‹ Œuvres completes de BergierChapitre 115 sur 255 · GG · texte numérisé non relu

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Junon (50381 h la chaussure dorée, le terrible Plulon (-2039) qui exerce dans les lieux

et ii i'usage que l*o;i l'ail «les fniils «le la terre. Les Cnidîens la nommaient Kvpn, nom relatif à l'hébreu Kunih, au latin Cérès, au français Chère, qui tous signifient nourriture. Les Siciliens l'appelaient sItu, le l lé ci le pain. L'agriculture n'ayant pas été connue dè> les premiers temps île la Grèce, Cérès n'esi point une des plus anciennes divinités, on la s Oppose lill» de la Terre ei du Temps : La raison en et assez claire.

L'abbé Manier (tome 11, liv. iv, c. 10). a senli la dillicullé de prendre dans le sens historique les aventures de Cérès el l'enlèvement de sa lille Proserplne, il a judicieusement remarqué qu'il est imposable de les concilier avec les époques les plus certaines de l'histoire grecque.

1° L'on ne concevra jamais ce que rapporte Diodore de Siciln (lotne 11, I. v, n. -41, page 505), que «eue île soil le premier lieu du monde où l'agriculture ail été connue, et où il ail crû du hlé, ni qu'une reine de Sicile nommée Dio ail passé la mer pour venir enseigner cet an aux Athéniens. Selon l'ordre des migrations du genre humain, la Grèce a dû dire liahitée, peuplée et cultivée avant la S cile, ei nous voyons la naissance des arts suivre constamment la marche des premières colonies. La Sieile n'a passé pour être le berceau et la demeuie «le Cérès, que parce que c'était un des plus fertiles pays du monde : Diodore lui-même observe que plusieurs autres peuples, en particulier les Egyptiens, revendiquaient la naissance de Cérès. (lbid.)

2° L'on comprend encore moins que la navigation ail élé en usage, et le commerce établi entre la Grc«;e et la Sicile avant que les Grecs aient eu aucune connaissance de l'agriculture : celle-ci est un des premiers arts chez tous les peuples, parce «pie c'est un des plus nécessaires : les sauvages ne sont occupés que de leur subsistance el des besoins les plus pressants de la vie.

5° Le savant auteur de ['Origine des lois , etc. , a prouvé, tomel, livre u , secl. 2, que l'agricultnie est plus ancienne dans la Grèce que l'époque où l'on place ordinairement l'arrivée «le Cérès. Cel ail est venu, selon lui, «les princes Titans; mais connue il lui négligé après eux, Jes colonies d'Egyplens el de Pliéniefens le remirent en vigueur. On ne i élèvera point la faiblesse «le celle supposition; mais le lail de l'ancienneté «le l'agriculture dans la Grèce n'en est pas moins certain.

4° Soit «|iie l'on place la demeure de Plulon dans le fond de l'Espagne, connue le prétendent les uns , ou dans l'Epire, comme veulent les autres, on n'imaginera jamais que dans ces siècles barhares un roi au été assez fou pour passer les mers et enlever une Bile, ni une mère assez simple pour aller la chercher par tout le monde. Ces amours ridicules des iheux sont des contes lorgés, dans les s écles postérieurs, par les Grecs devenus galants et aventuriers, et loudés sur de grossières équivoques. L'enlèvement de Proserpine n'est qu'un tissu de circonstances fabuleuses.

5* Il est impossible de se persuader que les Grecs aient érigé des autels à une femme étrangère , de son vivant même ; qu'ils aient institué des fêles et des mystères à son honneur, parce qu'elle, leur avait enseigné un ail utile qu'ils ignoraient. Jamais les Sauvages de l'Amérique n'ont été lenies d'adorer les Européens, parce que ceux-ci sont plus savants qu'eux.

Est-il bien certain d'ailleurs que l'arl «le cultiver le ble el de s'en servir, ail ele apporté en Grèce par une étrangère qui le possédait «icja dans

vv20ô8) Voy. cene note page suiv.

(2039) Vuij. cette note page suiv

souterrains un crin1!

l'ait entendre au loin

empire, N^plune qui le bruit de ses flots

une certaine perfection? M. Goguel a montré, i*« part., 1. u, c. 1, que l'arl de faire du pain ne s'est formé (|u'à la longue et par une infinité de tentatives qui se sont succédé. On a mangé d'abord le grain vert ou sec, ensuite on l'a l'ail griller ; on a commencé à le broyer avec des pierres, on en a fait de la bouillie, ensuite «le la pâle plus ferme et des gâteaux, enfin du pain. Gomme..! donc pourrait-on attribuer cet art à une seule personne?

fi° L'équipage de Cérès dans ses courses décèle la nouveauté de la fable. Elle était, dil-on, moulée sur un char, symbole de la charrue; or ce n'est point par la charrue «pie le labourage a commencé : on s'est contenté d'abord de fouir la terre avec «l«;s peux de bois, comme (ont encore les sauvages. Les premières charmes n'avaient pas de roues : c'était un arbre traîné par des bœufs ; l'une «le ses branches coupée en crochet servait de soc pour tracer le sillon. L'histoire de Cérès est une vaine imagination, une pur,: fable.

Il faut donc nécessairement recourir au sens allégorique, comme a fait l'abbé Banier, en cela peu fidèle à son système. Pioserpine, fille «le Cérès, était nommée Perephutta dans les langues orientales, de perè ou plieri, fruit, production, elphulah, creuser, labourer la terre : Perepliuiia est à la lettre le finit «lu labour. ige. Le grec X\.-.paty<yjr) est formé de irsp ou 7Tép., qui signifie quelquefois ex el «t/ij/ov même terme que o-i^pwv el aiyvôî, creux; ce nom exprime connue le précédent, ce qui provient «lu creusage «le la terre ou du labourage. Proserpina chez les Latins, en changeant la prononciation du grec, n'eu » point altéré le sens : selon Vairon, I. iv, n. 10, elle est ainsi nommée, quod ex en proserpant (ruges : te n'esi pas la plus mauvaise de ses éiymologies.

La généalogie de Proserpine est l'explication de son nom. Elle est fille «le Jupiter el de Cérès, c'est-à-dire , du Ciel et de l'Agriculture; eile se lenail en Sicile dans la vallée d'Enna, parce que c'est un des vallons les plus fertiles et les plus agréables de celle île, dont les historiens, aussi bien que les poètes, ont fait une description charmante.

Elle est enlevée par Plulon, dieu de enfers, parce qn'il faul enfouir le grain dans la terre pour le faire germer. Sa mère Cérès la cherche par loul le monde, parce <)ue dans lous les pays du monde, I agriculture esl occupée à faire sortir les fruits de la lerre et à les recueillir. L'équipage qu'on lui donne, esl un nouvel emblème; sou char, ligure de la charrue, e.-t conduit par Triptolèine, celui qui rompt les sillons; c'est ce que son nom signifie. Il esl attelé île deux serpents ailés, parce que souvent les sillon» tracés par la charrue vont un peu en serpentant.

Dans l'Argolide , en Sicile près de Syracuse, en Péolie prés de Céphyse el dans l'isthme près de Corinlhe , on montra il des Irons profonds par lesquels on prétendait que Proserpine avait élé enlevée. Tous ces monuments étaient aussi authentiques les uns que les autres.

Proserpine retrouvée dans les enfers , est condamnée à y demeurer six mois, et les six autres avec sa mère, parce que, pendant les six mois d'hiver, les grains demeurent connue ensevelis dans la terre, el ne reparaissent que pendant la belle saison.

bientôt Hésiode donnera pour second époux à Cérès un certain Jasius de l'île de Crète , qui la rend mère de Plulus, «lieu des richesses. Il esl évident que celle seconde filiation n'est pas différente de la précédente. On supposait encore'que Gérés avait eu commerce avec Neptune changé en cheval, c'csl-a-dire, avec l'eau conduite par des canaux

(2040), le <]«s hommes

s fige

Jupiter p('re 'les dieux et (2041), dont la foudre fait

trembler le ciel et la terre (2042).

Saturne les avalait à mesure que

leur

pour arroser les terres (Pausan., I. vin, c. 25.) Les fêtes ci les mystères de Cérès ne sauraient rire remaniés comme autant de monuments de ses aventures. Ces fêles ont clé célébrées par loin- le monde, ei le sont encore aujourd'hui par les laboureurs , lorsqu'ils finissent leurs travaux dans les différentes saisons. Les mystères n'étaient dans leur origine qu'une représentation innocente de ces iravaux divers cl des pratiques lin labourage; on les (il passer dans la suite pour des cérémonies mystérieuses, afin de leur concilier plus de respect; les différentes circonstances dont on ne comprenait plus le sens, donnèrent lieu d'imaginer les aventures <ie Cérès.

