‹ Œuvres completes de BergierChapitre 114 sur 255 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Règne de Saturne et des Titans : seconde époque de la religion Grecque (1947).

Saturne jeta incontinent au milieu des

verenda palris sui.en prenant Jagad, nuniiavit, pour Gadad, abscidil. L'explication est lirée de Irop loin; el il faillirait montrer la même équivoque dans le grec. 4° Dire que Saturne dévorait ses enfants, parce que Noé prédit que les hommes seraient détruits par le déluge, c'est une raison peu satisfaisante. 5* Par quelle voie les Grecs auraient-ils appris l'histoire de Noé, et par quelle raison auraient-ils choisi un de ses enfants pour principale divinité ? 6» La comparaison «les enfants de Saturne avec chacun des (ils de Noé, n'est juste dms aucun point.

Les poètes ont encore dit que l'île des Phéaciens ou de CoiTou était appelée "a pirri et Apnzùvo, parce que Saturne y enterra la faux dont il s'était servi pour mutiler son père. C'est une allusion ridicule. L'île est ainsi nommée, parce que du côié de l'orient elle a la ligure d'une faux armée de dents; et c'est ainsi qu'elle devait paraître à ceux qui venaient de la Grèce. (Voyez la carte de l'ancienne Grèce, par M. d'Anville.

Selon Strabon, liv. vu, la côte voisine du promontoire Rhiutn dans l'Achaïe était aussi nommée Api- 7ravov parce qu'elle avait la même ligure.

Il ne sera pas inutile d'ajouter ici la liste des personnages dont Hésiode a placé la naissance sous le règne de Cœlus, ou sous la première époque de la religion grecque, afin de pouvoir les comparer avec les dieux postérieurs dont il parlera dans la suite, et de sentir comment l'on doit envisager les uns el les autres.

Le Chaos, la Terre, le Tartare, l'Amour. Du Chaos sont nés la Nuit el l'érèbe ; de ceux-ci le jour el la lumière. De la Terre seule sont venus le ciel, les montagnes, la nier. Du Ciel et de la Terre l'Océan ; Cens, Créus, Hypérion, autres noms du ciel : Japétus, l'argile; Théa, Khéa, autres noms de la Terre; Thénns ou la Justice et la Mémoire ; Phcebé ou la Lune; Thétis, la mer, Saturne ou le Temps; les Cyclopes, les Géants, les Furies, les nymphes Mélies. Plusieurs reparaîtront sous les règnes suivants, mais sous d'autres noms.

Au premier coup d'oeil que l'on jette sur cette liste, il est difficile de se persuader que le poète ait voulu mêler l'histoire des premiers souverains de la Grèce, avec la formation des différentes parties de la nalure. On conçoit au contraire que, nous donnant tous les êtres physiques pour des dieux, il n'a pu raconter leur naissance, sans remonter à l'origine du monde; que dans celte généalogie, tous les personnages sont à peu près de la même espèce; qu'il n'y a d'autre confusion, si ce n'est entre ceux qui sont purement allégoriques el les êtres naturels Mais comme Hésiode n'avait aucune notion de la manière dont l'univers a été formé, il n'a pu fonder la succession el la descendance de ses diverses parties que sur des convenances , sur des allusions arbitraires, sur des équivoques de langage; ou plutôt il n'a pu nous donner sur cet objet que la tradition fausse et grossière qui s'était établie longtemps avant lui chez les Grecs.

(11)47) Par ce qui a été dit du règne de Cœlus dans les remarques précédentes, ou comprend uéja de quelle manière on doil envisager celui île Saturne qui lui a succédé. Loin d'y trouver quelques vestiges de l'ancienne histoire politique de la Grèce, on y voit, sous une allégorie continuelle, la manière dont les Grecs joignirent à la Divinité suprême, des intelligences du second ordre, pour animer el conduire les diverses parties de la nalure. Il n'y est doue pas question d'une suite d'événements, mais

finis agité de la mer ce qu'il avait ôlé à son père (19118) ; coite portion d'un corps immortel flotta longtemps sur les e.-iux. De l'écume qui s'en forma, naquit une nouvelle divinité (1949 ) qui aborda à lïlede Cythère

d'une succession d'idées par laquelle ces peuples devinrent insensiblement polythéistes et idolâtres. Nous y retrouvons la même confusion entre les êtres physiques que l'on suppose animés, et des personnage s imaginaires, ouvrage du cerveau des poètes. La seule différence que l'on peut y apercevoir, c'est qu'une partie de ceux qui vont paraître sur la scène, ont fait une plus brillante ligure dans la religion grecque el dans la mythologie que les précédents.

(1948) Saturne jeta incontinent au milieu des flots ce qu'il avait été à son père. Le lexte porte : projecit e continenli, et l'on a cru qu'il s agissait ici du lieu el uni du lemps. Leclerc paraît sk tromper en dérivant a-nupoc, le continent, de l'hébreu liuphar, pulvis; il est plutôt formé de »} négatif, el de nupôç, izripôç, coupé, retranché : il signifie ce qui n'est pas coupé ou séparé, par conséquent le continent. Mais ici il semble être un adverbe de temps, connue le latin cunttnuo, incontinent.

Dans le système des mythologues historiens, on ne saurait donner un sens raisonnable à cette action de Saturne; personne ne s'est encore avisé de l'entendre à la lettre. Selon l'explication que nous avons donnée de la fable dans les remarques précédentes.loul se suit : Chronos, les cavilés delà terre qui absorbent les eaux du ciel ou de la pluie, les conduisent dans la nier par des canaux souterrains. C'est un phénomène de physique qui ne passe point la portée des peuples les plus grossiers.

(1949) De l'écume qui s'en forma naquit une nouvelle divinité. C'esl Vénus. L'abbé Uanier, tome II, liv. i, ch. M, p. 260, convient «qu'il n'est pas possible de rien conclure de raisonnaule de ce que disent les Grecs au sujet de cette déesse, que toutes leurs narrations se trouvent mêlées de physique, de morale et d'histoire. Ils regardent Vénus tantôt comme une femme débauchée, laiitol comme une déesse; ils la considèrent quelquefois comme une planète, et quelquefois ils eu parlent comme d'une passion. > Ce serait donc, un temps perdu de vouloir liémèler ici les événements historiques d'avec les épisodes que les poéies y ont ajoutes : tout y est de même genre, fable pure, allégorie. grossière.

Par cet aveu, l'abbé Danier convient assez clairement que dans la fable de Vénus, son système se trouve en défaut; el il est essentiel de le remarquer: ce qu'il dit de Vénus est également applicable à toutes les autres divinités. Jupiter, chez les mythologues, esl tantôt pris pour Je maître des dieux, tantôi pour le ciel matériel , laniôt pour la pluie, enfin pour un roi de Crète, d'Egypte ou de Thessalie. Junon esl loutà la loisla reine descieuv, l'air, la la lune, la pluie ou une reine il'Ar.gos , e;c. Il faut donc les ranger dans la même classe que Vénus, et les regarder comme autant d'êtres imaginaires.

L'explication que l'on va donner delà fable de Vénus, prouvera peut-être tiop clairement que tous les peuples qm l'ont adorée l'ont envisagée de même; que lous ses noms signifient la passion de l'amour, el ce qui la cause, la beauté, les attrails, cl même ce qu il y a de plus grossier dans cette passion. Je nie garderai bien d'entrer dans des deuils qui présente! aient des idées obscènes; je ne lerai qu'indiquer à ceux qui entendent le grec, des expressions qu'ils lisent sans crainte dans les auteurs profanes , parce qu'ils sont communément d'un âge ou d'un ctal à n'en pas redouter l'iinpiession.

1° Selon l'opinion de Cicéron {De nul. dcor. 1. il,

et bientôt après en Cypre (1030) ; partout où se montrait la charmante déesse, les fleurs croissaient sousses pas : on l'appelle Aphrodite ou Vénus, reine de Cylhère, elle est toujours couronnée de fleurs. €e nom que

n. 61). Venus esl une divinité purement allégorique el ses paroles sonl remarquables : « Gomme le pouvoir île loules les passions esl tel qu'on ne peul le modérer sans le secours d'un Dieu, on a donné le nom de Dieu à la passion même. Ainsi Gnpidon, la Volupté, Vénus, sonl devenus des noms sacrés, quoiqu'ils désignent des affections

vicieuses el contraires à la nature , parce que

ces vices mêmes la maîtrisent souvent avec trop d'empire. ♦ Les divers noms de Vénus s'accordent parfaitement avec l'idée que nous en donne Cicéron : ils nous montrent que la plus honteuse des passions avait été divinisée par les païens, à cause de l'empire qu'elle exerce sur l'humanité. On s'était persuadé qu'un penchant si impétueux et qui cause lanl de désordres, élail l'effet d'un génie supérieur aux fortes de la nature. Le poitrail qu'en fait Lucrèce au commencement de son poème, est une nouvelle preuve de ce sentiment. Triste exemple des égarements auxquels la raison humaine est capable de se livrer lorsqu'elle esl abandonnée à sa faiblesse.

2° Il est clair que c'esl la fausse allusion de où/savùj, su i nom de Venus avec oùpewéc le ciei, et jde «ffoSirr) avec à?pôç , l'écume qui a fait dire que Venus esl fiite du Ciel el de l'Ecume. Mais nous avons déjà remarqué que oùpvijj peul venir de ovfSm; voilà pourquoi c'est une nymphe des eaux (Iheôy., v. 550), el alors la signification est tort différente. L'on sail aussi que «opô; a été pris dans un sens obscène par Aristophane. Un me dispensera de donner la traduction littérale de ces deux termes. Ou peut voir dans saint Clément d'Alexandrie (1. i tedag. c. 0), comment un ancien philosophe entendait le nom 'èypôç] il lui donnait le même sens qu'Aristophane : ou le trouve encore dans Isidore. Urig. livre vin, ehap. 11.

Dans Homère, Jliad. v, 370; et dans Apollodore l. t, Vénus esl fille de Jupiter el de D.oné : il ne faul pas croire que celle généalogie soit différente de la précédente, le Ciel el Jupiter sont le même objet; Ai&mi estune nymphe des eaux. (Tliéog., v. 555.) bon nom vient de Aiatvw , el il n'esl pas nécessaire de faire remarquer la relation de ce terme avec les autres noms de Vénus. On voit déjà que les Romains n'avaient eu que trop de raison de surnommer Venus Ctoacina, la déesse des ordures, la déesse qui préside aux égouis du corps humain. Le nom Migoniiis que lui donnaient souvent les Grecs, montre qu'ils n'en avaient pas une idée plus honnête. (Paisa.n., 1. lit, c. *L±.)

Un en peui conclure ce que c'était que Vénus OÙMM*, adorée dans le lemple d'Ascalon en Paleslineeldaiis file de L) ibère, selon Hérodote, l. 1, p. 44, el l'ausan. I. m, c. 25. C'a été une étrange méprise d'entendre sous ce nom Vénus céleste. Leue divinité houleuse n'a va r. rien de commun avec le Ciel, que I "équivoque du nom ; ceux qui ont éie assez vicieux pour l'adorer, ne pensaient guère au Ciel; les luyfcirees infâmes que ton célébrait à son honneur dans les temples de Cypre ei ne Cytliere, auraient- dû détromper les Myiiiologues, Tertullien (ApoL, c. 53) nous apprend (pie Venus Lranie, nom lies-mal traduit par Y nyo Cœttstis , etail la déesse qui promettait la pluie : nouvelle preuve de la siguilicaliuii des mois (Juranos el Lranie dans la laide île Yélius; c'esl »ur (e loudeuieiii que nous asons piis i.i Musel rouie pour l'eiegieel les pleurs, v. ~/5.

(.iiloti) Yuij. celle note, col. ll>l.

lui ont donné les dieux et les hommes, fait allusion à l'écume de la nier dont elle esl née. On la nomme encore Cylhérée, à cause de l'île où elle aborda; Cjpris, parce que c'est auprès de Cypre qu'elles reçu le jour;

3* Vénus est, dit-on, la même qu'Astarlé, déesse des Sidoniens el en général des Phéniciens; mais celle opinion n'esl pas absolument certaine. Plusieurs anciens auteurs, connue Lucien el saint Augustin, oui pensé qu'Astarlé était Junon ou la Lune : quoi qu'il en soit, on peut s'en tenir au sentiment commun. Les savants les plus habiles dans les langues orientales, Bochart, belden , Loclerc, Pluchc, ont donné une élymologie du nom Astoretli ou Astarlé, qui ne nous apprend rien. Il vient, disent-ils, de l'hébreu Ascherali, lucus, bois sacré; quel rapport y a-l-il entre Vénus el les bois sacrés ? Ou consacrait des bois à toutes les divinités.

Aslarté paraît être le même que le chaldéen Es- (lier; {celui-ci esl la traduction de l'hébreu hndassali, qui signifie belle ou aimable. Voyez Adascii, dans le Dictionnaire Polyotoite d'Angleterre. Les Grecs prononçaient Alnssa pour lladassah, el ils nomment ainsi la fille de Cyrus.

Esl-hera ou Hislarah est le passif de sarah, qui dans les divers dialectes des tangues de l'orient, signifie lier el demeurer, unir et assembler, plaire el engager. Voilà pourquoi Astarolh en hébreu, signifie un troupeau, une multitude rassemblée; ce qui a fait croire à plusieurs (pie Asloieih, Astaroih, Astarlé, était la divinité tulelaire des troupeaux et des bergers. Ce même nom esl donné encore à plusieurs bourgs, villes ou hameaux de la Palestine, parce qu'il exprime eu général le lieu où l'on demeure, où l'on esl rassemblé, où l'on est réuni en société. El comme les mêmes te. nies qui signifient lier ei retenir, expriment aussi dans le sens figuré, engager, attirer, enlacer, les noms précédents ont désigné la beauté, les attraits, les grâces, le plaisir, la voluplé : telle esl l'énergie des noms Esthcr el Astarlé, très-propre par conséquent à caractériser Vénus. Toutes ces idées sont analogues, et loules les langues ont suivi les mêmes rapports . Varron, De lingue lutma, n. 10, dérive le nom de Vénus de vincire ou viere, lire, unir.

Ainsi, Aphrodite en grec ne signifie pas seulement la déesse Venus, mais encore la beauté, les agréments, tout ce qui plaît, et enfin la passion de l'amour; il conserve celle signification dans ses composes 'Encvppoanoç, 'AvocypooiToc, etc. C'est ce que les Spartiates exprimaient très-bien, lorsqu'ils appelaient Vénus Morpho, la belle ou la beauié. (I'ausan., 1. m, ch. 15.) Quand Leclere a voulu expliquer Aphrodite par le phénicien Aphradalah, sepuratu a vtro, il a pris le sens diamétralement opposé à ce qu'il siguine.

Il est encore à remarquer qu'il y avait plusieurs villes nommées Aplirodisium, en Arcadie, en Laconie, en lialie, en Alnque, cl qu'il est loi 1 incertain si ce nom avait aucun rapport a Vénus, tout comme les villes nommées Abluroih n'en avaient aucun avec la déesse Aslarté.

4° Personne n'ignore que Vénus, chez les Latins, avail la même énergie que les tenues précédents, el qu'il la conservait dans ses composés Venuslus el Venuslus. Lorsque Cicéron le faisait descendre de Vemendo, il ne rencontrait pas tout à fait mal, parce (pie leur racine esl la même. Conven.re signifie se rassembler et se plaire ensemble. Le peuple se sert chez nous du terme revenir. Dans Je même sens il dit, cet homme ne me revient punit, pour cet homme me dépluil.

Il y avait aussi en Italie une ville nommée Venusium. Si l'on suppose qnAslarolli, Aplirudisium,

fit ses inclinations ne démentent point son (1951). L'Aniouret le beau Cupidon

origine

Venusium , sont la même chose que Beaulicu , Belleville, Beaumanoir, eu Français, l'allusion à

la signification du nom de Vénus sera encore plus sensible.

5* Les noms qui désignaient la même divinité chez d'autres peuples, se rapportent toujours au même sens. Les Arabes, dit-on, l'appelaient Alytla, et les Assyriens Melyita ou Myliita : la racine est lyt, lut, en hébreu, lien, charme, enchantement. Les Perses et les Arméniens l'honoraient sous le lit re iVAna'iiis; or, na, ne, dans les langues orientales, signilie 1 1 beau lé, les agréments, les attraits : nau, en hébreu pulchri. (lsai. lu, 7.) Quelques peuples de la Grèce nommaient Vénus Pytho > , même terme que 7m0w. attirer, engager, persuader; noOoç, amour, désir'; d'autres faisaient de Pylho, la persuasion, une divinité différente de Vénus. En lin les Cypriotes l'appelaient nccitSipuç, de rcâv ou nûv-x et §éjn«, vinculum : ce nom signifiait doue le lieu ou l'union de toutes choses; c'est l'idée que Lucrèce nous donne de Vénus. Pausanias parle aussi d'une Vénus 7r«vS»jf*ov, révérée chez les Athéniens, liv. i, ch. Ï-L

(HJôlP Elle aborda à file de Cythère, el bientôt après en Lypre. [Nouvelle fable fondée sur les noms KÛ7rp; el KepâaTiç, que l'on donnait à Vénus. Mais ces noms avaient- ils rapport au culte qu'on rendait à cette déesse dans les îles de Cypre el de Cythère? On en peut douter, quand on compare le premier avec Cupio el Cupido des Latins, el que l'on voit les écrivains Grecs s'en servir pour exprimer la passion de l'amour. L'île Kvnpoç a été ainsi nommée, à cause d'un angle extrêmement long et pointu, qu'elle fait du côlé rie l'orient ; c est un synonyme de xepâauç, île cornue, qui était son autre nom. KÛ7r^os- désigne aussi le câprier, arbrisseau qui a des épines recourbées en forme de cornes ou d'hameçon.

KvQipeta est analogue à l'hébreu Kitther, lier, ceindre, environner; Retour ah ligata; el llesychius lui donne un sens qui n'a aucun rapport à l'île de Cythère. Celle île n'a été ainsi appelée qu'à cause des rochers dont elle esi environnée comme d'une ceinture; Kvfigpwv est une chaîne de montagnes de la Béoiie qui formait une enceinte. La fameuse ceinture de Vénus doit encore son origine à l'allusion de KvOipiiK avec Kiulier, ceindre, lier. Tous ces noms nous ramènent à l'idée primitive de lien, union, a laquelle on a rapporté celui de Vénus. Elle ne l'a donc point tiré de ces deux îles; au contraire, c'est l'allusion de leur nom à celui de Vénus, qui a fait penser à y établir le culte de celle divinité, et qui a donné lieu de dire qu'elle y était arrivée à sa naissance.

Selon Hérodote, 1. î, p. 44, les Phéniciens sont les premiers qui oui apporté le culte de Vénus dans les îles de Cypre ei de Cythère; cela peut-être, niais cela ne prouve poini que la Venus des Phéniciens soil différente de celle des Grecs, ou que ce soit un personnage historique. Au contraire, nous avons montré que le nom mirante que lui donnaient les premiers, n'avait pas un sens différent d'Aphrodite. Ce sérail une vaine imagination de croire que Vénus II rame était dans son origine l'étoile ou la planète que l'on a nommée dans la suite Vénus : le nom des divinités n'a été donné que fort lard aux planètes. Celle donl nous parlons, était appelée par les Grecs, 'Eanepoç, l'eioile du soir, quand elle paraissait après le soleil couché, el ^uff^ôfof, Lucifer, quand elle devançait l'aurore; el jamais on ne prouvera que les Phéniciens ni les Grecs l'aient adorée.

G'esl avec aussi peu de fondement que l'on a regardé Vénus et Adouis comme deux personnages

(1952) sont toujours h sa suite, et ils l'accompagnent dans l'assemblée des dieux.

qui avaient réuné dans la Syrie, Adonis est évidemment le même que l'hébreu Eden, el le grec 'hSovtj, plaisir, volupté. Selon Lucien el selon Pline, Adonis était une rivière de Syrie, voisine de Biblos; voilà la seule raison qui a fait placer en Syrie la scène des aventures de Vénus el de son amant.

Enfin, il esl difficile de goûter le sentiment de l'abbé lianier, qui prétend qu'Adonis esl le soleil, et Astarié la lune, «pie l'on a supposé que cesdeax astres étaient la demeure d'un roi et d'une reine de. Syrie, comme les Egyptiens le croyaient o'Osiris el d'isis. (Tome 1, I. vu, ch. 2, p^ge'517.) Les noies Adonis el Astarié n'onl rien de commun avec ceux du soleil et de la lune; el nous avons prouvé dans le discours préliminaire que les fables Egyptiennes ou Phéniciennes ne sont point l'origine de celles de la Grèce. La rivière Adonis a pu étie aussi nommée 0 ^ i ris, parce que Siris esl le nom do pin- Sieurs rivières; voilà tout le rapport que l'on peut imaginer entre ces deux personnages.

Cicéron prétend qu'il y a eu quatre Vénus différentes. (De uat. Devr., liv. m, n. 59.) Mais il esl aisé de montrer qu'elles se réduisent à une seule; ei déjà ce point de mythologie a été savamment discuté. (Mém. de Cacao", des iuscrip., tome VU, page 1 des Mém.) Il se peut faire sans doute que dans la suite des siècles, le nom de Vénus ail été donné à plusieurs femmes, aux unes à cause de leur beauié, aux autres à cause de leur libertinage; et que le» aventures de ces dernières aient donné lieu à quelqu'une des infamies que l'on attribuait à cette divinité ; mais le fond existait déjà dans l'idée uniforme quoique absurde, que les divers peuples avaient, conçue d'une passion qui esl à peu près la même dans tous les climats, et que l'on a divinisée à cause de sa puissance. Aucune nation n'a eu besoin d'emprunter à ses voisins le dérèglement des mœurs el l'aveuglement d'esprit qui en sont la suile. Lorsque Hélène dans ['Odyssée parle de sou voyage » Troye, elle dil que Vénus en fui la cause (liv. iv, v. ïJuT) : el elle le répète itansla tragédie Des Troyeunes d'Euripide, iléciibe lui répond fort bien : L'est votre faiblesse qui vous a tenu lieu de Vénus. Aiiim l'on ne trouva poini de meilleur moyeu d'excuser les lobes el les crimes inspires par celle aveugle passion, que de les attribuer au pouvoir supérieur d'une divinité. Pouvait-on pousser plus lo.n le derèglement, que de bàlir des temples à Vénus la prostituée? Quel opprobre l tandis que l'encens fumait dans toute la Grèce à l'honneur de l'amour impudique, il n'y avait pas un seul autel érigé a l'amour conjugal. Les païens mêmes oui fait celle réflexion. Voyez Alhéiiee Deipn. I. xin.

