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LES TRAVAUX ET LES JOURS

Muses Piérides (2201), qui accordez l'immortalité aux vers des poètes, j'implore votre secours ; inspirez-moi des chants dignes de voire père. C'est le souverain Jupiter (2202) qui, du haut du ciel , où il fait gronder son tonnerre, décide à son gré du sort des mortels, qui couvre l'un de gloire et retient l'autre dans l'obscurité, qui tantôt nous élève au faite des grandeurs et tantôt nous en fait descendre, qui nous rend, comme il lui plaît, le destin ennemi

rais et conservé par Léda ; tout cela se suit. (V. Lilio Gïkaldi, Sytitag. v, p. 176.)

Castor el Pollux épousèrent les filles de Leucippe. AfixntTco; signifie de l'eau blanche el un cheval blanc : comme l'eau qui sortait des deux bassins nommés Castor et Pollux. était blanche el sulfureuse, on en a pris occasion de représenter ces deux héros montés sur des chevaux blancs, avec des chapeaux couronnés de jonc. Il n'est pas raie de voir pendant la nuit des flammes sur les eaux sulfureuses, et sans doute il en parut sur les deux sources dont nous parlons; de là ou a dit que dans une tempête, on avail vu deux astres sur la léte de Castor el de Pollux, et fou a donné le même nom aux feux nocturnes que l'on voit sur mer.

Les deux filles de Leucippe qu'on leur l'ait épouser, étaient nommées l'une *&î6jj, l'autre 'ùcitipu: ce sont deux noms de la lune, selon liésycluus; tous deux signifient brillante. Il n'est pas étonnant 4jue l'on ail donné ces deux épitlièles aux feux ap-

{jelés Castor et Pollux. D'ailleurs, iml\)Si\)y.r>ç, selon e même Hésychius, peut signifier très-brillant; SiÛxïjç, futyens ; et alors il vient de S«tw; nouvelle raison de donner ce nom aux feux follets, el de leur supposer de telles épouses.

'Eliva se confond aisément avec ï\ca-o, un flam- ]>eau, un fallut; ainsi Hélène est devenue sœur des feux appelés Caslor el Pollux.

H y a bien de l'apparence que l'on fit sur ces deux fontaines minérales la même fable que sur les deux frères Palices de Sicile: on supposa que leur eau sulfureuse avail la vertu de punir les parjures aussi bien que l'eau du Styx ; par la s'introduisit la coutume de jurer par leurs noms. Pour celui d'Hercule, il devint une espèce de serment à cause de la signification: jurer, serrer, fermer, jurare, asserere, ftnnare, sont synonymes dans leur origine. On le ^oit par l'usage de se serrer mutuellement la main pour confirmer une alliance ou une promesse, symbole analogue au terme de serment, et nous avons vu que 'Ho«x).j)f exprime (irmUer claudens. Dans quelques patois du royaume, on dit encore serrer pour fermer: serrez t'uclie, fermez la porte. Cet usage du nom d'Hercule sert à confirmer la signification que nous lui avons donnée. Aussi Vairon (De lingua Lai., t. îv, n. 10), était persuade que Suncus, Deus fiUius, Caslor el Hercule étaient le même personnage. 11 n'eu aurail certainement pas eu cette idée, s'il les avait pris peur des hommes. Ç£i\)0) Ce poème peut être divisé cil quatre pai-

ou favorable, qui punit les méchants et humilie les superbes; jetez sur moi, ô roi des dieux, un regard de bienveillance, et prêle/. J'oreille à ma voix : inspirez l'équité a ceux qui rendent la justice, pour moi, je mu charge d'enseigner la vérité à Perses.

Il y a parmi Ihs hommes deux sortes do rivalité : l'une digne de louange , l'autre de blâme, mais toute» deux source de division. L'une entretient la discorde et la guerre pour le malheur des mortels; tous la délies ; la première, nui est comme le préambule, contient la fable de Pandore, qu'Hésiode a déjà racontée, Tliéog. , v. 571 , el ce que les anciens croyaient sur les quatre différents âges du monde. Le poète fait le détail des maux sortis de la boite de Pandore et des misères du siècle de fer, pour eu conclure la nécessité du travail et de l'économie; ainsi celle espèce d'épisode se trouve lié à l'objet principal du poëioe. La seconde partie est comme un recueil de sentences ou de maximes sur l'obligation d'observer la justice, de s'occuper au travail, el sur les maux que la paresse entraîne. Comme ce sont autant de proverbes ou de manières de parler communes et populaires, il est difficile de leur donner un air d'importance el de dignité dans notre langue. La troisième est le détail des travaux et des pratiques de l'agriculture, le tableau de la vie champêtre. 11 s'en faut beaucoup que le poète grec ait trailé son sujet avec autant d'agrément que Virgile; celui-ci est infiniment supérieur par la pompe des vers, par la beaulé des images , par le choix des épisodes; après avoir Iules Géorgiques, Hésiode paraîtra insipide à la plupart des lecteurs. Mais Virgile en a emprunté quelques traits; il est satisfaisant de voir comment il a su les embellir. D'ailleurs, le poète grec nous fait connaître à quel point l'agriculture étail parvenue au siècle où il vivait, e; l'on voit, par ce qu'il en dit, que cet art était encore assex imparfait. La quatrième partie est une espèce de calendrier, ou plutôt une liste ridicule des jours prétendus heureux ou malheureux: triste monument de la superstition grecque, dont, malgré la réclamation du sens commun el de la religion, il subsiste encore des restes parmi les peuples grossiers des campagnes.

(ï~H)l) Muses PiéndiS. llésmde a dit, 77ieo</.,nole 15M)li, que les Muses étaient mes dai«s la Piéric. Quelques critiques ont prétendu que celle invocation ue» Muses el de Jupiter n'élail pas d'Hésiode, parce qu'elle parait détachée du reste de l'ouvrage. C'est ce qu'il importe peu d'examiner.

\"22U~2) C'est te souverain Jupiter, etc. Il est à remarquer qu'Homère et Hésiode n'ont point parlé de la Loi lune; ils attribuent a Jupiter la distribution des biens et des maux. Cette divinité esl une invention des siècles postérieurs et plus révérée de» Latins que des Grecs; ceux-ci la confondaient ordinairement avec le Destin ou les Parques. ( Voua l'abbé Damer, loine 11, page 238.)

PART. H. TIIEOL. ARCIIEOLOG. - OIUGINK DES DIEUX.

testent, et tous, par une fatalité inévitable, ont entre eux des différends et des procès. Celle-là est fille de la Nuit (2203): le roi du ciel, le souverain Jupitor, plaça l'autre sur la terre pour le bien des humains : elle anime le plus indolent au travail. Un hommo oisil vient-il à jeter les yeux sur celui qui s'est enrichi, cet exemple lui inspire le goût de l'agriculture et do l'économie. Cette émulation est avantageuse; le voisin est jaloux du gain de son voisin (2204;, l'artisan de tous ceux qui exercent son métier, le pauvre de celui qui mendie comme lui , le poêle de quiconque fait des vers.

Perses, mon ami, souviens-toi de mes leçons. Qu'une maligne jalousie ne te fasse point quitter le travail pour aller être spectateur des disputes et des clameurs du barreau. Quiconque n'a pas été fidèle à cultiver les dons de Cérès, à recueillir pendant l'été de quoi vivre toute l'année, ne doit point s'occuper de procès ; il faut être sûr de sa propre subsistance avant de disputer aux autres leurs possessions. Tu n'auras plus lieu désormais de commettre celte imprudence; finissons pour toujours nos démêlés par un arrangement équitable,: c'est la plus grande faveur que Jupiter puisse nous accorder. Lorsque nous fîmes autrefois nos partages, tu sus t'emparer de ce qui te convenait; tu comptais sur les présents que tu faisais à des juges avides (2205), et qui prétendent décider nos contestations à leur gré. insensés l ils ne savent pas que la moitié vaut souvent mieux que le tout,, et quel avantage on trouve à vivre de plantes et de légumes. $

Les dieux ont caché aux mortels la vraie manière de vivre; sans cela tu saurais gagner dans un seul jour de quoi subsister pendant toute une année sans rien faire: tu pourrais suspendre à ton foyer le gouvernail de ton vaisseau, faire reposer tes bœufs et tes mulets qui succombent sous la fatigue. Mais Jupiter irrité nous a dérobé ce secret pour se venger des tromperies deProinéihée, et nous a condamnés à des peines continuelles.

11 avait ôié le feu aux hommes; le fils de Japet le leur rendit en le cachant dans une trge de férule, à l'insu de Jupiter, et sans redouter sa fondre: le dieu du ciel indigné lui adressa ces funestes paroles: Fils de Japet, fourbe trop habile, tu triomphes de «j'avoir trompé et d'avoir rendu à la terre «h élément dont je l'avais privée; mais tu payeras cher ce voi, toi et ta postérité. Je vais faire aux hommes un don qui sera la swurce de leurs plaisirs et de leurs peines; ils chériroul l'instrument de mu vengeance

et Je leur malheur. Le père dos dieux et des hommes accompagna cette menace d'un sourire amer. 11 ordonna à Vulcain de former une statue d'argile détrempée, de lui accorder le don de la parole et toute la vigueur d'un homme, d'en faire uno fille charmante, égale en beauté aux déesses immortelles. Minerve fut chargée de lui apf rendre à travailler, à manier savamment aiguille et le fuseau; Vénus, d'orner sa tôle de toutes les grâces, de lui inspirer de violents désirs et un goût décidé pour la parure; Mercure, de lui donner un esprit fourbe, un caractère dissimulé. Tels furent les ordres du souverain fils de Saturne, et ils furent ponctuellement exécutés. On vit sortir des mains de l'habile Vulcain une figure de jeune fille ; la déesse aux yeux bleus, la savante Minerve prit soin de la parer et de la coill'er; les grâces et la persuasion relevèrent sa beauté par l'or et les pierreries ; les saisons lui firent une couronne des brillantes fieurs du printemps; l'industrieuse Pallas n'oublia rien pour en faire une personne accomplie; Mercure mit dans son cœur la duplicité, le mensonge, l'art de séduire, et dans sa bouche le talent de la p'arole; enfin il lui douna le nom de Pandore, parce que tous les dieux l'avaient comblée de leurs dons, pour la rendre plus pernicieuse aux hommes.

Après avoir ainsi achevé cette dangereuse merveille, Jupiter envoya le prompt messager des dieux, Mercure, en faire présent à Epiméthée. Celui-ci ne se souvint plus des avis que lui avait donnés Prométhée, de ne rien recevoir de Jupiter, mais de tout refuser, de peur qu'il n en arrivât quelque malheur aux mortels. Après avoir reçu le présent fatal, il sentit bientôt de quel fardeau il s'était chargé.

Avani ce temps, les hommes vivaient sur la terre sans peme et sans travail, exempts de maladies et des incommodités delà vieillesse; dès lors ils pussent leurs années dans la douleur et Je chagrin. Pandore ayant ouvert la boite qu'elle avait entre les mains, en laissa sonir tous les maux qu'elle renfermait : l'espérance seule demeura au fond, lorsque Pandore referma le couvercle. Telle lut 1 artificieuse vengeance de Jupiter. Dès lors les maux de toute espèce sont répandus parmi les hommes; ils couvrent toute l'étendue de la terre et la suifuee de la mer. Les maladies parcourent l'univers jour et nuit et nous surprennent saus parler; Jupiter les a rendues muettes; et il n'est pas possible de se soustraire aux décrets du maître des dieux.

Si lu veux, je te ferai encore une autre

(2203) Est fille de la Huit. Hésiode a dit, Théog., v. 223, que la Discorde ou la Rivalité eu général est fille de la Nuit , et qu'elle a enfanté le Travail.

(2204) Le voisin est jaloux. Il est clair que la rivalité retenue dans lus bornes d'une émulation équitable est utile ; niais dés que l'excès la fait dégénérer en basse jalouse , elle devient injuste et

pernicieuse. Notre poète n'a pas assez distingue ces deux passions; peul-èlre la langue grecque n'avait pas de termes aussi diticrcnls par leur signification que le sont parmi nous émulation et jalousie.

