QUATRIEME PARTIR
Règne de Jupiter et des autres dieux ; établitsèment des sacrifices: troisième époque de la religion grecque.
Lorsque les dieux étaient en dispute avec
(2003) // osa disputer d'habileté contre le souverain des dieux. Telle esl l'origine de la haine el de la jalousie de Jupiler ronlre Proniélbee. 1° En invenlaiil les arts, surionl le secret de faire des ligures humaines, il a voulu en quelque manière disputer d'habileté contre Jupiler. 2° Il a rendu aux hommes l'usage du feu que Jupiler leur avait ôlé. 5° Il leur a enseigné à garder pour eux la meilleure part dans les sacrifices, à manger la chair el la graisse (tes victimes, tandis qu'ils se contentent de brûleries os pour les dieux: Hésiode le racontera ci-après.
En effet, Proinéthée, pris pour de la terre où de la pâle détrempée, a fourni la matière des premières statues; il a servi à faire les foyers où l'on a conservé le feu à l'abri des injures de l'air ; enfin il aéié pétri en manière de gâteau pour èlre offert aux dieux a la place des victimes sanglantes. Nous le verrons en détail. Il est clair que celle allégorie satirique a pour objet la manière dont le cube fut réglé sous le règne de Jupiter. C'est la troisième époque de la religion grecque dont le poète va parler.
Avant de le suivre dans celle nouvelle carrière, il convient de rappeler sommairement les principaux personnages qui ont paru sous Saturne.
Vénus, née du sang du Ciel et de l'écume de la Mer.
Delà Nuit sont sortis le Destin, les Parques, les llespéndes , le Sommeil, lu Mort, Moinus, etc.
De la Mer, Nérée, Doris, les Nymphes de la mer, Télhys, les Fleuves , les Naïades ou Nymphes des fontaines, tous les monstres.
De Tliyia el d'tlypéiïon, c'est-à-dire de la Mer et du Ciel, les Astres, le Soleil, la Lune, l'Aurore, mère des Vents.
bô Cœus ou uu Ciel, Pliœbé ou la Lune, Lalone et Aslei ia mère d'Hécalé.
De Khéa et de Saturne, Vesta,Cérès, Junon, Plulon, Neptune, Jupiler. Ceux-ci méritent une attention particulière; non-seulement ils doivent occuper les premières places sous le règne suivant, mais encore effacer, par la pompe de leur tulle, celui des Titans, qui avait précédé.
Par cette énuméralioii seule, on aperçoit déjà la différence des uns et des autres, quoiqu'ils soient de même espèce, c'est à-dire des êtres i.naginanes. Les Titans présidaient aux diverses pallies lie la nature considérées physiquement, et telles qu'elles se montrent aux yeux et à l'imagination des peuples barbares. Les dieux nouveaux ont régné sur les arts elles talents par lesquels l'homme devient le maître de la nature, el supposent un peuple déjà policé. Ainsi Vesia préside au loyer el à la société domestique, Cérès a l'agriculture , Junon aux mariages, Plulon aux funérailles, Neptune à la navigation, Jupiter à la sociélé civile , el dispose à peu pi es de tous les événements.
H esl à remarquer encore que plusieurs divinités placées sous le règne de Saturne avaient déjà paru sous celui de Cœlus, el qu'il n'y a que leur nom de changé, connue la mer, Nérée, Dons , Télhys, qui sonl la même chose, la Lune qui esl Puœbé el lié cale, Rhéa qui est la Terre; que celle différence de noms, après avoir abusé ks Grecs , a aussi trompé les mythologues, parce que l'on n'en prenait pas le vrai sens. 11 en résulte que Jupiler esl un monarque de même espèce que Cœlus el Saturne, avec lesquels i! est souvent confondu ; que si on les en-
visage comme des princes qui se sont partagé le monde , il n'y a plus ni suite, ni liaison , ni hou sens dans le poème d'Hésiode.
De là suit une nouvelle différence entre la filiation des dieux anciens el celle de la plupart des dieux nouveaux. La première faisait principalement allusion à la physique, mais à une phy-i pie grossière, souvent fausse, et digne de la stupidité des anciens Grecs. La seconde a ordinaireme;ii plus de rapport à l'histoire de la religion : c'est rétablissement successif du culte des nouveaux dieux ; presque tous sont enfants de Jupiler, parce qu'ils ont éié créés sous ce nouveau règne: mais sous l'une el l'autre époque, mêmes idées, même style, équivoques perpétuelles, abus constants des le unes el du langage.
Il n'est pas surprenant qu'en prenant l'histoire des dieux pour une suite d'événements réeL , on trouve dans les auteurs anciens el modernes une diversité de traditions qui effraie: c'est qu'il esl impossible que les esprits se rencontrent dès qu'ils oui abandonné la seule roule qui conduit au vrai. L'abbé Manier veut que l'on choisisse entre les différentes opinions celle qui paraît la plus vraisemblable , sans trop s'embarrasser des difficultés qu'on peul lui opposer; el il assure qu'on n'objectera jamais rien contre la fraternité des trois princes Titans, qui soit plus fort que ce qu'on aura pu dire pour rétablir. (Tome 1, 1. 1, c. 1, page 19.) Pour user de la libellé qu'il nous donne, il nous paraît (pie celte fraternité n'a pour elle que des autorités, ou plutôt des traditions très - récusables , puisqu'elles se contredisent, au lieu que nous avons contre elle la raison, le bon sens , l'exemple de tous les peuples, le témoignage des philosophes, qui nous paraissent des preuves infiniment plus solides : le seul moyen d'accorder les traditions, c'est de les regarder toutes comme également fabuleuses.
1^064) Celte quatrième partie du poème d'Hésiode paraîtra un peu moins ennuyeuse que les précédentes, elle renferme moins de généalogie, plus de morceaux historiques, et quelques descriptions d'une grande beauté; elle fournira aussi de nouvelles preuves du sysième que nous suivons, el des réflexions que l'on vient de faire sur le règne de Salurne. On y verra que Jupiter n'a pas plus régné dans la Thessalie que dans les Gaules ou dans les Indes ; que les différents peuples qui prétendaient avoir chez eux le berceau ou le tombeau de ce dieu fameux, étaient ou des imposteurs, ou des gens follement prévenus el abusés par des traditions fabuleuses.
C'est ici, à proprement parler, que commence le polythéisme el l'idolâtrie dans toute la rigueur du terme. Dans les siècles précédents, on avait regardé la Divinité comme un être unique, seul digne d'être adoré, du moins d'un culte suprême. Les Gènes inférieurs auxquels on croyait qu'il avail confié le gouvernement de l'univers, n'avaient point encore ivçii l'encens ni les hommages des peuples. Dienioi l'habitude d'attribuer les phénomènes de la nature à ces intelligences secondaires, lit regarder le Dieu souverain comme un monarque oisif, semblable à ces souverains asiatiques, qui, plongés dans la mollesse, uniquement livrés à leurs plaisirs, se reposent sur leurs olliciers du gouvernement de leurs Liais, cl se croient trop grands pour s'occuper du ban de leurs sujets.
hommes a Mécone (2005), Promethée par- tromper Jupiter. D'un coté il enveloppa tngea exprès un bœuf en deux parts [>our dans la peau les chairs, les entrailles el la
folte idée ne pouvait manquer d'opérer dans la religion le même abus qu'elle a couiume de causer dans la politique che/. les lia lions donl nous venons de parler. Insensiblement les ministres chargés du gouvernement s'emparenl de la confiance el rie l'afleclion des peuples, réunissent peu à peu les diverses branches de l'autorité, l'ont oublier le monarque, parviennent souvent à le détrôner el à se mettre à sa place.
Ou, si l'on veut, il se (il parmi les dieux la même révolution qui arriva dans tout l'occident par l'établissement du gouverneincnlféodal. Jupiter iuld abord le dieu souverain comme l'avait été Saturne; mais, à force de partager son autorité avec d'autres dieux, il lui en demeura l'oit peu. Son empire se trouva resserré dans le ciel, tandis que d'autres établirent le leur sur la terre et sur la mer. Ces vassaux de Jupiter, devenus indépendants, se crurent bientôt égaux à leur seigneur, el lui parlèrent souvent très-insoleminenl : ainsi les ducs de bourgogne el lescomies de Champagne, devenus souverains, osèrent plus d'une lois piendre les armes contre nos rois.
Tous les dieux, grands et petits, vieux et nouveaux, reçurent le même culte; ils eurent des statues, des temples, des autels, des sacrilices; el si Jupiter n'avait eu le tonnerre pour se faire craindre, son liône aurait été liés-mal affermi.
Ce qu'il y a de singulier c'est que la religion acheva de se corrompre chez lesGrees, précisément dans le temps où elle paraissait devoir être plus pure, au moment même où ils commencèrent a sortir de la barbarie, p.ir la culture des arts les plus nécessaires : leurs idées, loin de se rectifier par la succession des temps, devinrent de jour en jour moins raisonnables; à mesure qu'ils acquirent <ie nouveaux talents, ils loi gèrent de nouveaux dieux pour y présider. Lorsque leurs premiers écrivains parurent, les fables étaient déjà si anciennes, el. l'erreur si universellement répandue, que personne ne s'avisa de réclamer contre elle. Les poêles suivi reul aveuglément la tradition vulgaire, les philosophes ensuite n'osèrent l'attaquer ouvertement; el il esi étonnant qu'après un si grand nombre de siècles, telle tradition nous montre encore de légers vestiges de la religion primitive.
Si l'on peut se flatter d'avoir réussi à les découvrir, le poème o'Hésiode, devenu moins obscur, en devient aussi plus intéressant; c'est un monument de la manière dont l'idolâtrie s'est établie; d'où il s'ensuit que l'insloire de la création, lidelemenl conservée chez les Juifs, a été le plus excellent remette pour les préserver du polythéisme. Comment Miraient-ils pu a..orer sérieusement les diverses parties île la nature, tant qu'ils se souvenaient de la manière liuul le Créa leur les avait tirées du néant? Ll puisque la philosophie ne pouvait découvrir cei important secret, il est évident qu'elle ne serait jamais parvenue a montrer le ridicule de l'idolâtrie. (^Ubj) Lorsque tes dieux ciment en dispute uvec les hommes a Meconé, etc., jusqu'au v. 560. Le Clerc a lui luus ses efforts pour adapter cette narration à son système, niais il y a u.al réussi. Les dieux, dii-il, sont les enfants de Saturne el leurs partisans; les lioiun.es sont les habitants du Peloposiese, que Jupiter voulait subjuguer : par la il esl évident que les dieux el lus hommes étaient do même espèce, et que les premiers n'étaient tlilierenls des seconds qu'en ce qu'ils étaient (dus riches el plus puissants.
L'esl précisément le contraire qui esl évident. iu l'ai le lieu de la it-élie,qui esl Méconé ou bicyone, Mlle qui n'clail pas encoie balie avant le prétendu
règne de Jupiter. S'il y avait eu des villes en ce temps là, Jupiter y aurait demeuré, el Ton suppose qu'il demeurait sur le mont Olympe, où il n'y eut jamais de villes. 2° Le sujet ae la dispute entre les dieux et les hommes était de régler le cérémonial de la religion et lainanièred'offrirIessacrifices;oron ne ne s'avisait pas en ce temps-là d'adorer des hommes vivants, quelque puissants qu'ils fussent ni de leur immoler des victimes. S'il s'élait agi seulement de subjuguer les habitants <lu Péloponèse, quelle relation y aurait-il entre celte conquête et la tromperie que I'ioinéiliée fait à Jupiter? 5° Promethée esl appelé par Jupiter le plus puissant des rois, c'est-à-dire, des dieux, selon l'explication de Le Clerc ; Promethée était donc aussi bien Dieu (pie Jupiter: Eschyle lui en donne formellement le titre; cependant ce sont les hommes que Jupiter a punis des mauvais tours de ce Dieu. Tout cela forme un chaos.
En prenant le sens allégorique, tout l'embarras disparaît. II est clair qu'Hésiode pmle ici de la révolution qui a formé le troisième état de la religion grecque, el qui a commencé avec les premières sociétés politiques, à la naissance des villes et des arts. Ou peut s'en convaincre aisément par l'examen des circonstances. 1° C'esl à Sieyone qu'arrive la dispute entre les dieux ei les hommes, parée que celle ville était regardée par plusieurs comme la plus ancienne de la Grèce, où tes ans ont clé cultivés avec le plus d'éclal, d'où son l sortis les artistes les plus habiles ; séjour convenable par conséquent à Promethée, que I on .-uppose avoir inventé les arts, dérobé le feu aux dieux, elc. 2° L'est la que Vulcain forma la première femme el lit une statue parfaite, connue Hésiode le dira bientôt, parce que la sculpture en marbre el en bronze ne fut exécutée nulle part avec plus de perfection qu'a Sieyone ; c'esl ainsi que Pline le raconte. 5° II esl ici question de royauté pour la première lois ; Proinethée esl appelé par Jupiter le plus puissant des rois, et» suivant une vieille tradition grecque, que Pausanias semble avoir suivie, c'esl à Sieyone qu'a commencé le premier état monarchique (i.li.s. 5) : par conséquent le prétendu régne de Jupiter n'a point précédé l'établi ssenieiil de» sociétés politiques, ni la culture des arts dans la Grèce. On peut continuer ce tait par Pausanias, qui prétend que Cecrops esl le premier qui ail appelé Jupiter le Dieu supièine. (L. vin, c. 2 ) 4° Cette histoire esl jointe à celle d'Lpimélliée, qui épousa, dit-on, la première femme; c'est donc alors que l'on lil des lois sur les mariages, et que ce contrai fut assujetti à des formalités. 5° Dans ce même temps fut réglée la manière d'offrir des sacrilices ; les assistants font un repas, mangent la chair de la victime, el les os Sont brûlés à l'honneur des dieux. Ceci nous désigne donc assez clairement la naissance de la police el de la religion publique dans la Grèce. Le poeie en lixe l'époque à la fondation de Sieyone.
Tous ces faits sont encore détailles plus clairement dans le Promet liée d'Eschyle. Jupiter y est peint comme un nouveau souverain du ciel el de l'univers, même un usurpateur qui a loul bouleversé lia us Ta cour céleste ; qui, après avoir gaglfé la laveur des autres dieux par oes dons politiques, les a tous léduus en esclavage, cl qui abuse de sou pouvoii d'une manière lyrauuique. Proniétiiée vante les services qu'il a rendus a i es nouveaux dieux , mais surtout aux boulines. C'esl lui qui leur a enseigné, non-seulemenl l'usage Ou feu, mais encore lotis les ails el toutes les sciences , l'agriculture, L'architecture, la sculpture, la navigation, l'astronomie, la médecine, la métallurgie, qui les a reu-
graisse, les cachant avec le ventre du bœuf: de l'autre il rangea adroitement tous les os et les couvrit dégraisse. Alors Jupiter, père des dieux et des hommes, lui adressant la parole: Fils de Japet, lui dit-il, le plus puissant des rois, lu as bien mal fait ies parts.