Si l'hisloii e de différentes personnes était l'origine de la fable de Vénus, comment lous les peuples idolâtres se seraient-ils rencontrés dans les mêmes idées? L'on peut encore moins comprendre qu'une seule femme ail pu fournir la matière d'un rouan aussi scandaleux. Les païens sans doute ont pu se faire une idole d'une passion impérieuse dont ils se sentaient souvent maîtrisés presque malgré eux ; mais on ne concevra jamais qu'ils se soient avises d'ériger des autels à une femme libertine ou à un plusieurs. Il faut donc convenir que Vénus esl eue purement allégorique, eiqui n'a jamais existé. Selon Pausanias, on lui donnait pour cortège les nymphes Génétyllides ou Gennaïdes, c'est-à-dire, les nymphes qui président à la naissance des enfants, (lâôl) Ses inclinations ne démentent point son origine. Ce seul vers dont il eûl élé indécent de fa.re une traduction plus littérale, suffit pour nous ap* prendre ce que c'euil que Venus.

(11)52) L'Amour el le be.iu Cupidon. "Em; xsei "lus-

Les ris, les jeux de la jeunesse, les entretiens galants, les supercheries de l'amour, les plaisirs, les caresses, la volupté lui sont échus en partage. Tel est le sort que lui ont assigné les dieux et les hommes.

Le Ciel irrité contre sou propre sang donna alors à ses enfants le nom odieux de Titans (1953), les menaçant du châtiment

!>%:, l'amour et le désir ou la passion ; ces deux autres personnages poétiques étaient ordinairement réduits à un seul, que les Latins nommaient Cupide. On le disait Gis de Vénus. On en avait encore imaginé un autre qui lui était contraire, qui se nommait vAvTipo; ou Antipathie, (Pavsan. , liv. i, cli. 30.)

Les Grecs ont ainsi créé autant de divinités ou de génies qu'ils avaient de termes différents pour exprimer un mèii.e objet ou pour rendre des idées analogues; le même Pausanias parle d'un temple de Vénus Praxis dans la ville de Mégare, où l'on \ oyait l'Amour, le Désir et la Passion représentes par trois statues, comme autant de personnages différents. ^Liv. i, eh. 45.)

On adorait encore une Vénus Apostropliia, ou Epistropbia c'esl-à-dire préservatrice, qui détournait les hommes des désirs contre nature; nouvelle preuve de l'idée que l'on s'éiail lornieedeceiledivinite.il sera, l trop long de parcourir tous les autres surnoms que l'on donnait à Vénus; les tinsélaienl tirés des lieux où elle était singulièrement honorée, les autres taisaient allusion à ses différentes fonctions ; on peut voir tous ses litres dans Pausanias. Si Vénus n'avait été originairement qu'une femme, se serait-on avisé de lui attribuer un si grand pouvoir et tant de soins différents!

(1955) Le Ciel donna alors à ses enfants le nom de Tiiuns. Letlerc a raison de rejeter l'eiymologie que donne Hésiode du nom de Titans, qu'il rapporte à TtTtuvtiv, plectere, comme s'il signiiiail punissables ou dévoués au châtiment ; mais il n'en a pas donné une plus juste en leiapportant à l'hébreu ti/ , de la boue ou du mortier. Ce nom a pu être donné à la vérité à ceux (pie l'on regardait tomme enfants de la terre, qui est nommée Tilée dans la Cosmogonie des Atlantes, rapportée par Diodore ; par conséquent il a pu convenir aux maçons et aux mineurs qui travaillent sous terre et dans les carrières. De là on a dit de certaines villes qu'elles avaient été bàlies par le* Titans. Mais il a été aussi donne aux astres : TUaniaaue aura dans Virgile : sot Titan, dans les auties poêles, et litunis la lune; ou ne voit pas quel rapport il peut y avoir entre les astres et la houe. ( \ vyez noie 2080.)

.-e.i 11 la mécanique ordinaire de la composition des mots, la racine de celui-ci est lun . ti est le redoublement de la consonne principale, comme dans TSravi,-, participe de rtae». Or lun a deux signilica- Hons contraires : il exprime le haut et le nas, le dessus et le dessous, l'élévation et la profondeur : dans le premier sens il convient aux entants du Ciel ; dans le second à ceux de la terre. Titkvoj-, dans les géographes est une montagne de The.ss.4iie, et une autre Je Sicyonie dans Pausanias, liv. Il, , !i. ti. "It«v«v est un promontoire de l'Ile de Crele; tit/jv/;, dis iiosycinus eol une reine, une le.nme élevée eu dignité. Il parait d'ailleurs que, sous Je nom de Titans, les anciens ont entendu ou des géants ou des elles supérieurs; riTavô; exprime par conséquent l'élévation au propre et au ligure; et c'est dans ce sens qu'il a elé donne aux asires.

Tun, dans le sens opposé, siginlie bas el piolond : Tituitui esl une rivière li'Eulide, selon Pluie; T«v6;, rivière de l'Argolide; liiana, rivière d'Assyrie, t'est selon celle ii.ee de bas ou de piofoud que l'un i nommé Titans les m.ueuis el les maçons. Il ne

qu'ils recevraient de leur révolte et de leur crime, dont la vengeance devait re~ tomher sur toutes les races futures (195k). La Nuit enfanta la Parque cruelle (1955), le Destin odieux el la Mort, le Sommeil et la Iroupedes Songes (195<i) sans le secoursd'aucune autre divinité. Elle accoucha de Momus (1957), du Chagrin dévorant, des Hes-

scrail pas difficile de montrer des exemples de celte double signification de tun dans les langues orientales; mais cela n'est pas nécessaire. Nous verrons ailleurs pourquoi les Dieux anciens, les premiers Dieux des Grecs ontélé nommés Titans.

(1954) Dont la vengeance devait retomber sur les races futures. H esl impossible d'accorder ce qu'Hésiode raconte des maux arrivés sous Saturne, avec le siècle d'or que les autres poètes et lui-même ont placé sous ce règne.'( Voyez Les travaux, noie 2206 ) Ce prétendu siècle d'or estime fable : 1° comment y ajuster la révolte de Saturne conlre son père? 2° Comment le concilier avec ce que l'Ecriture raconte des crimes commis sous les premières races ? Z° L'ignorance grossière où l'on vivait alors, doit nous donner mauvaise opinion des moeurs; une valeur féroce tenait lieu de toutes les vertus, el a sulli pour faire mettre de prétendus héros au nombre des Dieux. 11 esl irès-laux (pie les sciences nuisent à la pureté des mœurs. 4° Si les crimes arrivés sous Saturne, c'est-à-dire parmi les plus anciens habitants delà Grèce, n'étaient pas vrais, les poëies n'auraient pas osé les forger, et l'on n'aurait pas cru ces fans qui étaient déshonorants pour la nation : en vain l'on prétendrait que eel âge d'or esl un reste de la tradition primitive sur l'état d'innocence; il est dillieile que les premiers colons de la Grèce, au milieu des ténèbres de la barbarie oit ils éiaienl plongés, en eussent pu conserver la connaissance; 5° Les poêles latins ont place le règne de Saturne en Italie, tout comme les Grecs l'avaient supposé chez eux. Le seul fondement que l'on puisse donner à celle tradition de l'âge d'or sous Saturne, c'est que par l'invention de l'agrieuli'ire l'état des hommes devint beaucoup moins malheureux qu'il n'était auparavant.

(1955) La JSuil en\uniu ta Parque cruelle, etc. Lu poète parlera encore a. Heurs de ces personnages, et nous verrous ailleurs l'origine de leurs noms. 11 attribue à la iNuil tout ce qu'il y a d'odieux el de fâcheux dans la nature, la mon , le chagrin, la vengeance, etc. Quand un homme meurt, ses yeux se fermenta la lumière; delà on a regarde l'étal des morts comme une nuit éternelle, el on les a nommes lumine cussi. Voir le jour ou la lumière, c'est vivre selon le style des poêles. Pendant la nu.t les chagrins sont plus ciuels, les passions plus violentes, les douleurs plus aiguës, parce que l'on n'est plus distrait par les objets extérieurs. La nuit ne peut dune manquer d'être regardée de mauvais ced, et nous voyons encore des preuves de celle prévention dans le langage du peuple des provinces, pour exprimer qu'un homme n'est bon a rien, que c'est un mauvais siijei, il dit, c'est la nuit.

(l'JdOj Le Sommeil et ta Songe». H n'est pas surprenant qu'on les attribue à la nuit seule; nous n'avons coutume de dormir el de rêver que la nuit. (\ . dans le Discours prétitn. ch. 11, § 9, les raisons qui oui fan diviniser le Sommeil. J

(VJoï) fclle accoucha de Alomus. Alomus, censeur de loin le monue, médisant d'inclination et de profession, a lue son nom ûemoum, en hébreu, vice, tache, delaul, blâme; de là sont formés "Auwfto; Cl "Auepirtoi, irrépréhensible, a couvert de biaine. Mw/xo; esl donc celui qui censure les autres, inédisani, calomniateur; ou le suppose eulaut de la .Nuii, pane que la médisance cherche les ténèbre»,

pérides qui gardent «nu delà de l'océan les pommes d'or que portent les arbres de leurs jardins (1058). Les déesses fatales, les par-

n'oserait se montrer au grand jour. C'est l'explication de Leclerc ; et il n'y a pas d'apparence qu'on prenne jamais ce personnage pour un homme.

(1958) Des Hespérides qui (/ardent au delà de /'Océan les pommes d'or que portent les arbres de leurs jardins. Il ne serait pas aisé de rassembler loul ce que les Mythologues ont écrit sur les Hespérides. Leur nom signifie les nymphes de l'occident : les pommes d'or, selon le sentiment ordinaire, sont les oranges et les citions. Les Grecs , dit-on, oui raconté des fables sur ces fruits, qui parurent une merveille à ceux qui en virent pour la première fois, sur les jardins où ils croissaient, et les ancièus^ne se sont point accordés sur le lieu où ils étaient placés. Hésiode, v. 534, nous dira que ces pommes d'or étaient gardées par un dragon terrible; les autres poêles ont publié qu'Hercule les avait enlevées, après avoir tué le dragon ; c'est un de ses plus la ineux travaux.

Selon M. de la Rarre, les Hespérides sont les Canaries; le dragon qui les gardait est le détroit de Gibraltar. Mais Hésiode ne connaissait point l'Espagne; comment aurait-il connu le détroit et les Canaries? Vainement on cherche hors de la Gièce le fond des fables anciennes ; ceux qui les ont inventées, n'avaient vu que leur pays; encore le connaissaient-ils assez mal.

Nous avons montré, note 1946, que les nymphes ne signifient point des âmes, comme Leclerc le prétend. Il suppose sans fondement que l'on a cru les Hespérides occupées à garder des jardins, parce que, selon l'ancienne opinion, les âmes des morts étaient errantes sur la terre, se tenaient sous les arbres et dans les jardins qu'elles avaient fréquentés pendant leur vie. On verra bientôt que les Hespérides ne sont ni des femmes, ni des jardinières.

C'est encore plus mal à propos qu'il fait venir "Eanspoç l'étoile de Vénus, la belle étoile, de l'hébreu Asclipiri, ]iulcher; 'Eo-trspa, f occident, ou le soir, n'en est point dérivé ; c'esl au contraire l'étoile qui a tiré son nom du précédent, c'est l'étoile du soir : on a nommé le sou et le coucher du soleil , avant que de remarquer la planète de Vénus. Une preuve ne celle allusion, c'esl que Vénus n'était ainsi nommée que quand on la voyait le soir; on l'appelait fvuyàpoç, Lucifer, quand elle paraissait le malin. *t:<77r£f,iÔ£f désigne donc sans aucun détour les nympiiLs du soir ou de l'occident.

Mais il y avait des oranges et des citrons en Asie; si les Grecs en manquaient, il leur était plus aisé d'en faire venir de l'orient que de l'occident: la Grèce a dû eue peuplée et cultivée ayant l'Espagne et l'Italie. Les savantes conjectures que l'on a laites sur ce sujet, pèchent tomes parle même endroit; aucune ne s'accorde avec l'étal contemporain de la Gièce et du resie de l'univers.

Dans le style ordinaire d'Hésiode, les nymphes sont des eaux ou des fontaines ; Hespèrie, dans Ovide, Métam., liv. n, lab. 2, est une nymphe des eaux : les noms propres des Hespérides ne nous désignent pas autre chose. AfyLj est dans Virgile une Naïade ou Nymphe aquatique. 'ApcôoOaa esi le nom de quatre fontaines connues. 'EpvOi*. vient de 'PvTÔf, participe de 'Pvw fiuo; 'EpvOti-n, nans Hésiode même, est une île, un terrain environné d'eau. Voyez note 19ù0 : d'autres rappellent 'Tmpsôodera; c'est le même sens qu'Areihusa ci-devant.

Les pommes d'or ont été imaginées sur l'équivoque de Xfuffo^^ov. H peut désigner une pomme d'or; mais il a aussi un autre sens fort différent. MiXotf, Meïrtç est le nom de sept rivières; par conséquent, X/>ficr6cis),&v peul irès-bien être synonyme a XpvaoppCa; vlXova'jpforiÇt qui est celui de plusieurs

ques impitoyables, Clolho, Lnobésis, Atropos, sont encore filles de la Nuit (1959) ; ce sont elles qui distribuent le bonheur et le

autres fleuves. L'allusion apparente de ces termes à Xpuaôç, de l'or, a fait croire que ces derniers étaient ainsi nommés, parce qu'ils chariaient de l'or dans leurs fables; c'esl une erreur. X/>v<x«c est une rivière de Sicile ; Xpûan est un goiïe de Scythie et une rivière des Indes, selon Pline : Xpvo-tov, selon Hésychius, est le canal de l'urètre dans les enfants. Xp-uao^ivn; ne signilie certainement pas qui a des gouffres d'or, mais qui a des gouffres profonds : Xpwjôp.-olov peut donc signifier eau profonde ou canal profond. Ce n'est pas un prodige que les Hespérides, qui sont des fontaines, aient eu des e;iux profondes; mais, comme on voulait absolument du merveilleux dans les fables, on n'avait garde de s'aitacber à une idée si simple.

Le prétendu dragon qui gardait les pommes des He*pérides, est, selon Pline, une rivière qui serpentait ; nous retrouverons souvent la même équivoque : elle vient non -seulement de ce que les ruisseaux et les rivières vont ordinairement en serpentant, mais encore de ce que otptç, un serpent, est le nom d'une rivière d'Arcadie : mais ici Apa/wv, un dragon, esl mis pour tjok^ûv, un lieu escarpe; il esl loul simple que des rochers escarpés forcent les eaux des fontaines de couler dans un canal étroit ei profond.

Nous prouverons fort au long dans l'explicaiiou du bouclier d'Hercule, que le nom de ce héros prétendu désigne une digue pourarréler les eaux. Il ne s'agil plus que de savoir où l'on doit placer les Hespérides et le dragon qui le gardait.

Selon la carie de l'ancienne Grèce, par M. d'Anville, Clirysorrhoès, le même que Chrysoinèle , est une rivière de Troézéne dans l'Argohde, qui coulait de l'occident à l'orient; celle ciccou&laiice atitiè^i d'expliquer la fable.

Les Hespérides étaient probablement trois fontaines à l'occident de Troézéne, qui formaient le ruisseau Chrysoinèle, donl le cours était extrêmement tortueux : on (il une digue et un canal qui conduisait directement ces eaux ; voilà comme Hercule enleva les pomme-., ou plutôt les eaux des Hespérides, el tua le dragon : c'est sans doute ce canal qui fui dans la suite appelé fontaine d'Hercule à Troézéne, c'est-à-diie, fontaine arrêtée ou fermée par une digue. ( Voy. Pausamas.Hv. ii, eh. 6W2

Mais, dira-l-on, les Hespérides, selon Hésiode-) é'aienl au delà de l'Océan. Si cela est vrai à la» leilre, elles étaient donc en Amérique. Nous verrons que dans le style de noire poëie, toutes les fontaines coulent au uelà de l'Océun; on traduirait mieux : au travers d'un bassin pro\ond; 'Q/.eavoc ne signilie rien autre chose.

On a supposé les Hespérides, filles de la Nuit, à cause de leur nom, ou parce qu'elles sortent des cavilés profonde? el obscures, ou enfin parce qu'elles étaient situées à l'occident de Troézéne, l'un des principaux séjours d'Hercule.

Voila tout le merveilleux de la fable des Hespérides réauil a fort peu de chose; l'on a bàli celle de la toison d'or sur le même fondement.

(1959) Les Déesses fatales, les f arquez sont enfants de ta iVaiu Mopoç, le Destin ; Mo^cw, les Parques, peuvent être dérivés, comme du Leclerc, de Mïi/)<u, divido, parce qu'elles sonl la part ou le son de ions les hommes. La racine mar, mor, exprime dans toutes les langues, division, part, portion. K^at, autre nom des Parques, a le même sens, puisque Krip signifie perle; Kdpu, couper ; il n'a aucun rapport à l'hébreu Kor, /ri(/us. Parcu, chez les Lalins, peut venir en etl'el du chaldéen parac, rompre, diviser ; mais ce n'est pas un terme étranger à la langue romaine, vorçus et porca signifient un sil-

malheur aux hommes h lear naissance

(i960), qui punissent les crimes des mortels et des dieux (1961), qui ne cessent île poursuivre les malfaiteurs jusqu'à ce qnVI- * les en aient tiré vengeance (1962). Enfui l'odieuse Nuit mil au monde Némésis (1903), divinité si pernicieuse aux hommes, la Fraude, les Amours criminels, la Vieillesse intirme, la Discorde (1964).

Celle-ci à son tour enfanta le travail et les

qui nous arrachent les larmes, les combats,

les meurtres, la guerre, le carnage, les querelles, le mensonge, les procès, le mépris des lois, le crime, tous frères étroitement unis, le serment qui cause de si grands maux quand on ose le violer (190k*).

La Mer au contraire eut pour fils aîné lo bon Nérée (1905) qui ne mentit jamais; ou l'appelle le vieux Nérée (i960), parce qu'il est sincère et bienfaisant, ami de l'équité,

soucis, l'oubli, la iaim, les douleurs cuisantes rendant justice à tout le monde.

Ion, une rupture de la terre. Fatum, le Desiin, vient de furi, connue l'ont remarqué les grammairiens latins ; c'est l'arrêt prononcé par une cause inconnue qui entraîne toutes les autres causes par une nécessité inévitable. (Voyez dans Le Bouclier d'Hercule, v. 251, l'affreux po rira il qu'Hésiode fait des Parques.)

Leurs noms propres ne forment aucune dilïicullé : ka'jO&j est la lileuse, celle qui lient la quenouille; Aùxec'»". celle qui met le (il sur le fuseau, de l'hébreu Lachass, lien, et au figuré fascination. "At/307to?, celle qui coupe le lil de la vie, de Tara/), couper. Les anciens représentaient la durée de la vie humaine comme un fil continu que la mort venait couper. Oi: sera peul-ètro surpris de voir partager entre deux personnes l'opération de filer, qui peut être exécutée par une seule; mais il faut faire attention que pour apprendre à filer aux jeunes tilles, ou les fait commencer d'abord par tourner le luseau, tandis qu'une autre lient la quenouille et dirige la filasse. C'est ainsi que cela s'est fait, lorsque l'art de filer était encore imparfait.

(i960) Qui distribuent le bonheur et le malheur aux hommes à leur naissance. Ainsi les peuples du Nord imaginèrent des Mornes ou Fées qui assistaient à la naissance des enfants et réglaient leur destinée par les dons heureux ou malheureux, qu'elles faisaient. ( Voyez l'Edda des Islandais.) G est ce qui a fait le sujet de la plupart des Romans des siècles passés. Ou supposa que celaient des divinités féminines et des vieilles, parce que ce sont ordinairement des femmes âgées qui assistent aux accouchements. L'idée d'un génie bon ou mauvais, d'un pouvoir invisible qui nous conduit dés la naissance, subsiste toujours parmi le peuple grossier ; soilqu'il attribue ce pouvoir aux astres, sous l'aspect desquels nous sommes nés, soit qu'il n'en ait qu'une idée confuse: de même il attribue au diable ioul le mal qui lui arrive, bi la religion ne servait de frein à l'aveuglemcnl el à la superstition, les tolies des Grecs ne tarderaient pas longtemps à renaître. Quoiqu'elle n'ait pas entièrement déraciné l'erreur, elle eu empêche du inoins les eileis : c'est une obligation que nous avons à l'Evangile, el que le genre humain ne peul assez reconnaître.

(l'jOI) Ce tout elles qui punissent les crimes des moi tels et des dieux. Leclere conclut de ces paroles, que ceux qui soûl ici appelés dieux , ne sont autre chose que les premiers habitants de la Grèce déifiés ; sans cela, dit-il, comment pourraiton cou. prendre que la Mort et le Destin eussent du pouvoir sur les dieux mêmes? On pourrait lui répondre d'abord qu'il y a bien d'autres choses dans l.i I liéogvme que l'on ne comprend point, el où le poêle ne parait pas raisonner coi.séqueiumeni. Quand en supposerait encore que les anciens dieux avaient éle ues hommes nu moins depuis qu'ils étaient devenus dieux, c'esl-à-diie depuis leur mort, ils n'étaient plus soumis aux l'arques ni à la morl; un ne meurt pus deux lois. La supposition ue Leclere ne rend donc point ce passage U Hésiode plus intelligible, ni ce qu'il dit, v. 77G, que la mort cSt l'ennemie même des dieux iiiimoilcls. Toui ce

OEi;vri:s complètes ue Bliujier. I.

qu'on en peut conclure, c'est qu'il restait toujours au milieu des fables du paganisme une notion confuse d'un pouvoir suprême et d'une loi souveraine à laquelle tout était soumis ; et que jamais ces idées n'ont pu être entièrement effacées. C'est ce qu'Homère, Virgile et tous les poètes ont reconnu, lorsqu'ils nous peignent Jupiter même soumis aux lois immuables du Destin. (Voyez sur ce sujet les judicieuses réflexions du P. Brumoy, Théâtres desGrecs, lome I, p. 379.)

Les Grecs s'étant forgé des dieux vicieux, qui faisaient beaucoup plus de mal que de bien, il fallut nécessairement borner leur pouvoir : le monde n'aurait pas été habitable, si des dieux si enclins à mal faire n'avaient été retenus par les lois inviolables du Destin.

(1962) Quelle affreuse idées les païens avaientils donc de leurs dieux? des Génies capables de commettre des crimes, et souvent dignes d'être punis, méritaient-ils l'encens qu'on leur offrait? Tel est l'égarement de la raison humaine, que jamais la philosophie ne serait venue à bout de le détruire.

(1963) L'odieuse Nuit mit au monde Némésis. Nî/Kso-tj, ne paraît point dérivé devépw, divido ; il a plus de rapport à Mio-o?, haine, indignation, vengeance. C'est la vengeance divine qui poursuit les criminels, qui leur fait sentir des remords, el qui quelquefois les corrige; Hésiode, dans Les travaux, v. 199, entend par JNémésis, la Correction : enfin, dit-il, la Pudeur el la Correction habillées de blanc ont quitté la terre pour retourner au ciel, c'est-àdire, que les hommes sonl devenus incapables de rougir et de se corriger. Le P. Brumoy l'appelle la déesse des imprécations, tome 1, page 45v2.

