‹ Œuvres completes de BergierChapitre 143 sur 255 · PART. III. THEOLOGIE PHILOLOG. -,DES LANGUES. - DISSERT. V · texte numérisé non relu

PART. III. THEOLOGIE PHILOLOG. -,DES LANGUES. - DISSERT. V

celui qui est grâce, celui qui est père, seigneur ou roi? Dès lors on comprend que cette terminaison a dû être fréquente dans les noms propres, parcequ'elle désigne trèsbien une personne, ou un être subsistant. On sent par là môme qu'elle n'est pas différente des substantifs chaldéens, syriaques, grecs, latins, ou N>, t'a, in, t'a, tus. Elle peut cependant avoir encore une autre signification, comme on le verra au § 3 ciaprès. Il y aura d'autres observations a faire plus bas sur l'usage que l'on prétend que les Hébreux ont fait du nom de Dieu dans le discours ; mais il n'est pas nécessaire d'insister davantage sur les terminaisons qui n'ont pas d'autre force que celle-ci.

§ H. — Des genres et des diminutifs.

Toutes les grammaires nous enseignent que les noms hébreux terminés en itn\ n',m (elh, itli, olh) sont du féminin; que cette terminaison est analogue à celle du clialdéen et du syriaque, qui finissent ordinairement les féminins en xn (tba ou tbo) précédé d'nne voyelle ou d'un e muet; mais je ne me souviens pas d'en avoir vu la rai- *son nulle part. Pour la comprendre, il faut faire attention que cette même terminaison est fréquente en français dans les diminutifs; que ces syllabes signifient, par conséquent, petitesse ou diminution ; comme iïttmv en grec, petit ou moindre. Or, dans toutes les espèces d'animaux, la femelle est ordinairement l'individu le plus petit et le plus faible: le mâle , au contraire, est le plus grand et le plus fort. Il était donc naturel de désigner le féminin par un diminutif. Puisque l'occasion se présente de parler de celte espèce de noms, il est bon de les considérer dans nos quatre langues.

En français les noms en et ou en ot sont des diminutifs : cochet signifie un petit coq, maisonnette, une petite maison, Pierrot est le diminutif de Pierre, et a d'abord été donné aux enfants. Le peuple fait grand usage de celte terminaison dans les patois, parce que, ramenant sans cesse l'idée de petitesse et d'enfance, elle marque une espèce de familiarité. Il y a lieu de penser qu'en hébreu, l'addition m (oth)à la tin du nuin a quelquefois produit le même effet de diminuer, sans changer pour cela le genre. Ainsi l'on disait D'rs (pittim) des morceaux, et D'mns (pelhothim) de petits morceaux. Les rabbins disent encore mn£(pacholj peu, un peu, de TC (pach) coupure, retranchement, avec la terminaison diminutive, et ce terme subsiste encore dans quelques patois.

No serait-ce point la raison pourquoi on trouve si souvent en hébreu des noms féminins, ou terminés comme les féminins, joints à dus adjectifs ou à des participes masculins? C'est sans doute parce que cette terminaison ne sert point alors à marquer le genre, mais à taire un diminutif. Parla on explique sans aucun mystère pourquoi Salomun s'est nommé dans l'Ecclesiaste, nSnp (cohelelh) concionalor, avec la termi- GEOVRBS COMPLÈTES nie BeBGIBB. I.

naison féminine, ou plutôt diminutive; c'est par modestie. ,

Les (irecs formaient leurs diminutifs en iov; frai? , 7r«iSô; un enfant, nuiàiov, un petit enfant. Et les Latins imitèrent celle formation dans homuncio, homuncionis, un petit homme. C'est encore la méthode du syriaque: "a ou n-d (bar ou bro) fils, HTTÛ (brouno) petit-fils; venti {àîho) frère, kotin, (achouno) petit frère. Les syllabes ôv, £v, ov se retrouvent en grec avec la même signification, dans Xtjoç petit garçon, ?vw», petite fille, et en latin dans hinnulus, petit d'un animal. Aussi les avons-nous prises en français pour terminaisons dans plusieurs diminutifs ; de blond nous avons fait blondin, poupée a produit poupin et poupon. 11 est même ordinaire de terminer ainsi les noms propres de filles dans le langage familier, Jeanneton, Fanchon, Alison, etc. Nous pouvons présumer que ces syllabes ont eu le même sens en hébreu, puisque plusieurs ont traduit JTJtf (Jinnon), ps. lxxii, 17, par filius. Dans ce lerme, il n'est pas difficile de reconnaître notre adjectif jeune, qui est quelquefois synonyme de petit. Iln'yaqu'un sifflement ajouté à la racine on, in, un, et les Latins l'ont encore allongé dans juvenis.