Jupiter, à la connaissance duquel rien ne peut échapper, lui parlait ainsi pour lui reprocher sa mauvaise loi. Promelhée toujours (iaus les mêmes dispositions, lui répondit en souriant : Glorieux Jupiter, souverain des dieux éternels, c'est à vous de choisir celle que vous jugerez à propos. Cet'e réponse n'était qu'un artifice, mais Jupiter, éclairée du feu aux malheureux mortels" (20GG*. Mais
d'une lumière éternelle, n'ignorait aucune de ses pensées. Il forma sur le champ contre les hommes un funeste projet, qu'il ne tarda pas d'accomplir. Après avoir détourné la graisse qui cachait les os du bœuf, il conçut un dépit secret dont il donna bientôt des marques; c'est dès ce moment que les hommes ont suivi la coutume de brûler les os des victimes sur les autels des dieux. Fils de Japet, continua Jupiter indigné, tu as trop d'esprit et lu en fais mauvais usage.
Dès lors Jupiter, irrité et ne pouvant oublier cet outrage, n'accordait plus 1
usago
dus sociables, de sauvages el de brutes qu'ils étaient; (Théâtre des (irecs, tome 5, page 226 el suiv.)
En effet, Promelhée, ou l'argile dé renipé -, ayant été la matière dont on a l'ail les premières sialues des dieux qui oui été adorées, c'est à lui en quelque manière que ces dieux sont redevables de leur tulle el de leur divinité. 11 a aussi fourni aux hommes la matière pour bâtir les premières maisons, pour conserver le feu dans un foyer pour faire des forges et des fournaises, pour mouler les modèles de tout ce qui se jette en fonte, etc. C'est en ce sens qu'il s'attribue ious les ans.
Le règne de Jupiter et des nouveaux dieux est donc de même date que les premières sociétés politiques el l'invention des ails dans la Grèce. Donc, toul ce qui a précédé, est pure allégorie. Ici commence à la vérité le règne de Jupiter, mais dans la religion, el non pas dans la politique, dans le ciel des poêles, el non pas sur la terre.
Ou a dit (noie 2003) qu'Hésiode parlant des sacrifices, semble faire allusiou à la manière doul ils étaient offerts dans les premiers temps. Ce n'était point l'usage d'offrir aux dieux des victimes sanglantes, mais les fruits de la terre, el des gâleaux de fleur de farine. Quelques-uns prétendent que souvent l'on faisait avec de la pale des ligures d'animaux pour les offrir au lieu îles animaux mêmes. Selon Pausanias (1. vin, c. 2), Cécrops faisait offrir aux dieux des gâteaux nommés Sovg. Piomélhéc, ou la pâle détrempée, servait a cel usage; voilà pourquoi on lui allribue une tromperie dans l'oblation des sacniiees.
(2000) Dès lors Jupiter irrité n'accordait plus Tusage du {eu, etc. Cela peui signifier, disent les mythologues historiens, que Jupiter ôia aux peuples qu'il vainquit l'usage du feu dans les forges où l'on loudait les métaux, où l'on 'fabriquait les armes donl on s'étail servi contre lui, el que Prométhee en continua la labiique malgré ses ordres. Mien de mieux, si la métallurgie eùi élé déjà connue pour lors; mais selon Hésiode, le combat contre les Titans el la royauté de Jupiter oui précédé la naissance de Yulcain. (Voyez note 2114.) D'ailleurs nous avons vu plus haul que Cerés est sœur de Jupiter; par conséquent l'agriculture eiaii encore au beiceau; à plus lorle raison l'an de travailler les métaux. Enlin quelles conquêtes pouvait lane Jupiter sur des peuples qui ne cultivaient rien, qui vivaient de chasse, de pèche, el de leurs troupeaux connue les sauvages, el qui avaient des pays immenses pour se piacer?
Le vol du feu par Promelhée n'est pas un grand mystère; il désigne uniquement le secret qui fui trouvé pour lors de conserver le feu el de le transporter sans danger. Jupiter l'avait oté aux hommes, t'est à-dire que le feu, allumé au grand air, était souvent éteint par la pluie; nous avons déjà vu plus d'une fois Jupiter pris eu ce sens. On a feinl qu'il le faisait par vengeance, el parce que les hommes,
n'offrant aux dieux que de simples gâleaux, n'avaient plus besoin de feu pour brûler la victime. Promelhée trouva le moyen de le conserver dans une tige de férule, (v. 567.) La férule esl une plante creuse, remplie d'une moelle que le feu consume lentement, el qui peut tenir lieu d'agaric ou d'amadou; les matelots s'en servent encore pour transporter sans risque le feu d'une île dans une aune. 11 n'est pas surprenant que celle invention ail été regardée d'abord comme un trait de génie supérieur, capable de donner de la jalousie à Jupiter même : ei comme Promelhée, selon l'éiymologie la plus apparente , signifie un homme rusé de beaucoup d'esprit, on lui a allribue le secret de se servir de la férule. Mais dans un autre sens, Promelhée contribua encore a la conservation du feu ; on va le voir par l'explication de son supplice.
Selon Hésiode (voy. noie 2060), Promelhée est attaché à une colonne, selon d'autres au mont Caucase. Selon Apollodore, c'est Vulcain qui fut chargé par Jupiter d'enchaîner Promelhée à celte montagne. Celle circonstance n'esi pas à négliger. Kt«v, une» colonne, signilie aussi interseptum, une paroi, une cloison; kkwkctoç, esl formé de zatw, uro, ou plutôt de zaj(T9"..j, qui signifie la même chose; il parait désigner ici un foyer, en style vulgaire, un contrefeu; par une erreur grossière, on l'a pris pour le inouï Caucase. Voici donc ce qui a uonné lieu à la faille. Pour pouvoir allumer du feu dans les Inities de bois, et y pratiquer un foyer, il a fallu enduire de mortier ou de terre glaise la paroi ou la cloison contre laquelle on voulait le mettre; c'est encore aujourd'nui l'usage des bûcherons el des charbouniers qui sont logés dans ces bulles. Voilà ttgopjGeu;, le mortier, la terre détrempée, aliacné étroitement àxiwv, la cloison; et à xcuixao-of, le loyer ; on a mis auprès de lui, non pas klstov, un aigle, comme dit Hésiode, mais uldov, du feu, selon Hesychius ; u'où vient «Ww, biùler. Ce feu lui deeliire les entrailles, c'esi-a-dire, ronge el calcine peu à peu le bas de cel enduit; et comme il laul le renouveler souvent, parce que le feu le fait tomber, le supplice de Promé.hee ou du mortier recommence à chaque instant. 'Upeuùèns, une clôture plus ferme, un mur de maçonnerie a délivré Promelhée de ce supplice, parce qu'avec un lel foyer il n'y a plus besoin de terre glaise. C'est en ce sens que Hercule esl le libérateur de Promeinee. La double signilication de TzponwQsvç, esl encore la ciel de la table suivante.
Diodore de Sicile (lome II, l.p. 505), pense que Promelhée a été accusé d'avoir volé le leu, parce qu'il trouva le premier les matières combustibles propres à allumer et à entretenir le feu. Cela serait fort bien, s'il était prouvé que Promelhée était un homme. On ne pe.itpas douter quefusagedu leu n'ait élé ignoré chez la plupart des nations devenues sauvages après le déluge. (Voyez C Origine des lois, des culs et des sciences, tome I, 1. u, oage 152 elsuiv.J
lo (ils de J;ipct trouva encore le moyen de le tromper; il déroba le fea qu'il cacha dans une lige de férule, et le ralluma ainsi sur la terre.
Jupiter, apercevant du haut des cieux la lueur du feu parmi les hommes, en conçut un nouveau ressentiment et résolut de les punir de ce vol. Il donna ordre àVulcain de former avec de la terre la figure d'une tille également belle et modeste (2067); .Minerve
matin jusqu'au soir à l'aire leur miel, se tiennent oisifs dans la ruche, ne pensant qu'à dévorer le fruit des peines d autrui. C'est ainsi que Jupiter a fait aux hommes le funeste présent des femmes pour partager leurs travaux et leurs fatigues.
11 ne les a pas moins affligés d'une autre manière : quiconque craignant les ennuis du mariage et l'embarras d'une femme, demeure dans le célibat, s'il vient à vieillir, nrit le soin de la parer et la revêtit d'une il est privé des secours les plus nécessaires robe blanche, lui mit sur la tôle une coiffure a la vieillesse: s'il est riche, une troupe de arlistement rangée, une guirlande des plus parents éloignés partageront ses biens après > h . n ™...,^r>.w* ,i'^n ,r..n in-.vnii sa m 1 1 1' i . C. p. 1 1 1 1 oui a (Hé assez heureux en se
belles fleurs, une couronne d'or d'un travail exquis, où Vulcain avait déployé loute son industrie pour plaire au souverain Jupiter. Il y avait gravé la figure de la plupart des animaux qui vivent sur la terre ou dans les mers, avec tant d'art qu'ils paraissaient vivants et qu'on ne se lassait point de les admirer. Après avoir ainsi formé avec un soin infini celle dangereuse merveille, il la lil paraître dans l'assemblée des dieux et des hommes avec toutes les grâces dont Minerve s'était plu à l'embellir. Les uns et les autres virent avec une admiration égale, le don séduisant mais funeste que l'on allait laire aux hommes. De là est venue celte race faible et délicate de femmes, que les mortels gardent parmi eux pour leur malheur. Jamais amies de la pauvreté ni de l'épargne, elles n'ont de goût que pour le luxe et la dépense; semblables aux frelons qui se nourrissent du travail des abeilles auquel ils n'ont point eu de part: qui, tandis que ces diligentes ouvrières sont occupées du
(•2067) Jupiter donna ordre à Vulcain de former lu figure d'une fille, etc. La vengeance que Jupiter exerce contre le genre hunaiii par le moyeu îles temines, siguilie seulement, selon Leclerc, que Jupiter envoya tics femmes débauchées, qui amollirent par le libertinage les peuples auparavant belliqueux el féroces; ainsi en usa Cyrus à l'égard îles Lydiens. Cet expédient pouvait convenir au siècle de Cyrus; mais dans les premiers temps de la Grèce, un n'était p. 15 m rusé ni si voluptueux.
L'est plmôi une allusion à l'art qui fut inventé île laiie des sialues, el qui lui porle à la dernière perfection par les sculpteurs de Sicyoue. Vulcain, formant une femme de terre, est un ouvrier en bronze qui l'ait le moule d'une statue; Minerve, qui travaille a l'orner, exprime l'adresse infinie qu'il laul pour observer les proportions el imiter lidclenieiil la nature; l'admiration que ce chef-d'œuvre inspiie aux dieux el aux nommes nous puni .'etoujiemenl dont les Grecs furent sais. s a la vue des beaux ouvrages qui sortaient des mains de leurs ai listes. Le qu'ajoïiie le poète, que de la est née la pernicieuse engeance, des femmes, n'esi qu'un irait de malignité contre le sexe.
>ious avons remarqué moie 2065), que s Ion Eschyle, i 'est l'roinélliee lui-même qui avait aupiia aux bouillies l'ail de faire des sialues, c'est qu'il en a fourni la matière. L;s premières sialues lure.il laites de terre glaise ou d'argile détrempée : el comme il lallail les cuire au leu, Vulc.iiu esi ici regardé comme l'artisan principal. Mais il faut rapprocher une circonstance essentielle qu'ilesiode ajoute dans les Travaux [v. 82),qu'Epimétuée recul la slalue de l'aiidoie, que Prouiélhée lui avait coin uiaudé de rejeler. l'rouiélhée csi l'argile bien dé-
sa mort. Celui qui a été assez heureux en se mariant pour rencontrer une femme sage et lidèle, trouve dans ses maux mômes une ressource puissante: mais si par malheur ou l'a prise d'un mauvais caractère, c'est nu chagrin qui ronge éternellement le cœur et auquel il n'y a point de remède. Ainsi l'on ne peut échapper à la vengeance de Jupiter ni Iromper s s desseins; le lils de Japet, Promelhée, avec loute son adresse el maigré son innocence, n'a pu se soustraire à sa colère ni au funeste lien dont il est garrotté.
Jupiter, non moins irrité contre Briarée, Coltus et Gygès (2068), les enchaîna de même, quoiqu'il ne pût s'empêcher d'admirer leur force et leur taille énorme. Il les lit descendre dans les entrailles profondes de la terre et aux extrémités de l'univers, où ils soutirent sans relâche el déploient vainement leur triste sort.
Mais Jupiter et les autres dieux enfants de Saturne et de Rhéa , 1rs ont rendus de nouveau à la lumière (*2Q6i)), comme la
trempée; dans cet étal elle ne peul conserver !;\ forme de statue : pour lui donner de la consistance, il faut ramener à Epiméihée, c'est à-dire à un étal où elle soit moins imbibée d'eau, el celle opération se l'ail par le secours de Vulcain ou du leu. Gomme dans un autre sens, hpiinélliéc signifie un sot, un étourdi , l'on a dit par raillerie qu'Lpiméiliée avait l'ail la sollise de recevoir une femme el de la garder
Getle explication paraîtra sans doute tirée d'un peu loin à la plupart des lecteurs : mais eiilin elle est soutenue; elle met une espèce de suite entre plusieurs circonstances éparses dans les divers poêles ; elle porte sur le même fondement que louies les aulres, sur l'équivoque des lermes. Si quelqu'un eu trouve une plus simple, je l'adopterai volontiers; mais de vou.oir trouver de l'iiisloire dans loules ces imaginations, c'est a quoi je ne puis me résoudre.
v20l>8) Jupiter non moins irrité contre Briarée, die. Le poêle ne nous apprend point quel est le sujet de la colère de Jupiter contre ces géaiilâ, el la narration ne semble avoir aucune liaison, ici Jupilcr les enchaîne, el bieulôl nous .cirons Gotius le remercier de les avoir l réa de leurs liens el combattre pour lui; ensuite Jup.ler les renvoie dans leur prison, el le poêle les appelle linelcs satellites de Jupiter.
(tW)) Les dieux les ont rendus à la lumière. Apollodore ajoute (I. î) que Jupiter, avant que de délivrer les Géants, ma Campe leur gardienne. L'abbé li.uncr avoue que celt: Cumpé esi une énigme pour lui : c'est évidemment le même que l'héoreil cap ou cui'li, nervus, v'inculum, d'où est formé le grec ç/.'J.yt, lien ou bandelette ; xafiffvj noeud OU ailiculalion
Torre le leur avait conseillé. Elle leur fit comprendre que ces gens devaient partager avec eux les hasards du combat et la gloire de la victoire. Car il y a eu une longue guerre et de sanglantes batailles (2070) entre les dieux Titans (2071) et les enfants de Saturne. D'un côté les Titans campés sur rOlhrys (2072), de l'autre les dieux bienfaisants (2073), enfants de Rhéa etdeSaturne,
retranchés sur l'Olympe, se battirent avec acharnement pendant dix années entières (2074) sans que l'on pût savoir comment finirait la guerre, ni de quel côté serait l'avantage.
Enfin le père des dieux et des hommes, Jupiter, les ayant un jour rassasiés de nectar et d'ambroisie (2075), et régalés splendidement de tous les mets dont les dieux
des doigts. Les mythologues l'ont pris pour un personnage.
