PART. III. THEOLOGIE P1I1EOEOG. - DES LANGEES. — DISSERT
voilà los principaux objets qui oui frappe les dorantes, et auxquels ils ont d'abord donné des noms. C'est île ces objets simples qu'ils ont tiré toutes leurs allusions; c'est dans ces noms primitifs qu'il faut cherclier Us racines de l'hébreu et de toutes les uitreslangues.
§ V. — Les dictions radicales sont les mêmes dans toutes les langues.
Lorsque j'ai dit qu'on peut étudier les éléments primitifs dans les différents dialectes (les langues d'Orient, je n'ai pas prétendu qu'il fût absolument nécessaire île les déterrer si loin. Les premiers hommes ont porté vraisemblablement partout le premier jargon qu'ils avaient formé pour leur usage, et qu'ils ont appris à leurs enfants. Ce langage aussi ancien que le inonde, ces termes originaux doivent donc se retrouver chez tous les peuples, et les racines de la langue hébraïque doivent être aussi les racines de toutes les langues de l'univers.
Un homme ne se détermine pas aisément a parler une langue étrangère dans un âge avancé : transporté hors de 5a patrie, il conserve jusqu'à la mort sa langue maternelle; il en fait usage, dès qu'il le peut; il ne saurait oublier les sons auxquels ses organes se sont plies dès l'enfance; ils lui reviennent sans réflexion, il les mêle involontairement dans le nouveau langage dont il est obligé de se servir avec les étrangers, Pourquoi ne dirions-nous pas des peuples entiers ce qui est si vrai à l'égard de chaque particulier? Ils ont porté avec eux dans leurs migrations leur premier langage, ces ternies courts, simples, qui peignent les sentiments et les objets, que la nature encore brûle suggérait aux premiers hommes, et qu'ils ont transmis d'abord à leurs enfants. Ceux-ci les ont dilféreniinent combinés pour exprimer leurs nouvelles connaissances, les nouveaux objets dont ils étaient frappés. C'est ce qui fait encore aujourd'hui le fond de toutes les langues. Le genre humain, divisé en tant de familles nombreuses, n'a point encore oublié l'ancien jargon de la maison paternelle, il prononce toujours dans sa vieillesse les mômes sons qu'il a bégayés dans son enfance,
Mais enlin ceci est une question de fait. Trouve-t-on dans les diverses langues, dans le grec, par exemple, dans le latin, dans le français, ces mots primitifs el monosyllabes que je prétends être les vrais éléments de la langue hébraïque 3 Y eon- ' servent-ils le môme sens, ou du moins un sens analogue? Si on peut le faire voir, la question est décidée; ces mots sont les restes précieux de la première langue, par conséquent la clef de toutes les langues du monde. Ils n'appartiennent pas plus a ceile des Hébreux qu'à louleautre ; mais ils y sont plus reconnaissables, parce que l'hébreu étant une des plus anciennes langues, elle approche plus qu'une autre de la langue primitive. C'est de celle ci que les urob
simples ont été empruntés, el qu'ils ont passé chez lous les peuples. PJBf l'organe des premières colonies qui sont parties de l'Orient pour peupler tous les coins de l'univers.
Que l'on ne soit donc pas surpris si je prétends retrouver les racines hébraïques, non-seulement dans les autres langues orientales, niais dans le grec, dans le latin, dans le français, et môme dans les divers jargons ou patois des provinces. Ces langues, ces jargons ne sont point sortis tout à coup du sein de la terre : les matériaux en ont été apportés d'ailleurs. La nouvelle forme que ces matériaux ont prise ne peut les dérober entièrement à des yeux atlen tifs. Il serait presque aussi surprenant de ne pas les trouver chez nous, que de ne pas avoir une bouche ou une langue pour les prononcer.
Ce n'est pas par hasard sans doute qu'une diction monosyllabe conserve la même signification chez des peuples si éloignés et qui n'ont eu ensemble aucun commerce, surtout si l'on peut citer un grand nombre de ces termes. Or je crois déjà être en état de montrer au moins les deux tiers des racines monosyllabes subsistantes dans le français avec le môme sens que dans l'hébreu, et j'espère, avec une étude plus longue et plus réfléchie, de les retrouver toutes sans exception. Il n'est pas nécessaire, pour expliquer ce phénomène, d'avoir recours aux navigations des Phéniciens, ni à de nouvelles peuplades arrivées de l'Orient. C'est de l'Orient que nous sommes tous partis, et il n'a pas été besoin que de nouvelles colonies vinssent rapprendre à nos pères ces termes primitifs et simples qu'ils n'avaient point oubliés. Ils les ont transmis fidèlement à leurs descendants, comme ils les avaient reçus de leurs ancêtres. Le mélange des peuples, Je changement des climais, ne pouvait manquer de produire de la diversité dans les langues, comme il a répandu de la variété sur les visages; mais le fonds est inaltérable, et je soutiens qu'il y a moins de différence entre l'hébreu et le français qu'il ne s'en trouve entre la physionomie d'un Lapon et une face Africaine.
