‹ Œuvres completes de BergierChapitre 133 sur 255 · DES MOTS · texte numérisé non relu

DES MOTS

Après les observations que je viens de faire sur les lettres et la manière de les prononcer pour en former des syllabes significatives, l'ordre exige que j'examine la méthode selon laquelle ces syllabes ont été jointes pour composer des mots, ouV ce qui est le même, les différentes additions que l'on a faites pour allonger les racines monosyllabes. Cet examen servira, nonseulement à confirmer plusieurs des remarques précédentes, mais encore à montrer, que faute d'avoir suivi les vrais principes, l'on a augmenté les difficultés des langues orientales dans les grammaires ordinaires , tandis que l'on travaillait à les aplanir.

§ J. — Des aspirations ajoutées au commencement.

La mélhode la plus commune de composer a été de mettre une aspiration avant la racine monosyllabe; ainsi en hébreu, en joignant m avec m (don) élevé, supérieur,

on a fait ttw (adon) seigneur; de ba (bal , bel) souffle, on a formé San (habal , habel) vent, vapeur, vanité; de -u (gar) lien, s'est fait -an (chagar) ceindre, lier, garrotter;

Si (gai) rond, a produit bay (hâgal) être rond, etc.

Dans les autres langues où les aspirations ont été supprimées, l'on n'a conservé que la voyelle initiale avec la racine et la terminaison ; on a dit en grec (ttûxvç et a<7T«xvc, un épi: Gii',j, IQDm , je veux ; t>«« , otXéw , je souffre, etc.; en latin cur, eccur; mitto , omitto; nilor, enitor; en fiançais, baisser, abaisser; lever, élever, etc. Ces voyelles commençantes ne sont point de la substance du mol primitif, puisqu'il conserve toute sa signification sans elles

Mais a-t-on ajouté sans raison ces voyelles initiales, et les aspirations qui les font sonner dans les langues orientales? C'est ce qui ne paraît pas vraisemblable; il est donc à propos d'en rechercher l'origine.

1" En hébreu, comme dans les autres langues , les voyelles aspirées sont des interjections qui marquent souvent la surprise, et l'usage en est si uniforme, que les Occidentaux, en retranchant les aspirations d'ans les autres mots, les ont conservées dans ces expressions vives et naturelles. Mais il faut se souvenir qu'elles sont bien moins familières aux personnes polies qu'au bas peuple, qui mêle sans cesse les syllabes ha! hé! ho! dans son discours; on le remarque surtout dans les provinces où l'on parie niaisement. L'habitude de les

joindre aux mots a pu , a la longue, les rendre inséparables. Or, les premiers qui ont écrit dans chaque langue, ont été assujettis à la prononciation populaire, parce qu'il n'y avait point d'autre règle à suivre. C'est le peuple qui le premier a donné la loi aux écrivains, c'est lui qui a formé les langues.

Comme ces interjections admiratives expriment la grande idée que l'on a d'une chose, leur force naturelle est d'augmenter la signification du mot auquel on les joint. On nous dit dans les grammaires hébraïques que la conjugaison Hiphil est ampliative, qu'elle est en quelque sorte doublement active, et que Hophal est doublement passif; je le crois , mais on n'en explique pas la cause; c'est sans doute à cause de l'addition du n (ba , hé) à la racine du verbe.

Les grammairiens ont remarqué de même que A est souvent augmentatif en grec; mais ils en ont donné une fort mauvaise raison, quand ils ont dit qu'alors il était mis pour uyxv, beaucoup; c'est plutôt un reste de l'ancienne aspiration, c'est une interjection devenue inséparable. rH peut produire le même effet, puisqu'il est atfirmatif; il signifie certe, profecto. e a la même force en latin dans ebibo , boire entièrement, vider en buvant, et en français dans élever, etc. Si dans l'usage nous ne faisons plus attention à ces sortes de particules , c'est que l'habitude de les joindre leur a fait perdre leur énergie; elles sont devenues paragogiques , c'est-à-dire un accessoire inutile.

2° n (ba, be) en hébreu est démonstratif et tient lieu d'article, comme b, >5, en grec. Le latin l'a conservé aussi simple au pluriel hi, hœ; il l'a doublé dans ii, eœ, ea, et dans les ail verbes de lieu eo, ea. Hui est démonstratif en français dans cel'hui , aujourd'hui , mes' 'hui ; les adverbes de lieu, allez-y , demeurez où vous êtes , au logis , servent toujours à démontrer; les articles sont encore plus courts dans le patois où l'on prononce i veut , é vue, ai veut , pour il veut , et le bas peuple de Paris dit souvent a voudrait pour elle voudrait ; y ventre , dans quelques provinces, signifie au ventre , dans le ventre. Il est donc certain que partout les voyelles simples ou aspirées sont démonstratives. Or rien n'était plus aisé que de joindre insensiblement au substantif l'article qui le démontrait. Cet article, devenu partie du nom, a passé demême dans le verbe, ou dans le participe que l'on a formé du nom , et il a pris dans

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