(2203) A des juges avides. On voit par Aristophane cl par d'autres monuments que Pollue de juge était assez avili parmi les Grecs, et ordinairement exerce par des àuics basses et sordides.

107fl

leçon non moins utile, sois exact à la re- Les dieux créèrent ensuite ie siècle d'ai-

tenir. genl beaucoup moins heureux que la pre-

Lorsque les dieux furent nés aussi bien mier, où les mortels n'avaient plus la même

que les hommes, ces immortels citoyens force ni le même caractère. Leur enfance

du ciel créèrent d'abord le siècle d'or £2206) durait cent ans (2209), pendant lesquels ils

>our les habitants de la terre (2207). Ce fut vivaient sous la conduite de leur mère, et

sous Saturne, et lorsqu'il régnait dans le ciel. Les hommes vivaient aussi heureux que les dieux, dans une entière sécurité, sans soins, sans travail, sans vieillir-jamais, toujours avec un corps également jeune et vigoureux : exempts de chagrin, ils ne pen-

demeuraient renfermés sans autres occupations que celles du bas âge. Parvenus enlin à la puberté, ils vivaient peu de temps, et Je défaut de sagesse rendait encore leur vie malheureuse: ils ne pouvaient s'abstenir de l'injustice (2210); ils ne voulaient

saient qu'à jouir des plaisirs de la table et point honorer les dieux (2211) ni offrir des

de l'abondance que les dieux leur accor- sacrifices sur leurs autels comme il est éta-

daient. Leur mort était semblable au som- bli par l'usage. Jupiter irrité les tit bientôt

meil: ils ne manquaient de rien, la terre disparaître, parce qu'ils ne rendaient aucun

féconde portait d'elle-même et sans culture culte aux dieux bienheureux qui habitent

des fruits en abondance ; heureux et tran quilles, ils jouissaient en paix des dons de la nature. Après que cette première race •i'hommes fut enterrée, ils devinrent, par l'ordre du souverain Jupiter, des démons

l'Olympe.

Après que cette seconde race eut été ensevelie dans les entrailles de la terre, on les nomma les mortels bienheureux; (2212) ils ne tiennent que le second rang, ils sont

ou bons génies (2208) qui errent sur la terre cependant honorés,

enveloppés d'un air léger, pour prendre Le souverain Jupiter créa en troisième

soin des hommes; ils examinent leurs bon- lieu le siècle d'airain, pire encore que Je

nés ou leurs mauvaises actions et leur dis- siècle d'argent; alors vivait une race d'hom-

tribuent les richesses delà nature. Telle mes sauvages (2213), robustes et violents,

est la dignité suprême à laquelle ils ont été qui n'avait de goût que pour la guerre et les

élevés. combats; ils ne prenaient' aucune nourri-

(2206) Le siècled'or. Le judicieux auteur de VOtigine des lois, etc., ra part.,1. vi, c. 4, tome II, p. 374, a montré par des faits incontestables que cette histoire de l'âge d'or, si souvent répétée chez les poètes grecs ei latins, n'a aucun fondement, qu'elle est évidemment démentie par l'histoire. Que dans les premiers siècles qui ont suivi le déluge , la férocité, la violence, l'injustice, le brigandage , les crimes de toute espèce ont régné avec plus d'empire encore que dans les âges suivants; que les premiers peuples qui ont habile la Grèce menaient à peu près la même vie que les sauvages des forêts de l'Amérique, vie que l'on ne peut envisager ni comme innocente, ni comme heureuse. Le faible de tous les hommes est de croire que ceux qui nous ont précédés, valaient mieux que nous, préjugé que les vieillards augmentent par l'affectation «Je louer ce qui s'est tait de leur temps ; telle est la source de ce prétendu âge d'or qui n'a existé nulle part : et comme on s'est persuadé que le monde adait toujours en empirant, il a fallu imaginer celle gradation de siècles, dont le dernier est toujours moindre que le précédent ; mais connue on croit qu'il n'y en peut avoir de pire que celui où l'on vil, le siècle de 1er, par ce moyen, a duré depuis les poêles grecs jusqu'à nous et durera autant que le monde. Ainsi la prophétie d'Hésiode, v. 180, que Jupiter perdra celte nouvelle race d'hommes , ne s'est point accomplie et ne s'accomplira point. ( Voyez Tliéog., note 1954.) 11 est vrai néanmoins que l'invention de l'agriculture sous Saturne rendit ce second âge infiniment moins malheureux que le précédent.

(2207) Les habitants ue la terre. Me^ ôîtwv. Guiet a remarqué que ce terme traduit ordinairement par arliculate loquentes, ou diversis linguis. loquentes, peut signifier mortales. Ce serait alors le même que l'hébreu merapuh, dissolution, défaillance.

(2208) Démons ou bons génies. L'on a déjà montré dans le discours préliin. en. 1, § 0, que ce passage ne prouve point le système des mythologues historiens, qu'il ne s'ensuit point que tous les dieux des Grecs fussent des hommes, que tous les démons ou génies fussent les âmes des morts. 1° Hé-

siode distingue formellement les dieux, et en particulier Saturne et Jupiter, de ces hommes de l'âge d'or ; il suppose la puissance de Jupiter déjà établie, et sou règne affermi , avant que ces âmes soient devenues des génies. 2° H met une différence entre les grands dieux et ces génies du second ordre qu'il à nommés ailleurs nymphes mélies ou bienfaisantes. 3° 11 appelle les premiers les immortels habitants du ciel, tandis que les seconds sont errants sur la terre.

(2209) Leur enfance durait cent ans. Rien de si fabuleux que cette description : l'on ne conçoit pas ce qui peut en avoir donné l'idée à notre poète.

(2210) Ils ne pouvaient s'abstenir de l'injustice. Des hommes élevés dans l'innocence pendant cent ans n'auraient pas dû être si enclins au vice; il n'y a aucune liaison dans toutes ces imaginations.

(2211) Ils ne voulaient pas honorer les dieux. Tout ce que l'on peut conclure de raisonnable de ces paroles , c'est que , dans les premiers âges de la Grèce, l'idolâtrie n'était pas encore établie. Ou ne connaissait poinl alors celle multitude de dieux et de génies que l'on imagina dans la suite ; on se contentait d'honorer un seul Etre suprême, sous le nom de Cœlus , et ensuite sous celui de Saturne.

(2212) Les mortels bienheureux. 11 serait difficile de dire ce que c'est que ce second ordre de génies ou d'àmes bienheureuses, ni où le poêle tes plaçait. Ou ne vo;t aucun vestige de celte croyance dans les autres auteurs ; c'est une idée particulière à Hésiode.

(2213) Une race d'hommes sauvages. 'Ex pùiûv. Ceux qui traduisent e f'raxinis, ne tonlpas attention à la signilicalion de ce ternie dans Hésycliius ; c'est le même qu'ippuô^o; , sans culture, sans euucalion. C'est à ce troisième âge d'airain que l'on doit placer les premiers colons de la Grèce ; la peinture qu'en lait Hésiode convient parfaitement à leurs mœurs. Us ne prenaient aucune nourriture apprêtée, parce qu'ils vivaient de fruits tels que la na-

PART H.. TIIEOL. ARCHEOLOG. — ORIGINE DES DIEUX.

tare apprêtée; ils étaient d'un caraelôre dur et indomptable. Ils avaient le corps et les membres d'une grandeur et d'une iorce prodigieuse: rien ne résistait aux efforts de leurs bras. Ils étaient couverts d'armes d'airain et habitaient des maisons de môme métal; on n'en connaissait point d'autre alors, le fer n'était pas encore en usage. Ils se détruisirent les uns les autres, et descendirent courerts de crimes dans la sombre demeure de Pluton: leur force terrible ne les sauva point des coups de la mort, ni des ténèbres où elle enveloppe les mortels.

Lorsque celte odieuse espèce d'hommes fut exterminée, Jupiter en fit naître une quatrième plus sage et plus vertueuse. C'est la race divine des héros (2214) que l'on nomme autrement demi-dieux, qui nous ont précédés sur la terre. Tous ont péri dans les hasards de la guerre et au milieu des combats ; les uns dans la terre de Cadmus, au siège de Thèbes entrepris pour la succession d 'Œdipe; les autres au-delà des mers au siège de Troie (2215). La funeste beauté d'Hélène en fut la cause, et ils en ont été les victimes. Le fils de Saturne, le souverain Jupiter les a placés aux extrémités du monde dans une demeure également éloignée des dieux et des hommes, où ils sont gouvernés par Saturne: ce sont les îles Fortunées (2216) situées au milieu de l'océan, où ces héros mènent une vie tranquille et heureuse, où la terre féconde porte des lleurs et des fruits trois fois l'année.

Que n'a-t-il plû au ciel de m'exempter de vivre parmi la cinquième race des hommes, de me faire mourir plus tôt ou naître

lure les produit. On les dépeint d'une force prodigieuse ; c'est un préjugé et une exagération , de inéine que leurs prétendues maisons d'airain. Après leur mort, le poète les fait descendre dans les enlers ; ainsi celle croyance sur la destinée des âmes des méchants est ancienne dans la Grèce.

(2214) La race divine des héros. Lesj Grecs ne connaissaient rien de plus ancien que leur* héros, que les guerres de Thèbes et de Troie ; encore sonlce là les temps fabuleux ; ce qui a précédé est appelé le temps inconnu : nouvelle preuve que l'âge d'airain seul a pu être réel , que les deux autres sont une imagination creuse des poètes. Un reste de tradition sur le premier état de la Grèce a forcé Hésiode de changer l'ordre qu'il avait suivi d'abord, et de supposer que les héros valaient mieux que les hommes de l'âge précédent. Nous avons déjà remarqué que ces prétendus demi-dieux n'étaient cependant rien moins que des personnages fort vertueux ; le nom de héros ne signilie rien autre chose que fort et courageux.

(2215J Au liège de Thèbes el de Troie. -Ce que l'on a dit sur la Théogonie sullil pour nous faire conclure que ces deux sièges ne sont pas si certains que l'on ne puisse en douter. Œdipe et sa famille pourraient bien être des personnages en l'air : Hélène, qui est le nom de la Grèce, a l'air d'être une femme de même espeee, aussi bien que Laomédon et sa postérité. Tous désignent des lieux particuliers de la Grèce dont on a fait des hommes, et que l'on a transplante*, en Asie. On sait que , chez tous les peuples, le sujet des premières poésies et des premiers romans ont été les expions vrais ou faux

plus tard 1 C'est le siècle do fer, où les travaux et la misère sont sans interruption, auquel les dieux n'accorderont jamais de repos, où tout au plus les maux sont entremêlés de quelques biens. Jupiter ne tardera pas de taire périr encore cette nouvelle espèce d'hommes; à peine sont-ils nés, qu'ils blanchissent de vieillesse. L'union ne règne ni entre le père et lesenfauts, ni entre les voisins, ni entre les amis; la discorde arme les frères contre les frères, et pendant une si courte vie, ils sont l'opprobre de leur famille. Les uns sont des impies qui, sans craindre la vengeance des dieux , calomnient et outragent les innocents ; les autres des cœurs dénaturés qui ne témoignent à leurs parents, vieux et cassés, aucune reconnaissance pour leur éducation : celui-ci porle la guerre chez ses voisins, et met leursbiens au pillage ; on ne fait grâce ni à la justice, ni à l'innocence, ni à la vertu; l'on a plutôt des égards pour les scélérats et les méchants. Il n'y a plus ni justice ni pudeur. Un homme couvert de crimes outrage impunément l'homme de bien, et se parjure sans scrupule.

L'envie au teint livide, qui ne se repaît que des maux d'aulrui , poursuit tous les hommes et les noircit par de fausses accusations. Enfin la pudeur et la correction habillées de blanc (2217), ont quille la terre pour retourner au ciel; elles ont abandonné les hommes pour rejoindre les dieux:

elles les ont lassés en proie à leurs misères sans aucune espérance de les voir jamais finir.

