se trouve que chez les Hébreux, dépositaires des Livres saints. Elle lui promptenient altérée parmi les différentes familles qui se séparèrent après le déluge pour peupler les diverses contrées de la terre, et les Grecs n'en retinrent que. des notions irès-imparfailes. Lorsqueles philosophes voulurent, dans la suite, rechercher l'origine de l'univers, avec tons leurs raisonnements ils ne purent enfanter que des visions; leurs divers systèmes ne sont pas moins ahsurdes que la tradition populaire à laquelle les poêles se sont arrêlé-i. Nous ne retrouvons presque dans celle-ci qu'un seul point conforme à l'histoire de la Genèse; savoir, que le monde n'est pas éternel , que le chaos, c'est-à-dire le vide ou le néant, a précédé son existence. Mais comment et par quelle cause l'univers est-il sorti du néant? Voilà ce que ni Hésiode ni aucun des auleurs profanes ne nous apprendra jamais.
Dire avec les pcéles que le chaos ou le néant élail le principe de toutes choses, c'était le Comble de l'absurdité; les philosophes le comprirent ; ils s'en tinrent* la maxime évidente que le néant ne peut rien produire : Ex nihilo nihil fil. (N'ayant point l'idce d'une première cause intelligente, indépemianie, éternelle, infiniment puissante , qui a crée loùies cho es par un acte libre de sa volonté souveraine; les uns furent obligés d'admettre l'éternité ou monde; les aunes l'éternité de la matière ou des atomes: deux systèmes à peu près aussi contradictoires que celui des poètes, mais dont l'alisunli;é est moins frappante.
De là est née dans la suite une autre erreur. Quand ou eut imaginé avec les philosophes une matière éternelle ei iutorme, dont le monde avait élé fait, on crut que les poètes l'avaient entendue sou* le nom de chaos; l'on ne put se persuader qu'ils eussent voulu dire que le monde élail sorti «lu néant ahsulu sans aucune cause; ou accommoda donc leur expression au système à la mode; conséqiieminenl, Ovide a remJu le £«of d'Hésiode par rudti ind,yeslaque moles, qui signifie la matière, nuis qui lie répond point au terme giec.
Il e^i a propos de remarquer que l'opinion des stoïciens sur l'éternité du monde élail nécessai • renient liée avec l'idée qu'il s'étaient formée des dieux : c'étaient, selon eux, les différente* parties de la naluie qu'ils regardaient comme animées: si le monde avaiicoininencé d'être, les dieux n'auraient pas élé de loul temps, cl l'on sentait qu'ils doivent être éternels.
Ddus le système des mythologues historiens qui
nrélendenl que les dieux du paganisme ont élé des hommes, il est fort surprenant que sous le nom de Théogonie , Hésiode nous donne une cosmogonie, c'est-à-dire l'histoire de la naissance du monde et des diverses parties de la nature; comment n'a-t-on pas été frappé de cette réflexion? Dès que l'on admet que ces dieux n'étaient autre chose que les êtres naturels personnifiés et supposés intelligents, comme nous avons vu que lous les anciens le pensaient, Hésiode agit conséquemnienl , son système ne se dément point.
« Il ne faut point être prévenu, dit un auleur moderne, pour n'apercevoir dans cet ouvrage qu'une histoire physique du monde; mais il faut bien de la prévention et de l'aveuglement pour y voir, comme ont fait quelques auleurs, des êtres réels, des peuples révoltés, des invasions de barbares et des princes vaincus el détrônés.» (Voyez V Antiquité dévoilée par ses usages, liv. i, ch. 6.)
Mais il ne faut pas oublier que celle manière d'envisager les dieux n'est pas particulière à Hésiode ; tous ceux qui ont voulu donner une théogonie chez les différents peuples l'ont imité. L'aldté Banier ohserve, après Cudworlh, savant anglais, que l'opinion des anciens sur l'origine des dieux était toujours mêlée avec celle de l'origine du monde. (Explication historique des fables, tome I, liv. n. avant propos, page 74.) Il en fournil la preuve par une exposition de la théogonie ou de la tradition des Chaldéens, des Phéniciens, des Egyptiens, des Allanlides, qu'il compare avec celle d'Hésiode. Celle comparaison seule aurait dû le convaincre que chez lous ces peuples les dieux n'ont été autre chose dan* leur origine que les différentes parties de la nature; la suite des remarques sur Hésiode achèvera de mettre celle vérité dans la dernière évidence.
(1919) Le chaos fut avant toutes choses. Chaos, comme l'observe Leclerc, signifie un vide immense, ou plutôt le néant. En prenant ce terme dans sa vraie signification, et selon l'énergie du grec, il s'en suit que la matière n'esl pas éternelle : x«or , le vide, le néant, l'absence de lous les êtres, exclut formellement la matière. Lucrèce ne l'a pas conçu autrement, lorsqu'il distingue si soigneusement le. vide de tout ce qui est corps ou matière. (Voyez son premier livre De Rerum natura.) Le récit d'Hésiode est donc un reste de la tradition primitive qui nous enseigne que le néani a précédé l'existence de l'univers.
Mais on peut très-bien nier ce qu'ajoute Le Clere. que chaos, dans le sens d'Hésiode, présente la même idée que Tohu vebohu , inane el vacuum , dans la narration de Moïse. C'esl la terre déjà créée et mêlée avec les eaux, ou plutôt noyée clans les eaux, que Moïse a dit qu'elle élail inune el vacuum, paice qu'elle ne présentait dans toute la surface du glohe qu'un abime d'eau, au lieu qu'Hésiode suppose que le chaos fut avant la terre : primo omnium chaos fuit, ac deinde lellus lala.
Ou aurait pu demander à Hésiode, si le néant était avant la terre, qui esi-ce qui a donc créé la terre? Mais il y aurait bien d'autres questions à lui faire; les poêles ne se piquent pus de philosophie, ni de raisonner juste.
mortels (19%) qui habitent les sommets glacés de l'Olympe (1921), le ténébreux Tarlare (1922) dans les profondes entrailles de la terre (1922*), et l'Amour (1923), le plus beau des dieux, qui charme les soucis des
(1920) La terre, séjour des immortels. (Voyez, noie 1026, en quel sens il faut le prendre.)
(4921) Les sommets glacés de l'Olympe. Celle montagne, selon Le Clerc, a lire son nom du phénicien holamim bo. Immortales in eo, parce que c'était la demeure des dieux. On pourrait d'abord contester sur le pluriel holamim qui n'est point selon l'analogie de l'hébreu ni du phénicien, el qui n'a jamais signifié les immortels : mais l'éiymologie est évidemment fausse. Avant que l'on eût imaginé celle demeure fabuleuse des dieux , quel nom ponatt-hv montagne? 11 y en avait au moins sept appelées de même, trois éi) Europe, trois en Asie el une en Afrique; selon Hésychius, il y en avait quatorze. Sont-ce les Phéniciens qui les ont toutes nommées, el qui oui fait parioul la même allusion à la fable? Tout au contraire, parce que o>vfx7ro?, formé de lop, lup, élévation, désigne le ciel et une montagne, el parce que le ciel esl la demeure de Dieu , on a rêvé (pie les dieux habitaient sur le mont Olympe; l'épillièle tiivosus que lui donne si souvent le poète, montre que ce n'aurait pas été une demeure fort commode.
(1922) Le ténébreux Tartare. Le Clerc dérive ce terme du phénicien el de l'arabe Tarait, motesliam creare; selon l'histoire du ciel, il vient du cbaldéen Tarait prœmonitio, C'est aller chercher bien loin une élymologie peu naturelle. Il vient pluiôt de lar, ter, profondeur, cavilé; d'où esl formé Tepiw, percer, creuser; tarière, en fiançais, esl un instrument propre à faire un trou. Tar, Ter, est le nom de plusieurs rivières La racine est doublée dans zùpzu.po;, pour exprimer un lieu extrêmement profond; in- )eri, en latin, les lieux bas, présente la même idée. (1922') Dans les profondes entrailles de la terre. Mv%1bj, que la version latine a rendu par recessus, signifie plutôt sinus intimas ou peneiralia, et non pas remotissimus locus, comme l'explique Leclerc. C'est le lieu le plus éloigné du ciel, par conséquent le centre de la terre. Il est vrai que par la description qu'Hésiode fait du Tarlare, (note 2081.) on ne von pas trop comment il le concevait.
(1925) Et r Amour. Envisager ce personnage comme la faculté productive de toutes choses, que Lucrèce a désignée sous le nom de Vénus, ou comme le rapport et l'union de tous les eues , c'est attribuer des' idées phildso'phiqnes et subtiles à un poéie qui en a ordinairement de bien grossières. Des qu il voulait faire des mariages en ire tous les personnages qui! allait meure sur la scène, il fallait que l'amour y présidai. (Voyez la fable de Vénus, noie 1949).
