‹ Œuvres completes de BergierChapitre 164 sur 255 · DES LANGUES. - PROSPECTUS · texte numérisé non relu

DES LANGUES. - PROSPECTUS

travail n'est qu'ébauché, et il faut plusieurs années po

si nu enauene, et il iaut plu tir lo conduire ù sa perfecl

ion.

PREMIÈRE STLLABli DE L ALPHABET.

ûb, eb, ib, ob, ub.

1° 3N signifie dans toutes les langues hauteur, élévation, et par analogie grandeur, grosseur, rondeur. Do là sont formés ou hébreu rflQN (J°b xxxn,19),Vulg.,/ar/unc«/(K*, des bouteilles , des outres , des vases à mettre le vin, tous instruments gros et ronds. mi^Sn, tblaoubath (Ose. xiu, 5), quo plusieurs traduisent locus montuosus, est formé do *5n (thaï) élévation, et ns (ob) , qui signilie la même chose ; c'est un pléonasme ordinaire dans les langues. yça$ (abba), en chaldéen, est un coq, c'est-à-dire un animal qui se dresso, qui marche fièrement. Les divers noms qu'on lui a donnés -oj et fxso (gabar, schakouï) en hébreu , «kt/.To>p en grec , gallus en latin, coq en français , jau, gao , pou, dans les patois, font tous la môme allusion à la hauteur, à la fierté. C'est mémo un proverbe dans les provinces : Il se dresse comme un pou, c'est-à-dire comme un coq.

Cetto racine a fait en grec v$Qçt bosse et bossu , "aÇoj , Abus ou Abu, montagne d'Arménie à la source de l'Euplirale, ainsi nommée du nom général de hauteur. C'est le môme quo "ni [nabou), aulro nom de montagne en hébreu , avec un n paragqgique , et ces deux syllabes réunies ont formé Abnoba , autre montagne à la sourco du Danube. En ajoutant m, qui so glisse facilement devant le b , lettre de mômo organe , on a composé S-j.^, «^6wv, sommet de montagne ou lieu élevé ; OfÀupèe;, grande supériorité, grande victoire, à cause de Qpi qui est augmentatif; on doublant la consonne dé la racine, nous avons ôovfrwv, tumeur, grosseur : de là vient la syllabe bob , bub , dans plusieurs dérivés de bos , bovis , qui signifie un gros animal.

En latin obba et ambo, est un vase à gros ventre, comme rmu abolh dans Job. lîmbo est lo dessus d'un bouclier ou d'une montagne ; ab et ob , prépositions, sont souvent augmentatives eh composition, comme abedo, abacgo , ubsumo , obbibo, obdormio. Les anciens Latins disaient haba pour faba , une fève, un gros légume; fève a changé le b en v : ova , des œufs; do môme, ils se disaient wgjoc chez les Argiens; ainsi'ow/re , triompher , est analogue à «/*6&>v et Opia^o; du grec, par la môme mécanique.

Jubé, eu français, signilie une tribune, un lieu élevé dans une église; l'aspiration initiale de la racine y est changée en J consonne. Nos grammairiens ont dit qu'il était ainsi nommé do la formule : Jubé, Domine, bcncdiccre , qui commence les leçons de matines; mais les patois nous font sentir la fausseté de cette allusion; ils appellent un jubé jechuu, du verbe jucher , élever ou percher, et c'est précisément la traduction de SfiStav qui est son nom en grec. Bombe, gros boulet , a doublé la consonne comme -«•/.',V;, et bombé signilie élevé en voûte;

bobine a fait de même, aussi bien que fcpeéca, tourner.

Je prie le lecteur «Je remarquer tous ces changements de lettres; ils continueront constamment de même dans toutes les dérivations suivantes. On peut les retrouver en hébreu , comme ailleurs; ainsi as* dans ce premier sens est relatif aux syllabes an et ay, qui ont une aspiration plus forte, et aux racines *]N, ei-j, où le 2 est changé en =] qui est do même organe.

2° yj , élévation au propre , signifie la même chose nu ligure, c'est-à-dire prééminence, supériorité , autorité. 2K> en hébreu , père, et au pluriel ancêtres, auteur, maître, seigneur ou docteur, roi, prince, etc. ïtttn^ (bith ab) (/ Parai, xxiv, 6), famille principale. Dans le premier âge du monde, les pères étaient les seuls souverains dans leur famille , c'est la première origine du gouvernement parmi les hommes : ils pouvaient seulsdnslruire leurs descendants. L'idc lilé des noms de père, de roi , de docieur, est donc un monument des anciennes mœurs. Ncu-s en retrouvons encore des vestiges dans les patois , où l'on appelle un père sirot , diminutif de sire , seigneur. En latin avi, les aieux , se nommaient autrement majores; nous disons aussi grand-père, yrand'mèrc , pour père et mère anciens; et mes auteurs, pour mes aïeux.

