PART. M. THEOLOGIE PMLOLOG. - DES LANGUES. — DISSERT. III
nr.fi
§ VIII. —Des racints répétées*
Un des restes les plus sensibles de celte simplicité originale sont les mots composés par le redoublement de la racine. Ainsi de
hi (gai) rond, l'hébreu a faitSjSa (galgal) roue, tourbillon, globe , tout ce qui tourne ; de p2 (baq) vase, piapa (bachoq) le môme; de il
(bar) nourriture f 0**10,13 (barbourim) du nourri, les animaux que l'on élève, etc.
Par la môme voie se sont formés en grec popGopo*, yxpyaipcA), ftàpimpoç ; en latin, fur fur, marmor, lurtur, ululare ; en fiançais, barbare;murmure, chercher, calcul, et plusieurs autres.
La facilité de changer en parlant les lettres de même organe, les a fait substituer l'une à l'autre. En hébreu, de T3 (bar, bor) clôture, on a fait "Q-ffl et "irffl (pharbor et pharvor), cellule ou lieu fermé, en changeant le b en p et en v qui sont de même organe. La iuéme altération s'est faite en grec dans Tiopfipx, en latin dans verber, en français dans marbre.
L'origine de cette espèce de composition est, ce me semble, l'habitude que nous conservons toujours d'insister en parlant sur le même terme ; principalement lorsqu'il est monosyllabe, et de le répéter pour qu'il fasse plus d'impression. Cette habitude est encore plus marquée parmi le peuple, que dans le monde poli. L'on répète ordinairement les mots viens, vas, oui, non, bien, ça, etc.
Si l'on pouvait se persuader une fois pour toutes que les Hébreux parlaient comme les autres hommes, on ne serait pas surpris de trouver chez eux la même répétition. Prov. xxx, 15: an, an (hab, hab) donne donne, a/fer aff'er ; Gen. xn, I, où il faudrait
lire "jb "jS (lec lec) vade vade, exi exi, les rabbins avec leur sagacité ordinaire ont ponctué tjS~7jS (lec leca) vade, tibi ; et sur celte
autorité, on nous dit gravement que c'est un hébraïsme.
§ IX. — Réunion de deux racines de même sens.
Par cette affectation de répéter le même mot et d'appuyer sur la même idée, l'on a souvent uni en composition deux racines ditférentes, mais qui signifient la même chose. Ainsi, |iaa (beten) ventre, rondeur,
est formé de 'ca (bel, bot) grosseur, élévation, et jo (ten) qui a le même sens. Sya (bahal) maître, seigneur, vient de m (bah) élévation, supériorité, et de 13 (hâlj qui répète la même idée. "îaa (gabar) prévaloir, être plus grand ou plus fort, est composé de nj et "a(gab et bar), qui tous deux signifient force et supériorité. Ces deux racines sont sensibles dans la conjugaison Piel, où l'on prononce ghibber, rendre plus fort ; et par conséquent celle conjugaison serait plus propre à montrer la racine dans beaucoup de verbes que la conjugaison kul ; mais c'est co que les
grammairiens avec leur méthode ne pouvaient pas sentir.
En grec adayéu, briller, renferme la môme répétition , puisque n)i«; et uZyrj expriment tous deux lumière, splendeur ; «yxvln, qui so retrouve dans aruleus, aiguille et aiguillon, est encore formé de 07, ax, et x<A, yv>, dont l'un et l'autre signifient une pointe. Tourbillon, pourtour, vire-volte, l'ont le même pléonasme dans notre langue.
On m'objectera peut-être que vire-volte sont deux mots différents; j en conviens, mais deux mots parfaitement synonymes Vire, racine de l'ancien verbe virer, con» serve dans le patois, signifie tourner: volte ne dit rien de plus; faire volte-face, c'est tourner le visage. 11 en est de même de monter en haut , descendre en bas , tourner autour, etc. Mais si nous n'avons pas encore perdu la coutume de joindre des termes identiques, quoique déjà composés, il est bien moins surprenant que la même alliance se soit faite entre les monosyllabes, lorsque les langues se sont formées.
Il est aisé de remarquer l'origine de cet usage, dans l'embarras d'une personne qui ne sait pas ou quia oublié le nom propre d'un objet; elle cherche les synonymes, et en accumule plusieurs jour le mieux exprimer. Qu'un paysan ignore le nom d'un ballon à jouer, il dira : c'est un rond, une boule, une pelote. Voilà justement l'embarras où se sont trouvés les premiers hommes, loi>qu'avec un petit nombre de monosyllabes, il leur a fallu désigner de nouveaux objets; ils ont réuni plusieurs équivalents pour les mieux distinguer.