(1904) Lu Fraude, les Amours criminels, la Vieillesse,la discorde. On comprend assez que la Fraude el les Amours criminels sonl appelés les enfants de la JNuil, parce qu'ils cherchent les ténèbres; mais il n'y a d'autre raison de lui attribuer la Vieillesse et la Discorde que la tristesse qu'elle inspire. (Voyez note 1953.)

( 1 9rJ it*J La Discorde à son tour enfanta le Travail, les Soucis, les Combats, "Epi;, la Discorde ne signifie souvent que la rivalité, sentiment irès-diirérenl de l'envie ou de la basse jalousie; Hésiode les dislingue dans Les travaux, v. 11 , mais il paraît qu'il prend ici ce terme dans le sens le plus odieux.

Tant de personnages imaginaires mêlés confusément avec la postérité des dieux doivent nous convaincre que ceux-ci ne furent jamais des personnages léels, et que loule leur Histoire est pure allégorie : on ne conçoit pas comment les mythologues oui pu l'envisager autrement.

(11)05) La Mer eut pour fils aîné le bon Nérée. N>j/>sû» signifie rivière et les eaux en général. Sans qu'il son besoin de recourir à flieoreu Nulinr, N/jooç, Natov en grec, signifie humide. "Avau/soj esl une rivière de Tbessalie, i\aro, rivière de Dalnialie; Nar, rivière des Sabins ; iNerie, riv.ere d'irlainie, eic.

(1900) On rappelle le vieux Nérée, parce c'est un des anciens noms de la mer eln'z les Grecs.

Thaumas signiue donc

De l'union de la Mer avec la Terro sont nés Thaumas, le vaillant Phorcys, la belle Céto et l'impitoyable Eurybie (1967).

Nérée et Doris son épouse, fille de l'Océan, ont produit la nombreuse famille des Nymphes marines ou des divinités aimables qui vivent dans les eaux : Proto, Eueraté, Sao, Amphitrite, Eudora, Tliétis, Galené, Glaucé, Cymollioé, Spio, Thoë, la belle Thalie, la gracieuse Méhte, Euliraené, Agave, Pasithée, Erato, Eunicé aux doigts de roses , Doto, Proto, Pherusa, Dynamené, Nesée , Aetée , Protomedie, Doris, Panope et la belle Ga-

(1907) De l'union delà Mer avec In Terre sont nés Thaumas, le vaillant l'hurcys, la belle Cet® et l'impitoyable Eurybie, ©aO^a?, père de l'Iris, h'hKd& la Mer el de la Terre, est sans doule le dieu des nuées et des vapeurs, le dieu de la pluie. Son nom ne vient point de ©ixv^a, Mirum , parce que l'on admire ce météore , comme Leclerc l'explique, mais plutôt l'hébreu Damali, pleurer, répandre des gouttes d'eau; Demah, goutte, larme, liqueur. Tameesl une rivière d'Angleterre; Ton», rivière de Sybérie ; 'famine, rivière de Suisse pluvieux : on le verra par sa postérité.

Qôpxvg, dit Leclerc, est sans doute quelque habile navigateur, cl son nom est lire du syriaque /;//eray , s'éloigner, voyager. Cela n'esl pas vraisemblable, il n'y aurait pas de raison de mêler un homme avec des méléores : celui-ci vient plutôt de l'hébreu yharag, suc ou humidité : izpà\, irpûxaç, dans Hésychius, goutle, distillation, yopxeç, des fossés; fipoyji, la pluie; c'est le même que Thaumas son frère.

kàtôj sigmlie une baleine, el généralement lous les grands poissons, mais ici c'est probablement un nom de la mer ou des eaux en général. KïjTtof est une rivière de la Tbroade; Kelk , rivière d'Ecosse; Kat, ruisseau de Silésie. Il est donc inutile de le dériver comme l'ait Leclerc, de Kout,cn hébreu, dégoût, aversion, K»jTW£5r<T«, humide, profond selon Ilesychius.

'Eufvêir} est un autre nom de la mer , formé de ivpv, grand, large; fiiv, lac ou canal, comme biéen français, uiuç est une rivière de Messénie; Ré, rivière d'Afrique; Bielle, rivière d'Artois. Evpuëiuç, dans Pindare et d'autres poètes, est en surnom de Neptune.

Leclerc n'explique point quels personnages ou quels objets Hésiode a voulu désigner par Célo et Eurybie : celle-ci esl nommée impitoyable, à cause des naufrages qu'elle cause et des monstres qu'elle nourrit dans son sein. H esl visible que le poêle range de suile lous les noms synonymes, el les fait descendre les uns des autres.

(llJ0i>) Nérée et Dons son épouse, fille de /' Océan, ont produit la nombreuse famille des Nymphes marines, Proto, Eucrate, etc.

&upiç, iille de l'Océan, épouse île Nérée, esl encore un nom de la mer ou ues eaux ; c'esl le même .que Awfa, lonlaine d'Arabie, selon Pline; A-jpuç, rivière de Thessalie ; /3ù3wpof , rivière d'Euhee ; Oorius, rivière de Portugal; Purias, irois rivières d'Espagne; Duria, deux rivières d'Italie ; Adour, irais rivières de Gascogne; Por, rivière d'Angleterre; Pur, rivière d'Irlande, etc. On appelait Poliens, les peuples de l'Achaie el ceux de flonie, ainsi Achécns, Dorions, Ioniens, sigiiilieui peuples maritimes.

Les nymphes marines, selon Leclerc, sont les âmes de ceux qui ont péri dans la mer, ou de ceux qui ont habité les premiers les iles de la Méditerranée, auxquelles les poêles ont donné des noms à leur fantaisie : mais ces noms signifient quelque chose, cl eu les examinant, peut-être uouveious-

lathéo, l'agréable Ilippothoë, et Hipponoë aux mains blanches, Cymodocé et Cymatologé qui apaisent les vents orageux et les Ilots de la mer; Amphitrite aux pieds délicats, Cyrao, Eioné, Halimè'ie avec sa ' belle couronne, la gaie Glauconomé, Ponloporie, Liâgoré, Euagoré, Laomédie, Polynôme, Autonoë, Lysianasse, Euarné dont lo caractère est aussi beau que son visage, l'élégante Psamathé, la divine Menippe, Néso , Eupompé , Thémisto, Pronoë, Nemerlès qui a le génie divin de son père (19G8). Telle est la postérité du bon Nérée,

nous qu'il n'est point ici question d'âmes ni de personnages réels.

Toute la longue suite de ces nymphes marines ou Néréides ne renferme presqu'auire chose que des synonymes. Homère, Iliad. xvin, 39, et Apollodore, 1. 1, les ont nommées à peu près de même qu'Hésiode; le premier les a rassemblées pour en faire le collège de Tliétis. Virgile les suppose logées dans la fontaine Cyrène , source du fleuve Pénéc. (Géorgie, îv, 330.) Ce sont, 1° différents noms de la mer ou de l'eau en général ; 2° des épilhètes de la nier qni expriment quelques-unes de ses propriétés, ou' quelques-unes de ses parties; 3° des noms d'îles ; 4° des épithèles de ces îles ou des côtes de la mer; 5° quelques-uns paraissent être des noms de vaisseaux . aussi dans Virgile (;Eneid. ix, 120.) les vaisseaux d'Enée se trouveront tout à coup changés en nymphes marines.

Quelque ennuyeuse que puisse être l'explication de lous ces noms, l'on ne peut se dispenser de la donner, 1° pour montrer de plus en plus quelle esl la méthode d'Hésiode et le faible système de Leclerc , qui voit des hommes el des âmes où il n'y en eut jamais ; 2° parce qu'il est nécessaire d'en prendre le vrai sens pour l'intelligence des fables.

Dowxw, signiiie les Ilots ou le bruit des flots, comme 'PôQof. C'est le même nom que Proleus, autre divinité marine, "Pwtoî, "Puto; sont dérivés de "Ps&>, 'Puto, fluo. "PwQwv esi le nez ou les narines, le canal des eaux de la lèle. Ou si l'on veut, llpwxù est formé de r.ph augmentatif, el de Ooû prolonde, comme au v. 245.

Eux/si™, fort profonde, de ev augmentatif, et

: K/>«Gt'î esl une liez les Bru tic us.

Ixù a le même sens; seuli, eu hébreu esl un vase profond, comme seau en français. 2«6f dans Plolomée, Sans dans Pline, ou Savus , la Save, rivière de Hongrie; Suvo, rivière de Cainpanie, Save, rivière de Suisse ;Saw, rivière d'Angleterre; Saux, rivière de Champagne, elc.

'AuyiT/>ÎT*j pour ' ' kp.'fipp<izr„ circumfluens. Ipitûv est le nom de quatre rivières ou fontaines, une en Crète, une en Arcadie, une en Béolie , el une en Afrique. Il sera parlé de Triton, v. 1)30.

Eùàwûvj esl le même nom que àâpiç ci-dessus, avec su augmentatif; il signiiie beaucoup d'eau.

Qîtiç est la même que T^Oùf , v. 155. TsuÔia? est une rivière d'Achaie,eiTvÔ6v, une rivière d' Arcadie. Théelh, rivière d'Ecosse, Tel, rivière du Houssillon.

Fvlàva esl le temps serein ou la tranquillité de la mer; ou l'attribuait à une nymphe ou à un génie.

r)iaù/r), la couleur de la mer, le vert bleualre : c'esl le nom d'une lonlaine de Corinlhe dans Pausanias, et il y avait plusieurs rivières nommées rXaOxoç. On a fait de Glaucus un dieu marin.

KvjaoOo'a, de kû/z«, flot ou vague, el 0o>5, profond; c'est une fontaine d'Achaïe selon Pline. ©é«f est l'ancien nom du fleuve Acheloiis, Theu est une rivière des Pays-Bas, el Tue, rivière de Normandie; Tliau, étang de Languedoc.

KpKrAp, vase, vaisseau, profondeur : k rivière d'Achaïe, et une aiilredTtalie chez

PART. H. THEOL. ARCIIEOLOG.

cinquante jeunes nymphes d'une conduite Tliaumns eut pour épouse Elâctra, autre irréprochable (1969^ fille du profond Océan (1970); celle-ci eofania

ïttîïw, môme nom que Sirtoc* caverne ou abîme, Spei e>i une rivière d'Ecosse.

Bon, profond, vient d'èlre expliqué-

Q-xliri, même nom «pie njXt'a, un seau, une cuve, un v isseau profond , KaaraXtïj est le nom de deux fontaines, l'une de Delphes, l'autre d'Antioche.

Mi&tq, peut êlre Pile de Malle ou file Méléla dans le golfe Adriatique. On peut encore le rapportera l'hébreu Melet, grotte ou caverne profonde; HcUnc est une rivière d'Arcadie; ilùxç, Mtôtacest li" nom de sept rivières; Ms^îmest un lac d' A ca manie dans Sir aboi).

Eâipcra, est formé de Aiunv, un porl, ou de Atyvrj, tac, étang, réservoir d'eau; Lime, rivière d'Angleterre.; Lima, rivière de Portugal, Lhnœa dans PI ne, Liiuia, rivière d'Espagne.

'A'/aunj est le même nom que le français Cave donné à trois rivières qui sortent des Pyrénées. Ganta en latin est une poule d'eau, un oiseau aquatique.Gau, Gei',cn hébreu, vallée ou profondeur; Gué, dans notre langue, lieu où l'on baigne les chevaux.

ïlxeâiri, de nâ.o~i, loin, et ©en, profundù : Tai, rivière d'Ecosse; Thées, rivière d'Angleterre, Teya, rivière d'Autriche; Ta , rivière de la Chine.

'Ef«Tw de Téu, couler, inonder, TrjToi , dans Pausanias, des courants d'eau. Aralhis, rivière d'Italie, dans Pline; Rat, rivière de France dans l'Armagnac; Grale, rivière d'Italie.

Evvîixu, formé de vj augmentatif, et du syriaque neka. couler, inonder, se répandre; Nékre, rivière d'Allemagne; Nî£/.rj!7«t,dansllésychius, avoir humecié.

Aotiù, est le mémejque l'hébreu doudah, vase creux, chaudière, marmite : Dis, Di:is,ei\ latin les Enfers. Cette Néréide Doto avait un temple à Gabala près de Corinihe. (Pausanias, I. il, ch. 1. Dotii campi dans Slrabon, 1. ix, est une plaine sur le lac Bœhéis.)

nowTw est expliqué à la col. précédente. Comme la plupart de ces nymphes sont des rivières ou «les fontaines, il n'est pas surprenant qu'il y en ail eu plusieurs de même nom.

tspovott, de 'P-jertf, llux, écoulement : "lxapuo-a est une rivière de Scylhie; Kuss, rivière de Suisse; Ross, rivière d'Ukraine ; "A/xypvtrof , rivière de Ihessahe.

Auvauévn est un pléonasme : Avv, creux ou profond, comme àivri, gouffre; Duna, rivière de Russie ; Aduna, rivière de la Susiane; Mhv, m«v, a le même sens; M«vij;, un vase; Mœnus, le Alein, rivière d'Allemagne; Ifténg, rivière de Lacouie ; Min, rivière de la Chine; Minius, Minio, rivière de Portugal , 'Afûwof, rivière d'Arcadie, etc.

tiveuit), ee N^(toî, Une île, ou de Nrj<rffa, ce qui nage, le lieu où l'on nage, dérivé de N'«w,- Nesse, rivière d'Allemagne ; iSeisse, rivière de Silésie; Messe, rivière d'ucosse, néuôoc, rivière de Thrace.

Axt««), vient de'A/T>j, bord, rivage. C'est l'ancien nom de l'Attique, contrée environnée de la nier; ainsi 'Attix/j a eié dit dans la suile pour 'Axtjxâ et *Axr«t>]. Voyez Pausanias, I. 1, c. 2.

U/5<v>To/iio£i«, est lormé de D/>wtw, fiuctus, comme au v. 245, et de Mssm, impero, il signilie celle qui commande aux flot»; Hisna peut signilier simplemeut les eaux, et ce serait un pléonasme : Medus est une rivière de Perse, £Ù/sv//e3wv, rivière de Pibidie, dans ce sens il est dérive de MaSxw.

àvpiç. On l'a déjà vu ci-devant, col. il>9

Uuvont), de ira, creux ou profondeur, d'où est venu ïwiw, avaler, et de sonn, eau , Napap, en hébreu, couler et arroser; "bairoc, rivière (le l'Ile de Délos; "Avanof, rivière d'Arcananie ; Anapis, rivière de Sicile et de Scylhie dans Hérodote; l'unopée, ville sur InCéphissus dans la Phocide.

Vutu'juv. est lompoaé de r«)., l'eau ou les flots ,

Cal, fontaine en hébreu, et Callim, les (lois, ra).).ôç, rivière de Bilhynie, et de Oeia., profond , comme SU v. 247

'\TTTzoOn-n vient de "l7ro», eau ou boisson -."imo; est une rivière de Colchide. Voyez nolej 1892 ; Oôa signifie profonde, comme au haut de la col. précéd.

'lirnovôri, source d'eau; nô« , fontaine chez les Laconieus, selon Hésychius; Noue est la même chose dans quelques provinces de France; oijôn, fontaine d'Arcadie dans Pausanias; Nô»j;, rivière de Thrace'; ' Apaaôn, l'on laine ou aqueduc «le Mes^-énie; Noya, rivière de Catalogne; Nay, rivière d'Auçoiunois.

kuuoSôxïj est formé de Kûu«, Ilot, et Si*/j , arrêt, consistance. Aoziw ne signilie pas seulement penser et juger, mais arrêter, statuer, se tenir ferme. Aozàw, s'arrêter, attendre, êlre en embuscade. Cymodoeé est donc celle qui arrête le mouvementées Ilots.

KvpMTCil-oyv, de Kùfia.et Aïjyw, cesso, de si no ; celle qui apaise les Ilots irrités; c'est l'explication qu'Hésiode lui-même donne «le cesdeux derniers noms.

Dans le précédent, Aôxrj peut signilier l'eau ou les Ilots, aussi^bien que- kû/x«, par un pléonasme ordinaire : Pausanias, I. m, c. 20, parled'une fontaine 7to),v56xï3?, et Docaim en hébreu sont les flols. (l'sal. xcni, 5.)

'ApLfirpîrn, cl v, 255, Kyaw sont déjà expliques, col. 470.

'iltovri vient de 'hïôv, rivage, c'est la même signification qu^AxTfcHi, ci-contre.

'Ahfiràn, de"Ak, èikiç, la mer ou le sel, et de MaSâw, ' Madeo. Il peut signifier eau salée ou eau de la mer. ( Voyez c -contré, UpMTopéfciu..)

r/auxovéjotïj, de TlKyy.6;, la mer ou le vert de mer, el vofvnj, possession, habitation ; il désigne celle qui habité dans la mer.

nono7rô/>£(«, de 7rovTÔs-, la mer, el de nopsvco, faire aller, transporter. Il signilie donc celle qui fait aller sur la mer, ce parait être le nom d'un vaisseau.

Asiayopw est composé de Asiôç, levis, uni, poli, et de r6p, couler, Topyvpa., canal ou aqueduc : il exprime ce qui coule doucement sans faire des ondes.

Evuyôor) l'ait le même sens, ce qui coule bien.

Au.op.tana. vient de A«6ç, eau en général, c'est le nom d'une rivière de Macédoine et d'une autre en Italie; MeSsia vient de M«dào, comme nous l'avons déjà vu

Uo'Awôp.r), de 7rûe>of, lavoir, lieu plein d'eau, et No/xrj, habitation, il signifie ce qui habite dans les eaux. Il pourrait encore être formé de 7ro^ù, mullum, el tiopo dérivé de N«w, comme Kcc/mc, liqueur, il signifierait beaucoup d'eau. N£/*i«, est une rivière, du Peloponése.

Aùtovou vient de N««, couler, il désigne ce qui coule de lui-même , c'est le nom d'une lontaine.

Avo-tàvaacra peut êlre dérivé de Auu, rompre, briser, cl Nao-^a, ce qui nage, un vaisseau, comme

nasse

(1969) Telle est la postérité du bon Nérée, cinquante jeunes nymphes d'une conduite irréprochable. On a vu que toutes ces nymphes prétendues ne sont que divers noms de la mer ou de ce qui y a rapport. Quelques-uns peuvent convenir à des vaisseaux: or dans le style des Orientaux, ceux-ci sont nommés les filles ou les nymphes de la mer , c'est l'origine de la fable des vaisseaux d'Euée changés en autant de nymphes, comme nous l'avons remarqué.

(1970; Tliaumat eut pour épouse Kleclra, autre fille du profond Océan. 'lXîxt/>ij est une Naïade on nymphe des eaux, noie 2018, c'est'le nom d'une rivière de Messénie, dans Pausanias, I. îv, c. 33, il n'est donc pas surprenant qu'on lui fasse épouser le Dieu delà pluio.

Iris (1071); les Harpies (1972) avec leur •" Célo eut de Phorcys les Grées, blanches

longue crinière, Aelln, Ocypeté,qui égalent des leur naissance (197k), que les dieux ef

do leurs aile» rapides la vitesse des vents les hommes ont nommées pour ce sujet les

)iseaux, et qui s'élèvent au plus vieilles, Pephrédo (1975) et Enyo, toujours

et des oiseaux, et qi haut des airs (1973).

nasse et ruisselle en français, il exprime ce qui brise les vaisseaux, c'est une épiilièle de la nier.

eù«/5vkj, «le eu augmentatif, et "Aopoc, gouffre profond, c'est le nom d'une caverne de Thesprolie et du lac Avertie en Jlalie. La fausse élymologie que l'on a donnée de celui-ci, a fait naîire une fable : on a cru qu'il faisait allusion à ôpviç, un oiseau, et l'on a publié qu'il soriait du lac Aornos une exbalais'on qui faisait périr les oiseaux. [Voyez Pi.ine, I. iv, Proœm.) Amus est une rivière de Toscane; Arnon, rivière de Suisse, ei une autre diivfierrv ; Orne, rivière de Normandie; "opveui, rivière du Pelopouèse, etc.

Tk/xkO/j vient de $ùp.p.oç, sable ou rivage sablonneux. Il y avait une fontaine de ce nom dans l'Argolide, et une autre dans la Déotie, selon Pline.

Mevinnr,, de Mi, eau, d'où est venu Me'io, et de NÎ7TTW, lavo; 'Evnrsvç, deux rivières de Thessalie, et une dans le Péloponèse.

Nww est une île.

EÙ7rô/i7rr3 est fait de eu augmentatif et de 7rôfx7r« mission ou voyage : ce peut être le nom d'un vaisseau. Il paraît que notre substantif pompe, instrument à jeter de l'eau, a la même origine.

0£j*tarw ressemble beaucoup à Ternes en hébreu,

(1971) Celle-ci enfanta lris.rlpiç, FArc-en-ciel, a pour racine "i/o, ce qui fait un cercle ou un are, c'est le même que l'ancien terme vire, anneau en blason : aussi *\piç désigne encore le cercle qui environne la prunelle de l'œil, "\pa, dans Hésychius, faire un nœud ou un anneau. On suppose Lis fille de Thaumas et d'Llectr.i, c'est-à-dire, de l'eau et «le la pluie.

Iris, dans un autre sens, est la renommée, il vient de 'tyw, 'ipiu, parler, *lp«, discours : de là on a feint qu'Iris était la messagère «les dieux : ensuite la confusion d'Iris messagère avec Lis l'arc-en-ciel a fait dire que celui-ci éiaii une espèce ■d'échelle par laquelle la messagère des «lieux descendait sur la terre, el.llésiode lui donne Pépilbète de celer, tout comme on peignait Mercure avec des ailes aux pieds. C'est ainsi que sur une fausse allusion l'on a mêlé la fable avec la physique.

Liiez les poêles, Iris est ordinairement envoyée par Junon, parce que celle-ci est souvent prise pour l'air agité et pluvieux : l'on sait assez que l'arc euciel ne paraît que quand l'air est pluvieux.

(1972) Les Harpies. Leclerc a prouvé que ce sont les sauterelles. On dil qu'elles sont filles de Thaumas et d'Electra, de l'eau et de la pluie, parce que les pluis chaudes font éclore les œufs des sauterelles, et qu'elles paraissent aiors en grande quantité. Leur nom''A/i7ruî«esl dérivé de 'Apnû'Çcûrapio ; Harpa, en latin est un oiseau de proie; harper en français, c'est prendre au collet. Ce nom convient aux sauterelles qui dévorent les fruits de la campagne et dévastent souvent les pays orientaux. 'asW.ù paraît être le même que "Aùàu, vent impétueux, parce que c'est ordinairement le vent qui amène les nuées «le sauterelles, et qu'elles suivent la direction du vent, 'ûxuirrôq vient de 'iïzû, ccleriter, et jcéna, de tzïzouki volons.

(1973) Elles s'élèvent au plus haut tics airs. Il y a dans le grec, elles voient au-dessus ilu temps : Mera- Zpwiui; preuve que l'air, le ciel, le temps ont eié confondus en grec comme en français.