J'adresse maintenant une parabole aux rois qui croient êlre sages (2218); voici le

des anciens preux de la nation; qu'au défaut de héros véritables, on en a créé d'imaginaires.

(2210) Les îles Fortunées. Les auteurs qui ont voulu lixer dans la suite la situation de ces îles, ont dit les uns que c'était l'Espagne, les autres que c'étaient les Canaries, ils n'ont pas fait attention qu'llomèie el Hésiode ne connaissaient ni les unes ni les autres, que ces poêles ont parlé des iles Fortunées ou champs Elysées , comme les sauvages imaginent un pays des unies, sans savoir où il est. Tantôt on a dit que ces îles étaient pi es de l'Océan, tantôt au milieu , tantôt au delà, parce qu'elles ji existent nulle part.

Celle tradition sur le séjour des âmes des héros n'élail pas bien constante chez les Grecs; il y avait dans le Pont-Euxin une ile Leuca ou Achillée, dans laquelle on croyait qu Achille et les héros tués au siège de Troie faisaient leur demeure. (Voyez Iphigénie en Tauride, d'Eurypidc; Théâtre des Grecs, tome 111, page "28; PausaiN., liv. m, ch. lî).)

(2217) Lu Pudeur et la Correction. Ns^gaif. Ou a dit, Théog., noie 1905, quelNémésisesl la justice ou la vengeance divine. Selon les païens, les dieux se vengeaient souventen portant les hommes au crime, el en les rendant plus méchants ; d'autres fois ils les châtiaient pour les corriger el les rendre meilleurs. Celte seconde vengeance est la seule qui convienne à la divinité envers les hommes eu celle vie ; la première est un blasphème. Le poêle suppose que les hommes étant également incapables de hojite el de correction, ces deux divinités étaient devenues inutiles sur la terre.

•(22i8} J'adresse une parabole. On ne voit p.ts

discours que tint l'épervier a un rossignol . guerre, les horreurs de la famine et touto qu'il avait enlevé au plus haut des airs, espèce de désordres. Rien ne trouble la

qu'il tenait dans ses serres, et à qui la douleur faisait pousser des cris lugubres:

Malheureux oiseau , à quoi servent tes plaintes? tues au pouvoir d'un plus fort que loi ; malgré l'harmonie de les chants, il faut que tu me suives, il dépend de moi de te dévorer ou de te metlre en liberté. C'est une imprudencede résister à celui qui est plus puissant que nous, loin d'y trouver aucun avantage, on n'en est que plus mal traité. Ainsi raisonnait l'épervier, sûr de la force de ses ailes.

Mon cher Perses, sois ami de l'équité ; ne te rends ni coupable ni fauteur de l'injustice; elle cause infailliblement la ruine des petits: les grands la souffrent impatiemment et se vengent du dommage qu'elle leur cause. Le plus sûr moyen de parvenir est la justice, elle l'emporte tôt ou tard sur son ennemie; l'insensé en fait l'expérience à ses dépens. Le dieu redoutable des serments poursuit sans relâche la vengeance des jugements iniques : la justice, outragée par les juges corrompus, elforcéede succomber sous leurs arrêts lyranniques , élève ses cris vers le ciel; enveloppée d'un air léger elle voltige autour des villes et des nations qui la méconnaissent, et fait pleuvoir les fléaux sur ceux qui l'ont bannie de leurs assemblées. » Ceux au contraire qui rendent également justice aux étrangers et à leurs concitoyens, qui no s'écartent jamais des règles de l'équité rendent leur patrie et leur nation llorissantes (2219); ils y font régner une paix profonde ; Jupiter, attentif à leur conduite, écarte loin d'eux les malheurs de la

trop le but de cet apologue, ni quelle liaison il peut avoir avec le dessein du poêle. C'est aux juges qu'il veut parler, et le discours qu'il leur adresse n'est pas propre à les prévenir en sa faveur.

(2219) Rendent leur pairie florissante. Par le détail des récompenses temporelles qu'Hésiode promet à la venu, il semble que les Grecs de son temps n'aient eu aucune idée du bonheur qu'elle procure dans l'autre vie ; il ne met dans les champs Elysées que les âmes des héros, et les poêles n'ont ordinairement placé dans les enfers ou dans le Tartare que les scélérats fameux par leurs forfaits. Que devenaient les hommes du commun après leur mort? Quel élail leur élat dans le royaume de Pluton ? Rien de clair dans les anciens sur cet article important. Par la manière dont Homère fait parler les héros qu'Ulysse rencontre dans les enfers, Achille, Hercule, etc., on voit que ce séjour ne leur était pas fort agréable, et qu'ils regrettaient beaucoup la vie ; à plus forte raison les mort» du commun devaient-ils s'ennuyer dans leur sombre et triste demeure. La croyance des enfers ne pouvait servir au commun des peuples qu'à lui faire craindre beaucoup la mort; elle n'était d'aucune utilité pour le porter à la vertu.

(2220) Du gland pour se nourrir. 11 est certain que le gland des chênes n'a jamais élé une nourriture propre pour les hommes, quoique l'on ait vu quelquefois des malheureux pressés par la faim eu faire rôlir au feu et le manger. Mais les anciens ont entendu sous le nom de gland tous les fruits à coque, les châtaignes, les noix, les noisettes, les amandes, les pistaches, les pignons, les saligols, lu faine, etc.

joie de leurs festins; la terre s'empresse de leur prodiguer ses dons; ils trouvent même, sur les chênes du gland pour se nourrir (2220)., et du miel pour l'assaisonner. Leurs brebis portent de riches toisons , leurs femmes mettent au monde des enfants semblables à leurs pères; ils sont dans l'abondance de toutes choses. Ils n'ont besoin ni de navigation ni de commerce; ils trouvent dans la culture de leurs campagnes, de quoi pourvoir à lous leurs besoins.

Pour ceux qui se livrent à l'injustice et au crime, Jupiter ne tarde pas à les punir. Souvent toute une ville est la victime des désordres et des projets pernicieux d'un seul citoyen (2221): Jupiter y envoie la disette et la contagion; les peuples périssent, la stérilité afflige les femmes, les lamilles tombent et s'anéantissent ; ce dieu vengeur fait périr leurs armées , ouvre leurs murs à l'ennemi, ensevelit leurs vaisseaux sous les flots.

Rois, qui jugez les nations, réfléchissez sur ces malheurs; les dieux ont les yeux ouverts sur la conduite des mortels (2222)» ils regardent de près ceux qui font pencher la balance du côté de l'injustice, et qui .bravent la vengeance divine. Ils sont répandus par milliers sur la face de la terre; Jupiter les y a placés pour veilier sur les hommes, pour examiner leur conduite et leurs crimes: enveloppés d'un air léger ils parcourent l'univers (2223).

La justice est une vierge pure qui doit

C'est ce qui a servi de nourriture aux premiers hommes avant qu'ils exerçassent l'agriculture.

(2221) Toute une ville est la victime, etc. Selon la croyance des païens, c'est une injustice manifeste que le poète attribue aux dieux. Il est contre l'équité naturelle de punir tout un peuple des crimes d'un particulier , sans faire espérer aux innocents ainsi maltraités aucune espèce de dédommagement. Selon les principes de la vraie religion qui s'accordent parfaitement avec les plus pures lumières de la raison, Dieu a pu sans injustice punir par des iléaux universels les forfaits des particuliers qui demandaient une vengeance éclatante; ceux mêmes qui n'avaient aucune pari à ces crimes, puriliés par les maux temporels des fautes personnelles dont aucun homme n'esl exempt, devenaient par là plus dignes des récompenses éternelles, qui seules méritent d être envisagées dans la pratique de la venu. C'est donc à lorl que Lecleic insinue dans sa noie sur cet endroil d'Hésiode que souvent les théologiens ont donné lieu au même reproche que les païens.

(2222). Les dieux ont les yeux ouverts. On ne comprend pas comment les païens pouvaient redouter la punition divine en blessant la justice; les dieux, loin d'en être les vengeurs, donnaient les premiers l'exemple du crime et des passions les plus injustes. Les belles maximes de noire poêle doivent donc èlre envisagées comme un reste de lumière naturelle et un cri de la conscience qui se faisait entendre au milieu des erreurs et des extra\agances du paganisme.

(2225). Ils parcourent l'univers. Homère L'enseigne de même, (Jdyss. xvii, 4So.

io*J

sa naissanca a Jupiter (222%); les dieux y est entré, il s'aplanit, ot les difficultés

mêmes qui habitent le ciel, ont du respect s'évanouissent.

et de la vénération pour elle. Si quelqu'un C'est la perfection de la verlu sans doute,

la blesse et l'outrage, sur-le-champ elle de prendre toujours le bon parti par ses

porte ses plaintes à Jupiter contre les boni mes; elle l'engage à venger sur les peuples les crimes des rois (2225), qui foulent aux nieds les lois et abusent de leur autorité. Juges corrompus par les présents, redoutez sa vengeance , réformez vos jugements, renoncez pour jamais à l'injustice.

Celui qui pense nuire à autrui se fait tort à lui-môme; un mauvais conseil est toujours pernicieux a celui qui le donne. L'œil perçant de Jupiter à qui rien n'est caché, lient un compte exact de tout; il n'ignore point de quelle manière un peuple rend la justice. Voudrais-je être juste (2226), elle conseillerais-je à mes enfants, s'il était désavantageux de l'être, et si le parti le moins équitable éprouvait toujours le meilleur sort? Jamais le dieu qui lance le tonnerre, ne permettra que l'ordre soit ainsi perverti.

Souviens-loi, mon cher Perses , des conseils que je te donne. Sois fidèle à suivre les règles de l'équité , renonce à toute injustice; telle est la loi que Jupiter impose a tous les hommes. Il peut être permis aux bêtes féroces, aux poissons, aux oiseaux de dévorer leurs semblables; la justice n'est

iias faile pour eux, mais elle convient aux lommes, el fait leur bonheur. Si quelqu'un dit en public la vérité telle qu'il la connaît,

propres lumières, et de considérer en toutes choses la fin où elles doivent aboutir; mais c'esl aussi un mérite de suivre les bons conseils. Celui qui n'a ni sagesse ni docilité, n'est bon à rien.

Fidèle à mes avis, applique-toi au travail, mon cher Perses; rends-toi digne des dieux dont lu es descendu (2228); tu seras à l'abri de l'indigence; Cérès te comblera de ses dons , et remplira la maison de biens. La faim marche à la suite de la paresse: un homme oisif est détesté des dieux et des hommes; il ressemble aux avides frelons qui dévorent dans leur oisiveté le fruit du travail des abeilles. Prends du goût pour les travaux les plus avantageux (2229), atin d'avoir toujours chez toi de quoi pourvoir à tes besoins. Le travail est la source de l'opulence; il te rendra cher aux dieux et aux hommes: un fainéant leur est en horreur.

Ce n'est point un déshonneur de travailler, c'en est un de ne rien faire; dès que tu sauras t'occuper, bientôt l'aisance dont lu jouiras, excitera l'envie des paresseux mômes : l'opulence ainsi acquise a pour compagnes la gloire et la vertu : tu deviendras semblable aux dieux. Travailler est donc le sort du sage. Ne jetle plus un œil avide sur le bien d'aulrui, pense à te rendre utile, et pourvois à ta subsistance;

Jupiter le comble de bienfaits (2227); si au c-est p^yisqu^ je te donne contraire il se parjure et blesse la justice Le I)arlag^de l'indigence est la honte

par un laux témoignage, il se prépare un et ]a mâu?aise honte ; car il y en a une qui

malheur sans remède : sa postérité tombera esl uli|e ,a |)remière ne conduit qu'à la

uans le mépris, au heu que les descendants j)auvreté> |e courage fait parvenir aux ri-

du juste seront plus honorés de siècle en chesses. Ce n'est point par le vol ou par la

^'ècle. violence qu il faut s'en procurer; celles que

C'est pour ton bien que je te parle, im- les dieux nous donnent, sont infiniment

prudent Perses; il est aisé de pousser la préférables. Si quelqu'un s'enrichit parla

méchanceté à son comble, la voie en est rapine, par la fourbe, par le mensonge

toujours ouverte et les occasions sont fréquentes. Pour arriver à la verlu, les dieux

(et l'on n'en voit que trop en qui l'avidité a perverti la raison, chez qui l'effronterie a

veulent qu'il en coûte, le chemin en paraît banni toute pudeur), les dieux ne tarderont d'abord long, pénible, escarpé ; dès que l'on ims de renverser sa fortune et d'anéantir sa

(2224) La justice doit sa naissance à Jupiter. Theog. note 2104, il esl dit que la justice est lille de Jupiter ei|de Tbémis.

