‹ Œuvres completes de BergierChapitre 138 sur 255 · PART. 111. THEOLOGIE PIIILOLOG. — DES LANGUES. — DISSERT. IV · texte numérisé non relu

PART. 111. THEOLOGIE PIIILOLOG. — DES LANGUES. — DISSERT. IV

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jusqu'à la démonstration, que toutes ces variétés sont relatives à un pareil nombre de monosyllabes hébreux oui ont la mémo signitication, et que tous ces monosyllabes se peuvent réduire à un son simple et unique, qui est une peinture dans son origine, et qui a été successivement changé par les , consonnes de môme organe ou letlros omophones ?

La généalogie que j'entreprends d'en faire n'est peut-être qu'une rêverie de système; mais il me suffit qu'elle soit vraisemblable pour la proposer. C'est un exemple de la manière dont je conçois que le langage a pu se former, et l'application des principes que j'ai tâché d'établir jusqu'ici.

Scaliger, dans sa grammaire latine, a remarqué que le verbe être s'emploie en deux manières; ou pour signifier l'existence, ou pour exprimer la liaison d'un attribut avec son sujet. Voici ses paroles : Pessime a grammaticis verbum substanlivwn dictum est. Duobus modis ponitur verbum hoc ; aut nomini soli solum adjacet : C^sar est; nut inler duo extrema quasi sequeslrum: Caesar est albus. Ac primum quidem modum significare existentiam in rerum natura ab omnibus receptum est ; altero autem modo divinus vir Aristoteles animadvertit nihil signi~ ficare, sed quasi nexum et copulam esse qua albedo jungerelur Cœsari.

Pour sauver l'honneur du divin Anstote, il faut un peu aidera la lettre de ses paroles. Est dans le second sens ne signifie rien comme verbe, c'esl-à-dire qu'il n'exprime pas une action ou un état, mais il signifie comme liaison ou conjonction, puisqu'il en tient lieu. C'est sans doute ce qu'Aristote et Scaliger ont voulu dire.

Quoi qu'il en soit, nous en chercherons d'abord l'origine dans le premier sens, lorsqu'il est verbe exprimant l'existence ; ensuite dans le second sens, lorsqu'il est liaison, copula, comme parlent les logiciens.

§ II. — Source du verbe substantif signifiant l'existence.

Chez lespremiers hommes, lemême terme a signifié la vie et l'existence en général; leur langage n'était pas assez fécond pour distinguer ces deux idées. Nous les confondons encore lorsque nous disons : faire revivre une opinion ou une coutume, pour la renouveler. L'on a exprimé la vie par le souille ou la respiration qui en est le signe certain. L'Ecriture nous en fournit la preuve lorsqu'elle nous dit, Gen. n, 1, que Dieu souffla sur le visage ou sur la bouche d'Adam un souffle de vie, et que dès lors Adam fut un être respirant et rivant. Nous disons trèsbien en français ce qui respire, pour ce qui est vivant, et expirer pour cesser de vivre. Or, la respiration se peint naturellement par le monosyllabe af, aph ou av ; ce monosyllabe, prononcé lentement, est l'action môme do souffler ou de respirer.

Aph, af, av, en hébreu et dans les au lies langues, a donc signifié en général toute espèce de souille, le vent, l'air, ce qui fait un bruit semblable au vent , un soupir, l'haleine, la respiration, et conséquemment la vie, Vêtre, l'âme, ce qui vil, ce qui respire, ce qui existe, et par analogie, l'odeur, ce qu'on respire, et môme la voix qui n'est qu'un souille ou un ébranlement rie l'air. Dans le psaume xxxui, 6, Verbo Domini cœli firrnati sunt, et spirilu orisejus omnis virtus eorum. La parole et le souffle sont regardés comme équivalents. Voilà la suite des analogies, ou la marche de l'esprit.

Aph et av, changés par une lettre île môme organe, ont produit am: celui-ci a fait an et or, parce que m, n, r, finales se confondent dans la prononciation.

Av, en substituant le sifflement du / à celui du v, est devenu aj,haj. nouvelle peinture, et par inversion ja, ia.

Par un autre sifflement, av s'est changé en az, qui est encore une peinture du souffle, celui-ci a formé as, ass, asch, ast, at. Voilà la mécanique delà prononciation, ou la marche de la langue.

