PART. II
TIIFOL. ARCHEOLOG. — ORIGINE DES DIEUX.
Océan; de leur mariage esl née la belle Médée (2126).
Recevez nos hommages, dieux immortels, qui habitez le ciel, la mer, les îles et le continent (2127). Que les Muses, lilles de Jupiter, célèbrent dans mes vers la postérité des déesses (2128) immortelles qui. unies à des bommes, ont donné naissance à des enfants semblables aux dieux, et assurés comme leurs mères de l'immortalité.
Cérès , la plus estimable des divinités,
devenue épouse de Jasius dans l'île fertile de Crète, et occupée avec lui à cultiver la terre, enfanta Plutus (2129), dieu bienfaisant qui parcourt la terre et les mers, enrichit et comble de prospérités celui qui est assez heureux pour le rencontrer.
L'épouse de Cadraus, Harmonia, fille de Vénus, fut mère d'Ino,deSémélé, delà belle Agave et d'Aulonoé, qui fut femme d'Aristée. Elle enfanta encore Polydore dans l'illustre ville deThèbes(2130).
noms ne désignent que des personnages poétiques ou des êtres naturels. Uipc^ï;, ou plutôt -ipatov est une herbe qui croît dans la mer, et qui est appelée par les latins, solanum marinum, la morelle, dont le suc esl froid et astringent, et qui est ici transformée en nymphe, fille de l'Océan. Elle est épouse du Soleil, parce qu'elle ne croît que dans les lieux exposés au soleil, et que d'ailleurs -nipvn; signifie chaleur, noie 202!. Perséis est mère de Circé, parce que l'herbe appelée Ktozaia, circœa, esl une espèce de solanum. Le poète en l'ail encore une nymphe, tille de la précédente, et toute la fable de Circé n'est fondée que sur les propriétés vraies ou supposées de la plante circœa. C'est ce que nous appelons la mandragore, dont le suc est un poison qui a la vertu de causer une espèce d'assoupissement léthargique, et qui peut même rendrefou. De là on dit que Circé était une fameuse magicienne qui changeait les hommes en bêles, parce que la mandragore les rend hébétés. C'est encore de celte herbe ou racine que les prétendus sorciers se servent pour faire leur main de gloire : erreur qui est loujouis la même qu'autrefois.
Comme il y a en Italie une montagne qui était autrefois environnée de la mer et de marais, sur laquelle était bâtie une ville nommée Circeii, c'està-dire, lieu entouré d'eau, l'on n'a pas manqué d'en faire la demeure de Circé. \Voyex Pline, 1. m, c. 5.) Cette île se nommait aussi 'Atafa, Aîœa, c'est le même sens que Circcii : en effet il y avait dans la Colchide une ile nommée Mœa, comme cille d'Italie. Celait, dit-on, une nymphe qui, pour éviter les poursuites du fleuve Phasis, implora le secours des dieux, el fut changée en ile. C'est une ville environnée des eaux du Phase.
C'est donc le nom Circcii qui a donné lieu à Homère de transporter Circé en Italie. Selon lui, dans l'île de Cine, les compagnons d'Ulysse furent changés en différents animaux ; el ce lut aussi le terme de sa navigation. Toute l'érudition que Bochart emploie pour expliquer l'histoire de Circé et de sa demeure, porte à faux; celle fable n'est fondée que sur les propriétés de l'herbe Circœa et l'allusion de ce nom avec l'île Circeii. Ceux qui la font venir d'Egypte, ne rencontrent pas mieux.
yEéiès était, dii-on, roi de la Colchide et. frère de Circé. Cette fraternité est appuyée sur la ressemblance du nom Aùjttjc avec l'île 'Atai/j, demeure de Circé. D'ailleurs on accusait les peuples de la Colchide délie sorciers el" magiciens, et leur pays d'être fertile en poisons ; c'en était donc assez pour que leur roi, vrai ou imaginaire, passât pour frère de. Circé el père de Médée, autre magicienne célèbre. A/;-:/",,- peut être dérivé d'aSBu , luire, enflara* mer; oëitov, brûlant, dans Hésychius: nouvelle raison de dire que ce roi elait lils ou Soleil el frère de Circé.
("2120; /Eélès a épousé Idya, fille du grand fleuve Océan; de leur mariage est née la belle Médée. 'lSvîa est une nymphe deseaux, note 21M8. On lui l'ail épouser iEéies, confondu avec l'île /Lœa, terrain environné d'eau.
On croira peut-être qu'il y a de la témérité à
ÛEUVRKj COUILt-TtS DL. RtUGiLU. I.
regarder la fameuse] Médée comme un personnage fabuleux, après ce qu'en ont dit les poètes; mais leur témoignage est bien faillie, quand il s'agit d'appuyer des faits historiques. yElien, cité parBochart, révoque en doute ce qu'il a plu à Euripide et aux autres tragiques de débiter sur les prétendus crimes de Médée. Quand on voit qu'elle a pour mère une nymphe de l'Océan, pour frère Absyrlhus, rivière, de Colchide ou du Pont, et une autre dans l'Illyrie, il est dillicile de se persuader qu'elle soit autre chose elle-même qu'une fontaine que l'on croyait enchantée ou ensorcelée. Son nom MyjS-tK est dérivé de f*«â«w, madeo ; mais comme il peul encore faire allusion à piSu, imper o, l'on a fait de Médée une princesse puissante qui commandait même à la nature. (Voy. note 2134.)
(2127) Receveznos hommages, dieux immortels qui habitez le ciel, la mer, les îles el le continent. Dans le lexte , le poêle fait ses adieux à la nier même, aux îles et au continent, qu'il regarde comme des personnages. Par là on peut juger de quelle espèce sonlles dieux dont il a parlé jusqu'ici: ce sont les intelligences identifiées avec la terre, la mer, les îles et toutes les parties de la nature. Il n'e^t pas possible d'entendre autrement les paroles d'Hésiode, ni de les concilier avec le système des mvlliologues historiens.