(2225) Venger sur les peuples les crimes des rois. (Voyez noie 2221 ci-devant.)

(2220) Voudruis-je être juste? Leclerc observe avec raison que Hésiode ne témoigne point ici un attachement bien décidé ni bien généreux pour la vertu. Lu bomme vraiment juste aune la justice pour ellc-inêine, sans examiner s'il en tirera du prolit, ou s'il en ressentira du préjudice. Il est rare que la rertn soii heureuse sur la terre el qu'elle v jouisse de l'estime qui lui est due.

(2227; Jupiter le comble de bienfaits. L'expérience ne prouve que trop que ces maximes se trouvent souvent fausses; c'est par conséquent •rendre un mauvais service a la verlu de n'y exhorter les hommes qu'en vue de la félicité temporelle. Ou a souvent objecté que Moise ne proposait point d'autre motif pour engager les 'Juifs à l'observation Je ses lois; mais on aurait dû faire attention .qu'il s'agit

là d'une nation tout entière, de l'étal civil et politique de tout un peuple ; et il esl dans l'ordre que sa prospérité dépende de son exactitude à observer les lois. C'est autre chose quand il esl question des particuliers. Jamais dieu n'a proposé la félicité temporelle comme l'unique but que l'homme devait envisager dans la pratique de la verlu.

(2±26) Des dieux dont lu es descendu. Il n'y a pas d'apparence que Hésiode veuille parler ici de ses ancêtres; on verra, v. (333, qu'ils n'étaient rien moins ipie de grands personnages. Il est plus probabie qu'il parle de l'origine des nommes en général, et qu'il les suppose tous descendus des dieux. On peut le conclure du v. 108 : lorsque tes dieux furent nés de même que les hommes. 11 esl vrai que Hésiode n'a indique clairement nulle part quelle éla.t l'origine des hommes.

(22-2!)) Les travaux les plus avantageux. Mct^i«. IJeniMUs a montré que tel est le sens de ce terme : el llcsycliius l'explique à peu prés de même.

famille; il n'est pas riche pour longtemps, on rend volontiers à celui qui donne ; qni- C'estse rendre coupable de maltraiter un conque ne donne rien, ne reçoit rien. La étranger, un suppliant(2230), de souiller le libéralité est toujours utile, le vol dangelil de son frère, de lui débaucher son reux et pernicieux. Un homme libéral réépouse par un adultère honteux (2231), de pand ses dons avec joie, c'est le plaisir le faire tort à de pauvres orphelins, d'outrager plus pur pour une belle âme. Celui qui est de paroles un père blanchi par les années, porlé au larcin et qui le commet sans scrnet courbé sous le poids delà vieillesse. C'est pule, se prépare de cruels remords. En exciter la colère de Jupiter qui punit tôt amassant peu et fréquemment, on amasse

ou tard le crime, et mal.

rend le mai pour le

enfin beaucoup; pour éviter les horreurs de l'indigence, il faut accumuler sans cesse.

soin de les apaiser par des libations ei des victimes, le soir avant que de prendre Ion repos, le matin à ton réveil, afin qu'ils te chérissent et te protègent (2232) ; qu'ils te mettent en état d'acheter les terres d'aulrui, et non pas de vendre les tiennes.

Invite ton ami à ta table (2233), n'y appelle jamais ton ennemi ; aie soin surtout Ue régaler ton voisin. S'il te survient un travail ou un embarras imprévu, les voisins accourent sans ceinture, les parents prennent le temps de se retrousser. Un mauvais voisin est un malheur, un bon voisin est un bien inestimable; heureux qui en rencontre de tels : si le laboureur voit périr son bétail, c'est qu'il a de mauvais voisins (2234).

Emprunte de ton voisin dans une juste mesure, rends-lui de même ; et si tu peux, rends-lui davantage, afin qu'il te prête une autre fois ce dont tu auras besoin. Ne cherche point de profits injustes, ce sont de vrais dommages. Rends amitié pour amitié, visite pour visite, présent pour présent, et

besoin de ce qu'on n'a pas : fais-y réflexion. Bois è longs traits du tonneau que tu viens de percer(2236): épargne-le quand il est au milieu; il est trop tard pour l'épargner quand il est au bas.

Récompense justement les services, même d'un ami: quand tu jouerais avec ton frère, prends des témoins. La confiance et la défiance poussées à l'excès perdeni également les hommes (2237). Ne te laisse point séduire par les ajustements, par les discours, par les caresses d'une femme ; se livrer à elle, c'est se fier aux voleurs.

Un seul enfant suffit pour conserver la maison paternelle (2238): dans ta vieillesse il te sera consolant d'en voir croître un second avant de mourir ; tes richesses augmenteront avec tes enfants, plus ils seront en grand nombre, plus Jupiter les comblerade biens. Plusieurs donnent plus de soins, mais ils font plus de profit. Si tu veux devenir riche, observe celte maxime : que tes travaux se succèdent sans interruption.

Commence ta moisson au lever des

rien a. celui dont tu n'auras rien reçu (2235): Pléiades (2239), et ton laboura leur cou-

(2230). Maltraiter un suvvliant. (Voyez le bouclier d'Hercule, v. 85.)

(2231) Lui débaucher son épouse. 11 paraît par cette morale que les païens se croyaient obligés d'èlre plus vertueux que les dieux qu'ils adoraient, et que leurs mœurs n'avaient aucune relation avec. leur religion, ou plutôt que la voix de la nature était plus forte en eux que l'empire de la superstition.

(2232) Ils te chérissent et te protègent. On a souvent remarqué que les païens ne demandaient à leurs dieux que des biens temporels, que c'était le seul motif du culte qu'ils leur rendaient :

Del vitam, det opes, animum mi wquutn ipse parabo,

dit Horace en parlant de Jupiter.

(2235) Invite ton ami. Cet avis, dit Leclerc, est assez superflu; personne ne s'avise de régaler ses ennemis.

(2234) Si le laboureur voit périr son bétail. Ce préjugé existe encore parmi les habitants des campagnes ; lorsqu'il survient des maladies à leur bétail, la plupart se persuadent qu'elles sont l'effet d'un sortilège, de la malice d'un ennemi ou de la jilousied'un voisin.

(2235) Rien à celui dont tu n'as rien reçu. Ces conseils ne sont ni louables ni décents, rien n'est plus froid ni plus malhonnête; mais il ne faut pas attendre des païens une morale irrépréhensible; il était réservé à l'Evangile de nous donner des idées juslei de la vertu et des préceptes parfaits.

(2250) Du tonneau que lu viens de percer. Il pa-

raît par là que les Grecs du temps d'Hésiode connaissaient déjà l'usage des tonneaux pour mettre leur boisson, quoiqu'ils conservassent souvent le vin dans de grands vases de terre, et qu'ils se servissent d'outrés pour le transporter.

(2257) La confiance et la défiance poussées à l'excès. Cette maxime est incompatible avec l'avis précédent. N'est-ce pas un excès de déliante de ne vouloir point jouer sans témoins, pas même avec un frère'/ La défiance excessive est le défaut ordinaire des âmes basses et grossières; mais elle pouvait être nécessaire parmi les Grecs du bas étage, qui n'ont jamais passé pour des modèles de probité. Le nom même que les Romains leur avaient donné, montre l'idée qu'ils en avaient : Grains, Crœcus signifient méchant, mauvais ; pica Grœca, pie méchante, piegrièche.

(2258) Un seul enfant suffit. Il a paru nécessaire de suivre en cet endroit la correction d'ileinsius; la leçon ordinaire ne fait pas un sens raisonnable.

(2259) Au lever des Pléiades. C'est à-dire, vers le milieu du mois de mai. 11 n'est pas étonnant que la moisson se fasse dans la Grèce beaucoup plus lot que chez nous, le climat est beaucoup plus au midi. Dans les provinces uiériuionales de Fiance, la moisson se fait en juin, dans celles du milieu du royaume, en juillet, dans celles qui sont plus au septentrion, en août. Dans les «pays montagneux, la moisson est encore plus laidive; elle ne se fait qu'en septembre et quelquefois la neige tombe sur

cher (22V0). Elles demeurent cachées pendant quarante jours, mais elles reparaissent sur la tin de l'année (2241), quand on commence à aiguiser la faux. Telle est la règle des laboureurs, tant pour ceux qui habitent les rivages de la mer, que pour ceux qui cultivent de fertiles vallées loin de cet élément.

Laboure, sème et moissonne sans habits (-2-2V2). Il faut achever de bonne heure tous les travaux de Cérès (2243), si tu veux avoir ses fruits dans leur maturité ; autrement tu cours risque de mendier ton pain et de voir

tu ne sois pas obligé de les emprunter, et, si on te les refuse, de laisser passer le temps propre au travail. Ne remets aucun ouvrage au lendemain ; le laboureur indolent ne remplira jamais ses greniers : l'activité double l'ouvrage. Un négligent est toujours aux prises avec les accidents.

En automne, lorsque les ardeurs du soleil et les sueurs commencent à diminuer, que Jupiter rafraîchit l'air par des pluies fréquentes, le corps humain est plus agile; alors le soleil ne darde point ses rayons directement sur nos têtes, et il prolonge son

v'i»i.^iii-''j<.«^-.«v~.-.-.----- r — — — — w — i kj

ta peine perdue. Tu m'es venu exposer tes absence pendant la nuit. Lorsque le bois do

besoins; mais une seconde fois n'attends de moi ni dons ni emprunts : travaille, insensé, c'est la loi que les dieux ont imposée aux hommes, si tu ne veux pas mendier avec ta femme et les enfants, et souffrir les rebuts de tes voisins. On te donnera une ou deux fois, à la troisième tu seras importun. Tu auras beau te plaindre et faire de longs discours, on ne t'écoutera pas, et tu n'avanceras en rien. Je te donnepour avis

charpente est moins sujet à la carie et à la nourriture, que les feuilles tombent et que la sève ne monte plus, souviens-toi qu'il est temps de couper les bois nécessaires. Coupe un tronc de trois pieds pour un mortier, un pilon de trois coudées, une planche de sept pieds, c'est la juste mesure. Si tu la fais de huit pieds, tu pourras en retrancher de quoi faire un maillet. Donne trois palmes aux jantes des roues, et dix palmes à un

de penser à payer tes dettes, et à prévenir chariot. Amasse plusieurs bois courbes;

la faim, lorsque marchant dans la plaine ou sur les

Commence à te procurer une maison , du montagnes tu trouveras un chêne vert

bétail pour le labourage, une bergère pour propre pour un manche de charrue (2244),

le conduire, des outils en bon état, afin que ne manque pas de le porter chez toi ; c'est

les grains avant qu'on ait pu les couper. Ainsi, dans la même province, il se trouve des contrées où l'on <oupe les blés six semaines ou deux mois plus tôt que dans les aunes. Dans le voisinage des moniagoes, une dislance de deux lieues sullit pour meure dix ou douze jours de différence dans la maturité des grains.

On verra par ce qui sera dit ci-après, que c'est l'agriculture qui a mis les peuples dans la nécessite de faire les premières observations astronomiques et de se régler selon le cours des étoiles..

'Nous avons parlé plus haut de ,1a fable des Pléiades.

(•l'HO) Ton labour à leur coucher. Au commencement de novembre. Los semailles sont plus tardives dans les pays où la moisson est plus précoce. Dans les climats tempérés, elle se fait en octobre après les vendanges ; mais dans les pays froids, on est obligé de la faire en septembre, de peur d'être surpris par les neiges et pur les pluies froides de l'automne.

