‹ Œuvres completes de BergierChapitre 119 sur 255 · IG6SB · texte numérisé non relu

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LE BOUCLIEl\ D'HERCULE. (uu»

Telle élail Alcmène (2147), fille du pu'ssiini Eledryen», loi s qu'elle qutlla sa pairie

les noms de Napées, d'Oréades , de Dryades , de Naïades, eic.

Si donc Ton exeepte les Géants, il n'est presque aucun -personnage cité sous le règne d'Où ratios, qui ne se trouve sous les règnes suivants, et l'on a peine à concevoir qui sont ces Tiians vaincus par Jupiter et précipités au fond du Tarlare dont parle Hésiode. On voit seulement de nouveaux noms substitués à la place des anciens pour désigner les mènes objets.

Ou aurait abrégé davantage les Remarques sur la Théogonie, si le préjugé contre la mythologie allégorique était moins autorisé parmi les savants; il est temps de (tonner par l'explication de la Table d'Hercule une nouvelle preuve de ce que l'on a dit des héros dans la cinquième partie. Elle ne persuadera sûrement pas ceux qui ne veulent céder qu'à des démonstrations ; la matière que nous 1 laitons n'en est pas susceptible: pour ceux qui cherchent de bonne foi ce qu'il y a de plus vraisemblable, peut-être après avoir tout considéré, commenceront-ils à douter si l'existence des héros est aussi certaine qu'ouïe croit communément. Au pis ailer, on regardera cette explication comme un lève systématique; il est permis de rêver sur des objets indifférents ; dans le pays des fables on peut s'égarer sans conséquence.

(2140) Personne n'ignore qu'Hercule est le plus fameux des héros de la fable, celui dont on ratoiite les plus merveilleuses aventures , auquel on attribue des exploits et des travaux inouïs. Nous ne pouvons examiner avec trop de soin ce que l'on en a pu lié; son histoire est liée à celle d'une inimité d'autres personnages; une explication détaillé; «le ce qu'en ont dit les poètes ne peut manquer do répandre un grand jour sur toute la mythologie. S. on peut réussir à la donner, elle fera suffisamment connaître ce que l'on doit penser de tous les autres héros fabuleux.

Selon la lemarque de Diodore de Sicile, tome I, p. 50, c'est très-mal à propos que les Grecs ont supposé qu'un héros que l'on croit avoir \écu peu île temps avant la gueire de Troie, avait purge la terre de monstres ; des exploits de celle nature ne sauraient tomber dans les temps de Troie, où le veure humain s'étanl considérablement accru, on trouvait partout des villes policées et des terres cultivées. On ne peut les placer raisonnablement que dans cet âge grossier et sauvage où les hommes étaient accablés par la multitude des bètes féroces, particulièrement en Egyple, dont la haute région est encore remplie de ces animaux. D'où il donne à conclure que l'on a faussement attribué à l'Hercule de Grèce ce qui ne convient qu'à celui d'Egypte. Essayons s'il n'y a pas un moyen de découvrir l'origine de celle erreur.

Il convient d-; rappeler d'abord le principe qui sert de base à 110J.1 e système, que les fables des d.eux sont le lableau delà nature ou des élres physiques eu général; que les fables des héros sont f Histoire naturelle de la Grèce ou de quelque autre pays en particulier, la topographie des» anciennes villes et des environs, le récit des travaux que les premiers colons furet obliges d'entreprendre pour leudre leur séjour habitable. Tel est 1- plan u'ex-

et sa famille, [tour suivre à Thèbes son mari Amphitryon : elle surpassait par sa beauté

plicaliou que l'on s'est prescrit d'avance ; il s'ag't de savoir si le récit des poètes et des anciens mythologues viendra s'y ajuster de lui-même.

H est nécessaire de rappeler encore c« que nous avons déjà répété plusieurs fois, qu'il importe peu de savoir s-'il y a eu réellement un ou plusieurs héros nommés Hercule, ou s'il n'y eu eut jamais ; que l'Hercule Thébain soit un homme ou un personnage fabuleux, sou histoire est une topographie mal entendue de plusieurs cantons de la Grèce ou des autres parties du inonde. C'est le seul point qu'il s'agit de prouver. Le jugement deStrabon nous paraît d'abord mériter beaucoup d'attention : en parlant de l'expédition d'Hercule dans l'Elide, il fait celle réflexion : Les anciens écrivains, dit-, 1, ont laissé à la postérité bien des choses qui ne furent jamais ; le goût qui régnait de leur temps pour les fables les avait accoutumés de bonne heure à montir(l.viu). Il pense de même sur le prétendu combatd'Hercule aux jeux Olympiques, et sur son expédition à Troie.

Pour ne rien omettre sur le compte d'un héros si célèbre, examinons sa généalogie et la suite de ses. ancêtres. Il descendait en droite ligne de Persée, et l'on a supposé que les lléraclides ou la postérité d'Hercule, aussi bien que ses aïeux , avaient habile l'Argolide, Tirynlhe, Mycenes et les environs. La raison de ce séjour n'es*, pas difficile à découvrir : il y avait à Mycènes une fontaine Persea, et une fontaine d'Hercule à Trézène. (Pausanias, 1. 11, c. 16 et 5"2.) Donc l'une avait élé nommée par Persée,. et l'autre par Hercule ; voilà le raisonnement des Grecs. Selon une aulre tradition rapportée par Diodore, 1. t, sect. 1 , c. 15, Persée eiail né en Egypte.

Persée et Andromède eurent, entre autres enfants, Alcée, père d'Amphylrion, et Eleclryon, père d'Alcinene ; par conséquent celle-ci , mère d'Hercule, avait épousé son cousin germain.

Persée est un nom de fontaine, cela est prouvé, Tltéuij. note 1976.'Avâ^o^Éô« est formé d'"Avé>/so, qui, en composition, siguilie force ou quautite; pi<5« vient de uadatu, être humide ou couler. (Théog. note 1908. ) L'épouse de Persée est donc comme lui , un lieu où l'eau coule, une fontaine ; il y a bien de l'apparence que leur postérité est de même espèce. Déjà l'on conçoit comment Persée avait délivre Andromède d'un monstre marin auquel elle était exposée. Ce monstre kïjto) e->t la mer même, selon llesychius; pour empêcher la .fontaine Andromède oc tomber dans la mer, ou en réunit les eaux, avec celle de la fontaine Persea ; ainsi Persée épousa Andromède après l'avoir délivrée.

1" 'AA/aîo; leur (ils, est le même nom que "sur,;, rivière de Rylhinie; "a/x«, dans llésychuus , pour "AÀuxa, la mer; 'aÀxuovjj est une nymphe des eaux, lille du fleuve E\enus dans Homère; Alcée avait

épouse

(21 17) Telle éluil Mcmènc. 11 est aisé de voir que le commencement de ce poème est perdu. On ne sait pas s'il a fait autrefois partie de celui qu'Hésiode avait compose sur les Héros de la Grèce et sur les Héroïnes, cl qui était une suite delà Xhéue gouie. ( Voyz ilii.l., uote "2H5.J

lUiO

et [iar la régularité de sa taille toutes les était comparable pour la prudence et les femmes de son siècle (2HSJ ; aucune ne lui dons de J'esprit. Elle aurait pu Je disputer

épousé 'ittovôuïj, autre nymphe aquatique. (Théogonie, note 1908.) 11 n'y a point là de mésalliance. 2° 'h>ext/3Ûwv, frère du précédent, esi semblable

à ,iù.i-/.Tpn, autrenymphe (Tliéog., note 2018); et c'est une rivière de Messé.nie dans Pausanias, I. iv, c. 33; TpOwv est un courant d'eau ou un réservoir comme dans le nom suivant.

5o,Af*<p£Tf0wvest composé d'aboi, autour, et rpûiov, coulant ou aquatique. Qovo-j désigne les joncs, les herbes qui croissent dans les eaux. Trua, en latin est un vase; Truinus, Truentm, deux rivières d'Italie; Truye, rivière du Gévaudan; Truyère, rivière de Rouergue.

à" 'A^xfr/jvn s entend aisément, quand on fa^t attention à "xl/.yç, et 'AÀ/aîo? ci -dessus, et fx«y>j^v4iiL vase, un instrument creux : c'est la même significalion qu'Eleciryon son père. Il ne faut pas oublier que dans le style des poètes, tous les personnages dont les noms sont synonymes, descendent les uns des autres, ou sont mariés ensemble. Ainsi, par ressemblance de signification autant que par droit de parenté, Amphitryon devait épouser Alcmène.

5° De ce mariage sont nés 'ivï/lôs, valide claudens, et *iipaxAs>3f, qui est la même chose; mais celui-ci était (ils de Jupiter, qui avait rendu Alcmène grosse pendant l'absence de son mari ; c'est-à-dire, que dans un temps où te fossé Amphitryon était à sec, et ne mêlait pas ses eaux à la fontaine Alcmène, Jupiter lit pleuvoir, et Alcmène grossit; qu'ensuite le fossé ayant été rempli et commençant à couler, Alcniène en fut encore plus enflée : il fallut deux digues pour arrêter leurs eaux, et voilà leurs deux enfants Iphiclès et Hercule, deux fortes barrières, deux tories écluses. L'une cependant plus faible fut emportée dans la mer; Evfu<r6>5«, de eù/sûç , grand, large; 6^,011 Ôaa, nom delà mer. (T/*eo</.,nolel923.) C'est ainsi quTphiclès abandonna sa famille pour aller trouver Eurysthée. [bouclier, v. 90.) L'autre plus forte 'il pot.ylér)ç, résisia , et on lui attribua dans la suite de grandes prouesses, nous les verrons en détail.

il est bon de se souvenir que le nom le plus ain cien d'Hercule dans Homère et dans Hésiode, est pi?) 'tipaxlraiv {Tlieoy., uole 1981); puj est l'eau ou le lieu qui renlerme les eaux ; e<jpu6i«, nom de la mer. (luicl., noie 19ti7.)Cet ancien nom d'Hercule signifie donc à la lettre acjiia firmiter cluusa, une forte écluse.

')" Eleclryon, père d' Alcmène, avait des bœufs qui lui lurent enlevés par les Teléboïensou Taph-ens, Amphitryon délit ces brigands, ramena les tioupeaux, et lua par mégarde ou volontairement son beau-père Electryon. Les bœufs de celui-ci étaient de la même espèce que ceux de.Géryon. (Tliéog., note 1980.) Ce sont des eaux. Elles furent enlevées par les i-r^ëocu, gouffres profonds ; tvIIx, un vase; poat, les eaux ; ou de t^/*, ce qui emmène; Tr/.eBonç est une rivière d'Arménie; xaçpîoi, de ■za.'foç, tombeau, fosse, les entrailles de la terre. Le canal Amphitryon conduisit les eaux loin de ces gouffres, et ramena ainsi le troupeau : mais il lua Eleclryon, il lit disparaître celle source. 11 ne pouvait pas posséder Alcmène avant de s'être vewgé des Téléboïens (Bouclier, v. 15), parce qu'il ne pouvait pas mêler ses eaux à celles de celle fontaine, avant de l'avoir écartée des gouffres dont nous parlons.

La scène de celle histoire grotesque était l'Argolide, et les environs de Tirynthe ; mais comme il y avait aussi près de Thèbes en liéotie, des fou

(2li8) Elle surpassait par sa beauté, etc. Le portrait ci'Alcinène est fait d'imagination ; la naissance d'Hercule entendue historiquement, aurait précédé de plu- .

laines et des canaux nommés Amphitryon cl Alcmène auxquels il fallut mettre des digues, les deux époux se trouvèrent ainsi transplantés à Thèbes avec leur fils Hercule. Tout ce qui est arrivé dans la Grèce et ailleurs à l'occasion de ces digues, ou parles eaux ainsi retenues, a été pris dans la suite pour les travaux de l'Hercule Thébain. Nous le verrons en détail.

On ne doit pas être surpris que la fable ait décru si pompeusement les travaux entrepris dans l'Argolide, pour y conduire et pour y conserver les eaux; Pausanias, 1. n, c. 15, nous apprend que les rivières de celte contrée étaient à sec pendant les chaleurs de l'été, qu'il n'y avait alors que le marais de Lerne où l'on pût trouver de l'eau. Pline raconte que l'on avait surnommé Argos Dïpsium la ville quia soif, 1. iv, c. 5. Voilà ce qui avait rendu si pompeux chez les Argiens le culte de Jupiter et de Junon, dieux de la pluie. Hercule, l'art de faire des digues, des canaux, des aqueducs, d'arrêter les ravages d( s torrents pendant l'hiver, ne pouvait donc avoir plus d'occupation que dans l'Argolide ; c'est aussi où l'on a placé son séjour ordinaire et plusieuis de ses travaux.

Avant de les examiner, il est à propos de montrer que le sens du nom d'Hercule dans les autres langues est le même qu'en grec ; que partout il a exprimé une digue, une chaussée, un arrêt pour détourner ou pour conduire les eaux, une enceinte pour les environner. Les Phéniciens le nommaient Mélicerle, Désanaùs, Agéuor : les Egyptiens Osochor, et le disaient lits ou Nil. Nous ne pouvons découvrir le sens de ces noms que dans les langues orientales : on se souviendra que les voyelles y sont indifférentes.

Dans Mélicerte, me!i sont les eaux : melo, moulo, en syriaque, inondation, déluge : carlha, en phénicien, enclos, lieu fermé, c'est le nom de Carlhage. Meticurtlta, clôture ou arrêt des eaux, une digue, une écluse. Aussi le Mél certe des Grecs était encore nommé Pala:inon,el par les Latins Poriumnus, le dieu des poils, parce qu'un port est le heu où la mer est entérinée, où les vaisseaux sont à couvert; de là lant de ports appelés portus Herculis, port fermé : Palamion, selon hesychius, est le même qu'Hercule. (\ oy. Théog., note 2150) Des lors nous ne sommes pas Surpris de voir les naulonnieis Phéniciens faire des vœux à Hercule dieu des poils ; usage dont les mythologues n'ont point encore décou veil l'origine.

Désanaùs vient de des, dessa, lien ou clôture, comme Sïçtç en giec. Purdè,, nuptôtujoç, jardin ou enclos ; Edessa, ville de Mést.polamie ; c'est le nom générique de ville, ou lieu fermé ue murs. Voilà pourquoi il y en avait plusieurs de ce nom. $aus est l'eau ; nuliah, pleurer ; néiti, des pleurs ; dessanaus, clôture ou arrêt des eaux.

Agénor est composé de Itug, lien, arrêt ; hagag, en chaldéen , être arrêté, être eu repos ; nakar, nar, eau ou rivièie; hag-nor, arrêt ue rivière. 11 était (ils de Relus, roi de Phénicie, hi\oç est une rivière ue Syrie dont parle Pline, I. v, c. 19, et Josèphe, 1. i De la guerre des Juifs; elle coulait à deux stades de Plolèmaide. Agenor est son lils, comme Hercule l'est d'Alcmene qui est un courant d'eau ; Agenor eul pour lille Europe ; c'est une nymphe aquatique (Tliéog., noie 2018); elle fut enlevée par Jupiler changé en taureau. Nous avons déjà remarque plusieurs sièçlesle temps d'Hésiode ; maisil n'en coûtait rien ail poêle de peindre comme une merveille une femme dont il suppose que Jup.ter devint amoureux.

,K!.4l PART. 11. THEOL. ARCHEOLOG. — ORIGINE DES DIEUX. iu4ï

h Vénus même par les grâces Louchantes de gards. Elle joignait à ces rares qualilés un sa physionomie et le tendre feu de sus re- attachement inviolable à son époux; quoi-

que plusieurs fois que Jupiter est souvent pris pour la pluie, el (pie tocûoo; est uu canal. Celle table signifie qu'un torrent formé par la pluie fait disparaître la fontaine Europe.