(2128) Que les Muses célèbrent la postérité des déesses, etc. On doit prendre la poslériledes uéesses dans le même sens que celle des dieux ; on a supposé qu'elles avaient eu commerce avec des hommes, sur de pures équivoques, sur l'allusion des noms, ou sur des raisons de physique mal entendues. Le détail nous convaincra que celle filiation ne prouve pas plus que la précédente, l'opinion d'une mythologie fondée sur l'histoire.
(2129) Cérès, épouse de Jasius, enfanta Plutus. Apollodore, 1. m, raconte au contraire que ce Jasius ou Jasion, ayant voulu faire violence à Cérès, fut frappé de la foudre. Jusius, dans Pline el dans Mêla, est un golfe de Carie ; Msius, une rivière de Bilhynie; Alsis, une rivière d'Ombrie, nommée aujourd'hui Jasi; lÂaioç, un lieu aqualique , el \aiv, une nymphe des eaux: c'est plus qu'il n'en faut pour nous faire comprendre que Cérès, le blé, mariée à Jasius, l'humidilé ou l'eau, enfanta Plutus, c'est à-dire, une récolle abondante. On les place dans l'île de Crête, à cause de sa fertilité dont Hésiode l'ail ici l'éloge, ou parce qu'il y avait dans celle île quelque endroit humide el gras nommé Jasius.
(2150) L'épouse de Cadmua, Harmonia, fille de Vénus, fut mère d'ino, de Séinclé, d'Agave, a' Aulonoé qui fut femme dyAristée: elle entailla encore Polydore dans l'illustre ville de Thèbes. Il paraît que l'histoire Ue Cadinus et de sa famille esl entièrement fabuleuse, que tous les personnages sont des êtres physiques, que c'esl une description mal entendue cleThebes et des environs, il n'est pas dillicile de le montrer, en suivant la narration d' Apollodore, l'un des plus anciens mylhologues.
Kâôfto; signifie hauteur, élévation ; c'est le nom générique de montagne, el en particulier d'une montagne u'ionie, selon Hésychius (Vvy. note 2L2.0;';
bœufs
Calliroo, fille do l'Océan, épouse et amante par Hercule; ce dieu lui enleva ses de Chrysaor (2131), mit au monde le plus dans l'i'e Erylliie. robusle des mortels, Géryon, qui fut tué L'Aurore, épouse de Tilon, accoucha de
il fut donné d'abord à l'éniinenec sur laquelle on bâtit ensuite la ciladclle de Thébes, appelée pour ce sujet •Kafyzsta
Cadrons avait épousé 'AppwvtT?, jonction , assemblage, c'est-à-dire que le mont Cadrons formait une chaîne, une suite de plusieurs autres monlagnes : et cela est évident sur la carte de l'ancienne Grèce. Celle femme prétendue est appelée fille de Vénus, par une fausse allusion du terme, parce nue 'Appiovin signifie souvent bel ordre, suite arlislement. rangée.
Cadrons était fils ûn&ymùp, élevé sur les antres, et de TrMî^âo-c-a, ce qu'on voit de loin ; il n'est-pas surprenant qu'une montagne plus élevée que les autres ail éléapperçue de loin. Ce sont deux épithètes <1u mont -Cadmus qu'on lui a données pour parents.
On a cru qu'Agénor était un roi de Pbénieie, par 'me grossière équivoque. Il y a dans la Grèce deux rivières nommées 4>oîvi?, Pune près des monts Acro- •oérau-niens, l'autre près do mont Pindus et qui se jette dans le Pénée : il est incertain si l'une des rivières qui coulent près de Thébes, ne portait pas le même nom : en ce cas, *owxt« signifiait naturellement contrée arrosée parle Pliœnix ; Agénor, montagne qui dominait sur cette plaine, est ainsi devenu roi de Phénicie: et voilà comme les Phéniciens sont arrivés de si bonne heure dans la 'Grèce.
On raconte fort sérieusement que Cadmus'mt obligé par son père d'aller à la poursuite d'Europe sa sœur, enlevée par Jupiter, roi de Crète. Se persuadera-t-on que dans ces temps grossiers où les Grecs étaient encore errants et sauvages, leurs rois, à supposer qu'ils en eussent déjà, aient traversé les mers pour enlever des filles étrangères? On ne voit rien de semblable chez, les sauvagesjde l'Amérique. Que Jupiter, dieu delà pluie, ait séduit et enlevé une nymphe, c'est-à-dire, ail troublé les «aux et fait disparaître le cours d'une fontaine, cela se conçoit très-bien: mais qu'un petit roi de Pile de Crète soit allé en Phénicie pour ravir une princesse, cela n'est bon que dans les fables.
Nous avons vu, noie 2018, qu'Eut ope est une nymphe des eaux, que son nom désigne une fontaine donl l'eau était engloutie par un canal souterrain. T«upoV, un conduit formé par la pluie, est le Jupiter changé en taureau qui enlève la nymphe Europe. Cette fontaine qui sortait des rochers de Cadmus et d'Agéuor, de la montagne la plus haute, était sœur de l'un et fille de l'autre: telles sont les généalogies ordinaires de la fable.
Cadmus arrivé dans la Grèce, alla consulter à Delphes l'oracle d'Apollon. Est-il bien certain qu'avant la fondation de Thébes, l'oracle de Delphes lût déjà connu? il serait inutile de discuter ce point; jamais les mythologues ne se sont piqués d'exactitude dans la chronologie.
Par ordre de l'oracle, Cadmus partit de Delphes et du mont Parnasse pour venir dans la Béotie, en traversant la Phocide. En effet, la chaîne des .montagnes s'avance depuis le mont Parnasse, le long de la Phocide, jusque bien avant dans la -Béolie ; cGtle topographie est exactement conforme à la carte de la Grèce. Apollon avait ordonné à Cadmus de suivre une vache, tàv j3o0v, qu'il trou ivcrait dans son chemin, et de bâtir une ville oii • cet animal s'arrêterait. Bow est la racine de|3ovvôs\ colline, hauteur, la prétendue vache suivie par Cadmus, est la suite ou la chaîne de montagnes, à l'extrémité de laquelle l'ut làiiela ville de Thèlies.