("2-241) Sur la fin de l'année. 11 est clair par ces paroles que l'année grecque ne commença. t point oomme Ja notre après le solstice d lnver, ni même immédiatement après l'equinoxe du printemps, mais au mois de mai peu ue temps avaut ta moisson.

(2242) Luboure, sème el moissonne sans habits. 11 n'est pas surprenant que oaus un climat aussi doux «j ue la Grèce, il fasse encore assez cliaud au commencement de novembre pour que l'on puisse labourer el semer sans babils; a plus forte raison peut-on son passer eu mai pendant la moisson. Virgile donne le même avisai! laboureur; nudus ara, fere uudus.

\i-liô) Il faut faire de bonne heure tous les Iravuux de Cérès. La maxime est certaine dans tous les climats par proportion; les laboureurs les plus actifs et les plus diligents sont ordinairement ceux dont la récolle est la meilleure.

( ±± \\) lin manche de charrue. La cbarrue du temp > dTlésioue claù Composée, connue elle l'est encore

aujourd'hui, de trois pièces principales que la ver*, sion latine n'a pas assez distinguées. 1° rû>j ou rty^s- •ch), buris ou bura, le manche ; il était alors d'une seule pièce courbe que le laboureur tenait delà main droite, tandis que de la gauche il. piquait les bœufs avec un aiguillon. Aujourd'hui il est de deux pièces plantées en façon de fourche dont on lient une branche de chaque main; par ce moyen la charrue est plus ferme, et l'on peut tracer des sillons plus profonds ; c'est une autre personne qui conduit et qui chasse les bœufs. 2° "E).u/*a, dentale, le dental ou denleau, comme le nomment les laboureurs; c'est la maîtresse pièce à laquelle le soc est attaché, à laquelle tiennent le timon el Je manche. On pourrait l'appeler la sole de la charrue. 3° "laroêosj, lemo ou sîiva, le timon auquel les bœufs sont attelés. Hésiode ne fait point mention du soc, vomis ou vomer, dont on garnit le bout du déniai; il est d'autant plus probable qu'on ne le connaissait pas encore , que l'usage de labourer avec des charrues toutes de bois a duré pendant très-longtemps. Laniothe-le- Vayer raconte qu'il y a eu des peuples prêts à se révolter coulre leurs maîtres, parce qu'au lieu de socs en bois dont ils se servaient, on leur voulait faire prendre des socs de fer.

Hésiode ne dit rien non plus d'une quatrième pièce que l'on ajoute à la charrue, et qui en rend l'usage beaucoup plus commode; c'est l'oreille qui sert a renverser la gîèoe ou langue de terre que le soc a coupée. Dans les pays où la terre est légère, c'est une simple planche mobile qui peut s'attacher de coté ou d'autre de la sole, alin que le laboureur puisse l'avoir tantôt à sa droite et tantôt à sa gauche, selon qu'il est nécessaire de tourner la gleue ; autrefois on en niellait deux. ( Voyez le texte de Virgile ci- après.) Dans les contrées ou la terre est compacte et pesante, l'oreille est immobile, attachée solidement à la sole, le laboureur l'a toujours à sa droite; il est donc obligé alors de tracer le premier sillon dans le milieu de son champ, 'cl quand il est arrivé au bout, de passer de l'autre côlé pour tracer le second.

Lnlin l'on ajoutc'à la ctiai rue un coutre ou cou*

le, bois le plus dur pour servir au labour. Qu'uu élève de Pallas ait soin de ,1e ficher dans le dental et de le clouer au timon (2245).

Fais deux charrues en travaillant dans la maison (2246); l'une d'une seule pièce, l'autre d'assemblage ; c'est le meilleur parti : si l'une vient à se rompre, tu te serviras do l'autre. Le laurier et l'orme sont les meilleurs bois pour faire le timon de la charrue, le chêne pour le dental, le chêne vert pour le manche. Aie soin d'acheter deux bœufs de neuf ans (2247), c'est à cet âge qu'ils sont les plus forts, lorsqu'ils cessent de croître, ils sont plus propres au labour. Qu'ils ne soient pas sujets à se battre, à rompre la charrue et à laisser ainsi l'ou^ vrage imparfait ; qu'ils soient conduits par un homme robuste de quarante ans (2248), muni d'un bon quartier de pain, qui soit attentif à l'ouvrage et à tracer des sillons droits, qui ne s'amuse point à regarder ses camarades, mais qui soit attaché à son travail. Un plus jeune ne serait pas aussi capable de semer, comme il convient, pour éviter de semer deux fois ; il serait trop aisément distrait par ses compagnons.

Observe attentivement chaque année le passage de la grue; les cris qu'elle pousse dans les airs, annoncent le temps du labour et l'approche des pluies de l'hiver : fâcheuse circonstance pour celui qui manque de hœufs pour labourer; aie donc alors des bœufs à toi dans tes pâturages. Il est aisé de dire : prêtez-moi des bœufs et un chariot; il est aussi facile de répondre à l'emprunteur : mes bœufs sont occupés.

Alors un homme riche en idée forme le projet de faire un chariot : l'insensé ne pense pas qu'il faut cent pièces pour le faire; il aurait dû y faire attention plus tôt, et se les procurer.

Dès que le temps du labour est arrivé, commence des premiers; et du matin, loi et tes domestiques, laboure la terre sèche ou humide (2249) dans la saison pour rendre tes champs fertiles. Au printemps donne le premier coup de charrue, n'oublie pas de donner le second en été , et sème en automne la terre devenue plus légère par ce second labour. La terre ainsi préparée (2250) met à couvert de la disette et du désespoir qui l'accompagne, et te procure de quoi apaiser les cris de tes enfants.

toan fiché dans le limon, dont la pointe répond à celle du soc; il sert à couper en ligne droite la glèbe que le soc doit soulever et que l'oreille doit renverser. Virgile ne le nomme point, mais Pline en l'ail mention. Toutes ces pièces n'ont été imaginées qu'à la longue; les premières charrues n'étaient d'abord qu'un arbre armé du tronçon d'une de ses brandies, aiguisé en forme de crochet ; on attelait les bœufs à cet arbre, le crochet aigu servait à tracer le sillon. Dans plusieurs provinces de France, la charrue est moins composée et a moins oe pièces que dans les environs de Paris. Mais de tous les laboureuis, il en est peu qui cultivent la lerre avec autant d'art que ceux de la Brie ; ils donnent à leur labour une propreté et un alignement que l'on ne voit point ailleurs.

(±245) Un élève de Pallas. On a vu (Théog. note 2103), que Pallas ou.Minerve présidait àtousles arts; il n'est donc pas surprenant qu'un charpentier ou un charion soit nommé son élevé.

(2240) Fais deux charrues. On faisait alors deux espèces de charrues, dans l'une le manche et le dental étaient d'une seule pièce AÙTÔyvovJ c'était un morceau de bois courbé en S auquel on attachait le timon. Le laboureur tenait la courbure supérieure qui servait de manche, l'inférieure tenait lieu de dental et de soc; Virgile en l'ait mention, Georg. », 162,

inflexi primum grave robur arutri ;

ce sont les bois courbés et propres à cet usage, dont Hésiode conseille à Perses de l'aire bonne provision. Virgile (Jonue le même avis, ibid.

Omnia quœ midto ante memor provisa repones.

La seconde charrue était faite de trois pièces, assemblées comme nous avons dit. Comme dans la pieimère charrue le manche et le dental étaient la même pièce, «{tua, dans la plupart desdictionnaires latins est pris pour le manche; il paraît que c'est mal à propos. Vairon, liv. îv, n. 31, après avoir parlé du soc vomer, ajoute : supra id régula quœ slat, sliva, a slando : or cette règle immobile sur le soc ne peut pas être le manche; ce serait plutôt le limon ou une autre pièce qui y était attachée.

Virgile a très-bien distingué toutes ces pièces:

Conlinuo in silvis magna vi (lexa domatur In burim, et curvi formant accipil ulmus aratri. Huic a stirpe pedes temo prolenlus in oclo, Binœ aures, auplici aptantur dentatia dorso. Cœdilur et tilia unie jugo ievis, allaque fagus, Stivaque quœ currus a tergo torqueal imos. [(Virg., Geor. i, 169 et seq.)

Or c'est autant le timon que le manche qui sert à faire tourner les roues de quel côté l'on vent, mais du temps d'Hésiode l'on n'avait pas encore le secret de suspendre la charrue sur deux roues, invention qui diminue infiniment la fatigue des bœufs qui la traînent et du laboureur qui la tient. Ce n'est donc que dans les siècles postérieurs que l'on a représenté Cérès traînée sur un char.

(2247) Deux bœufs de neuf ans. L'on suppose aujourd'hui que les bœufs à quatre ou cinq ans sont dans toute leur force ; dès qu'ils ont dix ans, ils deviennent plus pesants et moins vigoureux ; ou les engraisse alors pour la boucherie.

(22 i8) Un homme robuste de quarante ans. Un homme à cet âge n'est plus jeune, et les laboureurs n'attendent pas jusqu'alors à s'exercer à toutes les pratiques de l'agriculture.

(2249) La terre sèche ou humide. En attendant que la terre devienne plus propre au labour, on s'expose à laisser passer le temps des semailles. Lorsque celle saison esl arrivée, il faut labourer la terre eu quelqu'élal qu'elle soit.

(2250) La terre ainsi préparée, iïtio;, novulis , e'esl-à-clire, la lerre qui a reçu le second labour, appelé par les Latins lier alto, qui esl l'équivalent du grec; il n'est point ici question des Itovales que l'on sème pour la première fois. Les Laiins nommaient le premier labour, proscindere , elles laboureurs se servent encore du même terme, rompre ou verser; parce qu'on ne fait alors que couper la glèbe et la renverser. Us appelaient le troisième tertiare : Hésiode n'en parle point, parce qu'il est inséparable de la semaille. Dans quelques provinces au contraire, lercer, c'est donner le second labour; et on le nomme ainsi, parce q.ue les deux aunes étanl indispensables, c'est ce troisième que les paresseux omettent souvent, et qui est réellement le

PART. 11. THEOL. AKCHEOLOG. — OKKilNE DES DIEUX.

Fais des vœux à Jupiter terrestre (2-251), a la chaste Cérès, pour qu'elle fasse parvenir ses dons à leur maturité. Lorsque tu commences ton labour, que tu prends d'une main le manche de la charrue et de l'autre l'aiguillon pour faire avancer les bœufs attachés au timon, qu'un jeune valet armé d'un hoyau recouvre la semence et écarte les oiseaux (2252). L'ordre est pour les mortels la source de tous les biens, la confusion n'engendre que des maux ; tu verras des épis bien nourris penchés vers la terre, et avec le secours du ciel ils viendront à maturité. Tu penseras alors à nettoyer tes greniers ; et tu pourras te réjouir à ton aise, quand ils seront pleins. Riche en provisions, tu attendras paisiblement le printemps ; tu n'auras rien a demander à uersonne, et les autres auront besoin de toi.

Si tu attends le solstice d'hiver pour semer, tu moissonneras à ton aise, à peine trouveras-tu de quoi emplir ta main, tu ne lieras que des javelles inégales en le traînant dans la poussière; confus et désolé lu l'es emporteras à la corbeille, et lu ne recevras les félicitations de personne. Jupiter accorde à la vérité des succès, taplôl bons et tantôt mauvais, et personne ne peut en répondre; si lu laboures lard, voici toute la ressource que lu peux attendre.

Lorsque le coucou commence à chanter sur les chênes, el qu'il annonce aux mortels l'heureux retour du priniemps (2253), si Jupiter l'ail pleuvoir pendant trois jours sans interruption , tellement que l'eau monte aussi haut que l 'ongle des bœufs et pas davantage , alors le blé semé tard pourra égaler le premier semé.

Observe exactement les saisons , ne te néglige point au retour du printemps el lorsqu'il pleut à propos.