Osochor, nom égyptien d'Hercule, parait mal prononcé pour Hos-sihor ; hos, arrêt, lias, en hébreu à l'impératif, arrête, ou tais-loi. Silior est le nom du Nil et d'un torrent delà Palestine. Ou a donc exprimé par Osochor, les digues qui arrêtent les inondations du Nil : voilà pourquoi l'on dit qu'il est enfant de ce fleuve. Cela sera vérifié par la fable de liusiris. On conçoit à présent pourquoi les Egyptiens ont dit qu'Hercule était plus ancien chez eux que chez les Grecs ; l'Egypte est le premier pays du monde où il a fallu faire des digues, et où elles étaient plus nécessaires.

11 serait inutile de parler de l'Hercule Ogmius des Gaulois, dont Lucien a fait le portrait ; c'était un tableau allégorique formé sur les fables d Hercule dont les Gaulois avaient entendu parler.

On ne doit pas être surpris qu'il y ail eu un si grand nombre de villes nommées 'Hpeuù.st«, bien fermée; plusieurs ports appelés portas lierculis, poil fermé ; plusieurs fontaines d'Hercule, c'est-àdire fermées ou arrêtées par une barrière : ils n'ont aucun rapport à Hercule, dieu ou héros ; mais sur la seule allusion du terme on a supposé qu'Hercule avait parcouru l'univers el bàlij des villes partout. Dans la suite, les mythologues effrayés de la multitude d'exploits que l'on mettait sur le compte d'un seul homme, se sont crus obligés de supposer plusieurs Hercules, d'en placer chez toutes les nations. Selon quelques auteurs, on en a compté jusqu'à quarante, On en pouvait créer autant qu'il y a eu dans l'univers de digues.de levées de terres, d'écluses , de canaux artificiels pour élever, pour détourner, pour arrêter les eaux.

Gébelin, dans l'explication des allégories orientales, juge que les travaux d'Heicule lonl allusion aux douze signes du zodiaque; que ce héros prétendu est le soleil, comme Macrobe s'est attache aie prouver. Cela peutelre; mais les Grecs très ignorants en astronomie, ont travesti la fable d'Hercule à leur manière, et l'ont adaplee à la topographie ue leurs pays. On le verra par l'explication uéladlée des Travaux d'Hercule,

Le plus célèbre est sans contredit d'avoir séparé les deux montagnes Calpé et Abyla, entre lesquelles est aujourd'hui le delroit de Gibraltar. (Jn les a nommées colonnes d'Hercule, sans avoir aucune Lée du grec, kiwv, une colonne, signifie aussi utterseptum, repuaulum : les analomisles grecs nomment ainsi le carlillage et la carnosilé qui séparent les deux narines. Ktwv 'H^oxXsiaiy, colonne u'Hercule, exprime sans métaphore, lnlerseptum firmiier ctaudens. Selon Pline,!, ni, frroœ.u.; Slrabon, 1. I, p. 04, el Pompoiiius Meta, 1. i, c. 5, on a cru qu'autrefois le délioit de Gibraltar n'était pas ouvert, quel'Af.ique était continente à l'Espagne par une langue de terre qui sépai ait l'Océan de la Méditerranée, que pi»j 'Bpen&im, la mer ainsi renfermée, avait forcé la barrière el s'elail creusé un canal cuire les deux montagnes Calpe el Abyla: voda comme Hercule est devenu l'auteur de cet événement. Le plus célèbre de ses liavaux se trou e ainsi expliqué par lliisto re naturelle, sans qu'il son besoin de faire venir un Heicule phénicien aux exlieinites de l'Espagne p»;iir y piauler des colonnes. Ce voyage el loules les lames donl il est ta source, ont eie imagines naus la suite sur la fausse etyinologie d'un nom que l'on n'entendait plus. Llleicule piienicien n'esl pas mieux prouve que les autres.

Connue l 'mules pruuiuiiioirc» qui resserrent le dé-

troit de Gibraltar du côté de l'Afrique, se nommait Antée, on en a fait un géant dompté par Hercule ; et c'eslencoreun de ses liavaux. (Voy. Pompomus Mêla., ibid.

Selon Diodore de Sicile, Hercule avait déjà fait quelque chose de semblable dans la Grèce, il avait creusé un canal pour dessécher la fameuse vallée de Tempe qui était inondée par le Pénée ; et il avait au contraire submergé la Béotie, en arrêtant les eaux d'une rivière. (Tome II, p. 43; et Pausan, 1, îx, c. 58.) Celui-ci raconte encore que l'on montrait le sang du lleuve Olbius ou Aroanius en Arcadie, des fossés laits par Hercule, (liv. vm, c. 1 i.) On ne sera donc pas surpris que les autres travaux d'Hercule aient eu le même objet d'arrêter ou de détourner des eaux.

La formation du canal de Gilbrahar, le dessèchement de Tempe, l'inondation de la Bèotie, ne sont certainement pas les travaux d'un homme, mais l'effet de quelques révolutions dans la nature: n'avons-nous pas lieu de présumer que les aunes exploils attribués à notre héros sonl une imitation de ceux-là ?

Nous les suivrons dans le même ordre où ils sont racontés par Apoliodore, 1. u ; mais nous en avons déjà expliqué plusieurs dans les icmarques sur la Théogonie. L'enlèvement des pommes d'or des Hespérides, noie 1958, ce sont les eaux de trois fontaines conduites dans un canal par le moyen d'une digue. La défaite de Géryon, note 1980, c'est le dessèchement d'un mar..is par le secours d'un canal. Celle de l'hydre de Lerne, note 1986, et du lion de Néniée, note 1989, sont la même chose. La victoire sur le fleuve Aehéioùs, note i99ci, ce sont les eaux de ce fleuve conduites dans les terres pour les fertiliser. La délivrance ne Prométhee, note 2000, c'est un mur ou un foyer de pierres substitué à une cloison de bois, pour conserver le feu. Atlas dechargé de son fardeau, note 2059, est un porteur d'eau délivre de ses peines par un aqueduc. Ces grands exploits se bornent tous à retenir, à détourner, a fane écouler des eaux; le même dénouement servira pour tous les autres

Un écrivain très-récent dont on se gardera bien d'adopter toutes les idées, a compris que les travaux d'Hercule ne désignaient que desetlels physiques; il ne paraît pas aussi convaincu de l'existence de ce héios, que l'on a ele jusqu'ici. (Voy. ["Antiquité dévoilée par ses usages, 1. i, c. 6.)

1° Hercule âgé seulement de huit mois étouffa deux serpents que Juuou ava.l envoyés pour le dévorer lui et son frère. Ce n'est pas la première fois que des eaux ou des ruisseaux sont appelés des serpents; on sait d'ailleurs que les inondations qui rompent les digues des rivières, sont regardées comme un effet de la colère de Junon ou de l'air. Ce n'est pas un prodige qu'une digue récemment construite ait arrêté le cours de d'eux ruisseaux -m l'ait ueiourné : malgré la haine de Junon contre Hercule, quelques poètes ont supposé qu'elle lui avait donne de son fait; cela ne peut èlre entendu que de la pluie.

On s'apercevra sans doule que c'est ici la répétition de ce qui a ele dit sur la naissance u'Hercule et d'iphiclès; les deux serpents envoyés contre eux par Junon, sont les deux ruisseaux d'Ainphytrion el u'AIcmene grossis par la pluie. Iplnclès cUraye se sauva , l'une des digues lui emportée, l'autre résista; c'esl Hercule qu< élouffa les deux Serpents.

"2" Hercule pendant sa jeunesse lut chargé de garder les bœufs d'Amphitryon. Quoique cette occupation lui peu digne il un neios, il* y pril Luit de goul qu'il passa une part'ie ne sa vie a promener des bueuls par le inonde. Comme ces bœufs sont des.

qu'elle eût vu son propre père (2149) tomber sous les coups de cet époux redoutable,

mais justement irrité troupeaux.

de la perte

de ses

eaux , et qu nercule est une digue, son inclination n'est pas difficile à comprendre. Pendant ce temps, il tua un lion qui, descendu du mont Cylhéron, dévorait les bœufs d'Amphylrion et de Thestius. On comprend que ce lion est de même nature que celui rie Némée, un lieu aquatique ou un torrent. 'aXe'wv, dans Pline, est une rivière d'.lonie; Layon, rivière d'Anjou; Lée ou Léa, rivière d'Ecosse; Léo, rivière' d'Irlande; Lée, rivière de Franconie, etc. Celui-ci entraînait les eaux d'Amphitryon et de Thestius, et ravageait la campagne. Testius est une rivière de Thessalie, selon la carte. Il est ici appelé roi de Thespies, parce qu'il y en avait une de même nom à Thrspies. Celle explication fort simple nous découvre le sens d'une autre fable ridicule, qui Va^ tonte qu'Hercule eut commerce avec les cin (uanlè^ tilles de Thestius. En style poétique, les lilles des Il uves sont des fontaines; on a donc voulu dire «pie la digue qui arrêtait les eaux de Thestius, les avant fait remonter, elles se mêlèrent avec celles dés fontaines qui s'y déchargeaient, et en couvrirent les bassins; ainsi Hercule corrompit les nymphes. Par l'énumération qu'en fait Apollodore, on voit que leurs noms sont à peu près les mêmes que ceux Ues nymphes aquatiques dans Hésiode.

5" Dans les montagnes d'Arcadie, Hercule atteignit à la course une biche qui avait les cornes dorées et les pieds d'airain, el la porta sur ses épaules. Comme les biches n'ont jamais eu de cornes, quoi qu'en disent les poètes, il n'esl pas ici question d'un animal, mais u'un ruisseau des montagnes u'Arcadie, nommé "E).«^of , à cause de sa rapidité, et auquel il fallut mettre ucs digues, c;u que l'on conduisit par un aqueduc. Pausanias l'ail mention de ce ruisseau liv. vin, chap. 50. Les cornes dorées et les pieds d'airain sont un ornement de plus qui n'a rien coûté aux puéles ; ils l'ont emprunté de Ueux équivoques. XpvaôxepeK peut signifier corne d'or, mais il exp.iine aussi un bras prolond de rivière: oii a montré ailleurs le double sens de y pv<jo; el de rdpuç. X«)./.o7rouf, pied d'airain, est da.^ un autre sens un lieu plein d'eau. X«>iztî est une rivière d'Eli Je cl un pond Cubée, qui n'ont certainement pas lire leur nom de l'airain; 'Orcé? désigne en général eau, suc, liqueur.

4" Il en est de même du sanglier d'E ymanlhe ; r.xnpog, sanglier, est aussi une rivière de l'ancienne province Auiabènc dans Slrabon el dans Plolémée, et une rivière de Plnygie dans Pline; selon Suidas, il signifie l'urètre, par conséquent un canal. Il désigne donc ici la rivière d'Erynianllie, en Arcadie, qui sortait d'une montagne du même nom, cl qu'il lallul arrêter par une digue.

5° Hercule vida les élables d'Augias, roi d'Elide, en y faisant passer les deux rivières Alphée el Péiiéè. auXïj, une élable, est aussi un tuyau ou un canal, comme «OXoV. H n'est pas impossible de curer un canal en y laisanl passer les eaux d'une rivière avec le secours d'une digue : mais c'esl une faute enor.i.e contre la géographie de réunir l'Alphée et le l'énée, qui coulent, suivant la carie, à dix lieues l'un de l'autre. Augias que l'on suppose roi d'Elide, clail lils du Soleil, selon quelques-uns, parce qu'ils rapportaient son nom à wyri, lumière; selon d'autres qui rencontraient mieux, il était lils de Neptune,

('2140) Quoiqu'elle eûl vu son propre père, eic. Hésiode semble insinuer qu'Amphitryon avait tué volontairement son beau-pere; Voy. v. 80: d'autres disent que ce lut par hasard. Ils supposent qu'Ainphitiyon était déjà marié avec Alcmène, quand il partit pour son expédition contre lesTaphiens; selon une autre tradition elle lui était seulement promise. Cette

puisque c'était, non un roi, mais une rivière d'Elide dont le canal avait été débarrassé, en y faisant entrer par le moyen d'une digue une partie des eaux de l'Alphée.

6° Il chassa les oiseaux du lac Stymphale qui se réfugiaient sur les arbres, et s'enfuyaient à la nage de peur des loups; il se servit pour cela de tyiubates d'airain que Minerve lui donna. Les poètes ont peint ces oiseaux comme des monstres; les mythologues historiens ont cru que c'était des brigands qu'Hercule extermina ; mais ni les uns ni les aut,cs ne nous ont appris comment des oiseaux qui nagent peuvent être perchés sur des arbres, comment des animaux qui ont des ailes peuvent craindre les loups, el en quoi des lymbales d'airain pouvaient être utiles pour dissiper les voleurs.

"opvîiot., des oiseaux, est mis évidemment pour 'Opsisc, rivière d'Achaïe, qui coule à peu de dislance du lac Stymphale, et ce nom est commun à plusieurs autres. Auzo;, un loup, est aussi le nom de cinq ou six rivières de diflérents pays ; c'en est assez pour entendre la fable. Hercule, une digue, détourna el (il prendre un autre cours à plusieurs sources, ipvsut, qui s'écartaient des autres eaux,«jr6 rfiv aûxwv, el qui incommodaient dans la campagne. Cela réussit par le moyen de plusieurs j^éùana x/»ôt«)«, canaux profonds. Kpozoào; est une rivière des Brutiens en Italie. On a déjà observé que jjbXy.zos ne signifie pas toujours œreus, puisque ~S.uiv.ii est une rivière et un port de mer. Ainsi les lymbales d'airain deviennent des canaux dont on est redevable à Minerve ou à l'industrie : toutes les circonstances de la fable concourent à en indiquer le sens. Pour n'en être pas incommodés, les mythologues historiens ont pus le parti de supprimer celles qu'ils ne pouvaient pas expliquer. On a vu, Théog., noie 1008, une autre fable fondée sur la même contusion d'o^vof, creux profond, avec ôpvi;, un oiseau. .7° Dans l'île de Crète, Hercule se rend t maître d'un taureau furieux produit par Neptune, le même, ajoule-t-on, qui avait enlevé Europe. L'origine de ce taureau nous en indique la nalure : -zxvpo;, selon Suidas, est l'urètre, par conséquent un canal. La source delà rivière Hilycus, près de Tiézene, est appelée Txvpios dans Pausanias; Tar, Ter, Tor, Tour, est le nom de plusieurs rivières d'Italie et des Caules. On peut croire sans peine qu'un torrent ou un ruisseau de l'île de Crèleeut besoin d'une digue pour le retenir dans son lit, ainsi H> rcule s'en rendit maître : il le conduisit a Euryslhée, c'est-àdire à la mer. On ajoule pour augmenter Je prodige que ce taureau parcourut la Laconie el l'Arcadie, pénétra jusqu'à Corinlhe et à Marathon dans l'Allique, où il recommença ses ravages. CJa veut dire qu'il y avait dans ces dillérentes contrées des lorrenis oui eurent besoin de digues el de chaussées aussi bien que celui de Crète.

8° Un nouvel exploit de notre héros fut de s'emparer des cavales ne Diomède, roi des liislonieiis dans la Thiace, qui nourrissait ces animaux de chair humaine. Comme jamais les chevaux n'ont mangé de chair, sans doute "imtoi désigne aulre chose que des cavales. Nous avons déjà vu dans Pausanias, 1. vi, c. il, deux rivières d'Elide ainsi

métamorphosées

circonstance dérangerait beaucoup le merveilleux du commerce d'Alcinène avec Jupiter, et ferait un peu tort à sa répulaiion. En général, ces héros el héroïnes tant vantés par les poètes n'eiaienl pasfort honnêtes gens : mais il n'est pas étonnant que les Grecs, après s'être forge des oieux si vicieux, aient imaginé des héros qu ne valaient pas mieux.

