PART. 111. THEOLOGIE PH1LOLOG. — DES LANGUES. — DISSERT. VII
§ VI. — Quels sont les vrais hébraïsmes.
II y a sans doute en hébreu des façons de parler singulières; tout langage a ses idiolismes; les jargons les plus grossiers ont les leurs, ils en renferment quelquefois plus que les langues polies, et par cette raison l'hébreu ne saurait en être exempt.
Les Hébreux, peuple isolé et peu répandu au dehors , ont mieux conservé qu'aucun autre les anciennes mœurs du genre humain ; ces moeurs ont dû paraître singulières à toute nation qui avait changé les siennes, et celle singularité a dû être marquée dans le langage. La religion des Hébreux, différente de toutes les autres, a douné lieu encore à quelques idiotismes. Ce sont justement ceux dont les grammairiens ne parlent point, parce qu'ils supposent qu'on peut les apprendre par l'usage ; mais qu'est-ce qui peut empêcher d'apprendre de môme tous les autres?
Les répétitions continuelles, les pléonasmes, les ellipses ou termes sous-entendus, les transpositions, les métaphores, se trouvent dans toutes les langues; mais ces irrégularités ne sont nulle part aussi communes qu'en hébreu, et c'est en ce sens seulement qu'on peut les regarder
comme des idiolismes. Ce langage paraît moins étonnant à ceux qui sont accoutumés à entendre parler les peuples de la campagne, et qui connaissent le style des écrivains qui n'ont pas eu l'esprit cultivé. Si les savants avaient eu occasion de faire ce parallèle, ils auraient moins multiplié les hébraïsmes. Mais vivre avec des hommes simples et grossiers, étudier leurs mœurs, leur style, leur génie, c'est un avantage dont personne n est jaloux, et un genre d'érudition où l'on n'ambitionne pas de se distinguer.
L'habitude, plus fréquente en hébreu que dans les autres langues, de sous-enlendre le verbe substantif, le défaut de verbes conjugués régulièrement, l'emploi des participes à leur place; l'usage indifférent des particules ou liaisons du discours, sans attribuer toujours à chacune un sens fixe et déterminé; la méthode de dire les ehoses et d'exprimer les pensées comme elles se présentent à l'esprit, sans attention à l'ordre ni à la propriété des termes et des expressions : voilà les caractères principaux de l'hébreu. Il suffit de les savoir en général, pour être bientôt au fait de tous les hébraïsmes. L'habitude de lire l'hébreu est sans contestation la plus utile grammaire, et le plus sûr de tous les commentaires.