Pendant l'hiver, lorsqu'un froid violent tient tout le monde renfermé, ne fréquente ni les boutiques des artisans, ni les assemblées des hommes oisifs; un père de famille laborieux sait augmenter son bien dans ce temps-là même: crains de le voir accablé tout à la fois par la rigueur de la saison, par l'indigence et les horreurs de la laim. Un homme qui crainl le travail, qui dans sa pauvreté se repaît de vaines espérauces , est souvent occupé de desseins criminels (225i) : assis tout le jour dans les lieux d'assemblée, dans la disette de toutes choses , il se livre aisément à de noirs pixels.

second. Les plus savants commentateurs d'Hésiode ont cru devoir faire toutes ces remanjues, qui paraitrout minutieuses à la plupart des lecteurs; cependant elles sont nécessaires pour bien entendre les auteurs grecs el latins.

(2251) A Jupiter terrestre. Quoique Jupiter fut principalement le dieu du ciel, souvent les poètes étendent son empire sur la terre et. mème'dans les enfers; c'est qu'alors ils le considèrent comme le souverain de tous les dieux. Jupiter terrestre est donc Jupiier qui fait croître les liuilb de la terre par la pluie dont il les arrose.

(•Àil>-2) Armé d'un hoyau. Du temps d'Hésiode,

OEUVRES COMPLÈTES Ut UuiiGItK. I.

Dis à tes valets pendant la belle saison : l'été ne durera pas toujours, réparons noire demeure. Kviiez le mois Lénéon (2255) et les jours dangereux où la température de l'air est pernicieuse au bétail : préservezvous des froids glaçants que vous envoie Borée, dont le souffle met en fureur la mer de Thrace, couvre de glaces la lerre et les arbres , déracine sur les montagnes les chênes et les sapins, les précipite dans les vallons, fait un bruit épouvantable dans les campagnes et les forêts. Les bêles féroces sont saisies de crainte et demeurent immobiles; le poi 1 dont elles sont revêtues, ne les met point à couvert des rigueurs do la froidure : elle se fait sentir au bœuf, malgré l'épaisseur de son cuir, et à la chèvre, malgré la longueur de son poil ; les troupeaux de moutons y sont moins sensibles à cause de l'épaisseur de leur laine. Le vieillard transi courbe ses épaules: la jeune fille qu'une pudeur délicate retient sédentaire auprès de sa mère, n'y est pas exposée ; le bain et l'huile dont elle fait usage, le solo qu'elle a de se couvrir exactement pendant la nuit, la défendent contre la rigueur de l'hiver. Alors le Polype se ronge les membres dans sa froide et sombre retraite ; le soleil ne lui montre plus d'autre nourriture dont il puisse se rassassier. Cet astre est retiré vers les climats des noirs Ethiopiens, et ne luit que fort tard sur la Grèce.

Dans cette triste saison, l'on voit les différents animaux qui peuplent les forêts, fuir en grinçant les dents, à travers les broussailles; ils cherchent à se mettre à couvert dans les plus épais taillis ou dans les cavernes des rochers : semblables à un vieillard courbé sur son bâton, dont les membres sont sans vigueur et la tête penchée vers la lerre, ils rôdent de tous côlés pour éviter la neige et Jes frimas.

Alors aie soin de te revêtir d'étoffe de laine et d'une longue robe; enveloppe-toi d'un drap épais et bien fourni, si tu ne veux trembler sans cesse el frissonner de froid. Couvre tes pieds de bons souliers de cuir de bœuf garnis de fourrures en dedans. Lorsque la froidure sera plus violente, faistoi un manteau de peau de chevreau cousue avec des nerfs de bœu-f pour le dé- \ fendre de la pluie; et mets sur ta tête un chapeau capable de préserver tes oreilles de l'humidité. Le froid redouble au point du jour, lorsque la bise va cesser; l'air

Ton avait donc pas encore inventé la herse, occa ou tribula, puisque, pour recouvrir la semence, on se servait d'un hoyau ou d'une espèce de ràleaa.

(2255) Au retour du priniemps. Hésiode ne parle point du labour qui se fait au printemps pour semer l'orge, l'avoine et les légumes ; il n'a pour objet que la culture du ble ou du froment, parce que c'est la principale.

(2254), Occupé de desseins criminels. C'est de tout temps que la fainéantise a peuplé l'univers de scélérats.

(2255) Le mois Lénéon. Il répondait à peu pics a notre mois de 'anvier.

'lOOï

Trois du matin se répand sur la terre pour donner la fécondité aux travaux du riche •laboureur. L'humide vapeur qui s'élève des rivières, portée au plus haut des airs par la force du vent, tantôt retombe en pluie, el tantôt est agitée avec violence, lorsque Borée nous amène de laThracede sombres nuages (2256).

Préviens-le pour finir ton ouvrage et rentrera la maison; ne demeure point exposé à l'humidité d'un brouillard épais qui pénètre les habits et le corps ; évite-le soigneusement, la saison de l'hiver est dangereuse à tous, aux animaux comme aux hommes. Il faut donner alors aux bœufs la i moitié de leur ordinaire, et un peu plus a j l'homme; la longueur des nuils diminue leurs besoins. Sur cette observation aie soin pendant l'été de proportionner la nourriture à la longueur du travail journalier et à celle du repos de la nuit, jusqu'à ce que la terre ait fourni de nouvelles provisions à ses habitants. ■

Soixante jours après le solstice, l'étoile Arc tu rus (2257) sortant de l'Océan, paraîtra la première sur le soir. Ensuite l'hirondelle de Pandion (2258) vient annoncer aux mortels par ses chants lugubres du matin le retour du printemps. Préviens son arrivée pour tailler la vigne, c'est le temps le plus propre. Lorsque l'escargot paraissant hors de sa coquille, commence à se traîner sur les plantes au lever des Pléiades, il est trop tard pour fouir la vigne. Aiguise alors ta

(2286) De sombres nuages. (Voyez Théog., note 2022 ce qui est dit de Borée.)

(2527) L'étoile Arcturus. 11 serait assez inutile de copier les savantes dissertations des critiques sur le temps précis où les. différentes constellations devaient paraître sur la Grèce au lenips d'Hésiode ; celle-ci devait se lever vers le 10 de mars.

"Apxrovcoç est la queue de la grande ourse, ou plutôt une étoile voisinede celte constellation. Celleci était nommée "AjOxtoc ou "Apec , °Hlixri, k«'â)u<7tw ; ces noms signifient tournante. Le premier est analogue au latin arcus, un demi-cercle : "lûiy.v;, vorticosus; le troisième vient de xa)itofi«t, volvor: on l'appelait encore "Afz«?a, le Chariot, et c'est -le -nom que lui donnent tous les peuples des campagnes. Comme «/sxti? signifie aussi un ours, la constellation du Chariot est ainsi devenue la grande Ourse, pour la distinguer de la petite qui en est voisine et qui touriK! comme elle. On prétend que ces deux constellations furent ainsi appelées, parce qu'elles désignent le nord qui est le pays propre aux ours. Cette explication paraît un peu tirée.

Hélice ou Callisto était, dit-on, une compagne de Diane, c'est-à-dire que les étodes de la grande ourse paraissent souvent en même temps que la lune ; elles sont assez brillantes pour n'être peint effacées par la lumière de cet astre. Hélice eut ae Jupiter un fils nommé Arcas, qui fut le père des Arcadiens : Junon irritée contre lui et contre sa mère, les changea en ours. On aperçoit l'équivoque de cette métamorphose.

L'Arcadie était ainsi nommée à cause de ses montagnes ; il y en avait 70 selon Pline ; vA/>xtov est une montagne près de la Proponlide ; »px»(, élevé eu autorité. On l'appelait aussi Lycaonie, a cause du mont Lycœus : Arcas avait donc pour aient Lycaon, parce que celui-ci était le nom plus ancien. Les Arcadiens, peuples pasteurs, furent les

faux (2259), et conduis tes gens au travail. Ce n'est plus le temps de reposer à l'ombre ni de dormir le matin, lorsque la moisson vient et que lo soleil airaiblilnos forces : il faut se hâter, mettre promplement ses grains à couvert, se lever au point du jour pour avoir assez de temps. L'aurore seule emporte le tiers du travail journalier; c'est le moment le plus précieux pojr mettre en train les ouvriers el pour avancer la besogne : c'est l'aurore qui met les hommes en mouvement el l'ait attacher les bœufs ati joug.

Lorsque le chardon fleurit, (pie la bruyante cigale fuit entendre son ramage sur la verdure, et tient ses ailes dans un mouvement continuel, les chaleurs se font sentir avec violence : alors les chèvres sont plus grasses, le vin plus agréable au goût, les femmes plus portées au plaisir, les hommes moins vigoureux ; desséchés par les brûlantes ardeurs du soleil, à peine se soutiennent-ils sur leurs genoux. Alors il est agréable de prendre le frais sous un ombrage épais avec du vin de Biblos (2260), de grandes coupes de lait de chèvre (2261) dont les petits sont sevrés, tle la chair de chevreau et de génisse qui n'ait pas encore porté. Dans cette saison lu peux boire a longs traits, étendu à l'ombre, et te régaler à ton aise, en respirant la douce haleine des zéphirs et la fraîcheur d'une fontaine vive et pure : mêle trois parties d'eau avec un quart de vin (2262).

premiers G ecs qui observèrent les deux constellalions nommées 'xpxoç; donc ils en descendaient en droite ligne; et ils se croyaient aussi anciens que la Lune. Toutes les autres laides que l'on a débitées sur les autres constellations et sur les autres peuples de la Grèce, sont aussi solidement fondées que celle-ci.

(2258) L'hirondelle de Pandion. L'on ne s'arrêta point à rapporter la fable de ce prétendu roi d'Athènes, dont les filles furent changées , l'une en rossignol, et l'autre en hirondelle. De l'aveu de l'abbé Bander, il y avait trois traditions différentes sur cet événement qui ne s'accordaient, ni sur les noms des personnages, ni sur le lieu de la scène où il était arrivé ; preuve assez certaine que c'est une fable où il n'y a rien d'historique, et que les poêles ont forgée sur un amas confus d'équivoques.

(2259) Aiguise alors ta faux pour la moisson. Hésiode ne parle point de la fenaison qui précède la moisson partout.

(2260J Vin de Iiyblos. Les uns prétendent que ce vin est ainsi nommé, parce que le plan en avait été apporté de Bvblos en Phénieie; d'autres parce qu'il croissait sur une montagne de Thrace de même nom; quelques-uns à cause de la vigne qui le produisait, uont les ceps étaient plus lorlueux que les autres. Celle discussion n'est pas fort importante.

(226.) Lait de chèvre. 11 semble qu'Hésiode le préfère au lait de vache, el c'est assez le goùl des peuples de la campagne, parce que le premier est plus gras ; mais il conserve toujours la saveur propre à la chèvre qui ne paraîtra jamais agréable à beaucoup de personnes, pour laquelle même plusieurs ont une répugnance invincible.

(220-2) Mêle trois parties d'eau. Il fallait donc que

ce vin de Byblos lût extrêmement violent, si ou

lail oL-ligé de le tempérer avec les trois quarlsd'eau.

lUïri

Au premier lever d'Orion, commande h les gens de fouler les dons précieux de Cérès dans une aire bien baltue et exposée au grand air; après avoir mesuré ton prain, serre-le promptement dans le grenier. Lorsque tu auras rassemblé toutes tes provisions, je te conseille de chercher un valet qui n'ait point de domicile, et une servante qui n'ait point d'entants : une servante avec des enfants est un embarras. Entretiens un chien alerte et vigoureux, et ne lui épargne point la nourriture, de peur qu'un voleur attentif à dormir de jour et à veiller de nuit ne t'enlève ce qui t'appartient. Amasse du foin et de la paille pour nourrir les bœufs et tes mulets; mais accorde de temps en tetnps du repos à tes domestiquas et ôle lo joug à tes bœufs.