Forcé de s'éloigner de sa pairie, Amphitryon vint à Thèbes (2150), et supplia les

desrendants de Cadmus de le rerevoir dans leur ville avec son épouse. Mais il ne lui

métamorphosées. Diomède leur maître était (ils de Mars et de Cvrène, nymphe des eaux , celle épouse ne convient pas trop "au dieu delà guerre.

AtofxriSu; signifie ce que le ciel ou la pluie fait couler, a Jove (luens; c'est un torrent : il est lils d'une fontaine, cela n'est pas étrange, "a/w, «psoç, son père, esl un lieu lias et aquatique, un marais, et non pas le dieu Mars. (Voyez noie 2112 delà Théoy.) Il était roi des Bisloniens, c'est-à-dire qu'il déchargeait ses eaux dans le lac Bislonide, Tous les fleuves, les lacs, les montagnes de la Grèce ei des environs ont été changés en rois. 11 nourrissait ses eaux, "irTrov,, de chair humaine, parce que plusieurs personnes y avaient été submergées. Hercule, une digue, une écluse, une chaussée les rendit moins impétueuses et plus aisées à traverser; c'est où ,se termine cetexploil miraculeux.

9° Hercule fut chargé d'enlever le baudrier de Mars à Hippolyte, reine des Amazones, femmes guerrières qui habitaient les rives du Thermodon. Rien de si célèbre dans les anciens que ces femmes belliqueuses nommées Amazones; plusieurs en ont >arlé d'un ton si aftirmalif que l'on n'a osé rejeter eur témoignage. Si c'était des auteurs contemporains ou voisins de l'événement, il y aurait de la témérité à les contredire ; mais Hérodote le plus ancien, a vécu au moins 800 ans après le siècle où l'on place Hercule. Dans ces temps de barbarie, le fait n'a pu être constaté par aucun monument; Hérodote n'en parle que sur la tradition populaire, 1. iv, p. 255 : aussi des auteurs très-sensés, Slrabon en particulier, ont regardé les Amazones comme un peuple imaginaire : il paraît par la manière dont s'exprime Diodore qu'il pensait a peu près de même. (Tome 1, p. 505.) Peut-être quelques observations sur l'origine de cette fable pourront servir à conliimer leur sentiment.

On conviendra d'abord que l'étymologie du nom 'ajmÇomc donnée par les Grecs, n'est rien moins que certaine. Est-il vraisemblable que des feSumes en corps de nation se soient assujetties à une opération uussi douloureuse que de se couper ou de se brûler le sein pour mieux tirer de l'arc? Ce nom peut se rapportera ;*«£*, qui signifie détrempé d'eau; *i7T7ro- A-JTu, leur reine, fait le même sens, dissous par les eaux. L'on trouve dans le p.iys même où l'on place les Amazones, une ville Amasea, traversée par une rivière; les géographes nous indiquent un fleuve Auuuenm eu Sicile et un autre en Italie chez les Volsques. Le golfe voisin de l'embouchure du Thermodon se nomme sinus Amasenus ; c'est plus qu'il n'en faut pour nous mettre sur la voie. H esl donc aise de comprendre ce que c'est que le baudrier ou la ceinture de Mars, "Apso; ÇwoTïjp. C'est une ceinture d'eau ou de marécages, selon la signification à'Zpto: indiquée dans l'article précédent. Il fallut des canaux et des levées de terre pour mettre à sec ce terrain détrempé et fangeux. Lorsqu'il fut ainsi environné, on le nomma -hpu/li-oç, terrain leriné, au lieu d'tjnraàvrn, terrain aquatique, ou «fxujov, arrosé, qu'il portait auparavant. Voila coinnienl Hercule lui victorieux des Amazones et de leur reine; comment il emporta par des canaux la ceinture aquatique donl ce terrain était environné. Les noms propres des Amazones, tels qu'ils sont dans Diodore, tome 11, p. 57, sont presque tous les mêmes que ceux des nymphes aquatiques dont on a vu la liste dans Hésiode.

Apollodore ajoute que Junon prit la forme d'une Amazone, et lit lous ses efforts pour faire manquer

(2150) Amphitryon vint à Thèbes. On ne peut méconnaître l alkclatiou d'Hésiode à se donner pour

celte expédition. L'on sait déjà par plusieurs exem pies que Junon, ennemie d'Hercule, est la pluie qui fait enfler les eaux, rompt les chaussées et les canaux qui les renferment.

On ne peut pas se dispenser de remarquer le peu de justesse des auteurs qui, prenant ceci pour une expédition militaire, font faire à Hercule un trajet de deux cent cinquante lieues par mer. Il était, dit- on, à la tète d'une armée navale : cela est fort beau en spéculation ; mais dans un temps où les héros gardaient les bœufs, ils ne devaient pas être fort en état d'équiper des flottes pour voyager suides mers aussi dangereuses que la mer Egée, la Proponlide et le Ponl-Euxin. Etait-ce la peine d'aller chercher si loin et à grands frais une ceinture pour en faire présent à la tille d'Euristhée? Cette ceinture, ajoute-t-on, c'était les richesses des Amazones. Tel est le principe des mythologues historiens ; jamais ils ne sont embarrassées par les termes; mais avec leur manière de les expliquer, il n'est point de fable si absurde que l'on ne pu:sse rendre historique.

La scène de celle-ci était sans doute dans la Grèce. Pausanias, liv. îx, en. 19, parle d'une rivière ou d'un torrent Thermodon dans la Béotie; et liv. i, ch. 2, d'un camp des Amazones dans l'Attique; c'était une campagne arrosée d'eau. Mêla, liv. i, ch. 17, fait encore mention d'un fleuve Thermodon dans l'ioiiie près de Sniyrne : mais les Grecs fort ignorants en géograph e, tiansportèrenl sur le Thermo don d'Asie une aventure fort simple qui s'était passée chez eux. Aussi dans la suite, Thésée fut encore obligé de combattre contre les Amazones dans l'Attique ; cela n'est pas étonnant : il y avait partout des Amazones à dompter, c'est-à-dire des terrains fangeux à dessécher. Eschyle, dans les Euinénides, acte V, scène 1, dit de l'Aréopage : t Ce lieu fut le camp des Amazones, quand elles vinrent attaquer Thésée ; c'est ici qu'elles sacrifiaient au dieu Mars donl cette forteresse a gardé le nom. > Nous avons vu, note 2112, qu'Aréopage signilie colline humide ou aquatique ; les Amazones campées sur cette montagne, sont des eaux croupissantes : ces Amazones de l'Attique, et Junon déesse de la plu^e changée eu Amazone, auraient dû ouvrir les yeux aux mythologues.

Selon Diodore, il y en avait en Afrique qui eurent une guerre sanglante contre les Gorgones. (Tome 1, p. 459.) Quand on se rappellera que les Gorgones sont des fontaines, on ne sera plus surpris, ni de leurs combats contre les Amazones , ni des lieux différents où on les a placées.

10° Hercule ne pouvait pas faire un si long voyage sans avoir en chemin des aventures; il s en présenta une très-brillante à son retour. Passani par Troie, il y arriva fort à propos pour délivrer Uésione, fille de Laomédon, qui devait eue dévorée par un monstre marin. Hercule tua le monstre, et demanda pour toute récompense, l'attelage de chevaux dont Jupiter avait fait piésenl à Laomédon ; celui-ci les ayanl refusés, Hercule prit Troie el lit épouser Hésiune à Télainon.

On comprend d'avance que la délivrance d'Hésione par Hercule esl de la même espèce que celle d'Andromède par Persée, el doit s'entendre de même. Mais imaginerons-nous que Troie est ici la ville fameuse donl Homère a chanté le siège, el que sous l'enveloppe d'une fable si puérile on a voulu raconter un événement arrivé au-delà de la mer"'

Les

compatriote des héros et des dieux, Hercule, Bacclius, etc. 11 faisait ainsi sa cour aux Béotiens.

('-lait pas permis alors d'habiter avec elle. meurtre de ses frères, à porter le for el le Il s'était engagé à venger auparavant le feu chez les fiers Téléboïens qui habitaient

Les anciens Grecs n'étaient pas voyageurs ; Troie n'était peut-être pas encore bâtie au siècle des héros ou dos premiers colons de la Grèce , du moins ceux-ci ne la connaissaient pas; ils ont sûrement trouvé chez eux la matière de leurs fables. Ne peuton pas découvrir l'origine de celle-ci et de plusieurs autres, en examinant le nom des lieux et des personnages?

liaiovn a beaucoup de ressemblance avec ao-ûj., nymphe descaux.(77je'or/., note 2018.)'H<rtovs(\-, dans Hésychius, sont les Grecs d'Asie : l'allusion est donc certaine ; a<u'ïj vient d'«<7ij, boue, limon; rja-îovïj est un terrain fangeux ou de la boue détrempée. A«of/.£Ô&>v, son père, est formé de Aâç, A\«oj, une pierre, et de M;5wv, fluens, comme miSoç, rivière de Perse : c'est un ruisseau ou une source qui sort d'un rocher; il était le père du marais qu'il abreuvait ou de la boue qu'il formait.

Tf<u« paraît dérivé de t/s&jw, percer, faire une ouverture, selon Hésychius; Troia, chez les Latins, est une truie, animal qui fouille la terre ; Truye est une rivière du Gévaudan; le jeu de la fossette est appelé dans quelques provinces le jeu de la truie : ipoïa. peut donc désigner un trou, un terrain enfoncé entre des montagnes. Où placerons-nous celui-ci? Pausanias nous indique dans la Laconie une ville Au;, Aiog, bâtie entre trois montagnes, llion, Asia , Knacadius, et qui avait été située d'abord sur le sommet de la seconde. (Liv. m, cli. 24.) N'est-ce point ce terrain bas et profond qui était nommé Troia, avant que l'on y eût rebâti la ville , et qui a été confondu avec Troie d'Asie, à cause du nom et des deux montagnes llion et Asia? N'est-ce point encore sur ce premier canevas que l'on a forgé l'histoire du siège de Troie? Nous n'entrerons pomt dans cette discussion. Que l'on place où l'on voudra le Troia dont il s'agit, l'explication de la fable est toujours la même.

Selon les poètes, les murs de Troie avaient été bâtis par Neptune et par Apollon ; c'est-à-dire, que la première chaussée que l'on lit pour dessécher le terrain Troia et le cultiver , était faite de boue séchée au soleil. Neptune exigeait pour récompense les chevaux de Jupiter possédés par Laomédon ; ces chevaux sont les eaux de la pluie. Pour que le terrain demeurât sec, il fallait conduire directement dans la mer les eaux de Laomédon , quand il avait plu. Laomédon ayant refusé ses chevaux qu'il avait promis, Apollon irrité envoya la contagion à Troie , Neptune, une inondation ou un monstre marin, kjjtw, qui dévorait tout. Pour faire cesser ces tléaux, l'oracle ordonna d'exposer au monstre, Hésione, liile de Laomédon, c'est-à-dire une enceinte de terre glaise abreuvée par Laomédon , plus forte et mieux laite que la première. Hercule, la aiguë plus forte fut construite, en donnant Hésione à Télamon, c'està-dire, en retenant la glaise avec des fascines : TiÀajuwv est un lien. Sans cela, Hésione aurait été dévorée par le monstre, aurait été emmenée par les eaux comme la première chaussée. L'abbé ttanier pense qu'Hercule lit cette digue, et de conquérant devint maçon; ta métamorphose est aussi singulière que celle que nous supposons : autant vaut dire qu'Hercule était la digue même.

11 est triste sans doute de voir Troie changée en marais, Hercule en digue, Laomédon en ruisseau; que deviendra Priam son fils et toute leur postérité? Homère y a pourvu. Tant que son poème subsistera, celle multitude de rivières, de lacs, de marais, de montagnes, de rochers changés en héros, ne coureul aucun risque de perdre leur état. Pour le leur ôler, il faudrait avoir une carte géographique de l'ancienne Grèce aussi exacte et aussi détaillée

qu'on pourrait la faire aujourd'hui d'une province de France, et cela n'est pas possible.

11° 11 faut supprimer les aventures d'Hercule moins importantes, et abréger un détail qui n'est peut-être déjà que trop long. Hercule passant en Egypte, tua le roi Husiris, fils de Neptune et de Ly signasse, qui sacrifiait les étrangers à Jupiter. Ou n'aura pas de peine à deviner qui était Rovinptç , quand on se rappellera que /3ov est augmentai! I en composition grecque ; j3oux^«/o? , grosse tète ; /5oo;p9a\!xot , grands yeux ; Povhp.lv. grande faim , et que Siris est le nom du Nil, selon Plb.e. busirisesl donc le grand fleuve du Nil. 11 était fils de Neptune etdeLysianasse, nymphe marine.(77iéo</., note 1908.) Celle généalogie devait détromper les mythologues qui le prennent pour un roi. Il immolait les étrangers sur l'autt 1 de Jupiter. *hoç , étranger, siguilie aussi ignorant, sans expérience , comme hospes en latin, et Jupiter est pris pour les pluies qu'il fuit tomber : meluendas Jupiter vvis. (Virg.) On nous apprend par celle fable que, dans les premiers temps, les inondations du Nil laisaient souvent périr ceux qui ne s'y attendaient pas, et qui ne prenaient pas leurs précautions. Hercule, l'aride fa. re des digues, arrêta ces ravages, et lit prévenir les surprises. Ou sait que l'Egypte était pleine de canaux , de digues, de levées, pour faire monter le sol des villes audessus des eaux, et empêcher les habitants d'eue submergés : c'est de !à que l'Egypte avait lire son nom. Aussi, selon une tradition egyptieiii.e rapportée par Diodore, Hercule avait arrêté le Nil oans une de ses inondations. (Tome 1, p. 58.)

12° Enfin Hercule descendit aux enfers parl'anlre du Jéiiare, il en tira le chien Cerbère, qu'il conduisit à Euryslhée, et le laissa retourner ensuite. On a explique (ï/féojf., note 1985), cequec'estqueCerbeie, des eaux qui tombent dans un gouffre. En y faisant une digue, on les tire de l'enfer pour les conduire à Euryslhée ou dans la mer. Si la digue vient à se rompre, Cerbère retourne aux enfers. Les mythologues ne se sont pas accordés sur le lieu où se. fil cette descente; cela n'est pas étonnant, on l'a placée partout où il y avait de profondes cavernes. H serait superflu de pousser plus loin l'examen des travaux d'Hercule ; la résurrection d'Alceste, Thésée tiré des enfers, le meurtre des enfants t.e Nelée, etc., ne nous fourniraient aucun nouveau mystère à développer. Ce sont toujours des eaux arrêtées, détournées, élevées par ues digues, par des écluses, par des canaux, et rien davantage. Comme les torrents, les gouffres, les débordements ontélé peints par Hésiode sous la figuie de monstres affreux qui dévoraient les hommes, il n'esl pas surprenant que l'art d'en faire cesser les rasages ail été représenté sous l'emblème d'un héros destructeur ue monstres et bienfaiteur du genre humain.