(•2058) Hprj, Jnnon, ne vhnt point de liarali, jalouse ou ennemie; il a plusieurs significations différentes , et c'est ce qui a donné lieu à la fable de Jnnon. i° Il est le même que y,p le feu ou la lumière; d'où sont formés àèpnç dans Hésycbius la chaleur, cl yp, le matin : voilà pourquoi il a désigné la lune ou le flambeau de la nuit : Junon est la lune dans son origine : de là les surnoms Novella et Ctilenduris, que lui ont donnés les Latins. 2° Il se confond aisément avec ùnp, l'air, le ciel : eonséqueminent, Junon esl devenue la sœur et l'épouse de Jupiter, qui désigne aussi l'air et le ciel. De là esl encore née la fable qu'Homère raconte, Iliad., 1. xv, iO, que Jupiter avait suspendu Junon entre le ciel et la terre. Cicéron l'a remarqué : Aer, ut Sloici disputant, inlerjecius inier cœlum et mure , Junotiis nomine consecralus. (De nul. deor., liv. ri.) C'< si l'origine des noms (luonia et matuta, l'air qui produit la rosée du malin. Selon Pausanias, liv. u, les habitants de l'Argolide sacrifiaient à Jupiier ei à Junon pour demander de la pluie dans les lemps de sécberesse. 5° On l'a pris pour "Hd, grand, élevé, puissant, d'où viennent fipu;, héros, grand homme, lierus et liera en latin ; delà on a dit que Junon était la reine des deux el la reine des dieux. 4° *Hp« est le même que l'hébreu liarali , femme enceinte, qui itccoudie , qui enfante; «/wro, dans Hésychius , concepil, el iixpûv , gravidam esse. On a donc surnommé Junon Lucmu, l'accoucheuse, el on lui a pi été le même pouvoir qu'à la lune sur les couches. 5° lia rapport encore avec apa; colère, malédiction, comme nu eu laim ; conséquemmeoi on a supposé Junon, Hère, colère, jalouse, cl ou lui consacrait le paon, symbole de l'orgueil.

La mauvaise humeur el la jalousie de celle déesse viennent encore d'une autre source. Junon esl souvent l'air; toutes les fois que l'air est agité el orageux, c'est Junon qui esl en colère. Jupiier étant aussi le Dieu de l'air el de la pluie, lorsque celle-ci l'ail enfler les eaux el les fontaines, c'esl Jupiter qui cotrompt des nymphes et qui lait des infidélités à Junon. Si le mauvais lemps continue, si l'orage fait déborder les ruisseaux, rompt le» canaux, brise leurs digues, alors c'est Junon jalouse el irritée qui persécute les niaiiresses de sou mari, el veut perdre leurs entants.

Rien n'est plus commun dans Homère que les querelles de Jupiter et de Junon el le scandale de leur mauvais ménage. Quand ii pleut d'un colé el que le soleil luil de l'antre, la sérénité de l'air combai en quelque manière Contre le mauvais temps ; on disait en style poétique que Jupiter se battait avec Junon. Ce langage puéril el badin subsisle AMVtwe parmi les enlanls de la campagne : quand us voient tomber de la pluie el lune le soleil en même temps, ils disent que le diuble but sa femme. On ne sera pas surpris que Jupiier soil pris par les enfants pour le diable.

Lorsque les Péruviens voulaient expliquer la pluie,

ils disaient que c'était une jeune fille qui jouait avec son frère dans les airs, et que r-elui-CJ par malice lui cassait «a cruche pour en faire lomber l'eau. Ainsi la physique des Grecs était celle des enfants el (Ips sauvages; et les idées qui ont fait naître les fables, subsistent toujours.

Juno en latin a du signifier aussi la lune, puisque celle-ci esl appelée Junn, et le soleil 3 anus: c'esl le même que è«fn en grec, la lumière : iovnôfpx, Lucifer ou Aurora. Il esl donc certain que la divinité nommée "Hpcc, "lipti, était la Lune dans son origine; que l'on a composé les fables dans la suite sur l'équivoque des divers sens de son nom que l'on ne comprenait plus. Sous le. nom d'Hécate, elle était au nombre des plus anciennes divinités; sous le nom d'Héra ou Junon, elle n'était connue que depuis le règne de Jupiter.

M. Fourmoni le cadet, dans sa Dissertation sur Vénus, lome VU des Mém. de VAcad. a rapporté un passage de Vairon, qui prétend que Junon élail la lerre chez les Latins. Virgile semble avoir eu la même idée. Géorgie, liv. n, v. 525.

Tum pater omnipotens, fecundis imbribus œllier,

Conjugis in gremium (celée descendit....

Cela prouve seulement que les anciens ont souvent confondu le nom de leurs divinités, parce qu'ils n'en concevaient plus la signification.

(•2059) Plulon, f Atfaf , 'kfaç, le tombeau ou l'enfer, c'est à-dire, l'intérieur de la terre. On a supposé que les entrailles de la lerre étaient le séjour des mânes ou des âmes, à cause ne l'usage établi d'enterrer les morts. On a cru qu'un roi régnait sur eux, parce qu'on voyait tous les peuples gouvernés par des rois, el dans un temps où les Grecs euxmêmes étaient sous le gouvernement monarchique. Plulon, l'enfer ou le tombeau, esl fils de Saturne, parce que xfôvoj signifie quelquefois un creux ou un gouffre profond, noie 1943. On comprend assez comment il esl enfanl de Rliéa la lerre. Selon Diodore de Sicile (tome I, p 203, l.t,c. 36), Orphée a rapporté d'Egyple toute la I'. ble îles enfers, et dans Sanchoniathon, Plulon ou Dis esi le moulli des Phéniciens, la mort.

On a dit encore que Plulon était le Dieu des richesses, parce qu'on fouille dans la terre pour trouver les métaux, el que souvent les avares enfouissent leur or el leur argent.

Ce nouvel attribut nous bit comprendre que Pluto cbez les Latins a le même sens qu'Aies chez les Grecs, qu'il signifie l'intérieur de la lerre ou le tombeau. Selon les fables, il y avait une nymphe Pluto, fille del'Océan. V. r.oie2ul8. Ce nom par conséquent désigne un lieu profond. C'est le tirer de trop loin, que de le faire venir de palui, délivrer, parce que la mort est. la délivrance des justes; le* anciens peuples n'ont point connu ces sortes d'allusions.

Orcns , autre nom laliu de Plulon, a la même énergie que le premier, puisqu'Ora», selon Isidore, signifie un vase profond propre a mettre de l'eau. Ourque, esl une rivière de Erance, ci Arques, une rivière de Normandie.

Pour découvrir l'origine de la fable de Plulon, il n'est pas nécessaire de recourir à un certain Aidonée, qui a régné, dit-on, en Epire, el qui fui appelé roi des enfers, parce qu'il faisait creuser la lerre pour tirer des mines, el que ceux qui sont occupés à ce liavail, ressemblent plus a des morls qu'à des

vivait'.*

(-2040; Voy. celte note page suiv.

(204!) Voy. celle note page suiv.

(^042) Voy. celte noie page suiv.

mère îes meclait au monde (20%3), parce

qu'il ue voulait pas qu'aucun autre des en-

fants du ciel lui disputât l'empire sur les immortels. Il avait appris de la Terre et du

vivants. Loclero convient que cet Aidonné vivait au siècle de Thésée, par conséquent plus de 700 ans après le prétendu règne de Saturne. Comment prouverait-on que dès les premiers (einp» de la Créer, il y a ce un royaume en Epire. et un roi Adès occupe à fouiller des mines? Cel art esl sùueinent postérieur à l'agriculture : voilà pourquoi Hésiode place la naissance de Cérès avant cetle de l'Iulon. D'où pourrait venir la relation entre ce roi et Jupiter, et leur prétendue fraternité? Enfin , pourra- I-Oll faire voir que la fable des enfers esl postérieure à Thésée, que l'on suppose avoir vécu plus de G00 :>ns après la formation des premiers Etals de la Grèce ? Thésée, Orphée, Plu ton , sont des personnages imaginaires. La double fonction .pie l'on a donnée à ce dieu de présider aux richesses et aux funéraires, nous fait assez comprendre qu'il n'est pas ici question d'un homme.

Les savants ont employé bien de l'érudition pour expliquer en quel sens certains héros étaient descendus aux enfers. On pourrait croire d'abord que < e> histoires sonl venues de la fourberie de quelqu'un qui, après s'être caché pendant quelques jours dans des cavernes profondes, où personne n'osait descendre, publia qu'il était allé aux enfers: mais il y a un dénouement beaucoup plus simple. Les noms de la plupart de ces héros, Orphée, Thésée, Hercule, oui rapport aux eaux qui tombent dans des gouffres; ces eaux conduites par des digues et des canaux ont été changées en personnages lires des enfers. On le veira dans la suite.

(204U) Neptune qui fuit entendre au loin lebruii de ses flots. 'Ewootyatov, 'Ewo«£0&w sont deux épilhètes 'Je Neptune, que l'on traduit ordinairement (/nattent ou mutent terrant. Mais nous ne sommes pas certains si svvûw. movere, qui n'esi pas eu usage, ne sigmlie pas aussi cingere, comme êvvug», environner, habiller; dans ce ca» les deux termes précédents exprimeraient cingent ou ambiens terrain, comme rcuoôujgoç, surnom que les Lacédémonieus donnaient à .Neptune. (PausaN., I. ni, c. "20.)

