‹ Œuvres completes de BergierChapitre 151 sur 255 · PART. III. THEOLOGIE PHII.OLOG. — DES LANGUES. — DISSERT. VI · texte numérisé non relu

PART. III. THEOLOGIE PHII.OLOG. — DES LANGUES. — DISSERT. VI

turc, île la bouche d'un puits [Gen. xxix, 2, 3, 8, 10); du creux d'une fontaine (Isa. îx, 17, etc.).

3° Coupure et partage sont synonymes; phi, coupure, désigne donc encore partage ou partie; ainsi n»3B '2 (phi schenaïm) ne signifie pas os duorum, mais para duorum, pour pan duplex.

4° /'i7 en français signifie tranchant : donner le (il à un rasoir; mais il exprime aussi suitr, succession, continuité : suivre le fil d'une a/faire. Ces deux sens contraires sont fondés sur une analogie évidente, parce que le tranchant d'une lame ressemble à un fil délié. Voilà pourquoi phi en hébreu, tranchant, signifie encore liaison, suite, ordre,

succession. Ainsi (Gen. xliii, 7), >D Sï (liai phi) est bien traduit par la Vulgate per ordinem, de suite. Lépbi, képhi, signifient Ûoncjuxta ordinem, juxta sérient, et c'est le sens des phrases citées ci-devant, secundum ordinem ou tenorem verborum islorum, se- :undum ordinem sortis, juxta ordinem viœ suœ; en quoi il n'y a rien que de clair et de naturel.

5° a':s (phanim) n'est point le pluriel de ns (phé), mais de p (phan, phen) inusité au singulier; il a les mêmes significations que plie et phi; il exprime comme eux la bouche, le visage, la présence, et de plus liaison et occupation, garde et conservation. On peut donc traduire surrexit Abraham a conspeclu morlui sui (Gen. xsni, 3), ou a cura, a custodia mortui sui ; ou comme la Vulgate, ab officio funeris ; c'est toujours le môme sens.

Je pourrais faire encore les mêmes remarques sur les mots y (jad) manus; -m (dabar) verbum; -bq (bacar) primogenilus, et plusieurs autres; mais on trouvera dans le dictionnaire des racines tous ces termes expliqués, l'origine de leurs divers sens, les raisons de leurs différents usages.

§ IV. — Troisième source des hêbraïsmesy les fausses étymologies.

Une des principales raisons qui onl empêché les grammairiens de découvrir le vrai sens de plusieurs termes hébreux , c'est qu'ils n'en ont pas connu la source; ils les ont fait descendre de racines avec lesquelles ces termes n'ont aucun rapport, et ils en ont donné conséquemment des étymologies ridicules. Je n'en citerai qu'un petit nombre, pour ne pas lasser la patience des lecteurs.

Si nous en croyons tous les dictionnaires, le nom cdin (Adam) signifie roux, parce que la terre dont le premier homme fut formé était rousse; mais comment peut-on savoir si elle n'était pas plulùt noire ou grise?

Q'Cty (schauimaim), les deux, est dérivé de am (scham) ibi, et a>n (maïm) aquœ, parce que c'est le siège des eaux; ou de a*? (schoum) ponere, fundare, à cause de leur solidité; ou enfin de ooty (schamam) miruri, parce que nous les admirons.

ccu (schemesch) te soleil, est formé de VTX! Ischainascb), verbe chaldéen qui signi-

fie minislrare ou uti, parce qu'il nous administre la lumière.

Les géants sont appelés n^Sa (nephilim), de Ssj (naphal) tomber, parce qu'ils faisaient tomber les gens de peur, ou parce qu'ils tombaient sur leurs ennemis. Ils sont nommés niNEi (rephaïm), de ren (rapbah), affaiblir, parce qu'en les voyant on se sentait affaibli par la crainte; enfin ils sont appelés □>p:y (hanakim), de paï (hanaq), collier, parce qu'ils portaient des colliers.

s~in (choreph) l'hiver, vient de *pn (charaph) , insulter, déshonorer, parce que l'hiver est le déshonneur de l'année. Il signifie encore la jeunesse, parce que cet âge est l'opprobre de la vie.