(2070) Il y a eu une longue guerre, etc. Ainsi Hésiode commence à raconter la guerre que Jupiter fit à son père; mais les circonstances de la narration font évidemment comprendre qu'il est question d'une guerre imaginaire, d'une révolution arrivée dans la religion grecque. Jupiter parvint à détrôner son père, c'est-à-dire qu'il devint le dieu principal des Grecs, tout comme Saturne l'avait été avant lui; que le vrai dieu adoré auparavant sous les noms d'Ouranos et de Chronos ne reçut plus les hommages de personne. Quoique le nom de Zeus eût pu servir à le désigner comme les deux précédents, l'idée universellement attachée à ce nom était indigne de la majesté divine, puisqu'on admettait d'autres dieux avec lui, de même nature, dont il n'était différent que par un pouvoir plus étendu : par conséquent le polythéisme et l'idolâtrie furent dès lors la religion dominante, ou plutôt la seule religion des Grecs.
(2071) Les dieux Tilans. Leclerc remarque trèsbien que Titanes dii sont les dieux des âges précédents, les anciens dieux. C'est ce que ce nom signilie. (Voyez note 1955 et 2033 ) C'est donc mal à propos qu'il explique ce nom par lulo geniti ; auraiton pu les désigner vulgairement par une idée si basse?. D'autres entendent par là les dieux d'argile; mais les Grecs n'ont fait des statues de leurs deux qu'après l'invention des arts et sous le règne de Jupiter.
Cette distinction si marquée, cl déjà répétée plus d'une fois, des dieux anciens et des dieux nouveaux, aurait dû faire comprendre aux mythologues qu'il n'est question dans les différents régnes disiingués par Hésiode, que des diverses manières dont les Grecs ont connu et honoré la Divinité; que son poème n'a aucun rapport à l'histoire civile de la Grèce. Ou a montré dans le d scours préliminaire que celle expression, Titanes dii ou priores dii, ne prouve point que l'idolâtrie ail déjà régné sous Saturne.
(v2072) Les Tilans campés sur l'Olhrys, etc. Leclerc donne une fausse éiymologie du nom Olhrys. H le dérive de l'hébicu hutliar, ciugere, parce que Saturne y fut assiégé el environné par l'armée de son lils. Les noms propres de I eux ne sont point tirés de la fable; ce sont plutôt les fables qui ont été composées sur ces sortes de noms. Ceux des montagnes sont ordi nui renient le terme générique de hauteur ou d'éiévaiion : 'o9/>ûj,'o9po? a pourjracine Q^ûjd'où est venu siruo en latin, dresser ou élever. 'o/up^éçest tiré de même de }vn, qui a un sens équivalent au précédent : aussi est-ce le nom de huit ou dix montagnes.
(2075) Des dieux bienfaisants, dii dalores bonorum. Ceci nous montre l'idée sous laquelle les Grecs envisageaient les Intelligences particulières dont ils s'élaieut fait autant de dieux ; c'est d'elles qu'il? attendaient des bienfaits, les fruits, les moissons, les richesses, la sanié, la prospérité: tel était l'unique molif de leur culte. Ce n'est point ainsi qu'ils se les représentaient sous Saturne et sous Cœlus, ils les nommaient simplement alors Titans ou êtres supérieurs; mais ils n'attendaient les bienfaits que
du dieu unique dont les Titans n'étaient que les
ministres, et c'est à lui seul qu'ils offraient leur encens.
La religion païenne était donc un culte grossier cl mercenaire qui n'avait pour objet que la félicité de celte vie; jamais les païens n'ont pensé à demander à leurs dieux la vertu ni la sagesse : ils étaient persuadés que ces biens dépendaient uniquement de leur propre volonté. Comment des dieux insensés el vicieux auraient-ils pu donner à leurs adorateurs ce qu'ils ne possédaient pas eux-mêmes? La lierté des stoïciens, qui disaient que le sage est plus grand gue Jupiter, n'a pas de quoi nous étonner; el la prière non moins audacieuse qu'Horace l'ail au plus grand des dieux, est une suite de l'esprit el des principes du paganisme. (Episl. 18, I. i.)
Leclerc croil bien sérieusement sur le témoignage d'Euhcinère, qu'il est ici question d'un combat réel et d'une guerre dans les formes, entre Saturne, roi de Thessalie, el Jupiter son fils. Outre ce que l'on a remarqué dans le discours préliminaire sur l'histoire fabuleuse d'Eubémère, sur la faiblesse des preuves dont on \eui l'appuyer, il est bien dillicile de regarder comme reei ui'i événement dont on est forcé d'avouer que presque toutes les circonstances sont fabuleuses.
Pourquoi donc suppose-l-on Jupiter campé sur le mont Olympe? Par la même raison que l'on dit ailleurs, qu'il y tenait sa cour avec les Muses (v. 50 elsuiv.),el il faut se souvenir que le poëie a eu soin de les placer tous au sommet : Vertex nivosi Olympi domus inunortalium. (v. 42.) Beau séjour pour un roi, qu'une montagne couverte de neige, tandis qu'il y avait de si agréables vallons dans la Thessalie ! C'est donc une confusion grossière d'Olympe, ciel et montagne, qui a donné lieu à la fable. Hésiode ne l'ail camper les Tilans sur l'Olhrys, que pour les meure vis à vis des dieux retranchés sur l'Oiympe.
Les peuples de l'indoslan ont aussi une iradiliou qui porte qu'autrefois des gé.mls ou des montagnes se révoltèrent contre les dieux, el causèrent dans la nature un bouleversement épouvantable. ( Voijet les Lettres curieuses et édifiantes, tome XIII.) On en peut conclure que d'un bout du monde à l'autre, la mythologie esl à peu près la même; que pour l'expliquer, il est très-unie d'en confronter les parties éparses chez les différents peuples, et cette ressemblance démontre la fausseté du système historique des fables.
(207 i) Ils se battirent pendant dix années entières. Aussi longtemps qu'à la guerre de Troie cl le sujet en valait mieux la peine. Le poète semble insinuer que la révolution arrivée dans la religion grecque à la troisième époque ne se lit pus tout- à-coup, mais insensiblement. Celle circonstance de la durée de la guerre ne prouve cependant point la thèse principale des mythologues historiens, que ce sonl des hommes qui oui combattu contre d'autres hommes.
(2U75) Jupiler les ayant rassasiés de nectar et d'ambroisie. Les poètes ne s'accordent point pour nous apprendre ce que c'est que ces deux mets, lequel des deux servait de viande ou de boisson ; l'on convient cependant assez communément que le nectar était une liqueur. Les éivmologies que le*
PART. II. TI1KOL. AHCllEOLOC. - OKIGINE DES DIEUX.
so nourrissent , voyant quo leur courage s'en Hait) mail sur la fin du festin , il leur tint ce discours : llluslres enfants du ciel e,t de la terre (2076), soyez a lieu tifs à mes paroles ; voilà déjà longtemps que nous rombatlons contre les Titans pour leur enlever la victoire et l'empire; redoublez aujourd'hui voire valeur et vos efforts contre ces ennemis redoutables ; rappelez-vous les bienfaits dont je vous ai comblés, les ténèbres profondes (2077) et les liens cruels dont j'ai su vous délivrer. Alors le vaillant Colins prit la parole (2078) : Nous savons, Seigneur, répliqua-l-il , la vérité de ce que vous dites; nous connaissons par expérience toute l'étendue de vos lumières et de votre sagesse. C'est par elle que vous avez su venger l'opprobre des immortels; c'est elle qui nous a tirés des chaînes et de la demeure obscure où nous géuiissions.
Compuz, iils de Saturne, que nous n'omettrons rien pour vous assurer l'empire, et que nous combattrons les Titans avec plus d'ardeur que jamais.
Toute l'assemblée des dieux applaudit à ce discours et se sentit animée d'un nouveau courage. Tous, dieux et déesses, anciens Titans ou entants de Saturne, combattirent dès lors avec plus de fureur (2079). Jupiter mit en face de l'ennemi les géants qu il avait fait sortir du sein de l'Erèbe, monstres redoutables par leur force et leur
grammairiens ont données de ce terme sont ridicules. Leclere prétend qu'il vient du phénicien tukiar, parfum, ou l'odeur des victimes, parce qu'on croyait que les dieux s'en nourrissaient. Véxtup paraît formé de Ni/., liqueur, comme en syriaque JSeka, verser, répandre, et ràn, zép, excellent, délicieux, ii ou est formé riiébreu jutlter. Anibrosius signifie divin, selon Leclere; mais <e n'est point le sens primitif du terme. Il vient dst augmentai if et de {Ipàng, nourriture, viande; ildé-igne une excellente nourriture, une viande délicate.
(2076J Illustres enfants du Ciel el de la Terre. Il est bon de remarquer que ces mêmes partisans de Jupiter sont appelés (v. b2i), enfants de Saturne et de Khéa , preuve évidente que ces deux personnages sont les mêmes que le Ciel et la Terre, et non p.is un homme et nue finine.
La harangue de Jupiter pour animer ses gens au combai ne forme aucune dillicullé. Dés que le poëie suppose une guerre dans les formes, il est d'usage qu'un général exhorte ses troupes à bien faire.
("i'Jlï) Les ténèbres profondes. Tel est le service que Jupiter a rendu à ceux qu'il a voulu attirer à son parti ; il le> a tirés de l'obscurité où ils étaient sous le règne de Saturne, temps auquel ils n'étaient point adorés comme des dieux ; au lieu que Jupiter a partagé avec eux les honneurs divins, du moins aux le plus grand nombre.
(iUTfcj Colins prit lu parole. Colins, Iils du Ciel, est représenté ailleurs comme un géant. Des que l'on voulait mettre aux prises les ilieux les uns Contre les aunes, ou a du supposer qu'ils combattaient tout aune, i. eut que des hommes et avec des armes supérieures.
(•20. 1M Tous combattirent avec plus de fureur. Lecture convient que toutes les circonstance* de ce fameux combat soûl un tableau d'imagination. Il observe encore qu'Hésiode confond enseinlile les choses les plus disparates, lorsqu'il dit que Jupiter lançait le tonnerre ou haut du ciel cl de l'olympe, UËUYBES COMPLÈTES DU BERGIER, I
ligure; ils avaient chacun cent bras et cinquante lûtes, et les membres d'une grosseur énorme. Us lançaient d'un seul bras des rochers entiers. De l'autre côté les Titans étaient rangés avec un air lier et menaçant, et déchargeaient les plus terribles coups. Les ilôts de la mer en fureur mêlaient leur bruit confus à celui des combattants, la terre en retentissait et en poussait de tristes gémissements. Le vaste Olympe était ébranlé par les ell'orts des dieux ; leur marche impétueuse, le tumulte de leurs mouvements, la violence de leurs coups se faisaient sentir jusqu'au fond du noir Tartare. Us s'accablaient mutuellement d'une grêle de traits, les cris de fureur qu'ils poussaient pour s'exciter pénétraient jusqu'aux cicux. Jupiter donna l'essor à son courage et lit les plus grands efforts de valeur : son bras puissant lançait du haut du ciel et de l'Olympe la foudre avec un fracas de tonnerre et des éclairs continuels. La terre en mugissait prête à être embrasée, et les forêts entières éiaient en proie aux flammes. Une chaleur brûlante se faisait sentir sur toute Ja face du globe et faisait bouillir les flots de la mer; I s Titans (2080) mêmes ne purent en éviter les ardeurs; des tourbillons de flammes s'élevaient jusqu'aux nues : i'œil ne pouvait soutenir i'éclat de la foudre qui embrasait jusqu'à l'Erèbe. On croyait voir et entendre le ciel s'approcher comme aulre-
qu'il confond le ciel avec une nionlagne, le souverain Etre avec un roi né dans l'Ile de Crète, et la foudre avec les armes d'un guerrier. En effet, dans son système, on a peine à comprendre ce mélange monstrueux : mais dès qu'on suppose que toute cette guerre n'est qu'une allégorie sous laquelle est désigné un changement considérable arrive dans la religion grecque, on comprend que ce langage poétique ne doit pas cire pris à la lettre.
Le succès du combat et les suites de la victoire de Jupiter continuent ce sentiment. Hésiode ne dit point que les Titans aient été tués, écrasés, brûlés, réduits en poudre par la foudre cl les rochers lancés contre eur : tout se récitiil à les obscurcir par ia multitude des traits (v. 7lG), el à les reléguer sous terre dans les ténèbres. Si le combat doit è're pris dans le sens filerai, voilà beaucoup de bruit pour peu d'effet; Jupiter use bien modérément de ses avantages : un usurpateur, un Iils révolté contre son père, n'est pas ordinairement si débonnaire.
Quoiqu'il soit dit [voy. noie 2U!>8) que Saturne y fut relégué comme lesauires, cela signifie seulement qu'il ne fui pas regardé dés lors comme le Dieu souverain, que Jupiter lui enleva ce litre; cela n'empêche pas que Saturne el plusieurs autres Titans n'aient reçu un cuite dans la Grèce el ailleurs, l'ausanias parle d'un temple de Saturne et de Khéa dans la ville d'Athènes; on en érigea plusieurs à la Terre nourricière, à la JNécessilé et à la Force, aux Heures et aux Saisons : il cile un autel dressé a Proiuélhée, unaulie dédié aux Cyclopes, une chapelle consacrée à la ÎNuii, une au Songe el au Sommeil, plusieurs Statues du Sommeil el de la .Mort. La plupart de ces personnages oui été mis par Hésiode au nombre des Titans.
\iusU) Titanes terrestres. Cette expression prouve que le nom de Titans ne siguilie point enfants de la ferre, quand on parle des Dieux, aulremeul 1Ôpilhete terrestres sciait inutile.
fois de la terre, et celle-ci prôto à être ré- «luile en poudre par le poids du sa chule : tel était le fracas que faisaient les dieux, acharnés au combat. Les vents déchaînés élevaient des tourbillons de poussière et et mêlaient leurs sifflements aigus au bruit d\i tonnerre et des foudres que lançait Jupiter-. Le tumulte allait toujours croissant, et le combat s'échauffait par la violence du carnage. Enfin celle fureur martiale commença à se lalenlir. Les deux armées, u abord rangées de front, -avaient fondu avec impétuosité l'une sur l'autre; mais Coltus, Briaiée et le fougueux Cygès avaient porté les plus terribles coups; ils avaient Jancé de leurs mains vigoureuses jusqu'à trois cents rochers. Ils accablèrent enfin les Titans sous la multitude de leurs traits; ils les précipitèrent dans les entrailles de la terre, eTleâ y enchaînèrent avec tout leur orgueil.