Les anciens historiens ne nous ont pas laissé ignorer les révolutions causées dans la Grèce par les tremblements de terre et parles inondations qui en ont souvent été la suite, ils parlent de la secousse qui ouvrit la vallée de Tempe, et lit couler dans la mer les eaux du Pénée qui inondaient la Thessalie. Selon les uns, c'esl Neptune qui opéra ce prodige par un coup de son trident; selon les autres, c'est Hercule qui en fui l'auteur. Les poètes racontent que les géants mirent l'un sur l'autre les monts Ossa et Pelion pour escalader le ciel , et que Jupiter les écrasa d'un coup de foudre. Les géans sont les montagnes mêmes, qui étant conligués l'une à l'autre, faisaient refluer les eaux dans les terres. On n'a pas oublié qu'oiipavô; ne désigne pas seulement le ciel, mais encore un lieu plein d'eau : mouler uu

•Uîle de Taphos. Telle élait la loi qu'il s'était imposée (21-51), et dont il avait pris les

ciel , et faire remonter tes eaux , c'est une équivoque de l'ancien grec. Un tremblement de terre ayant séparé les moniagnes et creusé une issue, P-inondation cessa. C'est donc le même exploit attribué, tantôt à Jupiter ou à Neptune, tantôt à Hercule ou à Jason. On parle encore du déluge de Deucalion, de la rupture du mont Ploùs dans la Béotie, de la Laconie submergée sous les eaux deTEurotas, etc. Voilà le canevas des fables'héroïques. de la Gigantoniachic, etc.

Que l'on confronte ces explications avec les histoii es bizarres que nous ont laconlées nos plus savants mvtliologues, on verra lesquelles sont les plus satisfaisantes, et rendent mieux raison de toutes les circonstances».

Mais, dira-l-on, pourquoi supposer qu'Hercule est une digue plutôt que l'ouvrier qui l'a l'aile? Ne serait-il pas mieux d'attribuer les exploits de ce héros à des hommes vivants, aux maçons et aux pionniers, qu'à leur ouvrage? Cela serait plus convenable assurément, si les laides pouvaient souffrir celte explication; mais les expressions des poètes et la nature même des faits s'y opposent également : 1° L'ancien nom d'Hercule filn 'H|s«x).>ji«j, l'eau arrêtée ou renfermée , ne peut point désigner un homme ; 2° plusieurs de ses travaux ne sont point des ouvrages humains; l'ouverture du détroit de Gibraltar, l'irruption du Pénée dans la mer, etc. Plusieurs de ses actions ne peuvent être attribuées à des personnages vivants ; les hommes n'épousent point des fontaines, n'engendrent point des rivières, etc.

Pour rendre donc la preuve plus complète, ajoutons les autres événements de la vie d'Hercule ; puisque nous l'avons suivi dès sa naissance, il convient de raccompagner jusqu'à sa mort. C'est toujours Apollodore qui nous servira de guide. Nous montrerons dans les notes sur le Bouclier, que le combat contre Cygnus, raconté par Hésiode, est de îneine nature que ses autres exploits : voyons a présent ses alliances et sa postérité.

11 épousa, ou du moins il demanda en mariage lole, lille d-Euryte, roi d'OEchalie. Le nom d'ioleesl trop semblable à celui d'iolaùs, compagnon d'Hercule, pour que la signification eu soit dillérenle. (Théogonie, note 1980. J lolaus est un canal; EÎ^yrof père d lole, est dérive de pim, pv*§, couler, arroser; il signifie bien arrosé, ou qui coule bien. Apres la mort d'Hercule, elle épousa Hyllus son lils; c'est une rivière de Lydie selon les géographes.

Hercule fut esclave d'Onipnale, reine de Lydie, lille de Jardanus, à laquelle Tmolus, son mari, avait laissé son royaume. Celte reine impérieuse contraignit Hercule a filer , occupation peu décente pour un héros. 'iafôavif est une rivière d Elide, celui de Lydie ne peut pas eue autre chose ; 'Opy«).>j, sa lille, est analogue à 'Opyeô.o? ; celui-ci désigne le nombril, et la partie la plus éinineiile d'une ligure convexe. Oinpliale est donc une colline située sur k s bords du Jardanus; et selon Diodore, il yen avait une de ce nom dans l'Ile de Crète. (Tome 11, p. 308.) Tmolus son mari est une montagne de Lydie ir. s-connue. Elle a réduit Hercule en servitude et l'a oblige de filer, c'est-à-dire, que pour faire une chaussée et une digue au Jardanus, il lallul suivre le contour de la colline, cl faire tourner l'ouvrage autour comme un fil. L'équivoque vient de ce que vjcj signilie lout à la lois aller, nager et filer, et qu'il se confond aisément avec v«w, couler. D'Ouipliale et d'Hercule naquit un lils nomme 'AyiXuoi, c'est a la lettre un aqueduc ; A'/**, duio, A«o>, ut/uu; c'est le nom d'une rivière de .uaceaoïne. Ici était

dieux a témoin. La crainte d'encourir leur disgrâce lui faisait hâter une expédition que

l'objet de la digue faite sur le Jardanus autour de la colline Omphale. Selon d'autres, ce fils s'appelait Hyllus; c'est une rivière de Lydie, comme nous l'avons dit. La scène de cet événement éti tt sans doute en Elide sur les bords du Jardanus : la ressemblance des noms l'a fait transplanter eu Lydie.

L'alliance d'Hercule avec Déjanire, fille d'OEneus, est plus célèbre. Pour l'obtenir, il fut obligé de combattre contre le fleuvo Acheloùs changé en taureau et ensuite en serpent ; Hercule lui arracha une corne; le fleuve, pour la ravoir, lit présent à son vainqueur de la corne d'abondance.

Oîvsûf, que l'on fait roi d'Etolie, est sans doute une rivière de ce pays-là, puisqu''olvof en est une de Laconie. 'Otvérj est une nymphe, c'est-à dire, une fontaine. (Pausanias, 1. vin, c. 15.) Déjanire, fille d'OEneus, est encore une nymphe des eaux. (Tliéog., note^OlS.) Desonmariageavec Hercule naquit une lille nommée Macarie ; c'est une fontaine de la ville de Marathon. (Pausan., I. î, c. 52.)Achcloùs se changeai! en serpent, parce que ses eaux coulaient en serpentant ; il devenait taureau, parce que T«0/sof désigne un canal : Hercule lui arrache une corne, c'est à-dire, que par une digue on lui enlève une de ses branches formées par les eaux de Déjanire, et on la conduit dans les terres pour les fertiliser. Ainsi la corne d'Acheloùs devient la corne d'abondance. L'abbé Banier n'a pu se refuser à l'évidence de cette explication ; Slrabon l'avait indiquée, Géogr. 1.x, p. 441.

Hercule se trouvant au bord de l'Evenus avec Déjanire, traversa lui-même la rivière et coniia son épouse au centaure Nessus, qui était chargé de transporter les passagers à l'autre bord : celui-ci ayant insulté Déjanire pendant le trajet, Hercule le perça d'une de ses llèeiies.

Evenus est une rivière d'Etolie, aussi bien qu'Acheloùs, et il parait être le même qu OEneus cidessus par un changement de prononciation. Le centaure Nessus est un torrent ; nous verrons dans la fable des ceiiiaures que ces monstres si laineux ne sont pas autre chose. Nsao-if, Nscô; est une rivière de Thessalie. On dit que Nessus faisait violence à Déjanire, parce qu'il mêlait ses eaux bourbeuses et sulfureuses à celles de cette fontaine. On lit une digue entre deux, pour séparer le lit de Ncssus et le conduire directement dans l'Evenus. Bg),of, une flèche, est aussi un nom de rivière ou de canal dont nous avons déjà montré l'équivoque. Ainsi Hercule, la digue, formant pour Déjanire un canal séparé de Nessus, la nul à couvert de ses outrages.

Celui-ci se sentant près d'expirer, donna de son sang à Déjanire, connue un pnillre certain pour fixer le cœur d'Hercule. L'iniprudenle épouse en teignit une tunique, et la lit donner par Lichas a son mari, lorsqu'il élait sur le point d'épouser lole. Hercule revélu de celle robe empoisonnée, se senlii déchirer les enti ailles, et étant devenu lurieu.v, alla se brûler sur le mont Oëta.

Cela nous appiend que le torrent Nessus chariail dans la fontaine Déjanire une espèce d'asphalte ou de bitume puant uout on se servit pour revêtir Hercule, pour cimenter la digue, \tiya.;, porteur de celle robe, est un plâtrier, un maçon qui crépit un mur, de A-i^w, lécner, polir, aplanir, l'ausamas nous insinue, î. x, c. 08, que Nessus n'était auire chose qu'une eau puante dont les enviions étaient nueclcs.

La fable qui fait mourir Hercule dans les flammes sur le muni Ocia, est née à l'occasion d'un

(ilol) Xoy. cette noie col. o'jo.

io:;i

le ciel semblait approuver. Il avail sous ses la tête de cette troupe invincible, se croyait

ordres d'excellents cavaliers béotiens(2152), égal aux plus grands héros, dont l'ardeur égalait la sienne, qui, cou- Jupiter, père des dieux et des hommes,

verts de leurs boucliers, ne respiraient que formait alors un projet différent; il voulait

le carnage; des Locriens, exercés à com- donner le jour à un héros digne par son

battre de près, et des Phocéens qui ne leur courage d'être le défenseur des dieux et des

cédaient point en valeur. Le fils d'AIcée, à hommes (2153). 11 quitta l'Olympe, tout oo-

phénomène fort simple. Le mont Oëla est au nord de la Grèce ; l'on vil apparemment sur cette montagne une aurore boréale, sous la l'orme d'une bande ou d'un sillon de flammes, comme elle a coutume de paraître: on l'appela 'UpaxXi/it 7rupociî, une longue barre enflammée; dans un autre sens, ces ternies semblaient signifier Hercule brù~ lunl ; il n'en fallut pas davantage pour forger ,1'hisloire de la mort d'Hercule sur le mont Oëla. xOu avait déjà écrit cette conjecture, quand on l'a vue proposée dans le XXVe tome des Mém. de l'Acad.

Îi. 202 ; et on se félicite de s'être rencontré avec 'habile académicien qui en est l'auteur.

Hercule après sa mort fut transporté aux cieux, où il épousa Hébé : celle-ci est non-seulement la déesse de la jeunesse, mais celle qui versait à boire aux dieux, parce qu'°Hé»j fait allusion à »?€w, couler ou verser. Il était convenable qu'Hercule toujours allié avec les eaux ou les nymphes aquatiques sur la terre, y fut encore étroitement uni dans 1 Olympe.

Par celte explication constamment soutenue de la fable d'Hercule, on comprend, 1° pourquoi il a été placé par les uns au rang des dieux , et par les autres au rang des héros ; c'est que dans la multitude des exploits qu'on lui attribue, les uns sont des phénomènes de la nature qui ne peuvent être partis de la main d'un homme ; ils ont donc été opères par un dieu : les autres sont des travaux dont un homme peut être capable ; ils sont donc propres à un héros.

2° L'on aperçoit enlin le vrai sens de certains surnoms d'Hercule qui ont donné lieu à de nouvelles labiés, povyàyoç , mangeur de bœufs ou grand mangeur, signifie plutôt avaleur d'eaux : celle épilliete convient à un canal formé par des digues : c'est le nom d'une rivière d'Elide dans Pausanias, 1. v, c. 7. 'ASSrjjjâyof, qui a le même sens, est venu d'une équivoque semblable, il signilie avaleur de fontaines ; àâ« est une fontaine, selon Hésychius ; «7ro^u£&iv,«7rop.0wv, excludens, une écluse qui relient ou qui détourne les eaux, a été confondu avec ànopûio;, chasseur de mouches, nom ridicule qui ne peut convenir à Hercule ; pvanyizvç, conduit fermé, de pv<n:, clôture, a été pris pour poxHj-n'/izw;, conducteur des muses, titre pompeux, sur lequel on a fait de belles et savantes dissertations. 11 est fâcheux qu'elles ne soient fondées que sur une équivoque. Hercule ^iTmoSrnriç, dans Pausanias, 1. îx, c. 26, est Hercule qui retient les eaux et non pas Hercule Heur de chevaux, comme on l'entendait enBéoiie. Tous ces noms mal expliqués ont fait naître des fables.

On a déjà remarqué que ceux qui ont voulu entendre historiquement les exploits d'Hercule, ont été obligés de supposer plusieurs héros de ce nom; comment un seul aurait-il pu exécuter tant vie choses, et parcourir successivement tout l'univers ? Selon une vieille tradition des habitants d'Olym • pie, le plus ancien des Hercules était un des Dactyles Idéens sortis de l'île de Crète; c'est à lui et non pas à l'Hercule thébain que l'on est redevable de 1 institution des jeux olympiques. (Pausanias, l.v.c. 7.) Nous avons vu, Théog., note 2047, ce que c'étaient que les Dactyles Ideens , des montagnes hautes et pointues couvertes de forêts. Il n'est pas impossible iju'il y ail eu dans l'Elide une monlagne de celte espèce, nommée anciennement 'Up»rlir,î, barrière

ou clôture, où l'on bâtit ensuite la ville d'Olympie et le stade où l'on célébrait les jeux: peut-être même celte fable n'est-elle fondée que sur l'ancien nom de la barrière d'où parlaient les combattants pour entrer dans la lice. On a fait de cette barrière un personnage, selon le style ordinaire delà mythologie ; on l'a confondu avec Herculeà cause du nom: voilà comme Hercule est devenu l'auteur des jeux Olympiques. Combien ne voit-on pas de semblables bévues dans les fables ?

On s'alistiendra de réfuter en particulier toutes les idées qu'ont eues les divers mythologues sur l'histoire d'Hercule ; elles tombent d'elles-mêmes, parce qu'aucune ne peut rendre raison de loules ces fables, comme celle que l'on vient de proposer.

Si elle est fausse, c'est un hasard bien singulier qui a rassemblé cette multitude infinie de circonstances propres à nous nidui.e en erreur; quand elles auraient été réunies à dessein, pournueiilelles faire un tissu mieux lié, plus uniforme, plus analogue à la signification des termes grecs? Mais, eucore une fois, elles ne forment point une démonstration; il est permis de n'y ajouter foi qu'autant que l'on voudra : on peut croire l'existence u'Hercule et tous ses travaux, si on le juge à propos ; niais l'on peut aussi en douter sans commettre un attentat. 11 résulte du moins de nos recherches que lu mythologie allégorique n'est pas aussi ridicule qu'on a voulu le persuader. H esi temps de revenir au texte d'Hésiode.

(2151) La loi qu'il s'était imposée. Les anciens croyaient par supposition que le serment les obligeait, lors même qu'ils avaient juré de faire quelque chose d'injuste. Amphitryon était dans le cas: mettre tout à feu et à sang chez les Taphiens par vengeance et pour plaire à une femme, n'était pas une expédition qui dût plaire beaucoup aux dieux, si on avait cru qu'ils respectaient la justice : mais ces dieux étaient encore plus méchaiiis que ceux qui les adoraient.

(2152) D'excellents cavaliers béotiens. Nouvelle flatterie que le poète fait à ses compatriotes. Ce sont les Thessaliens qui passaient pour les meilleurs cavaliers chez les Grecs ; il est irès-vraiseniblabie qu'au siècle où il faudrait placer Amphitryon, les Grecs ne connaissaient pas encore l'equilation in la cavalerie.

La Béotie paraît avoir tiré son nom de la multitude de cavernes qu'il y avail dans cette contrée. BoiwTtK est analogue à (Sofa, sinus, baie ou golfe de Laconie. On l'avait appelée auparavant Aonia, Ogygia, Hyantis ; tous ces noms expriment la même chose : mais les grammairiens les ont rapportée à la fable: en vain Bochart a prétendu prouver par quelques noms propres de lieux que c'étaient oes Phéniciens qui avaient peuplé la Béotie. Comme l'ancien nom 'roemî semblait faire allusion à Trc, viéî, un pourceau , les Grecs qui n'aimaient pas les Béotiens, et qui les regardaient comme un peuple stupide, les appelaient par dérision les pourceaux de Béotie. C'est de tout temps que les peuples se sonl donné des sobriquets injurieux.

