‹ Œuvres completes de BergierChapitre 134 sur 255 · PART. 111. THEOLOGIE PIII1.OLO0.. - DES LANGUES. — DISSENT. III · texte numérisé non relu

PART. 111. THEOLOGIE PIII1.OLO0.. - DES LANGUES. — DISSENT. III

uns

les langues orientales une aspiration initiale plus ou moins forte, selon la manière dont on le prononçait.

Une preuve que ceci n'est pas simple conjecture, c'est que la même chose est arrivée dans notre langue. Le substantif haie a signifié autrefois et signifie encore dans quelques provinces , non -seulement des buissons, nuis une forêt. Au 1-ieu de prononcer la haie, avec l'article, le peu pi o prononce l'haie, pour éviter le bâillement ou l'asoiralion. De là est venu le nom de Saint-Germain-en-Laye, pour Saint-Germain dans ta Forêt; et lorsque dans les bas siècles on voulut latiniser ce terme, on dit indifféremment haia et laïa , en ajoutant l'article nu second. Ce qui s'est fait chez nous, s'est fait sans doule ailleurs do même, et il est très-probable que la plupart des aspirations ou des voyelles initiales dans les langues ont été originairement des articles. Oi n'en doutera plus , si on fait attention qu'en hébreu, outre l'article n (ha, he) l'on ajoute encore un pronom démonstratif, "prcnma (bazeh hadderec) per hanc viam ; n (ha) pour lors devient partie du nom et inutile, puisqu'il est précédé d'un autre pronom.

3° A, dans le français, est une préposition nui marque rapport ou relation vers un objet; voilà pourquoi il est- la marque du datif. \\ retient un sens semblable en latin, où l'on dit , a senalu stare , dicendi a reo, au lieu de pro reo. prope a mûris. Il a encore une force équivalente en composition grecque, où il signifie union , ressemblance, existence dans le même lieu, comme dans ù$tï>fô;, icyila^oç. Il exprime aussi en français le lieu, la situation, la manière, à bas, à terre, à dos, à l'anglaise. Enfin nous lui trouvons une signification analogue en hébreu , où n (ha) final marque le lieu , nx-w (eretsh.i) par terre (2299). Quand nous disons , voilà ce que j'ai à faire, à marque relation ; or de cette préposition jointe au verbe, nous avons formé le nom ajfaire, id quod est faciendum; et le peuple imite cette composition , quand il dit , c'est un à savoir. De même de l'ad verbe à bas, nous avons composé abattre; à terre, a produit atterrer, et par terre est devenu un substantif.

Je raisonne des autres langues comme de la nôtre, et quand je trouve en hébreu d"V» (haras) détruire, démolir, renverser, je conclus que d-i (ras) est la racine équivalent»; à nos termes ras et raser, qui expriment la plate terre, et que n (ha) est la préposition qui marque la situation ; qu'ainsi o-in (haras) a dési.jné d'abord à rase terre qu'ensuite il est devenu verbe comme atterrer, et que c'est le môme mot que le grec«>«Çe, par terre

(2299) Cette signification est la source de la précédente; les voyelle* ne sont démonstratives que parce qu'elles marquent la proximité, et quand nous montrons quelque chose, c'est pour en faire connaître la présence, la proximité, la relation avec nos sens. Aussi tous les articles dans les langues sont

4° Enfin A dans les langues grecque, latine, française, prend souvent un sens op« posé au précédent; il signifie défaut, absence, négation, privation, contrariété Iî en latin et en français produit le mêmt. effet; les exemples en sont communs. Mais je suis surpris de ce que les grammairiens ne nous avertissent point que les autres voyelles ont aussi la même énergie en grec: ■nvpoç, coupé, mutilé; vneipoç, continent , qui n'est pas séparé; ùpiv, euro, tùwpiu, non euro, negligo. M«X , élévation ou augmentation, a produit ôpccXér, plat , oii il n'y a point d'élévation; de p«o, pep, clair ou clarté, s'est formé ô/Mjisoc , aveugle. *H, eu , ô , sont donc quelquefois privatifs comme les autres voyelles. En effet , les anciens nous apprennent que où négation, s'écrivait d'abord par un o simple; il n'est donc pas étonnant que o ait retenu celte force en composition ; «conserve Je même sens dans è«w , sino , des i no.

Ces exemples auraient suffi pour me persuader qu'il en est de même des voyelles aspirées dans les langues orientales; mais des preuves positives appuient cette conjecture. \s« (é! se trouve mis pour négation, Prov. xxxt, 4; il est traduit dans laVulgale par noli. -nos ('■,'» bod) glorieux, tud'n (icabod) privé de gloire. I Sam. iv,21,y;p (ragâh) émouvoir, ou se mouvoir, jpanfl (hirgiûh) ne se pas mouvoir, demeurer en repos, yiQ

(moûts , mouss) poussière , paille , ordure; ynn (chamits) purgé, vanné, sans poussière,

sans ordure, -ipy (hekerj postérité; ipy (haker)

stérile; y est paragogique dans le premier, et négatif dans le second.

On a donc suivi partout la même méthode, en mettant des aspirations ou des voyelles au commencement des mots, et avant la racine primitive. Je ne crains pas d'assurer sur ce point que dans nos quatre langues l'analogie est parfaite.

Mais il ne faut pas oublier ce que j'ait dit dans la dissertation précédente, que trèssouvenl l'on a substitué des sifflements aux aspirations. Celle mécanique a fait commencer les mots par des consonnes sifflantes , au lieu des voyelles simples ou aspirées. Ainsi l'on verra les syllabes ba, za, ja , pha , sa, scha, va, etc., avec la force augmentative, comme les interjections initiales; zé , je, phé, pris dans un sens démonstratif et tenir lieu d'arlicles comme hé; pha, va , sa , avec une signification négative : la raison en est simple; ces syllabes sont mises au lieu des aspirations dont nous venons de voir l'énergie, et produisent le même eiret.

§ II. — Des aspirations au milieu des mots et des voyelles doubles.

Au lieu d'allonger Je mol radical par la

analogues aux racines qui signifient liaison, union, lien, etc. Il n'est donc pas surprenant que notre verbe français avoir, qui a le même sens, forme une partie de ses temps par de simples voyelles; j'ai, lu tts, il a, j'ai eu, etc.

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