mw(naschah) l'usure, est tiré de -p: (naschac), mordre, parce qu'elle ressemble à une morsure; et celle étymologie, dit-on, est une élégante métaphore; riDiM (nischkah) chambre ou cabinet, descend encore du même verbe, parce qu'ils tiennent à un édifice, comme nous tenons avec les dents ce que nous mordons,

TPT (la ville de Jéricho), a reçu son nom de rw (jerach) , la lune, parce qu'elle était ronde comme la lune, ou de rn (rach) odeur, parce qu'il y croissait des parfums.

crm(recbaïm), des meules demoulins, vient aussi de rach , odeur, parce qu'elles sentent

la farine

Je pourrais grossir cette liste à l'infini, et rassembler au moins cent étymologies de cette espèce. Or, un homme sensé qui lit toutes ces fadaises, n'est-il pas tenté de regarder les Hébreux comme un peuple extravagant, et leur langue comme un délire perpétuel? Voilà cependant ce que l'on trouve dans les dictionnaires anciens et modernes, dans ceux des catholiques comme dans ceux des protestants. Je sais bien qu'ils n'ont fait que copier les rabbins ; mais ce qui m'étonne, c'est que des savants et des critiques se soient abaissés jusqu'à consulter de pareils maîtres? Essayons de donner des étymologies plus raisonnables , et de montrer que les Hébreux avaient autrefois du bons sens.

Le nom d'Adam a pour racine dam, dom, mot qui est usité dans toutes les langues pour signifier maître ou seigneur. C'est ainsi que Dieu lui-même s'est expliqué quand il a voulu créer l'homme, c'était pour donner un maîlre à ses ouvrages. Faciamus hominem...., et prœsit piscibus maris , et volalilibus cœli, et bestiis universœque terrœ... Crescite tt multiplicamini, et replète lerram, et subjicite eam,et dominamini piscibus, de. (Gen. i,2G,28).

Nous montrerons ailleurs que les noms grecs «jnp et âv0/>wsoç , les noms latins homo et vir ont la même signification et la même force.

Schammaim , les cieux, est formé de czv (scham, schom , ssarn, ssoin) hauteur, élévation; et il est au pluriel, parce que la terminaison du pluriel est augmenlalive.

Ce nom signifie le lieu le plus haut. La grec oùfavôf, tiré de run, élévation; "oXuprôc , de

lup , loup, hauteur; le latin cœlum, analogue à l'ancien verbe cello et à l'adjectif celsus; enfin le français ciel, ont tous la même énergie, et sont la traduction fidèle de l'hébreu.

Schemesch, le soleil, est dérivé de la même racine scham, schom, le ciel ou le haut, et de wx (esch) feu, lumière; il signifie par conséquent le feu ou le flambeau du ciel: jftfof en grec, so/ en latin, n'expriment rien autre chose que feu ou lumière.

Les noms donnés aux géants expriment tous la grandeur, la taille élevée : nephilim de ne augmentatif et phil, élevé, comme en grec oyiXku qui signifie augmenter ou faire croître; Rephaim de reph , qui a le môme sens dans T/)éy«, élever, faire grandir; èïrfin hanakim de nak qui est la racine du grec ïivcxïj?, grand, long, étendu, et «vsxâ? , en /taîtf , suraum. On les appelait encore D»a'N (etuim) de em, aim, hauteur, élévation. C'est ce qui a donné le nom au mont Hœmus , AT/xof , entre la Mésie et la Thrace ; au mont imœus en Italie , entre les Marses et les Sam mi tes; au mont Imaiis qui fait partie du Caucase. On sait très-bien que le grec •yiyu; formé de yuiu, croître ou s'élever, et notre substantif géant, ne présentent pas une autre idée que celle de grandeur.

Horeph, choreph , l'hiver, a tiré son nom de reph, humecter, arroser, pleuvoir, parce que dans tous les pays du monde l'hiver est le temps des pluies. C'est le grec evpmoç, eau coulante, le latin rivus , le français breuvage. De même yjxi^u, en grec, de. yju, verser, fondre, réduire en eau; hyems , en latin, de humeo , être mouillé ou humide; hiver, en français, de hive qui signifie de Veau dans plusieurs patois, sont une preuve démonstrative que tous les peuples ont pensé et parlé de môme.