Peu m'importe que ces changements soient arrivés suivant !a progression que je viens de décrire, ou dans un ordre contraire. Jl me suffit que le même monosyllabe ou la môme peinture ait pu recevoir toutes ces différentes altérations, en suivant toujours le mécanisme que j'ai fait observer ci-devant. C'est un exemple et une preuve de ce qui a été dit, que les images primitives se sont changées peu à peu, et sont devenues méconnaissables par la prononciation.

On ne doit donc pas être surpris que ton -

i ni • *m, m, »rr, n» ,

tes les syllabes suivantes : ' ' .

aph, av, haj, îah,

CM, p»-M, DK. VK. Itt. soient cm.

am, an, ar, as, as, asch, ast,at. alh.

ployée.s indifféremment pour signifier la même chose, le souffle, la vie, l'existence.

En effet, nous retrouvons tous ces monosyllabes usités seuls ou en composition dans nos quatre langues avec ce même sens ; et ce qui doit paraître plus singulier, ces mêmes monosyllabes, à la réserve du premier qui est le plus fort, forment précisément toutes les inflexions ou variétés de la conjugaison des verbes sipî, sum, je suis, en observant de changer souvent les aspirations initiales en sifflements, c'est-à-dire en/ ou en s, suivant la méthode expliquée dans la seconde dissertation, et en se souvenant que les voyelles sont indifférentes.

Celle mécanique deviendra plus sensible dans la table suivante, où les inflexions de ces verbes sont rangées, non selon l'ordre de leur conjugaison, mais selon leur rapport avec les monosyllabes ou racines que je viens de détailler.

in, in, »n, rt*.

av, iiav, h:tj, iah,

CtïJ, «m,

oto, etc.

Fui, fio, aies pour sis.

Soyons, soyez.

DM.

Ain.

ïjftt, e'fy.)jv,

CUUEV, rr-J.iv,

Etuev

sum, sim, sumus,

fuimus.

Nous sommes,

nous fûmes.

Etvat, ûv,

ô'v, îv.

Ehs, swnt,

«n(, sunlo.

Ils sont,

ils soient.

IN- Ar.

Eram, ero,

fuero, fore.

Je serai, ils seront,

je serais.

tu, DK.

Az, as.

Etf, ù<ri,

Es, sis.

Je suis, tu es, je fus, je sois.

As^s, asch, ast.

éors, £(ttw,

Esse, est, esto,

essem, fuisses,

Je fusses, tu fusses,

il fust, fût.

TAl, alh,

*Htov, me,

vto, trou,

OtTO.

Si/, /"«i*, /'ttat pour sif ,

futurus,

Etant, j'ai été, il fut,

j'étais, être, futur.

Au lieu des f et des s qui commencent en latin et en français, mettons pour un moment des aspirations douces, nous aurons hui, hio, hoyons, hoyez, etc., ce sera du grec pur. Au contraire dans le grec, si au lieu de toutes ces voyelles qui se mouillent et s'adoucissent, nous remettons les efforts du gosier et du poumon des Orientaux, nous retrouverons l'hébreu.

Il faut prouver maintenant ce que j'ai avancé d'abord, que toutes les syllabes placées à la tôle de la table précédente, signifient dans les qualre langues, le souffle, la respiration , par conséquent la vie, l'existence.

Par là on comprendra: 1° pourquoi ces mêmes syllabes sont la racine du verbe substantif dans son premier sens, lorsqu'il exprime Vexistence; 2° pourquoi ce verbe est irrégulier en grec, en latin et en français; c'est parce que les inflexions de ces *yllabes ne suivent pas exactement la marche des conjugaisons grecques, latines, françaises; 3° l'on sentira en même temps la vérité du principe que je m'efforce d'élablir, que toutes les langues suivent les mêmes analogies et les mêmes variétés de prononciation. Mais le lecteur aura bien du courage, s'il continue à me suivre au milieu des épines dont je suis environné.

J'avertis de nouveau que pour faire sentira l'oreille l'identité des termes hébreux avec les mots grecs, latins, français, il faut prononcer ceux-ci plus fort et plus durement que nous n'avons coutume de faire.

On sait assez que les Asiatiques parlent avec effort, et qu'il ne faut pas chercher le plaisir dé l'oreille dans leurs discours.

=]n (aph) en hébreu, est le souffle et les narines par où l'on souille; DSin (houphah) en syriaque, le souffle ou le vent; ^yi (jàhâph) en hébreu, être essoufflé.