(Iy74) Célo eut de Phorcys les Uiées, blanches dès leur naissance. 11 n'est pas aisé de deviner ce que les anciens G ici s ont entendu par les Grées, ni quelle est l'origine de cette fable; Leclerc n'en a po ni donné

couvertes d'un superbe voile. Elle fut enliquide ou aquatique; Tamise est une rivière d'Angleterre.

IIoovôïj vient de irpô augmentatif, comme en latin, cl Noà de l'eau. Voyez même note, col. 472.

mp.ipxriç, deNâpcx, eau, liqueur, dérivé de N«<u, N«ja«tc<, des eaux ou des fontaines dans Hésychius, epznç basse ou profonde, puisqu'é'vepde signifie en bas; Ilertha chez les Germains désignait le bas ou la terre.

Il paraît prouvé par toutes ces élymologies que tous les noms primitifs qui ont désigné les objets les plus communs, comme l'eau et les autres éléments, ont été les mêmes chez toutes les nations de l'univers, et presque tous monosyllabes : les noms «les fleuves et des Naïades dont Hésiode parlera dans la suite, confirmeront encore cette vériié : e'ert très-mal à propos que certains savants modernes atïecient de la révoquer en doute, veulent nous persuader que les langages des différents peuples n'ont aucun rapport, et n'opposent que de froides railleries aux preuves que l'on apporte du contraire. Il est plus aisé sans doute de tourner en ridicule ce genre d'érudition que de nous donner quelque eltOse de meilleur.

d'explication, et les savantes dissertations que l'on a faites sur ce sujet ne nous ont pas beaucoup instruits. Il y a bien de l'apparence qu'il s'agit de deux rochers fameux «le la mer Egée : ce sont vraisemblablement les mêmes dont parle Homère (Odyss. iv, 507) , et qu'il appelle Vvpu'm itirp-n, où il préiend que Neptune fil périr Ajax. Ils sont nommés Ynpïv.i dans Tintée, liisi. I. II. ^V. Natalis Cornes, page 28), par conséquent, ce sont les rochers du promontoire rriputaroç , à la pointe méridionale de l'île d'Eubée. On confondit aisément Typxia ei rvpiai avec TpuicK. , une vieille; on imagina ensuite qu'ils élaieni ainsi nommés, parce qu'ils étaient tout blancs, a parlu canas.

Grées est donc le même terme que dès ou Grau en fiançais, pierre dure; on dit qu'elles sont filles de Phorcys et de Célo, c'est-à-dire, de l'eau et de la mer, paice que ces rochers étaient baignés par les fJols, et semblaient sortir de la mer. Leurs noms propres confirment celle conjecture.

(1975) UzypnSô) signifie lieu éminent, que l'on apperçoit de loin, un signal : Tti'fpuooc est le prétérit de yp«Ç&), montrer, fane voir, indiquer. 'Evûu vient de Neùw nato, et signifie enutans, ce qui parait au-dessus des eaux. Le poêle ajoute qu'elles sont toujours couvertes d'un superbe voile, c'est-à-dire, d'un nuage ou des brouillards de la mer. Seion Apollodore, elles avaient le casque de Pluton ou «le l'enfer, Orci yaleam, "AiSoc kuvâv; Homère se sert de ce lerine pour exprimer une niiée fort obscure, un brouillard épais.

Leclerc observe qu'Hésiode, en disant que les Grées sont ainsi nommées par les «lieux ei par les hommes, nous l'ail entendre que ce nom est fort ancien et dans le vieux langage de la Grèce; cela est vrai. Voilà pourquoi l'on n'en comprenait plus le sens, comme nous n'entendons plus aujourd'hui les noms propres imposés depuis deux ou trois siècles.

Quelques mythologues ont admis trois Grées, au lieu de deux, et nomment la troisième Dmo. Ce nom est une nouvelle preuve de ce que l'on vient de dire, eîv, Aiv, en grec est le même «me Dune, en ! fiançais, montagne de sable ou «le rochers sur le bord de la mer. On a dit encore «pie les Grées n'avaient qu'une deul et qu'un œil pour elles trois.

(.no mùi'e des Gorgones qui habitent au delà de l'océan (1976) du côté de la Nuit où.

sont les Hespérides, Slheno, Euryale, et l'inlbrlunéo Méduse: celle-ci était mortelle,,

e'esi-à-diro. qu'un tic ces trois rochers était plus point! que les autres, cl qu'il y avait un trou rond en forme d'iril.

(1970) Cëto fut encore mère des Gorgones qui habitent au delà de l'océan. L'explication la plus satisfaisante que l'on ait donnée des Gorgones, est celle de M. Fourmont, loi». VU des Mém. de l'Acad. des l'elles-'ettres, page 220. Il prétend que ce sont trois vaisseaux, et probablement les premiers vaisseaux à voiles que virent les Grecs, et dont ils. tirent une description singulière. Selon Hésiode, les Gorgones habitaient au delà de l'océan, du côté de la nuit ; c'est -à-dire que ces vaisseaux, qui était une fiolte de marchands Phéniciens étaient venus deCarthage, d'Espagne ou des îles Cassilérides, et avaient passé de l'océan dans la Méditerranée par le détroit de Gibraltar.

La description que d'autres font des Gorgones, caractérise encore mieux des vaisseaux; elles étaient eo liées de couleuvres, à cause des banderolles flottâmes et des cordages attachés aux mais, qui de lo n res emhlaient à des serpents : elles avaient de grandes ailes, ce sont les voiles : elles n'avaient qu'une dent semblable à une défense de sanglier; c'est le bec de la proue garni de fer ou d'airain, selon l'ancien usage. Elles n'avaient qu'un œil, c'est-à-d.re, une espèce de fenêtre à I l'avant du vaisseau pour servir à la manœuvre; elles avaient des griffres de lion aux pieds et aux mains ; ce sont les ancres attachés devant et derrière le navire : elles transformaient en pierres ceux qui les regardaient, à cause de l'éionneinenl que leur vue causa aux Grecs, c'est une exagération. On sait ce que les navigateurs ont raconté de la surprise que causa aux habitants de l'Amérique la vue des premiers vaisseaux européens.

Quelque vraisemblable que paraisse cette explication, il est diflicile de l'admettre, dès qu'il faut avoir recours à des Phéniciens; d'ailleurs elle ne s'accorde pas avec la suite des fables. Sans sortir de la Grèce, il parait que touie l'histoire de Persée et des Gorgones n'est qu'une description plate et grossière de quelques fontaines, de leurs propriétés, de leur cours, il suffira pour nous en convaincre, d'examiner la signilicalion des termes, et de rapprocher du texte d'Hésiode quelques circonstances ajoutées par Apollodore, 1. u.

1° Selon Apollodore, les Gorgones sont des nymphes. Or sous ce nom les poètes entendent ordinairement les eaux ou les génies qui demeurent dans le:- eaux. Top/w siguilie une fontaine , un courant «l'eau ; ro/syo; csi le nom d'une rivière de l'ancienne prôvîuce Auiabène dans Plolémée, yopyxg, dans ilésyt huis, siguilie marin, et rop'/iQt; sont les filles de ! U< e.ni. l'ausanias (I. x, c. jtfj parle d'une certaine iv.y/j, tille u'OEnéus, et celui-ci est une rivière ; yoprjfVf» est un canal, un aqueduc; rôpyvio;, rivière oe Laconie; ropyû est donc évidemment le même tenue que le français </or<ye et le lalin gurges. Voùrgo, eu languedocien, est un conduit de huitaine. iNous renouvelons ci-apres Gorgé et Gorgophoue au nombre d:s Dauaïdes, v. 31'J, et, selon Apollodore (I. u, p. 00) , leurs inaiis étaient (ils des Gorgones.

** En rapprochant les trois noms des Gorgones, tous trouverons la même chose. ïBenâ est une gorge, u>i passage ou un canal étroit : Jùioo-JGu. peut signifier coulante, comme Méoiia, v. 249, EùovâLa est ta grande mer, de sùpùç , grand, large, et "A).f, â/ôs-, li mer. Eu rapprochant ces trois noms, ils expriment à la Icare ce qui coule dam la merjmr un canal étroit. l'uus.inias (I. il, c. til ) place les Gorgones près du iacTrilouide; c'est suruneéquivoquedu nom fptTwx, qui siguilie L» mer ou les cauï en général; et

Diodore a fait de ce Triton un prétendu roi «l'Afrique. (Tome 11, page 124.)

5° Les Gorgones sont des monstres qui ont le corps et la tète de serpents : on sait la coutume des poètes de peindre ainsi le cours tortueux des fontaines et des rivières : elles habitent du côté de la nuit, parce qu'elles sortent des cavités obscures de la lerre : elles sont au delà de l'océan ; c'est ainsi qu'Hésiode parle de toutes les fontaines, et nous avons développé cette équivoque : enfin elles sont voisines des Hespérides; on a vu que celles-ci sont des fontaines aussi bien que les Gorgones, note 1958. On ajoute que Méduse a eu commerce avec Neptune, v. 278. Cela se conçoit, dès que c'est une fontaine qui coule dans la mer.

•4° L'histoire de Persée est inséparable de celle des Gorgones. Dspo-sO? est le bouillonnement des eaux , lorsqu'elles coulent avec impétuosité. Selon Pausanias (1. Il , c. Ib"), il y avail une fontaine Persea dans la ville .'de Mycènes. Aigueperse en Auvergne est une fontaine qui bouillonne. Uepanis, dans Hésiode même, v. 35(1, est une nymphe des eaux, une naïade, par conséquent, une fontaine : UipaïQiu. , dans Hésychius, est Vénus, que l'on supposait née de la Mer; Dî/îo-txov est une pèche; ce fruit n'a pas été ainsi nommé, parce qu'il est venu de Perse, mais parce qu'il répand beaucoup d'eau dans la bouche.

Persée, dit-on, est fils de Danaé et petit-fils d'Acrisius , prétendu roi d'Argos. Acrisius est un ruisseau de l'Argolide, puisque Kpiain , v. 359, est une nymphe des eaux. Danaé sa fille est une fontaine qui s'y jette; en style poétique, toutes les fontaines sont filles des rivières , parce qu'elles soin moins considérables : le nom de celle-«i est dérivé de N«w, couler. Persée est enfant de Danaé et do Jupiter changé en pluie : on n'ignore pas que, quand il pleut, les fontaines augmentent et coulent à gros bouillons. Selon d'autres, Prœtus avait corrompu Danaé; c'est à peu près le même sens; Upokoç est le même que Uporù, nymphe marine, v. 243. H peut signifier un torrent; il n'est pas étonnant qu'en se mêlant à une fontaine, il la trouble et en précipite le cours. Nous verrons d'aunes exemples de ces prétendus commerces : dans le langage des poètes, un torrent qui trouble une fontaine est un dieu qui corrompt une nymphe.

Persée avail pour fille rofyoy&wj, bruit de foulaine, murmure des eaux : qu'une fontaine qui bouillonne fasse du bruit en coulant , c'esl sans doute un profond mystère de physique.

5° Persée, selon Apollodore, va trouver les Grées pour savoir le chemin qui conduit aux nymphes. On se souvient que les Grées sonl des rochers. Gela signifie donc que les fontaines enflées par les pluies trouvent dans les rochers un chemin pour s'écouler et se réunir aux rivières. Les Grées, en ce sens, sont les sœurs des Gorgones , parce que les fontaines coulent ordinairement au travers des rochers, et qu'il est peu de rochers où l'on ne trouve des fontaines.

O Persée coupe la lêlc à Méduse, v. 280, tandis que les Gorgones sont endormies; c'esl-u-dire qu'une eau impétueuse mêlée avec une eau dormante rompt les digues ue celle dernière , force souvent une fontaine à changer de canal et à s'ouvrir un chemin par un autre endroit, il fait cette expédition avec le secours île "Aiâoj xuvâ,, l'obscurile de l'enfer, par des conduits souterrains. Avec la lèie de Méduse, il change en rochers les habitants de l'île de Sériphe. Il y avail apparemment dans celle ile une fontaine Dunaé cl une fontaine Peiiéa , comme dans l'Argolide : voilà pourquoi

les deuft "autre* immortelles et incapables de vieillir. Neptune eut commerce avec elle sur la tendre verdure, et Persée lui ayant coupé la tête, il en sortit le grand Chrysaor et Pégase (1977). Celui-ci fui ainsi nommé

riarce qu'il était né auprès des sources de 'océan , l'autre parce qu'il portait à la main

Apollodore y fail demeurer Persée avec sa mère. L'une «les deux cliariail peut-être du tuf, et formait des pierres sur ses bords. De là les Grecs oui publié qu'elle avait produit tous les rochers dont l'île est environnée.

(1977) Il naît du corps de Méduse Chrysaor et Pégase, enfanls de Neptune. Les mythologues sont bien embarrassés d'expliquer ce que c'est que ces deux nouveaux monstres.' On ne s'arrêtera pas-à copier toutes leurs conjectures : elles sont sans londemcnl et n'ont aucune liaison avec la fable que nous expliquons.

Chrysaor est évidemment le même nom que Chrysaoras, rivière de Libye, selon Etienne de Byzance; il est formé de X/>û<r«, creusé ou profond : Chrysas, rivière de Sicile; Xpvan, golfe de Scylhie et rivière des Indes, selon Pline-; X/juo-oj, rivière de l'Asie, Mineure ; Creuse, rivière de Tou raine et de Poitou. Aussi, selon les fables, Chrysès éiait fils de Neptune. (Pausan., 1. ix, c. 36.) Or, our signifie l'eau en hébreu; en grec, et dans les autres langues, Aure, Oure, rivière de Normandie; Ourl, rivière des Pays-Bas; Oron, rivière de Dauphiné; Or, rivière d'Angleterre; Orr, rivière d'Ecosse; Oria, Oro, deux rivières d'Espagne, etc.

Chrysaor est donc synonyme à Chrysorrhoas, qui a été dit de plusieurs rivières, de celle qui coule à Damas en Syrie, du Phase dans la Colchide, du Pactole en Lydie, de celle qui passe à Troezène dans l'Argolide; et c'est de celle-ci sans doute qu'il est question dans la fable. Comme les Grecs rapportaient ce nom àXfuuoj, de l'or, ils ont cru bonnement que touies ces rivières chariaieni de l'or, fait qui n'a jamais élé vérilié.

Chrysaor, né de Méduse, esl un ruisseau né d'une fontaine à laquelle on a coupé la lêie, c'est-à-dire que l'on a fan changer de bassin : voilà où se réduit le monstre, et nous allons voir que Pégase son frère n'est pas auire chose.

n»r/ao-oç ' brïTOf est à la lettre une eau froide, une eau glacée, ou une eau qui son d'un rocher. Unyùg, nnyri izàyn, tw/oj, signifient un lieu élevé, un rocher, une fon laine, de la glace et du sel. Pline, I. v, c. 29, parle d'un élang pégasien dans l'ionie, Fegaseum slagnum; et, 1. xxxi, c. 27, de certaines sources d'eaux chaudes appelées l'agusœi fontes, parce que l'on en Lirait du sel. "Iktzoç est de l'eau; on n'en a fait un cheval que par une grossière équivoque. (V. note 1892.)

Slrabon, I. vm, dans la description de Coriulhe, nous indique l'origine de la fable et le lieu de la scène. Il parle de la fontaine Pirène située presque au sommet de la montagne, et dont les eaux descendaient dans la ville par des conduits souterrains. On disait que Pégase buvant dans celte fontaine avait élé surpris par Bellérophon, et que Pirène était une nymphe sœur de Pégase. Bellérophon, connue on le verra ci-après, est un trou dans lequel l'eau s'engloulii : ainsi l'hisioire de Pégase, de Pylène, de Bellérophon, des Gorgones, esl une description mal entendue des foulâmes de Corinlhe et de l'Argolide.

Lecleic, qui a pris Pégase pour un cheval, comme tous les autres mythologues, a cru qu'Hésiode \oulail dire par là que les chevaux avaient éié apportés en Grèce par des vaisseaux qui venaient d'Afrique. Celle supposition paraît une erreur. Selon Tordre des migrations du genre b^jnain, la Grèce,

une épéo d'or (1978): il s'est envoléde dessus la terre au séjour des immortels, où il habite le palais de Jupiter, et il porte le tonnerre et la foudre (1979).

Chrysaor devenu époux de Callirhoë, fille de l'océan, fut père deGéryon, monslre à trois têtes (1980) ; celui-ci fut dépouillé de

et surtout la Thessalie, a du êlre peuplée beaucoup plus tôt que les parties occidentales de l'Afrique; et le climat étant plus tempéré est plus favorable h ' la propagation des animaux. La cavalerie thessalienne a été estimée dès les temps les plus anciens; d'ailleurs, selon la tradition des Grecs , l'art de montera cheval est né dans ce pays-là, elon en était redevable aux Centaures et aux Lapithcs. (Voyez Le Bouclier d'Hercule, note 2176.)

L'on a dit, à la vérité, que le cheval était une production de Neptune; mais on vient de voir la source de celle fausse tradition. Neptune était surnommé "lnnio;, c'est-à-dire aquatique; en le rapportant à liippos, cheval, on a cru qu'il signifiait cavalier ; on a conclu que Neptune était le père des chevaux et le maître de l'équilalion par excellence. (Voyez le Discours préliminaire, chap. 10, § 14.) Pausanias, I. vi, eh. 21, parle de deux rivières, Eripha et Parlhénias, changées en cavales.

De même, quelques-uns ont pris les Gorgones, qui étaient des fontaines, pour des juments de Numidie, etc. L'erreur a passé chez les Latins; ils traduisirent hippios par cunsus; d'où sont venus les jeux consualia, à l'honneur de Neptune Cavalier; de là enfin on lui a consacré l'hippopotame ou le cheval marin.

Une autre équivoque a contribué à cette confusion. L'on dit : Monter un vaisseau, monter un cheval, monter un char; comme l'art de mouler les vaisseaux venait de Neptune, en qualité de dieu de la mer, on lui a attribué de même le talent de monter les chevaux et de conduire les chars; en un mot, toute espèce de monture.

11 est bon de se souvenir encore que chez certains peuples, les vaisseaux légers étaient nommés chevaux ou coursiers ; d'où plusieurs mythologues oui conclu que Pégase, cheval ailé, n'était autre chose qu'un vaisseau à voiles. (Voyez l'abbé Banier, tome H, C. 4, p. 297.)

(1978) Pégase fui ainsi nommé parce qu'il était né près des sources de l' 'Océan; et Chrysaor, parce qu'il portait à lu muin une épée d'or. C'esl ainsi qu'Hésiode bâtit les fables sur de fausses éiymologies; et ces deux exemples ajoutés à tant d'autres, doivent nous convaincre que toutes sont nées de la même source.

(1979) /./ s'est envolé de dessus la terre au séjour des immortels, où il porte le tonnerre et la foudre. On ne voit pas d'abord si c'esl de Pégase ou de Chrysaor qu'Hésiode veut parler; il parail vraisemblable que c'esl du second, cl qu'il imagine celle nouvelle circonstance en prenant Xp-uaimp dans le même sens qu'Homère, lorsqu'il donne celle épithète au soleil ; alors il signifie lumière dorée ou lumière brillante comme celle de l'éclair. Les Cariens, qui adoraient Jupiler-Chrysaor, entendaient sans doule la même chose. (Voyez Strabon, 1. xiv.)

(1980) Chrysaor époux de Callhhoc, fille de l'Océan, fut père de Géryon, monstre à trois tètes. Callirhoé signifie belle eau, belle fontaine. 11 y en avait une de ce nom à Athènes, une près du fleuve Acheloùs, une en Achaïe, ei plusieurs autres. Celle-ci esl tille de l'Océan, comme toutes les nymphes des eaux. Son mariage avec Chrysaor achève de démontrer que celui-ci élail un ruisseau; mais qu'est-ce quo Géryon leur fils?

Bien de constant, rien d'uniforme dans les anciens sur ce Géryon. Selon Hésiode, il régnait dans l'il-e

ses armes par Hercule qui lui enleva ses bœufs dans l'île Erytbie, et qui en conduisit le troupeau a Tirynlhe (1981), après avoir franchi le vaste océan, tué le chien Orthos, et le Bouvier Erythion dans la caverne obscure où il se retirait.

Eryihie, que l'on suppose voisine des colonnes d'Hercule, et plusieurs disent que c'élaii un roi d'Espagne. Selon d'autres cites par Bocliart, il éi ait à Anibraeie en Epire. Pausanias, I. i, ch. 35, racornie que les Lydiens montraient chez eux les vestiges de s.» demeure. Quelques-uns prétendent que c'élaii un roi des trois îles Baléares; et c'est pour cela qu'on lui suppose trois tètes. Justin, I. xliv, dit qu'un a voulu désigner par là trois frères étroite ment unis. Leclerc prétend que ce sont trois troupes des soldats de Géryon. Getie diversité d'opinions vient de ce qu'on exagérait la beauté des bœufs de ce roi prétendu; il fallait par conséquent le placer dans un pays d'excellenls pâturages. Or on en connaissait de tels en Epire, et on vantail ceux d'Espagne. La fertilité de ce pays était si célèbre parmi Jes Grecs, qu'Homère y a placé les Champs Elysées.

On raconte qu'Hercule enleva ces boeufs. Si c'est en Espagne, cela ne peut convenir à l'Hercule Thébain qui n'y a jamais été ; et, comme on suppose qu'il a fait encore une expédition semblable en Italie cuntre Cacus, il est clair que toute celte bisloire n'est qu'un conte forgé à plaisir sur de pures équivoques.

Le lecteur sera sans doute bien surpris de l'explication que l'on va donner de ce monstre prétendu, Géryon est un marais; son nom est formé de Ta *Puwv, terre abreuvée ou arrosée, de t-jw, couler ou arroser; *Pu«f, dans Arislote, perfluens; dès lors on comprend sans peine comment il est (ils de Clirysaor et de Gallirhoë, d'un ruisseau et d'une fontaine. Selon Pausanias, 1. vin, cb. 3, le poète Slésicliore avait fait un poème sur Jupiter Géryon ; c'est Jupiler qui arrose la terre. Géryon avait trois tètes, et, selon Apollodore , trois corps qui se réunissaient en un seul ventre, c'est-à-dire qu'il était formé par trois sources qui y déposaient leurs eaux. 11 est bon d'observer qu]au lieu de rpaâpvnov, tncipitem, comme l'appelle Hésiode, en ôianl une seule lettre on aura Tpiy.pmo-j, trois sources. Audessous du ventre il avait l'exirémiléde trois corps, parce qu'il en sortait trois canaux ou trois ruisseaux.

On comprend encore comment il demeurait dans une île,' puisque c'était un terrain environné d'eau; c'est ce que signifie 'E/svôecu, à quoi le poète ajoute encore l'épilhèle circumflua pour le mieux désigner; EùpvOîttv, celui qui gardait les bœufs de Géryon, est le ruisseau même qui L'environnait; 'Putôv, dans Uésycbius , signilie un ruisseau. "Qpf)o;, "opr)po; siginlie euceiuie ou enclos; d'où est venu liortia, oes Laiins. Il est ici métamorphosé en chien , parce que ûw, qui signilie ordinairement un chien, désigne aussi quelque chose de creux, selon H é s y cliiub. "o/jo; /jwv toO rvpvmov exprime à la lettre l'enceinte creuse du murais; Kuvia est un lac d'Acarnanie dans Slrahoii.