Selon Hésiode, l'amour ou l'inclination d'un sexe vers l'autre, existait déjà dans le temps où il ne suppose encore rien que la terre et le Tartare, c'està-dire, l'intérieur de la terre le plus profond. Lu terre est par conséquent le seul eue réel auquel l'amour puisse eue attribué; el quel est l'objet de tel amour? Rien de si monstrueux que ces idées. En vain l'on chercherait quelque chose de mieux dans les autres cosmogonies, dont l'abbé Ranier a donné un précis lire de Diodore de Sicile : ou croit lire les rêves d'une imagination en délire.
Il est dillicile d'adopter le sentiment de l'abbé Ranier, qui prélend que les poëies aussi bien que les philosophes ont tiré leurs idées sur la fondation du monde des traditions égyptiennes; que par la Terre, Hésiode enleud Isis; par l'Amour, Osi ris, el par le Tartare, Typhon. 1° iNous avons vu que le sentiment des philosophes sur la naissance de l'univers est diamétralement opposé a celui des
dieux et des hommes, qui triomphe du courage et de la prudence.
Du Chaos sont nés l'Erèhe et la Nuit obscure, de la Nuit jointe à l'Erèhe sont sortis le Jour et la Lumière (1924).
poètes. 2° Un si léger rapport enlre les idées d'Hésiode et celle des Egyptiens, esl une faible raison pour supposer qu'elles viennent de la même soi.rce. il n'y a pas de milieu , ou il faut admettre un momie el une matière éternels, ou il faul supposer que l'un et l'autre sont sortis du néant ou du chaos : dès que les poètes n'ont pas suivi la première opinion qui était celle des philosophes, il fallait nécessairement qu'ils suivissent la seconde, et il n'a pas élé besoin qu'en cela ils eussent les Egyptiens pour maîtres. 5° Le sentiment de Plularque est bien différent de celui de l'abbé Banier; Plu'arque soutient qu'lsis, Osiris el Typhon étaient plutôt des démons que des hommes, el que leur fable est la même que celle des Titans de la Grèce. (De lside et Osinde, ». 11 et 12.)
(1924) Du Chaos sont nés l'Erèhe el la Nuit obscure ; de la Nuit jointe à l'Erèhe sont sortis le Jour el la Lumière.
On sent combien il esl ridicule d'envisager comme des êlres réels qui produisent d'autres èlres, le chaos ou le néant, les ténèbres el la nuit, qui ne sont que la privation de la lumière. Cela ne signifie rien, sinon qu'avant qu'il y eut de la lumière ou un corps lumineux, il n'y avait que des ténèbres, et cela esl vrai. Mais comment el par quelle cause un corps lumineux a-t-il reçu l'existence? Voilà la difficulté qu'Hésiode ne résout point, qu'il augmente plulôt ; dire que le chaos el les ténèbres, le néaul absolu et le néant de la lumière ont produit la lumière, cela esl bien plus inconcevable que la création proprement dile.
On peut laire dans noire langue à peu près la même équivoque sur laquelle Hésiode fonde la génération des êtres. Quand on dit, je viens de dormir, cela signifie seulement que mou sommeil a précédé le moment présent, el le peuple dil souvent, je sors de dormir : mais quand on dil d'un homme qu'il vient ou qu'il son de bon lieu, cela fait entendre qu'il a d'honnêtes parents. Ainsi le même lerme qui exprime la filiation ou l'origine, ne désigne souvent qu'une existence postérieure. C'est dans le dernier sens seulement que le jour esl sorli de la nuit. Voyez le Discours préliminaire, ebap. 10, §10.)
vEj9sS&f est l'Occident, comme liereb en hébreu, le soir; el souvent les poêles s'en servent pour désigner l'enfer. Tous les peuples ont distingué par le cours du soleil les quatre points cardinaux du monde; ce rapport est surtout évident en français : le levant esl lecôlé où Je soleil se lève, où il monte sur l'horizon; le couchant, celui où il parait baisser ou tomber. Sur l'océan, les matelots appellent vent d'amont, le vent d'orient, el venl d'aval, le sud ouest ou le couchant. Le sud est le côté de la lumière ou de la chaleur, comme sudum en lalin . le nord esl le même lerme que noir, le côié des ténèbres , par opposition au précédent. Les anciens étaient persuadés que tout le septentrion était couvert d'une nuit éternelle; ils appelaient Cimniériens ou Ténébreux lous les peuples du nord. (Voyez les noms des vents, n. 2022.) 11 sérail aisé de montrer que dans les autres langues, l'analogie est la même. Mais comme l'occident est aussi le côté du soir ou de la nuit, cela Miel souvent de la confusion enlre le couchant et le nord.
Parce que "lîpsêo;, le soir ou l'occident esl du masculin, et nû;, la nuit, du féminin, cela l'ait un mariage dans les formes ; c'est le premier exemple des alliances monstrueuses que nous allons voir dans toute la suite de la Théogonie.
PART. 11. TliEOL. ARCHKOLOC. - ORIGINE DES DIEUX.
MS
La Terre produisit d'abord le Ciel (1925) aussi étendu quYHe, parsemé d'étoiles, pouf qu'il lui servît de couverture et de séjour aux dieux (192G). Elle enfanta encore les
Leclerc pense avec raison que tùOio ne signifie point l'air, mais la clarté ou la sérénité, el qu'il est dérivé de Aî9&>, briller ou enflammer ; aussi S'Ion Résychins, kfinp signifie inflammation*
(1925) La terre produisit d'abord le ciel. Selon «l'an ires, la lerre enfanta d'abord Acmon qui lui père iFOuranos ou de Cœlus , c'est à-dire, que "Axfun est le plus ancien nom que l'on ait donné au ciel, ei il le signifie en effet selon llésychius; qu'ensuite il fut nommé 'Ovpmôç par les Grecs; Ctelut ou Cœlum par les Lntins. Il faut être étrangement prévenu pour envisager Acmon et Ouranos comme deux personnages qui ont vécu; Hésiode ne laisse là-dessus aucun doute : La terre, dit-il, produisit d'abord le ciel aussi étendu qu'elle, parsemé d'étoiles, pour qu'il lui servît de couverture el de séjour aux dieux; et c'est à ce même ciel qu'il attribuera bientôt les actions d'un homme.
1! n'est pas aisé de comprendre comment la lerre a pu produire le ciel. Cela signifie seulement, dit Leclerc, que la lerre a élé avant Je ciel ; de même que Moïse nous éteigne que le ciel a élé formé après la lerre. Moïse dit cependant : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Il est même inconccvahle que la terre ail élé créé sans êlreenvironnée d'un espace; oi l'espace qui environne la lerre, et qui est au-dessus d'elle est justement ce qui pst nommé le ciel. Selon 'a force des termes dont se sert Moïse, le ciel c'est ceqtii esl au-dessus de nous, et la lerre ce qui esl au-dessous, ce que nous foulons aux pieds; louies les langues du inonde les désignent de même et on ne peut concevoir un dessus et un dessous sans supposer deux objets.
A la vérité Moïse, après avoir raconlé au premier jour la création de la terre, des eaux, de l'espace qui les environne, de la lumière ou d'un corps lumineux, ajoute que Dieu fil une étendue qui divisa les eaux d'en liaul d'avec les eaux d'en bas; c'est-àdire, que Dieu ayant exténué el réduit en vapeur légère une partie des eaux dont la lerre était environnée, les fil nager dans l'espace immense qui esl sur nos ièles, OÙ par le simple éhraulemenl de l'air elles se condensent et se résolvent en pluie : c'es.l la création de l'atmosphère qui lut l'ouvrage du second jour ; cela se conçoit. Il dit encore que Dieu nomma ciel celle v;isle étendue dans laquelle il créa ensuite les astres; mais cela ne signifie point que ce ciel ou celle étendue n'existât déjà pas dès le jour précédent.
Le premier jour, Dieu créa la lumière ou un corps lumineux pour éclairer la terre, el mil ainsi une différence entre le jour et la nuit. II fallait donc que ce corps lournâl autour de la lerre, ou que la terre tournai autour de lui ; conséquemmenl il fallait un espace où se put faiie celle révolution, el cet espace cl le ciel ; le ciel fut donc formé au même moment que la lerre. Il est surprenant que Leclerc qui a tau un savant commentaire sur la Gé..esc, n'en ait pas mieux pris le sens.