Autant le ciel est élevé au-dejsusue !a terre, autant il y a d'espace entre la terre et le fond du Tarlare (2081). Une enclume tombée du ciel demeurerait neuf jours et autant de nuits avant que de loucher à la terre, et il lui faudrait un temps égal pour tomber depuis ia terre jusqu'au tond du Tarlare. Un mur de i'er l'environne de toutes parts, et des ténèbres trois fois plus épaisses que la nuit en ferment l'entrée. Au-dessus sont les fondomeuls de la terre et de la mer. C'est là que les Titans sont plongés dans une obscurité profonde par ordre de Jupiter; triste demeure, éloignée du séjour des mortels, et dont ils ne peuvent sortir : Neptune les y a renfermés avec des portes de 1er et un mur impénétrable : c'est là encore qu'habitent les tidèles satellites de Jupiter, Cygès, Coltus et Biiaréc. C'est là enfin que commencent et finissent tour à tour la terre obscure, le Tarlare ténébreux, l'inépuisable mer et le ciel lumineux : lieu affreux, que les dieux mêmes ont en horreur, chaos
immense, dont un morfel ne pourrait atteindre le fond dans une année; à peine au rai t-i 1 passé l'entrée, qu'il serait emporté de côté etd'aulre par un mouvement impétueux et des secousses violentes : séjour abhorré des dieux même, qui n'est habité que par la nuit et ses épaisses ténèbres. Le Hls de Japetus, Allas, débouta l'entrée (2082), soutient le ciel sur sa tête et sur ses bras, sans se lasser jamais. C'est là que le jour et la nuit se suiveni (2083) alternativement et sans interruption, et [tassent tour à tour par une porte de fer. A mesure que l'un entre, l'autre sorl, sans que jamais ils se trouvent ensemble au môme lieu. Dès que l'un est parti pour parcourir la terre, l'autre attend paisiblement qu'il soit de reloue pour recommencer la même course. L'un porte la lumière aux habitants de la terre, l'autre leur conduit le sommeil fière de la mort. C'est donc là que se tient la Nuit ténébreuse avec ses enfants le Sommeil et la Mort , divinités odieuses que jamais le soleil n'éclaire de ses rayons, soit lorsqu'il monte au plus haut des cieux.soit lorsqu'il descend sur la lin du jour. Le premier parcourt tranquillement loule l'étendue de la terre et le vaste espace des mers pour donner le repos aux hommes ; l'autre avec un cœur de fer et des entrailles d'airain, attaque impitoyablement le premier qu'elle rencontre, et se fait haïr des dieux même, sur lesquels elle n'a aucun pouvoir (2084-). Là est le triste palais des dieux infernaux, du redoutable Plutôt) el de Proserpine(208o): l'entrée en est gardée par un chien hideux et cruel, exercé à un manège artificieux (2086); il caresse et fait accueil 5 ceux qui entrent, mais il ne leur permet plus de sortir, et dévore inhumainement ceux qui veulent s'échapper de ce sombre séjour.
Là se trouve encore la fontaine Slvx (2087), fille aînée de l'Océan, l'horreur des
(2081) Description du Tarlare. On voit par la manière dont Hésiode en parle, qu'il avail une i<lée fort obscure ei liés- fausse de la ligure de la terre, et qu'il n'en connaissait pas la rondeur. H imagine sous terre un vide immense et ténébreux, où il n'y a ni ciel ni mer; et s'il n'est pas aisé de concevoir ce qu'il eu dit, c'est qu'il ne s'entendait pas bien lui-même, il parait qu'il se figurait la terre comme nue. ciouie extrêmement large et épaisse, environnée partout île l'océan, qui coulait autour comme un grand fleuve et qui louchait immédiatement le ciel par le bord oppose à la terre; que sous celte croûte il y avait un espace égal à celui que nous voyons sur nos leies jusqu'à Ja voùie du ciel; espace absolument vide el obscur, où la lumière n'entrait jamais. C'esi ce vide qu'il appelle le Tarlare; elle peuple se l'orme encore aujourd'hui à peu près la même idée de l'enfer.
Euripide, dans llippolyte, peini le ciel el la urrè à peu près connue Hésiode: « J'irais, dil-il, aux riches jardins des Ilespérides, dans ces climats où Neptune ne laisse pins le passage libre aux iiaulonniers effrayés, car lia pour terme le ciel soutenu par Atlas, t (Théâtre des Grecs, tome II, p. 228.)
(2082) Atlas debout à Centrée, etc. (Voyez l'explication de la lable d'Alias, noie 205'J.)
(2083) Cent là que la jour et la nuit se suivent. Si
Hésiode avait compris ce qu'il dit de la succession du jour el de la nuit, il aurait conçu que la terre esl éclairée dans l'autre hémisphère loi.t comme dans le nôtre qu'ainsi tout ce qu'il a dit du Tarlare esl absolument faux et incompréhensible. C'esl lu réflexion de Leclerc.
(2084) La mort se fait haïr des Dieux, même sur lesquels elle n'a aucun pouvoir. Ou a dit (noie 190!) en quel sens les dieux oui pu être soumis au destin. 11 est clair par ces paroles qu'Hésiode n'a point cru les dieux sujets à la mort.
(2085) Le triste palais de Pluton et de Prossrpine. La table de ces deux dieux esl expliquée (noie 2057).
(2080) Ventrée en est gardée par un chien hideux. On a vu (note 1!)85) la description de Cerbère et l'origine de celle fable.
(2087) Là se trouve encore la fontaine Styx. Nous ne pouvons douter, sur le témoignage de ï'ausaiiias (I. v.m, c. 18), ou d'Hérodote (!. vi, p. 5i0), qu'il y ait eu en Arcadie, près de la ville île Nonaeris, une fontaine Siyx qui tombe d'un rocher extrêmement élevé. StuÇ, ff-uyô; est le même que oraywv. goutte, distillation, parce que l'eau de celle huitaine tombe par gouttes d'un rocher fort élevé. 11 n'est donc pas nécessaire d'en rapporter le nom à mé-stouk, en hébreu, aquie silentii. On croyaii à la vérité que l'eau
dieux immortels. Elle est dans un autre écarté, sous un vaste rocher soutenu par des colonnes aussi brillantes que l'argent (•2088), et (iui s'élèvent jusqu'aux cieux. La tille île Tliaiiinas, la prompte messagère Iris, est quelquefois obligée de franchir les mers, lorsqu'il s'é.'ève des dissensi >ns parmi les dieux. Si quelqu'un des habitants des cieux se rend coupable de mensonge, Jupiter envoie Iris chercher dans un vaso d'or l'eau glacée du Slyx (2089), qui est le lien du serment des dieux. Elle tombe goutte à goulto du sommet d'un rocher, et forme sous le; re un ruisseau toujours couvert d'une sombre nuit, et qui se jette dans l'océan. De dix jariies de cette eau , il y en a neuf qui coulent autour de la (erre et forment un clair ruisseau qui se décharge dans la mer : la dixième partie qui tombe du rocher est
H est séparé pour neuf ans de la compagnie des dieux immortels, il n'est point admis pendant tout ce temps a leurs assemblées ni à leurs festins; enfin à la dixième année il rentre dans tous ses privilèges. Telle est la peine que les dieux ont attachée au parjure commis sur l'eau du Slyx, fontaine révérée de tout temps et qui coule dans des précipices (2091).
C'est là que commencent et finissent tourà tour la terre obscure, le Tartare ténébreux, l'inépuisable mer, Je ciel brillant d'étoiles ; lieu hideux , affreux, que les dieux ont en horreur (2092). Là des portes d'airain sont suspendues à des poteaux immobiles, et dont rien ne peut ébranler la solidité. C'est-là que demeurent les Titans, loin des Dieux , dans le fond du chaos ténébreux (2093). Les fidèles satellites de Jupiter,
destinée à la punition des dieux. Quiconque Cottus et Gygès sont placés aux sources de
des immortels habitants de l'Olympe se parjure (2090) sur celte eau demeure pendant un an sans parole, sans respiration et sans vie, privé de l'ambroisie et du neclar, étendu sur un lit dans une léthargie profonde. Au bout de Tannée, quoique guéri de cette maladie, il n'est pas à la fin de ses peines.
l'océan (2094). Neptune a fait Briarée son gendre par estime pour son courage, et lui a donné sa fille Cymopolie en mariage (2095).
Lorsque Jupiter eut chassé du ciel les Titans (2096) , la terre unie au Tartare eut pour dernier fils Typhon (2097) , dont les
de Slyx était mortelle, et Pausanias le raconte ainsi : on la regardait comme un ruisseau ou ane
fontaine des enfers, à cause de celte propriélé, ou peutéire seulement parce qu'elle se perd sous terre. Hésiode semble le supposer (v. 787) : mais, selon Pausanias, après s'èire l'ail une roule à travers une roche loti haute, elle tombe dans leileuve de Gratins.
(v2088) Les colonnes d'argent qui soutiennent la caverne de Slyx, sont sans douie ces espèces de colonnes de pierre stalactite et fort brillanie qui se forment dans les grottes souterraine* où l'eau tombe îles rochers, et qui sont fort communes dans quelques provinces de France.
(riu8D Jupiter envoie Iris chercher dans un vnse d'oi 'l'eau glacée de Slyx. Pausanias dit, au contraire, que ceue eau dissoui l'or et qu'on ne peut la contenir que dans un vase fait de corne de cheval. C'est une fable.
("2U9U) Quiconque se parjure sur celle eau, etc. Il n'esi pas extraordinaire qu'une eau extrêmement froide cause un enrouemenl, une extinction de voix, et même nue maladie à ceux qui en boivent quand ils ont chau t. Ce phénomène, quoique très-naturel, paraissait singulier aux anciens Grecs, qui n'étaient pas de grands physiciens. L'opinion s'clablil parmi eux que l'eau de Slyx faisait cet effet particulièrement sur ceux qui se parjuraient. Ce préjugé ressemble beaucoup à celui qui a régné dans les siècles d'ignorance sur les épreuves du fer chaud, de l'eau bouillante ou de l'eau froide, que l'on appelait Icjugemenl de Dieu, et qui etaii déjà en usage chez les Ciecs; voyez l'Anligonc de Sophocle. [Théâtre Ue.t Crées, tome 111, p. U)'l.)
(WJi) tuina ne iet crée de tous temps, 'Qyvyiov, an iiiiunn, selon les traducteurs. Leclerc prétend qu'il faut traduire amaram, et qu'Agag a ceiie signification en arabe, niais aucun pnëte ni aucun historien n'a dit que l'eau de Siy\ lui ainéie. Un pourrait pe.it être lire abunduntem ou exunUuntem , puisque rv/uU; est »u lac de Lydie.
(•iO'Ji) (/<;*' ià que commencent el finissent, etc. Ceci esl une répétition des v. 73b el suiv. et ce ii'esl pas l.i bc.ile qui se ironie dans Hésiode.
^io'Jôj Là demeurent let Titane, dunsle (ond du
chaos ténébreux. Il est bon de remarquer l'affecialion du poète à répéter que les Titans sont dans l'obscurité, c'est comme s'il disait qu'ils sont dans l'oubli, qu'il n est plus question d'eux parmi les dieux adorés de son temps.
(2U94) Colins, Cyges sont placés aux sources de l'océan. H est assez étonnant que ces géants, pour récompense des services qu'ils ont rendus à Jupiter, soient relégués dans le Tartare avec les Titans, (voyez le v.754.)Le séjour qu'on leur assigne semble faire allusion à leurs noms, kottoj peut avoir le même sens que xwSwv , un grand vase selon 1 Je— sycbius, et sigiuiier quelque chose de profond , yvyne esl analogue à yvyxioç., un lac.
^ol)o) Neptune a fuit Briarée son gendre, el lui a donné sa fille Cymopolie. Celle alliance est fondée sur une nouvelle équivoque. Upiàptuç vient de fipi, augmentatif, et «piws-, humide, aquatique, dérivé de 'a^o'o, humecter, arroser. Cymopolie esl tonne de X'Juiç. flot, et nolo;, le sommet, ce qui domine; il signilie dominons /luctibus, INolre poêle a dit (v. 147) que ces trois personnages* étaient lils du Ciel ei de la Terre : cela se conçut l très-bien, si ce sont des lieux pleins d'eau, mais comme leurs noms peuvent avoir un sens tout contraire et désigner quelque chose de fort élevé, on en a fait des Géants.
(2olio) Lorsque Jupiter eut chassé du ciel lesTituns. Remarquons ceue expression. Jupiier n'a point chassé les Titans de la Thessalie , ou de l'Olympe, ou de son royaume , mais du ciel, un oùpm'jù, parce qu'ils ne sont plus au nombre des dieux principaux ou des grands dieux dont la demeure est dans le ciel.
(^Uî)7) La Terre unie au Tartare eut pour dernier lits Typhon. Leclerc prétend que sous le nom du Typhon, Hésiode a peint la scélératesse des liant* tains de Sodoiue, dont les Grecs avaient oui raconter l.i punition aux Phéniciens. Nous avons vu (note 11)65) que c'est une supposition en l'air. En quel sens Hésiode a-l-ii pu uire que si Jupiier n'avait pas foudroyé Typhon, celui-ci sérail devenu maître des dieux el oes hommes? Dans le système du Leclerc, quelle* relations les Sodomites peuvent-ils avoir avec le régne de Jupiter dans la Thessalie?
Il paraît qu'Hésiode veut parler d'un volcan, et
pieds et les mains nvnient une force plus qu'humaine, mais dont les cent lûtes semblables à celles d'un serpent ou d'un dragon horrible , laissaient échapper de leur gueule une langue noire , jetaient le feu par les jeux el vomissaient dos (lamines. Toutes ensemble faisaient des cris affreux semblables a ceux de différents animaux et qui étaient entendus jusqu'aux cieux ; tantôt elles poussaient des mugissements comme un taureau en fureur, tantôt des rugissements aussi terribles que ceux d'un lion , tantôt des hurlements comme un chien.
Souvent il faisait un bruit dont les montagnes retentissaient au loin. Il serait sans doute arrivé une révolution funeste à sa naissance, il se serait rendu maître des Dieux et des hommes, si Jupiter le père commun n'y avait pourvu. Il lit gronder son tonnerre à coups redoublés ; le bruit en retentit non-seulement jusqu'aux extrémités de la terre, mais jusqu'au plus haut des cieux et au fond des abîmes de l'océan. L'Olympe trembla sous les pas du Roi des immortels, et la terro en poussa des gémissements. Le feu de la foudre éclatait de toutes parts, et faisait rouler des tourbillons de flamme; le ciel, la terre, la mer en ressentirent également les ardeurs. Les vagues en iureur se brisaient avec violence contre les rivages; l'émotion des Dieux causait dans tout l'univers un bouleversement affreux. Plu ton en fut effrayé dans l'empire des morts, les Titans, précipités avec- Saturne au fond du Tarlare (2098) , en ouïrent le bruit et en ressentirent la secousse. Jupiter en courroux redoubla les coups de
même du inouï Etna; aussi Apollodore (I. i) dit expressément que la Terre enfanta Typhon en Sicile. Dans le Vromélhéc d'Eschyle, il est dit que Typhon esi enterré sous le mont Etna, et les poètes ont appelé les montagnes qui vomissent des flammes le lit de Typhon, Typliœi cubilia. (Uiad. il, 290; Ovide, Méiam., I. v, fable G.) Cela est certain d'ailleurs par la description qu'en l'ail notre poète. 1° il naît de la Terie et du Tarlare, parce que les volcans sortent des entrailles de la terre dans les Montagnes, et y font de profondes ouvertures. -1° Ses tètes de serpent ou de dragon sont les sommets escarpés d'où sort la flamme, par la confusion île Sfàzwv, un serpent, avec t^k^wv, lieu escarpé : ùrucv, dans Pluie, est une montagne d'iouie, et a&c./cviov dans Hésychius, une montagne de Cane. 5U Le feu lui son de la gueule el des yeux, non pas pour exprimerla vivacité de ses regards, connue l'entend Leclerc, mais parce (pie les volcans font ordinairement leur éruption à la cime des montagnes. 4° 11 a la voix terrible el semblable à celle de diflérents animaux; ce sont les mugissements souterrains que Ton entend au loin, lorsque les volcans sont prêts à (aire une éruption violente. La terre, dil Hésiode, semble gémir, et Plutuu eu entend le bruit jusqu'aux enfers. 5° La mer et les Ilots eu bouillonnent; c'esl un des ellels que l'on remarque dans les mers voisines des volcans. 6° Jupiter le foudroie, parce que le bru.l qu'il l il imite le tonnerre, et qu'il lance quelquefois dans les airs des pierres enflammées. La terre continue de brûler, parce que les volcans subsistent souvent pendant un granit nombre de siècles. 7° La terre tombe en dissolution et devient liquide comme le 1er par la
tonnerre, lit briller les éclairs , et du haut de l'Olympe frappa le monstre en lançant
contre lui la foudre. Il réduisit en cendres .ses horribles tôles, le lit tomber sous ses coups redoublés, et la terre retentit du bruit de sa chute. La flamme gagna les forêts et les montagnes; elle embrasait la terre et la faisait couler comme les métaux fondus s'échappent de la fournaise , et comme Vulcain fait sortir du sein des montagnes des torrents de fer devenu liquide par Ja violence du feu. Ainsi la terre tombait en dissolution par les ardeurs de ce terrible élément. Jupiter indigné précipita le monstre au fond du Tarlare.