Le nom grec île Neptune esl tlotr-iSûv , il n'est poiui dérivé de l'hébreu posedon, fractor navium, comme l'explique Ledere, m de pescliitan, expansus, Couine du Bochart, suivi par M Eouruionl, mais de 7:0V, seigneur où maître, comme en latin, nom;, luari et iliïoç, "\ôoç, l'eau ou la sueur ; etoiov, humide, dans Hésychhis. 11 siguilie doue maître ou seigneur des eaux. L'est le synonyme de n.vroasSwv, surnom que les poètes donnent souvent à Neptune. ,Seplunus, nom latin, a pféciséuienl le même sens. Il ne vient point de Neplôni, ctassis appulsio, comme l'entend l'Histoire du ciel, mais de uep, eau, qui esl la ratine de Xi-r&j, laver ou mouiller; Tun, élévation ou autorité, comme Dun dans loules les langues. .\e: tuuus exprime donc sans détour ce qui domine >ui ;es eaux. Les Egyptiens, selon Plutai que , appela.uni Ntyffuv. les promontoires ou les rochers placés au bord de la mer. Keplunium était une ville 11 italie placée sur un promontoire, l'osideum, même nom que i'oseidun , était aussi un promontoire munie: Ces noms désignent ce qui esl élevé sur les eaux, pai conseqiie.it l'autorité sur lescanx dans le sens métaphorique. Les Egyptiens nommaient aussi la divinité' «les eaux VLuoaké, de Moi, Moj, l'eau en égyptien, ei lt,'t,, >cgncur: c est toujours la même idée, lis appelaient encore la mer typhon et lui donnaient pour femme Nephté ; on ne peut méconnaître l'analogie de celle-ci avec NiyOvv.

belon Hérodote, les Scythes nommaient Neptune, Tiiainimasades : or, lliuiniiu , dans les langues orientait'» peut designer le» eaux, puisque TamtiH eu clialuccn siglilU'. ; sublUCI gel ; -ta.'i.Ki Cal celui

qui fait couler; asad, aschad, verser, répandre, faire couler; 'Fliainiinasades, celui qui fait rouler les eaux.

Vairon donne pour épouse à Neptune Sa/acia ; on voit bien que celle-ci esl la mer.

Le l rident de Neptune n'est point un SCeplre royal, comme l'abbé llanier le prétend ; c'est plutôt l'instrument dont les pécheurs se servent encore, aujourd'hui, qu'ils appellent vulgairement fouine ou (ougne, el avec lequel ils percent le poisson.

Les savants ont écrit sur l'autorité d'Hérodote, que Neptune n'était pas un dieu ancien dans la Grèce, qu'il était venu de Lybie : ce fait aurait besoin d'être mieux prouvé. Le culte de Neptune n'est pas à la vérité depuis le règne de Saturne, mais seulement depuis que les Grecs ont connu la navigation ; Nérée est l'ancien nom delà mer. Quoique celui de né*Gvv suit Lybien, il ne s'ensuit pis que ce personnage ne soii aussi ancien que Jupiter et Plulon. Hérodote n'appuie ce qu'il dit que sur l'autorité des prêtres d'Egypte, el ce témoignage n'est pas infaillible; celui d'Hésiode, qui est plus ancien de 400 ans, mérite un peu plus d'attention. Cette vieille tradition, que Neptune était venu de Lybie, peut signifier seulement que les Grecs avaient appris la navigation des Phéniciens de Cartilage.

D'autres ont pensé que Neptune, frère de Jupiter, roi de Thessalie, avait été regardé connue Dieu de Li mer, parce qu'il avaii eu des îles pour son partage ; mais quelles îles? Dans le style ancien, la Grèce et les pays voisins sont nommés les îles: Neptune aurait donc régné dans la Grèce; c'est ce qu'on n'a pas encore imaginé.

On a dii enfin que Neptune était chef des armées navales de Jupiter. En effet, il «levait y avoir .les llolles brillantes dans un Etat où il n'y avait pas encore de villes, où Cérès, l'agriculture, ne faisait que de naître, où l'on n'entend parler de navigation que plus de 000 ans après. C'est ainsi que le système des mythologues historiens esl perpétuellement en contradiction avec l'état contemporain delà société.

L'arl de la navigation a commencé par de faibles tentatives; telles que nous les voyons chez les sauvages: il esl très-vraisemblable que le hasard y a jowié lieu ; ce n'est doue point l'inventeur de cet art <pie l'un a honoré sous le nom de Neptune. ( Voyez Goguet, t,e partie, I. IV, ch, 2.)

(^1)4 1) Jupiter. Nous vo;ci donc à la naissance du plus grand des dieux. Zrjv ou Znjva, ancien nom de Jupiter, n'est point l'hébreu zuuni, scortator, connue Ledere l'a imaginé. Ce n'est point sous* cetle idée odieuse que les Grecs oui désigné d'abord leur dieu principal; les débauches qui lui ont été attribuées dans la suite, ne sont fondées que sur de grossières équivoques, nous le verrons en détail.

Ztjv et Zeiî»" ne viennent point non plus de Ç«w, vivre, mais ils signifient haut, élevé, supérieur, au propre et au ligure ; Çcvioeç, duces, dan» Hésychjus, "AÇc.v est une montagne d'Areadie; kÇgv , haut, élevé; Ç-/5v, Çsvç, Aioj chez les Grecs; Jou chez les Latins, Ucn.nci.ios chez les Scythes, selon Hérodote, llel <liez les babyloniens, êligvffotiez les Tiiébaing, i\ccpc<io; chez les néotiens, etc., 0.11 tous le même sens, ils désignent en gênerai ce qui est au-dessus de nous, par conséquent le ciel et le dieu du ciel ou la divinité, loul comme Our.inos et ChroilOS. lléronole nous apprend, I. I, p. 55, que le» i'eises nom niaient Jupiter toute retendue du ciel.

M. Eourmoul le cadet a Ires-bien prouvé dans se» Uix&ertalioiit .sur Mercure el sur Vénus, (om. VII ues fient. deCAcud. pag. 1 des Méin., que Jupiter est la

meule

(2045} 1 oij. celte note col. û;u.

Ciel ses parents que par l'ordre des deslins, vaincu par son propre fils et par le malgré toute sa force, il serait un jour de Jupiter. Jl ne s'arrêta point à

S desseins de vains

môme chose que Cœlus, (pièces deux noms expriment le même objet. Jupiter n'est donc pas un personnage plus historique que Cœlus et Saturne. Il est appelé fils de ce dernier, parce que dans le style populaire* on a pu dire que la pluie est fille du Temps ou du Ciel, et parce que le règne de Jupiter dans la religion a succédé à celui de Saturne.

Homère dans I Iliade, 1. ix, 457, et Euripide dans Electre, acte îv, ont nommé Plulon Jupiter infernal; dans Eschyle, le Dieu de la mer est encore nommé Jupiter. On voit dans Pausanias des autels dédiés à Jupiter terrestre. Hésiode fait mention de ce dernier dans les Travaux, v. 465. Preuve cour Vaincanle que ce nom dans son origine n'exprime rien aune cliose que Dieu, Maître, Seigneur, celui qui règne sur toutes clioses; qu'en distinguant les différentes pariies de son pouvoir ou de son domaine, l'on a formé différents personnages et multiplié les divinités.

Diodorede Sici'e (tome H, I. v, n. 43, page 3P2), nous fait assez comprendre que la royauté a été attribuée à Jupiter, à cause que son culte a toujours été plus pompeux que celui des autres dieux. C'est pour la même raison et par allusion à sou nom, qu'il a souvent été nommé Coryphée ou Très-Haut. ( Voyez Pausajsias, 1. n, c. 2 et 4.)

Nous avons déjà remarqué que sur le même fondement, Pou avait établi l'usage de Lui dresser des temples et des autels dans les lieux les plus élevés, sur les plus bauies montagnes, qu'il a emprunté de là les surnoms d'Olympien, Hymettien, Séméléen, Capitolin, etc. On peut voir tous ses titres dans Pausanias.

Ceux qui envisagent Jupiter comme un personnage historique, sont forcés d'en distinguer autant qu'il y a eu de nations qui l'ont, adoré, ou qui ont prétendu lui avoir donné la nais>ance. i Or il ne serait pas aisé, dit Pausanias, quand on le voudrait, de «lire combien il y a de peuples qui prétendent que Jupiter est ué et a été nourri chez eux. > (Liv. îx, chap. 55.)

