‹ Œuvres completes de BergierChapitre 12 sur 255 · DE SA DISTINCTION EN HOMME ET EN HOMME MOKAL ; DE SON · texte numérisé non relu

DE SA DISTINCTION EN HOMME ET EN HOMME MOKAL ; DE SON

§ I. Le plus grand service que la philosophie pût rendre à l'homme, serait de lui donner une haute idée de lui-même, de sa nature, de ses opérations, de sa destinée, et de .lui apprendre à se respecter : élever ses vues, est le meilleur moyen d'augmenter en lui le courage ; un titre d'honneur est pour une âme bien née un engagement à la vertu. Sur cet instinct universel, plus ou moins développé dans tous les hommes, sont fondés les distinctions, les titres, les marques d'estime'que l'on accorde chez toutes les nations policées à quelques particuliers ou à certains ordres de citoyens; l'effet naturel de ce préjugé est le point d honneur^ puissant

mobile, qui produit les plus grands effets dons la société : le détruire, ce serait saper le fondement de la plupart des vertus sociales. Un malheureux, réduit a la misère ou a l'esclavage, asservi aux volontés et aux caprices d'un maître impérieux, méprisé et rebuté de ses semblables, est une Ame flétrie, dégradée, avilie, incapable de toute énergie et de tout bien : ce môme homme affranchi, élevé à une condition honnête, devient un citoyen vertueux et utile. Le jeune laboureur, tiré de la campagne, qui ne connaît encore que son bétail et sa charrue, paraît peu différent d'une machine que l'on façonne ou d'un animal que l'on dresse : enrôlé dans un corps distingué par ses exploits militaires, il devient un soldat intrépide, un guerrier, un héros.

Si l'on pouvait consacrer une erreur ou justifier un des excès de la philosophie, y aurait-il à balancer entre la hauteur orgueilleuse à laquelle les stoïciens s'efforçaient d'élever leur sage et l'abrutissement stupide auquel les épicuriens réduisaient leur disciple ? Les premiers comptèrent parmi eux une infinité de grands hommes ; les seconds se couvrirent de honte par leur inutilité et par les travers de leur conduite. L'épicuréisme, introduit a Rome, étouffa toute vertu dans les maîtres du monde, et fit tomber la république.

Les ennemis de la religion et notre auteur lui-même, lui ont reproché de rabaisser l'homme, d'éteindre en lui le courage et le désir de bien faire, par l'humilité qu'elle lui prêche et lui inspire; ici on lui fait un crime de ce qu'elle autorise l'homme à se regarder comme le roi dt la nature. (Page 88, Essui sur les préjugé?, c. 2. p. 34.) Concluons déjà qu'elle est suffisamment justifiée par deux accusations si contraires, et qu'elle tient le juste milieu, auquel la philosophie n'a jamais su parvenir.

Pour réduire l'homme non-seulement au niveau de la brute, mais à l'état de simple machine, l'auteur n'emploie aucune preuve nouvelle, ou plutôt il ne donne aucune espèce de preuves ; il se contente à son ordinaire de supposer la chose évidente et démontrée par les principes qu'il a posés. Mais auquel de ces principes faut-il s'arrêter ? Tous ceux qu'il a mis en avant se détruisent et sont contradictoires. Il nous a parlé de lois générales, constantes et invariables du mouvement, et dans son système, il n'en est aucune qui ne puisse &e démentir à tout moment ; il a mis l'univers entier sous le joug d'une nécessité invincible, d'une fatalité aveugle; et selon lui, cet univers peut changer, prendre une forme nouvelle, produire de nouvelles espèces, et suivre un ordre différent. Il s'est efforcé de prouver que la matière est essentiellement active, et parr une contradiction choquante, la matière organisée, c'est-à-dire, arrangée de la manière la plus propre à favoriser son action, ne fait de l'homme qu'un instrument passif entre les mains de la nécessite. (Page 73.) On ne peut pas montrer plus évidemment

le dessein formé de dégrader l'homme ; et l'on ne peut s'y prendre plus maladroitement.

