‹ Œuvres completes de BergierChapitre 163 sur 255 · Vi · texte numérisé non relu

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»1 ne la méthode a laquelle on s'attache pour découvrir les racines et les étymologies , est nécessairement la seule véritable ; que si elle do nous conduit pas à la vérité, aucune autre n'y parviendra jamais. Deux tils servent h la diriger; d'un cùlé, la marche de l'esprit, c'esi-à-dire les analogies et la manière dont les hommes ont dû envisager les objets, de l'autre le mécanisme de la langue et de la prononciation. On ne se Datte point d'avoir trouvé le vrai , à moins que l'on n'aperçoive les mômes rapports dans quatre langues; il serait difficile que le hasard pût former ce concert; ou c'est un signe de vérité , ou il faut renoncer pour jamais à ce genre d'étude.

Mais quand on serait assez heureux pour rencontrer juste partout, ce qui n'est pas possible, le genre que l'on traite ici n'est guère capable de plaire à l'imagination ni d'amuser les lecteurs. Un dictionnaire qui ne renferme que des termes isolés , n'est consulté que dans Je besoin. L'ambition d'être lu doit engager un écrivain à présenter quelque chose de plus ; on aura donc attention de mêler au délai i des racines et de leurs dérivés un grand nombre de remarques.

1° On tâchera de faire observer l'analogie du langage avec les mœurs et les usages des peuples.

2° On recherchera soigneusement les étymologies géographiques; on examinera la plupart de celles qu'a données Bochart , non pas simplemenc pour Jes copier, encore moins pour avoir le .plaisir de les contredire, mais pour les rectifier lorsqu'il sera nécessaire, avec tous les égards qui sont dûs à ce savant homme.

3° On n'omettra point les notes capables d'éclaircir la mythologie; on. se propose de fondre dans cet ouvrage toutes celles do le Clerc sur Hésiode, d'y en ajouter un grand nombre qu'il n'a pas faites , et de le réfuter, lorsqu'on croira devoir le faire. On prendra la même liberté à l'égard des réllexions de M. Fourmont sur l'histoire des anciens peuples, et de plusieurs excellents mémoires de l'Académie des Inscriptions et belles-lettres, en conservant toujours pour les habiles écrivains qui sont nos maîtres le respect et Ja reconnaissance que nous leur devons.

k° La principale étude sera d'expliquer les termes hébreux, et d'indiquer de nouveaux sens dans un grand nombre de passages de l'Ecriture sainte. Loin de montrer en les proposant du mépris et de l'indifférence pour notre version Vulgale , on espère'au contraire de la venger, sans affectation et sans dispute, d'une infinité de reproches que lui ont faits des auteurs prévenus, et de l'oubli que plusieurs autres ont affecté pour elle. Souvent ils n'ont pas daigné rapporter dans les dictionnaires Je sens qu'elle a donné à certains mots, quoique ce sens soit pour le moins aussi probable que celui qu'il! ont suivi , et quelquefois mieux fondé. L'on a supposé trop

légèrement des fautes de copistes dans les exemplaires : article sur lequel un critique ne saurait être trop réservé. Il en est souvent de même des corrections de la Massore; leurs auteurs ne les ont proposées que parce qu'ils n'entendaient pas le vr;ii sens de l'original, ni du mot qu'ils voulaient corriger. On se flatte de prouver tous ces faits.

5° Par le détail que l'on fera des différentes significations des racines, on verra l'origine des divers sens que les versions ou les commentateurs ont donnés au même terme, et les raisons de grammaire sur lesquelles ils se sont fondés.

Ce projet, quoique envisagé sous un coup d'œil assez favorable, ne m'aveugle point ; je sens tout ce qui me manque pour l'exécuter avec succès. J'y entrevois même des inconvénients inévitables , et la bonne foi me défend de les dissimuler. En reconnaissant ingénument les défauts de mon travail, j'ôterai peut-être aux censeurs de profession l'envie d'y en supposer d'imaginaires.

On m'objectera d'abord qu'il est fort inutile de rechercher tous les sens que peut avoir un même terme ; c'est autoriser les versions les plus défectueuses, multiplier les doutes au lieu de les dissiper, et , pour vouloir obliger tout le monde , c'est ne plus obliger personne.

Cela serait, si l'on n'avait soin d'indiquer en même temps le sens qui paraîtra le meilleur. Dans le cas même où plusieurs significations sont également probables, il est de l'équité de les justifier toutes : si un terme était réellement inexplicable, ce serait toujours rendre service à la vérité que de montrer pourquoi i! l'est. Ce serait un moyen de réprimer les censures indiscrètes et l'affectation de blâmer les traducteurs ; ce qui ne me paraît pas un médiocre avantage.