Cadmus envoya ses gens puiser de l'eau à la fontaine de Mars, niais ils furent lues par un dragon qui la gardait. 'Apdx r.prm ne signifie point fontaine de Mats, mais fontaine qui arrose, de l'ancien verbe «pou : ûpoç, lieu où l'eau coule, selon llésychius. âpaxûv que l'on a pris pour un dragon ou un serpent, est le même que rpa^wv , lieu élevé et escarpé; lhaco est une montagne d'Ionie , selon Pline, et Ap«x«v(ov, une montagne de Carie df.ns Hésychius. La fable signifie que les habitants de Cadmus ou de la montagne allaient puiser de l'eau dans une fontaine qui était aux pieds d'un rocher escarpé, dont la descente était dangereuse, et où plusieurs personnes se tuèrent. Parla même équivoque, Ton a dit que Cadmus et son épouse avaient été changés en serpents.
Minerve ou l'industrie conseilla de tuer le dragon et d'en semer 1rs dents, c'est-à-dire, de tailler le rocher en forme de dents ou d'escalier, par lequei on pût descendre; alors il sortit de ces dents et du sein de la terre des hommes qui s'enlre-tuèrent, lorsque Cadmus eut jeté des pierres au milieu d'eux. Cela nous fait comprendre qu'avant la fondation de Thébes, les habitants de la montagne demeuraient dans le creux des rochers, et semblaient sortir de terre : ils étaient nommés pour ce sujet Zizàp-zai, peuples dispersés ; que souvent il y en eut d'écrasés par des pierres détachées du sommet de la montagne ou de Cadmus
Le nom de ses compagnons nous fait assez comprendre ce que c'était que ces nouveaux personnages. 'E^Uv, hérissé de pointes ; oùoatof et Xôovor, bas ou abaissé; 'ïTzonpv-Jojp , un peu plus bas; Uélvp, élévation qui avance, nom d'un promontoire de Sicile. Ce sont les divers terrains qui environnaient le mont Cadmus, dont on a lait les fondateurs de Thébes au lieu de dire simplement que la ville avait été bâtie sur eux, on a dit qu'elle avait bâtie par eux.
Cadmus fut obligé de se rendre esclave de Mais pendant un an, pour expier le meurtre de ce dieu. *Ap>2b-, Mars, désigne aussi le fer et tout instrument tranchant; ia narration nous apprend qu'il fallut employer le fer pour aplanir le sommet de Cadmus, pour en tuer les pierres, pour asseoir les fondements de Thèhes ou delà Cadniee; ainsi Cadmus fut subjugué par le dieu Mats. Tous ces événements n'ont rien d'extraordinaire; mais les Grecs voulaient du merveilleux à quelque prix que ce fût.
L'histoire qu'ils ont faite de la postérité de Cadmus, est de même espèce. 11 eut de son épouse quatre filles, Ino, Agave, Aulonoë , Séinélé, et un liis nommé Polydore: tous ces personnages ont été fameux parleurs aventures.
Les quatre filles de Cadmus paraissent être autant de fontaines qui sortaient de la montagne; Polydore, un ruisseau formé de leurs eaux ; 7roXv, midium, Swpéf, Jluens, comme Awpif , note 19U8.
"îvw est évidemment le même nom qu'ino, lac ou marais de Laconie; Inus, lac et rivière de Tliessalie ; il signifie en général un lieu profond et plein d'eau, de là est venu 'iviu vider ou puiser. Ino fut femme d'Athamas ; celui-ci était, dit-on, un roi
ue Tlièbes
(2151) Cailiroë, épouse de Chrysaor, etc. C'est une répétition des v. 287 elsuiv. Il n'en faut pas conclure que c'est une addition faite par une main étrangère ; Hésiode a pu se répéter pour mettre de suite les déesses que l'on suppose a\oir enfanté d t. hommes.
PART. II. THEOL. ARCHEOl.OC. — ORIGINE DES DIEUX.
Memnon, roi des Ethiopiens et d'Emathion, Céphale, eut un illustre fils, le vaillant autre roi célèbre (2132). La même, unie à Phaéton (2133), héros semblable aux dieux.
de Thèbcs change en fleuve : on comprend comment une fontaine peut épouser un fleuve.
lno, dans un transport de folie, se précipita dans la mer, où elle fut changée en nymphe marine, sous le nom de Leucolliéa. eic est une nymphe deseaux, note 1932 et 1968, Asv*o8i« signifie eau blanche ; c'est le nom d'une fontaine de l'Ile de Samos, et d'une autre d'Italie appelée autrement A4bunea.( Voyez Virgile, /Enéide., I. vu, v. 85.) Une eau i|iii se précipited'un lieu élevé, ne peut manquer de paraître blanche et couverte d'écume.
Elle avait eu pour enfants Léarque et Mélicerle. Le premier fut tué par son père dans un accès de fureur qui lui fut envoyé par Junon ; lno plongea le second dans une chaudière d'eau bouillante. Aé«/>x°f est composé de aé«, une pierre, et «p/oî, élevé; c'était un rocher placé sur les bords dé l'Athainas, qui fut détaché par les eaux dans on débordement et qui disparut. Qu'une fontaine cl un fleuve soient mis en fureur par Junon, qui est l'air ou l'orage, ce n'est pas un phénomène fort extraordinaire. On ajoute, pour augmenter le merveilleux, qu'Athamas, dans l'accès de sa folie, prit son fils pour un lion ; c'est une équivoque entre \ix, une pierre, et aéwv un lion.
lno qui se jette dans la mer avec son fils Mélicerte, ou qui le plonge dans un creux d'eau qui bouillonne, c'est le même phénomène raconté différemment.
tkûampvK, signifie de l'eau renfermée ou environnée, un golfe, un port. Selon tous les mythologues, Mélicerle est le même que Palaemon et Portumuus, le dieu des ports, auquel les nautonniers faisaient des vœux pour arriver heureusement. Ua- }«tf«ov est fait de rr«).a, ceinture, et ïuipcov , la mer ; ainsi les explique Hésychius : c'est donc un lieu où la mer est environnée parune ceinture, par conséquent un port. On en verra une nouvelle preuve dans la fable d'Hercule.