C'est Typhon qui produit les vents orageux, excepté Nolus, Dorée, Argesles et Zéphyre, que les Dieux ont fait naître pour l'utilité des hommes. Pour les autres, ils ne servent qu'à soulever les flots de la mer, à exciter des tempêtes, à causer des naufrages. Tantôt ils tourmentent les vaisseaux et font périr les matelots; malheur à ceux qui en sont assaillis sur mer, leur perle est inévitable ; tantôt il souillent sur la vaste étendue de la terre, brisent les tendres fleurs dont elle est couverte, renversent les travaux des hommes, remplissent tout de poussière.
Les Dieux, délivrés enfin de leurs travaux et de la guerre qu'ils avaient eue à soutenir contre les Titans , déférèrent , par les conseils de la terre (2099) l'empire des immortels à Jupiter, maître de l'Olympe , et, pour récompense, il leur a distribué à tous des emplois (2100). Jupiter, Roi des Dieux,
violence du feu. Le poète entend par là les torrents de pierre fondue qui sortent des volcans et que l'on appelle ordinairement la lave. 8° Typhon est i'auienr des vents orageux, non-seulemenl parce que ce nom signifie quelquefois un tourbillon de vent, maisencore parce que l'éruption des fia minés dans les volcans est ordinairement précédée par l'éruption des vents souterrains. 9° Enfin Typhon esl le dernier enfant de la Terre, parce qu'il s'est formé des volcans où il n'y en avail point autrefois, et peut-être n'y avail-il pas longtemps que l'Etna vomissait des flammes îorsqu'ilésiodc écrivait. Comment pourrait-on appliquer toutes ces circonstances à l'embrasement de Sodome?
Il ne faut pas oublier que Typhon esl souvent confondu avec 'EyxftccSof, autre géant prétendu, el oont le nom siguilie un volcan comme le précédent. C'esl le même que l'hébreu cheled, flamme ou éclair; enceludus siguilie mius urens.
(2098) Les Titans précipités avec Saturne dans le fond au Tarlare. C'esl une contradiction avec ce qu'llésiode enseigne dans/es Travaux (v. lo'J), que Saturne esl dans les îles Fortunées avec les.àmes îles héros" dont il esl le roi. Il y a bien d'autres contradictions semblables dans les poètes.
(2099) Par les conseils de lu Terre. On ne voit pas en quoi les conseils de la Terre oui pu èlre nécessaires à l'arrangement pris par les dieux, si ce n'est pour nous faire comprendre que ce sont proprement les habitants de la terre, ou les hommes, (pu sonl les ailleurs du règne de Jupiter, de sa | divinité, et des fonctions qui ont été attribuées aux autres dieux.
(mOO) Jupiter leur a distribue à tous des emplois,
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prit pnir sa première épouse Métis (2101) , la plus savante des Dieux et des hommes. Mais lorsqu'elle fut sur le poi ni d'accoucher de la Déesse Minerve, Jupiter, gagné par les conserîs artificieux et les discours séduisanis du ciel et de la Terre (21 0-2), la renferma dans son propre sein. Leur dessein était
Celte distribution, selon Leclerc, signifie que Jupiter donna des recoin penses à ses sol.lals , mais la poster i lé, ilii-il, a entendu cela des différents départements qui ont été assignés aux dieux. lit comment aurait-on pu l'entendre autrement? Il est évident par ce qui a précédé ci par ce qui va suivre qu'il s'agit ici d'un nouvel arrangement dans la religion des Grecs.
(2101) Jupiter prit pour sa première épouse Métis. Leclerc est ici forcé d'abandonner son système, et de recourir au sens allégorique. Le mariage de Jupiter avec Métis, l'Intelligence, la Prudence, ne signifie autre chose, de son aveu, sinon qu'un roi doit prendre la prudence pour compagne inséparable. G'est ce que le Sage disait de lui-même: J'ai aimé lu sagesse et l'ai cherchée dès ma jeunesse; je l'ai prise pour mon éoouse, et me suis livré à ses attraits. (Sap. VIII, 2.)
Il faut donc encore entendre de même ce qui est dit ensuite, v. 8(J0el899, que Jupiter cacha Mélis dans ses entrailles. G'est une figure pour nous apprendre qu'il est de la prudence de ne pas faire paraître au dehors sans nécessité les connaissances et l'habileté qu'on peut avoir acquises; qu'il vaut mieux réfléchir intérieurement que de parler beaucoup. G'est encore l'avis du Sage : L'insensé (ait paruilre d'abord tout ce qu'il sait; le sage ne se presse point, et garde ses connaissances pour l'avenir, (frov. xxix, il.) Ge qu'ajoute Je poète, que le fils de Mélis serait devenu le roi des dieux et des boniines, par conséquent de Jupiter lui-même, est une nouvelle leçon pour nous faire comprendre que l'intelligence et l'habileté l'emportent aisément sur la lorce.
Mais, si les aventures de Jupiter que l'on va lire doivent être entendues dans un sens figuré, pourquoi n'en serait il pas «le même de son règne, de sa révolte contre Saturne, de la guerre des Titans? G'e.u une méthode assez singulière chez les mythologues historiens de passer ainsi, comme il leur plaît, du sens littéral au sens allégorique.
D'ailleurs ne donnent-ils pas dans le ridicule qu'ils reprochent si aiuèremennt à leurs adversaires? Me piêient-ils p >s trop d'esprit aux anciens Grecs en supposant qu'ils oui cache un sens moral sous l'écorce des fables? Il laul donc trouver à telle que nous examinons un sens plus analogue à l'esprit grossier cl iiiinuiieux de ses auteurs. :
Miçti» ne siguilic pas seulement la sagesse, mais encore l'humidité; nous l'avons remarqué plus d'une lois. Jupiter étant le dieu de la pluie, souvent conlondu avec elle, il était assez convenable de lui donner l'humidité pour épouse; mais les poêles, Voulant donner un scn-> monts puérile à celle fable, ont pris Mélis pour la Sagesse et en oui l'ail destemiie Minerve.'
(■21U-2) Les discours séduisants du Ciel et de la Terre. Ainsi le G;el, selon Hésiode subsiste toujours comme personnage, même après la défaite de Saturne, quoiqu'il ne BOit plus le maître des dieux ni le principal objet de l'adoration publique ; si c'eût , ete un homme, il aurait du. être mort depuis longtemps.
("2105) La déesse aux yeux bleus qui sortit du. cerveau de Jupiter. Minerve, déesse des sciences, qui préside encore à la guerre SOUS le nom del'allas, qui a pour mère Mélis, la Prudence, l'Intelligence, est un nouveau personnage allégorique. L'abbé
d'empêcher qtfaucuu des dieux immortels ne s'emparâl Je l'autorité de Jupiter : parce qu'il élait réglé par les destins que Mélis mettrait au monde des enfants d'un génie supérieur. D'abord elle devait enfanter la Déesse aux .yeux bleus, qui sortit peu après du cerveau de Jupiter (2103) , oui égale son
Banier (tome 11, 1. i, cli. 9, page 132.) convient que la naissance de celle déesse, prise à la lettre, est une énigme impénétrable ; on doit donc l'entendre dans un sens figuré.
Son nom 'Aôijva, dit Leclerc, est le même que le phénicien Klliana, fortis. Mais quelle relation y al-il entre la force et les sciences? Ne pouvait-on pas désigner la divinité qui les dirige par un nom plus analogue à ses fonctions? 'AâÀvn < liez les Grecs, 'Q'/'/k ou 'Oyx« chez les Thébains , Nekh chez les Egyptiens, Minerva chez les Latins, ont tous la même énergie.
Il faut se souvenir que Minerve dans son origine esl l'industrie, la déesse de l'occupation, du travail, de Ions les arts. Or dans toutes les langues être occupé ou attaché c'est la même chose; toute racine ou terme primitif qui signifie un lien désigne aussi l'occupation soit tle l'esprit, soit du corps, par conséquent l'étude, la méditation, la pensée. On ne pouvait désigner ces objets spirituels que par une métaphore, et il n'eu esl point de plus naturelle que celle-ci.
'a.0/jv«. est donc le même que ?9»v«, dans llésychius, des cordes des liens, Atouna en chaldéeu ; Tsivw, serrer. Le latin teneo signifie tout à la fois tenir dans sa main, attacher el retenir, dans sa, mémoire; de là sont dérivés attention, attentif, etc. ôeivEtv dans Hésychius, faire, être occupé, el, par contraction, ôrjven»,; c'est la racine de «ôw*iq.
'Oyyà, 'oyy.d n'esl point différent de l'hébreu hagagt penser, méditer, être occupé, comme wyu en grec et en latin; celui-ci ne signifie pas seulement penser ou agir, mais encore attirer, enlacer : «yxat sont les bras, avec lesquels nous serrons ei nous travaillons.
Neitk est le même que vtjtqç filé ou assemblé. On disait en latin nito pour iieo,ul noter en français, c'est retenir; v<woç en grec, ce qu'on peul comprendre.
Minerva est formé de deux racines synonymes, composition très-ordinaire dans les langues : min en hébreu est une corde; paùp, la même chose eu grec, selon Hésychius; meminisse, retenir. Erva est le même qu'herbu, l'herbe qui ressemble à des fils, connue liereb eu hébreu, la trame d'une étoffe.
Ainsi tout ce qui exprime un lien désigne par là. même le fil, ce qui ressemble à un fil, le tissu fait avec du fil. Il n'est donc pas étonnant que la déesse dont les noms signifient lien, fil, occupation ou métier, préside loul à la lois aux sciences, aux. arts, et surtout à la tisseranderie. On sait que les Minéides, ou filles de Minée, dont le nom fait allusion à celui de Minerve, sont dans Ovide de fameuses ouvrières en toile qui furent punies pour avoir méprisé les fêles de Bacchus. Arachné en esl une autre qui fut changée en araignée pour avoir voulu disputer n'adresse avec Minerve.
Ge qui exprime un lieu désigne aussi son effet, qui esl d'arrêter, le lieu où l'on esl arrêté, où l'on demeure, une habitation. La ville d'Athènes avait avait pris sou nom de celle idée générale,, comme 'A'-6«v'x ville île Laconie, Lùflrjvçti, ville tle Garie, Atmu, ville d'Italie, Alhenic Dindes dans l'ile d'Eubée ; mais les Athéniens prétendirent par vanité que la leur (irait son nom d'Athènes ou de Minerve, cl ne manquèrent pas de la choisir pour déesse lulélairc.
L'uuiie, et toute liqueur grasse et tenace a tiré
ŒUVRES COMPLETES DE BEnCIER.
lOfli
père en force et en prudence; ensuite un fils qui par son courage serait devenu maître des dieux et dos hommes. Jupiter prévint ce malheur en cachant Métis dans ses propres entrailles, afin qu'elle lui fit connaître le bien et le mal.
de même son nom de ce qui lie, de ce qui s'épaissii; de là&atct, ê7cuov, otiva,oleum, sont exactement analogues au verbe «),ew , lier, assembler. Consé- U/iemm "ut l'olivier, son fruit et sa liqueur furent consacré» à Minerve, el ou assura l'oit sérieusement que Minerve avait fuit sonir l'olivier de terre par un r-oup de lance. Cela signifie seulement que cet a bre et son usage sont un fruit de la culture et de l'industrie. Gomme les ouvriers qui travaillent pendant la nuit ont é é les premiers qui ont eu bVsofn «le l'huile pour s'éclaire, c'a été une nouvelle raison ce consacrer l'olivier à Minerve.
On donna pour sym >ole à cette divinité une chouette, parce que cet animal voit cîair pendant la nuit; il rrpiéseme ainsi et les ouvriers laborieux qui travaillent souvent la nuit, et les génies supérieurs dont la vue pénètre dans les choses où le commun des hommes ne v< il goiil'e. On a pu imaginer encore ce symbole par l'allusion de yXocùÇtioctua, avec yloivxûmç, surnom de Minerve, qui peut signifier yeux de cliouetie.
Croirons-nous que sous le nomd'Alhéné les Grecs ont honoré la première femme qui s'est appliquée aux ouvrages de lisscranderie? Il n'y a qu'a lire dans Goguet (pari, i, liv. n, c. 2) les différentes matières dont les hommes se sont servis d'abord pour faire des vêlements, et la suite des essais par lesquels on esi enfin parvenu à faire des tissus; l'on verra si cet art a pu venir d'une seule personne.
Les Grecs nommaient souvent la guerre êpyov ; ce terme signifie loule sorte d'ouvrage el de travail, connue nous appelons encore aujourd'hui une bataille une action. Il convenait que la déesse qui préside aux travaux de la société, surtout à ceux qui demandent de l'intelligence el de l'habileté, eût l'art militaire dans son département; aussi le lui a-i-on attribué sous le nom de Pallas, dérivé de itxïkùi, frapper, combattre, liiicer des traits. Ce nom est une épithèle de Minerve; Homère l'appelle constamment Pallas Aihené. Voilà pourquoi on la peignait armée de toutes pièces, tenant d'une main la lance guerrière, et de l'autre l'égide ou le bouclier iaii de peaux de chèvres, sur lequel fut attachée la léle de Méduse pour le rendre plus terrible.
Il n'est pas difficile de trouver l'origine de cette parure, Hérodote (I. iv, pag. 278) nous apprend que les femmes de Lybie portaient par-dessus leurs babils une peau de chèvre sans poil, peinte en rouge et bordée de franges ou de cordelettes qui ressemblaient a des serpents. Comme on supposa que Minerve élail née en Lybie sur les bords du lac Triton,, l'on crut qu'il fallait l'habiller comme les femmes de ce pays- là. Celle peinture ronge ornée de franges fut prise dans la suite pour la lèie de Méduse coiffée de couleuvres, et on représentait souvent Minerve avec celte lèie sur sa poitrine.