Dans la narraliou de Moïse, c'est la révolution d'un corps lumineux qui produit d'abord le jour el la nuit: selon les termes d'Hésiode, le jour esl un cire indéfinissable dont on n'aperçoit pas la cauao. l.epoeie ne la concevait pas distinctement lui-même, puisqu'il ne connaissait, ni la rondeur de la lerre, ni la révolution des aslres autour d'elle ; on le verra dans la suite. Autant la physique d'Hésiode •.si fausse el uioiislrueuse, aulaul celle de Moïse est claire el intelligible; c'est lies-mal à propos que certains auteurs affectent aujourd fini de la conticuire et de la décrier.
Ilssiide avait du ciel la même idée que !e peuple.
ha a les montagnes (1927) où habitent les Nymphes (1928) qui se plaisent à errer sur les hauteurs et dans les forêts; elle engendra même la Mer profonde (1929)
11 le concevait comme une espèce de voûte solide à laquelle les éloilessont attachées, el qui sert de couverture à la lerre. Selon lui, la Terre esl la mère du Ciel, qui devient ensuite son mari : tout cela forme une généalogie assez mal arrangée.
(1920) Pour servir de séjour aux dieux. Comme, selon l'opinion de Leclerc, les dieux n'étaient autre chose que des hommes, la terre et le ciel étaient successivement leur demeure; après avoir habité la terre pendant leur vie, ils étaient transportés au ciel après leur mort. Mais celle remarque esl expressément contraire à ce qu'il soutient ailleurs. Sur les v. 187 el 215 de la Théogonie, et sur le v. 121 des Travaux et des Jours, il dit que les nymphes ou génies errans sur la terre soin les âmes des premiers habitants de la Grèce : ces âmes n'ont donc pas élé transportées au ciel pour y être des dieux. Dès que le poêle a confondu le mont Olympe avec le ciel, il n'est pas surprenant qu'il ait appelé tantôt la lerre et tantôt le ciel, le séjour des dieux.
(1927) La terre enfanta encore les hautes montagnes. La lerre était d'abord parfaitement ronde dans sa superficie, et également couverte d'eau partout; Dieu la rendit creuse en quelques endroits pour y renfermer les eaux. Dès lors les parties les plus hautes parurent à sec el formèrent îles montagnes : Moïse le raconte de même, Ovide s'accordent avec lui :
Virgile et
.... Quisquis fuit ille Deorum,
Jussil et exlendi campos, subsidere valles, Fronde legi sylvas, lupidosos surgere montes.
Ovide, en admettant une matière éternelle, suppose du moins qu'une divinité intelligente a tout arrangé; Hésiode moins raisonnable, attribue la production el l'harmonie de l'univers à^des êtres inanimés dont il fait des dieux.
(1928) Les montagnes où habitent les Nymphes. D'où peut être née l'opinion qui a peuplé de nymphes ou d'intelligences, les montagnes, les forêts, les rochers, les cavernes? 11 parait que la peur y a contribué beaucoup. Un homme qui se trouve seul au milieu d'une forêt ou sur une haute montagne, se sent saisi d'une espèce d'émotion ou d'élonnement dont il n'est pas le maître. Dans celle situation délicate, le souille d'un zéphir, le mouvement d'un arbre, le son renvoyé par un écho, sont autant de phénomènes dont il est puissamment affecté. Il croit voir el entendre des objets extraordinaires. Si la nuit vient à le surprendre dans ces circonstances, l'illusion augmente, tout s'agite autour de lui, tout esl animé, tout l'eflraie. Il n'en a pas fallu davantage pour supposer des esprits ou des génies partout. De même que le peuple en pareil cas croit encore voir et cnlendre des lutins, des sorciers, le sabbat et le reste; ainsi les Grecs ont cru voir el entendre les nymphes ou des gé- •nies, cl l'ont assuré sérieusement.
(I9"i9) La profonde Mer. 'AT^ûyerov, inexhuuslum. Leclerc traduit ainsi avec raison : infiugi\eium ou vifecundum, ne convient point à la mer, qui esl le lieu de l'univers le plus peuplé d'animaux ; Hésiode, ladésigne Sous deux noius,7rï'/.ayo;el7rôvToç : par le dernier, Leclerc. entend la Méditerranée, ci il dérive ce nom de poniiha, in eo terminulus, parce que la iiier boide l'Asie mineure de trois côiés. Mais estil bien sur que les Gtccs n'ont donné un nom à la mer qu'après avoir lait le lour de l'Asie? l'ontus esl le nom général d'eau ou de profondeur ; 7tûvto> est une rivière de Macédoine, cl une autre de Scy lliie ; irovTivô,-, une liv.ère de l'Argolide; on conn.iii
et oragouse
sans le secours de l'Amour. Créus , Hypérion, Japétus (1931), Th'-a, Bientôt unieau Ciel ;1930), elle niit'auruon- Rhéa (1932), Thémis, Mnémosyne (1933), de l'Océan et ses gouffres profonds ; Céus, Phcebé (1934), avec sa couronne d'or, et
en Italie le marais appelé Pontina palus : mare, chez les Latins, n'a pas un autre sens.
nilayoç, est purement hébreu. Peleg signifie eau, ruisseau, lac, réservoir d'eau, n^ayoj, profondeur, selon Hésychius. Pelîgnien Italieélaienl des peuples maritimes, et nùctcryiu en Grèce, le Péloponèse pays environné d'eau. On comprend que les idées d'eau ei de profondeur sont inséparables, parce que l'eau ne se trouve que dans les iieux profonds.
Selon notre poète, la terre seule a produit les montagnes et la mer, le ciel n'y est entré pour rien, et immédiatement après il dit le contraire.
(11)50). Bientôt unie au Ciel, elle mit au monde rOcéan. Cela signifie, dit Leclerc, que la terre s'élevani d'un côté comme des montagnes, et s'approchant ainsi du ciel, s'abaissa de l'autre, et renferma les eaux de l'océan dans cette cavité. On le conçoit; mais n'est-ce pas par la même mécanique que se sont formées la Méditerranée et les autres mers? Pourquoi donc ne pas faire intervenir le ciel à leur naissance, comme à celle de l'Océan ?
Leclerc adopte l'idée de Bochari qui dérive 'û/.îh-jqç de liog, circulus, parce que les anciens étaient persuadés que l'océan environnait la terre; ou plutôt, dit-il, il vient de aqgan en hébreu; ogan en cbaldéen, un vase ou un lac. Il pouvait ajouter que les racines gan, kan, sont les mêmes dans toutes les langues, et signifient creux ou profond. k«v»? en grec une corbeille ; Kan, Ken est le nom de plusieurs rivières dans les différentes parties du monde. En ajoutant un £1 augmentatif, 'q««vo'î signilie extrêmement profond ; c'est ce qu'exprime encore l'épi tbète /3«9uâivîfr, que le poète y joint. Selon Pausanias, il y avait en Lydie un torrent Dominé Ocjan.
(1951). Céus, Créus, etc. Ce sont ici selon Leclerc, des noms d'hommes et de femmes mêlés avec des personnages allégorique* : mais il n'est point question d'hommes ni de femmes; les premiers sont divers noms du ciel, les seconds, dillérenls noms de la terre ou de la mer.
Koïôf ou Kotôv est le même que covum , en vieux la l in cœlum, tout comme Aîcôv est le même que œvum. Les Latins changeaient I'ï des Grecs en v ; ainsi Aeto? a fait levis, K^etf, clavis, etc. Les racines Ku, Ko, signifient élévation, hauteur, grosseur, dans ces deux langues. Caïns, Dominas, Caia, Domina, Inclioare, commencer, faire la tète d'un ouvrage. Kotw>, dans llésychius, des boules ou des pierres. Nous avons déjà remarqué que le ciel est Je lieu le plus élevé, ce qui est au-dessus de nous.
Kpeîoç n'a pas un sens différent, puisque k/>sov est une montagne de l'île de Lesbos ; au figure, Kjosîo; ou kpiu.rj est un prince ou un roi selon le même Hésychius.
On voit par là comment 'Ovpetvoç a signifié tout à la fois le ciel et l'être suprême : le premier est le sens propre; le second est le sens figuré ; aussi 'Ovpavôç exprime encore le palais ou le dessus delà bouche, tout comme nous disons en français le ciel d'un lit, pour en désigner la partie supérieure.
•rwspiwv, antre nom du ciel, est dérivé de vnép, super, il a le même sens que superwr en latin et que les noms précédents. Homère donne ce nom au soleil, dans son hymne sur Apollon, v. 509. D'autres lois il prend pour une épilhète du soleil : sol lujperion, sol cœleslis ; enfin il dit quTlypérion est le père du soleil. Ilym. in solem. Hésiode le dira de même dausla suite.