Mélicerte ou Pahemon est appelé enfant d'ino parce qu'vIvw en général signifie un lieu vide et profond, comme sont tous les ports, et parce qu'une eau qui se jetle d'un lieu élevé, a coutume de ereu-
(2152) L'Aurore, épouse de Tilon, accoucha de Memnon, roi des Efiiiopiens ; et d'Ematliion, autre roi célèbre. Ges deux rois sont appelés enfants de l'Aurore , parce qu'ils venaient dit-on, des pays orientaux à l'égard de la Grèce : mais l'Ethiopie où l'on prétend que régnait Memnon, et la Macédoine, séjour d'Ematliion, ne soûl ni l'une ni l'autre à l'orient de la Grèce. S'il est ici question de deux hommes, on doit plutôt supposer qu'ils sont appelés Mis de l'Aurore, parce qu'ils étaient nés le matin. G'esl la même raison qui avait fait donner à plusieurs Romains le piénom de Lucius. On appelle Memnon, roi des Ethiopiens, parce qu'il était noir, son nom le signifie ; aussi Virgile UEneid., I. n, v. 445), dit qu'Euée reconnut le polirait de Memnon à la noirceur de son visage. Sur le même fondement, Ovide raconte que les cendres de son bûcher furent changées en oiseaux noirs nommés Memnoniœ.
Mais ce n'est point la coutume d'Hésiode de mêler des hommes avec des météores. Ui(am»t signifie noir ; 'Ujxaôt'wv, pour aîli«tiov , rouge, couleur de feu ou de sang ; xt^v, blanc : TfBuvoxôfM?, dans Hésychius, qui a les cheveux blancs. Ge sont les différentes couleurs dont le ciel est paré au lever Je l'aurore; on les donne à celle-ci pour enfants el pour mari, c'est le slyle ordinaire de notre poêle; connue la Macédoine était nommée 'Hua6t«, on a rêvé qu'llénialhion était roi de Macédoine ; el Memnon, !e noir, roi des Ellih -pieûc.
ser .c bassin où elle tombe. ;
lno ou Leucothée était appelée par les Latins Maluia, et on la confondait avec l'Aurore. Malula , était la déesse du matin ou de la rosée, de matw, moite, humide, d'où est venu matutinus. Le malin c'est le temps auquel la rosée est répandue sur la terre : mane en latin est analogue à mauare, couler. Il n'est pas surprenant que la rosée ait été appelée Leucolliéa, l'eau blanche ; elle paraît sur les plantes comme autant de grains de perles: et comme le temps de la rosée est aussi l'aurore, on a confondu ces deux objets. L'allusion enire le malin et la rosée est d'autant plus certaine, que dans quelques provinces le peuple appelle encore l'aprèsmidi la ressue, le temps où la terre est essuyée, où il n'y a plus de rosée.
Les mythologues n'ont pas vu bien clair jusqu'ici dans toutes ces fables puisqu'ils n'en ont donné aucune explication.
Agave, autre fille de Cadmus, est au nombre des Néréides, note 1968. C'est aussi l'une des Danaïdes, dans Appollodore, 1. n, p. 64 ; enfin l'une des Bacchantes, selon le même, 1. m, p. 142. Tous ces caractères démontrent que c'était une fontaine ; elle avait épousé Echion, rocher hérissé de pointes, au pied duquel elle coulait : elle en eut un lils nommé nevQivç, lacrtjmuns ; c'est un terrain humide dont l'eau distillait par gouttes. Il fut déchiré par les Bacchantes, c'est-à-dire, bouleversé par les eaux dans une inondation. Celte explication sera confirmée par la fable de Sémélé.
Autonoé, sœur de la précédente, est aussi une Néréide ou nymphe des eaux, note 1968 Arisléesou mari était fils de la fontaine Gyrène et pelil-lils du Pénée, rivière de Thessalie. Celle alliance est aisée à comprendre. De leur mariage naquit Acléon, qui fut changé en cerf pour avoir vu Diane se baigner avec ses nymphes. 'Axraîwv est dérivé d'"AzTï), rivage. Selon Pausanias, 1. ix, c. 1. Actéon était un rocher voisin d'une fontaine, d'où l'on voyait pendant la nuit l'image de la lune peinte dans les eaux ; c'est tout ce que la fable signifie : èïa.yo; , un
cerf,
(2155) V Aurore unie à Céphale, eut le vaillant Phaéton. D'autres font naître Phaéton du Soleil et de Clymène. C'est un personnage formé de <j>«<u et oaôw, luire, briller ; de même Klvfisvw vient de Aveu , être brillant : il est assez indifférent de le supposer lils du Soleil ou de l'Aurore. Vénus qui enlève Phaéton encore jeune pour le placer dans son temple, est une allégorie pour exprimer que Vénus aime le brillant delà jeunesse.
Céphale paraît dérivé de yu\ôç blanc, clair, luisant : son mariage avec l'Aurore est facile à comprendre, et comment ils font naître Phaéton, la lumière.
Selon Apollodore, Céphale était mari de Procris; l'Aurore le rendit infidèle el l'enleva à son épouse; il ajoute que Céphale était fils d'Hermès et de Hersé, qui est la rosée. 11 ne faut pas confondre ce Hermès avec Mercure, comme a fait le traducteur; il désigne l'humidité, la vapeur humide du malin : //juocÇeiv, dans Hésychius, signifie humecter, amollir ; IpiJLo; est une rivière d'ionie. Procris exprime encore la rosée, comme 7rpôx« dans Hésychius. On conçoit comment Céphale, le brillant de la rosée, est uni avec elle, comment il en est le fils et r'époux ; l'Aurore l'enlève, parce que la rosée tombe el disparaît avec tout son éclat après le lever «lu soleil ou de l'Aurore. Le slyle des fables cil toujours le même : tous les noms synonymes sont pères, enfants, époux les uns des autres.
