‹ Œuvres completes de BergierChapitre 168 sur 255 · I. De Célrc cngéncral et de Vcsscnccdcs choses · texte numérisé non relu

I. De Célrc cngéncral et de Vcsscnccdcs choses

1. Toutes les choses, soit quo nous les connaissions, ou qu'elles nous soient inconnues, ont de commun qu'elles existent : or, tout ce qui existe est appelé être.

2. Nous acquérons l'idée de Vélre par abstraction, comme parlent des philosophes, et par le sentiment de notre propre existence.

3. Par abstraction, on entend celte action de notre Ame qui envisage une chose sans faire attention a tout ce qui y appartient. Par exemple, j'acquiers l'idéede la rondeur en faisant uniquement attention à la (iguro d'un globe, sans faire attention ni à sa 'matière, ni à sa grandeur. De même en considérant seulement ce qui est commun à toutes les choses qui existent, sans faire attention

aux propriétés que chacune d'elles pourrait avoir, j'acquiers l'idée de Yêtre en général.

k. Mais les philosophes étendent encore plus loin l'idée de ce mot, ils l'emploient pour désigner non-seulement les choses qui existent, mais encore celles qui peuvent exister.

5. En contemplant les choses, nous voyons qu'elles sont différentes entre elles, et que chacune a quelque chose de particulier qui la distingue des autres ; c'est ce qu'on appelle l'essence d'une chose, qu'on définit, ce qui [ait qu'une chose est ce qu'elle est. Par exemple, l'essence du cercle est d'avoir tous les points de sa circonférence également éloignés du centre.

6.11 est évident que l'essence d'une èbose ne saurait en être séparée que par abstrac^ lion. Otez l'essence du cercle qui vient d'être indiqué, et le cercle s'évanouira par cela même. Avoir tous les points de la circonférence également éloignés du centre et être cercle, sont une seule et môme chose.

7. C'est ce que les philosophes expriment d'une autre manière, quand ils disent que les essences des choses sont éternelles, c'est-àdire, immuables par leur nature.

8. Le sentiment contraire a été adopté par plusieurs auteurs, qui soutiennent que les essences des choses dépendent delà volonté de Dieu, et qui proposent leur opinion d'une manière qui semble supposer que ceux qui sont dans d'autres idées renferment la puissance divine dans des bornes trop étroites.

9. La seule remarque qu'il y ait à faire sur cette controverse, estqu'il n'y a pas la moindre apparence que ceux qui affirment que les essences des choses sont immuables, et ceux qui le nient, attachentau mold'essvnce la même signilication. Quand je considère un triangle, je vois que sa nature est d'avoir trois angles et de n'en avoir que trois : ajoutez ou ôtez un angle, et le triangle sera détruit. Lorsque j'affirme cela, j'ai une notion claire et d^tincte de mon assertion. Si quelqu'un le nie et dit que Dieu peut donner quatre angles au triangle sans le détruire, de manière que quatre angles soient trois angles, je ne pourrai me former aucune idée du sens qu'il a prétendu attacher à cette proposition.

Etre et en même temps n'être pas, sont deux choses qui s'enlre-détruisent ; et vouloir étendre la puissance divine à de pareilles choses, c'est affirmer que Dieu crée ce qu'il ne crée point, et que pouvoir tout, ou ne pouvoir rien, sont une seule et même chose.

IL Des substances et des modes.

10. Lorsque nous considérons les choses qui existent, nous voyons presque aussitôt qu'elles n'existent pas de la même manière. Quelques-unes ont en elles-mêmes tout ce qui est nécessaire à leur existence, comme un arbre, une pierre, etc., et on les nomme substances.

11. D'autres choses ne jouissent pas de ce privilège ; il leur faut quelque chose de

plus, sans quoi elles ne pourraient exister, la ligure sphérique ne saurait exister sans quelque chose qui ait cette figure, ni le mouvement sans que quelque chose soit mû. Or, on donne à de pareilles choses les noms de mode, d'attribut et d'accident.

12. La substance a en soi tout ce qui est nécessaire pour qu'elle soit ; au lieu que le mode n'a pas en soi, mais dans la substance, tout ce qui lui est nécessaire pour exister.

13. A la réserve de notre propre substance ou du moi, dont nous avons la conscience, les substances ne nous sont connues que par le moyen de, attributs ; car ce n'est que par abstraction que nous pouvons concevoir une substance dépouillée de ses attributs, et nous concevons les attributs comme inhérents à un sujet, qui est la substance même, dont nous ne saurions nous former d'idée dans les corps.

ik. Il y a des substances qui pensent, et d'autres qui n'ont point cette faculté. Nous n'en connaissons par les lumières naturelles que deux qui soient douées de la faculté de penser : savoir, Dieu et notre âme, quoique nous ne puissions douter qu'il n'y en ait un bien plus grand nombre. Le corps ne pense point.

15. On envisage diversement les attributs. Ceux qu'on ne saurait séparer de leur sujet sans le détruire, ont été appelés essentiels ; et on a donné le nom d'attributs accidentels, ou simplement d'accidents, à ces modes qui peuvent être séparés d'une chose sans que pour cela elle soit détruite.

16. Lesattrihuts essentiels diffèrent dans le même sujet, selon la manière dont on l'envisage, c'est-à-dire dont on le détermine, tous les attributs étant essentiels dans un sujet bien déterminé. En considérant une boule d'or, et en ne faisant attention qu'à sa qualité de corps, lesattrihuts essentiels seront l'étendue, l'impénétrabilité, et toutes les autres qu'alités commune,1» à tous les corps. Pour ce qui regarde la figure et les propriétés de l'or, ce ne sont, dans le cas dont il s'agit, que des accidents. S'il est auestion d'un corps sphérique, la ligure ronde devient aussi un attribut essentiel, sans lequel un globe d'or ne serait plus un corps sphérique. Si la chose qu'on examine est déterminée à tous égards, on ne pourra rien ôter de ce qui la détermine, sans la changer. C'est pourquoi, dans ce cas, tout attribut est essentiel.

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