Lorsque Orion (2263) et Sirius (2264) seront parvenus ou plus haut du ciel, et queArcturus paraîtra avec l'aurore, alors, mon cher Perses, il faut vendanger et recueillir le raisin. Expose-le au soleil (2265)

Si tu veux l'exposer aux peri's de la navigation, lorsque les Pléiades (2267), fuyant le nébuleux Orion, se seront cachées sous It-s eaux de la mer, différents vents commencent à souffler avec impétuosité, il ne faut plus exposer un vaisseau sur les flots : c'est le temps de s'occupera l'agriculture, comme l~ je te l'ai enseigné. Mets ton vaisseau à sec, et le soutiens de toutes paris avec des pierres (2268), pour qu'il ne soit pas battu par les vents; vide la sentine, de peur que les eaux ne le pourrissent: tiens à couvert tous les agrès, plie proprement les voiles, suspends le gouvernail à la fumée, attends paisiblement le retour du temps propre à remettre en mer. Alors remets ton vaisseau à flot, fournis-le d'une riche cargaison pour en tirer un profit considérable.

C'est ainsi, ô imprudent Perses, que mon père et Je tien montait des vaisseaux pour gagner de quoi vivre: c'est ainsi qu'il sortit de Cumes en Eolide pour venir ici par mer; il ne quittait ni biens ni héritages, il

pendant dix jours et dix nuits; tiens-le à fuyait la pauvreté que Jupiter envoie à qui ['ombre pendant cinq jours, et le sixième il lui plaît. Jl s'établit au pied de l'Hélicon verse dans des vases le précieux jus de dans le chétif village d'Ascra, séjour incom-

orsque les Hyades (2266), mode en hiver, désagréable en été, et qui 'étoile d'Orion auront dis- n'est bon en aucune saison.

Bacchus. Enfin 1

les Pléiades et 1

paru, aie soin de labourer à temps : ainsi

toute l'année sera successivement occupée

parles travaux champêtres.

Aie soin de faire tes d'ouvrages, mais par mer. Approuve

à temps toutes sorsurtout les voyages es petits vaisseaux,

Cela parait contraire à la remarque de Leclerc, qui le prend pour un vin léger : niais il faut se souvenir qu'en général les vins grecs étaient plus forts et plus spiritueux que les nôtres, tant à cause du climat, qui est plus cliaud, que du soin que Ton prenait d'exposer pendant plusieurs jours le raisin au soleil après l'avoir cueilli. Homère (Odyss., îx, 197) parle d'un vin de Maronée en îhrace, qui

f»ouvait porter vingt fois autant d'eau ; et selon Mine (liv. xiv, cb. 4), d'expérience faite, il en pouvait porter quatre-vingts lois, ou trois fois plus que ne dit Homère. Ils ressemblaient aux vins de liqueur qui nous viennent d'Espagne : ils étaient même beaucoup plus forts ; par là même ils se conservaient beaucoup plus longtemps que les nôtres

(2263) Orion, selon la fable, était un grand chasseur, rival de Diane, qui fut changé en cette constellation. Cette rivalité vient de ce que la principale étoile d'Orion se fait remarquer malgré la lumière de la lune, et n'en est point effacée. Il était lils de Jupiter, de Neptune et ue Mercure; c'est que son nom peut faire allusion à ces trois divinités. Orion passait pour une constellation pluvieuse : nimbosus Orion ; il était donc lils de Jupiter, dieu de la pluie, ou de Neptune, dieu des taux, ou de Mercure, dont le nom Hermès peut signifier coulant, comme Héritais , rivière d'Ionie. D'antres mythologues lut donnent une autre généalogie , cela n'est pas surprenant.

(2204) Sirius. C'est la Canicule ou l'étoile de la gueule du grand chien. Ou donnait aussi ce nom au soleil et a tous les astres, selon Hésyclnus. ïtiptuu, [ulguro ;2£ti5'.««7t», intlamination. L'on conçoil(pourquoi l'on a ainsi nommé l'étoile ou la constellation qui annonce les grandes chaleurs. Mais d'où lui a pu venir le nom de chien? d'une pure équivoque, hwwv signilie non-seulement un chien, mais encore l'étincelle que lancele fer brùlantquand on lelorge: on appela ainsi l'étoile dont nous parlons, à cause de sa lumière éiincclante ; en prenant le terme

à contre-sens, on l'a nommée le ch:.en ou la canicule ; canis fait à peu près la même érx îivoque en latin

Il n'est donc pas nécessaire d'aller chercher la raison de celte dénomination dans l'Anubis ou l'aboyeur des Egyptiens , celui-ci est sans doute une énigme bâtie sur le même fondement que les fables grecques.

(2265) Expose-le au soleil. Celle pratique d'exposer le raisin au soleil pendant plusieurs jours après la vendange, servait sans doute à le mûrir davantage, à rendre le vin plus doux et plus spiritueux ; elle suppléait en quelque manière à l'usage que nous avons de le l'aire cuver. Après celle précaution , on le foulait aux pieds dans des cuves, et on lirait le vin; il y a bien de l'apparence que l'on n'a pas connu d'abord l'utilité que l'on tire des pressoirs.

(22ob) Les Hyades. Ce sont sept étoiles qui forment une espèce de V sur la tête du Taureau ; de là est certainement dérivé leur nom ; mais comme 'Tààîç parait taire allusion à Tïç, ùô;, un pourceau, les Latins les ont nommées Suculœ, par équivoque. Knfln comme *ïéu signilie pleuvoir, on a imaginé que les Hyades étaient une constellation pluvieuse, et il n'enesl rien. Ce n'est pas le seul préjugé astrologique qui soit fondé sur une fausse étyinologie. L'on a fait de ces étoiles autant de nymphes, selon l'usage, cl l'on a dit qu'elles étaient nourrices de Bacchus, dès qu'elles taisaient pleuvoir ; la chose n'est pas.doutcuse ; il faut de la pluie pour nourrir le raisin ; et comme on avait l'ail les Pléiades elles d'Atlas le puiseur d'eau, il a fallu le supposer encore père des Hyades, à cause de la ressemblance.

(22b7) Lorsque les Pléiades se seront cachées. Au mois de novembre. (Voyez note 22*0.

(2268) Soutiens-le avec des pierres. Les premiers vaisseaux étaient sans doute extrêmement légers, comme le sont encore ceux des sauvages el de tous les peuples pru habiles dans l'art de la navigatiou,

toos

mais sers-loi u un grand; une charge plus considérable rapportera plus de profit, si tu n'es pas contrarié par les vents. Si lu veux l'appliquer au commerce pour rétablir les affaires et sortir de l'indigence, je t'enseignerai les règles de la navigation, quoique je ne les aie jamaisapprises par expérience: je n'ai jamais monté un vaisseau que pour aller à Eubée depuis Aulidu, où autrefois nos pères rassemblèrent toutes les forces de la Grèce et attendirent un vent favorable pour voguer à Troie. J'ai lai à Chalcis paraître au concours de poésie publié par les ordres d'Amphidamas, où l'on avait proposé des prix considérables. J'y remportai jl pour prix de ma victoire un trépied màgni- ■> tique, que je consacrai aux Mu^es de l'Heticon, pour les remercier de l'avantage qu'elles m'avaient accordé. C'est la seule fois que j'ai été porté sur un vaisseau.

Je t'enseignerai néanmoins ce que Jupiter veut que lu lasses; les Muses elles-mêmes me l'ont appris.

Cinquante jours après le solstice (2269), lorsque les travaux de l'été sont finis, c'est le meilleur temps pour la navigation; les naufrages sont alors moins à craindre, tu ne courras aucun risque, à moins que le terrible Neptune ou le souverain Jupiter ne veuille te perdre de propos délibéré ; car il dépend d'eux de nous envoyer des biens ou des maux. Dans cette saison les vents sont plus doux, la mer plus calme et plus ^tranquille, tu peux leur confier ton vaisseau; :mais prends soin de le chargera propos et de ne pas différer ton retour. M'attends pas que le vin nouveau soit tiré, que les pluies ^d'automne soient venues, et l'hiver commencé : le souille impétueux des vents du midi met alors la mer en fureur, fait tomber des pluies abondantes et rend la navigation périlleuse.

On peut encore naviguer au printemps (2270), lorsque le figuier commence à pousser à l'extrémité de ses branches des feuilles semblables aux pieds d'une corneille. La mer est encore accessible, mais ces voyages de la première saison ne sont ni sûrs ni agréables; il faut en épier l'occasion; c'est un hasard si on les fait sans danger. La folie des hommes les leur fait entreprendre, les richesses leur tiennent plus au cœur que la vie ; et quelle mort que de périr au

(2269) Cinquante jours après le solstice. Leclcrc conjecture avec assez d'af parence qu'il y a une lacune en cet endroit. Le temps, qui précède le solslice d'été, n'est pas moins propre à la navigation que celui qui le suit. Il faut lire par conséquent cinquante jours avant le solstice, et cinquante jours uprès.

(2270) On peut encore naviguer au printemps. Au mois d'avril , il, n'est pas surprenant que dans un temps où les vaisseaux élaient si légers qu'on pouvait aisément les tirer à sec, où l'on connaissait peu la mer, la navigation ait paru extrêmement périlleuse dans celte saison : mais, si au temps même d'îlésiode, cet art était encore si imparfait dans la Grèce, comment peut-on supposer que trois ou quatre cents ans auparavant, les Grecs ont entrepris

milieu des flots? (2271) Mais c'est a toi de faire des réflexions sérieuses sur les avis que je te donne.

N'expose pas tout ton bien sur un vaisseau, n'en hasarde que la moindre partie; il est-triste de tout perdre sur mer; il ne l'est pas moins de briser un char pour l'avoir trop chargé, et de gâter ses marchandises. Garde le milieu en toutes choses, le grand secret est de savoir prendre son temps.

Prends-le surtout pour choisir une épouse, peu avant ou peu après trente ans ; c'est l'âge le plus convenable. Qu'une tille soit nubile à quatorze ans et qu'elle se marie à quinze; prends une fille de bonnes mœurs et à qui lu puisses apprendre à les conserver. Choisis -la dans ton voisinage, après l'avoir soigneusement examinée ; ne t'expose point à être la risée du public. Une femme vertueuse est pour son époux Je plus précieux de tous les biens; mais c'est le plus terrible de tous les fléaux, qu'une femme de mauvaise conduite qui fait sécher son époux de douleur et vieillir avant les années.

Observe le respect et la piété envers les dieux. N'aie jamais pour un ami la même confiance que pour un frère, sinon gardetoi de lui manquer le premier. N'use jamais avec lui de mensonge ni de détour; mais s'il vient à le blesser par ses paroles (2272) ou par sa conduite, punis-le doublement. S'il cherche à regagner ton amitié et à te faire satisfaction, reçois-le : un malheureux est exposé à changer souvent d'amis. Que jamais l'air de ton visage ne trahisse les secrets de ton âme, il ne faut pas être l'hôte de tout le monde, ni l'hôte de personne, partisan des méchants, ni calomniateur des bons. N'aie jamais la dureté de reprocher à un homme sa pauvreté, souvent elle vient des dieux. i

La langue qui sait se taire, est un trésor; celle qui parle à propos, est encore plus louable; si tu fais un reproche, peut-être t'en fera-t-on un plus grand. Ne chicane pas sur le prix d'un régal que l'on se donne entre amis; l'on y goûte beaucoup de plaisir pour peu de dépense.

Ne fais jamais à Jupiter ni aux autres dieux, des libations de vin sans avoir lavé tes mains (2273); ils n'écouleraient niâtes

des voyages de long cours, des expéditions dans la Colchide, comme Hercule, les Argonautes, et tant d'autres ? Ce seul passage d'Hésiode démontre que ce sont des fables.

(2271) Quelle mort de périr au milieu des flots ! On risquerait alors d'être privé de la sépulture, malheur nue les anciens redoutaient plus que la mort même.

(2-272) Punis-le doublement. Ces», un très-mouvais avis. Cicéron pensait au contraire qu'il valait mieux chercher à regagner un ami que de le perdre et de rompre avec lui pour toujours. (Note de Leclerc.)