(2042) Dont la foudre fait trembler le ciel et la terre. Il n'est pas surprenant que l'on ail regardé le Dieu qui réside au ciel comme le maître du tonnerre, et qu'il ail présidé à tous les phénomènes de l'air. Voilà pourquoi il était aussi le Dieu de la pluie; delà les surnoms de Tonnant, de Foudroyant, de Pluvieux que lui ont donné les Grecs et les Romains; souvent il est pris pour la pluie même; celle confusion a donné lieu à plusieurs fables, et sert à expliquer la plupart des surnoms de ce Dieu.

Ce n'est point par engagement de système que l'on fait cène remarque. Vairon (De lingua Lai. 1. iv, n. 10;, nous apprend que Jupiter est pris pour l'air, pour le veut, pour les nuées, pour la pluie, pour lu jour, il suffit u'avoir lu les poêles pour en éire convaincu, il n'est pas surprenant que l'explication de ces divers phénomènes ail fourni la matière d'une histoire bizarre, ou plulôl du roman le plus ridicule «pie l'imagination en délire ail pu enfanter. C'est le dénoùment naturel de tous les mariages, de tous les commerces scandaleux, de tous les crimes qui ont été attribués au plus grand des dieux, qui ont fourni à Lucien le sujet de plusieurs satires sanglantes et des railleries les plus ainères.

Si Jupiter avait été un homme, comment se seraiton avisé de lui attribuer un si grand pouvoir el un caractère si malfaisant, tant de fondions et tant de forfaits. Dès qu'on l'a pris pour un génie aérien, pour une intelligence occupée à diriger les influences et les phénomènes du ciel, il a fallu nécessairement le rendre resuousuble de tous les ellets bons ou

mauvais qu'ils produisent sur la terre. Ainsi c'est Jupiter qui lonne et qui foudroie, qui rend le ciel orageux ou serein, qui envoie la pluie ou la sécheresse, la slérililé ou l'abondance, qui est l'auteur des inondations ou des tempêtes, qui fait déborder les fleuves el les ruisseaux, qui corrompt les nymphes ou qui trouble les eaux,, qui (orme des torrents et des gouffres ; sa postérité est immense, son empire s'élend sur tout l'univers. Les autres dieux qui ne président qu'à certaines parties de la nature, devienuenlou ses enfants ou ses vassaux, el sont exposés tous les jours à sa colère. Jupiter doil donc être envisagé comme le plus grand des dieux, être le plus redouté et le plus honoré. Telle esl la véritable origine du culte pompeux qui lui a été rendu partout el des fables ridicules que l'on a mises sur son compte : double objet dont les mythologues historiens ne donneront jamais une raison satisfaisante.

On a observé que Bochart a cru sans fondement que Saturne était Noé, il n'a pas mieux rencontré dans ce qu'il a dit des enfants de ce patriarche. Selon lui, Jupiter esl Chain , parce qu'il a été adoré sous le nom de Hammon ; mais il esl fort incertain si le dieu adoré dans les sables de Lybie était le même que Jupiter. Hammon peut signifier idole, figure, représentation i et ce terme ne décide rien. Les Grecs l'ont pris pour leur Jupiter, parce qu'ils avaient le faible de rapporter tous les dieux des autres peuples à ceux qu'ils connaissaient. L'Egypte est appelée dans l'Ecriture terre de Cham ; mais elle n'a jamais été nommée par les profanes, leriede Hammon, ni terre de Jupiter. Prétendre qu'il a été regardé connue Dieu du ciel, parce qu'il a eu l'Afrique pour son partage, c'est une explication forcée et qui ne satisfait point. Que Japhel soil Neptune, parce qu'il a peuplé l'Europe où il y a beaucoup d'îles; c'est une autre conjecture aussi faible. Enfin il esl encore moins vraisemblable que Sein soil Plulon. Sema peuplé l'Orient de l'Asie, et n'a rien de commun avec le Dieu des enfers.

(2043) Saturne les avalait à mesure que leur mère les niellait au monde. En quel sens Saturne dévoraitil ses enfants? Dans le même sens que Cœlus enterrait les siens, dans un sens purement allégorique; tous les mythologues en conviennent, il n'est question que de le déterminer. Or Hésiode nous l'indique assez clairement en disant de Saturne quil ne voulait pas qu'aucun autre des enfants du Ciel lui disputât l'empire sur les immortels. Prendre celle royauté dans le sens propre c'est bâtir en l'air.

Mais qu'est-ce qui a pu donner lieu à cetle manière de parler, «pie Saturne dévorait ou engloutissait ses enfants? Il faut nécessairement en revenir à l'équivoque du nom Koôvof, confondu avec ypwvof, une fosse, un gouffre, note LJ45 Qu'un antre profond passe pour engloutir ses enfants, el même pour avaler des pierre., v. 484, cela peut se souffrir eu style poétique; mais que l'on ail commencé à le dire d'un homme ou d'un dieu, on ne l'imaginera jamais. C'est donc celle confusion grossière qui a donné lieu aux poète; de se servir de celle étrange métaphore pour nous apprendre que sous baluine aucun autre dieu que Un n'était adoré.

De la Barre croit que Saturne a passé pour dévorer ses enfants parce qu'on lui immolait des victimes humaines. Cela peut être vrai des Tyriens el des Carthaginois dans les siècles postérieurs ; Miais on ne peut pas le dire des anciens Grecs. Avant le règne de Jupiter ils ne connaissaient point l'usage des sacrifices ni des victimes sanglantes ; on le verra dans la suite. D'ailleurs il n'est pas absolument certain que le dieu des Phéniciens étail Si,..irne. La coutume barbare oui s'introduisit dans la suite

projets, mais attentif a épier le moment, il

dévorait ses enfants à leur naissance (2064}.

Rhéa désolée en gémissait (2045); mais

lorsqu'elle se sentit prête d'enfanter Jupiter,

père des dieux et des hommes, elle supplia la Terre et le Ciel ses parents de l'aider de louis conseils, de lui suggérer le moyen de mettre à couvert le tils qu'elle allait mettre au monde, et de le dérober à la fureur de Saturne son père qui ne manquerait pas de le dévorer comme les autres. Tou-

chés des prières de leur (ille, ils lui découvrirent tout ce que les destins avaient réglé sur le sort de Saturne et de son tils. Ils l'envoyèrent en secret à Lyctus (2016) dans l'île de Crète, lorsqu'elle était sur le point d'accoucher. La Terre elle-même reçut dans ses bras Jupiter naissant, le nourri t et i'éleva dans l'île de Crète (2047). D'abord ?a mère le porta à Lyctus au milieu des ténèbres de la nuit, et le cacha de ses propres mains dans une caverne profonde au pied

de lui immoler des hommes a pu venir en partie de de la fable <|ue nous examinons; elle en est l'effet

plu'ôi i|iie la cause.

(2044) // avatl appris que par l'ordre des destins, ete. Ceci est dit par anticipation ; le poète tourne ch prophétie < c qui arriva dans la suite lorsque le culte (le Jupiter et des autres dieux prévalut sur celui de Saturne. Quoique dieu souverain , il est Supposé soums aux lois du Destin. ( Voyez noie I90i).

("2045) iiltéa, désoiée, en gémissait, etc., jusqu'au v. 184.

S'il fallait entendre historiquement celle narration, pourquoi Jupiter, dernier enfant de Saturne et de Rhéa, serait-il devenu maître de ses frères, et leur aura t-il élé préféré dans le partage de la succession paternelle? Il faudrait supposer que son non» lui eût élé donné après coup, puisqu'il signifie le dieu supérieur, le père souverain. Pour que Rhéa se soit sauvée en Crée tandis que. Saturne régnait dans la Grèce, il (allait que la navigation fui déjà connue et le commerce établi entre les Grecs et les Cretois, lorsque Cérès ne faisait que de naître, et que I agriculture était encore au berceau. L'on a pensé sans doute à se nourrir avant que de courir les mers. Il faut supposer enfin Saturne d'une cruauté inouïe et d'une imbécillité sans égale. C'est un Irait de stupidité île n'avoir pris aucune précaution pour s'assurer de Rhéa et pour empêcher sa fuite ; c'est un excès de cruauté d'exterminer ses propres enfants dans la crainte d'en être détrône. La royauté n'élail pas alors une dignité assez brillante pour l'acheter par des crimes: un roi élail le citoyen le plus considérai le par ses richesses, par son crédit, et ordinairement par sa prudence et ^n équité* Tel est le portrait qu'Homère nous fait d'Llysse, de Nestor, de Ménélas dans VOdyssée.

(2040) Ils renvoyèrent à Lyctus. Les critiques observent qu'il faut lire Avttqv, Iulibulum, de l'hébreu lut, caché; la ressemblance de ce tenue avec AiixTOf, ville de Crèie, a fait dire que Rhéa s'était allée cacher dan» cette île. Mais celle tradition n'était pas suivie par. oui; les Arcadiens prétendaient que Jupiter était né chez eux, el sur le mont Lycaeus; que Rhéa après ses couches s'était lavée dans la source du Néda. (Strabon, livre îx, page 555.) Ils produisaient pour preuve une caverne du mont Thauinasius, nommée grotte de lihéa. (Paisan.,I.viji, chap, 50.) Ils étaient aussi bien fondés que les Cretois.