Les bœufs gardés dans cet endroit sonl les eaux ; par l'équivoque de j3oûf avec |io«,-, eau ou rivière; c'est le nom du Pbase dans la Colchide : (iocyofof ou (iùunrjf>oç signifie trajet d'eau, cl non pas trajet de nceuls comme on l'entend ordinairement. Les bœufs, ou plutol ces eaux étaient rouges selon Apollodore, c'esl-à-dne roussàtres, connue sonl souvent les eaux croupissantes. Géryon les nourrissait de chair humaine, parce que ces eaux causaient des maladies par leur infection, ou parce que plusieurs personnes avaient péri dan-: ce marais.

Callirhoë enfanta encore dans un antre profond un autre monstre qui n'out jamais rien de sembl.iblo parmi les dieux et les hommes, la redoutable Ecliidna (1982), moitié nymphe a visage agréable, aux; yeux noirs, et moitié serpent dont la vue fait

(1981) Hercule les conduisit à Tirynthe. Au lie» d'Hercule, il y a PÂn 'Upaxlmin qui semble signifier ris llcrculca, et c'est ici la première fois que le poète en a parlé : mais il faut se rappeler que j3«î signifie un canal ilansEùpuêtu, note ll)i)7, eiquejSûcr est une rivière de Messenie. 'apu;ùmin osl composé de °Ho« pour "A/sa, particule augmentalive, et de kXsiw, fermer. En dialecte ionique, on disait Kiwi-» pour k),si£iv. Ges deux termes signifient donc un canal fermé, une écluse; d'où nous devons conclure que les eaux du marais Géryon étant arrêtées plus haut par une digue, on les conduisit par un canal dans la rivière de Tyrinihe. Si l'on veut jeter un coup d'œil sur la carte de l'ancienne Grèce, par M. d'Anville, on verra que cette rivière de Tyrinihe est formée par plusieurs ruisseaux qui s'y déchargent; qu'après avoir passé près de la ville, elle se précipite dans un gouffre appelé claustra Tiryntlris: qu'à peu de distance de ce gouffre il y en a un où tombe la rivière Aslérion el les eaux de Mycènes.

Les fables que nous venons de voir ne sont donc qu'une description mal entendue des rivières, des fontaines, des marais, des rochers de Corinihe et de l'Argolide, où l'on a placé la postérité de Persée; la suite nous en convaincra déplus en plus.

On sera sans doute indigné devoir Hercule changé en digue ou en écluse; mais on doit se souvenir que la mythologie est le pays des métamorphoses ; celles d'Ovide n'ont pris racine que parce que le, sol était fait pour les nourrir. Avant que de se révolter contre celle-ci, il faut que le lecteur ait la patience d'attendre l'explication de la fable d'Hercule, qui est à la tête des remarques sur le poème du Bouclier: quand il l'aura vue, il sera en étal de décider si toutes celles que l'on a données Jusqu'ici des travaux el des actions de ce héros sonl plus vraisemblables et donnent mieux raison de toutes les circonstances.

(1982) Callirhoë enfanta encore la redoutable- Ecliidna. "e/iSvk , une vipère femelle, le mâle se nomme ê'%iç , et ce terme peui signifier ionien sortes de serpents ; mais Ecliidna peut aussi désigner une eau qui serpente, de v./,, £% > l'eau, el l'Sva, torse ; «Svôw, tordre, courber, rendre lortu. "A^cuo?, rivière de Scylhie; 'A^ourj, fontaine de Messénie ; 'e^eSw/joj , rivière de Macédoine; Aiche, rivière de Souabe ; Aiche, rivière de Lorraine ; "Yche, rivière des Pays-Bas; Ouche, rivière de Bourgogne, eic. La confusion des deux sens d'Echidna fait tout le fond de la fable. 1° G'est un monstre composé de deux natures , puisqu'il designe une nymphe, c'est-à-dire de l'eau cl un animal ; il a le visage de nymphe , parce que ce terme est du féminin. 2° il est fils de Gallirhoë , ce qui coule; cela s'enend de l'eau : mais le serpent peul aussi elre appelé enfant des eaux , parce qu'il nage très-bien et se plonge même dans les rivières pour prendre les petits poissons dont il se nourrit, ô' Il est lâché de diverses couleurs el vil de carnage: point d'animal plus carnassier que le serpent, on eu a vu d'assez petits avaler des grenouilles et des crapauds toui entiers. 4° Il se lient sous terre sous les rochers: cela esl vrai des serpents cl des fontaines, 5° 11. est immortel et ne vieillit point: ou peul l'entendre, el des sources d'eau qui ne tarissent point, cl des serpents qui semblent se rajeunir en changeant de peau. G" Il est placé ïv 'Api^oif. ce nom peul signifier la Syrie, ou en général les montagnes. Ou verra bientôt la raison de cette lu»

horreur, qui est lâché de diverses cou- a en commerce avec celle huile (1983) aux leurs, qui se nourrit de carnage dans le yeux non*, que delà sont venus Orthos, sein de la terre. Il se tient dans unecaverno chien (io (îéryon (1984), ensuite Cerbère

profonde sous un rocher loin des dieux et des hommes. Telle est la demeure que les dieux ont assignée à la cruelle Echidna , nymphe immortelle qui ne vieillit point ; elle y est renfermée dans les montagnes. On dit que Tvphon, vent orageux et violent

chien dePluton (1985), monstre à cinquante têtes, d'une taille et d'une force extraordinaire,'d'une voix terrible et d'une cruauté égale. Il en est venu encore l'hydre de Lerne (1986) qui fit tant de ravages: Junon l'avait nourrie par haine contre Hercule; mais le

«graphie, lieroaole, i. iv, c. 8, rapporte que, seion 'es Grecs de la province du Pool, Hercule avait eu trois enfants d'Echidna. Cela signifie qu'avec le secours d'une digue on fil trois canaux pour aligner le cours d'un ruisseau ou d'une rivière qui serpentait.

(1983.) Ondit que Typhon a eu commerce avec elle. Qu'est-ce que Typhon mari d'Echidna ? C'est tout ce qu'il plaît aux poêles, parce que ce nom peut signifier divers objets. 1° Selon Hésiode, c'est un vent orageux, un tourbillon qui submerge les vaisseaux : voilà pourquoi quelques-uns ont dit que Junon ou l'Air l'avait conçu, en recevant les vapeurs de la terre dans son sein. 11 a eu commerce avec Echidna, avec l'eau qui tourne et qui serpente; parce que TÛ^aov peut également signifier un tourbillon d'eau et un tourbillon de vent. 2°. Il désigne une rivière ou un goullre ; zïyoç en grec est un marais ou un lac; Tipho en syriaque, un ruisseau ou un fleuve; Tûywv, selon plusieurs auteurs, était le nom de l'Oronle , rivière de Syrie, parce qu'elle scjeito dans un gouffre et tourbillonna en plusieurs endroits ; voilà l'alliance de Typhon avec Echidna dans la Syrie. Selon Plutarque , in Anton , les Egyptiens appelaient les exhalaisons du lac Serbonide, Typltonis exhalationes ; c'était aussi le nom de la mer chez les Egyptiens, conséquemmenl on a placé un autre Typhon en Egypte. 5° D'autres ont pris Typhon pour un géant, parce que ce ,nom peut signifier élévation au propre et au figuré: -rûyot, faste, fierté, arrogance; Tv|xy«îbi étaient les habitants du mont l'inclus; Tnxoiog, montagne d'Elide dans l'ausanias ; 4° enfin le plus grand nombre l'ont pris pour un volcan , pour ces tourbillons de fumée et de flammes qui sortent des volcans, parce que riyoc signifie de la fumée, et r-jfu, brûler* enflammer. Ces deux derniers sens n'ont aucun rapport à la fable d'Echidna ; mais nous lesirouverons dans la description du mont Etna, v. 820. Tous les lieux sulfureux et remarquables par des volcans ou des feux souterrains ont été nommés le domaine de Typhon et le pays des Géants.

Connue Homère avait ouï parler d'un Typhon en Syrie, qui est une rivière, et d'un Typhon en Sicile, qui est un volcan, il a confondu l'un avec l'autre, (lliad. n CatltaL, 190.) HJa dépeint Typhon comme un volcan, et il le place èv'Apipois, chez les Araméens, c'esl-à-dire chez les Syriens. Hésiode l'a répété après lui , et il n'était pas mieux instruit, puisqu'il le prend pour un vent violent ; il est bon de remarquer qu'ils n'en parlent l'un et l'autre que par ouï-dire : Ubi dicunl Typhœi esse cubilia. (Homer. ibid.) lluic Typhaonem aiunt mistum esse concubilu. (Hésiode, v. 500. ) Connue les poêles latins ne comprenaient pas ce que c'eiaii que èv \\plp.<Jii dans Homère, ils ont cru qu'il avait voulu parler de l'île lnarime, ou Pithecusa près de Naples, et Virgile l'a ainsi répété, sEncid. ix , 710, et Lucrèce, 1. iv.

Ceux qui ont regardé Typhon comme un roi ou un tyran qui a régné en Egypte , ne se sont pas donné la peine de concilier les différents récits des poëies, ni d'expliquer tout ce qu'ils ont dit: comment auraient-ils pu eu venir à bout dans leur

système? (Voy. les Mém. de VAcad., tome III , p. 116; Mythologie de Bunicr, tome 1, liv. vi, chap. 1, p. 478 et suiv.

L'explication que l'on vient de donner doit paraître plus supportable que celle de Leelerc, qui prétend que la fable d'Echidna ei de Typhon désigne en termes ambigus l'embrasement de Sodome el de Gomorrhe. H suppose sans aucun londeineui que les Grecs oui eu connaissance de cel événement. Ce n'est pas la peine de réfuter celle opinion, non plus que celle de Dickinson, qui veut que Typhon soit Og, roi de Basan. (Delplu phœiiki. luntes, cap. 2.)

(1984) Uejyphon el a" Echidna est venu Orthos, chien de Géiyon. Mous avons vu que Onhos ou Urlhros signifie une enceinte, el même l'enceinte d'un marais, v. 287. ,11 n'est pas fort diflicile de comprendre que de l'eau qui serpente el qui tourbillonne, puisse environner un marais. On donne à Orthos deux têtes, parce que celle eau venait probablement de deux sources.

(1985) Cerbère, chien de Plulon. Quand on sail ce que c'est que les monstres précédents, il n'est pas diflicile de comprendre la nature de celui-ci ; il n'y a qu'a expliquer les termes. KefëepoxtvSuvo;, dans Hesychius, signifie le Tariare; xypen grec esi le cœur, l'intérieur;^ doil signifier prolond ; il exprime un puits en neoreu; pipijet "iSnooç e6i le nom de deux rivières,; xvwv, un chien! désigne aussi u;i trou, une ouverture , selon Eusthaie ; uloiii , Huloii, esl feuler; KépGzpoç xuwv toO àlôeof esl donc à la leilre la profonde ouverture de feuler. On sail que les Grecs regardaient les cavernes el les gouffres comme les bouches ou les soupiraux de l'enfer: dès lors nous comprenons comment Typhon el Echidna, c'est-à-dire les eaux louriianies qui tourbillonnent, ont enfanle ce monstre, ont produit les gouffres où elles s'engloutissent.

Hésiode donne cinquante léies à Cerbère, v. 512. Il n'en avait originairement que irois, ou plutôt trois gueules, et on \cs avail imaginées à l'occasion de quelque caverne où il y avait trois ouvertures; mais il n'en coûtait rien de les multiplier, le monstre en devenait plus terrible. On l'a placé à la porte de l'enfer, uon-seulement parce qu'il signifie gueule de feuler, mais encore pour s'accommoder à l'usage ancien d'avoir des chiens pour garder les maisons, el Homère n'a pas manqué d'en mettre un à la porte du palais d'Ulysse. Gomme le chien des enlers ne pouvait pas eue un chien ordinaire, il a fallu en faire un monstre.

Selon la remarque de l'aiisanias (I. m, c. 25), Homère, parlant du chien qu'Hercule lira des enlers (Odyss., I. xi, v. 0^2), ne le nomme point, el n'en lait aucune description; ce sont les poètes qui sont venus après lui, qui en oui fait un tableau d'imagination.

(1980) il en esl venu encore l'Hydre de Lerne. ï'ojGc esl un serpent qui vu dans les lieux marécageux et aquatiques; il tire son nom de v$up, l'eau. On prétend que l'hydre du marais de Lerne avail un grand nombre de léles ; eu'à mesure qu'Hercule eu coupait une , il en renaissait une autre; qu'enfin il lui obligé de se servir du feu pour les empêcher de renaître; cela signifie, dit-on,

PART. II. TIIEOL. ABCI1EOLOG. — ORIGINE DES DIEUX.

fils (Je Jupiter, aidé du courageux lolaùs et des conseils de Minerve, tua ce monstre à coups d'épée.

Echidna enfanta encore la Chimère, animal cruel, monstrueux, d'une vitesse extrême : il avait trois ttMes , l'une de lion, l'antre de chèvre, la troisième d'un dragon, et russem-

qn'il y avait beaucoup de serpents dans ce marais ; ci i|ue, pour parler populairement, plus on eu lirait, plus il en revenait : qu*Hercule ayant imaginé île mellre te feu aux joncs et aux herbes, lorsqu'ils lurent desséchés pendant l'été , cela lit périr les serpents et leurs œufs, et il n'en revint plus. Hercule fil celte expédition par le conseil de Minerve, t'esl-à-dire par un trait de prudence et d'industrie dont personne ne s'élail avisé avant lui. Jolaùs, dont il emprunta le secours, peut signifier du bois, comme l'hébreu Elah, et le grec *ïXij.|

Tout cela est très-bien: mais à quel propos faire descendre ces serpents de Typhon et d'Echidna? En quel sens a-l-on pu dire que Juiioii les avait nourris? Dausanias prétend que celle Hydre n'avait qu'une tète, que c'est le poéie Pisaiidre qui lui en a donné plusieurs. (L. il, c. 57.) 11 parle aussi d'une fontaine Lerna dans la ville de Corulhe. [Ibid., c. 4.)

Celle remarque nous indique le vrai sens de la fable. On ne disconviendra pas que ûfya dans sa première signification ne soit de l'eau; elle a été changée en serpent par les poètes ; mais Hésiode ne lui donne point ce nom. Junon l'avait nourrie par lutine contre Ùercule, v. 315. Jupiter el Junon, dieux «le l'air, sont souvent pris pour la pluie ; nous en venons plusieurs exemples: ce n'est pas une nierveille que les lacs et les .marais soient augmentés par les eaux de la pluie. Junon, toujours ennemie •l'Hercule, c'est la pluie qui l'ail enller les eaux, rompt les digues ei les écluses qui les arrêtent; nous avoi.s vu que $'m 'Hpu/lmai ne signifie rien autre chose; to/.ào; pour iou).«; , désigne, selon Kutuéums cite par Athénée, une cavité dans la terre, par conséquent un canal ; ainsi le mystère se uéveloppe.

liei cule, par le moyen d'iolaiis, lue l'Hydre de Loi ne, c'est-à-dire qu'une digue et un canal arrêtant el détournant les eaux, font sécher ce marais. Lu effet, selon la carte de l'ancienne Grèce par d'Anville, ce marais n'est plus considérable, parce qu'il a une issue; il se décharge par deux canaux dans la mer.

feervius donne la même explication à la défaite de l'Hydre de Leruc ; mais elle éiail trop simple p'iui eue du goùl des mythologues historiens. Apollodore la confirme, eu disant qu'Hercule trouva l'Hydre près des sources de l'Ainymoiie. Gela signifie donc qu'avant que l'on eût lait une digue et un canal pour conduire directement dans la mer les eaux do l'Amyinone, elles se jetaient dans le marais de Leruc cl mondaient les environs. Il ajoute qu'un cancre donnait du secours à l'Hydre, cl nioiuil Hercule au pied. Kecpxivo; signifie un caucic marin el un chancre, maladie qui rouge les chairs el fait un ulcère ; celui-ci désigne doue une veine d'eau qui mina le terrain sous la digue , el y lit une ouverture.

Remarquons encore qu'Euripide dans son Hercule furieux, appelle Kuvk celle prétendue hydre do Leruc ; or Kwa ne désigne certainement pas un chien dans cet endroit, mais une cavité, un lieu profond où se rassemblent les eaux, connue Kwicc, lac d'Acamaiiie dans Slrabon

(1987) Echtdna enfanta encore la Chimère, animal

monstrueux Delléru, hun avec l'égaie s'en rendu

muitye.

Selon les historiens, la Chiniéie csl une wooiagne

blait à ces trois animaux; au lion par io devant du corps, à la chèvre par le milieu, à un serpent par derrière, el vomissait des torrents de flammes. Le vaillant Bellérophon, a l'aide de Pégase, s'en rendit le maître (1987).

La Chimère unie au chien Orthos mit au

de Lycie, de laquelle il sortait souvent des II mimes, comme il en sort de plusieurs autres volcans. Homère (Itiad. vi, 180) en fait la même description qu'Hésiode; la difficulté est de savoir ce que c'est que ce composé de irois animaux. Bochart prétend que ce sont trois chefs de brigands Pisidiens, appelés Solymi, dont l'un s'appelait la chèvre, l'autre le lion, l'autre le serpent, ou qui avaient ces animaux pour symboles sur leurs drapeaux. Leclerc réfute relie explication, et soutient que les irois têtes et les trois corps de la Chimère sont irois sommets de la montagne, dont l'un représentait une tête de lion, l'autre la têie d'une chèvre, le troisième la lêle d'un serpent; cela n'est pas aisé à comprendre. Xifixrpa vient, selon lui, de l'hébreu camar, brûler, parce que celle montagne jetait du feu.

H y a un déiioûmeiit beaucoup plus simple à ce mystère. La Chimère paraît avoir eu en elfel irais sommets : le premier était nommé Aewv ou Aeiwv, qui, en dialecte ionique, signifie également un lion ei un lieu plein el uni; c'était le lieu le moins élevé de la montagne, sur lequel il y avail une espèce de plaie-forme, un terrain aplani : le second sommet s'appelait x//««/j«, qui désigne une chèvre sauvage el le lieu le plus haut. Xîu«t/>a éiait une espèce oe cbàleau situé à la cime des monts Acrocérauniens; Xripé^tov, une montagne de Thessalie el un promontoire de Thesprotie, Nous avons déjà remarqué, v. 10, l'équivoque de chèvre, animal et montagne : le troisième sommet portait le nom de t/>«;£cov, scabreux, escarpe, et les Lycieus prononçai ni opâ/.cov, qui exprime un serpent; Uraco, montagne u'ionie dans Pline. Voilà le monstre composé de trois natures, de. trois tètes el de trois corps; el nous n'avons pas besoin des autres langues pour développer l'énigme.

Mais croirons-nous que Bellérophon, I un des descendants de l'ersée, que l'on suppose né dans l'Argolide, ail passé la mer, moulé sur Pégase, pour aller vaincre ce monstre prétendu? Dés que nous saurons ce que c'est que Bellérophon, nous serons bientôt détrompés. "Po-fôi, poyéu, signifie avaler, engloutir : ÊsX doit exprimer de l'eau, puisque fiàoç est une rivière de byrie dont on fait descendre les Bélides ou Danaïdes, qui emplissent, dit-on, dans les enfers un tonneau percé, hellîpoyôinn; esl doue à la lettre gtutiens uquum, un gouffre où l'eau s'engloutit. On le dit lils de Glaucus, dieu marin et frère de Pirèné, fontaine de Gorinlbe; celle généalogie nous le lait encore mieux connaître. ( Vouez noie 1977.)

Où trouverons-nous dans l'Argolide la Chimère qu'il vainquit? Pausanias nous y indique une rivière Xeiftapoç, ou plulôl isuiûppooç, c'esl-à-diro qui coule pendant l'hiver, par conséquent ihi torrent, et un autre torrent liiu-épiav dans la Thesprone. (Liv. vin, c. 7.) L'on saiij ueja que Ihryauof "lTircof esi dà l'eau glacée, de l'eau de neige. Lu rapprocuant les trois personnages, Bellérophon qui dompte la Chimère par le moyeu de Pégase, est un goull're qui, forme par la violence des eaux de neige, engloutit le torrent Xùaupo; ou Kcptupac; voilà le premier canevas de la lable. Comme les Ciecs confondaient les objets les plus disparates sur le moindre rapport de noms, ifs prirent le Xiiuapoç de l'Argolide pour le Xifutifu. de Lycie, dont ils avaient oui parler conluacincn., ci liiciil ainsi voyager leur lkllérophou au delà de la mer.

monde le Sphinx (1988) qui fil tant de maux à la postérité de Cadmus, et le lion de

Nemée (1989). Junon, épouse de Jupiter, l'avait élevé elle-même et l'avait luchédans

Une autre fable qui a rapport aux précédentes, dont l'Argolide est le théàlre, et de laquelle Hésiode ne parle point, est celle de Oanaiis el des Danaïdes. Selon Apollodore (liv. H, p. 63 et suiv.), Panaris et yEgypius étaient deux frères dont le premier avait cinquante filles, el le second cinquante lils qui les épousèrent. La première nuil de leurs noces ils furent tous égorgés par leurs femmes, excepté Lyncéus qui fut épargné par Hypermnestre, parce qu'il n'avait point attenté à sa virginité. Les autres Danaïdes, en punition de leur crime, furent condamnées à remplir dans les enfers un tonneau percé. Cependant il est dit qu'elles furent expiées ou puriliées par Minerve et par Mercure, selon l'ordre Je Jupiter.

Il faut un talent supérieur pour expliquer cette narration dans un sens historique; c'est une gloire à laquelle nous n'osons prétendre. Que deux frères aient eu l'un cinquante (ils, l'autre cinquante filles, sans aucune diversité de sexe dans l'une ni l'autre famille, ce prodige est dillicile a croire. Mais que les Argieus qui n'avaient ni fontaine intarissable, ni rivière, excepté l'inacbus qui était souvent à sec, aient été obligés de faire des trous dans la terre pour y renfermer l'eau de pluie, que ces citernes aient été nommées àowàoç, amas d'eau, et Ai-yu-ro?, eau renfermée ou arrêtée, il n'y a point là de miracle.

Ces deux personnages étaient fils de Bé>or, un pic, une pioche, un instrument pointu ; on a dit qu'ils éiaienl Egyptiens, à cause du nom jÉgyplus. Si l'on veut se donner la peine de parcourir les noms des femmes el des tilles de Danaù» dans Apollodore, on y retrouvera la plupart des nymphes marines ou des fontaines dont Hésiode a parlé, surtout celles qui étaient voisines de l'Argolide : Amymone, Gorgophone, Glaucé, Hippoméduse, Gorgé, Pirène, etc. Leurs maris portent des noms de rivières ou de ruisseaux, Isler, Lycus, Alcés, Polamon, Lixus, etc. Toutes ces alliances sont aisées à comprendre.