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Ce beau prince, étant encore dans la pre- Jasnn, fils d'OEson, après s'élre heureu-
mière fleur de jeunesse et occupé dps plai- sèment lire des périls auxquels l'injuste et
sirs de son tige, fut enlevé par la galanle Vénus et transporté dans son temple, dont elle lui confia la garde pendant la nuit; pour récompense, la déesse lui accorda les honneurs divins.
cerf, est aussi un lieu élevé ; c'es' le nom d'une montagne d'Eolide près des îles Arginuses : cette épithète donnée au rocher Actéon fil dire qu'il avait été changé en cerf.
Sémélé est la plus fameuse des filles de Cadmus, et il n'y a pas d'apparence qu'elle soit d'une nature différente de ses sœurs, Jupiter eut commerce avec elle, c'est-à-dire, selon le style des fahles, que la pluie fit grossir cette fontaine. Junon , jalousede celte intrigue, inspira à Sémélé le désir de voirTupiler avec tout l'éclat du foudre; mais celle nymphe en fut embrasée et mit au monde Bacchus avant terme. Junon irritée, est l'air agité qui produit les orages. .11 est donc probable que dans un orage de pluie accompagnée de tonnerre et d'éclairs, le cours de la fontaine Sémélé fut arrêté par l'éboulement des terres et qu'il s'en forma un marais nommé Atôwffo? Bâz^oc ou*lax;ço?, l,eu bumecté ou détrempé. Ces mêmes noms furent donnés à Bacchus, le dieu qui abreuve, qui arrose, qui enivre. On ajoute que Bacchus eut pour nourrice Ino et d'autres nymphes, c'est-à-dire, que plusieurs fontaines contribuaient à humecter le marais dont nous par-
(21 74) Jason, fils d'Mson, enleva Médêe, fille du roi JEéles. Si Médée est une princesse, Hésiode a tort de la mettre au nombre des déesses qui ont épousé des hommes ; c'est donc une nymphe ou un personnage allégorique, comme on l'a déjà observé.
L'enlèvement de Médée et de la toison d'or par Jason, ou le voyage des Argonautes dans la Colcîiide. est un dès plus célèbres événements de la fable. Non-seulement les plus savants mythologues l'ont pris à la lettre, mais ils ont hautement blâmé Leclerc de n'avoir pas donné de cette aventure une idée aussi magnifique que celle qu'ils en avaient eux-mêmes conçue. Selon Leclerc, les Argonautes étaient une troupe de marchands Thessaliens qui allèrent les premiers dans la Colchide; leur voyage fut regardé comme une merveille par les Grecs encore peu exercés à la navigation ; c'est mal à propos qu'on l'a pris pour une expédition militaire. Disons mieux , si c'était un fait réel, on pourrait l'appeler une entreprise de corsaires exécutée par tous les aventuriers de la Grèce. 11 faut être étrangement prévenu , pour trouver une histoire sérieuse dans un pareil tissu d'absurdités et de contradictions.
i° Peut-on se persuader qu'avant la guerre de Troyes, près de 400 ans avant la fondation de Cartilage, dans un temps où les Phéniciens même n'avaient encore tenté aucun voyage de long cours, les Grecs aient été assez savants dans la navigation pour entreprendre une course dans la Colchide au travers des écueils et des périls de la mer Egée, de la Proponlidect duPoiit-Eiixin? Croirons-nous qu'un roitelet d'iolcos aura été assez puissant pour équiper une flotte ou seulement un vaisseau; que tous les héros des divers cantons de la Grèce, qui alors ne se connaissaient pas, se sont réunis pour aider Jason dans une entreprise si périlleuse, sans y avoir aucun intérêt, sans en espérer aucun avantage; que tout en ai rivant dans la Colchide, pays dont la langue devait leur être étrangère , ils aient trouvé une princesse prèle à les aider dans leur dessein? etc. Si la guerre même de Troyes est fabuleuse dans la plupart de ses circonstances, comme des auteurs lrès-sens>és l'ont soutenu, il est bien plus probable que l'expédition des Argonautes est un conte forgé
superbe roi Pélias l'avait forcé de s'exposer, enleva Médée, fille du roi A-étès (213i), par l'ordre des dieux ; et, après bien des peines, il ramena sur son vaisseau celte jeune beauté, et l'épousa à Iolcos dont il était
Ions. (Voy. Pausanias, I. ni, c. 24.)Ce marais confondu avec le dieu Bacchus, à cause de la ressemblance du nom, a donné lieu de placer dans la Béolie la scène de la plupart des fables de Bacchus.
Il est vraisemblable que la fontaine Sémélé reprit son cours dans la suite, et l'on en prit occasion de dire que Bacchus avait retiré Sémélé des enfers. ( Voy. le même Pausanias, 1. H, c. 51.)
11 est clair que toutes ces narrations ne sont autre chose qu'une topographie plate et grossière des environs de Thèbes ; que les noms de lieux ont été pris très-mal à propos pour des noms de héros ; qu'une, description de l'ancienne Grèce, encore plus détaillée que celle de Pausanias, setrait la meilleure clef pour expliquer les fables.
Je prie le lecteur de. comparer cette suite d'aventures, dont toutes les circonstances sont liées les unes aux autres, et répandent du jour l'une sur l'autre, avec les histoires absurdes et décousues que nous donnent les mythologues révoltés contre les allégories, et de préférer celles des deux méthodes .qui lui paraîtra la plus raisonnable.
par les poètes; aussi Homère n'en a eu aucune connaissance, comme le remarque Strabon, 1. î, p. 42.
2° Nous avons vu que ces héros si fameux pouiraient bien être des personnages en l'air, nous le prouverons encore dans la suite. Hercule, Thésée, Orphée, etc., ou n'ont jamais vécu, ou n'ont point fait ce qu'on leur attribue; Platon le soutient. Est-il aisé de les prendre pour des hommes, quand on voit que les uns sont fils de Jupiter ou de la pluie, les autres de Neptune ou de la mer ; celui-ci de Mercure ou plutôt d'Hermès, l'humidité, celui-là d'Ares, lieu marécageux confondu avec Mars; quelques-uns de Borée ou du vent, d'autres des rivières de la Grèce les mieux connues ? Il est clair que la plupart de ces noms désignent des objets physiques ; et l'on ne comprend pas aisément comment ou aurait pu les donner à des hommes.