Il est donc'évidenl que dans le style de notre poète les enfants du Ciel, sont divers nomsduciel, comme nous verrons que des enfants de la Me sont différents noms de lu mer, etc.
'la7rETÔç. La plupart des savants ont pensé que celui-ci était Japhel, fils de Noé, duquel descendent les Occidentaux ou européens. ( Voytzles Mémoires de l'Académie des belles-lettres, tome XXV, page 5.) Mais il n'est guère vraisemblable que les Grecs aient eu connaissance de ce patriarche. L'étal de barbarie où ils ont été plongés pendant plusieurs siècle, avait effacé chez eux toutes les anciennes traditions. Son nom est formé de IIïîttm, compingo, ou de 7njTÙa , coagulum ; il signifie la glaise ou l'argile. Cela sera prouvé par la postérité qu'on lui attribue, v. 507 et suiv. On conçoit comment l'argile est l'enfant de la terre, et comment les poètes ont appelé les hommes, Japeti genus, race pétrie, du limon. Il n'y a pas d'apparence que ceite expression fasse allusion à ce qui est dit dans les Livres saints, que Dieu forma l'homme de terre ; mais on l'a ainsi imaginé, en voyant lespreuiiers statuaires faire des figures d'argile.
(1932), Théa, Rhéa, Thélys, sont trois noms de la Terre, que l'on donne pour trois de ses enfants. Cela n'est pas douteux pour Téthys, qui, selon Eustalhe, a signifié d'abord la terre et ensuite la mer par analogie : la terre, c'est ce qui est sous nos pieds ; la mer, c'est le lieu profond où sont les eaux ; or entre le dessous, le bas, le fond, la profondeur, la relation est sensible.
Rhéa est encore reconnaissable dans les autres langues : Arélia en cbaldéen est la terre ; il se retrouve dans notre façon de parler : rezpied, rez terre, rez-de-chaussée, et dans le latin area. On lu nomme autrement Kvêiln, même nom que cliebel, en hébreu, terre ou contrée. Ops, opk en latin a le même sens, il désigne le bas, comme 'omj en grec, un trou, un lieu profond : la Campauie est appelée dans Pausanias Opique, c'est-à-dire, terrebasse, terrain uni, où il n'y a point de montagnes.
Théa est nommée Tilhéa dans la Théogonie des Allantes : il signifie aussi le bas et la profondeur, la terre et la mer. TsuÔéaç est une rivière d'Achaïe; Thées, rivière d'Angleterre ; Tai, rivière d'Ecosse; Teya, rivière d'Autriche. Selon d'autres poètes, Théa, Theia, Thoé, sont filles de l'Océan et de Téthys ; aussi les revenons-nous parmi les divinités des eaux. ( Voyez note 1908.)
On demandera peut-être, pourquoi aller chercher l'étymologie d'un nom grec dans celui des rivières d'Angleterre et d'Allemagne? La réponse est fort simple, On ne confronte point ces noms pour trouver l'explication du mot Ihéa ; il est suffisamment expliqué par TzvQéus, autre terme grec ; mais pour faire voir que les noms des objets les plus communs, tels que sont les montagnes et les rivières sont à peu prés les mêmes dans toutes les langues ; que ces noms anciens sont par conséquent des restes de la langue primitive qui a servi de fond pour le langage de tous les peuples : et l'on suivra constamment la même méthode pour établir celle vérité importante , donl quelques savants s'obstinent encore à douter maigre la multitude et l'évidence des preuves.
(1955) Thémis et Mnémosyne, qu'Hésiode joint aux enfants du Ciel et de la Terre, soûl deux
fpersonnages
(1954.) Phœbé est certainement la Lune; c'est le nom que lui donne Ovide, Métam. I. i, fab. 1 ; mais elle en avait bien d'autres : Jana, Diana, Hécate, Selené, Mené : nous les reverrons la plupart. La couronne dorée de la Lune donl parle le poète, est le cercle jaunâtre donl elle esi souvent environnée, lorsque le temps se dispose à la pluie.
PART. II. TI1EOL. AUCHEOLOG.— OMGLNE DES DIEUX
I aimable Tôthys. Le rusé Saturne (1935 est le dernier et le plus violent de ses enfants (1936), il l'ut ennemi de son père dès sa naissance.
personnages purement allégoriques, el non poinl des êtres physiques, comme les précédents. &iu.iç, 6i<7u6f, e>l la loi, l'équité, la justice; Tliam,Tliom, en hébreu, désignent la même chose. On l'a érigée en divinité pour rendre les lois plus respectables; on T.i fait des endre du Ciel, pour faire comprendre <|ue les bonnes lois sont un don du ciel ou de !a Divinité.
Hais pourquoi supposer la Justice el la Mémoire filles de la Terre? Une équivoque a pu y donner lieu, eiuit paraît analogue à Siua, position ou fondement, qui peut aussi désigner le sol, comme t)ju:).rj el 0«fu).io; : Eschyle dans Proméihée enchaîné, acte I, scène I , dit que Tbémis et la Terre sont la même divinité, ©«a*, dans Hésychius, est un tombeau, une fosse dans la terre. Mvrjua, Mvïîuetov, expriment la même chose : il n'en a pas fallu davantage pour faire imaginer que Qipuç et
(1935) Le rusé Saturne est le Temps ; son nom l'exprime en grec et en latin. Une preuve que ce personnage ne désignait rien autre chose, c'est que, selon Pausanias, I. v, c. 14, les poêles oui dît que le dieu Opportunus, Koupoç était le dernier enfant de Saturne. Si l'on doutait que les Grecs aient divinisé le temps, on pourrait s'en convaincre par ces paroles de Sophocle dans Electre, acle I, scène IV : Le Temps est un dieu dont rien ne peut arrêter la course. C'est ainsi que le P. Bruinoi traduit ce vers : Kcuoà» yKp tvytup-ôt Qî6{ : Tempus enim jacilis Deus : (Tlîéaire des Grecs, tome J, pag. 435.) Peut-être pourrail-oo traduire : Le temps est un Dieu qui nous rend de grands services, auquel nous avons souvent de grandes obligations.
Kio'vof n'est donc poinl le même que Korna en phénicien, radius, comme le prétend Leclerc; on ne comprend pas même comment celle élymologie peut s'accorder avec son système, où il prend Chronos pour un homme : K^ôvocesl synonyme a l.p<jjôç, révolution ou durée, ei à Kopwvrj, rondeur, ce qui tourne. Le Temps esl le fils du Ciel ; 1° parce que les mouvements ou les révolutions du ciel marquent le temps. Salurnus en latin, n'est pas moins analogue à Tuthus el Toino : stunius, un élourueau esl un oiseau qui tourne en volant. La signification de tuiuui, le temps ou la durée, se faii encore sentir dans diulurnus nociumus, tucituinus.
Il faut faire attention à la remarque du poète, que Saturne est le dernier des entants du Ciel, qu'il esl né après llypér.on, quelquefois pris pour le soleil ; el après Pliœbé , la lune, parce que le mouvement de ces deux astres seri à distinguer les lemps : Moise l'a observé plus expressément (Gen. i, 14) : Sint in signu et lempora et dies et unnos.
L'epilhèle vafer, versutus, versipellis, que l'on donne à Saturne, fait encore allusion à l'énergie de son nom, à tour el détour : on appelle les ruses, les finesses, des lours d'esprit; jouer un lour a quelqu'un c'est lui faire une tromperie.
2° i.e Temps esl encore fils du Ciel dans un autre sens ; c'est que Kfôvoj a désigné le Ciel aUSsi bien que 'Ovfavof • or dans le style de notre poète, ions les mm.» synonymes sont entants les uns des autres. j*iT«^fôvio; , dans Hésiode même, signifie sublunis ou cœ.c><tt>.(\ . 209.) Ce qui s'eleve dans les airs, ou, comme parle le peuple, ce qui vole au-dessus ou temps; ainsi le ciel et le temps oui éle conloudus en grec comme eu français.
Varroa a donné le même sens à Saturnus. Il vient de «ai», dit-il, paice (pie le ciel est le principe de toutes choses. (De Inujua lutina, I. îv, n. lu.)