(2Iao) Le défenseur des dieux et des hommes. Titre pompeux, mais dont l'éclat est bien obscurci par la destinée que l'on attribue à Hercule. Ce prétendu défenseur des dieux était souvent aussi in juste que les autres brigands dont ou le suppose destructeur. 11 fut pendant toute sa vie en butie a

cupé du dessein de surprendre pendant la char (-2158) avec son fils; l'œil ne pouvait nuit la charmante épouse d'Amphitryon. Il soutenir le vif éclat do leurs armes; deux descendit sur le mont Typhaon (215 ï), d'où coursiers fougueux, par leur marche préci

il passa sur le sommet du mont Phieius, et il s'arrêta un moment a rêver à son projet. L'exécution n'en fut point différée, il passa la nuit suivante avec la fille d'Electryon. Pendant cette nuit môme (2155), son époux, vainqueur et couvert de gloire, arriva chez lui; et, sans parier à aucun de ses domestiques, courut d'abord à l'appartement de son épouse. Semblable à un homme échappé d'un danger pressant, d'une maladie douloureuse, ou d'une étroite prison, notre béros, sorti heureusement d'une expédition périlleuse, s'empressa de regagner sa maison, et combla de ses caresses une épouse qu'il chérissait. Alcmône, ayant successivement passé dans les bras d'un dieu et dans ceux d'un homme, mil au monde deux enfants bien différents de caractère, quoi-

pitée, faisaient voler des tourbillons do poussière; le char, traîné avec rapidité, faisait un bruit épouvantable. Cygnus, plein d'audace, se flattait de renverser à ses pieds le fils de Jupiter et son conducteur, et de se faire un trophée de leurs armes (2159); mais Apollon ne prêta point l'oreille à ses vœux, il anima au contraire le courage de son ennemi. Le bois sacré et l'autel d'Apollon brillaient de l'éclat des armes du Dieu de la guerre el du feu qui sortait de ses yeux étincelants : quel mortel eût osé lui tenir tête, si ce n'est Hercule et lolaiis? La force de leur corps (2160) était égale à la grandeur de leur courage, leur bras puissant portait des cofrps auxquels rien ne pouvait résister.

Tel est le discours qu'adressa pour lors

que formés dans le môme sein. Le premier, Herculeau compagnon de ses travaux. Brave

nommé Iphiclès, n'eut rien qui le distiu guût des autres hommes; le second, nommé Hercule (2136), fut le plus grand el le plus vaillant des héros. Celui-ci avait pour père Jupiter, tandis que son frère était né d'Amphitryon : origine bien différente I L'un devait le jour à un homme mortel, l'autre au fils même de Salurne, au souverain des dieux.

C'est lui qui fit tomber sous ses coups le fils de Mars, le vaillant Cygnus (2157); il les rencontra l'an et l'autre dans un bois consacré à Apollon : Mars, environné des horreurs de la guerre, monta. t un môme

lolaus, le plus cher de mes amis; Amphitryon avait sans doute irrité les dieux, lorsqu'il quitta l'agréable séjour de Tirynthe pour aller demeurer à Thèbes. Le meurtre d Electryon, sur lequel il vengea la perle de ses troupeaux, l'obligea de se réfugier auprès de Créon et d'Hénioché son épouse: il en fut reçu avec bonté; ils eurent pour lui tous les égards que l'on doit à un suppliant fugitif (2161), ils l'honorèrent même de leur amitié. C'est dans ce temps-là même qu'il prit Alcmène pour épouse, et qu'elle nous donna la naissance (2162), a votre père el à moi. Mais nous nous sommes trouvés bien

la colère de Jiinoii, souvent esclave d'une passion houleuse, el il mourut victime de la jalousie d'une femme.

(2154) Le mont Typhaon. Leclerc observe (pie c'est ici le seul endroit où il est parlé de celle montagne; qu'au lieu de Tv»j«ôviov, il faut peut-être lue TtÀyumov. Boehart suppose que T ilphosius est un surnom de l'Hclicon : celte montagne avait donc plusieurs noms. Pour le mont Phix ou Phicius, il en a élé parlé, Théog., noie 1988.

(2155) Pendant celle nuit même, etc. On ne s'arrêtera point à relever toutes les contradictions des poêles el des mythologues sur la naissance d'Hercule, ils en ont arrange les circonstances comme il leur a plu, parti; qu'elles sont toutes fabuleuses.

(2150) Hercule. Le grec porte encore pinv 'H^a- -/.).r,ii7v, vint Herculeam, comme dans la Théog. v. 'Jiô. Ainsi l'entendent les grammairiens. S'il était question de la naissance d'un bomme, comment celte expression aurait-elle pu s'introduire chez les poêles Y

("2157) Le fils de Mars, le vaillant Cygnus. Voici encore un dieu qui joue un assez mauvais rôle. Mars, père de Cygnus, fameux brigand, lui sert de secoua pour l'amer a détrousser les pèlerins qui allaient au temple de Delphes. ( Voyez ci-aprés, note 2U47.) 11 ne peut l'empêcher d'être lue par Hercule, el il en est blessé lui-même. Quel personnage pour un dieu? Nous verrons à la lin du poème ce que c'était que Cygnus el son prétendu combat contre Hercule.

(2158) // montait un même char. Le savant auteur de ['Origine des lois, des arts el des sciences, a Irés-bien montré que l'on s'est servi de chars à la guerre avant que d'avoir de la cavalerie (tome H,

liv. v, pag. 2G3). Voilà pourquoi Hésiode représeme Mars et Hercule montés chacun sur un char.

(2159) Se faire un trophée de leurs armes. Tel élail l'usage des anciens guerriers. Lorsque l'un d'eux avait tué son ennemi, il le dépouillait de ses armes pour s'en re èur, si elles lui paraissaient meilleures que les siennes, ou sinon pour en faire un trophée, pour les suspendre dans un lieu émi rient en signe de victoire. Ainsi les sauvages se font un trophée du crâne et de la chevelure de ceux qu'ils ont tués. On se contente, chez les peuples polices, de suspendre dans les églises ou autres lieux publics les drapeaux pris aux ennemis.

(2160) La force de leur corps. Tous les poètes ont supposé que ceux qui vivaient au siècle des héros, étaient inliuiment plus grands el plus robustes que les hommes des âges suivants. (Voyez Theog., noie 1940.)

(2161) A un suppliant fugitif. Les anciens Grecs se faisaient un uevoir sacré d'accueillir les suppliants el les bannis; on épargnait même les plus cruels ennemis, lorsque l'excès de leurs malheurs les ayanl rendus fugitifs, les forçait d'aller se jeter aux pieds, et se rendre à la merci de ceux qu'ils avaient offensés. C'est un reste d'humanité qui s'est conservé dans les siècles même les plus barbares ; voyez les suppliantes d'Eschyle et celles d'Euripide. ('1 neutre des Grecs, tome III, pag. 3; tome IV, pag. 4; et les Travaux, note 2230. ;

(2»02j Elle nous donna la naissance. Hercule ne dit rien du commerce d'AIcmène avec Jupiter, dont il semble qu'il aurait du se glorifier, lolaus le nomme cependant fils de Jupiter, v. 110. On a expliqué dans la fable d'Hercule quel est le sens de ce une par rapport a lui.

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différents de corps et de caractère : il faut que Jupiter lui ait ôté la prudence (2163) , puisqu'il a quitté sa patrie et sa famille pour devenir le lâche courtisan de l'impie Eurysthée. Le malheureux n'a eu que trop sujet de déplorer sa faute, mais elle est irréparable ; pour moi, je suis condamné par les ordres du ciel (21 64) à des travaux rudes et périlleux. Mais, mon ami, tenez fermes les rênes à nus vigoureux coursiers, ranimez votre courage, conduisez droit devant vous les chevaux et le char ; ne vous laissez point elfraj'er par le bruit que fait Mars eu fureur, et par les vaines clameurs dont il fait retentir l<; bois sacré d'Apollon : quoique exercé 5 la guerre et au carnage, il ày ra besoin à ce moment de toute sa valeur.

lolaùs ne tarda point à lui répondre : O mon maître (2165), de quelle gloire vous allez être couvert 1 (2166) Le père des dieux et des hommes, le puissant Neptune, protecteur de Thèbes, présentent eux-mêmes à vos coups ce tier mortel, pour relever

(2163) Jupiter lui a ôté la prudence. Ce n'est pas ici le seul trait d'impiété envers les dieux que l'on tr.uive dans les anciens poètes. Partout ils supposent que les dieux inspirent aux hommes les passions, les folies, les forfaits, et nous avons vu dans le discours préliminaire l'origine de cette bizarre croyance. Elle vient de l'idée confuse que les payens avaient de la Divinité; ils entendaient seulement sous ce nom un pouvoir supérieur à l'homme : partout où ils croyaient apercevoir ce pouvoir en bien ou en mal, ils supposaient une divinité ou un génie qui en était l'auteur. Mais celte erreur n'avait pas entièrement ellaeé en eux l'idée d'un premier moteur , d'un souverain maître de toutes choses, dont la volonté élaitappelée le destin. De là les contradictions fréquentes dans leur façon de parler; voyez la remarque suivante.

(2164) Par les ordres du ciel. Il y a dans le grec Sca^wv, par un démon ou un génie, par un dieu indéterminé, un pouvoir supérieur et inconnu, que Ton appelait sort, destin , fortune. C'est l'idée générale et confuse de la puissance divine, d'où les payens sont partis pour se former plusieurs dieux : et il faut remarquer qu'ils ne rendaient aucun culte à celte volonté ou loi souveraine à laquelle ils croyaient les dieux mêmes soumis. Leclerc ne fait ordinairement aucune remarque sur ces passages qui détruisent son système.

(21(35) O monmailre! En grec, homme divin , Tu Qsïoç; c'est-à-dire, supérieur aux autres hommes. Celle expression continue les remarques précédentes, et montre comment l'on s'est avisé de donner à quelques héros le nom de. dieux.

(2160j De quelle gloire vous allez être couvert ! Voilà l'idée que l'on s'était formée de la gloire dans ces temps barbares que l'on appelle héroïques ; l'on n'en connaissait point d'autre que d'être plus fort, plus redoutable que tous les autres hommes, et de meure à mort tous ceux que l'on regardait connue ennemis. Les nations farouches qui se répandirent en Europe au ve siècle et dans les temps suivants, avaient ramené parmi nous celte monstrueuse idée, qui est encore celle de tous les sauvages. Cicéron pensait bien différemment. « La gloire, dit -il, est i 'estime ou l'approbation universelle des gens de bien et le témoignage irréprochable que rendent les limâmes éclaires a un merile éminent. t (Tuscul. quœst., liv. ni, n. 3.)

(2107) Forcé à fuir devant nous. C'est un plaisant, spectacle que le dieu de la guerre forcé de fuir

par sa défaite l'éclat de votre courage. Allons, revêtez- vous de vos armes redoutables, opposons à ce char dont Mars fait parade, le nôtre qui ne lui cède en rien ; montrons-lui que l'intrépide fils de Jupiter et celui d'Iphiclès ne le redoutent point; forcé à fuir devant nous (2167), qu'il apprenne que les descendants d'Alcée savent combattre aussi vaillamment que lui, et ne connaissent d'autre plaisir que celui de la victoire. (2168).

Hercule, charmé d'une réponse si courageuse, et le regardant d'un air satisfait: Brave lolaùs, dit-il, élève de Jupiter, le combat ne tardera point ; rappelez votre ancienne valeur, maniez avec adresse le noir Arion (2169), le meilleur des chevaux de bataille, et secondez-moi de toutes vos forces.

En finissant ces paroles, il mit ses bottes d'airain dont Vulcain même lui avait fait présent (2170) ; il garnit sa poitrine d'une cuirasse couverte d'or, dont le travail exdevant deux hommes ; cela montre un dieu bien puissant.

(2163) D'uulre plaisir que celui de la victoire. Le grec porte : que les combats leur sont plus agréables qu'un festin. On ne connaissait alors d'autre amusement que les plaisirs grossiers, les festins, le jeu, la danse, la satisfaction des sens. On retrouve les mêmes mœurs chez les sauvages.

(2169) Le noir Arion. L'on a souvent raillé Homère sur les harangues que ses héros adressent à leurs chevaux; c'est que l'on ne faisait pas attention aux mœurs ni aux opinions des siècles anciens. L'on a vu dans le Discours préliminaire, c. 7, que la plupart des anciens peuples étaient persuadés que les bêles étaient animées comme l'homme par un esprit raisonnable, et souvent par un génie divin, que ce préjugé subsiste encore parmi les sauvages; que de là élail né le culte que plusieurs nations rendaient aux animaux : et c est peut-élre une des anriennes erreurs les plus pardonnables. Est-il plus étonnant de voir un guerrier haranguer son cheval, que d'entendre une femmelette converser gravement lout le jour avec son chien ou son perroquet? Ne conviendrons-nous jamais que sur plusieurs articles nous sommes toujours aussi fo.isque les anciens ?

(2170) // mit ses bottes d'airain, etc. , O^u/j/I/m, de cuivre jaune. C'est une remarque faite par tous les savants, «pie l'airain ou le cuivre a été en usa^e bien plus lot que le fer, et que l'on en a failles premières armes et les premiers instruments Iranchants. (Voyez les Travaux, v. lof.)

11 est remarquable que l'armure complète dont le poète fait ici la description, esta peu près la même que celle de nos guerriers des siècles passés , à la réserve que celle-ci élait toute de fer ou d'acier ; qu'ainsi la manière de s'armer a été constamment la même depuis Homère et Hésiode, jusqu'à l'invention de la poudre à canon et des armes à feu, c'està-dire pendant près de trois mille ans : mais Hésiode pèche contre la vérilé historique, lorsqu'il suppose Hercule armé comme on l'était au siècle de notre poète. La massue et la peau de lion que tous les anciens ont données à Hercule, monirenl évidemment que dans les temps héroïques, l'on n'avail pas encore d'autres armes que celles dont se servent les sauvages, des pieux, des bâtons garnis de pierres tranchantes, ou grossis à l'un des bouls, eic. Les poètes ont servi de modèle à nos faiseurs de romans, qui prêtent les mœurs et les modes de

quis rehaussait encore l'éclat, que la fille do Jupiter, la déesso P.illas, lui avait donnée lorsqu'il combattit pour la première fois: il ceignit Cépée tranchante qui lui avait déjà prieuré tant de victoires, il rejeta derrière lui son carquois plein de ces flèches meurtrières qui font voler la mort (2171) et portent au loin le deuil Pt les larmes : elles étaient d'une longueur excessive, d'un poli parfait, garnies à l'extrémité du plumage d'un aigle. Tenant d'une main sa lance ar-

mée d'airain, il couvrit sa tète nltière d'un casque d'acier richement orné 12172): tel était l'équipage du grand Hercule, du favori des dieux.

Mais il munit son bras gauche d'un bouclier merveilleux (2173), qu'aucune force humaine n'eût pu rompre ni percer; il était garni de toutes parts d'or, de vermeil, d'étain, d'ivoire, de lames d'acier d'un brillant éclat (2174.). L'on voyait au milieu un dragon terrible, dont les yeux étincelants

leur temps aux personnages qui ont vécu plusieurs siècles auparavant.

(2171) Qui font voler la mort. Notre langue ne souffre point la métaphore du texte; il est dit que ces flèches avaient la mort lichée «à leur pointe, et qu'elles étaient détrempées de larmes.