Horeph, la jeunesse, a pour racine reph, qui signifie non - seulement la grandeur, comme dans rephraïm, mais encore la force et la vigueur; or, la jeunesse a-t-elle pu être mieux caractérisée que parcelle idée?

Naschah, nassah , l'usure, est dérivé de ass ou nass avec une n paragogique. C'est le nom assis des Latins, de l'argent ou de la monnaie , parce que l'usure est le trafic de l'argent. Le latin fœnus, qui lui répond , est dérivé de l'hébreu phen et du grec âfevoç , qui signifie argent ou richesse; c'est le même que le mot patois fenin , de l'argent.

Nischah ou lischak, nissecah ,< sont tirés de "ju? (schec , ssec) , couverture , lieu à couvert; c'estde grec wxoç , maison, temple, demeure; c-âxxo? , saccus , sac, couverture, et la prétendue allusion à la morsure n'y a rien de commun.

Jéricho a reçu son nom de m (rich) enceinte, clôture, lieu fermé; le grec fricot, sepes, septum, maceriœ , est la même racine ; et le nom général de ville n'a pas une autre signification. -, .A

Cette même syllabe rich , rech, signifie encore hauteur, rondeur, grosseur, comme Tfo^éf, en grec; voilà pourquoi rechaim

signifie des meules de moulin. Les noms meule et mola, qui font allusion à moles et txvUo; , ont la même signification , et n'ont aucun rapport à la farine.

§ V. — Nouvelle source d'hébraïsmes ; la ponctuation des Massorètes; ce qu'on doit en penser.

J'ai eu occasion , dans cette dissertation et dans les précédentes, de citer deux ou trois exemples d'hébraïsmes, qui viennent uniquement de la manière dont les mots hébreux sont ponctués, et j'ai laissé entrevoir que je faisais peu de cas de cette ponctuation. Il serait inutile d'apporter de nouveaux exemples, et de dire les raisons qui me déterminent à n'avoir aucun égard pour ces points que des savants distingués ont si fort respectés. Cette matière a été épuisée,je ne pourrais faire que répéter. Je me bornerai à une ou deux courtes remarques, et peut-être ne seront-elles pas nouvelles.

S'il y a un nom propre qui ait dû être également connu des Juifs et des étrangers, c'est celui de Cyrus. Les Grecs n'ont pas pu en ignorer la prononciation , surtout depuis l'histoire de Cyrus le Jeune, si étroitement liée à celle de la Grèce. Or, tandis qu.e les Septante et Origène ont constamment écrit Kvpoç, comme tous les auteurs profanes, les Mussorèles se sont obstinés à ponctuer ty-ro Kupve ou Kupv$, dans les Paralipomènes, dans isaie , dans Daniel, sans varier jamais. Les croirons-nous plutôt que toute l'antiquité sacrée et profane ? Si leurs prétendues règles d'écriture les ont conduits à défigurer ainsi un nom qui était dans la bouche do tout le monde, comment pouvons- nous imaginer qu'ils aient mieux réussi dans tous les autres ?

Depuis que ies rabbins se sont avisés de faire des livres, à commencer par le Talmud , plus ancien que la Massore, ils se sont fait connaître pour les plus ignorants et les plus insensés de tous les hommes. On peut juger de^ leur capacité par leurs élymologies, dont j'ai donné un léger échantillon, et par la manière dont parlent d'eux les plus sensés de leurs disciples. Puérilités, rêveries, obscénité, voilà le caractère de leurs écrits. Telle est cependant l'Académie où se sont réfugiés ces savants qui dédaignaient les écoles catholiques, qui se seraient crus déshonorés de prendre pour maîtres les Pères et les docteurs de l'Eglise. Dieu, selon eux , a fait un miracle pour empêcher que les Juifs ne changeassent rien à la prononciation de l'hébreu; mais pour des gens, qui nous reprochent notre crédulité sur les miracles, c'est en supposer un bien à la légère. Dieu n'a point fait ce miracle, et il n'était pas nécessaire. On peut entendre le texte hébreu sans les rabbins et sans la Massore, comme on peut entendre toutes Jes autres langues mortes , par leur comparaison seule. Je crois l'avoir déjà fait sentir, et le Dictionnaire des racines en fournira la preuve complète.

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