La Terre enfanta de nouveau le? redoutables Çyclopes (1937), Bronlé, Slérops et le vaillant Argé, qui ont donné le tonnerre à Jupiter et lui ont forge la foudre. Ils étaient
Mv*ju*trov»j, avaient rapport à la terre. (Voy.n. 2053.) Nuis verrons bien d'autres généalogies qui ne sont pas mieux fondées,
Hésiode a supposé, v. 53 et 54, que Mncmosyne était fille el épouse de Jupiter, dont elle a eu les Muses ; ici elle esl fille du Ciel, sœur de Saturne, par conséquent taule de Jupiter : en célébrant la Mémoire, le poêle paraît en avoir manqué ; mais comme le Ciel cl Jupiter sonl originairement le même objet, il n'est pas étonnant qu'ils soient souvent confondus. Si Hésiode était l'auteur, el non, pas le simple historien des fables, on l'accuserait encore d'avoir eu peu de jugement, en mêlant confusément des pei sonnes poétiques, comme la Justice el la Mémoire, avec des êtres naturels, tels que le Ciel el la Mer, en leur donnant les mêmes ancêtres.
La raison de cette confusion, c'esl que Kpivoç dans son origine, exprime non-seuiemenl la rondeur ou ce qui tourne, mais encore ce qui esl élevé, tout comme Kopûii-o qui a ce double sens : il a donc pu désigner le ciel aussi bien que oùfavo.. Selon Pausanias, il y avait à Olympie une montagne Clironos, el selon Pline un promontoire Cronium en Espagne. Cronos a eu d'autres significations que nous venons ci-après.
3° Enfin Ouranos personnifié est père de Clironos, parce que le second de ces deux noms a succédé au premier, pour désigner la Divinité suprême, le Très-haut, selon l'expression des Livres saints; etee sens esl une suite du précédent; aussi dit-on que tous deux ont épousé la Terre, le premier sous le nom de râ, le second sous le nom de Hliéa.
On ne doil pas être surpris qu'une fable soilnée de différentes équivoques, ou des divers sens abusifs que l'on a donnés au même mol; nous verrons la même chose dans les fables suivantes : toute la Mythologie n'esl qu'un continuel abus des termes.
(1956) Saturne esl appelé le plus violent des enlauls de la Terre, l'ennemi du Ciel, par allusion à la fable que nous verrons bientôt el dont ou lâchera de découvrir l'origine.
(1937) La Terre enfuma les Cijclopes. Les Cyclopes, selon le sentiment commun, sonl les forgerons ou les ouvriers en fer ; ou les a regardés comme les enfants de la Terre, parce qu'ils cherchent les mines dans le sein de la terre, et qu'ils oui souvent travaillé dans des cavernes. Bûchait, sui\i par Leclerc , prétend que le nom de Cyclopes vient de ckek loub, sinus Lilybœtanus, le golfe de Lilybée en îsicile où ils demeuraient. Mais, selon tous les poéies, les Cyclopes habitaient le inouï /Etna, les iles Vulcaniennes ou de Lipari, l'île de LemuOS et les autres lieux où il y avail des volcans ; jamais on ne les a places vers le cap de Eilybee. 11 esl probable qu'ils oui tiré leur nom de leur métier; il esl relatif a ko/«7jtw, frapper, d'où l'on a fait KÉxi«7T«, au prêtent moyen, el à l'hébreu klapuh,uuti hache ou un marteau. Leur noms propres , B/sovTïi, le tonnerre ; iripo^ l'éclair ; 'Apyris, l'éclat ou la blancheur de la tlauiuie, sonl de même empruntés de leur profession : nous remarquerons dans nu montent comment l'on s'est avise d'attribuer la foudre aux forgerons.
L'on a dil de plusieurs villes de la Grèce que leurs murs avaient clé bâtis par les Cyclopes, parce (pie l'on a quelquefois désigné sous ce nom mule espèce d'ouvriers qui se servent du marteau. C'est une nouvelle preuve qu'a la naissance des
en tout semblables aux dieux (1938), mais ils n'avaient qu'un oeil rond au milieu du front (1939) ; c'est delà qu'on leur a donné le nom de Cyclopes : leur force et leur
adresse éclataient dans les ouvrages qui sortaient de louis mains.
Il naquit encore du Ciel et de la Terre trois enfants d'une taille monstrueuse (19V0;
fables on ne pensait guère aux habitants du cap de Lylibée. Les Cyclopes reparaîtront encore dans la suite,
(1958) Ils étaient semblables aux dieux. Leclerc observe avec raison que le mol 0:6;, dans sa signification primitive, n'exprime point la nature divine, telle que nous la concevons et que nous la devons concevoir, comme un être unique, éternel, inlini, souverainement parfait; il désigne seulement un être supérieur en quelque chose à l'humanité, digne de vénération et de respect. Déjà iM'avail prouvé plus au long dans son Art critique. M>h> il eu donne une faussé étymologie en le rapportant au chakléen Tliehak, miruri, comme Qnioy.a.t en grec. On n'a pas mieux rencontré quand on t'a dérive après .Hérodote de riQnu.it pono, constitua, pour marquer que les dieux sont d'institution humaine, il serait aisé de montrer que Te dans toutes les langues exprime élévation , puissance dignité, par conséquent eue supérieur, et que tous les peuples ont désigné la Divinité sous celle même notion. Lue preuve que les Grecs n'attachaient pas ordinairement une grande idée à l'épithéle Aioç , c'est qu'Homère la donne indifféremment à toutes sortes de personnes, même à un berger de pourceaux.
(1939) Us ii avaient qu'un œil rond au milieu du front. Fable fondée sur la faussé étymologie du mot KvAuil>, que l'on dérivait mal à propos de xux/éç, cercle ou rondeur, et ity l'œil. Il esi évident par cet exemple que le très grand nombre des taules grecques vienl des équivoques el de l'abus des termes anciens dont on j;e comprenait plus la vraie signilicalion. Les Grecs avides de merveilleux ont toujours saisi dans l'histoire de leurs dieux et de leurs héros le sens qui llallail davantage l'imagination, el ils oui ainsi changé en narrations ridicules el monstrueuses des objets fort simples et des événements très-naturels.
11 n'esl pas surprenant qu'avec celle disposition ils aienl l'ail une description si grotesque d'un forgeron ; jamais spectacle ne fut plus propre qu'une forge a échauller l'imagination d'un poêle. De vastes fournaises d'une noirceur épouvantable qui vomissent le feu par leurs soupiraux, le bruil sourd des eaux, des souillels, de la tlauime aussi terrible que celui des vents en lurent'; l'espèce de gémissement que poussent les axes des roues el des poulies, le cbqiielis continuel des lenailles, des tournons, des pelés, des barres de fer ; les coups redoublés d'un iiiarlf.au énorme qui se fait entendre au loin, el produit un bruit semblable, au tonnerre; une pluie d'étincelles et d'éclairs que lancent de loules parts des niasses de fer brûlant sous le marteau : au milieu de ces objets, des hommes loris, nerveux , d'un regard terrible, dont la face noircie de suie et de charbon, laisse à peine apercevoir quelques Uails d'une ligure humaine, qui n'onl d'aunes habits qu'une longue chemise el un grand tablier de cuir, qui crient comme des forcenés pour se faire entendre dans le fracas qui les environne; lut-il jamais un aspecl plus effrayant pour ceux qui n'y sonl pas accoutumés'/ Doil-ou eue surpris si l'on a imaginé que de tels hommes pouvaient foiger U foudre :
ii l'étymologie que l'on a donnée des Cyclopes, ne satisfait point, il en est une autre plus simple. Les Cyclopes sonl les compagnons de Vulcain; nous verrons dans la suite que ' ll^Kiaro; chez les Grecs, Vulcanus chez les Latins, désignent les volcans, les lieux où la terre vomit des tlammes. bv*),w77îî peut désigner les trôùsordinuireiueùiroads,
par où le feu sort des volcans; de xoxXfc , rond, et Ô7r/î, un trou. Quand on eut métamorphosé dans la suite Vulcain en forgeron , il fut tout simple de lui donner les Cyclopes pour compagnons. Ceux-ci forgeaient la foudre, parce que le feu des volcans ressemble souvent aux éclairs, et qu'il est accompagné d'un bruit semblable au tonnerre. Les Cyclopes, prisen ce sens, sonl en effet les enfants de la Terre, puisque c'est de la terre que sortent les volcans. On peut appuyer celle explication sur un passage de Slrabon, qui fait mention de certaines cavernes de Laconie, nommées Cyclopées.
Les Cyclopes étaient surnommés r«.<jrîc,ô%£ipcti, ventres cre\és, de Xupùç, fissura ; ou en voit la raison. Mais en rapportant ce terme à Xiip, manus, on publia que leurs mains étaient attachées à leur ventre : belle imagination ! 'Ey.«r6vyjipo; fipixptwç, Centimanus Briareus, est à la lettre une montagne qui a cent ouvertures, (V. ci après.)
