‹ Œuvres completes de BergierChapitre 135 sur 255 · UC · texte numérisé non relu

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tôle, on l'a quelquefois coupé en deux, quoique monosyllabe, pour placer une aspiration au milieu. Do l'hébreu yo (lob) bon ou bien , le cbaldéen a formé ind (téob) être bon, doux, gai, joyeux; de m (dab) longueur, maladie, on a lait 3.N7 (daab) être malade ou languissant; de Sa (gai, gol) souillure, Sxa (ghéal) souiller.

Il est clair que celte addition ne servait qu'à prolonger la syllabe, en faisant doubler Ja voyelle. Ainsi en usent encore les anglais ; pour taire traîner une voyelle, ils en mettent deux, comme nous faisions autrefois dans baailier, et comme nous faisons encore dans la terminaison des participes féminins, aimée, respectée, etc. Quelques grammairiens latins voulurent introdurre ohez eux la môme orthographe, à ce que dit Scaurus; mais l'usage prévalut d'ajouter «ne aspiration à la manière des Orientaux ; vehemenler, prehendere, mihi , en sont des exemples cités par Quintiiien.

Les Grecs doublèrent quelquefois les voyelles, comme dans &&Çat j3oôf , 0ooç; mais pour prononcer ces voyelles doubles , il faut faire ou un bâillement désagréable, ou un effort du gosier. Le premier n'a été du goût d'aucun peuple, le second s'est adouci chez la plupart. On eut donc recours aux lettres sifflantes, comme nous avons dit, aux diphlhongues, qui sont une espèce de sifflement adouci. On prononça /3w?, /3tû?, Powôj pour poôf ; o-wÇw pour c-ôw et co«&>. Nous avons déjh remarqué que l'on avait fait de même chez lesOrientaux, ^V, *pp, ^(hiph, jahaph, hajaph) sont le même verbe en hébreu, parce que c'est le même monosyllabe ,*[V (haph), allongé par une aspiration, ou par un » (j) qui en prend la placée

1!I. — Des aspirations à la fin des mots.

Après avoir placé les aspirations au commencement et au milieu des mots, on les a mises aussi à la fin, pour servir de terminaison, et faire ainsi deux syllabes au lieu d'une. La prononciation d'un monosyllabe tient en quelque sorte les organes en suspens; ce que l'on y ajoute est le repos. Voilà pourquoi l'on évite, autant que l'on peut, de terminer les périodes par un monosyllabe. C'est par la même raison sans doute qu'il s'est conservé si peu de termes simples dans toutes les langues, surtout dans les langues cultivées; le grand nombre des mots est au moins de deux syllabes. Mais une aspiration finale n'est point une terminaison commode; elle ne donne pas à la voix un point d'appui pour s'arrêter : aussi n'a-t-elle point été usitée chez les peuples qui ont perfectionné l'art de la parole ; elle est demeurée chez les Orientaux. Les Grecs et les Latins ont aimé à terminer leurs mots par des voyelles, parce que c'est le mouvement le plus libre des organes, et la terminaison la plus sonore. Quand on finit par une consonne, la langue semble se reposer sur un e muet; c'est ce qui a multiplié cette terminaison dans notre langue.

On comprend assez que ces terminaisons

en voyelles ou rien à la racine sens. Elles servent à

en aspirations n'ajoutent et sont oisives pour Je la vérité à distinguer les genres et les nombres dans la plupart des langues, mais cet usage est d'une date postérieure à la première formation des mots composés.

§ IV. — Des consonnes répétées.

Une autre méthode assez ordinaire d'à longer les mots, a été de redoubler la consonne initiale de la racine. Sa (bal, bel) en hébreu confusion, a fait Sm (babel) qui a le même sens, m (bath) rondeur, a formé rm (babalh) la prunelle de l'œil. *p (fap) couverture, a produit rmo (totapah) voile ou ornement, etc.

Celte composition est encore plus commune en grec, où l'on dit p«Çw, parler, faSÙÇo), bégayer : %£(», y.txi'>>, contenir; Tspén, Ttxpàu, percer, et une inimité d'autres. C'est ce redoublement qui forme Jus prétérits dans les conjugaisons grecques, et 1rs Latins les ont imités dans momordi , pepuli , tetendi, etc. Il se voit encore dans plusieurs autres termes latins, comme cucumis , titubo, memini, etc. Il n'est pas même inconnu en français , où nous dirons biberon, coquille, lutèle, etc. ; et c'est la prononciation de tous-ceux qui bredouillent.