Après une pluie abondante, les Danaïdes tuèrent leurs époux dans une seule nuit, c'est-à-dire rompirent les digues qui arrêtaient leurs eaux, Hyperinneslre, qui siguilie superfluens, épargna le sien, parce que ses eaux coulèrent par-dessus. Il est bon de remarquer que Auy/.gûç , Lyncéus, époux de cette Danaïde, est dérivé de Aûyoç, saule ou fascine, d'où vient Avyéa, lier, arrêter, retenir; il désigne une digue faite de fascines. Les Argiens furent donc obligés de creuser des puits plus profonds, et peutêtre de les tailler dans le roc. Les Danaïdes expiées par Minerve el par Mercure sont les eaux de pluie puriliées par l'indusirie et par la veine de rocher où elles passent. Hermès, Mercure, est aussi un rocher ou une pierre. Les Danaïdes, quoique puriliées, furent ainsi condamnées à remplir dans les enfers ou dans le sein de la terre, les muids ou léservoirs qu'on leur avait creusés.

Strabon nous apprend (Geogr. 1. vin) que les Argiens attribuaient aux Danaïdes les puits de leur contrée, qui étaient leur seule ressource pour avoir l'eau dans les temps de sécheresse. La tradition même nous conduit donc au vrai sens de la fable, et confirme l'explication que nous avons donnée à celle des Gorgones, v. 274; j'en demande pardon aux mythologues historiens, mais quand celle allégorie devrait leur donner encore plus d'humeur, je ne puis me refuser à son évidence.

(11)88) La Chimère unie au chien Orlhos mit au monde le Sphinx. On sait que le Sphinx élail originairement une ligure Egyptienne, une espèce de monstre qui avait le visage d'une femme, le corps

d'un lion et les ailes d'un oiseau. Quand nous saurons ce que les Egyptiens voulaient exprimer par celle figure bizarre*, nous comprendrons par quelle voie un pareil monstre a pu se trouver iransplanté en Béotie. Dans les Mémoires de l'académie des Inscriptions ftome XXXIV, p. 28, des Mém.), M. de Guignes observe que chez les Egyptiens le Sphinx désignait le débordement du Nil, et il dérive ce mot de saphac, sphik, effusion , débordement. C'en esl assez pour nous mettre sur la voie. 11 y avait dans le voisinage de Thèbes une chaîne de montagnes qui forme une enceinte ou un demi-cercle : elle est nommée KûQtpov au midi, cl SyîyÇ, *i£ ou *ùtov vers le nord : ces deux noms signifient l'un et l'auire lien ou ceinture, ce qui serre et qui environne. Les Béotiens ayant ouï parler ou ayant vu des Sphinx d'Egypte, imaginèrent, sur la seule ressemblance du nom , qu'il y avait eu chez eux un monstre semblable qui avait donné le nom à leur montagne Sphinx.

Us racontaient que ce monstre proposait des énigmes aux passants, el dévorait ceux qni ne pouvaient pas les. deviner ; qu'OEdipe venu de Corinlhc ayant heurcusemenl expliqué l'énigme, le Sphinx alla se précipiter dans la mer.

Celte narration ridicule avec toutes ses suites, semble faire allusion à l'hisloire naturelle de ce pays-là. 11 devait être bien connu à Hésiode, puisqu'il en était. En comparant les circonstances de la fable avec la carte géographique, et en expliquant tous les termes, on trouvera peut-être le dénoûmenl. Il faut remarquer que dans cette plaine entourée de montagnes, il y a un lac et plusieurs rivières. Selon Hésiode, la Chimère unie au chien Orthos, a produit le Sphinx. La Chimère, Xiip.«pfo0ï sont les eaux de l'hiver, comme dans la fable précédente: le chien Orthos estuncreuxou lieu bas environnné; on l'a vu, noie 1980; «ryfyÇ, ce qui resserre, par allusion à o-yéyyw. Cela siguilie donc que les eaux grossies pendant l'hiver et resserrées de louies paris, mettaient les babitanis de la plaine fort à l'étroit, voilà les énigmes du Sphinx, ou pluiôl les embarras qu'il causait : peul-èlre quelques personnes périrent dans ces eaux rassemblées, et furent

ainsi

(1989) Le lion de Némée. S'il était ici question d'un animal, à quel propos le ferait-on naître de la Chimère et du chien Orthos,' qui sont des eaux? D'ailleurs est-il bien prouvé que l'on n'ait jamais vu dans la Grèce des lions, qui sont des animaux propres aux pays méridionaux ? Mais il y avail dans la forêt de ISéinée un Aaov, un lieu plein et uni, dont les eaux croupissantes infectaient les environs : selon quelques-uns, il était né de Typhon ou d'un ruisseau, celte généalogie n'est pas contraire à la première. Il avait été nourri par Junon ou par la pluie : il fut lue par Hercule, par une digue et un canal bien fermé qui détourna les eaux ailleurs. Tout cela n'est pas difficile à comprendre Ï.Aiunizpa. dans Hcsychius, désigne une pierre lisse et unie. D'ailleurs Agov peut très-bien designer de l'eau ou un marais, puisque Aleos el Aleon sonl deux rivières d'ionie selon Pline; Laye, rivière des Pays-bas; Layon, rivière d'Anjou; Lée ou Léa, rivière d'Ecosse ; Léo, rivière d'Irlande ; Lée, rivière deEraiiconie.

Au reste, ce n'est pas sans fondement que l'on suppose de fréquentes inondations dans la Grèce ; la tradition s'en élail conservée : rien de si connu que les déluges d'Ogygès el de Deucalion. Ils sonl la clef de la plupart des fables héroïques.

les forets d'où il ravageait les environs de dragon terrible qui gardo les pommes d'or

Némée et du mont Apesas. H lut encore tué dans les vastes campagnes des Hespérides

par Hercule. (1990): telle est en détail leur postérité

Enfla Céto et Phorcys engendrèrent le (1991).

ainsi dévorées par le Sphinx.' olfonoç, que l'on traitait par pieds enflés, signifie aussi eau enflée, de ISoc, enflure, et Xme, de l'eau : il y avait une fontaine de ce nom àThèbes, selon Pausanias, I. ix, c. 18. Kopj'vQoc est le terme générique de montagne, qui a donné le nom à la ville de Corinllie ; koûwô?, élevé dans Hésychius. Œdipe venu de Corinthe est «loue l'eau enflée et descendue des montagnes. On conçoit que ces eaux devenues plus fortes par leur abondance, se firent une ouverture du côté de la mer, et allèrent se jeter dans le golfe Hilyca , où elles tombent encore aujourd'hui : ainsi Œdipe dissipa l'énigme ou l'embarras, et força le Sphinx de se précipiter dans la mer.

On peut voir dans Strabon, I. ix, où il décrit la Réolie, les divers changements que les eaux avaient faits dans celle contrée, p. 391.

Sous le règne de cet OEdipe, il y eut une "conlagion àThèbes; il n'est pas surprenant qu'après les eaux écoulées, le dessèchement des terres l'ait causée*. L'Oracle déclara qu'elle était arrivée, parce qu'OEdipe avait lue son père Laïus, et épousé sa mère Jocastc. A«o? est une rivière de Macédoine; 'E).«tof, rivière de Bilhynie ; Eu).caoç , rivière de

(1990) Enfin Céto el Phorcys engendrèrent le dragon des Hespérides. Après ce qui a été dit, noie 1958, sur les Hespérides, l'on n'est plus en peine de savoir ce que c'est que les pommes d'or et le dragon qui les'gardait, ni pourquoi il est né de Céto et de Phorcys, des eaux el delà pluie.

Un écrivain célèbre qui se fait gloire de contredire toules les opinions anciennes el modernes, et dont le nom seul tieni lieu de raison à la plupart des lecteurs, a prétendu mieux indiquer la source •les fables que l'on a composées sur les scrpenis. « Parmi les animaux, dit-il, le serpent dut paraître aux hommes doué d'une intelligence supérieure, parce que voyant muer quelquefois sa peau, 'ils durent croire qu'il rajeunissait. 11 pouvait donc .en changeant de peau se maintenir toujours dans sa jeunesse; il était donc immortel : aussi fut-il en Egypte, en Grèce, le symbole de l'immortalité. Les gros serpents qui se trouvaient auprès des fontaines, empêchaient les hommes timides d'en approcher : ou pensa bientôt qu'ils gardaient les trésors. Ainsi un serpent gardait les pommes d'or des Hespérides ; un aulie veillait autour de la toison d'or; el dans les mystères de Bacchus, on portait l'image d'un serpent qui semblait garder une grappe d'or. » (l'Iiilosoplue de i histoire, cbup, G.)

Aucune de ces observations n'est vraie ni réfléchie : 1° Il est faux que le serpent fût en Egypte et en Grèce le symbole de l'immortalité; il était le symbole de la vie, parce qu'il est le plus vivace de tous les animaux, el parce que son nom dans les langues orientales désigne aussi la vie : nous ne connaissons qu'une seule fable qui fasse allusion à son changement de peau. On représentait l'éternité par un cercle ou par un serpent qui se mord la queue, parce que l'éternité csl une révolution perpétuelle, qui semblable à la ligue circulaire, n'a ni commencement ni lin ; mais celle figure n'a rien de Commun avec la jeunesse du serpenl. 2° Il esl faux que h-s gros serpents se tiennent près des fontaines, ils cherchent plutôt les ruisseaux et les rivières OÙ ils peuvent pécher. Les serpents aiment la chaleur, el ordinairement l'eau des fontaines esl d'un froid insupportable pour eux. 5° Ou.md ils auraient habité pics des ionUiucs, quelle relation cela pcul-il

Médie ; Laye, rivière des Pays Ras; Layon , rivière d'Anjou, etc. Apparemment l'une de celles qui coulaient dans la plaine dont nous parlons, portait le même nom, mais les eaux enflées en effacèrent le lit ou le détournèrent; voilà comme OEdipe tua Laïus, après avoir défait le Sphinx, qui était enfant de Laius selon quelques-uns. ( Voyez PauSAN., I. ix, c. 20.) Ges mêmes eaux s'élevèrent jusqu'à une Ionlaine nommée Jocastc el s'y mêlèrent; ainsi OEdiqe épousa sa mère. L'on verra, note 2018, qu"Ax«o-r»j est une nymphe des eaux, par conséquent une Ionlaine.

De ce commerce naquirent Eléocle cl Polynice, deux autres sources d'eaux. 'Exeoxieîf signifie fermé chaque année, el TLol\>vû/.riç, qui coule abondamment v. 247. La première élaità sec pendant l'été, l'autre coulait pendant ce temps-là : tel esl lesens du règne alternatif d'Eléocle et de Polynice, rois de Thèbes aussi réels que leurs aïeux. En voilà suffisamment pour développer le canevas sur lequel les poètes ont fait de si belles tragédies, el que les Mythologues historiens ont pris pour une narration authentique.

avoir avec le soin de garder des trésors? Y a-t-il la moindre apparence de liaison cuire c«s deux idées? 4° Les prétendus serpents qui gardaient les pommes des Hespérides et la toison d'or, sont des eaux qui serpentent, el rien davantage; l'équivoque esl sensible en grec cl cent fois répétée dans les poètes. 5° Le serpent accompagné d'une grappe d'or dans les mystères de Uacciius était évidemment la ligure du cep de vigne, bois tortueux auquel les grappes de raisin sont attachées; jamais les mythologues n'ont supposé le moindre rapport entre Bacchus et les serpents. G° L'on voit aisément le but de noire philosophe : il veut insinuer que l'histoire du serpenl qui lenla Eve, n'est qu'une fable ou une allégorie, comme tant d'autres que l'on racontait chez toutes les nations; mais celle conséquence esl aussi fausse el aussi déplacée que les observations par lesquelles il a essayé de nous y préparer. Ge n'est pas ici le lieu d'en dite davantage.

(1991) Telle esl en détail leur postérité. Il esl hou de rappeler eu peu de mois toute la postérité de Géto ei de Phorcys, c'est à-dire des eaux et de la mer, pour faire sentir la suile et la liaison des fables ; 1° les Grées qui sont des rochers; 2° les Gorgones qui sont des fontaines; 3° Geryon, marais de PArgolide ; 4° Echidna, les eaux qui tournent, cl Typhon les rivières et les gouffres. 5° Orlhos, enceinte aquatique. G" Cerbère, goulfre ou caverne. 7° L'Hyure de Le nie, lac ou m. irais. 8° La Chimère ou le torrent qui coule en hiver. 9U Le Sphinx, embarras cause par les eaux. 1U° Le lion de Némée, autre marais. 11° Le ruisseau formé par les Hespérides. Tous ces objets oui une relation évidente avec les eaux ou avec les divinités marines; si on les entend autrement, celle relation ne subsistera plus. G'esi par là que pèchent principalement les explications données jusqu'ici parles Mythologues; celles que l'on vient de voir sonl peut-être moins savantes, mais elles paraissent mieux liées au principe que nous avons établi dans le discours préliminaire, que les tables des dieux sont le tableau de la natuie en général; celles des héros el des monstres, la topographie des différentes contrées de U Grèce.

De Télhys et de 'l'Océan sonl sortis les fleuves les plus fameux (1991¥), le Nil (1992), i'Alphée (1993), le Pô (1994) et ses gouffres profonds, Je Strymon (1995), le Méandre

(199G) , le majestueux Danube (1997), le Phasfi (1998), le Hhésus (1999|), lo clair Achéloùs (2000), le Nessus «(2001), le Rhodius (2002), l'Haliaciuon (2003), l'Heplupo-

(1991*) De Télhis etdeVOcéan sont sortis les fleuves les plus fameux. On se souvient que Tliélis est un des noms de la nier : elle est épouse de {l'Océan, parce que celui-ci est du masculin et l'autre du féminin. 11 n'y a pas d'apparence qu'Hésiode ail été assez bon physicien pour savoir que ce sont les eaux de la mer réduites en vapeur qui font la pluie, ci qui sont la source des fictives. Malgré l'opinion de Lcclerc, il est probable que le poète fait ceux-ci enfants de la mer, à cause de la ressemblance de nature, et parce qu'ils sont moins considérables, tout comme il suppose les fontaines filles des rivières.

Par l'énumcralion qu'il fait des fleuves, on voit que ses connaissances géographiques ne s'étendent pas hien loin ; à la réserve du Nil, du Pô et du Danube, il ne parle que de ceux de la Grèce et de l'Asie Mineure. Hérodote, qui a vécu 400 ans après lui, n'en savait guère davantage; il n'avait que des notions très- confuses de la source et du cours du Danube. (Voyez 1. iv, n. 150.)j

Celte ignorance de la géographie avait fait naître chez les Grecs une infinité de fables sur les lleuves. Les Sicyoniens disaient que le Méandre, rivière d'ionie, reparaissait chez eux sous le nom d'Asope: ceux de Délospréiendaientqueleur fontaine Inope venait du Mil. Quelques-uns racontaient que l'Euphrate, après s'être perdu dans les sables, renaissait eu Ethiopie, cl prenait le nom de iSil. (Pausan., 1. n, c. 5.)

(1992) Le JSil. Leclerc remarque très-bien que NcD.o; n'est point un nom propre, mais le nom appellalif de rivière en général, et le même que l'hébreu nahal, lleuve ou ruisseau : NsiXor, dans plusieurs ailleurs signifie un canal ou un abîme. Il ajoute que les peuples qui habitent sur les bords d'une rivière, rappellent simplement l'eau ou le lleuve, sans lui chercher un dislinclif. Cette observation qui est irés-jusle sera confirmée par l'étymologie de tous les noms des fleuves dont Hésiode va parler. L'on peut déjà conclure que Sihor, nom hébreu du Nil, nesiguilic point noir, comme on le dit communément, puisqu'il est donné à un simple ruisseau (Jos. xin,5). C'esl donc le même que Siris, qui, selon Pline, esl le nom du Nil en Ethiopie, ei celui d'une rivière d'Italie près de Tarenle: Sier, rivière de Savoie ; sû/joj, rivière d'Arcadie, etc. Ce n'est point par allusion à ce fleuve que la canicule a élé nommée îdpiog, puisqu'il se dit aussi du soleil elde tous les astres. Selon Diodore (loin I, p. 133), le Nil était appelé dans les premiers temps Aiyyptus, c'esl-à-dire le fleuve d'Egypte; l'Ecriture le désigne de même, parce qu'il est la seule rivière de ce pays-là.

(1995) L'AlpIiée, "A^sior.Jrivière d'Elide dans le Péloponnèse. C'esl aussi un lac dans Pline el un ruisseau de Pile de Ténéilos. 11 y avait encore un Alphée dans l'ionic, el un autre en Acarnanie, selon Pausanias, I. vin, c. 58. On fait mention d'un ruisseau "Ehepoç en Arcadie : c'est, par conséquent le nom général d'eau ou de rivière : il esl inutile d'eu puiser l'étymologie, comme Bochart, dans le phénicien kaiujik, secure. Alp est une rivière de Suisse, el Cliinalapli une rivière d'Afrique (u).

(1994) Le Pô, 'HftS«v6f. On appelait de même

(a) On sait la fable que l'on racontait sur le fleuve Alphée et la fontaine Aréthuse, en Sicile. On prétendait que celle-ci conduisait ses eaux au travers de laiiner pour aller se mêler avec l'Alphée. Selon Pline, liv. u, cliap. 105, ce que l'on jetait dans l'Alphée, se retrouvait

une petite rivière qui coulait près d'Athènes. (Pausan., 1. i, c. 19.) Ce nom est formé de pi ou (pi, eau du rivière: S«v, profonde, même terme (pie Rhodanus, le Khôue. Les syllabes ra, re, etc. signifient de l'eau dans toutes les langues; "p«, le Volga, grande rivière de Tarlarie; Rô, rivière des Pays- Pas; Rey, Rie, Rue, trois rivières d'Angleterre; •If»}, lac d'Arcadie, elc. Pô, nom moderne, ne siguilie rien que profond; c'esl le nom d'un puits dans quelques provinces ; Pô est une rivière de la Chine; Padus, en latin, avait le même sens, comme Pader, rivière de Weslplialie.

(1995) Le Slrymon, rivière de Thrace ou de Macédoine ; cTfvfwiv est le même que sliuma en latin, écrouelle, humeur froide qui coule de quelque parlie du corps. La racine esl rum ; p'eû^a, fluxion, qui a passé dans notre langue; Rhume et Prume sont des rivières d'Allemagne; 'Pupiôf, dans Strabon, est une rivière du Pont.

(1996) M«i«v5/5o?, le Méandre, rivière de l'Asie Mineure. Son ancien nom élait Mcaov, de fiai, eau ou rivière, comme Mei en hébreu; d'où esl venu Meio; Mayenne, rivière d'Anjou; Mahon, rivière de Berry; Mai, rivière d'Irlande et de Picardie. On y ajouta l'épithèle uvSpog, qui tourne, qui serpenie, comme liadar en chaldéen : le Méandre élait remarquable par ses replis tortueux.

(1997) "\<7tpoç ou "larnp, le Danube, même nom que "ïorfoj-, le ventre, les inleslins, le dedans, la profondeur; olarpog , rivière de Pamphilie, dans PomponiusMela ; k<xi<7t/bo>, rivière d'ionie; Heslrun, rivière des Pays-Bas. Danube , nom plus moderne, est formé de Dan, profond, el ub, eau ou rivière; Lbaye, rivière d'Italie. Les Allemands prononcent durement Thonaw, de thon, profond, aie, de l'eau.

(1998) Qxviç, le Phase, rivière de la Colchide, et une aulre de l'Arménie; Hyphasis, rivière des Indes.

(1999) 'Pjjcror, rivière de la Troade, vient de péu>, fluo ; 'PotÇoç, dans Hésychius, flux impétueux ; 'PiÇtoc, rivière du Pont; Rize, rivière du comté de Foix.

(2000) *Ax€awo?, rivière de la Grèce proprement dite, qui son du mont Pindus. Ce nom, selon Hésychius , signifie en général loute sorte d'eau : aussi y avaii-il encore deux autres rivières appelées de même, une en Thessalie el une en Arcadie. L'ancien nom d'Achéloiis élait Tlioas, qui signifie profond. (Voyez noie 1908.) On a débité sur celleuve une fable que l'on verra dans l'explication des travaux d'Hercule.

(2001) Nscro-of ou Nsorsof. H y a deux rivières de ce nom, l'une dans la Thrace, l'autre dans l'Illyrie, et c'est aussi le nom d'un centaure fameux; Ness, lac d'Ecosse; Neisse, rivière de Silésie; Niester, rivière de Tarlarie.

(2002) 'Po'Stof, rivière de la Troade, est le même que 'Po3£a, nymphe des eaux , note 2018 ci-après; Ruade, rivière de Scylhie; Rhœdias, rivière de Macédoine. Tous ces termes sont dérivés de f'iw, fluo; Rodden, rivière d'Angleterre.

(2003) 'AXtMXfuy, rivière de la Macédoine , e>t formé de "Ait, rivière, comme va).uç20u5, dans l'Asie Mineure; Allia en Italie; Allier en France; Halle en Franclic-Coinlé ; axuov , profond. Agmon , en hébreu, est un étang ou un lac.

dans la fontaine Aréthuse en Sicile. C'aurait dû être tout le contraire. 11 est peu de pays où l'on ne raconte de pareilles fables. Comme il y avait plusieurs fontaines de ce nom, on a confondu l'Arélhuse qui se jetait dans l'Alphée, avec celle de Sicile.

PART. D. TIILOL. ARGIlhOLUG. — OIllul.NL UfcS IMLUX. <j:,j.

pitorPilho/Admète, lanthé, Eloclro, Doris,

rymno, Uranie, Hippo, f

rus (200V), le Graniquo (2005), l'OEsapus '2006), le divin Simoïs (2007), le Pénée (2008), l'Hermus (2000), lo Caïcus (2010), remarquable par la |beauté de ses eaux, !e Sangar (2011), leLadon (2012), le Pharlhénius (2013), l'Evénus (201i), l'Ardescus (2015), et le divin Scamandro (201G).

Téthis est encore la mère des nymphes qui habitent les fontaines auxquelles les jeunes gens consacrent leur chevelure, aussi bien qu'au grand Apollon etaux fleuves (2017). Tel est le sort qu'ont reçu deJu-

(2001) 'EmÛTzopoç est une épilbèledu fleuve Rhé- 5iis ci-dessus, parce qu'où peut le passer à gué sept fois eu faisant la même roule. ( Voyez Strabon, I. mu.) Opemîant Homère (Iliad. xn, 20) le dislingue du Rhœsus aussi Lien qu'Hésiode.

(-2005) Tfiivtxoî, le Graiiique, rivière de Mysic, fameuse par la victoire d'Alexandre sur l'armée des Perses , a pour racine p'rjv ou y/»jv, rivière; Rhenus, le Rhin, en Allemagne; Rheno en Italie; Renne en Franche-Comté; 'pcûvoc, torrent d'Arcadie; Granits, rivière de Perse, dans Pline; Graan, rivière de Hongrie.