Heureusement nous sentons ce que nous sommes; nous portons dans nous-mêmes un désaveu formel de tous les sophismes par lesquels un philosophe entêté s'efforce de nous avilir. Quand nous le voyons employer tout l'esprit possible pour nous persuader que nous ne sommes que de la matière, une voix intérieure, plus forte que la sienne, nous force de lui crier : Ton livre dépose contre toi.

§ II. « La vie de l'homme, dit-il, n'est qu'une longue suite de mouvements nécessaires et liés, qui ont pour principe, soit des causes renfermées au dedans de lui-même, telles que son sang, ses nerfs, ses fibres, ses chairs, ses os : en un mot, les matières tant solides que fluides, dont son ensemble ou son corps est composé; soit des causes extérieures qui, en agissant sur lui, le modifient diversement, telles que l'air dont il est environné, les aliments dont il se nourrit, et tous les objets dont ses sens sont frappés, et qui, par conséquent, opèrent en lui

des changements continuels Si nous

l'examinons de près, nous verrons que toutes ses opérations, ses mouvements, ses changements, ses différents états, ses révolutions, sont réglés constamment par les mêmes lois que la nature prescrit à tous les êtres qu'elle fait naître. » (Pages 71 et 72.)

Nous ne pouvons examiner l'homme do plus près qu'en nous considérant nous-mômes ; or nous distinguons très-bien dans nous les mouvements spontanés d'avec ceux qui ne le sont pas, les secousses dans lesquelles nous sommes purement passifs, d'avec les actions volontaires et réfléchies dont nous sommes le principe. A moins qu'un homme ne soit endormi ou en délire, il ne confond point la circulation de son sang, le battement de son cœur, les convulsions dont il peut être attaqué, mouvements dont il n'est pas le maître, avec le mouvement qu'il imprime par sa volonté à sa main ou à son pied. 11 sent une différence essentielle entre l'idée ou Je frémissement qu'excite en lui un objet subitement aperçu, et l'attention libre et réfléchie qu'il donne à cette idée ou à cet objet. Que l'auteur commence donc par détruire en nous ce sentiment irrésistible, sentiment dont un être actif est seul capable, avant que de nous prouver que nous sommes purement passifs. Si ce n'est [tas là une source de certitude et d'évidence, il n'est pas sûr que nous pensions.

D'ailleurs nous cherchons vainement le principe d'où l'auteur conclut l'inertie de l'homme. Dira-t-on ï tout est matière. Or la matière est purement passive ? La première de ces propositions est combattue par le sentiment intérieur ; la seconde est attaquée par l'auteur lui-même, quoique mal à propos.

Disons plutôt : il y a des être pensants ; donc tout n'est pas matière. Celle-ci est, | ar

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sa nature, incapable d'action; et penser, c'est agir. Est-ce l'auteur, est-ce nous qui consultons ici la raison et l'expérience?

Mais « l'homme, dans son origine, n'est qu'un point imperceptible , où nous n'apercevons ni sentiment, ni intelligence, ni pensée , ni force, ni raison. Ce point se développe et s'accroît par l'addition de matières analogues à son être, qu'il attire, qui se combinent, qui s'assimilent avec

lui Ces matières parviennent à former

un tout agissant, vivant, sentant^ jugeant, raisonnant, voulant, délibérant-^ choisissant, capable de travailler plus ou moins efficacement à sa conservation.» (Pages 72 et 73.) Nous ne voyons 15 que de la matière.

1° Notre philosophe prouve contre luimôme ; c'est sa méthode ordinaire. Si ce point imperceptible que nous pouvons nommer ["homme, n'a pas en lui-môme la faculté de penser, les matières qu'il attire ne la lui donneront pas : de même que si un point imperceptible de matière n'était pas étendu, d'autres points ajoutés à celui-là ne le rendraient pas étendu. La nature d'un atome ne change point sa combinaison avec d'autres ; des molécules non pensantes ne formeront jamais un être pensant.