Après avoir doublé Ja première consonne, l'on a aussi doublé la seconde; par là !q (bal confusion, a formé ^Sl (balai) confondre, mêler ; de -£ (gar) coupure, petit morceau, est né -nj (garar)sa'er, couper ; de 07 (dam, dem) retranchement , qui (damam) ôter, retrancher , etc. Dans les autres langues , piùlto, bulla , bouillir; 7r«7T7ïec, hinnio , erreur, ont été composés sur le même modèle.

Mais soit que le redoublement ait été fait à la première consonne o-u à la seconde, il est clair que Ja racine en est indépendante.

§ V. — Des lettres serviles. Outre ces trois additions initiales , des aspirations, des lettres sifflantes, de la consonne répétée, l'on a mis à la tête des mots primitifs d'autres lettres que les grammairiens ont nommées lettres serviles : outre les aspirations « et n, ce sont 1, 53, 3, n (i, m, 11, th) ; et on leur a donné ce nom, parce qu'en les ajoutant aux verbes, que l'on regardait comme racines, elles servent à former les divers changements pour les conjuguer, c'est-à-dire les voix, les teinps, les nombres, les personnes, dont ces lettres sont devenues le caraclèie, et parce qu'elles servent encore à former les noms verbaux ou les substantifs dérivés. Je n'ai rien à dire sur cet usage de lettres serviles que ce qu'on peut lire dans toutes les grammaires ; mais je dois observer que faute d'avoir conuu les vraies racines, ces lettres serviles ont jeté les grammairiens dans d'étranges embarras.

* (J) et j (n) au commencement des verbes, n et n (a et h) au commencement, au milieu et à la fin, sont des lettres ajoutées, étrangères au monosyllabe significatif, il

util

PART. 111. THEOLOGIE PHlLOLOci. — DES LANGUES. —DISSERT. 1H.

n'est donc pas surprenant que ces lettres se perdent eu conjuguant, deviennent muettes, fassent élision, ou cèdent leur place à d'autres plus nécessaires; le mot n'y perd rien, parce que la racine demeure en son entier. C'est néanmoins de ces divers accidents qui arrivent aux lettres serviles qu'est née la multitude des règles sur les verbes anomaux et dél'ectit's, cpii fait le supplice des commençants, et le chaos encore plus indéchiffrable des changements de points. Il semble que l'on ail cherché à se former des embarras par plaisir. En «'attachant à la vraie racine, au monosyllabe essentiel, les additions, les variations deviennent indifférantes. Ce sont des changements de prononciation qu'il est également ridicule et impossible d'épier dans leur cours, et de vouloir assujettir a une marche régulière. Dès que l'on sait la manière dont les pronoms se joignent aux verbes, et les divers caractères des conjugaisons, des temps, des nombres, des genres, des personnes, le reste est pur fatras de rabbins, et n'est propre qu'à dégoûter de l'hébreu tout homme de bon sens.

Quand j (n), par exemple, est au commencement du verbe, ce n'est plus Kal qui est la racine, ce serait plutôt Hiphil qui est plus simple : ou plutôt ce n'est ni l'un ni l'autre, parce que dans Hiphil même n est ajouté. Ainsi dans ]rc, ]nn (nalhan, hillhin)

donner^ \T\ (then) qui est l'impératif est aussi

la racine. Que l'on y ajoute ce qu'on voudra a la tête et à la queue, qu'on lui fasse faire toutes ses classes dans vingt conjugaisons, ce monosyllabe demeure toujours invariable ; les additions seules changent et sont indifférentes.

Je ne prétends pas dire que J ne fasse quelquefois partie de la racine; mais mon principe est si vrai, que pour lors le verbe ne peut plus se conjuguer dans les modes où : ne peut pas entrer. C'est pour avoir méconnu ce même principe, que les grammairiens disputent et varient sur la racine de certains verbes, et jamais on ne les accordera qu'en les ramenant aux racines monosyllabes.

Je conviens qu'en suivant cette méthode si claire, on ne pourra plus se flatter d'écrire et de prononcer comme les Massorèles, ni de pouvoir figurer dans une synagogue.