Quand même je rendrais par là l'hébreu plus .obscur, pourrait-on me blâmer de montrer le vrai, en faisant voir toutes les racines auxquelles le même mot peut se rapporter? Les esprits vifs et dogmatiques en conclueront qu'il est donc impossible d'expliquer sûrement l'hébreu. Je ne conviens point de celte impossibilité; mais je soutiens que l'on ne peut mieux en acquérir l'intelligence qu'en le comparant avec les autres langues. Si , avec cette comparaison, c'est encore une opération difficile et souvent incertaine, elle lo serait bien davantage si on renonçait à ce nouveau secours.

Si donc quelqu'un exige que l'on dissipe tous les nuages, que l'on donne des démonstrations dans un genre où l'on ne peut avoir que des vraisemblances , il faut renoncera l'entreprise, suivre avec la multitude le préjugé et la routine, écouter des rabbins qui devinent et souvent extravaguent, consulter des commentateurs qui se copient, au lieu de chercher le Yrai dans sa source.

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L'obscurité de l'hébreu et celle de tou- l'aventure; fera-t-on mieux en suivant dos tes les autres langues est venue, comme règles arbitraires, et que- l'on tourno comme on Ta déjà observé, de ce que les peuples on veut?

ont donné le môme nom à difTérentsfobjets, surtout les noms génériques aux différentes espèces. Il y aurait souvent de la témérité a prononcer hardiment sur la signification d'un (cl nom. Les interprètes ont conjecturé, et ils onl varié d'ans leurs

Ma réponso sera courte ; si quelqu'un est prévenu de cette idée, je I invite à en faire l'épreuve. Je le prie de choisir tello étymologie qui se trouvera la première dans les dictionnaires communs, et d'es-

sayer s'il pourra la vérifier dans les quatre conjectures, parce que I évidence seule peut langues. Je ne crains pas qu'il fasse deux ramener tous les esprits à la môïne opinion. f0js ]a mème tentative. Pour en donner un exemple, le héron est Peut-être sera-t-on 'rebuté d'uno mé-

noinmô dans nos quatre langues l'oiseau élevé sur ses jambes, le grand oiseau, et celui qui l'a vu pour la première fois ne pouvait pas mieux le désigner. Il ne pouvait pas deviner non plus qu'il y a cinquante autres espèces d'oiseaux à qui ce même nom convient : le plus habile naturaliste pourrait à peine les caractériser tous par des noms particuliers : comment exigerait-on cette exactitude d'un ignorant, tels qu'étaient certainement les premiers hommes?

Voilà donc une source inévitable d'équivoques, et toutes les fois que l'on trouve les noms "fw et htdh dans le texte hébreu, on peut aussi bien les entendre de

thode toujours uniforme do montrer la dérivation des sens ; des allusions simples qu'il faudra répéter à chacune des racines. Mais cette uniformité môme doit paraître une preuve sensible do vérité ; c'est le train de la nature; il se ressemble partout. Le système que l'on suit ici n'étant bâti quo sur des comparaisons et des rapports, il faut sans cesse rapprocher les termes et les idées pour en faire sentir le vrai. Tous les efforts que l'on pourra faire pour varier les expressions, ne suffiront Jamais pour éviter la monotonie. \i

Il y aurait un moyen de la prévenir, en dissertant continuellement, tantôt pour ré-

î'aulruche, de la cigogne, du butor, du cour- futer, tantôt pour applaudir; ici pour dislis, que du héron, parce qu'ils se ressem- cuter une prononciation, là pour éclaircir blent tous par la hauteur de leurs jambes. un t'ait; dans un article pour étaler du

Que peut faireun criliquedanscescircons- rabbinago, dans un autre pour confronter

tances? Il a beau consulter les rabbins ; il les versions. Il est aisé de faire parade

ne les trouvera point d'accord, et quand ils d'érudition à peu de frais. Mais on ferait

le seraient par hasard, leur avis ne prou- des volumes immenses, et il y en a déjà

verait rien. Par quelle voie le vrai sons d'un trop : malgré toute l'envie que l'o'n ad'a-

mot leur serait-il parvenu? On est donc bréger, l'ouvrage ne paraîtra peut-être que

réduit à des conjectures ; ce que je dis ici trop long.

des oiseaux, on peut le dire de presque L'on demandera enfin pourquoi écrire

tous les animaux dont il est parlé dans le en français? Le latin, qui est la langue des

texte sacré, et à proportion de tous les autres savants, conviendrait mieux à un ouvrago

noms hébreux. qui semble fait pour eux seuls; ii pourrait

L'on ne manquera pas de se récrier sur en faciliter le débit, en le mettant plus à le petit nombre des racines primitives que portée des étrangers. Je conviens! de cet le dictionnaire doit renfermer. On pourrait avantage; mais outre l'inclination qui nous d'abord justifier celte pauvreté excessive porte à composer dans notre propre lande la première langue par ie polit nombre gue, j'aime mieux parler un français supd'idées que l'on a trouvées à certains peu- portable qu'un latin barbare. Ou mon pies sauvages qui, à ce que l'on dit, no travail aura du succès, ou il demeurera savaient compter, que jusqu'à trois ; mais dans l'oubli. Dans le premier cas, j'aimo il y en a uno raison plus satisfaisante. Le assez notre langue pour souhaiter que les procédé ordinaire de la nature est simple étrangers la lisent dans un ouvrage qui leur et fécond ; pour faire les plus beaux ou- semblera utile; dans le second, il n'est pas

