‹ Œuvres completes de BergierChapitre 139 sur 255 · III · texte numérisé non relu

III

Source du verbe substantif servant de liaison.

Toutes les racines placées à la tête de la table, col. 1171-1172, outre leur premier sens que l'on vient de voir, expriment encore un lien ef ses effets, liaison, union, addition, arrêt, situation fixe, état permanent. Il n'est donc pas surprenant qu'un verbe, qui suit toujours dans sa conjugaison les variétés de • es racines, en retienne constamment la signification, et soit devenu la liaison la plus essentielle des mois dans le discours.

1" Av, au, hai, jah, iah, signifient lien, attache, etc., dans mn, wn (havah, hajah) piège, embûche, ce qui nous retient et nous arrête, ffln, nY! (chavah , chajah) assemblée, troupe, ou demeure, tyn (helii) rassembler, ramener, lier ensemble: au figuré W (jaë) en chaldéen et en syriaque, ce qui plaît, ce qui attache, beau, agréable, convenable.

En grec el« est de l'herbe, parce qu'elle ressemble à des fils ou à des liens : «t conjonction, eu poser, fixer, rendre stable, arrêter ; «3u toucher, empoigner, serrer; è«&>, *£w, taûw, s'arrêter, se reposer.

En latin vieo, lier; via, la trame d'un tisserand, dans Tibulle ; uva, le raisin, et toute esp'èce de grappe. Ohe , arrête; ohe ! jam salis est, dans Marlial.

En français, haie, clôture, ligne, file; des soldats rangés en haie. Jà, vieux mot, signifiait maintenant, c'est la liaison du temps; havir, prendre à la main. Ohé, terme de voiturier pour arrêter les chevaux. Joie, ce qui nous plaît, est le même que le chaldéen/ae; il a pour synonyme liesse dérivé de lier.

2° as» (im) en hébreu est conjonction ou liaison; il signifie certainement : ny (him) autre liaison, et, curn, sicut; Du, rîD» (em, amah) assemblée, multitude : on y reconnaît le grec Up.it. simul. 'a^ol, r-.âj, £i^«, cordes, liens; ôuow, unir ou jurer, se lier par un serment. En latin humus, anneau ou crochet; vimen, lien; amo, amor, et leurs dérivés qui sont les mêmes en français, et notre adjectif jumeau, ont tous la même racine et un sens analogue.

3° J'n (in) en hébreu si conjonction, comme

av, sàv, wea grec; n:w (innaii) obliger , forcer, est le même que gêne et gêner ; ïç, T» , t'vo'?, corde, nerf, fibre; vjv:«, bride, mémo racine que chaîne en français : funis a pris un sifflement plus fort; mais éïç, évie, évôw, unus, unio, un, unir, sont [dus simples.

k° IX (ar) a la même force dans ma (arah) recueillir, amasser, mettre ensemble; 'Tfc (ari) en chaldéen et en syriaque, conjonction, comme «'/>«, en grec, or, en français : Tin (choc) rets, filet,' fil, ou loile;^V (lior, har) ce qui gêne, ce qui afflige.

Cette racine a une nombreuse famille dans toutes les langues; eïpa, àsipoi, lier, nouer; vpot , dans Hésychius, alliance; aup, épouse, etc. En latin hœreo, être attaché ou arrêté; hœra, herbe qui se lie au blé et l'étouffé; arrha, gage, ce qui nous oblige; jura, les lois qui nous lient ;jurare, se lier

par un serment. En français hart, vieux mot qui signifie corde; haro, arrhe, arrêt, arrher, jurer.

5° ïn (az) en hébreu , signifie alors; c'est la liaison du temps. Ainsi nos adverbes lors, alors, font allusion à lorum des Latins : TTIN (achaz) tenir, attacher, posséder, être tenu ou attaché: Dn (bas) arrête, tais-toi, demeure en repos.

En grec oiio-va, osier, arbrisseau qui sert de lien; "<ro;, pair, couple, égal; êHa, îÇ«, fixer, arrêter. En lalin hœsio, adhœsio ; en français hésiter, osier, oiseux, chaise, etc.

6" urx (ass , asc, asebj signifie encore ce qui lie; nbï (baseball) serrer, presser, opprimer ; y^N (ils, iss) la même chose ; N'îtfN (aschi, assij en chaldéen, assiette, fondement, état fixe.

En grec "v/j*, arrêter, empêcher, réprimer; io-T«w, (TTav-jco, arrêter, affermir, rendre fixe ; iaT«/xj, se tenir, se placer ; îo-tôj, iwiot, tissu, voile de vaisseau, toile; t;ôç, t'çia , de la glu; c'est le viscus des Latins. Par un sifflement plus fort, fascia, lien, écharpe; fasces, des verges liées ensemble. Nous le conservons dans fascine, fasciner, lier par des enchantements. Festi dies, jours de repos, nous est commun avec le latin ; isle, est le mot dont les laboureurs se servent pour arrêter les bœufs : on a déjà indiqué assis, asseoir, assiette, etc.

7° m est la même racine que Uto, par le

changement de VJ en n ; DN en hébreu ,

■ même conjonction que et en lalin, et en

français èr£, en grec : ny (helh) retard, ce

qui arrête; nny (hattah) maintenant.

Nous lisons dans Suidas , olv.v., une corde ; hi», saule, osier; ïznc , àyriQç, ami, associé; compagnon. En latin ut, ita, vitla, vitex; en français, état, gîte, hôte, elc, sont les mêmes racines.

11 n'y a maintenant qu'à comparer tous ces termes avec la table des verbes substantifs ; ou je me trompe, ou l'on sera convaincu de l'identité des racines et de l'analogie de leurs signification.

Qu'on me permette de le répéter encore ; une marche si constante, des changements si uniformes, des rapports si ressemblants , des allusions toujours les mêmes dans quatre langues, ne sauraient être un effet du hasard. Des élymologies données en suivant cette méthode de comparaison, ne sont plus un ouvrage de pure imagination. Or, telle est la route que je me [impose de suivre constamment dans le Dictionnaire des racines. S'il m'arrive de m'en écarter, sans le vouloir, je fournirai du moins au lecteur [dus intelligent que moi de quoi me redresser, et le moyen de découvrir ce que je n'aurai pasaperçu moi-même.

§ IV. — Usage du verbe substantif et des verbes auxiliaires.

Les grammairiens français ont remarqué, comme une propriété de nos verbes, qu'ils se conjuguent à l'aide de deux auxiliaires, être et avoir. Il y a quelques observation» à faire sur l'un et sur l'autre.

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