(1940) // naquit encore du Ciel el de la Terre trois enfants d'une taille monstrueuse. Il est très-probable dit Leclerc, que les trois géants donl parle Hésiode, sont li ois chefs de brigands qui inleslaienl la Grèce et qui furent appelés enfants du Ciel el de la Terre, parce qu'ils se tenaient, tantôt sur de hautes montagnes, tantôt dans des cavernes. Mais il lire de trop loin l'explication de leurs noms, et va la chercher dans le phénicien sans nécessité. kottôj signifie grand ou élevé, selon Hésycliius il exprime un cheval ou une moulure, et Korrn, c'est la tète : Coliis est un promontoire d'Afrique. bpuxpsùç est formé de (ipi augmentatif et vApi>ç, fort. Vaillant, c'est le nom de Mars. Tvynç est le même que riyag, géaul de haute stature. On leur attribue cinquante tètes et cent bras, à cause des hommes donl ils étaient accompagnés ; ils reparaîtront sur la scène dans le combat de Jupiter contre les Titans. (Voyez v. 815 el 817.)
Peut-èue ce récit n'a d'autre fondement qu'un reste de tradition sur les anciens géants donl l'histoire, sacrée el profane, alleste l'exislence. On les appelle enfants du Ciel et de la Terre, par la fausse allusion que tous les grammairiens ont l'aile de riy«.ç, Géant, avec Tn, la Terre, tandis qu'ils auraient du le rapporter à r«iw, comme nous le verrons bientôt. On a nommé enfants de la Terre les plus anciens habitants d'un pays, ou ceux qui étaient nés dans le canton qu'ils occupaient, sans qu'ils se souvinssent d'eue venus d'ailleurs, el par opposition aux colons étrangers : c'est le même sens qu'Aborigène ou Autoclitone. El comme on ne concevait pas que la Terre eût pu les produire toute seule, on leur donnait le Ciel pour père.
D'ailleurs on a toujours cru que les premiers hommes étaient beaucoup plus robustes que leurs descendants? Les héros d'Homère lancent des pierres que quatre hommes auraient peine à remuer : il n'est donc pas surprenant que l'on ail dit que la Terre avait enfanté des géants.
U esl bon de se rappeler encore que dans le style ancien, enfant cl habitant sonl synonymes : ainsi chez les Hébreux les enfants de l'Orient sonl les Orientaux, [Uii Basait, filii Sion, sont les habitants de Basau et de Sion. De même chez les Grecs, Phoronee, prétendu roi d'Argos, esl appelé liis d'tnachus, parce qu'il habitait les bords de celle rivière; comme la ville de Sparte était bâtie sur l'EuroUs, on en fait une Nymphe lille de ce lieuse. (Voyez Pausanias, 1. u, c. 15, el 1. u, c. 1.) Voilà pourquoi la généalogie de ici' s les pruniers rois de
et d'une force extraordinaire, dont on ne parte qu'en tremblant, Coltus, Briarée, et Gygès, race terrible, qui avaient chacun cinquante têtes et cent bras, et les autres membres à proportion.
Tous ceux ceux qu'ont enfantés le Ciel et la Terre, ont été d'une grandeur et d'une force plus qu'humaine ; mais ils étaient odieux au Ciel (19il) leur père : à mesure qu'ils naissaient, il les cachait dans les entrailles de leur mère, ne leur laissait point voir le jour, et se faisait un jeu de cette brutale violence (1942). La Terre en gémissait et en séchait de douleur; le ressentiment lui suggéra un trait de vengeance également adroit et cruel. Lorsqu'elle eut tiré de son sein le fer.et les métaux, elle en (il une faux tranchante, et s'ouvrit à ses enfants de son dessein. « Vous voyez, leur dit-elle, la conduite cruelle de votre père.
si vous voulez me croire, nous vengerons les outrages qu'il vous fait et la manière indigne dont il vous traite. » La crainte dont ils étaient saisis ne leur permit pas de répondre; mais le rusé Saturne, plus hardi que les autres, lui répliqua : « Ma mère, je me charge de l'exécution : le crime, dont notre père se rend coupable, me dispense d'avoir pour lui les sentiments d'un tils. » La Terre, satisfaite le plaça da^s un lieu secret où il ne pouvait être aperçu, lui mit à la main la faux tranchante qu elle avait préparée, et lui dit l'usage qu'il en devait faire. Sur le soir, le Ciel répandit sur la terre les ténèbres de la nuit, et lorsqu'il s'étendait pour s'approcher de son épouse, Saturne d'une main hardie mutila son père (1943), et jeta bien loin derrière lui ce qu il lui avait coupé.
Mais le sang du ciel ne pouvait cesser
lu Grèce et de tous les fondateurs de villes est absolument fabuleuse.
Malgré In déférence que l'on doit aux opinions des savants, il me parait que les géants dont parle Hésiode, soûl des montagnes, 1° riy«î, dérivé tie r«iw, ne signifie rien autre chose que hauteur ou élévation. 2° Dans le fragment de Sanchonialhon, Cassius, Liban, Anliliban cl Braihys, qui sonl des montagnes, sonl.de même appelés des géants. 5° Chez les poètes, l'Etna, le Vésuve et toutes les montagnes qui jettent des flammes, sonl des géants foudroyés. 4° Les peuples de l'Amérique sont encore persuadés que les montagnes sont habitées par des géants. Dans les tremblements de terre, ils tirent leurs lusils et décochent leurs Jlcches contre les montagnes, écarier les mauvais esprits qui veulent sor-
pour
mêmes
lîf de dessous terre et s'emparer du pays idées chez tous les peuples grossiers.
'vii)4l) Us étaient odieux uu Ciel leur père. Ici le poêle commence à parler du ciel comme d'un personnage, il confond le ciel matériel avec l'intelligence toute-puissante qui eu règle les mouvements, c'est selon celle idée coultise qu'il en fera mention désormais. Si Cœlus eût été uu homme, l'erreur serait encore plus grossière.
Leclerc pense que l'histoire de Cœlus ei de Saturne qu'Hésiode va raconter, lait allusion à quelques anciens événements arrivés dans la Giéie, et il lùche n'eu trouver l'explication dans les mœurs des hommes de ces premiers temps, mais il n'est guère probable que ces anciens Grecs aient éLe itSrr barbares pour chasser dehors leurs enfants, dés qu'ils étaient devenus grands. Ou ne voit point celle inhumanité, même chez les sauvages. Farad les peuples nomades ou pasieurs, comme les Grées le furent d'abord, les enfants ne sont point a charge a leurs parents, ils eu fout, au contraire, la force et la richesse ues qu'ils sont parvenus a la puberté.
C'est encore plus mal à propos que l'on nous donne Cœlus pour un roi qui craint d'eue délioné par ses entants; pouvait-il y avoir des rois ni aucun lien de sociele chez des peuples que l'on suppose assez léroces pour méconnaître cl bailleur propre sang? L'explication historique de ceUe fable pèche ■ loue essentiellement contre les mœurs des siècles ou il laui placer les événements.
^1942) Lu quel sens a-l-on pu dire d'Ouranos ou de Cœlus qu'il baissait les enfants de la Terre, qu'il les tenait caches dans les entrailles de leur mère, qu'il ne leur laissait point voir le jour'.' Où^kvô,-, nom du Ciel, peui avoir un autre sens, cl celle équivoque parait clie la source de plusieurs labiés; il
peut être dérivé de oîipov, l'eau, qui signifie en particulier celle qui sort du corps humain : oùpcma sont les pluies ; 'oy/3«vrç, le canal des eaux ou un vase propre à mellre de l'eau. La Grèce étant uu pays fort aquatique, il fut presqu- impossible de la cultiver dans les premiers temps avant que l'on eut tait des fossés, des canaux, pour écouler et détourner les eaux : les germes de la lerie pourrissaient dans son sein ; voila l'inimitié marquée entre Ouranos, le Ciel ou la pluie, et les enfants de la Terre. Il ne faut pas perdre de vue celle signification d'Ouranos, qui reviendra dans les fables suivantes; la plupart font allusion à l'ancien étal du sol de la Grèce. On verra de même Jupiter, Dieu du ciel, comme Ouranos, souvent pris pour la pluie.
Cette fable peut encore avoir un sens qui paraît plus conforme au dessein d'Hésiode et au but de la Théogonie. Ouranos ou Cœlus cachait ses enfants dans le sein de leur mère, et ne leur laissait point voir le jour, parce qu'il recevait seul les honneurs divins. Seul il élaii adoré, sans qu'aucune des différentes parties de la nature ou des intelligences du second ordre dont on parlera bientôt, reçût aucun culte. Ainsi Cœlus, quoique né ce la Terre selon Hésiode, est cependant ici regardé comme le seul mailie. Mais on peut juger de quelle espèce élail son règne, par la manière dont Apollodore en parle au commencement de l'histoire des dieux : Cœlus, dil-il, esl le premier qui ail régné sur tout l'univers. Aurait-on ainsi parlé d'un roi de Grèce ou de Thossalie? Il esl bon de se souvenir que les peuples qui adoraient un seul Dieu habitant dans le ciel, comme les Juifs et les Chrétiens, ont été accusés par les payens d'adorer le ciel même et les nuées :
Nil pra'ter nubes et cœli numen adorant. (Juven. , sal. XIV, i>8.)
