PART. 111. THEOLOGIE PIIILOLOG. - DES LANGUES. — DISSERT. IV
HS2
Hiihpaël seul a uno énergio particulière; pourquoi cela? Les grammairien» n'en ont pas seulement soupçonné la raison. C'est que toute la différence des quatre premières conjugaisons ne consista que dans l'addition de lettres scrviles el le changement des voyelles, lesquelles ne sont point significatives, au lieu que Uithpaèl est formé par la syllabe m (hilh) qui est le verbe être, et qui est la marque du passif en syriaque el en chaldéen. C'est le seul cas où le verbe substantif entre dans la composition des verbes, ou plutôt des participes hébreux, el son eiret y est sensible, il change l'actif au passif.
Une preuve démonstrative de ce que je dis, c'est qu'il y a des verbes formés de celte particule seule avec un adjectif; ainsi de "rrm (échad) un, l'on a fait "mann (hilhachadj être uni, se réunir. Nouvelle preuve de mon système, que le verbe hébreu n'est qu'un participe, puisque hith ou est se joint à lui comme à un adjectif; de même qu'eu latin amalus est est le verbe substantif joint au participe.
On m'objectera peut-être que Hilhpaël a quelquefois la signification active, bb*nnn (tiilhcholel), par exemple, prier ou attendre. La réponse est aisée; il n'a celle signification, que parce qu'il renferme un participe qui signifie une action; ainsi hithcholel signifie littéralement être présent , être attendant, ou mieux, être dans l'attente , être en prières.
Au lieu de hilh, il y a des verbes qui prennent hisch, his, hits, hiz, qui sont la même ratine changée par les lettres de môme organe; rûiwn (hischlabach) être hué; "pTOTl (histopep) être abaissé-, p-reïn (hitstaddeq) être justifié; renn (hizdaccabj être purifié , et ce changement se fait de même en chaldéen el en syriaque.
Il n'y a donc en hébreu , comme dans les autres langues, que deux voix, l'actif et le passif. Dans les quatre premières conjugaisons, le verbe, ou plutôt le participe, a le sens actif ou passif uniquement par l'usage; aucun signe certain qui lui donne un sens plutôt que l'autre. Mais dans Hithpaèl, Je participe est certainement passif ou équivalent au passif. Ainsi TDOrin (bilhraasar) signifie qui se livre qui est livré, ou par luimême , ou par un autre; qui est livré, ou qui semble livré, qui est déjà livré, ou qui le devient ; parce que m (hilhj signifie qui est ou qui devient , qui est en réalité ou en apparence.
Nous sentons en français l'équipollence de toutes ces expressions : cela se fera, cela sera fait ; cet homme se troublera ; cet homme deviendra troublé; il se rendra habile, il deviendra habile, il sera un jour habile.
Cependant, si je conseillais aux commençants de s'en tenir à mon principe el
de secouer entièrement le joug des conjugaisons hébraïques , je révolterais tous les hébraïsants du monde. Que deviendraient tant de livres écrits sur cette matière? Qu'on les apprenne donc, sauf à les oublier le plus tôt que l'on pourra. Pour ceux qui savent l'hébreu ou qui croient le savoir, je n'oserais les prier de renoncer à ce qui leur a coûté tant de travail et d'ennui; le sacrifice sérail héroïque , el il ne me convient pas de leur donner des avis.
§ VII. — La racine du verbe est l'impératif. — Autre défaut des conjugaisons hébraïques.
Comme je ne veux contester avec personne , j'admettrai volontiers des verbes en hébreu, mais à l'impératif seulement. Toute l'énergie du verbe y est renfermée , et dans toutes les langues c est le mode le plus simple. Les impératif.'* latins », da, die, duc , fac, fer, sont monosyllabes ; il en est plusieurs en français qui ne sont pas plus longs, el ils sont en très-grand nombre dans les langues orientales. Aussi le savant Leibnilz pensait que l'on devait chercher dans l'impératif la racine des verbes de la langue allemande, et la même raison subsiste pour toutes les autres. A l'impératif, à proprement parler, le verbe ne porte aucun caractère de temps; c'est un accessoire dont il est dégagé, el si on lui en attribue, ils sont empruntés du substantif. 11 exprime et commande une action ; c'est loule la force du verbe. Pour assigner une racine aux verbes ou participes hébreux, c'était-là sans doute qu'il fallait la placer, plutôt que dans la troisième personne du prétérit. Voilà pourquoi, dans la traduction des trois premiers versels de la Genèse, au paragraphe précédent, j'ai mis l'impératif esta.
De même pour ne point disputer sur le terme, je supposerai encore des conjugaisons en hébreu, pourvu que l'on convienne que ce sont des conjugaisons de participes, plutôt que des verbes proprement dits.
Mais de quelque manière qu'on les envisage, on avouera du moins que c'est un édifice très-mal construit. Pour y accoutumer les commençants, il eût fallu suivre, autant qu'on le pouvait, l'ordre des conjugaisons grecques et latines. Un homme habitué dès l'enfance à leur marche se truuve désorienté a l'ouverture d'une grammaire hébraïque : loin de soulager l'esprit et la mémoire, il semble qu'on se soit appliqué à les révolter. L'avantage de mettre en tête la racine prétendue est nul; il suffisait de la mettre entre deux parenthèses ; une simple raison de convenance devait céder à l'habitude el à la commodité.
Mais c'esl assez parler contre les grammairiens mes maîtres et mes confrères; je ne leur fournirai sans doute que trop de sujet de me rendre la pareille.
CINQUIEME ©ISSEKTJLTIOai
SUR LES DIFFÉnENTES PARTIES DU DISCOURS : SUR LES NOMS ET LEURS PROPRIÉTÉ*; SU» LES