In (av) qui est la même syllabe adoucie, a signifié un soupir, puisque itn (avah) signi-

fie désir, par analogie, parce que les sour pirs sont une marque de désir. Ainsi nous disons : aspirer à un but, respirer pour quelqu'un, soupirer après quelque chose ; et nous lisons dansCicéron, scelus anhelantem, qui ne respire que le crime.

Avec une aspiration initiale plus forte, les Hébreux ont fait rrn, îWJ [ha va h , hajah) vivre, être, devenir, et leurs dérivés n'n (chaj;ih) vivre, vivifier, un être vivant, un animal, l'âme ou la vie. NiH(hou) eu hébreu et en syriaque, il est, ils sont.

La délicatesse des oreilles grecques ne s'accommodait point de ces prononciations trop rudes; elle a travaillé a les adoucir. " A&>, «uw souffler, respirer; crier; a."™, expirer; «twv, la durée de la vie. En substituant des lettres sifflantes à l'aspiration initiale de a«, l'on a formé Ç««, qui signifiait souiller, chez les Cypriotes, selon Hésychius; Çcoif, souffle impétueux; Ç«w , vivre; Çwov, animal; Çwrj, la vie. *«o>, dire, parler, etc.

Comme il est incertain si les plus polis des Hébreux n'adoucissaient pas un peu leur prononciation , il se peut faire qu'ils aient dit nvt, .Tn (haouah, haïa); c'est alors le grec <z<j«, **&>, tout pur.

Les Latins, fort grossiers d'abord, eurent aussi un langage très-dur : au Hhii d'«i»wv, ils disaient œvum, la vie, le temps, la durée, en changeant l't en v. Ils redoublaient ce sifflement dans vivo, vivus, et se rapprochaient ainsi de havah. ils l'augmentaient encore dans faveo, favor, favonius. Favente ou aspirante forluna, c'est la même chose; ainsi favor au propre élaii If bon vent. Aveo, désirer, comme avah, retient la signii. cation métaphorique, au lieu que legrec«v&>, respirer, n'a que le sens propre. Aïo, dire, parler, est plus doux. Jugis+juge, Jupiter, sont très-peu différents do hajah et chajah des Hébreux.

Eu français, vie, vivre, vivant, âge, âgé, nous retracent toujours havah et hajah. Lo

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sens figuré de av, soupir, se retrouve dans dans ses dérivés, inn (onr) en syriaque, T»TN

avide, avidité, envie, comme dans aveo et (aonir) cliez les rabbins, V air ; ce terme est

avah. Faveur nous est commun avec le la- commun à ces quatre langues, tin (our) en

tin ; huer, pour crier, est le grec«3w. hébreu, au sens propre, le bon vent, au h-

On ne peut pas méconnaître ^s* (ap, aph) guré, prospérité, bonheur, olpoç en grec, dans vapor et vappa ; le français Ta retenue aura en latin, ont le môme sens : vitali* dans vifvi dans afflé, terme de province, aura, la respiration; popularis aura, la faqui signifie évaporé ; elle parait avoir formé veur du peuple. C'est notre ancien mot heur le grec T™, dire, parler, et tnoç, chose ou que nous conservons dans bonheur et malparole, hmr. Oure,oire, dans les patois, signifie en- Une preuve que aph s'est changé en am, core le vent. comme il a été dit ci-dessus, c'est que du tu, un, riN, (az, asch, ass, ast, at, ath), verbe .=1153 (naschanh) souffler, les Hébreux nous fourniront les mômes rapports et les ont fait now (neschamah) souffle, soupirail, mômes analogies; mais il faut abréger. tN «l'est la formation ordinaire des noms ver- (az) le temps, la durée ; T7 (baz) vif, fort. baux en grec; ileypûf», écrire, vient ypi[i[t»t VI (ziz) en doublant la consonne, bête, anilettre, écriture, etc. mal.

De là om, oum est un mot générique en UN est le souffle, ou l'odeur. nmi'N (ashébreu, pour signifier tout ce qui existe, chiscbotb) des parfums, ce qu'on respire; dind, naiNC (méoum, méoumah) nihil,quid- c'est la même chose répétée, un (esch) eu quam. a (me) est négatif dans ces deux hébreu, être, UWjesch) en hébreu , il est, termes. Am, em prend une aspiration plus ils sont. U'n (isch) un homme, Ffl&H (ischah) forte dans no~Q (béhémah,6£/e, animal. Am une femme. Ces deux derniers sont souvent est encore la parole dans C3W (nam), dire, un nom générique pour signifier tout ce qui parler. existe.