Il est clair que ce nom avus est le même que l'hébreu ab, par le changement du 6 en v. Les Grecs au contraire disaient «*yù? ou ânretx: , p'ar une prononciation plus dure; et eu doublant la consonne, tzùkku; et xû.mt<>:. Ces deux derniers ont passé en latin, en français et dans la plupart des autres langues; et c'est un des premiers mots que les enfants prononcent.

Aba , selon Calepin, est le nom que les jeunes gens donnaient aux vieillards; il signifie pater; par conséquent BauÇw, nourrice de Cérès, peut exprimer vieille ou mère. J)ans abavus et abavia , ab est augmentatif; il répond au grec èni dans èmnamcoe, bisaïeul ou trisaïeul, et intr^-n , grand'tante : c'est toujours la même allusion. Jubeo , commander, exercer la supériorité, a changé l'aspiration douce en j consonne, comme jubé de li'àrlicle précédent.

Le mot français abbé, emprunté du syriaque abba, nous a rendu cette racine familière; mais nous aurions peine à la reconnaître dans aïeul et aïeux, sans le latin avus. Nous verrons souvent le v changé en ï, ou au contraire; ainii lœvis répond au grec hîot , elaeis à x>çî?, elc. , comme avus au français aïeux.

3° Par analogie à 1° élévation, ax signifie les cris, l'élévation de la voix. Ce sens peut encore avoir rapport à l'article 12° ci-après; parce que le souille , les sifflements et les cris aigus se ressemblent. »T3N, abouï (Prov. xx.hi, "19), cris de douleur, regrets, soupirs; an' (iabab), mer-, hurler, avec un ' (i) au lieu d'aspiration; vqh (iboo) en chaldéen, est le hibw, le chat- huant; oiseau qui jette

un cri lugubre pendant la nuit; il est singulier que ce nom se «oit conservé en français. C'est le bubo des Latins avec la double consonne : aussi 36« signifie clameur en grec, ulëoîf cris de douleur ou d'admiration, comme en hébreu; ISvat , dans Hésychius, crier ou hurler; fiopëôç, bruit, son, tonnerre. "Ikjxïoç a signifié d'abord des huées, des moqueries; tKfiSiÇo), maledico. On a donné ensuite ce nom à la poésie mordante, à la satire et aux vers dont elle était composée. Les Grecs ni les Latins n'ont pas connu l'origine de ce mot, puisqu'ils l'ont tiré de la faille. Il vient, disent-ils, d'une certaine lambé, fille de Pan et d'Echo : pure équivoque qui signifie que la voix est tille de la bouche et du gosier; ]3 (pan, pen) la bouche, y\ (hac, bec) le gosier.

k° Par une autre relation à 1" rondeur, n« signifie ce qui entoure, ce qui environne, un lien, ce qui ressemble à un lien, ce qui l'ait les effets du lien, ce qui arrête, ce qui serre, ce qui unit, liaison, union, arrêt. On peut très-bien rapporter à ce sens 2N, plante, herbe, et ses dérivés, surtout m, racine, parce que les racines des herbes ressemblent à des fils ou à des liens, et parce qu'avant l'invention du lin ou du chanvre, les cordes ou les liens se faisaient avec des herbes ou des arbrisseaux pliants ; il en est plusieurs qui servent encore à cet usage. Ou verra que cette allusion s'est conservée dans toutes les langues. Les syllabes -n, an, 2y, nn, "!n, (ab, chab, hâb, bar, char), etc., ont encore le même sens.

De là xôvvêcft?, cannabum, le chanvre, sont composés de can, canna (roseau, tuyau), et ab, lion; c'est le roseau dont on l'ait le fil et les liens. Une preuve que ab chez les Latins avait celte signification, c'est qu'on lildans plusieurs auteurs ambi, des esclaves; ambio signifie encore environner comme un lien. Havir a exprimé autrefois en français prendre ou serrer; on disait havi de froid, pour saisi de froid, serré par le froid. C'est de là que viennent nos termes habit, habiller, c'est-à-dire environner, couvrir.

Db là encore les prépositions «6, ob désignent encore souvent liaison, proximité, réunion ; prope ab urbe. Ob signifie pr opter elsimul, marques de rapports; et les anciens le mettaient pour ad, autre liaison, obire pour adiré. \ië-à, en grec, tribu, famille, plusieurs personnes réunies; comme ambo en latin, deux ensemble; èe«w en Laconie signifia \l s'arrêter, cesser, se reposer ; pau6«<w dormir ou endormir; nouvelle allusion à SN, lien, arrêt; elle reviendra dans toutes les racines de même sens ; et on l'a déjà vu, quatrième dissertation, § 3.

5" Par la même analogie, ax signifie liaison, attache, au figuré, c'est-à dire attachement, inclination, volonté, désir; rcN(abah). désir, volonté, souhait ; ma (abah), vouloir, consentir, être d'accord, uni de sentiment ; UN (abi) (Job xxxiv, 30), Vulg. utinam! signe de désir ; 2Nn (ihaab), désirer1; "ZW, ïab ( Psal. exix , 31 ) , desiderabam ; i"UV3X (abiounah), désir} concupiscence.

Page 1