On m'objectera peut-être que les Phéniciens, qui ont peuplé et policé la Grèce, y ont apporté leur langage avec eux, que les Grecs ayant passé de môme en grand nombre dans I Italie, les langues grecque et latine devaient être ressemblantes pour le fond, el «pie le français n'est qu'un latin corrompu. Sans adopter celte généalogie qui sera examinée dans la suite, j'en tire le principe môme de mon système, que la langue primitive est inaltérable. Partie des plaines de Sennaar, elle a séjourné el s'est embellie dans la Grèce; transplantée en Italie, elle a repris ui\a nouvelle forme, pour Venir enfin s'habillera la française; la course est longue el la métamorphose singulière. Mais des qu'on m accorde qu'après quatre mille, ans de voyages, elle reparaît parmi nous, peu m'importe quelle
route elle ait suivie pour y arriver. Je n'eu suis pas moins empressé de la connaître
Ces termes simples, rencontrés si loin de leur première patrie, acquièrent une espèce do vénération par leur antiquité. On aime à les dépouiller des parures étrangères . qu'ils ont reçues dans leurs divers séjours, pour les rendre à leur simplicité primitive. Nous retrouvons en eux des titres de notre commune origine, de nouveaux signes de fraternité entre tous les peuples et leurs diverses langues; nous remontons par eux jusqu'au berceau du genre humain.
Sans parler ici des motifs de religion, l'hébreu est donc la plus respectable des langues, et la Bible est le morceau devinerai ure le plus précieux de l'univers. C'est un monument unique des mœurs et des connaissances des premiers hommes. Nous y retrouvons leur langage, avant les altérations qu'il a soutrertes en passant par d'autres climats, et presque sans autre changement que celui qu'il reçut à Babel. L'est là, par conséquent que nous devons chercher les termes primitifs qui ont servi de canevas pour toutes les langues du monde.
§ VI. — On peut encore reconnaître les racines hébraïques dans les autres langues.
Pour trouver sûrement les premiers éléments du langage, il faut absolument confronter les langues entre elles, et c'est faute d'avoir suivi cette méthode, que les étymologistes ont ordinairement si mal réussi à les décomposer. On ne peut plus douter que l'on n'ait rencontré la vraie racine de l'hébreu, lorsqu'on aperçoit le même monosyllabe en grec, en latin, en français, avec le même sens, parce que cette ressemblance ne saurait être un effet du hasard; et l'on doit se défier au contraire de toute racine qui ne subsisterait plus que dans une seule langue, à moins qu'elle ne désignât un objet propre à la nation qui s'en est servie.
On comprend assez que les termes primitifs de l'hébreu n'ont pas passé dans les autres langues sans recevoir des changements par la prononciation ; j'espère démontrer que dans l'hébreu même ils n'ont point été prononcés d'une manière uniforme. Cette variété était inévitable, par la façon dont les langues se sont formées. Un père bègue, ou qui prononçait durement, donnait la même habitude à ses enfants ; cette famille devenait un peuple entier. Après quelques années, cette peuplade devait trouver entre son langage et celui de ses voisins la même différence que nous +, remarquons quelquefois entre deux villages situés à un quart d'heure de distance; ils parlent le même patois, mais avec des diversités frappantes. Si le commerce et les besoins mutuels n'avaient sans cesse rapproché les familles qui habitaient le même continent, bientôt la variété augmentée par degrés les aurait mises dans le cas de ne plus s'entendre. C'est ce qui ne manquait i»as d'arriver à celles qui passaient les mers,
pour aller peupler do nouvelles contrées : après quelques générations, leur langage n'élait presque plus entendu dans le pays d'où elles étaient parties. Quoique le fonds en fût toujours le même, la prononciation altérée lo rendait méconnaissable. La confusion des langues devait donc nécessairement arriver parmi les hommes déjà multipliés et obligés de se séparer; mais Dieu fit par miracle, dans un même moment et au même lieu, ce qui ne serait arrivé que par la succession des temps et la distance des climats.
Mais quelque altération que les termes primitifs aient soufferts, il est possible de montrer qu'ils sont toujours reconnaissables ; que les changements qui y ont été faits ne sont point l'ouvrage du hasard ou du caprice; que dans leur bizarrerie apparente, il règne une certaine régularité ; que la mécanique du langage a été aussi uniforme (liez tous les peuples, que la marche de l'esprit humain dans l'usage qu'il en a fait. On le verra dans la dissertation suivante.
§ VII. — Projet d'un nouvel ouvrage sur les langues ; son utilité.
Sur ces réflexions, il m'a paru que la vraie méthode d'étudier les langues était de les comparer dans leurs racines; que l'hébreu, le grec, le latin, le français étant les quatre principales et celles qui nous intéressent davantage, un Recueil ou Dictionnaire des mots primitifs, avec leurs principaux dérivés dans ces quatre langues, pourrait êire utile. C'est ce qui ru'a engagé à l'entreprendre, et il seraità souhaiter que cet ouvrage fût exécuté par une main plus habile.
1° En comparant les racines des langues anciennes avec des termes qui nous sont familiers, ou les grave plus aisément dans la mémoire, et l'on ne saurait trop s'attacher à soulager cette faculté dans l'étude des langues, qui en dépend principalement. La plupart do ceux qui ont fait des dictionnaires ont déjà tenté cette comparaison ; mais faute de recourir aux racines primitives et de suivre les analogies, ils n'ont fait qu'ébaucher l'ouvrage. 2° L'on pourrait découvrir par ce moyen l'origine de plusieurs termes dont le sens n'est pas encoie assez connu, et de quelques façons de parler qui paraissent bizarres. 3° Ce recueil pourrait servir d'introduction et de clef à l'étude de toutes les langues, surtout do celles do l'Orient, et du grec, qui en est certainement dérivé. Il nous fournirait une méthode pour trouver les vraies éiyniologies des noms, et nous ne serions plus réduits à de pures conjectures sur un article qui a toujours piqué la curiosité des savant». 4*Par cette opération, les vraies racines grecques sortiraient enfin du chaos; on verrai* combien se sont abusés ceux qui nous les ont donnés par milliers. On admirerait comment un seul terme monosyllabe a pu produire dans toutes les langues une si nombreuse postérité, et toutes ces familles
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