(2047) La Terre éleva Jupiter dans l'ile de Crète. Ou a du que Rhéa avait conlié Jupiter enfant aux Curèles, appelés aussi Corybantes ou Dactyles Idéens. Selon la tradition des Cretois, rapportée par Diodore (tome II, page 298), c'étaient les premiers habitants de cette Ile. (Jue signifient ces noms divers? Ou n'en trouve point l'explication dai>s les «PT'hologU4*». el Slrabon, livre x, rapporte une infinité de traditions différentes sur ces Curetés.

KvfiQTM a é é prononcé ensuite Kpôroi, et il parail que ce nom désigne îles hauteurs OU des montagnes, puisque npifle* dans Hésiode signifie a capite; xpâç, *jo«tô,-, la tète, selon HéSychius. Selon Pline, l'A-

carnanie, pays montucux, avait aussi élé nommée Curetis, I. iv, C. 1.

A«y.Tv>0{ a signifié les doigts de la main, el en général quelque chose de pointu ; selon Hésychius. il désigne la pointe d'un gouvernail et une espèce d'herbe à feuilles pointues. On sait qu'Ida était le nom générique de montagne; il y en avait une ainsi appelée en Phrygie aussi bien qu'en Crète, et, selon Pausanias. on nommait de même tous les lieux couverts de forèls. Dactyles Idéens a donc désigné des pointes de terre ou des promontoires couverts de forêis; aussi dit-on qu'un de ces dactyles avait nom Ida. râiyxpot. esi le sommet du mont Ida, el, comme il dominait sur toutes les montagnes voisines, 'on a dit que Gargaris ou Gargartis élail le roi des Dactyles Idéens. Pline, I. vt, c- 29, parle d'une montagne chez les Troglodytes nommée H«vt£§«xtu- >oj, nioniagne à cinq sommets.

Le nom de Corybantes, Kopvèuç, a beaucoup de ressemblance avec v.6p\>u€o;, le faite, le sommet do quelque chose. Selon Hésychius el Slrabon, on a prononcé aussi Kvp 6«ç ; or KvpSaaix est la cièie d'un coq. Il est donc vraisemblable que l'ile de Crète a élé ainsi nommée a cause de la multitude de ses promontoires, qui avancent dans la mer du côté du nord el qui lui donnent précisément la forme d'une crèle de coq. L'île envisagée de loin de ce côté là devait présenter aux yeux celte figure. On sait que crest ou çresle dans noire langue signifie encore un sommet de montagne. Dans la suite, ces promontoires de Crèle, qui ressemblent aux doigts delà main extrêmement ouverts, ou aux différentes pointes d'une crèle de coq, ont élé pris pour ses premiers habitants, parce qu'on ne comprenait plus le sens de leurs noms; partout on a faii la même confusion, et l'on est tombé dans la même erreur. Il est clair que lotîtes les étymologies que Slrabon a données de ces noms dans sa (.éograpliie sont toutes fabuleuses (1.x, pages 448 el 454); plusieurs les ont pris pour des dieux ou des dénions, ei non pas pour des hommes.

Selon la fable, Rhéa confia Jupiter à ces Dactyles Idéens, à ces promontoires hérissés de montagnes et de forêts. Jupiter désigne ici la pluie, comme dans plusieurs autres fables ; celle-ci nous apprend que c'est du sommet des montagnes donl nous parlons que s'élèvent les vapeurs et les nuages qui forment la pluie. Jupiter ainsi élevé élail à l'abri des poursuites de Kionos, des gouffres profonds qui engloutissent les eaux. Celle physique n'est pas fort sublime.

On a dit encore que les Dactyles Idéens avaient élé les inventeurs du feu; c'est ce que rapporte Diodore, tome II, I. v, p. 299. Sans doute on vil quelquefois sur ces montagnes, qui étaient au nord de file de Crète, une lumière boréale en forint; de Quinines ou de larges sillons de feu. ( Voyez les Mém. de IWcad., tome XXV, page 202.) Ainsi les Dactyles Idéens furent les auteurs du (eu, comme ils ont été les nourriciers de Jupiter ou de la pluie.

Il csl bon de remarquer que Diodore de Sicile. dont les mythologues historiens réclament sans cesse le témoignage, rapporte la tradition des Cretois s:n-

<lu inonl Egée (20^8;. Ensuite Rliéa prit une grosse pierre (2049), et l'ayant enveloppée de langes, elle la présenta au fils du Ciel, a. Saturne, ancien souverain des dieux (2050). Le malheureux prit la pierre et l'avala sur le champ, sans prévoir qu'un jour son lils reparaîtrait sain et sauf, lui arracherait le trône par violence et léguerait à sa place. La force et les membres du jeune prince

leuse; après l'année révolue (2051), par le secours des conseils artificieux de la Terre, le grand Saturne, loul rusé qu'il était, fut obligé de laisser reparaître son tils, et succomba bientôt sous sa violence et ses intrigues. D'abord i! vomit la pierre qu'il avait avalée récemment (2052); Jupiter la planta et l'affermit dans la terre auprès de Pytho (2053), dais un des enfoncements du

croissaient avec une promptitude merveil- Parnasse, pour servir de monument et de

la naissance îles Titans cl de Jupiter (lins leur île, sans la garantir, et qu'il ne témoigne point y ajouter aucune foi. Voyez l'endroit cité.

(2048) Au pied du mont Egée. Nouvelle équivoque d'où est née la fable. AÏycuof, nom d'une montagne^ de Crète, signilie haut, élevé, comme yaïo;, Aiyscto; est le nom de Hriarée , l'un dis {..canis. il.u.d. i, i04.) Ce même nom a été donné à Jupiter pour exprimer sa dignité supérieure, et alors il est synonyme de z«v ou Zsûr, comme Atylo^oç, alla habilitas. Mais en confondant ce titre avec le mont Lgée, on a dit que Jupiter avait été nourri sur rené montagne. Par un nouveau contresens, on a cru qu'il faisait allusion au substantif caysç, les chèvres; de là on a raconté fort sérieusement que Jnp ter avait été nourri par la chèvre Amallhée. Voilà comme les fables sont toujours allées en croissant. Ou aurait mieux, rencontré si l'on avait dit qu'il était nourri parles montagnes, comme dans la fable précédente, note 48vj5.

Une autre raison qui a pu faire supposer que Jupiter était né en Crète, c'est que son culte a peutêtre commencé dans cette île. Tandis que les Grecs Honoraient le dieu souverain sous le nom de Chronos, les Cretois le révéraient sous le nom de Zjjv oh Zivf; peut-être encore ce sont dis Cretois qui ont l'ail connaître ce nom aux Grecs, et qui introduisirent parmi ceux-ci les cérémonies observées dans cette île : voilà pourquoi l'on y a placé le berceau de Jupiter. Mais plusieurs autres peuples revendiquaient cet honneur, comme nous l'avons déjà remarqué après Pausanias, preuve assez claire que Jupiter n'a pris naissance nulle part; que loul ce que l'on en a dil esl une fable fondée sur des équivoques, puisque tes prétentions de tous ces peuples étaient également appuyées sur des noms de feux.

(2049) llliéa prit une grosse pierre, etc. Ce n'est pas une petite dilliculté de savoir ce que c'est que la pierre dévorée par Saturne. Leclcrc prétend qu'au lieu d'une pierre il faut entendre un enfant étranger que Saturne mil en prison avec ses autres (ils, et que c'est l'équivoque (ïebén, lapis, avec ben, juins, qui a l'ail celle confusion. C'esl en elfel le seul dénouement qui puisse convenir au système qu'il soutient, que tous ces événements fabuleux sonl nés de l'histoire ancienne mal entendue ; mais puisque la scène a été en Grèce, il faudrait monlrer l'équivoque dans la langue grecque, el il n'esl pas aisé de le faire.

Hochai! pense, sur le témoignage de plusieurs auteurs, que la pierre en question esl ce que les anciens ont nommé /3«itû)iov et Abaddir, des pierres consacrées pour conserver la mémoire d'un événement, comme celle que Jacob nomma Bëthel,domus Uei, et que du nom b'élhel s'est formé celui île baetyles. Il croit encore qu'Abaddir esl l'hébreu eben dir , pierre ronde, parce que les biclyles étaient ordinairement ronds. 11 est clair d'abord ipi'Abaddir n'esl point grec; or en hébreu il peut signilier non-seulement une pierre ronde, mais une pierre élevée ou une grosse pierre, el il paraît que paixùXoff a le même sens, lia, |3a« , |3ou, en composition sonl augmentatifs: /3«yatof , povyoaoç , fort élevé ; tùàos esl une dureté, une bosse calleuse, par conséquent une pierre ; f/«'.-J).o>- , une grosse pierre.

Selon Strabon (I. x, p. 34C), la ville de Pyle dans la Messénie était nommée Bunvloç. Il n'est donc pas nécessaire de recourir au liéthel de Jacob, et il n'y a pas d'apparence que les Grecs en aient eu connaissance.