Celle racine est sensible dans le grec «up, TVN (ith) en chaldéen et en syriaque, est

souffler, respirer ; «/xwpov, parfum, bois odo~ le môme que l'hébreu U> (jesch) par lechan-

riféiant. fin dialecte atlique on disait >j/u gemenl ordinaire du u en n. Nous faisons de

j)cur ft}ui, dire, parler. Le sifflement du môme en disant, il est , sans prononcer l's,

second passa chez les Latins dans fama, fa- au lieu qu'elle se fait sentir dans est ei

mosus, et nous les avons adoptés avec toute ïa-i, DN (alh) en hébreu , tu es. nn , DH, tt/n

leur postérité. "Avcpor, animus, anima, sont (hith, his, hisch) est le verbe être dans la

le même terme, et le dernier signifie pro- conjugaison Hilhpael, comme on le verra

prement le souffle : aurarumque levés anima?, au § 6 de cette dissertation,

dans Lucrèce. Notre substantif âme est l'hé- Ces trois racines sont aisées à montrer en

breu pur. grec, dans ««?«, exhaler, aspirer ; ô'Çw , sen-

II est aisé de montrer que TN (an) est la tir, donner bonne ou mauvaise odeur ; «a<r/iôr, même racine que dn (am), que m se change le souffle, en composition «e^o», »nm;, le aisément en n; les pluriels en im chez les vent; oùffîa, la substance, l'être. Hébreux, sont en in chez les Chaldéens : On a dit à la lin de la dissertation prèles noms grecs en ov sont en um chez les cédente que les verbes latins en asco, esco, Latins, et noire particule on s'écrivait au- isco, usco, sont neutres, passifs, et signil reibis hom, homs ou homines. tient une manière d'être ou de devenir; c'est

An doit donc avoir à peu près les mômes que leur terminaison est la racine Un ,

significations que a/n. fbc (on) inutilité, va- é'r.e. Yixi, vita , œtas, sont toujours un

nilé, f.it allusion au souille, comme vanus, et.DN.

tain, est analogue à ventus, vent ; c'est tou- En français, chose, pour signifier tout ce

jours la syllabe hébraïque avec un v au qui existe, est le même que W (oz). Je vis,

lieu d'aspiration. aIov en grec, vanum, lui il vit, j'ai vescu, selon l'ancienne orlho-

ressemble encore davantage. L'hébreu se graphe, conservent de même l'analogie avec

trouve plus souvent écrit ]\s (aven) pour nos trois racines. On reconnaîtra aisément

mieux imiter vain et vanus. esc, ess, souffle, odeur, dans vesse et vessir.

An, en, van, ven, par un sifflement plus En mettant une lettre labiale, pour rendre

fort ont produit fan, fen, phan, phen ; a'SD plus forte la prononciation detNfiz), nous

(phanim) signifie souvent en hébreu le avons bize, le plus fort de tous les vents,

souffle ou la parole ; c'est le grec <fL-*n,la ainsi nommé par la peinture du bruit qu'il

voix, rrvirj, le souffle, en transposant la a coutume de faire.

voyelle. Je demande pardon au lecteur si 11 est donc certain que toutes les syl-

j'observe que faner et veiner, dans quelques labes dont on vient de parler signifient le

patois, signifient rendre un vent fort mal- souffle, ou ce qui lui ressemble, et parana-

honnéte ; de la viande veinée, c'est de la logie la vie et l'existence en général. Voilà

tiande puante. Au contraire, i'ov, en grec, pourquoi ce sont autant de racinesdu verbe

violette, tleur odoriférante, n-», j'ai dit, j'ai substantif signifiant l'existence. On tâchera

parlé. d'être moins long et moins ennuyeux sur

La métaphore du suuflle, pour signifier le second sens, lorsqu'il est liaison ; mais

l'être, revient en chaldéen. fix (houn) être, il faut se souvenir qu'un traité de graru-

eu hébreu \:n (ani) je suis, comme «a en maire ne fut jamais propre à servir d'amu-

grec, erat ou erant. ' sèment.

~in (-'n) sera plus reconnaiâaoble encore

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