5° L'on a déjà dit ce que c'était que Médée, l'eau en général et tout ce qui coule; il est dérivé de /xaS/w, Jason est précisément la même chose. Pline nous indique un fleuve Jason ou Jasonius dans le Pont, qui est voisin de la Colchide: les cartes nous mon tient un promontoire Jasonium dans le même pays ; donc c'est Jason qui les a nommés ; donc Jason est allé dans la Colchide; telle est la conclusion des Grecs. 11 était, dit-on, roi d'iolcos, la scène de ses aventures ne peut être placée ailleurs : mais "io/xoj, ville de Magnésie, confondu avec uo/^ô» , la Colchide, a pu donner lieu de le transplanter à 400 lieues. "l«o-ov "A/j-yoj, dans Hésychius, signifie le Péloponèse ou l'Achaie, pays environné de mers; voilà Jason avec son navire Argo : "lao-ov 'Apyovxvzvç, que l'on a pris pour Jason rarg\>naute, désigne à la lettre la mer qui coule près d'Argos ou du Pélopo • nèse, de vcoJw, (luo. Il était fils d'jEson; celui-ci est une riv.ère de Piérie ou de Macédoine marquée sur la carte.
4" X/>v<xé/JiaA/ov àèpuç, qui exprime une peau à loison d'or, a un autre sens fort différent, et on J'd déjà indiqué dans la fable des Hespérides, note 1958. Aécja;, une peau, est aussi le cou et un passage étroit ; X^ûaof , lieu profond; /xâMov est augmentatif, les deux termes réunis peuvent donc signifier un canal fort étroit et fort profond. 11 étail gardé par un
roi. Bientôt cette charmante épouse mit nu plies, ayant eu commerça avec OEacus, demonde un fils auxquel elle, donna son nom vint mère de Phocus (2138). de Médée (2135), et qui fût élevé dans les Téthis, déesse d'une blancheur éblouismontagnes par Chiron , tils de Phi lyre sanle, choisit Pelée pour son mari, et mit (213G). Ainsi se sont accomplis les desseins au monde le vaillant Achille (2139), ce héros
du grand Jupiter (2137)
Psam.ithé, tille du vieux Nérée, dieu marin, et l'une des nymphes les plus accom-
dragon : nous sommes accoutumés à voir confondre Tpctgûy, rocher escarpé, avec Sjoàxuv, un dragon; il
esl tout simple que, parmi les rochers escarpés, 1rs eaux soient resserrées et forcées de couler «'ans une gorge étroite et profonde. La toison d'or è:ait encore gardée par des taureaux d'airain; nous verrons dans la fable d'Hercule, que ruvpoç, un taureau, est aussi un torrent ou un canal, et ^alxstof, d'airain, exprime aussi profond. L*on n'a pas oublié que tous les monstres dont Hésiode a parlé, étaient les torrents ou les eaux qui causaient des ravages. Jason qui s'en rend maître et qui les tue parle secours de Médée, est la mer ou les eaux enllées qui se font un passage par la violence des flots.
Qu'est-ce donc que la conquête de la toison d'or par Jason l'argonaute aidé de Médée? Ce sont les «aux du lac ou du golfe de Magnésie, sur lequel était placée la ville d'iolcos, qui se creusent un canal pour se jeter dans la mer Egée. Selon Hésiode, Jason fut forcé à cette expédition par l'injuste et superbe roi Pelias. Ce roi prétendu est une branche du mont Pélion qui resserre la mer du côté du nord, et la réduit à un canal asseî étroit : Jason fut aidé par tous les héros, enfants des fleuves et des rivières de la Grèce, c'est-à-dire par le concours de toutes les eaux de la contrée dans un temps d'inondation. Les enfants de Borée, Calais et Zélés eurent part à cette opération, parce que le vent du nord qui poussait les eaux vers la mer, en augmenta la violence. Kiàuiç vient de xaÀâu , ouvrir et faire couler; ZiJTîjç deÇsw, bouillir et bouillonner; on n'a pas de peine à comprendre que le vent fait bouillonner les eaux et en précipite le cours.
Cette explication esl continuée par une auire fable que rapporte Slrabou, liv. n , p. 510. Il dit que les eaux de l'Araxe retenues par une barrière, inondaient autrefois une vaste campagne; que Jason ayant percé cette digue naturelle, l'Araxe alla dès lors se décharger dans la mer Caspienne, et mit la campagne à sec. Selon la tradition, Jason entreprit ce travail pour imiter le canal par lequel le fleuve Pénée se décharge dans la mer Egée, et on prétend que le Pénée avait aussi poité le nom d'Ange. Il est aisé de voir que cette expédition de Jason est aussi fatuleuse que la première, et qu'elle peut servir à l'expliquer; elle n'est fondée que sur les noms </asouium et Jasonia, que portaient quelques lieux voisins de l'Araxe, et qui signifiaient lieux aquatiques. Les exploits de Jason ne sont autre chose que les changements opérés par quelques inondations sur le sol de la Grèce.
5° L'on a dit pour embellir la fable que le navire Argo parlait : c'est une contusion grossière des deux senj île °Pêw, parler et couler; que la mer d'Argos ou de la Grèce ait coulé, cela se conçoit; mais qu'un navire ail parlé, cela n'est bon que dans les tables.
C'est dommage que l'on ait employé tant d'érudition à suivre le navire Argo dans son voyage et dans sou retour, et à éclairai' la géographie du poème d'Apollonius sur les Argonautes, il eut fallu commencer par prouver que ce \oyage élait possible, et l'on a montré seulement que les Grecs étaient fort ignorants en géographie dans des lemps bien postéii'Uis au siècle où l'on a placé celle fameuse expéuition.