2° Il n'est point question de ce que nous voyons, mais do ce que nous sentons; selon la doctrine que l'on nous présente, nous ne voyons point le mécanisme intérieur, ni les ressorts secrets des actions humaines; on soutient cependant qu'ils n'en existent pas moins. (Page 72.) C'est donc par les effets que nous devons juger des causes : or sentir, juger, vouloir, délibérer, choisir, sont des actes indivisibles, dont la matière essentiellement divisible ne peut être le principe ni le sujet ; on ne peut les lui attribuer sans contradiction ; il faut donc recourir à un principe ditférent de la matière. Puisque nous sentons d'ailleurs que le principe de ces actions, c'est nous-mêmes, et non une cause qui soit hors de nous, c'est une nécessité de juger que nous sommes autre chose que la matière.

Il est faux que nous ne voyons dans l'homme qu'une suite de causes et d'effets nécessaires, et conformes aux lois communes à tous les êtres de la nature. Les êtres inanimés et purement matériels n'agissent point; ils ne donnent le mouvement qu'autant qu'ils le reçoivent : ils le communiquent par impulsion et non autrement; l'auteur en est convenu. Nous sommes convaincus par le sens intime* par une conscience irrésistible, que nous agissons nous-mêmes, que nous voulons, que sans impulsion reçue d'ailleurs, nous donnons par notre volonté le mouvement à nos membres, et par eux aux corps i intérieurs.

§ 111. Malgré ce qu'en pense l'auteur, c'est avec raison et avec une évidence supérieure à toute autre espèce.de certitude, que l'homme croit se mouvoir lui-même, agir par sa propre énergie, être indépendant sur ce point des lois générales du mouvement

(Lucrèce, 1. n, 201 ); il juge sans aucun danger d'erreur que plusieurs de ses mouvements sont spontanés, puisqu'il les distingue de ceux qui no le sont pas. Les passions sont des suites nécessaires de son tempérament, mais il sent une différence essentielle entre les mouvements indélibérés et involontaires des passions, et le consentement libre et réfléchi qu'il peut leur donner ou leur refuser. Plus l'homme fait attention à lui-même, mieux il aperçoit qu'il n'est point dans chaque instant de sa durée un instrument passif entre les mains de la nécessité. (Page 75.)

Un monde, où tout est lié, où toutes les causes sont enchaînées les unes aux autres, où il ne peut y avoir d'énergie indépendante, ni de force isolée, est une chimère. 1° Elle est incompatible avec Yénergie prétendue de chaque particule de matière. 2U Une chaîne de mouvements reçus et. communiqués à l'infini, ne tient à aucune cause, et l'auteur reconnaît formellement qu'<7 riy à point d'effet sans cause. (Chai». 4, p. 50.)

Il est faux que la nature, c'est-à-dire, la matière seule, toujours agissante, donne à l'homme son être, sa tendance, sa façon particulière d'agir. (Page 76.) Elle ne peut lui donner Yêire sans un germe; ce germe n'est point l'ouvrage d'une matière inerte et aveugle, il est l'effet d'un dessein et d'une volonté particulière du Créateur. La matière ne peut donner à l'homme sa tendance; cette tendance a un but; l'auteur en est convenu; et agir pour un but est, de son propre aveu, le caractère d'une intelligence. La matière peut encore moins donnera l'homme le sentiment, la pensée, la volonté; l'esprit seul en est capable.

Nous convenons que « les êtres de l'espèce humaine sont, ainsi que tous les autres, susceptibles de deux sortes de mouvements; les uns sont des mouvements de masse, par lesquels le corps entier ou quelques-unes de ses parties sont visiblement transférés d'un lieu dans un autre; les autres sont des mouvements internes et cachés , dont quelques-uns sont sensibles pour nous, tandis que d'autres se font à notre insu, et ne se font deviner que par les effets qu'ils produisent au dehors. » Nous avouons encore que « dans une machine très-composée, formée par la combinaison d'un grand nombre de matières variées pour les propriétés, pour les proportions, pour les façons d'agir, les mouvements deviennent nécessairement trèscompliqués, que leur lenteur, aussi bien que leur rapidité, Jes dérobent tiès-souvent aux observations de celui même dans lequel il se passent. » (Page 77.)