On verra, note 2053, ce qu'on peut diie de plus probable sur cette pierre dévorée par Saturne, qui est incontestablement le sujet le plus obscur de la myiliol >gie.

(2050) A Saturne ancien souverain des dieux. Le règne de S.iiurne esl donc de la même espèce que celui de Jupiter son (ils : il est ici appelé roi , non pas des hommes ou d'un peuple particulier . mais des dieux; par conséquent il lui un lenips où Saturne occupait dans la religion grecque le même rang que Jupiter y tint dans la suite; c'esl lout ce qu'Hésiode eiilen'J par le lègue où la royauté de Saturne.

(2051) -Après runnée révolue, etc. Leclerc avenu qu'au lieu d'une année révolue, il en lallul sans douie plusieurs pour faire grandir Jupiler. Cela esl vrai, s'il élail ici question d'un homme; mais plus on avancera dans la lecture d'Hésiode, plus on verra que In narration signilie lout autre chose que l'avènement d'un prince à la couronne.

(2052) H vomit la pierre qu'il avait avalée récemment , etc. La pierre dévorée par Saturne ne peut pas être enlemlue d'un enfant étranger mis en prison, et ensuite délivré, puisqu'il est dit que Saturne la vomit, que Jupiter la piaula dans la terre auprès de Pytho, el qu'il lira de prison les lils du Ciel.

(2055) Auprès de Pytho. Selon Hésiode, Bouclier d'Hercule, v. 480 , Pyilio élail la ville de Delphes. Ce nom signilie lieu profond ; c'est une nymphe des eaux, note 2018. lia donc désigné d'abord la caverne d'où partaient les oracles d'Apollon ; de là on a nommé ce Dieu Pythien el sa prêtresse Pythie; de là on a appelé esprit l'ytltien toute exhalaison semblable à celle qui sortait de l'autre de Delpiies , el en général la divination. C'esl mal à propos que l'on a rapporté ces termes au serpent Python , que l'on suppose avoir été lue par Apoliou.

Pyiho esl exactement synonyme à SsÀyuç, utérus, et Atl-foi , nom qui fut donné à la ville a cause de sa situation ; telle esl la source de la fable obscène que l'on contait sur la manière dont la Pythie recevait l'enthousiasme ; telle esl l'origine de la folie des Grecs, qui regardaient la ville de Delphes comme le milieu du monde , ou comme le nombril de la terre.

M. de la Barre esl persuadé qu'Hésiode, en disant que Jupiter planta aupiès de Pytho la pierre dévorée par Salurue, nous indique en termes obscurs l'établissement de l'oracle de Delphes , el cela est assez vraisemblable, puisqu'il commence à nous indiquer la révolution qui (il cesser le règne de Saturne , qui établit le règne de Jupiler et des autres dieux, 'tous les savants conviennent qu'une des raisons qui contribuèrent le plus à faire regarder la ville de Delphes comme un lieu sacré, esl sa situation singulière sur le penchant du mont Parnasse, les rochers affreux dont elle élail environnée, aussi-bien que la caverne d'où l'on croyait qu'il sortait une exhalaison divine. Ces rochers

PART. II. TIIEOL. ARCllF.OLOG. — ORIGINE DE6 DIEUX.

spectacle aux hommes. Il lira de prison les (ils du Ciel (*205i) ses oncles que son père avait chargés de chaînes par une aveugle jalousie. En récompense de ce bienfait ils lui mirent entre les mains le tonnerre (2053), la foudre, les éclairs que la Terre avait cachés dans son sein ; et c'est avec ces armes

redoutantes qu'il commande aux dieux et aux hommes

Japetus prit en mariage Clymène, fille de l'Océan, qui fut mère du vaillant Atlas (2056). Elle enfanta encore le fameux Ménœlius (205*7), l'industrieux et rusé Promè-

ne paraissaient point aux Grecs une production de la nature, le respect qu'ils avaient conçu pour l'oracle, leur persuada que Jupiter lui-même avait planté ces rochers dans la terre comme un monument de sa victoire sur Saturne : ou publia ensuite (|iie la terre les avait fait avaler à Saturne, mais qu'il avait été obligé de les revomir.

Pour trouver la source de cette idée bizarre , il faut se rappeler la signification de Clirouos , que l'on a indiquée , note 1943. il désigne un lieu profond, nu puits ou un anire. Cette phrase d'Hésiode : la Terre prit une grosse pierre qu'elle enveloppa de tiuines, et la présenta à Saturne, exprimée en ancien grec , a pu signifier : la Terre posa un rocher en forme de langes ou de ceinture auprès de la cuveme. Do là est venu le reste de la fable.

Selon le récit d'Hérodote, I. il, p. 108, les nouveaux dieux des Grecs furent empruntés des barbares , en vertu d'un oracie de Dodone; ne peulou pas supposer avec vraisemblance que l'oracle de Delphes y contribua pour sa part? Dans celte hypothèse, on pourrait dire en style poétique que les nouveaux dieux étaient sortis de l'antre île Delphes ou des entrailles de Chronos , la caverne : d'où il faudrait conclure que Chronos les avait donc avales auparavant. Ainsi le sens historique de l'établisse lient du règne de Jupiter se trouve ridiculement confondu avec la topographie de la ville de Delphes : nous avons vu la même chose dans la fable d'Ouranos et de Saturne, note 1945.

On prétend que ce fut d'abord la Terre qui rendit des oracles dans cet endroit (a), parce que l'exhalaison prophétique sortait du sein de la terre , qu'ensuite ce fut Théniis , parce que bépiarsç signifie des oracles. Neptune y eut encore part , parce qu'en jetant une pierre dans la caverne, on entendait peui-ètre des eaux dans le fond. Enfin Apollon s'y établit, apiès avoir tué le dragon qui gardait l'oracie. Ou se souviendra que fycixoov signifie une ceinture, et T/>a^wv un lieu escarpé et scabreux : Je prétendu dragon peut donc designer l'enceinte de rochers dont la viile de Delphes et la caverne étaient environnées; et c'est la fable de Khéa rendue eu d'autres termes.

Ou, si l'on veut, Apollon qui tue le serpent Python après le déluge , c'est le soleil qui desséche une lontaine donc le cours serpente , et formée par une inondation ; ou sait que Pyilto est une nymphe des eaux, note 2Ui8.

Nous avons exposé dans le discours préliminaire (chap. 12 , % ii) , comment l'oracle de Delphes a pu s'établir

(2054) Il lira de prison les fils du Ciel, Les fils du Ciel sont ceux dont Hésiode a parlé, v. 155 cl suiv. Cceus, Creus, Japetus , etc., qui n'étaient point honores sous Saturne , parce que ce sont seulement divers noms du ciel, mais sous le règne de Jupiter où l'on déilia tout, ils reparurent sur la scène. C'est ainsi que Jupiter les lira de prison.

(2055) //* lui mirent en main le tonnerre. Hésiode, v. 139, a mis au nombre des enfanta du Ciel les Cyclopes, parce que leurs noms qui signifient lu tonnerre, l'éclair, la foudre, sont des phénomènes du

la) Voy. les Luncnidcs d'Esc'ujle, acle I, scène I.

ciel ce sont eux qui ont donné le tonnerre à Jupiter, comme notre poêle l'a déjà dit, v. 141. Leclerc n'y a pas l'ail attention, quand il a supposé que ceci ne devait point êire pris à la lettre , c'esl qu'on ne peut pas lui donner un sens dans son système. Hésiode est persuadé que Jupiter n'est le Roi des Dieux el des hommes que parce qu'il est maître du tonnerre, et qu'il a en main de quoi se faire craindre , v. 50l>; Liée basse qui inspire aux hommes une crainte servile , mais qui ne leur donne ni respect ni amour pour la Divinité.

(2056) Japetus prit en mariage Clymène, fille de rOcéan , qui (ut mère du vaillant Atlas. On a remarqué, n. 1951, que Japélus est l'argile ou la glaise : ici on lui fait épouser kXu/xevi, lille de l'Océan, dérivée de xM&> pour x).ûÇw, lavo , parce que pour pélrir la terre , il y faut mêler d« l'eau. D'autres supposent que Clymène esi épouse du Soleil et mère de Phaéton, parce qu'ils rapportent son nom à xWw, x).viw , briller. Selon Vairon (I. iv, n. 6), Japelus avail pour épouse la nymphe Asia, nous avons vu, note 1908, que ce nom désigne la boue, le limon. Celle alliance est donc la même que la première, el démontre que l'on ne peul pas prendre \Japéliis pour un homme.

"AtW n'a point tiré son nom de l'hébreu Tulah, pendere, comme Leclerc l'imagine, mais d'àrXaw, «vt)>kw, «vr)iw , puiser, verser et soutenir. De ce double sens, on a formé deux fables. La première que les Pléiades , constellation que Ton croyait pluvieuse, étaient lilles d'Atlas; la seconde, qu'Atlas soutenait le ciel, comme nous le verrons bientôt.

