‹ Œuvres completes de BergierChapitre 173 sur 255 · VI. De la durée des choses et du temps · texte numérisé non relu

VI. De la durée des choses et du temps

43. La première connaissance que nous acquérons en examinant les choses, est l'idée de leur existence, à laquelle est jointe celle de leur durée.

44. Nous concevons dans la durée un commencement et une fin ; et si nous en ôtons ces idées, la durée devient éternelle. Quand nous retranchons la seule idée d'un commencement, la durée s'appelle éternelle a parte ante, et quand nous ne faisons que retrancher l'idée d'une fin, on la nomme perpétuelle ou éternelle a parte post.

On n'agitera que deux questions au sujet de la durée. La première en regarde la divisibilité, et l'autre la succession.

45. On demande s'il y a des moments indivisibles, ou plus petits qu'aucun autre moment. Cette question est la même que celle qu'on propose sur la divisibilité de la quantité, et se résout de la même manière.

Celui qui se forme l'idée d'un moment, quelque petit qu'il soit, en considère le commencement et la fin; et il aperçoit, par cela même qu'il peut y avoir un moment plus petit : ainsi nous pouvons concevoir tout moment divisé en d'autres moins grands, et il est évident, que dans la durée, il n'y a rien d'indivisible, que l'instant qui sépare deux moments successifs, qui est la fin du premier et le commencement du second.

46. La seconde question, que nous ne pouvons pas omettre, est, s'il y a. une durée sans succession. Il y a apparence que ceux (jui affirment cette proposition, et ceux qui la nient, n'ont pas des idées différentes; car la réponse à la question dépend de la signification qu'on attache au mot de succession. Si, conformément à l'usage ordinaire, nous entendons par là qu'une cime en suive une autre, il n'y aura aucune difficulté ; et celui

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qui aura examiné avec l'attention nécessaire les attributs de Dieu, ne pourra douter qu'il v ait une durée sans succession.

4-7. Qui pourrait nier qu'un être qui ne saurait subir aucun changement ne soit éternel, mais sans succession? Toutes les idées qu'une intelligence infinie peut avoir sont présentes à Dieu ; cet être suprême n'en saurait acquérir de nouvelles; il aperçoit tous les rapports que toutes les idées peuvent avoir entre elles, et les rapports de ces rapports à l'infini. Tons ces objets lui ont été présents de la môme manière, de toute éternité, et lui seront de même éternellement présents. Il ne saurait rien perdre ni rien acquérir; tout changement que nous concevons en Dieu, se détruit lui-même. Ainsi, comment pourrait-on concevoir quelque succession dans la durée de la divinité?

48. Que si changeant la signification du terme en question, nous confondons la succession avec la durée simple et uniforme, alors la durée sans succession devient une durée sans durée, et il serait ridicule de vouloir la soutenir; mais ce n'est pas ce que l'on conçoit quand on parle de succession.

49. L'idée abstraite de la durée est désignée par le mot de temps.

On appelle le temps wai, lorsqu'on envisage la durée sans succession.

Quand on fait attention à la succession, le temps est appelé relatif, et la succession même en est la mesure. Les parties ainsi mesurées se nomment moments.

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