‹ Œuvres completes de BergierChapitre 122 sur 255 · ETABLIS DANS LES GAULES · texte numérisé non relu

ETABLIS DANS LES GAULES

Junximus hospilio dextras.

Viro. .<Eueid. h, 165.

Pendant près de cinq cents ans que les Romains avaient tenu sous lejouglanationgauloise, leur politique meurtrière avait tout mis en usage pour affaiblir ce peuple belliqueux et toujours redoutable à ses maîtres (2283). Des tribus énormes qui livraient le peuple à la tyrannie des traitants, l'esclavage devenu presque universel, les concussions des gouverneurs et des magistrats avaient porté la désolation partout. Si l'on ajoute à ces fléaux de fréquentes guerres civiles entre les divers prétendants à l'empire, le brigandage des armées, souvent sans chef, toujours sans discipline, les incursions journalières des barbares, sera-ton surprisqu'au commencement du v* siècle la plus belle des provinces romaines fut presque réduite en une triste solitude?

Ce pays infortuné, malgré sa dévastation, tentait encore l'avidité des peuples de Germanie. Depuis le moment où l'imprudence des Gaulois avait fait goûtera ces voisins dangereux les douceurs d'un climat tempère et d'un sol fertile, ils n'avaient point perdu de vue le dessein de s'en rendre maîtres. En vain Rome avait continuellement occupé ses forces h les contenir dans leurs folèts; presque toujours battus, jamais domptés (228^), ils renaissaient de leurs défaites, et affaiblissaient le vainqueur par ses propres avantages. Bientôt ils le forcèrent u'aclieler au poids de l'or le repos passager dont ils le laissaient jouir, et les empereurs ne peuvent s'affranchir de ce tribut honteux qu'en plaçant sur les bords du Rhin des peuplades nombreuses tirées de la Germanio, en prenant à leur solde des armées entières de Germains, et en opposant ainsi aux barbares leurs propres forces.

Celle politique inspirée par la nécessité et suivie d abord d'un heureux succès fut dans la suite une des causes principales de la chule de l'empire. Rome en conhant à des étrangers la garde de ses frontières, les avait rendus mailles do sou sort. Elle était devenue leur captive» elle ne pouvait manquer

d'être bientôt leur proie. Sous le règne d'Honorius, prince faible , peu digne du sceptre que son père Théodose avait porté avec tant de gloire, un général ambitieux (Slilicon) appela les barbares, et les barbares, sans coup férir, se trouvèrent maîtres des Gaules.

Entre les différents peupies que l'amour du pillage amena dans celte riche contrée, les Bourguignons sont un de ceux dont on connaît le moins l'origine. Les divers témoignages des anciens, les savantes recherches des modernes n'oi.t guère servi jusqu'ici qu'à rendre plus obscur ce point d'histoire. Sans être aussi habile que tant d'écrivains célèbres, ne pourrait-on pas être [dus heureux, et trouver enfin un système capable de concilier tous les monuments? A vaut que de parlerd'un événement fameux, il me parait convtnable d'en faire connaître les auteurs.

La langue ludesque dont les Bourguignons se servaient , les noms Teutons que portaient les rois et les principaux seigneurs de cette nation, les termes de cette langue q,ue l'on trouve encore dans le recueil de leurs lois, mais surtout les mœurs germaniques dont ces lois sont un tableau fidèle, doivent nous convaincre que les Bourguignons étaient germains d'origine; ce serait donner dans la fable que de leur en attribuer une autre.

Pline le plus ancien des auteurs qui en ait parlé, nous apprend que les Bourguignons faisaient partie du peuple qu'il nomme Yindili; gardons nous de confondre, comme on l'a fait jusqu'ici, ces Yindili avec les Vandales, nation que les Romains ne connaissaient point encore du temps de Pline. Les Vandales n'étaient point Germains, ils étaient Guths; ils habitaient les bords des Palus Moéolides et du Tanaïs; ils parlaient la langue gothique, et ils avaient des mœurs irès-dillérenles de celles des Bourguignons. Les Vandales qui ont sub-

(2283) Caltorum nomenquod tamper ILmunus ler~ TUlt. IJUSTIK. 1. \XX\Ul.)

(2284) Triumphaii maijis quam vicli. (Taot., Ctrw. c. 11.)

fus

sisté jusqu'à pr<?-sen t dans la Prusse (2285) et qui uni toujours conservé leur ancien génie et leur langage, nous présentent un monument frappant do leur origine. Le nom de Vinditi (2286) dans Pline désigne en général les peuples qui habitaient, à l'orient de la Germanie; et ce sens est conforme à ce que nous apprend Tacite, que ce nom (lait autrefois commun à tous les Germains.

On ne peut guère douter que les Bourguignons n aient anciennement fait partie des Suèves, l'une des plus nombreuses et des plus puissantes nations de la Germanie. 1rs habitaient le pays que nous nommons aujourd'hui la Souabe, lorsque sous le rogne d'Auguste i'Is lurent subjugués par Drusus et par Tibère, conduite dans les Gaules, et placés sur les bords du Rhin. Mais ils ne demeurèrent pas longtemps soumis : l'amour de l'indépendance les rappela bientôt dans leur ancienne patrie , et ils ne conservèrent d'autre marque de leur séjour passa-ger dans les camps retranchés des Romains, que le nom de Bourguignons qui leur fut donné dès lors. La crainte ■d'être assujettis de nouveau, jointe à leur inquiétude naturelle les conduisit jusqu'à l'extrémité orientale de la Germanie, sur les bords de la Visiule, et ils conservaient ■encore au v* siècle le souvenir de ces deux émigrations. Ils étaient revenus dans leur ■ancienne patrie sous le règne do Probus qui les battit près du Rhin en 277. On les y retrouve sous Maximien-Hercule vers 290.

C'est à cette époque que l'on doit rapporter leur défaite par Fastida, roi des Gépides, et les guerres qu'ils soutinrent contre les Goths et les Allemands. Ils étaient dans la ■même contrée dans le temps des expéditions Ue Julien ; Valeiitinien 1" ne les cherche point ailleurs pour leur demander du secours en 370, et ils n'en sortirent en corps île nation que trois.ans après, lorsqu'ils vinrent au uombredequatre-vingt mille combattants se poster -sur Je rivage oriental du Rhin.

Tous ces laits seront établis dans nos preuves sur des témoignages positifs, et nous lerons voir que les systèmes proposés jusqu'ici ne sont point d'accord avec l'histoire. Cette discussion ne doit point être regardée comme étrangère à notre sujet, puisqu'elle sert à nous faire connaître les liaisons qui avaient été entre les Romains et les Bourguignons avant que ceux-ci fussent établis sur \as terres de l'empire.

Quoiqu'il en soit, nous voyons en 413 les Bourguignons placés dans les Gaules sur le bord occidental du Rhin; k quel titre y ont-ils tixé leur demeure ? Doit-on les regarder comme des brigands qui, après s'être rassasiés de pillage, sont venus l'epée à la main arracher aux anciens habitants leurs possessions, ou comme des hôtes pai

habitations et

aes terres à cultiver? tel

est le problème que nous avons à résoudre. Ne m'accusera-t-on point de témérité, si j'ose soutenir contre le sentiment des plus savants écrivains, que les Bourguignons se sont établis dans les Gaules à titre d'hospitalité ; qu'ils y ont été non-seulement reçus de plein gré par les sujets de l'empire, mais encore invités et appelés pour en être les défenseurs, de l'aveu et sous l'autorité du gouvernement? J'ai contru moi des opinions dignes de respect; mais je crois avoir pour moi la vérité plus respectable encore.

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