(2057) Elle enfanta encore le fameux Meuœlius.. Msvotriof, selon Leclerc, vient de menai eu chaldéen, épouvanter, parce qu'il esl appelé dans la suite insolent el scélérat. Ce n'était pas la peine d'aller chercher si loin une étymologie peu vraisemblable. Il vient plutôt de pivot, le courage, qui exprime aussi, selon Hosychius, la violence et la colère. Mais qui esl ce personnage? Pourquoi le fait-on descendre de Japélus, la terre glaise, el de Clymène, les eaux ? Les poêles ne nous disent rien qui puisse nous -le faire connaître. Selon Apollodore, I. u, p. 100, il gardait les bœufs de Ptuion. Nous avons vu par plusieurs exemples que dans le langage des labiés, les bœufs sont des eaux ; les bœufs de Pluion, selon la force des termes, soin les eaux d'un lieu profond. H s'agit donc ici d'un canal fait de terre glaire, ou d'un lorrenl creusé dans la glaise; dès-lors on comprend sa généalogie. Ms'vo» peul avoir celte signification, comme fy-evoj-, rivière de Laconie; Mœnus , le Mein, rivière d'Allemagne; Menay , rivière d'Angleterre, etc., "izio: signifie bruyant, puisque "it», dans Hésychius, exprime le bi uil : MEvoiuo» esl à la lettre un courant d'eau qui l'ail grand bruit. H esl dit, v. 514 , que Jupiter l'a précipité dans l'Erèbe, c'esl-à-dire dans la pluie, à force de le creuser, a fait entrer ses eaux dans un gouffre; c'esl ce qui arrive ordinairement aux torrents formés dans la terre marneuse. On lui attribue des crimes, des violences , de la férocité, à cause du double sens de^év«f, ou parce que ses eaux avaient causé du ravage. Voilà tout ce que l'on peul conjecturer sur ce personnage isolé doul il n'est plus l'ail mention dans la suite.

ihée (2058), et l'insensé Epiméthée qui causa bientôt un grand préjudice aux hommes.

C'est lui qui épousa la première femme que Jupiter s'avisa (le former.

Le roi des dieux, irrité des crimes de Ménœtius, le frappa de la foudre et le pré-

cipita dans l'Erèbe pour punir son audace et sa férocité. Allas, asservi à une loi rigoureuse, se tient debout aux extrémités de la terre près des Hespéridps. et porte le ciel sur sa tête et sur ses bras (2050) sans se lasser jamais; tel est le poids énorme dont

(2058) L'industrieux et rusé Promèlhf.e et l'insensé Epiméthée. ïïpofjyOevç paraît d'abord formé de irpô, augmentatif, et de y.rmç, sagesse, prudence.; il signifie en ce sens qui a beaucoup d'esprit el de sagesse; ^irqtrfisùç exprime (oui le contraire. On sait qn'inl se prend quelquefois en composition pour sub, et qu'alors il est diminutif, eitOJwmç subnlbns ; s7UfAî),a?, subniger. 'Eniu.nfJtvç est donc \celui qui a peu d'esprit, voilà pourquoi Hésiode Hap^ pelle insensé. Mais si l'on s'arrête à celle signification, que deviendra leur généalogie? Pourquoi les suppose-t-on nés de l'humidité ou de la boue? Faisons attention que prjziç exprime aussi l'eau et Pbumidilé, que c'est une nymphe des eaux, noie 2018. Dès lors Prometheus désigne ce qui est bien détrempé, el Epimelheus, ce qui l'est moins, elon comprend pourquoi ils sont lils de Japélus, l'argile, est de Clymène, l'humidité. Ce double sens est la source des fables suivantes. Eschyle dans son Promélbée suppose que ce dernier est fils de Thémis, et il ajoute que celle-ci esl la même que la Terre (acte I , scène II.) Hérodote, 1. iv , c. 45, donne pour femme à Promélbée Asia, la boue, le limon : loul cela s'accorde. Cette généalogie n'est donc, poinl contraire à la précédente, mais on est en peine de savoir comment les mythologues historiens peuvent ajuster à leur système , toutes ces alliances et ces filiations contradicloires.

Besle à examiner qui est ce Promélbée si fameux dans la mythologie. Selon Bocharl , c'est Magog, père des Scythes ou des Tarlares : on feint qu'il esl attaché au mont Caucase parce que c'est la demeure de sa postérité. Il a dérobé le feu du ciel, parce que les peuples voisins du Caucase, appelés Chalybes, étaient fameux par leurs ouvrages en fer. Il a le cœur rongé par un aigb: , parce que le nom de Magog vient de l'hébreu mong , contabescere. Agag , selon Leclerc, signilie en arabe brûler, êire enflammé. Ainsi Gog peut êire le vrai nom d'Epi métbée, qui se laisse dominer par la passion des femmes.

Ces conjectures sont de pures imaginations : 1° Le nom de Prométhée, Dieu habile, industrieux, à qui les poêles attribuent l'invention de la plupart des arts utiles ne convient à personne moins qu'au pair ia relie des Scythes, peuples errants et vagabonds, qui n'ont jamais connu les sciences ni les ails, qui ont toujours élé lels que les Tarlares sont aujourd'hui. 2° L'élymologie de Magog esl forcée et tirée de Hop loin, comme la plupart de celles qu'a données Bocharl. 3° Gog n'a rapporta Epinieihée dans aucun des deux sens qui peuvent lui convenir. On ne le connaît que par ce qu'en dit Hésiode, qu'il fut le premier qui fut assez fou pour épouser une femme.

Ce irait de satire nous l'ail comprendre que Promélbée el ses frères sont des personnages purement allégoriques , comme ceux qui précèdent el qqi buivenl. Aussi l'abbé Bauier esl forcé de convenir (lome II, I. i, c. 0, p. 120), qu'il faut nécessaireineiii recourir aux allégories dans la fable de Promélbée, et il entend sou siipplicedans un sens figuré, nous verrons bientôt qu'on ne peut pas l'entendre autrement; Vuy. noie 2005.

(205!)) Allas porte le ciel sur sa tête et sur ses bras. Selon lous les mythologues, Allas esl la chaîne oes montagnes d'Afrique, au delà de laquelle les anciens ne connaissaient rien, dont le sommet esl taché dans les nues, et qui semble porter le ciel à

cause de sa hauteur. On en a fait un personnage ; on dit qu'il esl près des Ilespérides, parce qu'il est an sud-ouest de la Grèce : il a tiré son nom d'un roi fameux.

Bien de si pompeux que l'histoire de ce roi rapportée par Diodore sur d'anciennes traditions lome Ll. m, c. 31, page 453. « Allas, dit-on, était fils d'Uranns el frère de Saturne; ils partagèrent entre eux le royaume de leur père. Les lieux maritimes étant échus par le sorl à Allas, ce prince donna son nom "aux Allantes ses sujets, et à la plus haute montagne de son pays. Ou dit qu'il excellait dans l'astrologie, el que ce fut lui qui représenta le monde par une sphère. C/esi pour cette raison qu'on a prétendu qu'Allas portait le monde sur ses épaules; celte fable faisant une allusion sensible à son invention. II eut plusieurs enfants, niais Hespérus se rendit le pins remarquable de tous par sa piété, par sa justice el par sa honte. Celui-ci étant monté au plus haut du mont Allas pour observer les astres, fui subitement emporté par un vent impétueux, el on ne l'a pas vu depuis. Le peuple louché de son sorl, el se ressouvenant de ses vertus, lui décerna les honneurs divins, et consacra son nom, en le donnant à la plus brillante des planètes. Allas fut aussi père de sept filles qui furent toutes appelées Allaniides , mais dont les noms propres furent Maïa, Eleclre, Taygère, Aslerope, Mérope, Alcyone et Ceheno. Elles fuient aimées des plus célèbres d'entre les dieux el les héros, et elles en eurent des enfants qui devinrent aussi célèbres que leurs pères, et qui lurent chefs de bien des peuples. Maïa l'aînée de toutes, eul de Jupiter un fils appelé Mercure, qui fut l'inventeur de plusieurs arts. Les autres Allaniides eurent aussi des enfants illustres : car les uns donnèrent l'origine à plusieurs nations, et les autres bâtirent des villes. C'est pourquoi , non-seulement quelques barbares, mais même plusieurs Grecs font descendre leurs anciens héros des Allaniides. On dit qu'elles furent trés-inlelligenies, el que c'est pour cette raison que les hommes les regardèrent comme des déesses après le':r mon, el les placèrent dans le ciel sous le nom de Pléiades. Les Allaniides furent aussi nommées nymphes , parce que dans leur pavs on appelait ainsi toutes les femmes. »

11 y aurait bien des choses à relever dans cette histoire si authentique. lu II semble qu'elle ait été écrite par un auteur contemporain, tant elle est bien circonstanciée; cependant aucun des poêles Grecs n'en a eu connaissance, puisqu'ils la contredisent enplusiturspoinis.il est évident qu'elle a été forgée par les Grecs postérieurs , lorsqu'ils en • tendirent parler du mont Allas ; c'é ail leur goût d'imaginer des rois, des héros, des nymphes qui avaient donné leurs noms aux montagnes, aux astres, aux peuples. Diodore n'avait point puisé ce qu'il dit dans les archives des Atlantes ou des Africains; toutes ces fables sonl de la façon des Grecs. 2° Si Atlas a eu pour son partage les lieux maritimes, comment celte succession a i-elle pas é à Neptune? 5° Allas esl un habile astronome capable de construire une sphère dans un temps où il est fort incertain si l'Afrique el surtout les environs du mont Allas élaienl déjà peuplés, plus de lôou ans avant que les Grecs eussent soupçonné la rondeur de la terre, en un mot, au siècle des Titans voisins du déluge. 4° A-l-on pu dire qu un pr.n.e portait le ciel sur ses épaules, parce qu'il étudiai!