Mais cet avantage esl-il assez précieux, pour être acheté par tant d'ennui? Qu'on l'ambitionne encore, j'y consens; mais alors il faudra deux méthodes pour enseigner l'hébreu: l'une courte, simple, facile, pour ceux qui veulent seulement l'entendre, et ils font certainement le plus grand nombre; l'autre j»our ceux qui veulent écrire et jargonuer avec les rabbins, et on pourra leur tailler de la besogne tant qu'il leur plaira.

liais enfin, comment a-l-on ajouté ainsi des lettres superllues? les grammaires lie nous en apprennent point l'utilité; n'en

ont-elles aucune l

J'ai déjà parlé ci-devant du ' (j) ; il lient lieu d'aspiration, et il fait le même effet. Il sert par conséquent d'article dans plusieurs noms; voilà pourquoi il est souvent la marque du participe. Les grammairiens ont cru qu'alors c'était le futur mis au lien du participe, parce que » marque aussi le futur ; mais ils n'ont eu celte pensée que parce qu'ils ne comprenaient pas la force du i initial : le futur mis pour le participe n'est dans le génie d'aucune langue. Aussi celle erreur les a souvent embarrassés; j'en donnerai des exemples, 6e dissert., § 2.

n (m) mis à la tête do la racine peut avoir divers sens : VvlD, nn (ma, meh) en hébreu

signifient quantité; rtNQ (méah) cent ou un grand nombre; HDD (cammah) combien; tyD (méhi) ventre ou grosseur, a (ma, me, mi) ajoulés, peuvent donc être des particules augmenlatives. Elles conservent cette Signification en grec dans f*at«, et en français dans mieux, qui est plus simple dans les patois où l'on dit meu ou mé.

2° NO.rm, V3 (ma, meh, mi) en hébreu sont inlerrogai ils; ils signifient qui ? ou quoi? ils sont relatifs : '53]T3aa (mibbeten mi)

Job, xxxviu, 29, de utero cujus ? ils sont démonstratifs : ~WH l'a (mi ascher) is qui : voilà pourquoi n est la marque du participe dans Piel, Puai, Hiphil, Hophal et Hithpael : "DOS, "VDOa (memasser, mamsir) est a la lettre, qui tradens, qui traditor, ou hic tradens, hic traditor. Voilà pourquoi encore a au commencement désigne le nom verbal ou substantif dérivé : c'est parce qu'il lient lieu d'article, et c'est en ce sens seul qu'il est lettre servile.

3° a (ma, mé, mi) sont négatifs comme eu français; on eu verra les autres significations ailleurs.

J (n) au commencement des mots pourrait être oisif. Je connais un certain canton, dans une province où les patois sont fort variés, dont les habitants ajoutent l'n à tous les mots qui commencent par une voyelle. J ai oui citer maintes fois eu plaisantant la phrase d'un plaideur de ce pays-là : Note navocat na tout mangé note nargent; notre avocat a tout mangé notre argent. Je crois avoir encore aperçu le même tic à Provins. Ce ne serait pas merveille qu'il eût régné chez les Hébreux ; les trois quarts des racines, qui commencent par a, se retrouvent avec une simple aspiration, et c'est ce qui a produit une nombreuse classe de verbes défeclifs.

2" nj (na) en hébreu , sig-iifie quœso, obsecro ; c'est une manière de presser, d'insister : vaî, va, en grec, nœ en latin, sont aftirmalifs, et né dans quelques patois esl équivalent à imo, quin imo. w (na) en hébreu signifie encore beau, excellent ; 2 (na, ne, ni), en composition, peut donc avoir ia force d'affirmer ou d augmenter. C'est le sens que lui donnent les grammairiens dans -iztj (nidbar) dictitare, colloqui. Il est do

ut;»

môme augmentatif en composition grecque, connue vrj^wToç, qui coule de tous côtés.

3° K5, T3,na (na, nou , nah) en hébreu signifient demeurer, comme wU» en grec; or, demeurer est très-sou vent synonyme à être; je ne suis donc pas sur-ris de voir a (ni) signifier être dans la conjugaison niphal , qu\l rend ordinairement passive; et s'il n'y produit pas toujours cet effet, c'est qu'il a d'autre sens que celui-là.

4°:(na, né, ni) est négatif, comme en français et dans les autres langues; je le montrerai ailleurs.

5° Je n'ai remarqué nulle part qu'il fût démonstratif; aussi n'est-il point mis pour article, ni pour caractériser les substantifs.

Reste à examiner la force du n th. On verra dans la huitième dissertation, §3, que la, lha, signifie grandeur et supériorité ; il est donc augmentatif au commencement du mot. Et puisque tô, t« est démonstratif en grec, il y a lieu de présumer qu'il l'est aussi en hébreu; voilà pourquoi il désigne souvent le substantif.