Mais quelque compliqués, quelque imperceptibles que soient ces divers mouvements, nous sentons par expérience quels sont ceux qui sont soumis à notre volonté, quels sont ceux qui n'en dépendent point. Lorsqu'un mouvement convulsif du pied, de la main • ou de la tête, est causé par l'ébranlement intérieur des nerfs dans un malade, sa volonté n'a aucune-part ni au mouvement de

PART. I. THEOLOGIK PHILOS. — EXAMEN Dl MATERIALISMF.

masse ou extérieur de ses membres, ni au

mouvement intérieur et caché qui en a été la pause. Quand il remue volontairement la main ou le pied, le mouvement sensible de cette partie et le mouvement insensible des muscles nécessaire pour le produire, sont également un effet libre de sa volonté, quoiqu'il ne soit pas le maître d'opérer l'un sans 1 autre.

Inutilement on objectera que nous ne connaissons pas seulement quels sont les muscles, les nerfs, les fibres qu'il faut mettre en jeu pour remuer la main ; il suflit que Dieu ait établi une liaison constante entre ce mécanisme et notre volonté; et nous sommes convaincus de cette liaison par une expérience répétée à tout moment.

C'est donc assez pour nous d'avoir la conscience de certains mouvements internes qui se font sentir à nous, pour juger avec certitude que leur principe n'est point extérieur ni distingué de nous. Il n'est point nécessaire de concevoir comment ces mouvements invisibles peuvent souvent produire des effets si frappants, comment une idée fugitive, un acte imperceptible de la pensée, peut souvent porter le désordre dans tout notre être. Cette ignorance ne nous empêche point de sentir en nous une substance distinguée du corps, douée d'une force trèsactive, qui a des caractères essentiellement différents de ceux des causes visibles qui agissent sur nos organes, et de ceux de ces organes mêmes. (Page 77.)

J'ignore à la vérité la cause primitive qui fait qu'une pierre tombe; je n'en connais d'autre que la volonté du Créateur; mais je sens que la cause primitive qui fait remuer mon bras , c'est ma volonté. Je n'admets point que la pensée et la volonté soient des effets d'un mouvement interne (page 78) ; elles en sont plutôt la cause, et ma volonté n'a d'autre cause qu'elle-même. Il y a contradiction à prétendre qu'une puissance active est l'effet d'une autre cause.

§ IV. C'est en méditant la nature, en remarquant la conformité et la simultanéité de notre volonté avec les mouvements de notre corps, que nous attribuons ceux-ci h la volonté comme à leur cause ; les matérialistes mêmes n'ont point d'autre règle pour prononcer qu'il y a une liaison nécessaire entre une cause physique quelconque et son effet : sur quoi fondés jugent-ils que la chaleur est un effet de la flamme, sinon sur la coexistence constante de l'une et de l'autre? Aperçoivent -ils mieux la liaison intime qu'il y a entre ces deux phénomènes,'que nous ne sentons la liaison du mouvement de nos membres avec notre volonté ?

Jusqu'à ce qu'ils nous aient fourni des principes plus clairs et plus certains, nous concluerons, sans aucun danger d'erreur, qu'il y a en nous un moteur, une âme qui est un être à part , d'une nature toute différente de celle des êtres matériels, d'une essense plus simple, et qui n'a rien de commun avec tout ce que nous voyons.

Il n'est pas vrai que la vie soit simplement l'assemblage des mouvements propres à l'être organisé, ni que le mouvement soit une propriété de la matière. (Page 79.) La vie de l'homme est aussi bien la suite de ses pensées et de ses volontés, que l'assemblage de ses mouvements. C'est la mobilité ou la capacité d'être mue qui est une propriété de la matière, et non le mouvement ; selon la décision même de l'auteur, tout mouvement est acquis, est reçu par impulsion, vient conséquemment d'un principe extérieur.