Ceux-ci, pour faire leurs diminutifs, mettaient à la fin du nom ellus, illus, ulus. Ou sent d'abord que c'est la même chose que nos noms français en aille, en ille, en ouille, qui marquent du mépris, parce qu'ils ont la signification diminutive. Cette même

racine se reconnaît en hébreu dans b^ti (elil), un rien, un néant, quelque chose de peu de valeur; dans les mots grecs ôfoôf, «{Au*, méchant, mauvais ; dans les adjectifs vil et vilis auxquels on a joint le sifilement du F au lieu d'aspiralion. L'ancienne terminaison dessubstanlifsfrançais ene/étaitdiminulivo ; on disait coutel, martel, cordel, pour couteau, marteau, cordeau; et celle-ci fait encore sentir sa force dans pigeonneau, perdreau, etc., pour exprimer les petits du pigeon et de la perdrix.

Les noms diminutifs ont ensuite formé des verbes, comme uslulare, modulari en latin ; grelotter, rimailler, en français, etc.

§ III. — Des nombres.

Les pluriels en hébreu sont terminés en n' ou en m (im, aïra, olh), parce que ces diverses syllabes expriment pluralité ou multitude; on (em) Jerem. xv, 18, est traduit dans le Targum troupe ou armée; qw et ro* (om et oummali) signifient un peuple, un grand nombre d'homme». C'est l'adverbe «(ua des Grecs, union, assemblage, par conséquent pluralité. En changeant l'aspiration en /, nous en avons formé l'adjectif jumeau, jumelle, qui signifie double, et en y ajoutant un n paragogique, les Latins ont fait nam, enim, conjonctions copulalives.

Le chaldéen et le syriaque terminent ordinairement les pluriels enp (in) qui est la même racine que im, et quelquefois les Hébreux ont lait de mon**-

Enfin les pluriels en chaldéenet en svria» que sont souvent terminés en n>, j'eus

m (oth), seconde terminaison des pluriels, a la môme force que c3'(im);riN (etb) en

hébreu, ère en grec, et en latin, et en Iran- conclus que cette syllabe signifie pluraîitéx

çais, sont des conjonctions nui expriment comme les précédentes, ou augmentation;

addition, conséqtiemment pluralité. Voilà que la terminaison !T (iab) qui est commune

pourquoi les verbes latins en ito sont fré- dans les noms hébreux, n'a souvent d'au-

quentalifs, expriment la répétition d'une même action, et les noms en nd (tha, tho) précédés d'une voyelle ou d'un e muet, en hébreu, en chaldéen, en syriaque, sont emphatiques selon les grammairiens, ou augmentatifs. iDans toutes ces terminaisons, il n'y a que la voyelle de changée, le sens demeure le même. On remarquera que les pluriels grecs et latins qui ne sont différents du singulier que par des changements de voyelles, ne sont pas aussi ex* pressifs.

On m'objectera sans doute que je donne ici à la terminaison en oth une signification toute différente de celle de l'article précédent; là elle exprime retranchement ou diminution, ici addition et quantité. J'en tombe d'accord. J'ai averti dans la première dissertation, § 9, qu'il en était de même de presque toutes les racines des langues; je crois môme avoir prouvé que cela ne se pouvait faire autrement.

Dès que l'on comprend l'énergie du pluriel en hébreu, on n'est plus étonné de le voir souvent employé pour le singulier, surtout quand il est question d'un objet dont on veut donner une grande idée. La syllabe cfl (im) signifiant addition et pluralité, exprime encore quantité et grandeur, c'est-à-dire augmentation de qualité dans le sujet, aussi bien qu'augmentation dans le nombre; c'est une analogie constante dans toutes les langues.