(2172) Un casque d'acier. 'ASâpavroj. Leclerc est persuadé que ce nom vient de Aajxâu, dompter, vaincre, et que l'on a ainsi nommé l'acier et le diamant, à cause de leur dureté impénétrable. Mais il n'y a pas d'apparence que la dureté soit la première qualité que l'on ait remarquée dans le diamant. Adam, en hébreu (Nahum. ri, 5), signifie ce qui jette un vif éclat; il est traduit dans la Vulgale par ignitus : aussi disons-nous encore un diamant d'un beau feu ; c'est donc le feu ou Péclat du diamant qui lui a fait donner son nom. Le même terme peut signifier encore couper, trancher; en chaldéen, il exprime une coupure , «n morceau ; c'est de là qu'est tiré le nom de l'acier et du fer, parce que c'est le métal le plus propre à faire des taillants; ses deux autres noms grecs fcA/»jc et ïifapoç ont la même énergie, le terme générique de métal ne signifie pas autre chose. Mais il est certain qu'au siècle où l'on place Hercule, l'acier n'était pas encore connu des Grecs.

(2173) Un bouclier merveilleux. Il n'est pas douteux que la description du bouclier d'Hercule ne soit imitée de celle du bouclier d'Achille dans Homère, (lliad., xvui, 478.) U y a même quelques traits qui en sont copiés; mais si on ose le «lire, celle d'Hésiode, en plusieurs endroits, semble encore plus vive que celle d'Homère, et l'on voit que le copiste s'est efforcé de surpasser son modèle.

On ne manquera pas de faire contre le bouclier d'Hercule les mêmes objections que l'on a faites contre celui d'Achille. II est impossible qu'un bouclier ait pu être chargé de tant de figures; quand elles n'auraient é>é chacune que de la grosseur d'un grain de sable, il faudrait que ce bouclier eût eu au moins sept ou Unit loues. Voilà comme on a tourné Homère en ridicule. C'était censurer une description évidemment exagérée par une autre exagéralion aussi forte. U est certain que les poètes grecs, dans la chaleur de l'enthousiasme, ont souvent passé les bornes de la vraisemblance; mais ils ont cru qu'on le leur pardonnerait en faveur de la beauté de leurs peintures; que le lecteur, enchanté par le charme de la poésie, ne penserait pas à mesurer les descriptions à la toise et au compas. S'il se trouve des gens qui aient assez peu d'àiue pour lire Homère comme on lit une démonstration de géométrie, tant pis pour eux.

Il y a lieu de se récrier bien davantage sur la licence que se donne notre poêle, de placer sur le bouclier de son» héros des ligures mouvantes ou parlantes, la discorde qui voltige, qui pousse des cris, des serpents dont on entend grincer les dents, eic. Quelques critiques s'en sont prévalus* pour soutenir que ce poème n'était point d'Hésiode, que jamais ir n'avait été assez fou pour écrire dépareilles sottises. Selon la même règle, ce n'est point Ho-

ŒlVUKS COMPLÈTES DU BeBGIBR. 1.

mère qui a décrit le bouclier d'Achille. Telle est la prévention. Nous ne voulons point passer aux poètes grecs des expressions dont nous nous servons tous les jours, sans scrupule, dans le langage familier. En voyant un beau portrait de Raphaël ou de Rubens, ne disons-nous pas : voilà un tableau parlant, voilà une figure qui respire? Si un peintre, enlhonsiasmé à la vue du saint Druno dormant, de Lesueur, s'écriait tout à coup: on l'entend ronfler! dirions-nous que cet homme exlravague? Cela signifie seulement que l'imitation du naturel est si parfaite, que l'imagination émue aide au prestige des couleurs , et croit entendre respirer l'image qu'elle admire. Sur ce principe, l'on ne s'est point cm obligé, dans la traduction , d'adoucir toutes les expressions d'Hésiode, ni de répéter sans cesse les correctifs, quoiqu'on l'ait fait quelquefois.

(2174-) Il était garni de toutes parts, etc. Par conséquent la damasquinure est un art fort ancien, déjà connu au siècle d'Homère et d'Hésiode, et e'est surtout pour les armes qu'il a été mis en usage. 11 se soutint constamment chez les Romains; nous voyons, par les notices de l'empire, qu'il v avait plusieurs manufactures de ce genre dans les Gaules. On déterre peu de vieilles armes ou de vieux meubles eti fer qui ne soient ornés de damasquinure. Le goût s'en est conservé jusqu'à nos jours ; ou en mit sur les premières armes à feu ; il y en avait sur les fusils et les pistolets des gardes du duc de Bourgogne, défait à la bataille de Morat , et leur monture est garnie d'ivoire ou de plaques d'os avec des gravures. Cet art est porté aujourd'hui à un point île perfection et de beauté dont les anciens n'approchaient certainement pas.

De vermeil, 'lùiy.rpu. L'on sait que ce métal chez les anciens était un mélange d'or et d'argent dont on ne se sert plus aujourd'hui. Si l'effet en eût été tel que les anciens auteurs veulent nous l'insinuer, sans doute on l'aurait conservé : mais l'on lait à présent un mélange de limaille d'acier avec l'or qui est capable du poli le plus parfait, et qui relevé infiniment la ciselure en or et en argent dont on orne les boites de montres et autres bijoux. Homère n'a point parlé de ce métal elcctrnm, qui vraisemblablement n'était pas en usage de son temps : il donne au soleil le nom ûy]lli/.To>p, c'est-à-dire trèsbrillanl, et e'est de là que Velectrum avait tué son nom.

D'élain, tct«wu. Quelques-uns ont cru qu'il signifiait de l'émail; mais il parait certain que la peinture en émail n'était pas connue du temps d'Hésiode, qu'ainsi le grec ne signifie rien que de la soudure. Ln effet, TiT«vof désigne originairement de la chaux ou du plâtre, et le traducteur latin l'a rendu par gypsum : or de quelle autre soudure peut-on se servir pour les métaux que d'étain? U peut se faire que xKco-tTtfOff désigne l'élain en général, et rirsevor, l'elain de soudure. Le latin stannum parait dérivé de ce dernier.

D'ivoire. On ne voit pas quel effet pour-rail faire, l'ivoire mêlé avec des métaux, surtout dans le champ d'un l'ouclier, où Le premier choc des armes l'aurait

îft.

lançaient des éclairs, sa gueule hérissée de dénis faisait frémir; il portait sur sa tète la cruelle Discorde qui semblait voltiger, animait les guerriers au combat et portait la terreur dans les cœurs assez hardis pour se mesurer avec le fils de Jupiter: bientôt l'Ame de ces téméraires descendait dans le sombre Tarlare, et leur corps, devenu la proie des vers, pourrissait sur la terre. On y voyait le choc des guerriers acharnés au combat, leurs mouvements réciproques, le tumulte confus de leurs coups, le bruit de la mêlée, la fureur, la terreur, la mort. La parque cruelle entraînait au milieu du carnage un homme encore frais et vigoureux (2175), un autre déjà languissant de ses blessures, un troisième expirant et élenoiK sa robe était teinte de sang, ses regards lerribles, ses cris affreux. Douze serpents d'une figure hideuse épouvantaient parleurs

sifflements les ennemis du héros; et quand il agitait ses armes, on entendait le grincement horrible de leurs dents. On y distinguait toutes ces figures, sans aucune confusion. Ton apercevait jusqu'aux taches de la peau de ces furieux dragons et la noirceur de leurs mâchoires.

On y voyait des troupeaux de sangliers et des lions irrités, au regard farouche, prêts à se dévorer, qui s'avançaient fièrement l'un contre l'autre, dont les crins hérissés annonçaient la fureur. Déjà un lion d'une grandeur énorme, et deux sangliers étaient étendus morts, couverts de sang; ceux-ci, la hure renversée sous la griffe cruelle des lions. Ce spectacle semblait animer davantage les deux troupes de ces terribles animaux.

Le combat des Lapilhes (2176) y était représenté. D'un côté, «e roi Cœneus, Dryas,

fait voler en éclats. 11 faut donc supposer que cette garniture d'ivoire était en dedans.

De lames d'acier. Le grec porte ku«vou, de Lieu ou d'azur ; sans doute le poète veut parler de la couleur bleue ou violette que l'on donne à l'acier par la trempe.

(2175) Lu Parque cruelle, etc. Ces trois vers sont tirés mot pour mot de la description du bouclier d'Achille, Iliad. xvin, 555.

(2176) Le combat des Lapilhes. La guerre des Centaures et des Lapilhes est un des événements les plus célèbres dans l'histoire fabuleuse, et sur lequel on a formé le plus de conjectures. Il serait trop long de rapporter les divers sentiments des mythologues, on peut les voir dans l'abbé Rainer. Tous supposent que les Centaures et les Lapilhes étaient deux peuples de Thessalie ; niais on ne s'est jamais accordé sur leur généalogie, parce qu'elle n'est fondée que sur des imaginations et des équivoques. Après ce que l'on a dit sur les différents monstres forgés par les poètes, il n'est pas ditlieile d'imaginer ce que c'était que les Cenlaui es ; ce sont les torrents qui descendent des montagnes; voilà pourquoi on les a placés la plupart dans les montagnes de Thessalie. KÉvTaupoi vient de xivo?, vide ou profond, et ruvpoç, canal ou courant d'eau. Ce ternie a été expliqué plusieurs fois. En ajoutant à leur nom nnroj, de l'eau, on les appela Hipjpocehtaures, l'eau des torrents profonds : c'étaient des monstres moitié hommes et moitié chevaux, par la confusion cent fois répétée d'hippos, eau et cheval. Leur généalogie en est la preuve,

Us étaient (ils d'Ixion et d'une nuée. "i£t0v signifie élévation, hauteur ou grosseur, comme "lo-^iov, qui désigne les parties du corps les plus grosses et les plus charnues; le premier est un nom de montagne. Il était commensal de Jupiter et devint amoureux de Junon. Comme cette montagne s'approchait du ciel par sa hauteur, lxion demeurait avec Jupiter; il avait son sommet dans les airs, par conséquent il aimait Junon; il touchait les nues, il eut donc commerce avec elle. Les Centaures en étaient nés, parce que les nuées qui tombent en pluie sur les montagnes font naître les torrents.

lxion, en punition de son audace, est attaché dans les enfers à une roue qui tourne sans cesse. On a voulu désigner par ce supplice le secret de se servir des eaux pour faire tourner les roues des moulins cl des autres machines hydrauliques ; mais cette circonstance est de nouvelle invention; elle ne se trouve point dans les anciens poètes grecs, parce qu'alors on ne savait pas encore se servir des eaux pour faire tourner des roues.

Les plus fameux Centaures étaient Nessus, Chiron, Eurytion, etc. Nous avons montré dans la fable d'Hercule que Nessus élait un torrent; Chiron était de môme nature. Xtipuv signifie souvent inferior, bas et profond; Xtlpaç, une fente, une crevasse: Chiron désigne donc le lit d'un torrent. 11 élait fils de Saturne changé en cheval et de Phillyre. Chronos, nom de Saturne, exprime aussi un lieu profond. (Théog. ,note 1945.) Saturne changé en cheval est une ouverture d'où il sort de l'eau, par l'équivoque ordinaire iVHippos, eau et cheval. Phillyre élait une nymphe, fille de l'Océan : <bàlî>pot. exprime amie des eaux; B«),ùpa est une rivière de Messénie; Liris, rivière de Campanie; Lyra, rivière de Portugal, etc. Chiron, selon saint Clément d'Alexandrie, Strom. liv. î, page 561, eut pour fille Hippo; elle est appelée Ocyroë par Ovide, et métamorphosée en cavale, 1. ii, fab. 1. 11 n'est donc pas douteux que Chiron ne soit un torrent comme les autres centaures.

Evpvztov est un ruisseau ou un fossé plein d'eau; (Théog., note ll>80.) 11 serait trop long d'expliquer en détail les autres noms que leur donne Hésiode.

Une nouvelle preuve de la vérité de celte explication, c'est que l'on a dit que mippaîa, lieu élevé dans la Thessalie, dont on a fait une femme, avait sauvé ceux, qui fuyaient les centaures. ( Voyez Hésyciuus, au mot JJupp«'«-) Ces centaures paraissent avoir été placés principalement dans la contrée de Thessalie nommée Plhie, de yQtw, se corrompre, se pourrir, à cause de l'air marécageux et malsain que l'on y respirait.

Les Lapilhes sont les ennemis des Centaures quoique nés dans la même famille. Konzïïtw, dans Hésychius, est l'action de creuser un fossé ou de le vider, l'ouvrage d'un pionnier; il vient de Aaitkttw. A«7T«6of, un fossé l'ait de main d'homme. Les Lapilhes en guerre avec les Centaures sont les fosses, les saignées que l'on a faites pour détourner les eaux des torrents et des ruisseaux pour en modérer l'impétuosité, pour les empêcher de se répandre. Ils furent aides par Hercule, par les digues; qu'au raient-Us pu faire sans ce secours?

Les plus célèbres Lapilhes étaient Thésée et Pirithoùs. Le premier était fils de Neptune; selon d'autres, d'Egée et d'yElnra. Neptune et Egée sont la même chose, puisque tous deux désignent la mer. \fipy, dans Hésychius, désigne l'hiver ou une tempête, une pluie violente. Nous concevons par là ce que c'était que Thésée, imitateur et compagnon d'Hercule, qui détruisait comme lui les monstres qui ravageaient la Grèce. ©»<7evf parait dérivé de &*;, 07jt6? , manœu-vre, ouvrier à gayes ; il désigne ici le travail des pionniers, il combattit contre lés

PART. H. THEOL. ARCHEOLOt;. — ORIGINE DES DIEUX.

Piritlioùs, Hopléus, Exadius, Phalerus, Prolochus, Mopsus d'Ampveide, Titarésius, descendant de Mars; Thésée, fils d'Egeiis; tons guerriers d'une valeur plus qu'humaine, couverts d'armes également riches et brillantes: de l'autre, les Centaures en ordre de bataille, le grand Pettaeus, l'nuiiuro Asbolus, Àrctus, Hurius, Mimas aux cli «*— veux noirs, les deux Peucides, Perimèdes, Dryalus, avec dos massues garnies d'or:

ils semblaient s'élancer sur leurs ennemis comme s'ils eussent été vivants; ils combattaient de près avec la lance et la massue. Le terrible Mars (2177), auteur de tant de maux, paraissait au milieu, moulé sur son ch'ar attelé de chevaux couverts d'or ; l'épée a la main, il animait les combattants, tout couvert de sang et de poussière, prêt à enlever les dépouilles des vaincus. Il était environné de la Pâleur et de la Crainte, monstres altérés de carnage. La fille de Jupiter, la fière Pallas se montrait aussi animée que lui et aussi ardente au combat. Elle tenait sa lance à la main, avait un casque d'or sur la tête et l'égide sur son épaule: ainsi elle sonnait la charge.

Sur le même bouclier était représentée l'assemblée des dieux. Le fils de Jupiter et de Latone, placé au milieu, jouait de sa lyre dorée; l'Olympe retentissait d'une douce harmonie. Tout autour était rassemblée la troupe infinie des immortels (2178); les

amazones aussi bien qu'Hercule, c'est-à-dire contre les terrains fangeux et aquatiques; il en épousa cependant une, dont il eut "iTr^sivroj, dissous par les eaux: dans un autre sens, ce terme signifie déchiré par les chevaux; là-dessus on a bâti la fable d'Hippiolyte traîné par ses chevaux effrayés à la vue d'un monstre marin.

Thésée vainquit In Minotaure dans l'île de Crète; Mwôravpof est a la lettre un torrent; selon Pausanias, I. ii, c. 51, le .Minotaure était aussi appelé Aslérion ; or Aslérion est une rivière de l'Argolide. Il n'est donc pas nécessaire d'aller chercher dans l'ile de Crète là scène des aventures de Thésée et du Minotaure.