La spiritualité , Y immatérialité , Y immortalité de l'âme ne sont point des mots vagues, ni les attributs d'une substance inconnue : nous connaissons notre âme par ses opérations, dont nous avons la conscience et le sentiment intime. Nous ne connaissons la matière et ses propriétés que par ses effets, que par les impressions qu'elle fait sur nous, et dont nous avons aussi la conscience; mais nous ne sommes pas plus en état de pénétrer la nature intime de la matière que celle de notre âme. La certitude est donc pour le moins égale sur l'existence de ces deux objets.

Comment jugeons-nous de leur nature ?

par leurs effets et non autrement. Les effets ou les opérations de l'âme sont très-différents de ceux du corps. Tous les effets, toutes les propriétés de la matière sont divisibles comme elle; au contraire, les opérations de l'âme, la pensée, le sentiment, la volonté, sont indivisibles ; ils émanent donc d'une substance simple, indivisible, et non matérielle, non sujette comme le corps à la dissolution, à la décomposition ou au changement de forme: il y aurait contradiction à supposer de pareils accidents à une substance qui n'a point de parties.

Il ne s'ensuit pas de là que Y homme est double (page 79) : les deux substances dont il est composé sont étroitement unies, et if n'en résulte qu'un seul et même individu de l'espèce. Leur assemblage est inconcevable, mais la nature de la matière ne l'est pas moins; c'est un hommage que l'auteur a rendu plus d'une fois à la vérité.

La distinction de Y âme ou de l'esprit d'avec le corps ou la matière , des fonctions physiques et corporelles d'avec les opérations spirituelles et intellectuelles, de Y homme physique d'avec ['homme moral, n'est donc pas fondée sur des suppositions gratuites, mais sur le sentiment intime ou la conscience «le nos opérations et sur les plus pures lumières du bon sens. Elle ne nous jette dans aucun embarras (page 80) ; au contraire, elle nous meta couvert des contradictions et ûv< absurdités dans lesquelles les matérialistes se plongent à tout moment.

A-t-on remarqué jusqu'ici , dans les réflexions de notre auteur, aucun principe évident, aucun raisonnement suivi, aucune dillieulté nouvelle sur la distinction de ces deux substances? Pour montrer clairement h vérité, il suffit d'exposer simplement la

doctrine opposée à la sienne. Mais il va se proposer des questions intéressantes.

§ v. « Qu'est-ce que l'homme? C'est un être matériel, organisé ou conformé de manière à sentir, à penser, à être modifié de certaines façons propres à lui seul, à son organisation, aux combinaisons particulières des manières qui se trouvent rassemblées en lui. » (Page 80).

Cette définition mérite d'être méditée, elle nous apprend ce que c'est que l'organisation : c'e>t un arrangement de matière propre à la rendre susceptible de sentînient et de pensée. De là il s'ensuit : 1° que la matière n'est pas capable par elle-même de sentir et de penser, mais seulement de recevoir l'arrangement particulier duquel résultent le sentiment et la pensée : point de pensée sans organisation ; et toute matière n'est point organisée, mais peut le devenir. 2° Qu'un atome indivisible de matière ne peut être ni pensant ni organisé; l'organisation étant un arrangement, ou une combinaison, suppose nécessairement plusieurs êtres combinés. 3° Une combinaison ou un arrangement quelconque peut seulement donner à la matière une nouvelle situation, une nouvelle figure, une aptitude plus ou moins grande au mouvement : il reste donc à savoir si la pensée est une situation, une figure ou un mouvement de la matière, pour concevoir qu'elle peut résulter de l'organisation. C'est sur quoi les matérialistes ne se sont pas encore expliqués.

« Quelle est l'origine de l'espèce humaine? L'homme est, comme tous les autres êtres, une production de la nature, » c'est-à-dire de la matière et du mouvement (chap. 1, p. 1, 10 et 11); et, comme la nature n'est point intelligente (oh. 5, p. 68 et 69), il est flair que l'homme est la production d'une cause aveugle ou l'effet du hasard. (Voy. chap. 5, § 1.) Voilà pourquoi il peut naître de putréfaction. (Chap. 2, p. 23.)