(~2\ în) Vépouze de Jason mil au monde un [ils auquel elle donu&jsoa nom de Médce 11 n'esl pa- sir
fameux qui versa le sang de tant d'ennemis.
La galante Vénus, reine de Cylhôre, ac-
prenant qu'un canal ou un bras de mer ait été nommé courant d'eau, comme sa mère, ou comme le lac qui l'avait creusé
(2156) // fut élevé clans les montagnes par Chiron, fils de Pliilyre. Nous verrons dans la description du Bouclier d'Hercule, ce que c'est que Chiron et et les autres Centaures ; on comprend déjà qu'un courant d'eau peut être formé par les torrents qui descendent des montagnes.
("2137) Ainsiscsonl accomplis les desseins du grand Jupiter. Cela se suit sans difficulté; les inondations et les ravages des eaux se font par la volonté ei par l'opération de la pluie.
(2158). Psamalhé , fille du vieux Nérée, ayant eu commerce avec j£acus, devint mère de Pliocus. $ûr.o; ou wvxr, est un veau marin; il est tils de Ya^KÔrç, le sable de la mer. 'Aiaxôç, son père, esl formé d'Ata, eau; c'est le nom d'une fontaine selon Hésychius, et "Ayxoç, profondeur. Celte généalogie signifie que le veau marin naît dans le fond des eaux et vil sur le sable. On comprend par la signification du nom d'^£acus ce que c'étaient que les iEacides ses descendants, dont il est si souvent parlé dans l'histoire héroïque.
(2159) Télliys choisit Pelée pour son mari, et mit au monde le vaillant Achille. H esl vraisemblable, disent les mythologues, qu'Achille l'ut trouvé exposé au bord de la mer ou dans une barque, de là on a dit qu'il élait tils de ia mer ou d'une nymphe marine. Si l'existence d'Achille était prouvée par d'autres monuments que par les poésies d'Homère, on pourrait adopter cette explication ; mais il est à craindre qu'Achille ne soit un personnage de même espèce que son père et sa mère.
On sait que ïéthys esl la nier, Pelée son mari vient de itnko;, boue, marais; irr,leîo;, marécageux. 'a^^aîù?, selon les grammairiens, est dérivé de ~/;Arjç, suc, humeur, humidité; aussi y avait-il une fontaine Achillée près de Millet, un port Aehillée au promontoire de Ténare, et une île Achillée dans le Pont-Euxin; ce^ûleïov était une espèce d'épongé. Homère lui donne pour demeure la Phliolide entre deux golfes, et pour sujels les peu [îles nommés 'A^atot, "KX)>nveç, MvppiSôve;, c'est-à-dire maritimes. (Itiad. n, 191.) curipide , dans Lphigénie , dit qu'il avait les statues des Néréides pour symbole sur la poupe de ses vaisseaux. 11 étail pelii-lils d'/Eacus dont on vient de parler.
Selon la fable, Ïéthys le plongea dans les eaux du Slyx à sa naissance pour le rendre invulnérable ; il lui élevé par Chiron le Centaure, qui le nourrissait de moelle de lion. Nous verrons dans la fable d'Hercule que les Centaures étaient des torrents; la moelle de lion est à la lettre le suc des lieux humides ; celte nourriture étrange convenait parfaitement au lils de la mer. Il fut le meilleur coureur de son siècle, c'est l'épithèle qu'Homère lui donne communément, et qui caractérise la rapidité des eaux, Le même poète nous apprend qu'il fut tué par Pàriâ et par Apollon, c'est-à-dire par le soleil. Selon Pausanias, on l'honorait sur les bords de la mer. Tant d'allusions avec les eaux dans les : noms, les surnoms, les aventures d'Achille nous. fout assez comprendre de quelle nature était ce héros.
Quoi, dira-t-on, reniflement de système peut conduire jusqu'à douter de l'existence d'Achdle do*iL on connaît les ancêtres et la demeure, dont Alexandre
corda ses faveurs an vaillant Anchiso dans les forêts du mont Ida, et fut mère d'Enée (2140).
Circé, fille du Soleil et petite-fiHe d'Hypérion, unie au malheureux Ulysse, en eut
du mémo Ulysse' iV.rusuhous et Nausinoiis (21V3), pendant le séjour qu'il lit chez e'Ie
Voilà les divinités immortelles, qui, mariées à des hommes, ont eu des enfants iin-
Agriuset Latinus (2141), rois d'une équité et mortels et semblables aux dieux (2144). A d'un courage sans reproche. Ils tenaient présent. Muses charmantes, Mlles du sousous leurs lois les peuples fameux nommés verain Jupiter, qui habitez l'Olympe avec Tyrrhéniens (2142) qui habitent les îles les lui, chantez dans vos concerts l'a race des plus éloignées. Calypso, autre déesse, eut femmes dignes de l'immortalité (2145).
visita le tombeau, dont on conservait les arme«sdans quelques -villes de la Grèce? Que restera-l-il de certain dans riiisloire? Rien, j'entends dans l'histoire héroïque et fabuleusede la Grèce. On connaîtde même les ancêtres de Jupiter, on monlraitson lombeauet son berceau dans l'île de Crète, pas une ville de la Grèce, qui n'eût été la siène de quelques-unes de ses aventures. On voyait partout des tombeaux vides ou cénotaphes érigés à la mémoire des héros. 'a^ia • ).sib? TK^of , le tombeau d'Achille, exprime à la lettre un fossé plein d'eau ; cela ne fail-il pas un monument bien authentique? Mais, encore une fois, le système d'une mythologie allégorique ne nous force point de nier l'.exislence des héros. Qu'il y ait eu un guerrier nommé Achille, j'en conviendrai volontiers pourvu que l'on m'accorde que son histoire et sa généalogie ont été formées sur la description d'un marais de la Phtiotide, à cause de la ressemblance du nom.