Hérodote a dit la même chose des Perses. (I. il, p. 55.) Ce qu'Hésiode et les autres mythologues racontent du règne de Cœlus , esl donc une confirmation de ce que nous avons soutenu dans le discours préliminaire, c. 2 et 3, que les Grecs dans les premiers temps oui connu et adore un seul Dieu.
(1945) Saturne mutila son père. Tous les mythologues conviennent qu'il faut ici recourir aux allégories , qu'il est impossible de donner un sens raisonnable à toutes les circonstances de la fable ; qu'il sullit d'eu découvrir uu dans le gros de la narration.
Leclerc observe que M/jâsa, pudenda, exprime aussi cunsilium; ainsi la phrase peut signifier à la lettre, il trompa les desseins de son père, il rompu ses mesures, bon! Mais en supposant qu'il cstdci
d'êlre fécond ; aillant il en tomba dégouttes sur la terre, autant il en sortit de nouveaux
question d'un homme, et non pas du ciel matériel, comment enienifra-i -on ce que dit Hésiode, que sur le soir le ciel répandit sur la lerre les ténèbres de la nuit? Comment s'accordera-t-on avec Homère, le père de la laide, qui dans son hymne à la Terre, l'appelle la mère ilet> dieux , l'épouse du ciel brillant d'étoiles ? Enfin comment Leclerc se coriciliera-l-il avec lui-même? V. 132, ci-devanl, il a pris le ciel et la terre dans un sens physique, ici il les prend pour un homme et une femme.
On peut envisager la fable de Saturne, comme celle d'Ouranos, dans un sens physique cl dans un sens historique.
Dans le premier sens, une équivoque Irès^grossière a pu donner lieu au conte ridicule deSa mutilation de Cœlus; oùp«vôç désigne quelquefois l'eau ou la pluie; nous l'avons remarqué ci-devant. La postérité que le poêle atlrihue à Ouranos mutilé, montrera qu'il est pris ici dans ce sens. MïjSek est un canal; il désigne les canaux de l'urine dans le corps humain, il vient de M«§«w , madeo. Kpovo; peut être aisément confondu avec rpûrjoç, une fosse, un trou et Kpowoç, une fontaine, une source d'eau; Pline parle d'un lac ou u'un puits Chronos dans la iMéiie, nomme par les Latins puleus Sulumi, (liv. XXXI, cl), 2) : ci Ptoloinée d'une rivière Chronos, dans la Saruialie européenne; Grosue est une riviére de Bourgogne. La phrase grecque: Kpôvog jjjxrjirs rà f/-/j<ka toù Oùpavoù, siguilie à la lettre : un losse a loupé ou intercepté le cours des eaux. Ces noms, pris dans la suiie pour ceux de Saturne et de Cœlns, ont lait naître la lahle et les circonstances dont on l'a embellie.
Avant celle opération, Ouranos retenait les entants de la Terre dans le sein de leur mère, c'est-àdire, que les eaux de la pluie répandues sur la surface de la lerre, la rendant trop humide, les grains ne pouvaient pas en sortir et pourrissaient dans son sein ; niais lorsque l'on eut tiré de la tene les métaux, Ton lit des instruments tranchants, des pioches, des noyaux, avec lesquels on creusa des fossés pour dessécher les campagnes et les rendre propres à l'agriculture : c'est ainsi que Kpwvoç ou Cpûvos, les fosses profondes , les saignées retrait? citèrent une partie des eaux répandues. i/hisloire .ies déluges d'Ogygès et de Deucalion prouve assez (pie la Grèce, pays très-aquatique, était presqu'inhabitable, avant que les anciens colons eussent fait des travaux immenses pour la dessécher. L'histoire de ces travaux est le fond de la plupart des fables, ci le double sens des noms d'Ouranos et de Chronos uer\ira de clef pour en expliquer plusieurs (u).
Al ils on leur peut donner un sens historique plus analogue au dessein d'Hésiode, MiîSeoc peut se rapporter à Miàw, impero, et signifier imperiurn. Ou a d>t oe Chronos qu'il avait retranche l'empire ou lait cesser le règne d'Ouranos, parce que ce dernier nom cessa peu à peu d'être eu usage pour désigner le Dieu unique et souverain que l'on adorait: l'un se servit en sa plaee de Chronos; ainsi celui-ci succéda a son père.
Voilà pourquoi les poètes ont aussi supposé que Jupiter à son tour avait mutilé Saturne; parce que Jupiter devint le dieu souverain, comme Saturne l'avait été avant lui. (Voyez Lilio Gyraldy, bynlag. 4.pag. 129.)
Cette explication paraît la plus raisonnable que l'on puisse donner à la fable de Cœlus et de Saturne : mais le sens physique n'est pas à rejeter pour cela, 11 n'est pas impossible que différentes raisons aient contribué à la faire naître, et que l'on
êlres. Delà sont nées les terribles Furies (19VV), les Géants (19i5) armés et exercés à
ait voulu désignerpar là le double changement qui arriva dans la société et dans la religion, lorsque les Grecs commencèicent à être moins barbares, à quilterda vie errante et pastorale pour être plus sédentaires, à faire. les premiers essais d'agriculture.
Par le traitement que Saturne fait à Cœlus, il lui Ole, non te pouvoir de produire des nouveaux êtres, puisque le poêle continue à raconter la naissance de plusieurs parties de la nature (v. 182), mais la faculté de faire violence à la Terre et à ses enfants, el de les retenir cachés dans les emrailles de leur mère. 11 est donc probable que l'on a voulu exprimer par là la chute de l'empire de Cœlus, ou plutôt du culte rendu à la Divinité sous ce nom. Désormais Saturne prend sa place et reçoit seul les honneurs divins, jusqu'à ce qu'il soil détrôné à son tour par Jupiter.
Quelqu'événeinenl que l'on puisse imaginer dans l'histoire de la Grèce, pour trouver le dénouement de la fable, il ne pourra jamais lier le système d'Hésiode aussi parfaitement que la supposition d'un changement arrivé dans la religion; el il est bon de reiuaiquer que le poète ne lixe point la scène de cette révolution, el ne donne aucun lieu d'assurer qu'elle soil arrivée plutôt dans la Thessalie qu'ailleurs.
(1944) De là sonl nées tes Furies. 'Efivvûf siguilie co.lère, fureur, vengeance, comme ermo eu syriaque; parce quec'esl une passion violente dont souvent l'homme n'est plus le maître, on en a fait une espèce de divinité ou de puissance supérieure à l'homme. (Voyez v. 191, ce qui sera dit de Vénus.)
Les noms propres des Furies prés nient la même idée. 'aW.tw, qui n'a point de repos : Msy«t/5«, envie, haine, jalousie; Tecyo'vïj, vengeance de l'homicide. Eù/xsvîSs?, autre nom des Furies, n'est point une antiphrase , comme les grammairiens l'ont pensé : Mévof ne siguilie pas seulement Je courage, mais encore la colère et la fureur ; il est employé dans ce sens par Homère , dans le style populaire, courage siguilie souvent transport de colère. Eumenides siguilie donc grande colère, à cause d'eu qui est augmentatif, et c'est l'équivalent du latin (unie. Selon Hésychius, notvrj, la punition était aussi une des furies, et Pausanias avait vu àMégare une statue de ce monstre. (L. i, c. 43.)
La naissance des Furies paraît désigner les guerres qui ne lardèrent pas de régner parmi les boulines; les poêles ont supposéque Page d'or avait éle fort court, que bientôt le crime et les dissenlious se multiplièrent suf la lerre. (V. Les travaux, v. loi, et Ovide, Méiam., 1. i) On sait d'ailleurs que les Grecs commencèrent de bonne heure à faire la guerre entre eux.
Mais à quel propos le poète fait-il naîire les Furies du sang d'Ouranos mutilé? les mythologues n'en disent rien. 'Epiveof, dans Strabon, (I. ix), est une rivière de la Doride, *Puv, dans Pausanias , 1. i, est un torrent près de Mégare. 'Piwo? (I. vin, c. 25) est un torrent d'Arcadie. "Ptvsj-, les narines sont le conduit des eaux de la lèle; Knine esl une rivière d'Irlande. Eu comparant 'Epivvv; à celle racine, on a cru qu'il avait rapport aux eaux, patconséquent à oûpavdj-, la pluie.