La double fonction de présider aux sciences, aux ans el à la guerre aurait-elle été attribuée à Minerve, si celle-ci eût élé une femme? Sans doute ce sont les hommes qui ont commencé les premiers à se servir des armes : il n'y a pas d'apparence qu'ils aient appris de leurs épouse l'art funeste de la guérie.
On dit que Minerve était sortie du cerveau de Jupiter, parce que l'on suppose que l'esprit ou l'industrie réside pirncipalement dans la léle; c'est Ce que signilie son nom xpnoyéviut , que Le Clerc
Jupiter épousa ensuite la belle Thémis (2104). Celle-ci enfanta les Heures (2105), les bonnes Lois, l'Equité, la Paix, qui apprennent aux hommes à tout faire avec ordre, et les Parques (2106), auxquelles le souverain des dieux a donné de grands pri-
traduit avec raison (Utpile aenita on Capita, comme elle est appelée par Ovide, liésychius el Eusialhe nous apprennent que rpnù signifiait la tè'e chez les Alhamanes et les Cretois. Il I» signifiait aussi en dialecte Eolien; voilà pourquoi le.s Arcadiens disaient que Minerve était lille de Kopvpâ, le sommet de la tête ; d'antres, qu'elle avait pour père Cranaiis, le crâne ou la lète. Mais Apollodore et les autres mythologues qui ne pensaient point à celte signification de t/sitw, ont cru que Minerve était née auprès du lac Triton en Afrique; c'est à cause de cela, disent-ils, qu'on lui a donné des yeux bleus ou lirani sur le vert de mer. (Voyez Pausanias, I. i, c. 1 i.)
Mais nous avons vu plus haut que la couleur des yeux de Minerve venait d'une autre source : r).avxw7riç peut signifier yeux pers el yeux de chouette, qui voient clair la nuit ; c'esl le même sens que Minerve aux bons yeux, connue la nommaient les Argiens, ou 'Of&ecXpm; chez les Laconiens.
Elle avait piu ieur autres surnoms que l'on peut voir dans Pausanias. Un des principaux est Kc/juyao-tade nopvyn, la léle; et connue Jupiier était aus.-i nommé Kop-jyaïoç, le plus élevé des dieux, il n'eu a pas fallu davantage pour imaginer que Minerve élail lille de Jupiier : ce titre peut signifier em oie que son culte a commencé sous le régne de Jupiter. On consacrait le coq à Minerve ipyéctn ou Minerve ouvrière parce que le chaut du coq éveille les ouvriers, et on la représentait avec cet oiseau sur son casque. Ainsi toute l'histoire de Minerve, comme celle des aunes dieux, a élé composée successivement sur des allusions el des équivoques.
(2I04) Jupiter épousa ensuite la belle Tliémis. Hésiode marie successivement Jupiier avec les venus el les talents les plus nécessaires à un roi. &ipi; , la Justice, est sans doute le même nom que l'hébreu Tham, ce qui est jusle, parlait, iirépréhensible; mais il n'est pas différent non plus de sxvpoç , vrai, entier, parlait ; Tarn, item, en latin désignent l'égalité.
(21U5) lille enfanta les Heures, etc. 11 ne paraît pasque"û(o«,le temps, la convenance, ail aucun rapport à riieoreu, our, la lumière, comme Le Clerc le prétend; il doit plutôt se rapporter à 'A/sw, orner, ajuster, accommoder: "ilpa, beauté, agrément, etc. "Lipcu dans les Travaux (v. 75) signilie les saisons.
Tnémis qui produit la proportion, la convenance de toutes choses, se prend donc ici dans le sens le plus étendu, pour l'amour de l'ordre. On le voit par le nom de ses lilles "ûp«, opportunilas, l'a propos ; Eùvouia, bonne loi, sage loi ; At/.jj, le droit, l'équité; Eiprivo, la paix.
(21UG) Ll les Parques. Tliémis en est la mère, parce qu'une des lonctions de la Justice est de distribuer à chacun des peines el des récompenses selon ses mérites. 11 est vrai qu'au v. 2l7, lies. ode a dit que les Parques sont filles de la Nuit; il ne laut cependant pas en conclure avec Le Clerc, que les trois veis ou il en est ici question, soient supposes et ajoutés par une main étrangère. On a déjà vu par plusieurs exemples qu'Hésiode ne se pique pas d une grande exactitude, non plus que tous les anciens poêles, et qu'il ne lui est pas rare de se contredire. D'ailleurs, selon le sentiment ordinaire, Hésiode n'est point l'auteur des fables ; il ne fait que raconter ce que l'on disait communément à##
feoi
PART. 11.. TIIEOL. AUC11EOLOG. — ORIGINE DES DIEUX.
viléges*: ce sont Clolhos, Lachésis, Atropos, qni distribuent aux homme; le bonheur et le malheur.
L'aimable Eurynomé, fille de l'Océan, eut de Jupiter les trois Grâces (2107), Aglaé, Euphrosyne el Thalie, tilles aussi charmantes que leur mère, dont les regards gracieux inspirent une respectueuse tendresse.
Jupiter prit ensuite pour épouse Gérés
dieux ; ce n'est donc pas sa faute si ces narrations se contredisent. Un ouvrage d'imagination fondé sur des équivoques et des allusions arbitraires, n'a pu èire uniforme, et le poète n'a pas tort de rapporter les diverses opinions qui avaient cours chez les Grecs. On a donné ailleurs l'explication du nom des Parques.
(-2107) Eurynomé eut de Jupiter les trois Grâces. Eurvnoiné est une nymphe des eaux, dont Hésiode a parle. (Mute 201S.) Voilà pourquoi il l'appelle lille de l'Océan ; et l'on ne voit pas quel rapport il peut y avoir entre les eaux et les Grâces : mais 'Evpuvo^yj est un nom équivoque. 1° 11 peut être formé do fuov, eau ou rivière, el vô/xq, habitation ; il désigne ce qui demeure dans les eaux ; 2° evpv exprime souvent en composition, grandeur ou excellence, et vôfioj, coutume, manière; en ce sens sùpuvôpa est équivalent a beue morala, qui a de belles manières; et ce litre convient à la mère des Grâces. 'AyWîrç e:U le brillant de la beauté, comme iy/aô», sptendidus ; tuyau? hn, la gaieté ou le bon caractère; Ou).tn, la Heur de l'âge, la jeunesse.
(2108) Jupiter prit pour épouse Cérès. On a parlé de Gérés. (Noie 203.7.) Là il est dit que Gérés est iille de Saturne, par conséquent sueur de Jupiter ; ici on lui donne pour épouse aussi bien que Junon qui est de même sa sœur. 11 esl clair que ces mariages incestueux du plus grand des dieux ne sont l'on. les que sur de froides allusions; que, malgré la corruption des mœurs qui a pu régner dans les premiers âges de la Grèce, il esl impossible qtiVn seul roi ail pu se remit e coupable de lous. les crimes et de toutes les infamies que l'on attribue à Jupiter. Inutilement l'on dira qu'il y a eu plusieurs rois de ce nom, que l'on a prèle à un seul les actions de plusieurs; il esl évident que tous. ces mariages ne sont pas plus réels que le premier dont le poète a parlé : que jamais Gères n'a ele une femme non plus que .\lelis, qu'où a supposé quelle avait vécu en Sicile à cause de la fertilité de celle île. Goin-r nient Jupiter, roi de Thessalie, serait-il allé chercher une épouse en Sicile ? El comment une reine de S ede aurait-elle été sa sœur ? Dans la suite lie-. siode ilonne. a un autre mari a Gères qui n'est pas plus réel que. celui-ci.
L'on esl donc forcé de recourir à une physique grossière el a l'équivoque des noms pour rendre raison de toutes ces fables. Que Jupiter, la pluie, épouse M lis ou L'humidité ; Tbéiuia, ce qui esl liquide; Eurynomé, ce qui demeure dans les eaux ; t.e.es, l'agriculture; qu'il ail de celle-ci Pruscipiiie, li-s fruits de la terre, parce que la pluie les la.l germer el croître, on ne trouve dans tout cela que Oes allégories pioporlionees a l'intelligence d'un peuple barbare ; quclqu'auire méthode que Pou suive, on ne peut éviter de donner dans un ridicule continuel.
On a examiné ailleurs la fable de Gérés, de Pluton et de Proserpiite.
(2lU'J) Jupiter uimu encore Mnémosijne qui donna naittunce uux neuf Mutes. .Nous avons pa.lé de Hiiémosyne et des Muses. (.Note 1003.)
(21 10( Lutone eut de lui Apollon el Diane. On se souvient eue Latone siguilie l'enfantement uu la fécondité, (Note 2U27.)
(2108), nourrice du genre humain, qui fut [itère de Proserpine : Plu ton l'enleva par violence à sa mère; mais le souverain des dieux lui permit de la garder.
Il aima encore Mnémosyne, qui donna naissance aux neuf muses, dont les plaisirs ordinaires sont les festins el les concerts (2109). Latone ont de lui Apollon et la chasseuse Diane (2110), les deux plus aimables enfants de lous les immortels.
Apollon est un surnom de Plnrbus, Homère l'appelle constamment <t>oî6o? 'ArcoMcuv. Ge nom, dit LecliTC, vient de l'hébreu plié bo li/ippnlon : os in eo mirum, parce qu'il est le Dieu de la divination. Dans ce cas-là, Pliœbus est fort différent de Phœbé, la lune (note 2027) ; et on ne voit plus quelle relation il y a entre Apollon el Latone.
<j>ot(?o> a différentes significations, et leur coufusion a fait naître toutes les fables de ce nouveau Dieu. 1° On lui a donné le même sens qu'à iyrjÇoç un enfant déjà grand, un jeune homme. 'AaôtX&iv dérivé de ito).).6j, siguilie grand el puissant . foiSog ùtïqû.wv. est à la lellre un grand jeune homme. Déjà l'on conçoit pourquoi il est né de Latone ; il est tout simple que les enfants, les jeunes gens soient le fruit de la fécondité. Tout le monde sait qu'Apollon est toujours représenté sous la ligure d'uu jeune homme. 2° 'âwiXÀwv peut se rapporter à Tvcôlfj), chasser, pousser, lancer ; rroMÀ, dans Hésychius, esl un carquois, et noUoi, des archers : c'est le synonyme de "iv.ioj, bon tireur, litre si souvent donné à Apollon ; ^oîooc ànôllto* eu ce sens esl un jeune chasseur. Par-là on comprend pourquoi on le suppose frère de la chasseuse Diane, et comment cet attribut est lié avec le précédent. L'un des principaux exercices de la jeunesse a toujours été de tirer des llèches, de lancer des traits, de chasser le gibier. Il a encore rapport à la signification suivante : les rayons du soleil sont comme, des traits de lumière et de chaleur qu'il darde de loules parts. L'année des Grecs périt devant Troie par les traits d'Apollon, c'est-à-dire, par une contagion que la chaleur excessive du soleil avait causée. (iliad. i.) 3" (folSo; siguilie pur, clair, ce qui donne de la clarté ou de la lumière : <j>oi,6«w lustrer, reiir d;e clair ; 'AirôÀ^w se dérive Ires-bien de 7ro>ï&> tourner ; 7r6).of, ce qui tourne, le ciel ou le inonde; alors fpï§oç àitoÙMv est le soleil qui tourne : en eil'el ou a nommé le soleil Phœous el la lune Phœbé; on a confondu Apollon avec le soleil, on lui donne pour sœur Diane, qui est la lune : ce n'est donc pas parce qu'on a supposé que les âmes d'Apollon et de Diane avaient passé dans ces deux astres, comme Leclerc l'a pensé ; celle folie n'a été imaginée que fort lard. D'ailleurs, pourquoi les aurailon placées plutôt dans ces deux astres que dans les étoiles, sinon à cause du rapport des noms '.' G'esl donc l'équivoque des noms qui est la vraie source de la fable.
A" ttoifioç a exprimé le souille, l'inspiration, la divination; le jeu des instruments à vent, comme de la llùie, du chalumeau, de la trompette yoi6飫 ., do&cîvu, deviner ou prédire ; fpïSoç ù.not\&v, puissanl devin ; coiiséqueniinenl on a fait présider Àpolr Ion à la divination, à la magie. Gomme la poésie cl la musique passaient pour une espèce de divi nation, les poètes et les musiciens pour des hommes inspires, ou n'a pas manqué d'associer Apollon aux Muses et de le taire présidera leurs concerts.
5° iraÀswuv, dans llesychius, siguilie guérir, rendre la saule : "totCof AVo'/Àcov rapporté a ce sens, a exprime a la lellre un divin médecin ou le soleil qui guérit. On sait que la médecine était regardée chez les anciens peuples comme une- sorte d'ins,-: piiation ou de magie. G'esl encore aujourd'hui la
La dernière épouse <le Jupiter (2111), roi des dieux et des hommes, l'ut la belle
Junon, qui devint mère d'Hébé, de Murs et de Lucine (2112). Juj iter fit sortir de son
coutume des malades, et surtout des convalescents, parmi le peuple, de s'exposer au soleil, et de prétendre qu'ils s'y trouvent soulagés : ainsi Phœbus Apollon est devenu le dieu de la médecine, le père d'Esculape, et par une contradiction assez bizarre, le soleil s'est trouvé doué du pouvoir de tuer les hommes et de les guérir.
(j" Trahi-*, selon le même Hésycliius, signifie paître, nourrir; dans ce sens ^oîêo? A'nôW.wv est un jeune berger. Aussi n'a-t-on pas manqué de dire qu'Apollon ebassé du ciel par Jupiter, était devenu berger d'Admèle, roi de Tbessalie, dont il gardait les hœut's. 'AÔpfr-jjestune nymphe des eaux. (iSote 2018.) Ici l'on en lait un roi, mais nous savons d'avance, que les eaux sont souvent changées en bœufs par les poêles. Celte Table signilie donc que le soleil banni du ciel pendant l'hiver par les nuages et par les pluies, laisse glacer les eaux et les relient ainsi comme enchaînées; voilà Phœbus Apollon qui garde les troupeaux d'Admète. D'autres ont dit qu'il avait encore gardé les bœufs de Laomédon ; i.ous verrons dans la fable d'Hercule que ce second roi esl aussi réel que le premier.
On a remarqué (note liiOô) que le laurier était un symbole de l'inspiration poétique; conséquennnenl il a fallu le consacrer a Phœbus; et pour faire entendre que cet arbre lui élail agréable, on a composé la fable d'une nymphe Daphné, lille du fleuve Fériée, métamorphosée en laurier, parce qu'il croissait des lauriers sur les bords de celle rivière. Parce que la corneille passait pour prédire l'avenir, on a forgé une autre nymphe Coronis dont Apollon élail amoureux.
Les équivoques de l'ancien grec fournissent donc une clef fort simple pour expliquer toutes les circonstances de la fable d'Apollon ; celle de Diane n'a pas besoin d'un autre secours.