§ VI. — Des autres consonnes.

Ce que je viens de dire des lettres serviles doit s'appliquer aux autres consonnes que l'on a mises au commencement des mots, avant la racine monosyllabe. N2,M, n*t, nt, tn, (ha, ga, da, za, ra), etc., sont autant de particules explétives, alliimatives, augmentâmes, non-seulement en hébreu, mais encore ilans les autres langues. Il n'est {-eut-être aucune consonne, qui, jointe à la voyelle, n'ait eu cette propriété; j'espère le montrer par la comparaison des langues. On sait le grand usage que faisaient les Grecs de monosyllabes, soit en les employant seuls , soit en les mettant devant ou après les mots. A force de s'en servir, ils sont insensiblement devenus partie des mots, mais par là môme ils ont perdu leur force originaire, et ne sont plus que des syllabes paragogiques.

On sera surpris sans doute de cette foule de particules explétives; l'on aura peine à croire qu'il y ait les trois quarts des termes où l'on en a fourré quelqu'une; mais le doute sera bientôt dissipé, si l'on fait attention aux mots composés du grec, à la multitude des prépositions mises à la tête des verbes, où il y en a souvent deux l'une sur J'autre ; aux particules latines employées de môme, et qui perdent toujours en composition le sens qu'elles avaient étant séparées, il est naturel de rencontrer un usage semblable en hébreu.

Pour en découvrir l'origine, il faut se rappeler la manière de discourir familière au peuple, et surtout aux grands babillards. Ils mêlent dans leurs phrases une infinité de parenthèses, de mots inutiles, d'adverbes, de conjonctions, d'interjections superflues;

ainsi se sont formées les langues, à mesure que nous sommes devenus plus grands parleurs que nos pères.

Dans la décomposition des mots de deux syllabes, c'est ordinairement la seconde quo l'on doit regarder comme la racine; mais il y a des exceptions, et quelle est la règle de grammaire où il n'y en a pas?

§ VII. — Des muettes et des liquides

A mesure que les langues se sont éloignées de leur source primitive , les mots ont reçu de nouveaux accroissements; plus elles ont été cultivées, plus elles ont été allongées; on ne leur a donné de l'agrément, de la cadence, de l'harmonie, qu'aux dépens de leur brièveté. Au lieu d'une consonne ajoutée à la racine, l'on en a mis deux, l'une muetteet l'autre liquide ; et une preuve que cette addition n'est pas de la première antiquité, c'est qu'elle n'a pas lieu en hébreu. Celle langue ne prononce point deux consonnes ensemble, si ce n'est dans les lettres doubles, f, ï, vj, (dz, ts, sch.) L'on n'y voit point les syllabes bla, ena, pra, sma, sba, etc.; et quand \\ se rencontre de suite une muelte et une liquide, les poncluateurs ont soin de mettre sous la première une muet, sclieva mutum, pour montrer qu'elles ne forment point une seule syllabe, comme

dans rthsn , rwisa (lhablith, megrephoth.) Ils font la même chose sous la consonne initiale, lorsqu'elle semble ne faire qu'une syllabe avec la consonne suivante, comme en chaldéen p-iTUDS (psanterin). Je ne sais si

ce point rabbinique peut être d'une autre utilité.

Chez les autres peuples, la jonction des muettes et des liquides s'est faite en deux manières: 1° en retranchant ou en transportant une voyelle; ainsi de nïk«>, proche, le grec a fait rà-ÔTtos, un proche, un parent : 2" pour rendre le son de la liquide plus fort et plus marqué; ainsi dans claudo, /se fait mieux sentir que dans laudo, et prendre est plus dur à l'oreille que rendre. Les Espagnols se contentent de doubler la consonne, pour produire le même effet; ils écrivent llamar pour clamar. Les langues du Nord, pour rendre les sifflements plus forts, ont mis des consonnes avant; les syllabes psa, gwa, tza, tsa, etc., leur sont familières.

A ces consonnes doubles, on a joint encore des sifflements pour allonger, sera, spla, stra, etc. Pour connaître la racine, il faut commencer par retrancher toutes ces lettres accessoires; mais la dillicullé de distinguer les deux causes de leur addition rend quelquefois l'opération incertaine. Ce n'est donc qu'en les confrontant avec l'hébreu que l'on peut y réussir, et jamais on ne trouvera sûrement les éléments des autres langues, qu'en les comparant avec celle qui a le mieux conservé la simplicité du premier langage.

nos

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