Cela supposé, je ne suis plus scandalisé qu'tl est très"saSe.

tre force que d'augmenter le sens de la racine; que c'est conséquemment la même chose que pp (iah) nom de Dieu, exprimant VElre supérieur, l'Etre souverain, comme on le verra, huitième dissertation, § 2.

§ IV. — Des adjectifs et des degrés de comparaison.

Nous appelons adjectifs les noms qui expriment un attribut et l'objet qui le possède; bon, par exemple, exprime la bonté et le sujet où elle réside; si nous disions la bonté, ce serait l'attribut séparé de son sujet. Les adjectifs hébreux expriment ordinairement l'un et l'autre sans distinction ; aTQ (tob) le bon et la bonté, le concret et l'abstrait. Leur énergie ne peut être bien rendue que par les adjectifs neutres grecs et latins, *«Xov, «ytov bonum, sanctum.

Lorsque par une précision métaphysique, nous séparons la qualité d'avec son sujet, lorsque nous disons bonté, sainteté, ces termes deviennent des idées universelles, plus expressives par conséquent que l'adjectif, et sont une manière très-naturelle dont l'hébreu exprime le superlatif. Cette phrase, Dieu est la sainteté, signifie que Dieu est toute espèce de sainteté qu'il est la sainteté dan*, toute son étendue, lorsqu'elle n'est plus limitée à un sujet particulier. Nous nous servons fort heureusement de la même façon de parler en français, quand nous disons cet homme est la sagesse même, cela signifie

de ce que Moïse met le nom de Dieu au pluriel, dès le premier verset de la Genèse; je n'ai garde de soupçonner qu'il ait voulu insinuer la pluralité des dieux, puisque le verbe qu'il y joint est au singulier. Je comprends qu'il a dit airfjx (elohim) au pluriel, pour exprimer le Très-Haut d'une manière plus énergique, en donnant à ce nom une terminaison augmentalive. Dans le même verset il a dit o>nu; (schatnmaïrn) les deux, pour le ciel, c'est-à-dire, selon la force du terme, le lieu le plus élevé, et ce lieu ne saurait être au pluriel. Je conçois encore pourquoi l'on trouve fréquemment en hébreu des noms propres d'hommes au pluriel, c'est pour les rendre plus expressifs : pourquoi le chaldéen et le syriaque font grand usage des noms emphatiques qui ont la terminaison équivalente au pluriel, c'est pour donner une plus grande idée de l'objet dont on parle. Je vois enfin pourquoi ces noms pluriels sontjoints à des adjectifs, ou à des participes singuliers;

Comme ce tour de phrase n'est point dans le génie du grec et du latin, les interprètes se sont trouvés iorl embarrassés de rendre dans ces deux langues l'expression D'iznpn urrp

(kodesch, hakodaschim) si fréquente en hébreu. Ayiov tûv «ytwv, sanctum sanctorum, est un barbarisme qui ne répond pas à l'hébreu, ce génitif y est étranger: il. y a littéralement sanctum sancla, ou sanctilas sanctitates ; le saint au singulier, et les saints au pluriel, la sainteté et les saintetés; ou plutôt la sainteté très-sainte, sanctitas sanclissima, parce que le pluriel signifie ici augmentation de qualité, et non pas pluralité.

Il y a d'autres manières d'exprimer les degrés de comparaison en hébreu, que l'on peut voir dans toutes les grammaires :

bonum prœvino, pour melius vino ; bonum valde, pour optimum; pulchrainler mulieres, pour pulcherrima. Cela est sans difficulté.

Mais les grammairiens prétendent que les Hébreux se sont encore servis du nom de Dieu pour exprimer le superlatif, qu'ils

c'est qu'alors leur terminaison n'est point ont dit, psal.Lxxx, 11, birn-)N (arzé-el) cedros

destinée à marquer le nombre, maisà don- D ■ cedros aUi8simos. psai. XXXVI, 7

ner au nom un sens plus étendu; et cet ,, , ,-» ^ •

hébraïsme si extraordinaire ne fait dIus *0""1 (harré-ei) montes Dei, pour mon-

difficulté. tes aliissimi; Gen. i, 2 , ohSn m~) (rouach

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