vrages elle emploie peu de matériaux. Si avec vingt-deux lettres l'on a pu formordes langues riches, abondantes, variées, pourquoi, avec peu d'idées primitives, ne pourrait-on pas produire le môme effet, nommer tous les objets, développer toutes nos pensées et nos sentiments?

Mais, dira-t-on, avec de prétendues ana

nécessaire que l'on sache ailleurs qu'on Franco que j'ai fait un méchant livre.

Une autre raison m'a fait prendre ce parti. Comme je prétends que pour comprendre lastiucturo des langues anciennes, il faut les comparer avec les modernes, je ne pouvais mieux faire cette comparaison qu'avec la langue qui nous est la plus familière. Si

logies, on peut trouver tout ce que l'on cette pratique est utile, les étrangers feront

veut ; entre vingt rapports que peut avoir chacun pour leur langue ce que j'ai cru

un objet, on choisit au hasard celui qui devoir faire pour la nôtre. Je ne lui donne

est le plus favorable. D'ailleurs, en chan- la préférence que pour notre commodité ;

géant Ivs lettres à son gré, les mots les je laisse volontiers à chaque nation la sa-

plus disparates deviennent les mômes; il tislaction de croire quo son langage est

est aisé de donner ainsi des étymologies préférable, à celui de ses voisins,

en défigurant les langues comme en le juge Mais quel travers do citer les patois,

à propos. Les anciens les donnaient à ces jargons informes et grossiers qu'une

1257 PART. III. THEOLOGIE PI1ILOLOC

personno bien élevée n'oserait parler, qu'il est tic la bienséance d'ignorer I On se déshonorerait si on voulait en faire mention dans lo monde poli : n'est -il pas encore plus indécent de les introduire parmi les savants?

Ces patois si méprisés sont cependant des langages humains; ceux qui les parlent sont des êtres raisonnables, comme les Grecs et les Latins; ils ont du bon sens, souvent do l'esprit et de l'éloquence, comme les citoyens d'Athènes ou de Homo ; il ne manque à ces jargons, pour acquérir de la considération et devenir à la mode, que d'avoir servi à l'aire des ouvrages utiles ou amusants. L'indifférence quo nous affectons pour eux est une des raisons principales du peu de connaissances que nous avons des origines de notro langue. Ce n'est pas ma faute, si les langues orientales ont plus do rapport avec eux qu'avec les langues savantes et* cultivées , on ne doit pas me savoir mauvais gré d'avoir aperçu et développé ce rapport. Le Glossaire de Du Cange est un livre savant , utile , précieux; que renlerme-t-il autre chose que des patois et des, langages barbares latinisés?

Ceux dont j'ai le plus de connaissance sont ledijonnois ou bourguignon, le lorrain, cl ceux des différentes parties de" la Franche- Comté. Je présume que ceux de nos provinces méridionales pourraient fournir des observations utiles, je n'omettrai rien pour m'en procurer du moins une légère tejnlure.

Les dictionnaires dont je me sers pour faire le parallèle des langues sont, pour l'hébreu, ceux de Forster, de Koborlson, l'abrégé de Pagnin, et le père Giraudeau ; pour le grec, Lexicon Leimarium, parce qu'il fait grand usage de celui d'Hésychius; pour le français , lo dictionnaire de Furelièro.

J'aurais pu faire grand usage des divers glossaires du P. Thoinassin et de l'harmonie des langues de Guichard ; mais pour n'être point séduit par lo poids de l'autorité, je me fais une loi de ne copier personne, et de chercher les racines des langues, comme si j'étais le premier qui eusse entrepria ce travail. Par la même raison, je m'abstiendrai de consulter le recueil des mots do la langue (limilive, quo M. BulJei a mis à la lin des lémoires sur la langue celtique. C'est lui qui m'a indiqué le principe que les racines des langues sont monosyllabes, et qui a conduit mes premiers pas dans la vaste carrière où je suis entré; si dans quelques elyniologies je me trouve peu d'accord avec mon mailre , c'est que nous voyageons l'un et l'autre en pays de liberté.

Lue explication plus longue de ma méthode serait inutile, si je n'en donnais un exemple. Je vais donc placer ici un échantillon du Dictionnaire des racines dans I étal imparfait où il est encore. Je prie le lecteur de ne pas juger do ce qu'il peut être dans la suite, par ce qu'il est actuellement. Le

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