Jupiter l'a chargé. Il a étroitement enchaîne Proruéthée (2060) et l'a attaché par des liens indissolubles à une colonne, où un aiglo éployé lui ronge éternellement les entrailles. Autant l'oiseau cruel en mange pendant le jour, autant il en croit pendant la nuit. Le vaillant Hercule, tils d'Alcuiène, a dé-

livré le fils de Japétus de ce supplice (20G1) et a tué l'oiseau qui le dévorait . Jupiter l'a permis (206L2) du haut de l'Olympe où il règne, afin d'augmenter la gloirede l'Hercule Thébain et de le rendre laineux par toule la terre: tel est l'honneur qu'il a voulu faire à son (ils. Quoique violemment irrité,

l'astronomie? Ce serait quelque chose de curieux assurément, qu'un chef do sauvages devenu astronome. 5« Si c'est un lils il'Allas qui a donné le nom llespérusà l'étoile de Vénus quand elle parait le soir, quel esi le prince qui l'a fait nommer Phosphoius, quand elle se montre le malin? Sent-on le ridicule d'un prince africain qui donne des noms grecs aux étoiles? 6° Par quel moyen les Atlanlides, lilles d'uu roi d'Afrique qui régnait à 50 lieues des «ôles, ont-elles été transplantées dans la Grèce pour y épouser des dieux et des héros , dans un temps où les peuples les plus voisins se connaissaient à peine les uns les autres? 7° L'usage de placer îles hommes et des femmes dans les astres est une fantaisie des siècles postérieurs ; on ne s'en avisait pas dans les temps où il faudrait placer Allas et sa famille. Toute celle mythologie historique n'est qu'un rêve sans suite, sans vraisemblance auquel Diodore a fait trop d'honneur de daigner seulemeul le rapporter.

Laissons donc à part le mont Allas que les anciens Grecs ne connaissaient pas, l'astronomie et h sphère qu'ils n'ont connues que fort lard; ne piétons à des peuples barbares et très-ignorants que les idées plates , grossières et puériles dont ils étaient capables. 1° Le fardeau dont on a chargé Atlas vient d'une équivoque risihle. Nous avons vu qu'Atlas vient de «vt)«w, puiser ei porter; il exprime un puiseur d'eau, ou celui qui porte sur ses épaules, selon Ilésychius. Oùp«vo» , le ciel, est aussi un vase d'eau : ce n'esl pas une merveille qu'un puiseur d'eau la porie dans un vase sur sa téie et sur ses bras: voilà le prétendu mont Allas chargé du ciel. Gomme 'hlpx/liriç, une digue, un canal, un aqueduc, a souvent servi à faire venir des eaux dans une ville, et a dispensé les habitants d'en aller chercher sur leurs épaules, on a dit fort sérieusement qu'Hercule avait décharge Allas de son faitleau. N'oublions pas qu'lléaioue place Allas, le puiseur d'eau, près des Hespérides qui sont des fontaines. 2° Les nymphes Alianlides sont les eaux ainsi élevées par ues digues ou des canaux. Selon Apollodore (I. m, pag. 108), elles souillées d'Atlas et de Pléioné, lille de l'Océan, sur le mont Gyllène en Arcadie. Deux d'entre elles, Célœno et Alcyoné, ont eu Lonimeice avec NepLune. Leurs noms propres sont doue des noms de lonlaiiies , de ruisseaux, d'aqueducs; il serait trop long de le montrer en détail. 3° L'on en a lail la constellation des Pléiades à cause de Pléioné leur mère, et parce que l'on a cru que sous celle constellation le temps élail ordinairement pluvieux; uous en parlerons encore.

Servius, sur le huitième livre de V Enéide, vers 1 40, nous apprend qu'il y a eu trois Allas, ou plutôt liois luonis laineux ainsi nommes: l'un en Mauritanie, ie plus élevé de tous; l'autre en Italie qui l'ut le père u'Eiecira; le troisième eu Arcadie, père de Muia, de laquelle csl né Mercure. Les Grecs, selon leur génie ordinaire, les oui confondus pour forger leurs fables.

(2000) \ll a enchaîné Vroméihée. Selon tous les poêles, un Leclerc, c'esl sur le Caucase que Prométhée esl attache, tout comme Atlas csl reléguj au loud de l'Afrique. Cela nous fait entendre que loisqie Jupiter se lut emparé dé l'empire, plusieurs des Titans uu partisans de Saturne furent obligea

de s'éloigner, les uns à l'orient , jusque dans la Colchide et au pied du mont Caucase, les autres aux extrémités de l'Afrique pour se soustraire à sa domination, liais,!0 Hésiode ne parle point du Caucase ; c'est une circonstance ajoutée par quelqu'un des poètes postérieurs sur une équivoque que l'on espère de découvrir. 2° Croira- l-on qu'un roi de Thessalie ail pu être assez puissant pour éloigner jusqu'aux extrémités du monde ceux qui ne voulaient pas le reconnaître, et les y tenir comme enchaînés, sans qu'ils osassent en sortir? 3° Il faut supposer qu'ils se sont enfuis par mer, dans un temps où la navigation n'était pas encore en usage chez les Grecs. La prétendue expédition des Argonautes, qui esl le premier voyage de long cours que l'on ail attribué aux Grecs, esl postérieure de plus de 700 ans au régne supposé de Jupiter.

Que signifie ce foie de Prométhée rongé par un aigle ou par un vautour, et qui renaît sans cesse? C'est, dit Leclerc, une équivoque de kebed , qui en hébreu signifie les richesses et le foie. L,'on a voulu dire que Prométhée fouillant des mines dans les montagnes de la Colchide, trouvait des richesses inépuisables, et qu'autant l'on en ôtaii,en uujour, autant l'on en retrouvait le lendemain. Si l'équivoque pouvait se montrer encore dans la langue grecque, on pourrait peut-ène l'admettre; mais que deviennent l'aigle ou le vautour et la punition de Prométhée? Dés qu'il faut recourir à une allégorie, autant vaut supposer que toute la fable en est une. D'ailleurs Prométhée travaillant chez les Chalybes, vers les sources de l'Araxe, se trouverait au moins à cent lieues du Caucase proprement dit, et la géographie se trouve par ce moyen aussi mal observée que la chronologie.

Les mythologues historiens peuvent à leur gré voyager à 500 lieues de la Grèce pour trouver la scène du supplice de Prométhée et de sa délivrance : bientôt Hésiode nous indiquera le lieu où tout s'est passé, et nous nous y arrêterons pour expliquer celle fable.

(2001) Hercule, fils d'Alcuiène, a délivré le fils de Japliel de ce supplice. Tout le monde convient que ceci esl une pure fable, que l'Hercule thébain a vécu plusieurs siècles après Proméihée. Mais il y a eu, dil-on, plusieurs Hercules, et ceci doil s'entendre sans doule de l'Hercule phénicien, c'est-à-dire, selon l'explication de Leclerc, de quelque marchand phénicien qui a navigué en Colchide, et a ramené dans la Grèce quelques-uns de ceux qui s'étaient retirés auparavant pour n'être pas soumis à Jupiter. "Bpttxkéns, dit-il, est le même que, l'hébreu Uuvuliel, un marchand. Sans discuter ici sur l'existence d'un pi étendu Heicule lyrien ou phénicien, dont nous montrerons la fausseté ailleurs, nous persuaderons- nous que les marchands lyriens soient allés, au travers des licueils et des dangers de la mer Egée, de la Proponlide el du Pont-Euxiu, naviguer jusque dans la Colchide, plus de cent ans avant le temps où l'on sali que les premiers navigateurs phéniciens sont arrivés dans hi Grèce?

(2002) Jupiter l'a permis. Eschyle suppose au contraire qu'Hercule a délivre Promclliée malgré Jupiter. (Note 2000, en quoi consi-lc celle uélivrance.)

il a oublié son ressentiment et l'audace de Promethée qui osa disputer d'habileté avec le souverain des dieux (2063).

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