On n'imaginera pas sans doute qu'un même homme ail inventé lâchasse, la médecine, la poésie et la divination, ni qu'on lui ail dressé des autels pour ce sujet:
"Aprspuç, no. ii grec de Diane, vient selon Lederc, de har-TItémi, inotis udmiralio mea , parce que Diane demeurait sur les montagnes. On sent que loulesces elymologies sont lorcées, arbitraires, el ne rendent raison de rien. "Ajmpiç , en ancien grec signilie ce qui chasse, ce qui t'ait sortir, par conséquent chasseuse et accoucheuse; ce soin les deux attributs de Diane; uprepi} , dans Hésycliius, ce qui sauve, ce qui guérii, ce qui liie d'affaire; «/îTô^Àî, sain et sauf, échappé du danger Ariemisiu est l'armoise, herbe qui provoque les mois el l'ail accoucher ; et comme c'est originairement la lune que l'on a suppose présider aux couches et aux mois de femmes, il esl clair qu'Arieiuis est un surnom île la lune. Lorsque les femmes mouraient par l'une ou l'autre de ces maladies, on les appelait «,OTSfuâoStajT«i, blessées ou tuées par Diane.
L équivoque esl encore plus sensible en latin. Diana lait allusion à &w, ciiasser, mettre dehors, el à ôt«, clarté, lumière; eù^ta, sérénité ; àâta, le feu ou le foyer, d'où esl venu dies, le jour. Diana signilie tlonc la chasseuse, l'accoucheuse, et celle qui brille, en un mol la lune. Aussi dans Euripide, Diane esl appelée ywo-yopoj 6i«, Deu ïucifera. [Iphigéuie eu lauride, acits'l.) Elle avait sous ce nom un autel dans l'Aitique et un chez les Messéniens. (Pausanias, l. i, c. bl ; el 1. iv,c. 51.)
A présent l'on comprend pourquoi Diane chasseuse est sœur d'Apollon, tireur habile, pourquoi Diane accoucheuse est fille de Lalone, celle qui enfante; pourquoi les deux premiers que l'on suppose toujours jeunes, sont appelés par Hésiode les plus
aimables enfants de tous les immortels. Il n'est pas surprenant d'ailleurs «pie l'un signifiant le soleil et l'autre la lune, on les ait regardés comme frère et sœur : celait l'idée des Péruviens, adorateurs de ces deux astres.
H est vrai qu'Hésiode (note 2020) a fait naître le soleil et la lune d'Hypérion eldeThia,du ciel et de la mer; cela ne prouve rien contre ce que l'on vient de dire. Il est certain par cent exemples que toutes les généalogies données par ce poète ne sont fondées que sur des noms différents : il sullit que le soleil et la lune aient eu différents noms dont on ne comprenait plus le sens, pour leur donner des ancêtres divers.
Ou a quelquefois surnommé Apollon Lycîus , et Diane Lycea ; et l'on a cru que l'un el l'autre faisaient allusion à lûxoç, un loup. Ils oui bien plus de rapport à avxq, la pointe du jour; d'où sont ve. nus lux et luceo des Latins, el à).vx»,-, qui esl le soleil dans Macrobe. ( Voyez Pausanias, liv, n, ch. 19 et 51.) Le premier signilie Apollon, le lumineux, et le second Diane, qui brille pendant la nuit ; c'est le synonyme de ywo^épcf, ci-devant : Homère, qui appelle souvent Apollon Av/.o'/jv;t»3» , donne aussi cette épilhète au soleil.
Une des principales fables que l'on raconte d'Apollon et de Diane, est la punition ce JNiobé. Celle-ci, dit-on, était lille de Tantale, épouse d'Ampliion: ayant eu qualoize enfants , elle osa se pieférer à Latone pour sa fécondité; Apollon el Diane, oulrés de l'injure faite à leur mère, tuèrent à coups de flèches unis les enfants de JNiobé. Celte inere infortunée, dans l'excès de son désespoir, lut changée en un rocher qui ne cessait de répandre des larmes.
Nous apprenons de Pausanias queNiobé éîail un rocher du mont Sipyle en lonie : Tantale son père est un marais voisin; Amphion son mari, d'Apec el la, aqua circuiens ; et il faut se souvenir que Niobé, selon Pline, est aussi une fontaine de l'Argolide, que les mythologues disent être lille de Phoronée, rivière de ce pays-là.
Les enfants de Niobe étaient sans doute les fontaines et les ruisseaux qui sortaient du mont Sipyle: Homère, parlant de cette montagne, dit qu'elle esl le séjour des nymphes qui dansent sur les nords de l'Acheloùs. (lliad. xxiv, bi5.) Comme ils lurent desséchés dans un temps de grandes chaleurs, on raconta qu'ils avaient élé lues par les Déclics d'Apollon el de Diane. On sait assez que les traits meurtriers d'Apollon sonl des coups ue soleil.
Il tombait apparemment des gouttes d'eau (ie la roche ISiobé, comme il en tombe de presque tons les rochers : ce fut une occasion de dire que iNiobé pleurait continuellement la mon de ses enfants, et Homère assure gravement que , quoiqu'elle soil changée en pierre, elle ressent toujours les douleurs donl les dieux l'ont accablée. •
-Mais pourquoi associer Diane ou la lune au soleil pour faire ce meurtre prétendu ? Les Crées outils élé assez ridicules pour penser que la lune pouvait couliibuer à dessécher des ruisseaux? Celte imagination ne sérail pas plus surprenante que le piéjugé populaire qui règne encore aujourd'nui que la lune calcine des pierres.
Pausanias élail allé exprès vis ter celte roche fameuse, qui avait conservé, dit-on, la ligure d'une femme qui pleure. L'historien remarque qu'en la voyant de loin, elle en avait à peu pies la re&sriu*
(-21 1 i) Voy. cette note col. 547.
[21 12» Vuij. celle noie col. 548.
cerveau la respectable Pallas (2113), déesse
vivo cl
courageuse
qui
anime les guer
hlance, niais qu'étant vue de près il n'en était plus rien. (L. i, ch. 21.)
Quoique les poètes aient ordinairement représenté Diane comme une divinité jalouse de la pudeur, ils n'ont pas laissé de lui attribuer des aventures nocturnes a\ec un certain Endvmion, berger de Carie, qui avait été condamué, disait-on, à dormir pendant trente ans. C'est (|ue le nom Endvmion , dans les langues orientales, signifie dormeur, ci semble faire allusion à 'uôv4uï), ville de Carie : ou a voulu dire par là que souvent les bergers donnent au clair de la lune. Cela ne valait pas la peine d'être remarqué.
La tradition qui avait cours chez les Grecs, «pie les habitants de la Taurique immolaient autrefois à Diane tous les étrangers, parait être fabuleuse et fondée sur de pures équivoques. *o'6rj, nom de Diane, Signifiait aussi un lac, un golfe, et l'on appelait ainsi dans les premiers temps le golfe Sa ionique à l'orient du Peloponèse. 11 se peut faire que les anciens Grecs aient nommé de même le Ponl- Euxin, ou l'un des golfes voisins de la Taurique. Comme la navigation sur cette mer était lort peiillouse, on se Ggura que xovzh; Eu;tvo; était le même que «;;vof, inliospitalis, la mei funeste aux étrangers ou aux gens sans expérience, et c'est l'élymologie qu'en donnent la plupart des grammairiens. La Coutume s'établit de due que ceux qui périssaient sur celte mer, étaient immolés à *oiÉïj Ta.upty.v-. à la mer Taurique, que l'on prit pour Diane 'taurique, sur l'équivoque du nom. lplii0énie ou plutôt Ipliiaoasse, prêtresse qui présidait à ces cruels sacrilices, est formé de Vtfi, valide, et vàr<7«, fluens, qui vient de vâu : il peut exprimer ce qui coule violemment ; il désigne la violence des Ilots de la mer. 'lj,iyivsta, dans llésyctiius, est un surnom de Diane; Thoas, prétendu roi de la Taurique, qui ordonnait de tuer ainsi les étrangers, est l'ancien nom de la rivière Aciieloiis, il signifie profond. Tous ces noms sont delà même espèce : mais, changés par les poètes en autant Ue personnages, ils onllouini la matière de plusieurs tragédies.
(2111) La dernière épouse de Jupiter fui la belle Juitou. Junon a e.e regardée par tous les mythologues co i.ine la seule épouse légitime ue Jupiter, les autres n'étaient que des concubines; témoignage certain que la monogamie a été anciennement observée chez les Grecs : mais ce dernier mariage n'est ni plus honiiëie que les précédents, puisque Junon était sœur ue Jupiter, ni plus réel ; il est aue de découvrir l'origine de la
llctlOII.
JNousavons vu (note2038) la signification desdivers noms ue Junon, leur équivoque est la vraie source de son mariage avec Jupiter. 1° "l\pu, °tipo a e.é confondu avec'Arjû l'air, le ciel ; il n'est uonc pas surprenant qu'elle épouse le Dieu du ciel , le Uieu de l'air, 2° Ou la pris pour le féminin Ue "wpuç, grand, puissant, illustre : de me. ne liera en latin siguilie dame, leine, souveraine; Junon doit (Jonc avoir pour mari le loi des uieux et Ues hommes. 5° il esl analogue a l'hébreu licrult, mère, lemnie féconde : Haotrev, uans Uesychius, genu.il ; Junon doit coiiséqueiuiiicul eue uu.e au père des hommes et îles dieux. 4" 11 peui designer le feu ou la lumière : 'Ami;,", chaleur, dans hcaychius; ce nom convient a la lune, au ll.imbe.aii de la nuit, et Jupuer est le père du jour , Dietpiter. De la Junon est quelquefois surnommée Luctna , cel.e qui lait voir le jour aux enfants. i>u Mpu. désigne encore les vapeurs, les nuées, la pluie , 'Ar,pt,ç selon UésyclllUS nuée : l'on sait que Jupiter e.il aussi le dieu des nuées et de la pluie, l'ar celte raison , quelques poètes ont dil que Junon avait éic nourrie pai les
riers, qui se plaît aux combats et au tumulto des armes.
Heures ou les Saisons. (Pausanias, liv. n, chap. 15.) Lorsque les Argiens étaient affligés par la sécheresse , ils Sacrifiaient a Jupiter el à Junon.
Comme le principal séjour de Junon était la ville d'Argus, où elle était singulièrement honorée, il a fallu supposer que son mariage avec Jupiter s'était célébré dans l'Argolide, el l'on en plaçait la scène sur le mont ©ôjOvaÇ, parce qu'on voyait souvent les vapeurs s'élever sur celle montagne el se résoudre en pluie. Le mont Tlmrnax était appelé autrement Roxxû| ; sur l'équivoque de ce nom, l'on a débité que Jupiter, pour épouser Junon, s'était métamorphosé en coucou ; et l'on peignait Junon avec un sceptre surmonté de cet oiseau.
(2112) Junon devint mère d'IIébé , de Mars et de Lucine. La posiérilé de Junon a la même origine que son mariage. Puisque H/>« est une mère, il est tout simple qu'elle mette au monde "hê^, la jeunesse, les jeunes gens, tout comme Lalone, la fécondité, a enfanté Phœbus, Apollon, le Dieu delà jeunesse : la ressemblance est parfaite. L'allusion esl encore sensible en latin entre Juno el Junior. Il n'est pas douteux (pie "llo>j, la jeunesse, ne soil le même que l'hébreu eb, fruit, Heur, piaule, verdure, comme Leclerc l'a remarqué; ma. s il siguilie aussi liqueur, et alors il vient de eî'éw, répandre, verser: voilà pourquoi l'on a dil qu'Hebé donnait à boire aux dieux, nouvelle raison de la supposer fille de Jupiter el de Junon, Deux de la pluie.
Les poêles oui raconté que Jupiter, louché de la beauté de Gauymède, l'enleva pour le faire succéder à llébé, el veiser le nectar aux dieux. Celle fable esl historique, elle siguilie que dans les premiers temps, lorsque les hommes ne savaient point encore faire de liqueurs artificielles, ils ne buvaient que de l'eau ; c'élail alors llébé qui leur servait d'échanson. Dans la suite, ayant trouvé le secret de faire des boissons capables d'enivrer , ils les préférèrent à l'eau, ruwpuâSns vient de y«vo>, la joie, le plaisir, el de ptôri;, liqueur, dérivé de /xaâ«w: il siguilie liqueur ou boisson qui donne de la joie: ainsi Ganymède fut préféré à llébé, el l'on aliiibua aux Dieux, dans la suite, ce qu'avaient fait les premiers hommes.
"Apvc, Mars est encore enfant de Junon. Ce nom, dit Leclerc, esl le même que opoç, montagne,, l'un des descendants de Jupiter fut ainsi appelé, parce qu'il s'établit dans les montagnes de Thrace, surtout sur le mont llsemus, l'on sait que Mars élan la principale diviniié des peuples de celle contrée. Mais Leelerc oublie que"A/^jj siguilie aussi le fer, une épée, toutes sortes d armes offensives, combat, blessures, 'Apis est un instrument de fer. Il était convenable ue nommer ainsi ledieu qui préside aux armes, a la guerre, au carnage. Comme les Scythes rendaient un culte à une epee, l'on a dit qu'ils adoraient Mars sons ce symbole. Connue l'art de lu guerre n'a eu d'autre auteur que la colère et la fureur des hommes, il n'est guère possible d'envisager Mars comme l'inventeur de cet art.
Mars, chez les Latins, esl le même que mas, maris, mâle, l'on robuste, c'est le Dieu du courage : l'on appelait Marsi un des peuples les plus farouches de l'iiahe, il signifiait aussi la fureur du combat: Maiicnitiue ucctnuere canlu, dans Virgile, gradivus, autre nom du même dieu, ne vient point de «/radin, comme disent les grammairiens, mais de x&«ôt«, le cœur, le courage, xpctiioc , courageux. On lui a donne Junon pour mère, non-seulement à cause du ki lieriéei de l'humeur colère que l'on attribuait à celle déesse, niais par une équivoque qui a donné
(2I1">) Voy, celle note col. suiv.
luil
Junon, snns le secours de son mari, et pour disputer do pouvoir avec lui, mil au
lion ii plusieurs autres fables, et qu'il est nécessaire de développer.
"Apnç, ûpio; a élé confondu avec ûpeioç et ûpno;. Celui-ci vient de l'ancien verbe «pou, gMwîv.'huinecler, arroser, abreuver, ou lil dans llcsychius 'A&«m, au futur, adaquabit; upoç, locus irrigum ou gutta. Aerns csl une rivière, de liilliynie dans IMine et Arevu une rivière d'Espagne; "Apu« est une fontaine et une flaque d'eau à Tbèbes, selon Etienne de Byzance , ipeûàç esl un lieu bas et spongieux, selon llésychius. il n'est pas suprenanl que "àpyç pris dans ce sens ail pour parents Jupiter et Junon, dieux de la pluie. Par la même confusion, l'on a dit de plusieurs ruisseaux ou courants d'eau de la Grèce, qu'ils étaient lilsde "Apri;, c'est-à-dire, d*îm lieu marécageux, et connue l'on a cru que ce nom signifiait lils de Mars , le Dieu de la guerre s'est trouvé chargé u'une nombreuse postérité à laquelle il n'avait aucune pari. Les Grecs honoraient Jupiter areus, on l'a pris pour Jupiter pluvieux. (Pausan, 1. v, c. 14 ) Ce même dieu portait encore les surnoms d'ou/>tof et dV(o&>Tpiof , Jupiter qui arrose: par une fausse éiymologie de ce dernier, on a cru qu'il désignait Jupiter inventeur de la charrue ; voyez le fragment de Sanchonialon. Les mythologues sont pleins de ces sortes de bévues.