(2006) Aiuiinoç, rivière voisine de la précédente, est formé de « ou A* augmentatif, et oïnoç\, eau ou rtvière. 'A<7«7rô; est le nom de quatre rivières de Grèce; Z«^ , la mer en vieux grec; Sapis, rivière d'Italie ; sapa, la sève, l'humeur qui circule dans les plantes.

(2007) ïi[j.osiç, le Simoïs, rivière de la Troade. Il y en a encore un de ce nom en Sicile. Semoi, daiis les Pays-Bas; Suemus , dans la Thrace, selon MhV.

(2008) Umeioç, rivière de Thessalie, et une autre dans le Péloponèse, est analogue à «veuf , rivière de (lolcliitle et fontaine du Liban ; «fcïveof , lac d'Arcadie : Penne, rivière des Pays-Bas.

(20Ô9) "Epuo; , rivière de Phrygie qui se jelte dans le Paciole; Arméne et Armine en Italie; llirmiuum en Sicile; Armua en Afrique, selon Pline; Anuançon en Bourgogne, ont la même racine.

(20 1U) Ksazo?, rivière de Mysie, vient de xa'w» être ouvert ou profond, ou jreuv&i ; Caïa , rivière d'Espagne; Coïc, ruisseau d'Alep en Syrie, etc.

(2011) lu'f/àptoç, rivière de Bithynie. Nous retrouvons Sunga chez les Basques, Sangona pour la Saône, Sayra et Sagru» en Italie.

(2012) A«3wv, rivière d'Arcadie; c'est aussi le nom du Pat lole en Lydie, Laud en Afrique, Aled en Angleterre, Ledum dans les Gaules, selon\Mela, Lydd e:i Angleterre, Avàiu; en Macédoine, Lida en bôéde. Ainsi les voyelles se changent chez les différentes nations.

(2013) Evptjhioç, rivière de Paphlagonie, et aulre d'Arménie; Uapûmaç, rivière d'Llide, sont formés de 7r«6 0u i:upu augmentatif, et &év, profond; Teyn, rivière d'Angleterre; Tenu, rivière de Bretagne.

(2014) E'Jïjvàj-, rivière d'Etolie. Il y en a une de même nom en lonie. oivor ,en Laeonie, OEnus, Hun en Allemagne, Aisne en Champagne, Venue en Languedoc, Aven en Bretagne et en Angleterre, sont le même terme.

(2015) "Afj£7xo;, rivière de Scythie, appelée Ordessus dans quelques auteurs, vient de ûf,ào>, couler, arroser; Ardeche est une rivière de Languedoc. Wardacb, rivière de Souahe.

(v2Ulti) ZxaftécvSpoç, rivière de la Troade, est dérive •le Gxàp., creuv ou canal, nappa, un fossé, et «-,'j^o;, tortueux, comme dans Vsuénipoç ci-devant.

Il es) prouvé par ce détail que tous ces noms de rivieies n'expriment autre chose que l'idée générique d'eau, de profondeur, de canal; qu'il serait inutile de leur chercher d'autre étymulogie dans les

Prymno, Uranie, Hippo, Clymène, Rhodia, Callirhoé, Zeuxn, Clythie, Idjie, Pasilhoé, Plexaure, Galaxaure, l'aimable Dioné, Melobosis, Tboé, lajbclle Polydore, Cercéis , Pluto, Perséis, Janire, Aeaste, Xanthé, Pétréc, Ménestho, Europe, Métis, Eurynomé, Téieslho, Crisié, Asia, l'aimable Calypso, Eudoré, Tyché, Amphiro, Ocyroé, et le Styx qui est la plus respectable de toutes (2018).

Telle est la postérité de l'Océan et de

langues orientales ou ailleurs. Ce fait deviendra plus évident encore par les noms des Naïades ou Nymphes des eaux, c'est-à dire des fontaines dont Hésiode va laire une longue énuméralion. Il suppose que ce sont des génies féminins, parce que leur nom est de ce genre : quelques-unes de ces nymphes ont eu de célèbres aventures.

Voilà donc les fleuves mis par Hésiode au nombre des dieux. On sait, en effet, qu'il est peu de rivières qui n'aient reçu un culie de ceux qui en habitaient les bords» L'utilité qu'on en retirait, les ravages qu'elles causaient quelquefois en se débordant, tirent croire qu'elles étaient habitées et conduites par un génie, tantôt débonnaire et tantôt irrité : l'inlérêtel la crainte sont les deux grands ressorts de la religion des peuples : mais si on avait commencé par déifier les hommes, quelle relation auraient-ils avec les ileuves?

(2017) Téthys est encore la mère des nymphes qui habilenl tes fontaines, auxt/uelles les jeunes gens consacrent leur chevelure aussi bien qu'au grand Apollon et aux fleuves. D'où a pu venir l'usage de consacrer la chevelure des jeunes gens aux fleuves et aux fontaines? De tous temps, le plaisir de prendre le bain et de nager a été du goût des jeunes gens, et il devait être plus familier aux Grecs qu'à nous, parce que leur climat est plus chaud que le nôtre. Après les exercices du corps qui feur étaient journaliers, la lutte, le disque, le saut, la course, on ne manquait pas d'aller se jeler dans la rivière. Sans doute, il arrivait souvent, dans ce temps- là, comme aujourd'hui, aux nageurs et aux plongeurs de se noyer, et quelquefois il y en eut qui furent accrochés par les cheveux aux branches ou aux racines des arbres qui croissent sur le bord des eaux. La persuasion où l'on était que tous les fleuves étaient habités par un génie fil dire que c'était le fleuve qui avait sais.i le noyé par les cheveux. Ceux qui en échappèrent se crurent obligés de consacrer leur chevelure au dieu ou génie du fleuve qui les avait épargnés, et bientôt la coutume s'établit de couper ainsi ses cheveux et de les offrir aux fleuves, pour ne pas être arrêté par là en se baignant. On lit la même cérémonie en l'honneur d'Apollon, parce qu'il présidait aux exercices des jeunes gens. De longs cheveux pouvaient incommoder beaucoup les lutteurs : on jugea .qu'il valait mieux s'en défaire et les vouer au dieu, que de les conserver : c'est peut-être la raison qui introduisit chez les Grecs cl ctutfz les Romains l'usage de se raser la léie ou de porter les cheveux fort courts.

Il est aise de comprendre que la même raison qui avait fait dédier le» rivières, lit aussi décerner un culte aux fontaines. Il n'était pas aisé aux Grecs de deviner d'où pouvait venir une source d'eau qui ne larissan poiul; ils conclurent qu'un génlejd! 'figeant so chargeait de la faire couler.

(20 18) Tel est te soit qu'uni reçu de Jupiter, Pilho, Adiucte, etc. Nous verrons dans la suite comment Ji.puer a réglé le sort de tous les dieux, cl leur a distribué leurs emplois. On passera le plus rapidement qu'il sera possible sur toutes ces élvniologits

Thétis (2019), telles sont leurs filles aînées ; persées par toute la terre, et qui demeurent niais il en est un plus grand nombre dis- au fond des eaux. Il est de môme une in-

des noms propres, dont plusieurs ont déjà été expliques parmi les précédents.

X\ùQm on iroQ<» était un nom de fontaine, pui que, selon Pline, il y en avait une nommée Pylhia ou Phinlhia en Sicile; il signifie creux ou profond, connue ixiOag, tonneau, et puleus en latin ; voila pourquoi il avait ainsi désigné la caverne de Delphes, où se rendaient les oracles d'Apollon. (Voyez note 2053.)

..\§f*»rnj, source d'eau, 'A§«. selon Hésychius, est nue fontaine; pi-rw, eau ou liqueur; p.iOv signifie le vin et l'ivresse, malus humide, en latin, moile en français.

'I«v0/j exprime de l'eau ; Anlé, rivière de, Normandie ; Anlhie, rivière de Poitou; YVenl, rlvjère d'Angleterre; Avantus, rivière d'Italie.

'lûÂATp-n, coulante, comme ilelec en syriaque : c'est le nom d'une rivière de Messénie dans Pausanias et il le rapporte à une nymphe, fille d'Alias, I. iv, ch. 35. noie 11)09.

AufÂç est déjà mis ci devant au nombre des nymphes de la mer, note 1 908.

np-j;i.\tb), de .joji/k, écoulement, comme noie

Ov^aviïj, de oupov, urina, de l'eau ; urinalor, nageur; oùpitx., lac d'Acarnanie dans Strahon.

'lmzài\, c'est une rivière de Colchide : ce nom a pu être donné à plusieurs fontaines; "l7roç, liqueur ou boisson, note 1908.

ii>vpév>j est analogue à Eù).ili/.svn, v. 246; KkvuE-uôç était un trou profond près d'Hermione dans l'Àrgolide. (Pausan., liv, n, ch. 35.) 11 peut être dérivé de xXù&) pour xLjÇw, laver.

K«),),t^ov3, pulchre jluens, belle eau : il y a eu plusieurs fontaines de ce nom. Pline en cite une en Palestine et une en Arménie. Il a élé parlé de celle nymphe, noie 1980.

Z£v£w. 11 serait difficile de montrer ce nom ailleurs; il a quelque ressemblance avec Zoû^iç, lac d'Afrique, dans Strahon, 1. xvn.

lOvTt», piofondc, comme gluiio en latin, avaler, engloutir; il peut encore venir de x)>ûÇw.

'iÂvioc, de^cûw, verser, répandre; Addua, rivière d'Italie.

lïxaiQôv, même nom que naaMn ci-devant, noie

Ulviw'jp-n est formé de 7:^, eau, comme Plhjsse, rivière d'Allemagne; v.\>pn, coulante; Aï/pot.;, rivière de Mœsie, Aure en Normandie, etc.

Vulu&vpn, de yà).a|, eau, comme rèïot.s, rivière de Sicile, et Avpn dans le nom précédent.

Aiôivn, de Staivw, humeclnr, arroser ; c'est celleci que plusieurs dounaierl pour mère à Vénus; de là est encore venu Siûiivanç , Baccbus.

Mnloëôutç. Mxtht , uijuu ; Alcllo, rivière d'Italie; MïXkj, nom de cinq rivières; j36tJt>, profonde; Dosa, rivière de Sardaigne; j5«o-rj, lonlaine de Thessalie.

6o»j, profonde, a déjà été remarqué plusieurs fois.

llo>,uSw/iïî, de 7toXù, muttum; èùpr), voyei àupiç Ci-devant.

KEpwiç est le même que Ktpûoç , Cercius, rivière d'Elrurie.

I1).out<ù, profonde; de là est venu Pluto des Latins, le dieu des enfers. On supposait celle-ci mère de Tantale, marais de Phiygie. vPausanias, I. 11, c. 22. )

Uspavîç est le même que Perse*, fontaine de Mycénes, dans Pausanias, I. 11, c. 10; Aigueperse en Auvergne est une fontaine d'eau bouillante.

"iveipu est lormé de "1 augmentatif, et vsip, de l'eau, comme dans vupô?, humide, ei vnpe\>;, la mer. Celle nymphe est la même que Aeta«if «, Déjanire, épouse d'Hercule, dont nous verrons l'bisloire.

'Ax«<rr>?, de « augmentatif et y.ÙTzn, profonde ; yâ.ay.u, être creux, èlre ouvert; v.«<nôp, animal aquatique; KirjTpo;, rivière de Pisidie.

EâvOrj. nymphe du fleuve H«v9oj en Lycie, et du Scamandre dans la Tioade; il y avait encore un Xh intus en Epirc.

Heipeây peut signifier pierreuse ou qui coule entre les rochers, de r.iTp-n, petra.

MïîvcffÔy, de p.rt, eau, d'où vient Meio;vzQu, fluu ; NsTTÔr, rivière de Thrace; Nieslcr, rivière de Tartarie.

E0pw7nj. On pourrait croire que c'est l'Europe, une des quatre parties du monde, mais il est ici question d'une nymphe aquatique, d'une fontaine semblable aux précédentes. Son nom vient de eu augmentatif, et pVf&J, p'oyaw, avaler, engloutir; 'po-fiov, /Inclus, dans Hésychius : c'est la nymphe qui fut enlevée par Jupiter changé en taureau; celle fable sera expliquée ailleurs.

Mmiç, eau ou liqueur, comme dans 'aS/*-/5t>j cidevani; MuOis, rivière d'HIyiïe; "A/aa5t? , livère d'Arcadie : celle-ci fut encore épouse de Jupiter.

Evpwjôuv, de eùpxi, ce qui coule; Heure, rivière des Pays-lias ; vôftj, habitations ; il signifie ce qui hahile dans les eaux.

Te),s<70w, même nom que Telis, rivière du Koussillon dans Mêla; Thièle, rivière de Suisse; Téols, rivière du Herry; Thelley, rivière d'Angleterre, bù, pour O0/3", profonde.

Kpioio, analogue à 'PiÇtoj, rivière du Ponl,'OfîÇtof, rivière de Mysie.

kaio peut venir de uaiç, boue, limon, «criof, boueux. Il paraît que le poé.e n'entend point sous ce nom l'Asie.

Kalu-^w ressemble assez à K«).7rrj;, rivière de Bi- Ihyoie, à Colapis, la Kulp, rivière de Hongrie. Celle Calypso est fameuse par ses aventures avec Ulysse, v V. i.cte 2143.)

EvSwpij, de ev augmentatif, et §ûp, couler? ûSw^, de l'eau.

Ty^fl- H n'y a pas d'apparence qu'Hésiode entende ici la fortune, ou bien il eu fait une diviniié des eaux, à cause des divers accidents auxquels on est exposé dans la navigation. Pausanias, 1. iv, c. 50, remarque de même qu'Homère n'a parlé de •nWrj, que comme d'une nymphe marine, et non point comme d'une divinité qui préside à tous les événements. Celle idée est des siècles postérieurs, Le nom de la première est le même que zevyoç, vas, alveits; Ticliis, rivière d'Espagne, selon Pline.

'Aaytpù pour 'ApLftpio, circumfluens.

'Q/.vpoa, Celeriler jluens.

Etu;, 2/rôyoî, fontaine d'Arcadie, dont l'eau qui distille d'un rocher, est d'un froid mortel ; voilà pourquoi on l'a regardée connue un ileuve d'enfer,

(2019) Telle est la postérité de l'Océan et de Téllnjs, etc. L'on avu,n. 1927, que la peur a contribué beaucoup à faire peupler de nymphes les montagnes ei les forèls : l'admirai. on slupide des phénomène;, de la nature en a fait placer dans les fontaines et les rivières. D'où peut venir cette eau dont la source ne tarit point et dont on n'aperçoit pas le réservoir? C'est sans doute une intelligence qui se plaît à la faire couler ainsi p..r un pouvoir supérieur. A plus forte raison faul-ri un pouvoir divin pour gouverner un élément aussi admirable que la mer : il en est de même de toutes les aune» parties de la nature. Au heu que parmi nous, le peuple éclairé par la religion soulage sou ignorance, eu pensant qu'un seul Dieu souverainement sage et puissant conduit toutes choses : les païens ne trouvaient de ressource à la leur qu'eu multipliant les divinités autant qu'ils les jugeaient nécessaires.

Unité d'autres fleuves nés de Télhys et de Kurybie, femme do Crius, fut mère d'Às-

l'Océan, qu'il n'est pas possible a un mortel trams, de Pallas, do Perses (2021) plus ha-

do nommer, mais qui sont connus des peu- bile que ses frères. Astrams, marié à l'Au-

ples qui en habitent les bords. rare, fit naître les vents impétueux, Ar-

Thia, épouse d'Hypérion, enfanta le Soleil, gestes et Zéphyre, le rapide Borée, l'humide

la Lune et l'Aurore, qui éclaire les mortels Notus (2022). L'Aurore accoucha encore de

sur la terre et les dieux immortels dans le l'étoile du malin et des astres brillants (2023)

ciel (2020). dont le ciel est semé.

ou parce qu'elle tombe dans nue caverne. Il y en avait une de même nom en Egypte, ci une autre dans l'Arabie Heureuse, selon Ploleiiiée. C'est le même nom

que ctaywv el arâ'/ua, gutta, ce qui distille, comme le froid resserre et engourdit, et que serment dans tontes les langues est analogue à serrer, on a feint que jurer par le Slyx était un serment irrévocable parmi les dieux.

Hésiode ajoute que c'est la plus respectable de toutes les eaux, à cause de cette circonstance; il en parlera encore, note 20-24 et -2087.

Quand on fait attention à celle multitude de fonlaines célèbres chez les poêles, on n'est plus surpris de la bizarrerie des tables qu'ils ont forgées sur les nymphes; ce sont des descriptions grotesques de ces fontaines, de leur cours, des effets qu'elles produisaient, des propriétés vraies ou fausses que l'on y remarquait. Si ces nymphes avaient été des femmes, comment aurait-on pu se souvenir de tant d'aventures que l'on mettait^ sur leur compte, el qui ne valaient pas la peine d'être rapportées : aussi la plupart de ces contes sont inintelligibles dans le système des mythologues historiens.

(2020) Tliia, épouse d'Hypérion, enfanta le Soleil, etc. Leclerc a raison de remarquer que 0£i«, dans son origine est le même que iholiu, qui en hébreu signilie le vide et la profondeur, mais ce n'est point le chaos, comme il le soutient. Hésiode a dit, v. 155, que Tlila était fille du Ciel et de la Terre; l 'esl donc la nier, el nous avons vu ce nom plusieurs fois parmi les divinités des eaux. Hypenon est le Ciel : ils ont enfanté le Soleil, la Lune el l'Aurore, parce que le soleil en se levant paraissait aux Cives sortir de la nier Egée, lôul comme il se couchail dans la mer Ionienne.

"\Ù.ioi, le soleil ne vient point de helio, altus , mais il est analogue hhel, le feu, la lumière : D.rj, tûri, Dm, t/eict, en grec, chaleur el lumière ; sol, chez les Laiins, a le même sens, comme aùuç, clarié ; de la esl venu c-sXiiv/j, la lune, ei non pas de tunuli, pernoctavil.

Aurora est l'hébreu or, our, lumière, de même que 'Qwf en grec, vient de "Au, luire.

La fonction de l'Aurore dans Homère est d'ouvrir les portes du ciel: les Latins lui avaient substitué Janus, qui signilie la lumière ou le soleil ; voilà pourquoi Horace (Sal. G, 1. n, 20) l'appelle malu- Itnsi pater , et eu rapportant sou nom a janua, ils lui mirent une clef à la main. Ou le peignait avec deux, el quelquefois avec quatre visages, pour rendre l'idée d'Homère, qui dit que le Soleil voit el entend toutes choses, ou qu'il répand la lumière de tous côtes (Udyss., 1. in, 523) : aussi le disai;-ou lit» d'Apollon, lt esl aisé de voir par là que Janus, non plus que l'Aurore, n'a jamais été un cire vivant. Junui, le soleil, Junu, la lune, oui élé ainsi prononces au lieu de Diunus et Diana, la syllabe lha, se prononce dja chez plusieurs peuples, el ensuite ja. Uiublintes esl aujourd'hui Jubluins dans le Maine.

(-2021) Euribiu, femme de tCrius, (ut mère d\isirœut, de Vullut, de Perses. Crius et Eurybie, dit Leclerc, aussi bien que leurs enfants, ne paraissent

(a) C'esl aux navigateurs que nous sommes redevables de la distinction exacte des rents ; mais au siècle d'Ué-

êlrc nés d'aucune des parties de la nature, ni de l'ancienne histoire mal entendue, mais du cerveau des poètes qui mentaient de propos délibéré. Malgré son avis, nous avons vu, noie 1931 ei 1907, que Crius est le ciel, el Euribie la mer, ou les eaux en général : 'Aarpaïoî leur lils esl dérivé d'«oroov, un astre, une étoile, tout ce quiluil dans le ciel. Les Grecs voyaient les astres sortir de la nier au commencement de la nuit, lout comme le soleil à son lever; nâïlu; est le même que yaXoç, clair, et 'A7roM<ùv, le soleil ; Uipayç est analogue à Tzpr.naw, brûler, il signifie la chaleur. Dès qu'on suppose que le ciel el la nier ont enfanté les astres, il esl tout simple de dire qu'ils oui produit en même temps la clarté el la chaleur : niais comme tous ces termes sont lires du vieux langage de la Grèce, qui n'était plus en usage au temps des poètes, ils en ont fait des personnages. Le peuple sait-il parmi nous que Aigueperse signilie eau bouillante?

(2022) Astraus marié avec l'Aurore, a fait naître les Vents impétueux, Arijeslès et Zéphyre, le rapide Borée, l'humide Notus. Aslrée est ici l'époux de l'Aurore, parce que la clarié de l'Aurore succède immédiatement aux astre; de la nuit, ou, si l'on veut, parce qu'elle est la première lueur du plus brillant de lous les astres ; mais on donnait à l'Aurore plusieurs autres maris. Elle esl la mère des Vents, parce que les vents ont coutume de se lever avec l'aurore, particulièrement sur mer.

'ApyiiTT-oc , selon Leclerc, esl une épitbèle de Zéphyre , vent du couchant; el c'est un des noms de ce vent, selon Pline el selon S Ira bon.

Zè'fvpo:, vent d'ouest ou du couchant, a tiré son nom ue Ziv, le soir ou l'obscurité, comme Zoyo», et eu/soc, le vent, ci non pas de Çunfopoç, qui porie la vie, comme disent les grammairiens. L'on appelle de même le vent frais qui souille après le coucher du soleil, de quelque part qu'il vienne, pour la même raison, parce que c'esl le vent du soir.

hopictç, selon l'explication qu'en donne Hésychius, signilie gauche ou de lia vers, parce qu'en regardant à l'orient , on a le nord à la gauche. Aquilo en latin, el liaquil en hébreu, paraissent avoir le même sens. Nord en français esl le même que noir, bise, de même; pain bis , couleur bise. Lorsque la bise souille en hiver, le septentrion parait extrêmement noir. Dans les travaux, v. 553, il esl dii que Borée amène de llirace de sombres nuages.

Selon la fable. Dorée enleva Orilhye, qui traversait la rivière d'Ilissus; 'ùptSùia. esl formé de ûpu , beauté , el «î0vi«, un plongeon , ce qui va uu fond : c'esl une épilhèle des eaux d'Ilissus dont on a fait une nymphe. On sait que le vent du nord fait souvent entier les eaux, qu'il les enlève même, les dissipe et les réduit en vapeurs. H naquit de ce rapt ZrJT/if , le bouillonnement des eaux ; KÏtoninp a, ce qui fait du bruit; Xiuv, de la neige, elXaXe/if ne la grêle. (Voyez Apollodore, liv. m, p. 200.) L'on conçoit aisément celle postérité.

Efôrof esl le veut de la pluie, de votic, I umidité (u).