On a même cité les pléonasmes en grec comme une élégance particulière du dialecte attique, où il était d'usage de dire e'îneiv et
yivKi, \ia.j 7r«vu, 7t«vu a'fô^poc, ftxia afâSoçt ; expressions que le peuple copie , en disant c'est bien beaucoup. La même figure était usitée chez les poètes latins : Piaule a dit, Revertor rursus denuo Carthaginem, et Lucrèce, Nam penitus prorsum lutet, etc. Rien n'est si commun que cette élégance , si c'en est une; à proprement parler, tout est pléonasme dans les langues; les grammairiens cependant nous l'ont donnée pour un idiotisme, c'est-à-dire pour une propriété de la langue hébraïque. Mais c'est ce qui doit faire le sujet d'une dissertation particulière.
§ X.. — Diverses racines réunies.
Enfin l'on a souvent uni deux monosyllabes différents et qui signifient diverses choses comme "W-in, ]a"vr, Tara, (argaz, dar-
bon, kirbelj. Cette espèce de composition est celle qui aurait dû surprendre le moins, c'est cependant celle dont les grammairiens se sont trouvés le plus déconcertés. Comme ils ne voulaient que des racines de trois Lettres, parce qu'ils y voyaient pieusement une image de la Sainte-Trinité, ils n'onl pu digérer dans l'hébreu des mots de quatre ou cinq lettres; ils ont mieux aimé supposer que c'étaient des termes barbares ut
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liraftgers. Ils les ont ordinairement séques- Irés à la tin des autres, sous le nom devoces peregrinœ. On dirait qu'ils se sont fâchés contre ces dictions, parce que c'étaient autant de preuves de la fausseté de leur système. Mais comme elles démontrent la vérité du mien, on me permettra de me réconcilier avec elles, et de montrer, en les décomposant, leur véritable origine.
"ma (argaz) est formé de -in (ar) clôture, lieu fermé, coffre, et de Ta (gaz) trésor; c'est littéralement arca gazarum. Gaza, que les grammairiens grecs et latins se sont obstinés à regarder comme un mot persan, est réellement un mot hébreu et primitif qui a passé dans plusieurs langues. On le relrouvVen chaJdéen ; -lou (ghizbar) trésorier, signifie mot pour mot, gazarum vir ou gazarum potens; et il reparaît encore dans le français gazon et magasin, "pm (darbon), aiguillon
dont on se sert pour chasser le bétail, est composé de Tï (darj pointe, et p (bon) tête,
sommet, bout ; c'est comme si l'on disait bout pointu. Ce terme subsiste encore dans quelques patois , où darbon signifie une taupe, parce qu'elle a Je museau pointu. T2~o (kirbel) couvrir, habiller, a pour racine kir, circuit , tour, environ et environner, et
bi (bel) voile; il signifie donc voiler autour ', environner d'un voile. Jespère donner des élymologies aussi simples de tous Il'S outres.
Je ne citerai point d'exemples de cette composition dans les autres langues, parce
qu'ils y sont communs, et qu'il s'en présentera plusieurs dans la suite de ces dissertations.
§ XI. — Des terminaisons.
Il me paraît nécessaire d'ajouter un mot sur certaines terminaisons régulières dans les diverses langues, dont les grammairiens ne nous ont donné jusqu'ici aucune explication. Ils les ont regardées sans doute comme des bizarreries indifférentes, comme des jeux du hasard. Mais le hasard ne produit point de combinaison régulière, toute uniformité suppose du dessein et de la réflexion dans sa cause.
Je voudrais, par exemple, que l'on eût expliqué pourquoi les terminaisous hébraïques en elh, ith, oth, marquent le féminin; pourquoi im,aïm, sont la terminaison des pluriels; ce que signifie la terminaison en on, si commune dans les substantifs des quatre langues ; pourquoi eth marque l'accusatif ou le régime du verbe; pourquoi hith mis devant les verbes leur donne la signification passive.
Je serais curieux de savoir pour quelle raison t-/>o,-, tgct&?, hjtos, ior, ius, ssimus, rrimus, marquent les degrés de comparaison en grec ou en latin; pourquoi les verbes en asco, esco, isco,usco, sont neutres passifs; pourquoi ceux en ito sont fréquentatifs, etc. Tout cela m'a paru mériter une dissertation particulière : ce sera la cinquième.