'Aptn»iiyoç, l'aréopage d'Athènes était un tertre, une colline sur laquelle il y avait un espace plein et uni, par conséquent aquatique : les Athéniens imaginèrent qu'il avait tiré son nom du dieu Mars, et y bâtirent un temple en son honneur. Les juges s'y assemblaient pour rendre la justice, et une équivoque dont nous avons déjà montré la source, lil dire que Mars avait élé jugé à ce tribunal pour un meurtre , c'est-à-dire que l'on y jugeait criminellement "Ap», la bâche ou le fer qui avait seivi à tuer un homme ou un animal. L1' prétendu crime de Mars était d'avoir tué llalirroihius, lils de Neptune : '&lipp6QiQç signilie qui coide dans la mer, c'était un ruisseau ; on l'avait sans doute détourné ou fait disparaître par une chaussée ou par un fossé fait avec un boyau, voilà comme vAprt{,[ç fer, avait tué llalirroihius. Celui-ci, ajouie-t on, avait abusé d'Alcippe, fille do Mars, c'esl pour venger cet outrage que Mars le tua. 'Atadjr7t>j signilie eau qui coide fortement, c'était une fontaine, elle était nîle d'*AAq;, c'est-à-dire d'un lieu humide et marécageux, llalirroihius en avait abusé, parce qu'il avait mêlé ses eaux avec elle. C'est ainsi que les Grecs abusaient eux-mêmes de leur vieux langage. L'éiymologie de l'aiéopage sera continuée par la f.tble des Amazones.
•liXiiQvïa, Lucina est la déesse qui préside aux couches, il n'esl pas nécessaire d'aller chercher son nom dans l'hébreu helid, (ecit parera, il se trouve aussi aisément en grec. On l'appelait encore 'eàeùQu , celui-ci esl un ancien verbe qui signilie délivrer, dégager, d'où esl venu èlzvbepoç, libre, mis en libelle : on ne pouvait mieux caractériser la déesse qui délivrait les femmes. Souvent elle était confondue avec Diane, parce que leurs noms expriment la même chose. Chez les Latins, Lucina était un surnom de Junon : Junu Lucina fer vpem , dans Téîence ; on en aperçoit la raison parce que nous avons dit, el pourquoi Lucine esl lille de Junon. itappoi 1er Lucina à lucus, comme s'il signifiait la ueesse des bois, c'esl confondre toutes les idées.
(2113) Jupiter fit sortir de son cerveau la respectable Pullas. Cela signilie, dit Leclerc, que Jupiter adopta de son propre mouvement une lille qu'il voulut élever et instruire-, elle devait être bien mal instruite à l'école d'un père si vicieux,, Corn-
monde le fameux Vuicain (2114), industrieux de tous }es immortels.
le plus
ment Leclerc peut-il oublier ce qu'il a dit (noie 2101 et 2105), que le mariage de Jupiter avec Mélis el la naissance de Minerve sont évidemment une allégorie? «Il esl donc hors de propos de recourir à un fait historique; quelque vraisemblable qu'il puisse être, il ne remira jamais raison de toute la fable, et l'on comprendra aussi aisément comment Minerve est sortie du cerveau de Jupiier, que l'on conçoit comment il a caché Métis dans ses entrailles avant qu'elle, accouchai, (noie 2103.)
(2114) Junon sans le secours de son mari mit Min monde Vuicain. Leclerc suppose que Junon adopta cei ouvrier célèbre; voilà pourquoi les poêles disent qu'elle l'engendra loule seule. Celte adopt on serait un très-bon expédient si les poètes s'accordaient sur ce prodige; mais Homère fait naine Vuicain de Jupiier el de Junon. (Iliad., i, 578.) Selon d'autres, Vuicain était lils du Ciel, à ce que dit Ctcéroii, parce que Jupiier et le Ciel sont le même objet. Il esl donc clair qu'il faut recourir au sens physique pour expliquer la naissance de Vuicain, dieu du feu. Il esl fils de l'Air, parce que l'air ou le souille allume le l'eu : il n'a pas fallu des reflexions bien profondes pour découvrir celle vérité. Or, que l'air soit appelé lanlôl Jupiter, tantôt Junon, tantôt Je Ciel, c'esl île quoi l'on ne peut pas douter, ci il est fort indifférent qu'ils soient séparés ou réunis pour produire le feu.
'itycaorof est formé, dil Leclerc, de l'hébreu «;;//«, cuire, el de esc, esl, le feu; cela peut être; mais il serait plus analogue au latin si on le dérivait de epliu, mesure creuse, par conséquent lieu profond, el est, le feu, d'où vient Vesta. Le latin Vutcaims a d'abord exprimé un volcan et une fournaise, un trou d'où sort le feu, de vol, val, profondeur, comme vola, valva, el can, le feu, d'où descendent caiideo., cuudesco. Mulciber, autre nom de Vuicain, pour mulliber, exprime beaucoup de feu. Bar, ber, bur esl le feu, dans loules les anciennes langues de f occident. Vairon (1. îv, n. lu) convient que Vulcanus désigne un l'eu violent.
Vuicain était boileux, selon les poêles. (Voyez ciaprès, v. 045.) C'esl une confusion de y^loç, Loheux, avec xoïloç, creux ou profond, d'où vient xwiov, l'iiiieslin . puisque Vuicain désigne les volcans et les fournaises, les cavilés d'où il sorliiu feu, on a pu lui donner celle épilhèlc. On a pu imaginer encoie que le dieu dos forgerons était boileux, en. confondant Cytlops , forgeron, avec cloppus , boiltux, écloppé.
On pourrait èlre surpris de ce qu'Hésiode n'a pas placé la naissance oe Vuicain avec celle des Cyclopes, qui étaient ses ouvriers (noie 1957); mais le poéie avail ses raisons. Vuicain, con si uére comme père des dieux n'était pas un dieu Titan, un dieu ancien, il n'avait commencé à être connu et ho.iore que sous le règne de Jupiter. Ses plus laineux temples étaient celui de l'île île Leninos, où il suriait souvent du tèu de la terre, el celui du mont Etna en Sicile. On comprend qu'un phénomène aussi terrible que l'esl un volcan élail bien propre à inspirer de la frayeur, surtout à des peuples qui n'en connaissaient pas la cause, el à leur persuaoer qu'un pouvoir supérieur, une divinité y présidait. Celle seule remarque sullil pour nous faire coin prendre qu'il n est point ici question de l'inventeur de la métallurgie. Il est 1res- vraisemblable que l'on esl redevable au hasard de L'invention des meiaux, el que les premières masses de fer tondu sont sorties des volcans : voilà pourquoi l'on a cru que Vuicain en était l'auteur.
lOti
D'Amphytrito et du bruyant Neptune est la confusion dans les arméos se mêlent aux né Triton, dieu puissant qui domine sur les liorrours de la guerre et aux calamités quo
abîmes de la mer (2115, et qui habite le superbe palais du roi et de la reine des eaux, dont il a reçu le jour.
Vénus épouse de Mars, dieu de la guerre, enfanta la Crainte et la Terreur (2116, divinités redoutables qui mettent le trouble et
(2115) DWmplujtrile et du bruyant Neptune est né Triton, dieu puissant qui domine sur les abîmes de la mer, etc.
Tûix*»v ne vient poinl de l'hébreu retet, la crainte 0» te brtiil, parce que Triton fait du liruil avec sa i rompe, quoi qu'en dise Leclerc. Triton e>-t le nom d'un lac d'Afrique dont on avait l'ait un roi imaginaire, et une rivière du même pays. Il y en avait une autre dans l'île de Crète, une en Aroadie, une ni Deotie, cl, selon Mine, c'est un des anciens noms du Nil. C'est le nom générique d'eau, qui vient de *piu, couler, comme Uvyi-ïfnn- (Voyez noie lUo'8.) On a supposé que les Triions et les Néréides composaient la cour de Nepiune.
(2116J Vénus, épouse de Mars, enfanta la Crainte et la Terreur. Leclerc remarque fort bien que la Terreur et la Crainte sont des personnages purement poétiques qui n'ont aucun rapport à l'histoire, il en est de même de Mars et de Venus et de tous ceux que nous avons vus jusqu'ici. On conçoit assez comment Mars, ou la guerre, peut enfanter la Terreur et la Crainte ; mais on n'aperçoit pas comment on peut les l'aire naîire de Vénus.
On ne comprend pas mieux d'abord sur quoi peut être fonde le mariage de Mars avec Vénus ; le libertinage qui a régné de tous temps dans les armées, et dont nous voyousdes pieuses dans Homère, pourrait)' avoir donné lieu, belon d'autres poêles, c'était un commerce adultère , parce que Vénus avait épousé Vulcain. Ces mariages imaginaires viennent donc d'une pure équivoque, par laquelle on a confondu Kvnpî;, Vénus, avec -/.vnpQç, le cuivre, et ù.pt)t , le 1er, avec Mars. Ou a dit u'abord de Vulcain qu'il travaillait le cuivre, eipyû&to -aôv xv7r/)ôv, et le verbe, entendu de travers, a lait dire que' Vulcain était mari de Venus. On a dit encore qu'il avait trouvé le secret de souder Zpnç, le fer, avec xutt^o;, le cuivre, et voilà le commerce supposé de Mars avec Vénus découvert par Vulcain. Enfin, comme le cuivre a servi à (aire les premières armes avant que l'on connût le fer, il n'en a pas fallu davantage pour due que Vénus ou Cypris avait épousé Mars.
(2117) Vénus mil au monde Uarmoma% qui devint épouse de Cudmus. Leclerc adopte la conjecture de bocbart,qui prétend que Caumus était un des Cadmoneens dont il est parlé Gen. xv, 1U, et que son épouse est appelée llarmonia , parce qu'elle était des environs du mont Herinon. 11 ne manque pour appuyer celte opinion que de prouver que Cadmus est arrive dans la Grèce sous le règne ue Jupiter pris dans un sens historique, c'est-à-dire au moins trois cents ans plus tôt que les historiens ne le prétendent.
Nous montrerons plus bas ce que c'était que Cadmus et Harinonia; mais celle-ci n'a rien ne commun que le nom avec la lille de Vénus doi.l il esl ici question. 'Apumbl est loriné d' ôippirt, assemblage, il exprime la propo.liou et la convenance des parties d'un tout; c'est la même chose que concert en musique. On dit qu'elle esl fi IL- de Nenus ou de la beauté ; cl'e eu est plutôt ia mère, parce (pie la beauté dépend principalement de la proportion el du rapport exact ues parties qui composant un loui.
(21 18) Maïa, fille d'Atlas, aimée de Jupiter, aonna (c jour a iïenuix. Oui esl celle Maia? C'est, dil-
Mars traîne toujours a sa suite. Vénus mit encore au monde Harmonia, qui devint épouse de Cadmus (2117).
Maïa, fille d'Atlas, aimée de Jupiter, donna le jour à l'illustre Mercure (2118), ambassadeur et héraut des dieux.
on, l'une des Pléiades, constellation sous laquelle le temps esl ordinairement pluvieux. Son nom vient de moi en hébreu, aqua, d'où est dérivé meîo, etc. Dans celle supposition l'on peut demander quelle relation il y a entre une étoile et Atlas, une montagne; entre une constellation et Mercure, dieu de l'éloquence et du commerce. On a montré ailleurs ce que c'est que Maïa, lille d'Atlas; nous verrons bienlôt pourquoi on en a fait la mère de Mercure, quoique ces deux personnages paraissent d'abord fort difTcrenls.
Mc/.in signifie un monceau, une élévation, comme méhien hébreu: Mitof , montagne d'Ithaque ; peu, dans Hésychius , grand ou élevé; "twao? , haute montagne qui fait partie du Caucase; "iuuioç, mon tagne des Sab.ns en Italie; 'Eppn;, Mercure, a la même signification ; êpfiàç est un rocher, une élévation dans la mer; il exprime encore un amas, un monceau ; épuaïo; Xoçtôi est un tas de [lierres amoncelées ; plusieurs promontoires oui clé nommés iputxiov. L'on conçoit comnicnl Hermès, un monceau, est fils de Maïa, qui esl la même chose; dans un autre sens Mercure esl lils de Jupiter, parce que son culte n'a commencé qu'avec celui de Jupiter. On l'a fait naître sur le mont Cyllénius eu Arcadie, c'est peul-èlre une pure allusion au temple fameux qu'il y avait. D'ailleurs Hermès peut signifier coulant, puisque "Eppo; esl une rivière d'Ion ie; il a donc pour père Jup.ier ou la pluie : alors Maia, l'une des Ailantides, c'est-à-dire une fontaine ou uu aqueduc, peut liès-bien être sa mère. 11 n'est pas impossible qu'il y ail eu au pied du mont Cyllénius un ruisseau nommé Hermès el une fontaine nommée Maia, que la pluie faisait souvent enller : telle esl probablement la source de la généalogie de Mercure, de sa naissance sur celte montagne, el du temple qu'on y bâtit à son honneur.
Monceau ou amas au ligure est un trésor, le gain que l'on amasse, le profil que l'on fait; aussi ippciie le signifiait en grec, et c'est pour cela qu'Heuues ou Mercure a eié le dieu du gain el du commerce. 'EppLïtç peut encore être dérivé de é'pw, zpiv>, parler ; de la on a conclu qu'Hernies étail le dieu de l'éioquence, l'interprète et le messager des dieux. Lt-s mêmes ternies qui signifient parole et conversation expriment .»ussi commerce tt négoce, nouvelle raison de faire présider Mercure au commerce.
Leclerc dérive 'Epun; de l'hébreu liuram. tromper, être lin el ruse; ce n'est là qu'une des significations de ce verbe ; il exprime aussi amasser, et c'est a ce dernier sens qu'Hennés fait le plus d'allusion; mais, comme il n'ai rive que trop souvent aux marcham.s de tromper, on a supposé que le même dieu qui présidait an commerce présidait aussi au vol cl a la tromperie; de là Mercine est devenu le dieu d«',s liloux el des voleurs, il a dirigé tous les négoces bous ou mauvais. Ce n'est pas sans raison qu'il se plaint dans Lucien de la multitude de soins dont il était chargé, et qui ue lui laissaient point de repos, lin des principaux surnoms de M.erc.tic cla.1 A y or eus, qui préside au marche. La niultiliiue ues fonctions qui lui oui été ailrihuécs nous tan assez senlir qu'un seul homme n'a pas pu elie l'auteur lie laui de métiers différents ; qu'ainsi le culie de Mercure n'a pas eu pour molli toutes ces inventions. ( V . l'Origine ou commerce da us Goguet, p. i, 1. iv,c. 1.)
Le nom ilercurius chez les Latins taisait priuo-