« D'où l'homme est-il venu ? L'expérience ne nous met point à portée de résoudre cette question, et elle ne peut nous intéresser Véritablement. »

Mais il nous paraît que l'auteur a traité des questions moins intéressantes; il est aussi bon de savoir d'où nous venons que de savoir ce que nous deviendrons.

Cependant notre philosophie, qui consulte toujours l'expérience, nous apprend * qu'il est probable que l'homme fut une suite nécessaire du débrouillement de notre globe. » (Page 85; Luohèce, liv. i, 1020; liv. v, 803.)

Jl eût été mieux de dire clairement avec Epicure, que l'homme est l'effet du concours fortuit des atomes. Car, enfin, quelle autre cause a présidé à sa formation ? Aucune^ L'homme est une production de la nature, et la nature n'est que de la matière' et du mouvement ; l'homme est une suite du dé-

(6) j An natura mentis et agitationis expers liœc eflieere potuit, qnaî non modo ul fièrent ratio ne eguerunt, sed intelligi qualia sint sine suinma ra-

brouillemcnt de notre globe, et aucune intelligente n'a dirigé ce débrouillement.

Suite nécesasire , si l'on veut, elle n'est pas moins fortuite; la nécessité ne met pas de l'intelligence où il n'y en a point.

Un débrouillement du globe sans intelligence se conçoit sans doute fort aisément. Débrouiller une masse informe de matière, n'est-ce pas y mettre de l'ordre et de l'arrangement ? 'Si l'ordre est essentiellement le procédé d'une intelligence, nous demandons quelle est la cause intelligente qui a débrouillé le globe?

Que l'homme, cette machine si compliquée, si délicate, si faible et en même temps si puissante, où toutes les parties se répondent si parfaitement, sont si exactement faites les unes pour les autres, dont le jeu remplit d'admiration les plus habiles observateurs, dont toute la sagacité humaine n'a pu encore développer entièrement le mécanisme , soit la production d'une cause aveugle, privée de connaissance et d'industrie : philosophes aveugles vous-mêmes* vous aurez beau le répéter jusqu'à la fin des siècles, l'humanité conjurée vous contre^ dira tout d'une voix. Quoi! l'homme ex-« pliqué prouve une intelligence, et l'homme formé ne la prouve point (6)? Un naturaliste païen disait en concluant son traité De l'usage des parties du corps humain, qu'il venait de composer une hymne à la louange du Créateur : un matérialiste qui les attribue au hasard compose une satyre à la honte de la raison humaine.

§ VI. L'auteur poursuit ses questions et continue d'y répondre d'une manière toujours assez sensée. « Mais, dira-t-on* l'homme a-t-il toujours existé? l'espèce humaine a-t-elle été produite de toute éternité , ou bien n'est-elle qu'une production instantanée de la nature ? Y a-t-il eu de tout temps des hommes semblables à nous, et y en aura-t-il toujours? Y a-t-il eu de tout temps des mâles et des femelles? Y a-t-il eu un premier homme dont tous les autres sont descendus? L'animal a-t-il été antérieur à l'œuf, ou l'œuf a-t-il précédé l'animal? Les espèces, sans commencement, serontelles aussi sans fin ? Ces espèces sont-elles indestructibles, où passent-elles comme les individus? L'homme a-t-il toujours été ce qu'il est, ou bien avant de parvenir à l'état où nous le voyons, a-t-il été obligé de passer par une infinité de développements successifs? L'homme peut-il enfin se flatter d'être parvenu à un état fixe, ou bien l'espèce humaine doit-elle encore changer? Si l'homme est le produit de la nature, on nous demandera si nous croyons que cette nature puisse produire des êtres nouveaux et faire disparaître les espèces anciennes? Enfin, dans cette supposition, l'on voudra savoir pourquoi la nature ne produit pas

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