(1945) Les Géants. Selon Leclerc , ce sont plutôt des hommes forts el féroces, des guerriers, que des hommes d'une taille extraordinaire, tels que ceux dont parle l'histoire sainte; puisque le poeie les dépeint couverts d'armes brillantes , avec de longues piques à la main. Tiyot.ç vient de Taico, s'éle-
(«) M. de Gébelin dans l'explication des allégories orientales, pense comme nous que la fable de Saturne désigne l'invention de l'agriculture.
la guerre, et les Nymphes qui errent sur la terre sous le nom de Mélies (1946).
ver, s enorgueillir , éire superbe et insolent : nytfiftè «sl ,lne montagne de Thrace dans Pline ; rvyoviî est un promontoire de Macédoine : rùyocç, promontoire de la Troade dans Sirabon. Il n'est donc pas nécessaire d'en aller chercher la siguilicalion dans l'arabe, comme lait Leclerc ; mais il est fort incertain si c'est ici un resle de tradition de l'existence des géants.
Pourquoi les a-t on supposés enfants d'Ouranos mutile? Par la même équivoque dont on a montré la source au vers précédent, rûr/aef est un lac de Lydie : Guigot est un nom de fontaine dans quelques patois. On a donc pu croire qu'il avait rapport aux eaux ou à la pluie. Touie celle généalogie semble continuer l'explication de la fable d'Ouranos.
< 11)16) Les nymphes Mélies. Le même critique est persuadé que BTûppg est l'hébreu uevhesc, anima, que MsXixt vient de mule, plenus ; que sous ce nom les payensoui entendu les âmes qui avaient accompli le temps de leur vie, et qui, après la mort des corps qu'elles animaient, étaient ei rames par toute la terre. C'est à la vérité l'opinion qu'Hésiode a suivie dans Les travaux (v. 108) : mais ici il la contredit, puisqu'il suppose que les nymphes Mélies sont nées du sang du Ciel; contradiction qu'il est impossible d'expliquer dans le système de Leclerc, et dont on tachera de donner le dénouement. L'éiymologie qu'il donne, est d'ailleurs forcée.
Nvuj/j signilie velula, occulta; on nommait ainsi les nouvelles mariées, parce que c'était leur coutume de se voiler : c'est aussi une petite peau, une membrane, par conséquent une couverture. On appelle encore ainsi les abeilles non formées qui sont enveloppées dans une espèce de maillot, et le boulon d'une rose avant qu'elle soit épanouie. On a donc appelé Nymphes, les intelligences invisibles que l'on croyait répandues dans les diverses parties ne ki nature, dans les forêts , les montagnes, ies tavernes, les rivières, les fontaines; les poêles en ont mis partout. Les déesses qui occupaient un rang considérable dans la mythologie, telle que JumiD, Vénus, Diane, Télhys, en avaient plusieurs a leur suite pour leur faire cortège, et qui ne leur coulaient rien à entretenir.
Mcicai est lonné de met, qui signifie ce qui est bon ei doux ; de la est venu Mi/t , le miel, et par analogie une nature bonne el bienfaisante. hUur/*;, doux, indulgent. Jupiter avait plusieurs autels et plusieurs statues dans la Grèce , sous le nom de Jlelichius ou Débonnaire. (I'ausa.mas, I. i, c. 57 ; 1. il, c. il el c. 20. j Mêi).£tv, dans llesychius, plaire, être agréable. Meliœ esi donc le même terme que Wgile a rendu par juciles :
sed [utiles nymphœ -risere sacetlo,
faciUi veuerure Nupœus.
On les regardait comme des intelligences bienfaisantes, polices d'inclination à instruire, à secourir les hommes '. si quelquefois les poêles les oui accusées n'avoir lait du mal, ris uni toujours supposé qu'on pouvait aisément les apaiser. Plusieurs pouvaient cire appelées Meliœ et futiles dans un autre sens, puisqu'on a raconté que souvent clies avaient eu commerce avec des dieux ou avec des hommes.
Nymphes Mélies pourrait encore être tiré d'une mire allusion. Par les iSymphes, les poètes eulendenl communément les intelligences qui habitaient dans les eaux : Pausanias (I. i, c"40j pailed'uu aqueduc appelé des nymphes Si timides (l. v, c. 22); d'une loulaineuommee le* nymphes lunules ( 1. vin, c. 55); d'uue autre fontaine, appelée Nymphutia en Arcadie (c. 54); d'un lieu aqu.iiique dans la même conlree, appelée Nymphas ; enlin (liv. m, c. 25), d'un étang de Nymbëe. Nymphœus est une rivière
d'Italie; Nymphœum, un bain on un lavoir; aucun fleuve dont on n'ait invoqué les nymphes : de là les nymphes Achéloides , Anigrides , Tibériades, etc.
D'un autre CÔlé.Mftoc, Uél^ç, est le nom de sept ou huit rivières : Nwfxyca mUîu peut donc signifier simplement génies des eaux; par là on conçoit comment Hésiode les fait naître du nom du ciel, ou plutôt du sang d'Ouranos, c'est-à-dire de la pluie : nous avons vu celle signification d'Ouranos plus haut.
Dans celle supposition, le nom de Nymphes et celui de Mélies seraient exactement synonymes. Ce pléonasme ne doit pas étonner, nousen verrons plusieurs exemples : cela est venu de ce qu'on ne comprenait plus la signification des anciens noms, et surtout des noms propres.
Se peut il faire, dira-t-on toujours, que la mythologie ne soit autre chose qu'une confusion continuelle des idées el du langage? Ce doute est naturel, mais on espère de le dissiper par un si grand nombre de preuves, que l'incrédulité la plus opiniâtre sera forcée de s'y rendre.
Hésiode dit dans les Iruvuux, v. 108, que les nymphes ou génies répandus sur la terre sont les âmes des hommes qui ont vécu sous Saturne; comment peut il supposer ici qu'elles sont nées du sang du Ciel ? Cetie contradiction doit incommoder pour le moins autant les mythologues historiens que ies allégorisles, aussi ne se sont ils pas donne la peine de concilier les deux passages. Ils ne font qu'une légère difficulté dans noire système, où il faut admettre un sens physique el un sens historique perpétuellement confondus dans les fables. Des nymphes Mélies sont nées du sang du Ciel, non-seulemenl parce que leur nom lait allusion à la pluie, mais encore parce qu'elles n'ont commencé à être connues qu'après le règne de Cœlus. Dans le siyle d'Hésiode, la naissance d'une divinité ne désigne souvent que le temps où elle a été connue et révérée.
Ces deux circonstances de l'empire de Cœlus détruil, et de la naissance des nymphes Mehes ou des intelligences du second ordre , nous amènent au règne ue Saturne, qui est la seconde époque de ia religion grecque, el la troisième partie de la Théogonie. 11 serait diflieiie d'assigner la dale précise de cette révolution , nous ignorons en quel temps ies premiers colons sonl arrivés dans la Grèce, et combien ils y ont demeuré avant que de commencer à cultiver les ails el à. faire usage des méiaux; on ne peut donc savoir quelle a été la durée du règne de Cœlus, ni de celui de Saturne, c'est-à-dire, pendant combien de temps les Grecs oui adoré la Divinité suprême et unique sous l'un ou l'autre de ces noms. Tout ce que nous apprend Hésiode, c'est que le règne de Jupiter a commencé à la fondation de Sicyone, environ 400 ans après le déluge : l'histoire grecque ne remonte pas plus haut; encore sont-ce là les temps labuleux sur lesquels on n'a débile que des rêveries.
Avant que d'en venir à la nouvelle époque, jetons un coup-d'œiî sur l'explicaliou que le savant Hochait a donnée de la fable de Saturne. Selon lui, Saturne est INoé. Mais, 1* leur nom n'a rien de commun. ~J.° Saturne esl lils du Ciel, ce qui ne peut convenir au premier. On le dit lils de 10céau el de Tethys, sur le témoignage de Platon dans le limée, parce que Salurne est venu eu Italie par mer. Cela ne convient pas mieux à Noé qui n'a jamais été eu Italie; el si l'on a dit que Saturne y avait régné, c'est qu'on a voulu y trouver l'âge d'or comme chez les Grecs. 5* Hocha ri suppose que Jupiter a mutilé Saturne, au lieu que c'est celui-ci qui a mutilé Cœlus. Celle fable est née, dit-il, de cequeChaoi, qui est Jupiter, nuniiuvit se vidiae