(•2023) L'Aurore accoucha encore de l'Etoile au mutin el des Astres. On pourrait conclure de là que

siode, la navigation êtail .encore bien imparfaite ciiez les Orées. (Voy. Les travaux elles jours, v. 07».)

Fallas et Styx fille «le l'Océan, produisirent l'Ardeur bouillante et la Victoire, la Force et la Valeur (2024), illustres enfants qui habitent le palais de Jupiter et accompagnent partout le m;iître du tonnerre : ainsi l'obtint Styx, leur mère, dans ce jour mémorable où le Dieu qui fait gronder la fuudre sur l'Olympe, fit venir devant lui tous les immortels. 11 promit à tous ceux qui combattraient pour lui contre les Titans

première sur l'Olympe avec toute sa famille (2026). C'est en récompense de son zèle que Jupiter lui a accordé les plus flatteuses distinctions ; il a voulu qu'elle fût le lien redoutable du serment des dieux, «il a pris pour commensaux tous ses enfants. Il a tenu de même aux autres tout ce qu'il leur avait promis, parce qu'en qualité de niaîlro souverain il avait le pouvoir de le faire. Gœus associa Phœbé à son lit, et la rendit

(2025), de ne point leur ôler les privilèges mère de Latone (2027), fille charmante dont ils jouissaient pour lors, mais de les aux yeux des dieux et des hommes, et qui leur confirmer à jamais. Il ajouta môme que fait "dans l'Olympe l'ornement de la cour

tous ceux qui avaient été laissés dans l'oubli sous le règne de Salurne, seraient élevés aux honneurs sous le sien, chacun suivant ses mériti s. L'immortelle Styx, conduite par les avis de l'Océan son père, arriva la

immortelle. Pliœbé mit encore au monde la brillante Astérie, dont Perses fit son épouse dans la suite et qui fut mère d'Hécate (2028).

Jupiter a fait à cebe-ci les plus insignes

les astres sont donc différents d'Astra?us, dont le poêle a parlé ci-devant ; mais ce n'est pas ici le premier exemple du même objet présenté sous différents noms, ni du même nom répète plusieurs fois.

(2024) Pallas el Styx produisirent l'Ardeur bouillante et la Victoire, la Force et la Valeur. Tous ces personnages éiant purement allégoriques, il n'est pas convenable d'en chercher l'origine dans l'ancienne histoire de la Grèce, comme Leclerc s'obstine à le faire. Rien n'est plus mal entendu à la vérité que de l'aire naître de Styx , fontaine d'un froid mortel, Zfikoi, l'Ardeur bouillante; Nmj , la Victoire; Kpûzo; , la Valeur; B«i , la Force. La ^eiile relation que l'on peut imaginer entre ces divers objets, c'est qu'en joignant P. .lias, la lumière ou le feu , a Siyx , l'eau froide , on la fait bouillir.

Alais l'équivoque des noms peut avoir contribué à «elle généalogie; négoce peut venir de 7r«X).u, lancer, pousser avec loice; ÇriXoç vient de Çsw , bouillir ou bouillonner; que Styx, épouse de l'ail. is, c'est-à-dire, uns e:m chassée avec force, aif bouillonné, ce n'estpas une merveille. Nous avons vu note 1908, (pie vîxij ouvcïxrj peiu signifier coulante; Kp«ro» se confond aisément avec K^â/Jt; , nom de uois ou quatre rivières ; pûj , siguilie un canal , v. 239. Ainsi la famille de S.yx ne désigue rien autre chose que l'impétuosité du cours de cette fontaine ou de ce ruisseau d'Arcadie qui tombe dans lariv.èie Cralhis. Mais ces êtres physiques pris dans la suite pour des eues moraux de même nom, soin devenus la matière d'une généalogie fausse et ridicule.

(2025) Ceux qui combattraient avec lui contre les Tuons. Nous montrerons dans la suite que le combat de Jupiter et des dieux contre les Titans n'esl qu'une allégorie sous laquelle Hésiode a désigné le changement qui arriva dans la religion grecque, quand, au lieu du Dieu unique et souverain, adore d'abord sous le nom d'Ouranos et ensuite de Clnonns, on commença d'adorer Jupiter avec une loule d'autres divinités. Supposer (pie dans les temps dont nous parlons, et avant qu'il n'y eût aucune ville bâtie dans la Grèce, un roi de Thessalie ait été assez puissant pour rassembler sous ses drapeaux, les habitants du fond de l'Arcadie et des bords du Styx, c'est imaginer un monarque fameux chez les limons ou chez les Esquimaux. Les royaumes et les empires ne se soin formes (pie chez les peuples déjà civilisés ; or, avant la fondation des premières villes grecques , ce pays élail ires-peu peuplé, ses habitants étaient errants et nomades; ils étaient réduits à quelques lannlles dispersées çà ei là.

(2026) L'immortelle Styx arriva la première. Leclerc n'esl pas peu embarrassé d'ajuster toute celte narration à son système. Cela signifie, dit-il, que les habitants de l'Arcadie qui demeuraient près de la fontaine Styx, furent des premiers à se ranger du parti de Jupiter, et contribuèrent beaucoup à sa victoire : mais on a vu ci-devant ce que c'est que la famille de Styx. le Zèle, la Victoire, la Valeur, la Force, tous personnages aussi réels que Jupiter, et très-dignes d'être ses soldais. Celte histoire n'esl forgée que pour rendre raison bien ou mal du prétendu serment des dieux par l'eau de Siyx.

(2027) Cœus rendit Phébé mère de Latone. L'on a dit, note 1931, que Cœus est un nom du ciel, et que Phébé esl la lune : selon la méthode de notre poêle, autant elle a eu de noms divers, autant nous allons voir de différents personnages.

A>rrû, Latone , selon Leclerc, vient de l'hébreu lout , fascination, enchantement, parte qu'Apollon et Diane, enfants de Latone, ont présidé à la magie. Selon l'histoire du Ciel, il est le même que Lilhoa, un lézard; c'était un symbole du débordement du Nil, Ces 'élymologies sont arbitraires, tirées de trop loin, ne rendent raison de rien, ne montrent point la liaison des fables; a»jtv esl plutôt l'hébreu luth, entamer ou enlanlemenl. (/ Sam., iv, 19.) JNous verrons bientôt le pouvoir que les anciens oui atribué à la lune sur la naissance des enfants. C'est pour cela que Latone, l'enfantement ou la fécondité, esl regardée comme li lie du Ciel et de la Lune; dès lors on comprend pourquoi on l'a nommée la mère des dieux, et pourquoi Hésiode dit qu'elle lait la joie des dieux et des hommes : Ar,7(',> a donc la même racine el le même sens qu'E&njÔuïa , Lucina , l'accoucheuse , surnom de Diane, (pu esl la Lune; mais ce terme .n'est point

dans 11e-

elranger à la

langue grecque; Ljûeâov .

sychius, siguilie élargissement ou délivrance; LjOw, oublier, laisser sortir ou échapper de sa mémoire; /.iiOn, l'oubli, ce qui nous éenappe. Leclerc en a pris le contre sens ; selon lui , Latone esl celle qui lie, qui fascine; au contraire, c'est celle qui oelivre. Celle éiymologie sera confirmée dans la suite.

(2028) Phébé mil encore au monde la brillante Asleria , dont Peisès (il non épouse, el qui jui meta a' Hécate. <t>oifo, 'AffTSfù?, 'Ey.ci.Tv signifient brillaiiLe; ce sonl trois épitiiéles de la lune que l'on fait naine l'une de l'autre. Ainsi le poêle continue à reproduire le même objet sous différents noms, et en Lut auiani i,c personnages. Il n'esl donc pas nécessaire de recourir comme Leclerc a l'hébreu suiliar, se cacher. Asleria, selon lui, siguilie la déesse qui su cache, parce qu'elle esl fille d'une magicienne.

PART. 1!. THEOL. AHCHLOLOC

OKICINK DES DIEUX.

OGi

faveurs et lui a donne" les plus grands privilèges (20-29); il lui laisse exercer son pouvoir sur terre et sur nier. Déjà sous le règne du lumineux Cœlus. elle avait les mûmes honneurs, et les dieux immortels la respectaient infiniment. De même aujourd'hui, si quelqu'un offre des sacrifices ou fait des expiations suivant le rite prescrit, il ne manque jamais d'invoquer Hécate, et

pense (2030) ; la déesse écoule favorablement ses vœux: elle répand sur lui les richesses et l'abondance (2081), parce qu'elles sont en son pouvoir. De tous les entants du Ciel et de la Terre, aucun n'a eu d'aussi grandes prérogatives; Jupiter ne lui a retranché aucune de celles dont elle jouissait déjà (2032) sous le rè^ne des Titans ou des anciens dieux (2033) : elle a conservé sa dignité,

son respect ne demeure point sans récom- telle qu'elle lui est échue dès le commen-

Cctte éiymologie bizarre cl fausse ne nous apprend point iitti était Asicria.

Perses, que Leclerc prend pour nn être imaginaire, tsi la chaleur, comme on I' « observé, note 2021 . Il n'est pas surprenait! qu'on lui donne pour épouse la lumière «les astres ; ee sont eux cpii produisent la chaleur et la lumière. Feu, chaleur, lumière, sonl exprimés par les mêmes racines dans toutes le» langues.

Hécate est encore la lune, Lecicrc le reconnaît ; mais il dérive asse». mal son nom de l'hébreu adiadah, unie a. 'ttetxni est le féminin «le "Exu-:q;, nom donné par Homère à Phœbus ou Apollon, cl on sait que celui-ci esl souvent confondu avec le soleil. L 1 racine de ces deux termes esl kal, le feu ou la lumière, qui se retrouve dans le chaldécn k lit, l'été, le temps des chaleurs, dans r.K-jxu; , r.v.jro; , vu-JTTip, combusior, de z«i«* , uro. Quoique la lune ne donne point de chaleur, elle donne de la lumière, c'en esl assez pour la nommer Hécate. Lutta, chez les Lalins, a le même sers; /ouvov , dans Hésychius, [ulgcns. Toute l'érudiliuil employée par Leclerc et dans l'histoire du Ciel, pour prouver qu'Hécate signifie unicu, porte à taux et suppose de» changements de prononciation qui ne suivent point la mécanique ordinaire du langage.

(2029) Ju.pner lui a donné les plus grands privilèges. Le poète nous atteste ici l'antiquité de l'opiniou populaire sur tes inOuenees de la lune : mais quelle eu esl l'origine? Il n'est pas surprenant que les peuples *pii habitaient les bords de l'Océan, et les navigateurs qui en avaient vu le flux et le reflux, se soient aperçus que les marées sonl [dus hautes ou plus basses selon les différentes phases de la lune, qu'ainsi ils aient imaginé qu'elle avait pari à ce phénomène, sans concevoir le mécanisme de celte influence : de là ils ont conclu qu'elle pouvait influer aussi sur les divers changements de l'air, sur la pluie et le beau temps. Ils ont élé d'autant plus enclins à le croire, que souvent elle les indique «l'avance par ses différentes couleurs, ou par le cercle dont elle parait environnée. Comme loulcs l«:s productions «e la terre dépendent beaucoup «le la température de l'air, par une progression de conséquences, on a cru «pie la lune influait sur tout et; oui sort «le la terre. Quelques Observations vériliées par hasard ont affermi l'opinion générale, et il n'y a pas d'apparence «pie Ton parvienne siioi a la détruire. t)es que l'on a imaginé une fois dans la nature un agent dont ou ne connaissait le pouvoir que confusément, l'on n'a pas manqué de lui attribuer tous les ellets dont on n'apercevait pas la cause immédiate. C'est le propre de l'humanité de soulager son ignorance a moins de frais qu'il esl possible.

Ce n'esi pas seulement sous le règne de Jupiter, cl après la naissance, de l'iilolàlrie , «pie l'on a commence à croire les influences de la lune, c'est (lés les temps les plus anciens, el déjà sous le règne du lumineux Lwlus, comme paile Hésiode, v. 414. Yoda le seul sens raisonnable que l'on puisse donner a ses paroles, qui ne sont, pas intelligibles «uns le système des mythologues historiens. Si Calus a ete un roi de Tliessalit, Quelle p.iri a-l-d pu avoir à l'opinion que l'on a «.OiiÇue des iu-

OElVKES COMPLÈTES UK LlihGItf. I.

fluenoes de la lune ?

(2050) De même aujourd'hui, si quelqu'un offre des sacrifices, etc. Leclerc a observé avec raison que la coutume d'offrir «les sacrifices à la nouvelle lune était très-ancienne. Elle a pris son origine sans doute, dans l'usage qu'ont suivi les premiers hommes «le s'assembler dans ce temps-là, pour rendre en commun leurs hommages à la divinité, lui offrir les fruits de la (erre, el prendre ensuite un repas commun en signe «le fraternité. La nouvelle lune ramenait la joie parmi les hommes. En hiver surtout, lorsque les nuits sonl si longues, elles sonl beaucoup plus tristes, lorsqu'on ne voit point de lune; les anciens peuples devaient être encore plus alleetés que nous de son absence, parce qu'ils ne savaient pas tirer du leu et des lumières artificielles loul le parli que nous en lirons. Qu'y a-t-il «le plus triste qu'une pauvre chaumière où l'on esl réduit à la seule clarté d'un petit feu pendant la nuit? La révolution régulière des mois marquée par les apparences de la lune, el qui est de beaucoup plus aisée à remarquer que le cours «lu soleil a donc commencé demetlre un ordre dans la sociéié : c'est à quoi Dieu a destiné cel astre : Fecil lunum in tempora (l'sal. cm, 19). Quand la lune n'aurait jamais influé dans les productions «le la nature, elle a toujours eu beaucoup «le part à l'ordre politique", c'en était asiez pour lui rendre des honneurs et pour affermir l'opinion très-ancienne que l'on a eue de son pouvoir.

("2031 ) Elle répand les richesses et l'abondance. Dès que l'on a été persuadé «pic la lune influait sur la fécondité de la terre et des animaux, il est loul simple qu'on l'ail envisagée comme la dépositaire «les riche ses, et qu'on lui ail fait des vœux pour en obtenir : nous verrons la source de celte opinion .

(2U52) Jupiter ne lui a retranché aucune de ses prérogatives. On expliquera dans la suite en quel sens les dieux de nouvelle institution ont reçu de Jupiter les privilèges dont ils oui joui. La lune en a eu de plus considérables que tous les autres dieux , tandis «pie l'on a supposé qu'ils ne présidaient qu'à certaines parties de la nature, la lune étendait ses influences dans le ciel et sur la terre dans l'ordre civil el religieux. L'on conçoil que dans le système historique des fables, ce «pie dit Hésiode, ne forme aucun sens. Jupiter, roi «le Tbessalie, en récompense de ce que la Lune lui a aidé à détrôner son père, a léglé qu'elle continuerait à être honorée comine auparavant : qu'esl-ce «pie le poêle a pu entendre par là ?

(20Ô3) Sous le règne des Titans ou anciens dieux. Celte distinction si marquée entre les dieux anciens el les dieux nouveaux nous fait parfaitement comprendre quel a élé Je dessein d'Hésiode dans la Théogonie. Il a voulu nous marquer les différents èiats de la religion grec«|ue cl les changements qui y sont survenus : c't:si en vain que l'on voudrait l'entendre autrement; jamais on ne réussirait à donnei un sens raisonnable à la plupart de ses expressions.

Ces mêmes paroles d'Hésiode nous apprennent encore que Titanes el prioret dii, sont synonymes. On a remarqué, n. 1953, «lue Titan signifie grand et supérieur : il peut donc aussi exprimer uucien, qui

cernent. Quoique déesse unique, elle n'en est pas moins révérée, son pouvoir s étend comme auparavant sur toute la terre, dans le ciel et sur mer: il est même augmenté, parce que Jupiter lui accorde ses bonnes grâces. La déesse protège et fait prospérer qui elle jugea propos; elle le rend respectable dans l'assemblée du peuple. Lorsque les guerriers prennent leurs armes pour marcher au combat, il dépend d'elle de leur accorder la victoire et de faire triompher leur valeur. Elle est assise à côté des rois, lorsqu'ils prononcent des arrêts : elle se trouve au milieu des combattants sur l'arène, pour animer l'ardeur de celui qu'elle veilt favoriser; bientôt victorieux par son secours il se couvre d'une gloire immortelle, et qui rejaillit sur toute sa famille. Fidèle à suivre

a précédé tout comme majores désigne l'un et l'autre en latin. Superiores se dit non-seulement de ceux qui sont au-dessus de nous, mais encore de ceux (|ili ont été avant nous. Les Titans sont donc les premiers dieux que les Grecs oui adorés; ce sont les différentes parties de la nature, comme nous l'avons vu jusqu'Ici. Les dieux nouveaux sont ceux qui ont présidé aux ails et aux sciences, et dont le culie a é,é beaucoup plus pompeux , lléiiode le racontera dans la suite.

Le poêle nous apprend enfin que le culte de la Lune, loin d'avoir diminué par la succession des temps, a beaucoup augmenté au contraire, et cela est exactement vrai. D'abord elle ne fut connue et honorée que sous un seul nom, comme un des asires dont les mouvements étaient les plus intéressants pour la société. Dans la suite, elle lut adorée sous les nom "tipri ou Juuon de "Apzspnç ou Diane : de £(V/]duiaou L cine, de a>jtù ouLalone, de 'E-/«-nj, <toiérj ïihnvn, Mijvvj. Dans les premiers temps, ou s'était contente île croire qu'elle influait sur les principaux phénomènes de la nature, mais sous le règne de Jupiter, c'est-à-dire, lorsqu'il lut regardé comme le dieu souverain, on se figura que, sous différents noms, la Lune exerçait son empire, même sur les esprits et sur tous les événements delà vie; que les hommes étaient riches on pauvres, savants ou ignorants, victorieux ou vaincus, heureux ou infortunés, comme il plaisait à la Lune. Hésiode va nous rapprendre. Delà on a dit que Jupiter lui avait donné tous ces privilèges.

(2034) La déesse proiéye ei fait prospérer qui elle juye à propos, etc.

11 est évident par cedélail que c'était à la Lune que s'adressaient les vœux que l'on taisait aux différentes divinités dont nous avons parlé ; à Juuon, pour être victorieux et honoré dans le inonde , à Diane, pour être heureux à la chasse, à Lticina, pour la fécondité des femmes et des troupeaux, à Latone, pour la prospérité des familles, à Hécate, pour le beau temps dans les voyages. Des que l'on pouvait supposer que la lune pouvait influer sur le gain ou sur la perte des batailles, il n'est plus surprenant qu'une éclipse de lune ait sufli autrefois pour eilïayer des urinées entières.

L'opinion qui a fait présider la lune à la naissance et à l'éducation des enfants, v. 450, est fondée eu raisons et en préjugés. 1° Il est certain que c'est dans l'intervalle de neuf à dix lunes, ou de neuf à dix mois que reniant se forme dans Je sein de sa mère, y prend la croissance et vient au monde , il eu est de même des animaux à proportion. C'est la remarque de Cicéron, De nul. deor. i. il, n. 207. 2" Les feu, mes du commun sont encore aujourd'hui persuadées que leur» couches peuvent être accélérées ou retardées de plusieurs jours, selon

les cavaliers dans leurs courses et les navigateurs dans leurs voyages, elle les exauce, lorsqu'ils adressent leurs vieux à Hécate et au bruyant Neptune. Souvent la déesse accorde une proie abondante à celui qui l'invoque, souvent elle l'arrache à celui qui croyait déjà la tenir. Elle est occupée avec Mercure à multiplier les troupeaux dans les élables , les bœufs, les chèvres, les moutons: elle les fait croître ou diminuer comme il lui plaît. Quoiqu'elle soit le seul enfant de sa mère, elle exerce ce pouvoir immense parmi les dieux. Jupiter l'a chargée encore de conserver le jour aux enfants qui viennent de naître et de les faire grandir. Tels sont ses priviléges(203i).

Rhéa, épouse de Saturne, eut d'illustres enfants (2033] : Vesta (2036), Cérès (2037),

que la lune est plus ou moins avancée. De là est née chez les anciens la coutume d'invoquer Junou, Diane, llyihie, Hécate, pourles femmes en travail. 5° L'on a pous.-é plus loin la prévention. L'on a cru, et on croit encore parmi les femmes peu instruites, que la lune inilue sur la différence des sexes, que suivant qu'une mère ou une femelle accouche en vieilli» ou en nouvelle lune, on peut prédire si dans la grossesse-suivante, elle portera un garçon ou une fille, un mâle ou une femelle. De celle opinion il n'y a plus qu'un pas à faire jusqu'à celle d'Hésiode cl des anciens, que de la lune dépendent nos destinées. Sans les idées plus saines que la religion nous donne, nous serions pour le moins aussi ridicules que les Grecs, el il n'y a encore que irop de gens assez slupides pour ajouter foi à toutes ces anciennes puérilités. C'est de là que l'on du en plaisantant d'un homme qui réussit mal dans ses affaires, qu'il n'est pas né en Lutine lune.

Le préjugé des Grecs que la lune présidait à l'éducation des enfants, leur fil élever ue» autels à Utune la nourrice. (Pausanias, t. iv, c. 54. J Ou montrera ci-après que Diane esi la même quVéeaie.

(2055) liltéu, épouse de Saturne, eut d'illustres enfants. L'on a observé, noie 195i, que Ithéa eslb terre, el note 1955, queSaïuine eslie lenips. Leurs enfants ne sont plus des dieux Titans, ce sont des dieux nouveaux adores sous la troisième époque de la religion grecque.

^Oâbj •taxiu., Vesla, csl le feu : on reconnaît encore ce nom dans œslus, wstas, œsiuo ; 'Erzla. eu grec esl le loyer. En supposant cette divinité, fille du 'ienips ei ne la lerre, Hésiode semble insinuer que les Grecs ne connurent pas d'abord les diveis Usages du feu, qu'il leur lallul du te.nps pour les apprendre, el il raconte, v. 510, que Promélhee déroba le leu aux dieux. L'auleur de l'Origine aes lots,dt:s urls el des sciences, a prouvé, lre part. i. il, tome I, page 152, que les anciens peuples ont ignore l'usage uu feu assez longtemps. Mais il n'est peut-être ici question que du cuite de Vesla el de» dieux Lares qui n'est pas de la première antiquité : il n.; commença chez les Grecs qu'a la formation des socieles, el lorsque chaque famille eut son loyer particulier. D'ailleurs, c'est surtout aux dieux nouveaux dont nous allons parler, qu'il faut appb quel le principe de M. de la Darre, que l'époque de leur naissance esl celle de leur culte.

Celte même époque nous montre qu'il n'est point ici question d'une lenime qui ail invente l'usage du feu , cet usage n'a pas pu être ignore jusqu'alors chez les Grecs, puisqu'il y avait chez eux des volcans, et que le poé.e a parle ailleurs des cyclopes.

(•2057) AriiAïiTnp, la incre Gères, n'a point me sou nom du phénicien dut, abondance, niais île <$ai<«>, nourrir, c'est ta divinité qui préside à l'agriculture

9oj

PART. 11. THEOL. ARCHEOLOG.

Page 1