11 descendit aux enfers pour en tirer Proserpine, c'est-à-dire il cultiva les lieux bas pour en tirer du grain; il enleva et conduisit avec lui Ariane, c'est i abondance. Il épousa Phèdre, y«îôp», la joie; il enleva Hélène : ilivn est un vase et un lieu propre à conserver les eaux. Il est clair que Ton a désigné sous ces fables les effets du travail et du labourage dans la Grèce.

Piriihoûs était fils d'Ixion comme les Centaures; rricoç est une rivière d'Achaïe,dans Pausanias ; OU;, vite 00 rapide; YlipiOoo;, courant d'eau rapide: celui-ci é|K)iisa Il'ippodamie ; 'iir7rooa//er« parait signifier d'abord l'art de dompter les chevaux, mais il exprime plutôt celui d'arrêter les eaux. Le mariage de Piriihoûs nous apprend que ce torrent fut dompté par une chaussée ou par des fossés.

Ce fui à ses noces que commença la guerre entre les Lapilhes et les Centaures. Ceux-ci, étant ivres, voulurent faire violence aux femmes qui étaient du festin ; on conçoit de quelle espèce pouvaient être les femmes des fossés et des ruisseaux; c'étaient des nymphes ou des eaux : quand elles sont troublées par les torrents, les poètes disent que les njmpfaes sont violées par des monstres. Hercule, luéiée et les autres Lapilhes tuèrent ou blessèrent

Muses joignaient a l'envi le concort do leur voix au son de la lyre d'Apollon.

On y remarquait encore la forme d'un port sur le bord d'une mer immense, le bassin formé de mélail représentait l'inégalité des ondes ; des dauphins se jouaient au milieu , prôls à se jeter sur d'autres poissons, et semblaient animés; deux dauphins d'argent, sortant leur tête hors des eaux, dévoraient leur proie ; et tandis que la crainte rendait les autres poissons immobiles, un pécheur, placé sur le bord, attentif à les observer, tenait un filet qu'il se préparait à jeter.

L'objet le plus remarquable était le fameux cavalier Persée, fils de Danaé, qui sortait tout entier hors du bouclier, et semblait n'y pas tenir, tant le savant ouvrier Vulcain avait su l'en faire paraître détaché; il était couvert d'or, avait des ailes aux pieds et une épée d'airain suspendue au côté par un baudrier ; il semblait voler avec autant de rapidité que la pensée; il portait derrière lui la tête monstrueuse de la Gorgone, enveloppée dans un drap d'argent garni de crépines d'or. Le héros avait sur sa tôle le casque de Pluton environné des ténèbres de la nuit (2179); il fuyait de toutes ses forces, transporté de frayeur ; les cruelles et horribles Gorgones le poursuivaient et s'efforçaient de l'atteindre; leur bouclier d'acier bruni semblait résonner

un grand nombre de ces brutaux; ceux qui lavèrent leurs plaies dans l'Anigre en corrompirent les eaux; ceux qui moururent furent enterrés dans -riyor, un trou, une fosse, et causèrent une infection ; les autres se retirèrent en Arcadie près du mont Pholoë; quelques -uns s'enfuirent jusqu'au promontoire Maléa, où Hercule les poursuivit , c'est-à-dire que dans ces différentes contrées l'on fut obligé d'entreprendre de grands travaux pour dompter les rivières. ,

Selon Strabon, il y avait sur les contins de l'Elolie une montagne nommée Taphossus ou Taphiassus, du pied de laquelle il sortait une eau épaisse et puante. On publia qu'elle venait de la pourriture des Centaures enterrés sous cette montagne : voilà, toujours la source des fables grecques : les qualités ou la figure du pays, 1. îx, p. 4H.

L'on a déjà remarqué ailleurs que la Grèce, pays coupé de rivières , de torrents , de marais, bordée de mers de toutes parts, n'a été rendue habitable et mise, en culture que par des travaux immenses; les exploits d'Hercule, de Jason,.de Thésée, de Persée, de Bellérophon ne désignent pas autre chose; c'est le fond de presque toutes les fables héroïques. Si le lecteur trouve plus claires et plus satisfaisantes les histoires vagues et ridicules que racontent les mythologues, il est le maître de les préférer.

(2177) Le terrible Mars, etc. Il est assez étonnant qu'Hésiode suppose le dieu Mars représenté sur un bouclier qui va servir à combattre contre lui, cl qu'il s'efforcera bientôt de briser.

(2178) La troupe infime des immortels. "o).6o„signiuc abondance et quantité, par conséquent multitude ; il n'est donc pas nécessaire de le corriger par "o^of , comme veut Leclerc.

(217y) Le casque de Pluton environné des ténèbres delà nuit. Une propriété de ce casque était de rendre invisibles ceux qui le portaient, (lliad. v, 885 )

fOC3 OEUVRES COMPLETES DE BERG1ER

par l'impétuosité de lonr course. Elles

avaient à leur ceinture deux serpents qui baissaient la tôle, lançaient leur langue, grinçaient dos dents et jetaient des regards furieux.

Au-dessus de ces horribles monstres était peint le plus terrible spectacle ; des hommes armés et obstinés au combat, les uns pour défendre leur patrie et leur famille, les autres pour y porter le fer et le feu. Plusieurs étaient déjà étendus par terre, d'autres continuaient à se charger de coups. Des troupes de femmes, rassemblées sur les murs et sur les tours d'une ville, perçaient le ciel de leurs cris et se déchiraient le visage ; tous ces ohjels semblaient respirer et montraient l'adresse de Vulcain. Des troupes de vieillards, blanchis par les années, sortaient de la ville, les bras étendus vers le ciel , imploraient le secours des dieux pour leurs enfants, tandis queceux-ei continuaient à combattre. Derrière eux, les Parques au visage noir, à la dent meurtrière, au regard farouche, avides de carnage, se disputaient les corps des mourants ; toutes voulaient se rassasier de sang (2180); dès qu'un malheureux était blessé, elles le saisissaient de leurs griffes redoutables, et faisaient descendre son âme dans les froides ténèbres du ïartare. Après avoir assouvi leur faim cruelle, elles le jetaient brutalement par derrière et couraient de nouveau à la mêlée et au carnage. Clolbo, Lachésis et Atropos, déesse de plus petite stature (2181) que ses sœurs, mais la plus âgée et la plus redoutable, combattaient autour de chacun des guerriers, en se jetant des regards furieux, et se déchirant de leurs ongles cruels. Auprès d'elles était laïristesse pâle et affligée, décharnée et Janguissanie, consumée par la faim, qui se soutenait à peine sur ses genoux; ses mains armées je griffes aiguës, son visage sale, ses joues couvertes de sang, ses dents serrées, épouvantaient lespeclateur: elle avait les épaules couvertes de poussière (2182), et pleurait amèrement.

A quelque distance, on voyait une ville superbement bâtie, avec sept portes dorées, où les habitants étaient livrés à la joie et au plaisir. Les uns conduisaient une nouvelle épouse (2183) dans un char magnifique

et célébraient le dieu de l'hyménée à la lueur des (lambeaux que portait une Iroupe d'esclaves. Des femmes superbement parées étaient à !a tête du cortège, d'autres les suivaient en dansant : un chœur de musiciens les accompagnait, laisait retentir les échos du son des instruments , et animait les danseuses par une vive harmonie; d'autre côté des jeunes gens étaient rassemblés à un festin et se réjouissaient au son de la flûte ; le jeu , le chant , la danse , la gaieté régnaient de toutes parts : toute la ville était plongée dans la joie. Hors des murs, plusieurs s'exerçaient à la course des chevaux; des laboureurs habillés à la légère, conduisaient la charrue; une vasle campagne était couverte de riches moissons : déjà des ouvriers armés de faulx faisaient tomber les épis dorés, et recueillaient les dons de Cérès; d'autres les liaient en javelles et les conduisaient dans la grange. D'autres étaient occupés à la vendange, et, la serpe à la main, dépouillaient la vigne de ses fruits; les uns remplissaient de raisins les paniers couronnés de feuilles et de pampre , d'autres les portaient sous le pressoir. Les ceps de vigne rangés avec art , étaient également remarquables par l'éclat de l'or dont ils étaient formés, et par l'art avec lequel Vulcain avait représenté les feuilles qui semblaient voltiger autour des échalas, et les raisins avec leurs couleurs naturelles. Le son de la flûte animait au travail ceux qui foulaient le raisin dans les cuves et ceux qui puisaient le divin jus de Bacchus. On voyait des jeunes gens qui s'exerçaient au combat du cesle et de la Julie , des chasseurs occupés à poursuivre le gibier, deux chiens qui, la gueule béante, semblaient prêts à atteindre i^ur proie, des lièvres qui, par la rapidité de leur course, s'efforçaient d'échapper au danger.

Plus loin des guerriers combattaient à cheval et sur des chars pour le prix de la course; les écuyers, placés sur le devant , lâchaient les rênes et animaient les coursiers : ceux-ci semblaient voler; l'on croyait entendre le bruit des chars et lo mouvement des roues : l'ardeur pour la victoire et la crainte pour le succès du combat élaient peintes sur le visage des combattants. Au bout de la lice paraissait un grand trépied d'or (2184) fabriqué par Vul-

(2180) Voulaient se rassasier de sang. Comme les corps paraissent livides el vides de sang quelques moments après la mort, on a feint que les Parques ses assistantes et ses ministres buvaient le sang des mourants.

("2181 ) De plus petite stature. On retrouve la même idée dans les romans de féerie: les fées sont toujours de petites femmes vieilles et contrefaites, et en général les nains des deux sexes sont regardés comme des caractères malfaisants,

(2182) Les épaules couvertes de poussière. Un des signes d'affliction ou de désespoir chez les peuples grossiers et sauvages est de se jeter par (erre et de se rouler dans la poussière: des épaules couvertes de poussière élaient donc chez les anciens la plus grande marque d'affliction : de là l'usage dont il

est si souvent parlé dans les écrivains sacrés de se couvrir la tête de cendre et de poussière pour témoigner une extrême tristesse.

(2185) Les uns conduisaient une nouvelle épouse. Celte description est encore imitée du bouclier d'Achille, de même que les trois suivantes, du labourage, de la moisson, des vendanges, et même l'idée de l'Océan représenté autour du bouclier.

(21 8 i) Un grand trépied d'or. Les anciens font mention de deux espèces de trépieds. Les ens étaient des clia.ses artislement travaillées, quelquefois garnies d'or ou couvertes de feuilles d'or; tels sont ceux que plusieurs souverains envoyèrent au temple de Delphes pour asseoir la prêtresse lorsqu'elle rendait ses oracles, avec des inscriptions où étaient marqués les noms de ceux qui avaient fait ces pré-

caln , qui devait ôlre le prix do la victoire.

Sur le bord du bouclier et tout autour était représenté l'océan, dont les ondes semblaient flotter : des cygnes volaient audessus des vagues et se rappelaient par leurs cris; d'autres nageaient dans les flots au milieu d'une troupe de poissons qui s'égayaient autour d'eus. Jupiter luimême (2185) aurait admiré le travail- exquis de ce bouclier divin que Vulcain avait fabriqué par ses ordres. Malgré sa grandeur et son poids, le vaillant tils de Jupiter le portait sans effort, et le maniait avec adresse.

A la légèreté avec laquelle il sauta sur sou char, on l'aurait pris pour Jupiter mémw armé de la foudre. lolaùs, digne écuyer d'un tel héros, gouvernait d'une main hardie et savante les deux coursiers qui le traînaient.

La déesse aux yeux bleus, la blonde Minerve (2186) leur apparut alors, et leur adressa ces paroles : Courage, généreux descendants de Lyngéus; le souverain des immortels, Jupiter lui-môme vous protège; il vous accorde l'avantage de tuer Cygnus de votre mata et de le dépouiller de ses armes : mais n'oubliez pas , jeune héros , l'avis que je viens vous donner. Après avoir Ole la vie a votre ennemi , laissez-le étendu sur la place avec ses armes : attachez-vous à observer le cruel Mars prêt à fondre sur vous; et lorsque vous le verrez découvert de son bouclier, plongez-lui votre épée dans le sein; retirez-vous ensuite, parce qu'il ne vous est pas permis de vous empaler de ses chevaux ni de ses armes.

A ces mots, la déesse monta sur le char, tenant dans ses mains immortelles la vic-

sents. Les autres étaient des vases pour servir à table, appuyés sur trois pieds et richement ciselés, tels que les anciennes coupes d'or dont on voit encore quelques-unes. C'est cette dernière espèce que l'on proposait pour prix aux vainqueurs dans les anciens jeux ou combats de la Grèce.

(i!8a) Jupiter même. H y a dans le texte Jupiter /Eyiochus. L'on. a vu, Théog., note 1985, pourquoi l'on ne doit point entendre par là Jupiter arme de l'êgide. Une preuve que ce n'est point là le sens du terme, c'est qu'il n'est jamais dit de Minerve ou de Pillas, quoiqu'elle soit représentée couverte de l'égide.

(2186) L'on a dû remarquer que dans plusieurs des Travaux d'Hercule, les poètes supposent qu'il fut aidé par Minerve : c'est que l'art d'élever dis digues cl de détourner les eaux est un des plus uiamla efforts de l'industrie des anciens peuples. Mais quel est ce Lyngeus l'un des aïeux d'Hercule et d'iolaiis? Avyycù,- est évidemment dérivé de Viyot, osier, fascine, matière qui entre ordinairement dans la composition des digues destinées à retenir ou à détour, .er le cours des eaux; e est le même que Lyncéus mai i de l'une des Dauaïdes, que nous avons vu, Théog., note IU87.

("IIHT) Hercule prit lu parole. On a censuré Homère de ce qu'il luisait haranguer des guerriers prêts à se battre, Hésiode lait de même ; il est donc l présumer que c'était la mode de leur temps, quelque singulière qu'elle nous paraisse, et l'on sait qu'eu gênerai les Grecs étaient grands harangueurs. Au reste, ces discours ^ont souvent un. peu brutaux, et

toire et la gloire, lolaùs, d'une voix terrible, excitait l'ardeur des coursiers ; ceuxci, animés par les cris de leur maître, faisaient voler le char et couvraient la terre de poussière. Minerve, par le mouvement de son égide, leur avait inspiré une nouvelle vigueur; la terre semblait mugir sous leurs pas.

D'autre côté le fameux cavalier Cygnus et Mars, dieu de la guerre, s'avançaient avec autant de rapidité que le feu et la tempête. Les chevaux des deux chars prêts à s'entrechoquer, poussèrent un cri aigu et firent retentir les échos d'alentour. Hercule prit la parole (2187) le premier : Lâche Cygnus, comment oses-tu hasarder un combat contre des hommes endurcis aux travaux et aux périls de la guerre? crois-moi, détourne ton char, et cherche à l'éloigner. Je vais à ïrachine (2188), chez le roi Ceyx; tu connais sa puissance et le respect qui lui est dû; tu ne saurais l'ignorer, puisqu'il l'a donné sa fille Thémislonoô: un lâche comme toi ne méritait fias cet honneur; mais si lu oses te mesurer avec moi, Mars lui-même ne le sauvera pas de la mort. Ce n'est pas la première fois qu'il a éprouvé la force de mon bras (2189) ; lorsqu'il voulut me disputer la possession de Pyles, trois fois je le portai par terre d'un coup de lance avec son bouclier percé : du quatrième coup je la lui passai de toutes mes forces au travers de la cuisse après avoir percé son bouclier: on le vit renversé ignominieusement sur la poussière par la force du coup. Les dieux mêmes insultèrent à sa faiblesse , et lui reprochèrent les dépouilles sanglantes qu'il m'avait laissées entre les mains (2190).

se sentent de la rudesse des siècles héroïques.