(2140) Vénus et Anclrise ont donné le jour à Enée. On sait ce que c'est que Vénus : 'Ayyjcriç est un mari, aîvcJix?, un bel enfant; cette fable signifie que. celui qui épouse une belle personne aura de beaux enfants; cela n'arrive pas toujours. Comme 'Atvn« est le nom de plusieurs vil.les delà Grèce, il est probable que l'on a placé Enée à Troie, à cause de l'allusion à quelque lieu voisin.
(2141) Circé unie au malheureux Ulysse, en eut Agrius et Latinus. Rien de si fabuleux que celle généalogie que les poêles Latins ont copiée fort exactement. Circé est un personnage imaginaire, Latinus, Agrius ou Adrius ne sont pas plus réels. Le Lalium n'a point tiré son nom du roi Latinus, mais de lulus, parce que c'est une plaine étendue ; on l'appelle aujourd'hui la Campagne de Rome. Adria, la mer Adriatique, n'a point reçu le sien d'un prétendu Adrius, mais tfvàpoç, supérieur, parce que la mer Adriatique est à l'orient de l'Italie: les Latins l'appelaient mare superum ou superius, c'est le sens AAdria.
1 (2142} Ils tenaient sous leurs lois les Tyrrhéniens. Les peuples d'Italie étaient appelés par tes anciens Grecs jxjpfnvoi, et l'Italie 'Eciiîpiv. , parce qu'ils sont à l'occident de la Grèce. De même les Latins appelaient la mer de Toscane , mare Tuscurii , Etruscum, Tyrrhenum, inferius, ou interius, la mer d'en bas , la mer liccidentale : tous ces noms expriment la même chose,
Le savant auteur du Traité de la formation mécanique des langues explique le nom de Tyrrhéniens par habitants des villes ou des enceintes murées, 11 peut très-bien a\oir raison.
Hésiode n'était pas plus habile qu'Homère en fait de géographie. Celui-ci, après avoir fait voyager Ulysse jusqu'au promontoire Circeii , aujouru'nui mont Çircello, dans le Latium, n'imagine plus rien au-delà que les Cimmériens, c'est-à-dire des peuples plongés dans une nuit éternelle. (Odyss, n, 14.) De même Hésiode appelle le pays des Tyrrhéniens ou l'Italie, les îles les plus éloignées,
(2145) Calypso eut dutnême Ulysse ISausiihoiïs et JSausinoûs. Calypso, lille de l'Océan et de Télhys, est un personnage de même espèce que Circé. On a donné l'élymologie^leson nom, noie 2018. On peut le
dériver encore de -/.càvit-ra, couvrir, cacher, parc que l'île Ogygie et l'île Olhonos, où l'on a feiii! qu'elle demeurait, sont toutes deux à l'occident de la Grèce. Dans YOdyssée,\ i, 52 , elle est appelée fille d'Atlas : on se souvient que celui-ci est un porteur d'eau. Nav<7t9ôoj, qui court sur un vaisseau; Noaifftvéoç, qui pense à un vaisseau , sont des noms en l'air, qui font entendre qu'Ulysse retenu chez Calypso, ne pensait à autre chose qu'à trouver un vaisseau pour s'enfuir.
(2144; Voilà les divinités immortelles qui, unies à des hommes, ont eu des enfants immortels. Il est évident par le détail que tous ces mariages des dieux avec les femmes, ou des déesses avec les hommes, n'ont aucun fondement dans l'histoire; ce sont des fables de même espèce que la généalogie des dieux ; toutes sont bâties sur des allusions, sur des équivoques; toutes sont nées de l'ignorance des Grecs, qui n'entendaient plus l'ancien langage de leurs pères, ou de leur affectation à en méconnaître le véritable sens.
(2145) Muses , chantez la race des femmes dignes de l'immortalité. Ces derniers vers nous apprennent que le poème de la Théogonie n'est pas complet, ou dutuoins que nous ne l'avons pas entier; qu'Hésiode parlait en finissant des héroïnes ou des femmes célèbres dans l'histoire grecque; quelques anciens auteurs le supposent ainsi. ( Voy. les notes de Leclerc sur le Bouclier d'Hercule.)
Un coup d'œil général sur les principaux dieux qui ont paru dans la Théogonie, achèvera de démontrer que la plupart ne sont diUérenls qu'en apparence; qu'après avoir été adorés sous un nom par les anciens Pélasges, ils ont continué à l'être par les Grecs postérieurs sous une dénomination ditlérente. L'on a vu, sous le règne d'Ouranos ou de Ccelus, 1° la Terre désignée sous les termes de rata, Théa, Rhéa ; elle a continué à recevoir un culte pendant le règne de Jupiter, sous le nom de Cybèle et de mère des dieux, quoique Hésiode n'en parle pas, même sous son propre nom de Tellus ou r»j , et les Eléens nommaient son temple Tatov. (Pausanias, 1. m, ch. 12; I. vi, c. 20, etc. 2° Ouranos ou le Ciel est appelé Céus, Ciéus , Hypérion ; et nous avons montré que le Ciel est le même objet que Saturne et Jupiter, mais que celui-ci, devenu le Dieu principal, fit oublier les autres noms. 5° La Mer, l'Océan, Télhys reparaissent sur la scène sous les noms de Néree, Doiïs, Triton, et de la multitude des nymphes marines, jusqu'à ce que Neptune, qui n'est pas un être différent dans le fond, devient la souveraine divinité des eaux, 4° Phœbéou la lune est appelée successivement Hécate, Latone, Junon, Diane et Lueine, comme le soleil est nommé Apollon. 5° Cupidon ou l'Amour et Vénus, nés sous Saturne, ont eu leurs autels et oui tenu un rang distingué parmi les dieux nouveaux. 0° Le Tartare, l'Erèbe, la Nuit, les Parques, la Mort ont été placés dans le royaume de Plnion, et les Furies ont été honorées sous le nom d'Luménides. 7° Les Cyclopes ne sont pas demeurés dans l oubli ; on en a fait les ouvriers de Vulcaiu, et ils avaient un autel à Corinthe. (Pausan., I. II.) 8° Les nymphes Mélics ont continue de régner sou*
PART. 11. T11ZOL. ARCHEOLOC. - ORIGINF .DES DIEUX