(2275) Sans avoir lavé tes mains. Parmi les préceptes suivants, quelques-uns regardent la modestie, et sont utiles , quoique fondés sur de mauvaises

1W11T. II. THEOL .AUCHLOLOC. — OMGINL' DES DIEUX.

vm

vœux ni tes prières. Ne te tourne point conhe le soleil pour épancher de l'eau, ne lo lais pas même après le soleil couché et pendant la nuit d'une manière peu modeste. Les dieux veillent môme pendant les ténèbres. Un homme modeste se retire à l'écart ou derrière un mur pour satisfaire aux nécessités de la nature. Ne te découvre jamais d'une manière indécente devant ton loyer. N'habite point avec ton épouse au retour d'un repas funèbre, niais après un sacriiice offert aux dieux. Ne traverse jamais a pied les eaux pures d'une rivière sans en avoir salué le Génie et lavé tes mains dans ses eaux : traverser un fleuve sans s'être puritié les mains, est une action odi use aux dieux, et ils la puuissent par quelqu'accident.

Ne coupe point tes ongles pendant le fesli.i d'un sacrifice; ne pose point le vase où l'on verse du vin, sur la coupe des convives, cette action est un | ré>age de malheur. Ne laisse point imparfait l'édifice que lu auras commencé, de peur qu'une corneille de mauvais augure n'aille croasser sur les murs; n'y mange et n'y prends point le ba n , avant d en avoir fait la dédicace, c'tst une espèce de crime. Ne fais point asseoir sur une pierre un entant de douze ans ou de douze mois, cela pourrait l'énerver : qu'un homme ne se lave point dans les bains d'une femme, cette indécence entraine des malheurs à sa suite. Si tu arrives à un sacriiice commencé, n'en tourne point les mystères en ridicule, le dieu en serait offensé. Ne lâche jamaisaucuue ordure dans le lit des lleuves qui se jettent dans la mer, ii i dans les lonlaines; évite même avec

soin celte malpropreté. Redoute la censure publique et la mauvaise réputation; la renommée est à craindre, elle est aisée à exciter, fâcheuse à supporter, difficile a étouffer: un bruit qui passe par la bouche de tout un peuple, ne se dissipe jamais entièrement; c'est la voix de la renommée qui est une divinité

Jours remarquables.

Observe la distinction des jours (2274.), selon l'ordre de Jupiter, et apprends à tes gens à faire de même; le trentième du mois est heureux (2275) pour visiter les travaux et distribuer les provisions ; ce jour-là tout le monde est occupé à ses affaires. Ceux-ci ont encore été désignés par Jupiter : la nouvelle lune, le quatrième et ie septième: celui-ci est sacré, parce que c'est le jour auquel Latone mit au monde Apollon avec sa chevelure dorée. Le huitième et ie neuvième sont favorables (2276) pour vaquera ses all'aires, le onzième et le douzième sont encore bons; le premier pour tondre les brebis, le second pour iaire les moissons ; le douzième cependant est préférable. C'est à celui-ci que l'araignée suspendue en l'air à la chaleur du jour, tile sa toile, et que la sage fourmi augmente son monceau : une femme ie doit choisir pour ourdir sa toile et commencer son travail.

Ne commence jamais à semer le treize du mois, mais il est bon pour planter : le Seize est dangereux pour ies plantes, mais il est favorable à la naissance des garçons, non pas à celle des tilles ni à leur mariage ; il en est de même du sixième; il est propre à châtrer les chevreaux et les béliers, à fer-

raisons; la plupart sont des usages superstitieux et

{mériles, dont il seraii suj:ei llu ue montrer en détail e ridicule.

(±27 i) Observe la distinction des jours. Rien de si Jrivole que cette distinction de jouis prétendus heureux ou malheureux. Peu de personnes, selon Hésiode, pouvaient en dire la raison, v. 824. Cela n'est pas étonnant, puisqu'il n'y en a aucune, et qu'il est lo. ce lui-même de convenir que le inèine jour est tantôt sinistre et tantôt favorable. L'observation superstitieuse des jours n'a donc pu être fondée, comme toutes les autres pratiques du paganisme, que sur des visions et des allusions puériles.

Celle prévention a pu naître en partie, à l'occasion de plusieurs événements (pie l'on attribuait aux dieux cl des fables que l'on en racontait. Les jours où l'on supposait que les dieux avaient réussi dans quelque entreprise, qu'ils avaient remporté quelque avantage sur leurs ennemis, ou qu'ils avaient accordé quelques faveurs aux hommes, étaient des jours heureux, pendant lesquels ces mêmes dieux étaient eu disposition de faire du bien aux mortels ; ainsi le septième de la lune auquel on croyoit qUC Latone avait heureusement ims au monde Apollon, était un jour favorable. Ceux au contraire qui étaient marqués par quelque farheu e aventure arrivée a une divinité, ou par quelque malheur publie, «levaient être rega.dés comme sinistres : alors les •lieux étaient de mauvaise humeur parle souvenir de ces événements. On se liguraii qu'ils pesaient «•(Hume les I ouïmes : CeUX-CÏ conservent longtemps l.i mémoire d'une journée où ils ont reçu quelque bienfait siguale, de la fortune ; ils oublient en

core plus difficilement celle où ils ont essuyé quelque lacheux revers. Le souvenir qui leur eu reste, sullit pour les rendre mélancoliques ce jour-là : il eu devait être de même des dieux.

La seule remarque que l'on peut faire sur la distribution des jours que suit Hésiode, c'est que les mois des Grecs étaient des mois lunaires de. trente jours chacun, comme chez tous les anciens peuples. Ces trente jours étaient partagés en trois dizaines, ce qui occasionnait une manière assez singulière de compter. On disait le premier quatre, le second quatre, le troisième quatre, pour le quatre, le quatorze et le vingt-quatre ; c'est comme si on avait dit le quatre de la première dizaine, de la seconde ou de la troisième.

(2°275) Le trentième du mois est heureux. Il n'est pas étonnant que le dernier jour du mois ail été employé de tout temps à visiter les travaux des ouvriers et à payer leur salaire: c'est encore aujourd'hui l'usage" de payer à la lin du mois, ceux que l'on a loues pour un mois : mais se figurer qu'un l'a /ait ainsi, farce que ce jour est plus heureux ou plus favorab.e qu'un autre pour exercer celte espèce de justice, c'est rêver. Il n'est pas moins lisible d'entendre Hésiode conseiller aux femmes d'ourdir leur toile le même jour que l'araignée ourdit la sienne, comme si cet animal ne travaillait pas tous les jours, lorsqu'il n'est pas contrarié par le vent ou par la pluie.

(-2276) Le huit et le neuf sont favorable». Virgile est de même avis. [Georg.,i, •16(i.)

Noua jwj'jc melior contraria jui lis

mer d'une haio l'étable des troupeaux : il est encore favorable à la naissance des garçons; il donne de l'inclination pour les injures et le mensonge, pour les discours séduisants et les entretiens secrets.

Il faut châtrer les chevreaux et les veaux le huit, Jes mulets le douze, Le vingt, auquel la lune est pleine, est heureux pour mettre au monde un fils sage et de bon caractère : il en est de même du dix, le quatorze est pour les tilles. C'est à celui-ci qu'il faut apprivoiser les moutons, les bœufs, les chiens, les mulets, en les touchant de la main. Souviens-toi le quatre, le quatorze et le vingt-quatre, d'éviter toute espèce de chagrin ; ce sont des jours sacrés. Le quatre est heureux perur prendre mm épouse, après avoir consulté le vol des oiseaux (2277); les augures sont nécessaires dans une occasion si importante. Evite les cinquièmes, ils sont pernicieux (2278) ; alors, dit-on, les Furies se promènent pour venger les droits du dieu Orcus (2270], que la discorde a enfanté pour punir les parjures.

Le dix-sept, visite le blé dont Cérès l'a fait présent (2280), et vanne -le dans ta

(2277) Après avoir consulté te vol des oiseaux. L'on a vu dans le discours préliin. eh. 12, § 8, l'origine de l'opinion qui attribuait aux oiseaux la connaissance de l'avenir.

(2278) Evite les cinquièmes , ils sont pernicieux. C'est encore la règle, que prescrit Virgile.

Quinlam fuge, pallidus Orcus

Eumenidesque salœ, lum parlu terra nefando Cwumque, Japetumque créât, scevumque Typhœa, El conjuralos cœlum rescindere fratres.

(Virg. Geor. v, 277.)

(2279) Du dieu Orcus. (Voy. Théogonie, v. 231.) C'est le serment.

(2280) Au dix ■ sevticme , visite le blé. Virgile, ibid.

Septitna post decimam felix elponere vilem Et prensos domitqre boves, et licia lelœ Addere :......,.

(Virg., ibid., v, 284.)

Il serait inutile de suivre ce détail de plus près.

Une réflexion qui se présente naturellement, c'est qu'une religion qui obligeait ses sectateurs à tant de pratiques onéreuses, qui leur inspirait tant de terreurs paniques, qui les assujettissait à tant d'observations puériles, mettait les esprits dans des entraves bien gênantes, n'était propre qu'à retenir les tiommes dans une enfance et un aveuglement perpétuels. Nous ne pouvous assez bénir le ciel de nous avoir affranchis d'un joug tout à la fois si pesant et si ridicule, d'avoir enfin rendu les hommes raiçoonables, en les rendant chrétiens.

grange ; fais couper les boi.s de charpente et propres à faire des vaisseaux ; commence le quatre à les assembler, le dix-neufaprèsmidi est le plus favorable ; le neuf est encore sans danger, il est bon pour planter et pour augmenter une famille, jamais il n'a été marqué par aucun événement fâcheux.

Mais peu de personnes savent que le vingtneuf est excellent pour goudronner les tonneaux, pour atteler les bœufs, les mulets, les chevaux, pour mettre un navire en mer: plusieurs n'osent pas s'y fier.

Le quatre, perce ton tonneau; le quatorze est le plus sacré de tous; quelques-uns croient que c'est le vingt-quatre au matin, l'après-midi est moins favorable.

Voilà les jours les plus heureux pour tout le monde; les autres sont iudiU'éreuls, ne présagent et ne causent ni bien ni mal : l'un préfère celui-ci, l'autre celui-là ; mais peu de personnes sont en étal d'en dire les raisons. Souvent un jour est malheureux, d'autres fois il est meilleur. Heureux celui qui sait les distinguer pour régler son travail 1 il évite d'offenser les dieux, de contredire les augures, de se rendre coupable.

Cicéron faisait là-dessus les réflexions les plus sensées. (De Divinit., 1. il, n. 149.) « Autant il est nécessaire, dit-il, d'entendre et d'affermir la religion par la connaissance de la nature, autant il faut déraciner la superstition : ce monstre toujours attaché sur nos pas nous poursuit partout et nous tourmente : si on entend un devin, si un présage frappe nos oreilles, si on offre un sacrilice, si on élève les yeux vers le ciel, si on rencontre un astrologue ou un augure, s'd fait un éclair, s'il tonne, si la foudre tombe, s'il arrive quelque chose d'extraordinaire qui ait l'air d'un prodige, et il est impossible qu'il n'en arrive pas souvent, jamais on n'a l'esprit en repos. Le sommeil même, destiné à être le remède et la fin de nos travaux et de nos inquiétudes, ;devient par tes songes, une nouvelle source de soucis et de terreurs. L'on y ferait moins d'attention, l'on parviendrait à les mépriser, s'ils ne trouvaient un appiri chez les philosophes même les plus éclairés, et qui passent pour les plus sages. »

Grâce à l'Evangile et aux saines idées que nous y avons puisées , les terreurs superstitieuses n'ont plus d'empire parmi nous que sur les esprits faibles et sur les personnes mal instruites. Nous ne pouvons attribuer cet avantage à la philosophie, puisque la plupart des anciens philosophes ont été auss» faibles et aussi peureux que le vulgaire ignorant. Si les nôtres sont aujourd'hui plus raisonnables, Us doivent leurs lumières à cette même religion qu'ils attaquent avec tant de fureur : sans les leçons du Maître divin qui' nous a instruits tous, ils seraient peut-être encore plus insensés que ces anciens dout les égarements nous font pitié.

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PART. II. THEOL. AIU'.HKOLOG. - ORIGLNL 1>KS blElX. AIPEND.

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