(2JI88) Je vais à Trachine. Celle circonstance paraît d'abord assez déplacée , mais il faut faire attention au dessein qu'Hercule parait avoir d'empocher par là Gygnus, gendre de Ceyx, de combattre contre un ami de son beau-père. Les prétendus voyages d'Hercule à Trachine sont fondes sur le nom de celle ville : elle s'appelait Ueraclea Trachinia, c'est-à-dire, ville fermée et située sur une hauteur; les Grecs imaginèrent qu'elle élait ainsi nommée parce qu'Hercule y avait séjourné ; et l'on a cru la môme chose de toutes les autres ^villes nommées Ueraclea.

(2t8!l) // a éprouvé la force de mon bras. Ces bravades d'iiercule contre Mars, qui n'y répond pas un mol, >onl un spectacle bien singulier pour nous ; elles nous inontrentqut'lleidéo les païenssc formaient de leurs dieux.

(il'JO) Les dépouilles sanglantes qu'il m'avait laissées. Ceci semble contredire le v. 330, où MiV nerve dit à Hercule qu'il ne lui est pas permis de s'emparer des armes, ni des chevaux de Mars ; c'est qu'où ne dépouillait les vaincus qu'après les avou* tues; or Hercule ne pouvait pas se flatter de tuer un dieu. 11 suppose donc que dans les combats précédents, Mais effrayé* de ses blessures, avait laissé à son ennemi quelque partie de son équipage. Quand ou soutiendrait que c'est une contradiction manifeste, ce ne serait pas la seule que l'on peut reprocher a Hésiode, N'en esl-ce pas une de supposer quu des dieux que l'on appelle immortels, ne sont pus invulnérables ?

tOGS

Ces audacieuses paroles ne firent point reculer le vaillant Cygnus; le fils de Jupiter et celui de Mars mirent promptement pied à terre, tandis que leurs éeuyers rangèrent leurs chevaux de côté. La violence (le leur choc fit retentir la terre sous leurs pieds. Tels que les rochers se précipitent du sommet des montagnes, roulant les uns sur les autres, brisent en tombant les chênes, les pins , les peupliers, malgré la profondeur de leurs racines; ainsi les deux guerriers se jetaient l'un sur l'autre et faisaient retentir île leurs cris les villes voisines (2191) ; Phtie , lolcos , Arné , Hélice , la fertile Antée, entendirent leur voix elle bruit de leurs armes.

Jupiter fit partir un coup de tonnerre et pleuvoir du sang (2192), heureux présage pour son fils, qui lui enfla encore le courage.

Tel qu'un affreux sanglier poursuivi dans les gorges des montagnes, grince les dents, *u rue sur les chasseurs , aiguise sa dent meurtrière, blanchit sa gueule d'écume, lance des regards étincelants , fait dresser les soies sur son dos et sur sa hure; tel le fils de Jupiter parut en s'élançant de son char.

C'était le temps (2193) auquel la bruyante cigale, cachée sous la verdure, annonce aux hommes l'été par ses chants, recueille pour se nourrir la rosée sur les plantes, et l'ait entendre son ramage depuis le lever de l'aurore jusqu'à la fin du jour; temps des chaleurs brûlantes de la canicule, lorsque le millet, semé au commencement de l'été, se forme en épis ; lorsque le raisin , encore vert, commence à changer de couleur et l'ait espérer aux hommes les doux présents de Uacchus. C'est ce temps-là môme que nos guerriers prirent pour mesurer leurs forces et pour se livrer le plus cruel combat.

Comme deux lions irrités se batient pour s'arracherle corps sanglant d'un cerf qu'ils viennent d'égorger, poussent des rugissements horribles et grincent les dents de fureur; comme deux vautours, au sommet d'un rocher, se déchirent à coups de bec et d'ongles, et font entendre au loin leurs, cris aigus, lorsqu'ils ont aperçu une chèvre sauvage ou une biche qu'un jeune chasseur a percée de ses flèches : si le jeune homme, incertain du lieu où est tombée sa proie, vient à s'écarter, les cruels oiseaux fondent sur elle, et se battent pour la dévorer; tels nos deux guerriers s'obstinaient au combat et faisaient retentir l'air de leurs clameurs.

Cygnus, croyant percer Je fils de Jupiter,

(2191) Faisaient retentir de leurs cris les villes voisines. C'est une exagération ridicule ; mais des dieux ou des demi-dieux qui se battent, doivent crier plus fort que des hommes.

(2192) Fit pleuvoir du sang. Autre imitation d'Homère, lliad. ii, 459.

(2195) Célaii le temps, etc. La circonstance du temps est assez inutile à l'action, et n'a été ajoutée que pour avoir lieu de faire une description de l'été: a moins que l'on ne suppose que le poêle a voulu nous taire remarquer auc les grandes cha-

poussa sa lance contre le bouclier oe son ennemi ; mais il ne put pénétrer au travers de cette armure divine; Hercule, au contraire, lui plongea la sienne entre le casque et l'écu, l'atteignit sous le menton, où il était sans défense, et lui coupa les deux nerfs du cou. Terrible plaie qui le fit tomber sans force et sans vie; tel qu'un chône ou un rocher escarpé frappé du foudre de Jupiter, ainsi fut renversé le malheureux Cygnus, et il fit retentir la terre du bruit de ses armes.

ï Le fils de Jupiter le laissa étendu pour recevoir le redoutable Mars qui s'élançait sur lui. Comme un lion, au regard terrible, se jette sur sa proie, la déchire de ses griffes meurtrières, lui arrache en un moment la vie, se rassasie de sang et de carnage ; le feu dans les yeux, il se bat les flancs et le dos de sa queue, gratte la terre de ses pieds, .jette l'épouvante autour de lui ; tel le fils d'Amphitryon, échauffé au combat, osa tenir tête à Mais lui-même et disputer de cou- 'rage avec le dieu de la guerre. Ce dieu redoutable s'avançait avec le désespoir dans le cœur : ils jetèrent tous deux un grand cri, et commencèrent à se charger.

De même qu'un rocher tombé du haut d'une montagne roule au loin en bondissant, fait un fracas épouvantable, remonte contre la colline qui se trouve sur son passage et qui lui fait obstacle; ainsi le cruel Mars, poussant son char avec impétuosité et jetant un cri affreux, se précipita sur Hercule (2194). Celui-ci, immobile, soutint l'effort sans s'ébranler : alors la fille du souverain Jupiter, la déesse Minerve, couverte de sa noire égide, se présente devant Mars, et le regardant d'un air indigné , lui cria : Arrête, dieu sanguinaire, arrête la fougue de ton courage et les vains efforts de ton bras ; il ne t'est point donné par les deslins de dépouiller le fils de Jupiter et d'ôter la vie au grand Hercule. Quitte la partie et ne t'expose point à combattre contre moi.

Mars ne daigna pas l'écouter; agitant ses armes aussi brillantes que l'éclair, il déchargea sur Hercule un coup qu'tl croyait mortel : désespéré du raeurtre de son fils, il plongea sa lance de toutes ses forces contre le bouclier dont Hercule était couvert; mais Minerve, d'une main habile, détourna le coup (2195) et le rendit inutile. Mars, furieux, tira son épée et voulut en percer Hercule; celui-ci, non moins animé, lui [tassa sa lance au travers du bouclier, lui fit

leurs qu'il faisait alors, rendaient le combat plus fatigant et plus cruel.

(2194) De même qu'un rocher, etc. Celte comparaison, répétée trois fois dans un espace de soixantecinq vers, est sans doute une affectation vicieuse, que l'on ne pardonnerait pas à un poêle moderne.

(2195) Minerve détourna le coup. C'est la fonction de Minerve dans tous les combats des liéros: cela signifie qu'esquiver un coup, le parer, le rendre inutile, est un tour d'adresse de la part des combattants.

une profonde blessure à la cuisse et le renversa par terre (2196).

Le trouble et l'elfroi, écuyers du dieu de la guerre (2197), le replacèrent a l'instant sur son char, et poussant à toute bride ses vaillants coursiers, le ramenèrent sur l'Olympe. Le fils d'Alemène et son fidèle lolaiis, couverts de gloire, dépouillèrent Cygnus de ses armes, et reprirent la roule de Trachioe, où ils ne tardèrent pas d'arri-

(2196) Lui fit une profonde blessure. Si l'on veut se rappeler la signification abusive iT'a^ïjj-, lieu lui laide et marécageux, et iï'ttpoaàtvSt une digue, une chaussée, on ne sera pas surpris qu'Hercule soit toujours victorieux d'Ares, et lui fasse de profondes blessures.

(•2197) Le trouble et l'effroi, écuyers du dieu delà guerre. 11 y a clans le texte la crainte et la frayeur qui sont masculins en grec; il a fallu leur substituer deux personnages de nièiue genre pour soutenir la , métaphore.

(2198) Le roi Ceyx. Il y a beaucoup d'apparence (jue ce roi est un personnage fabuleux aussi V bien que Cygnus; sa généalogie donne lieu de le iî penser. Ceyx était lils de l'étoile du matin et de f Chio..é, d'aulies disent de l'aurore; il avait épousé y Alcyone, ils furent tous deux changés en alcyons: (.' Cygnus d'ailleurs est un oiseau connu : toutes ces • alliances et ces métamorphoses nous font assez sentir que l'origine de la plupart des fables est l'équivoque des noms.

(2199) Les eaux du fleuve Anuurus. C'est une rivière de la Phtiolide ; par là nous comprenons en quelle panie de la Grèce Hésiode suppose que s'est passé le combat d'iiercule contre Cygnus. Selon l'ausauias, liv. î, cl). 27, c'était près du fleuve Pé-$ née dans la ïbessalie. Cela nous apprend encore ce que c'était que ce héros prétendu: c'était un ruisseau ou un torrent dont on arrêta ou dont on détourna les eaux par une digue ou par une écluse. Les différentes circonstances de la narration d'Hesiode confirment celle explication.

l"Le nom de Cygnus est évidemment le même que celui du cygne, de l'oiseau qui fait sa demeure dans les eaux, de l'oiseau nageur; tel est le sens du terme. C'est sur cette même allusion qu'est fondée la fable d'Ovide u'un certain Cygnus, lils de Neptune, tué par Achille, et change en cygne. (Mêlant., Ii v. xii, lab. 5.)

2° Celui-ci était fils de Mars, "a/sjjj ; nous avons vu, Théog. note 2112, et ailleurs, que ce nom petit dè- Hgner un lieu humide et marécageux; il est aisé de comprendre qu'un ruisseau peut être enfant d'un marais.

^u Cygnus, selon les mythologues, avait épousé ThémislOiioé, tille de Ceyx. Themisto est une des lillcs de Nérée, une nymphe marine. La terminaison noe, qui v eut de v«w, couler, et qui est commune a plusieurs aul.es, la désigne encore mieux. C'était une fontaine qui loin bail dans le ruisseau Cygnus. Ceyx son père fui submergé dans les eaux, selon Ovide. (Mélavi., 1. il, lab. 10;, H fut changé en alcyon avec son épouse Alcyone : celle dernière était un marais, selon l'ausamas, I. II, (h. 57. Toute cette famille esl donc ue même espèce.

A" Cygnus était un brigand <;ui outrageait et dépouillait ceux qui conduisaient des victimes à Del-, plies. On a vu par plusieurs exemples que tous les1 ruisseaux ou torrents qui ont fait périr quelques personnes dans leurs inondations, oui été changes par les pactes en brigands fameux qui luaienl les passants et désolaient les environs.

5* Eniiu le lliuve Naurus ou Auaurus, dans un de ics débordements, couvrit entièrement le lieu

ver. La blonde Minerve, de son côté, regagna l'Olympe et le palais de son père.

Le roi Ceyx (2198), accompagné de tout son peuple, des habitants d'Anlée, de Plaie, d'Iolcos, d'Ame et d'Hélice, accourut pour rendre à Cygnus les honneurs de la sépulture. Ces peuples prirent part à la juste douleur d'un roi respeclé des hommes et (|ui n'élail pas moins chéri des dieux. Mais les eaux du fleuve Anaurus (2199), dans

où coulait auparavant le ruisseau Cygnus, d'où Hésiode raconte que sou loinbeau était devenu inaccessible.

La fable du combat d'Hercule contre Cygnus est donc une nouvelle preuve de l'explication que l'on a donnée aux différents travaux de ce héros ou demi dieu.

L'explication de la fable de Cygnus nous fail apercevoir l'origine d'une autre plus célèbre. Jupiter, amoureux de LéJa, se changea en cygne pour avoir commerce avec elle. Léda accoucha de deux œufs; de l'un sortirent Pollux et Hélène, de l'autre Castor et Clytemnestre. Les deux frères lurent de vaillants athlètes; ils épousèrent Haïra et Phœbé, filles de Leucippe. D'autres disent qu'Hélène était tille de Jupiter changé en cygne el de Némésis tille de l'Océan, changée en oie. On peignait Castor et Pollux montés sur des chevaux blancs, avec des chapeaux environnés de feuilles de jonc. Les feux nocturnes qui paraissent quelquefois sur les mais des vaisseaux, étaient nommés Castor et Pollux quand on en voyait deux, el on les prenait pour un signe de beau temps; quand il n'en paraissait qu'un seul, on le nommait Hélène, et il présageait la lempèle. Chez les Latins, leurs noms el celui d'Hercule étaient une espèce de jurement; les femmes prononçaient jEcustor, les hommes /Edepoll, Mehercule ou Meliercle.

j Les mythologues historiens ne se sont pas donné la peine de rendre raison de toutes les circonstances de celle fable; elles ne paraissent avoir entre elles aucune liaison, mais elles se développeront nalureilement par l'explication des noms des personnages.

On comprend d'abord que Jupiter changé en cygne est un courant d'eau formé par la pluie. Aijosc pour ),eiSoc, signitie, selon Hésychius, le sonunei .des rochers ; il n'est pas difficile de concevoir- comment une veine d'eau foi niée par la pluie a eu commerce avec un rocher, a pénétré au travers. 11 en est sorti deux œufs, c'est-à-dire, deux bassins ronds ou o aies d'où l'eau s'écoulait. L*un est appelé Kf/.cTwp, c'est le nom de la loutre et du castor, animaux aquatiques et plongeurs; il est analogue à HkcttoXm], nom de plusieurs fontaines : on doil se souvenir que Luira en latin fail la même équivoque, il signifie un animal et un bain. L'autre est nomme 7roAuSîûz/,b-, qui coule abondamment, de Seûw, moudr 1er, arroser. 'E/Uv/j, qu'on lui donne pour sœur, est une espèce de vase, plusieurs lacs ou rivières portent le même nom. Les deux frères sonl appelés âtôflrzovpot, (ils de Jupiter; la cause en esl sensible, ils sont enfants de la pluie; tous deux oui passy pour de fameux athlètes, par une fausse allusion u&Shjtvs avec «vtXkw, «vt/.î&j, puiser cl verser. C'est la ineine équivoque qui a ele remarquée dans la .lable d'Atlas.

Selon une autre tradition, ou plutôt par une autre équivoque, Jupiter change en cygne eut coinjmerce avec Némesis, tille Ue l'Océan, changée eu ■oie, Il esl évident que ttéftsatç en ce sens esl dérivé Ide Nâfi«, lluide, écoulement d'eau, que sa prétendue 'métamorphose vient ou double sens de \>jy, une nie el un lieu creux; c'est le nom de plusieurs nvicrci. L'œuf de IScmcsis lui dépesé dans un ma-

uns inondation violente, ont entièrement

uns inondation violente, ont entièrement ce prince, qui avait l'audace oe dépouiller

couvert l<> tombeau de Cygnus et l'ont rendu et d'outrager ceux qui conduisaient à Del-

inaccessihle. Ainsi l'a voulu le lils de La- phes des victimes pour les sacrifices, tono, le divin Apollon, pour se venger de

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