PREUVES DE L'EXISTENCE DE »IEU
Nous suivrons la chaîne telle que nous venons de la marquer : les trois premières preuves sont métaphysiques, les trois derniers sont des preuves morales, les six autres sont des démonstrations physiques.
Première preuve.
, 9. 11 y a des êtres, je sens que je suis ; d'autres êtres m'avertissent de leur existence par les impressions ou les sensations que je reçois. Or, tous ne sont pas contingents, n'ont pas commencé d'exister; donc il y a au moins un être nécessaire, éternel,
UKlvkks complètes de Bebgieb. I.
incréé, qui a donné l'existence aux autres. Si tous étaient contingents, on pourrait supposer un instant dans lequel aucun n'existait, où tout était dans le néant. Le néant ne peut rien produire; aucun être n'aurait donc pu commencer d'exister. Une existence commencée est un effet qui exige une cause réelle et positive ; donc il y a une cause nécessaire ou éternelle, qui n'a jamais commencé d'être, mais qui a donné l'existence à tout ce qui a commencé. Cette nécessité d'une première cause est absolue, puisqu'il y a contradiction que le néant ait produit des êtres.
10. Y a-t-il plusieurs causes nécessaires? Non, une seule a pu tout produire. Dès qu'elle est incréée, rien n'a pu borner son être, son activité, son pouvoir; la nécessité île son être étant absolue, il serait absurde de la supposer limitée. En admettre plusieurs, ce serait les supposer nécessaires sans nécessité et sans raison.
Dirons-nous que tous les êtres sont nécessaires, éternels, incréés; qu'aucun n'est contingent, n'a commencé d'exister, et que par cette raison il n'est pas besoin d'une cause ou d'un principe productif? Le contraire est évident. Quand je n'aurais jamais existé, où serait la contradiction? Mon existence actuelle ne suit nécessairement de l'existence d'aucun autre être quelconque. Il en est de même des autres êtres par rapport à moi ; on ne peut pas démontrer le contraire. Ce serait donc encore supposer tous les êtres nécessaires sans nécessité et sans preuve.
Il reste un expédient : c'est de soutenir que tous les êtres sont cause les uns des autres; que ceux qui existent actuellement ont été produits par ceux qui ont précédé ; ceux-ci par d'autres, et ainsi en remontant a. l'infini.
11. Cette chaîne infinie de générations et de productions est évidemment absurde.
1° On la suppose infinie, et elle se trouve terminée au moment présent; c'est une contradiction. Nous pouvons commencer en ce moment une chaîne successive infinie en puissance, qui ne sera jamais terminée, qui n'existera jamais tout entière; mais supposer que nous sommes au bout ou à la fin d'une chaîne actuellement infinie, c'est se contredire. Supposer que dans une chaîne successive infinie en tout sens, il y a un milieu où. nous sommes; que nous en tenons deux bouts, l'un pour le passé, l'autre pour l'avenir, c'est une absurdité encore plus forte. 2" Ou mille ans avant nous cette chaîne était déjà infinie, ou elle ne l'était pas. Si elle l'était, mille ans ne l'ont pas rendue plus longue; l'infini actuel ne peut augmenter, autrement il pourrait y avoir un infini plus grand qu'un autre. Si elle ne l'était pas, elle ne l'est point encore; mille ans sont une durée bornée; or il est absurde que deux quantités bornées ajoutées l'une à l'autre produisent une quantité infinie. 3° Tous les êtres étant produits, il n'en est aucun duquel on ne puisse demander, quelle est sa
cause? En romontant à l'infini , loin de résoudre la question, l'on donne lieu de la renouveler à l'infini; on ne satisfait donc à rien, k" Dans cette chaîne, tous les êtres sont supposés nécessaires, ou naissant nécessairement les uns des autres; mais on ne lo démontre point, et il est impossible de le démontrer; on les suppose toujours nécessaires sans nécessité. Voyez les notions générales (71).
Il est démontré au contraire que tous les êtres ne sont pas nécessaires et que tons ne sont pas contingents; il y a un milieu auquel nous sommes forcés de nous tenir; c'est qu'un seul être est nécessaire et que tous les autres sont contingents et produits.
Souvenons-nous que la nécessité du premier être étant absolue, elle n'admet point de bornes, point de limitation, point d'exception. Le premier être existe par lui-même, par sa propre essence, de toute éternité, en tout lieu, de toute manière qui ne limite point son être. Tous les autres viennent de lui et ont été limités par lui; il est la raison première de ce qui est. 11 ne dépend de rien ei.tout dépend de lui ; il ne peut rien perdre ni rien acquérir. C'est ce que les livres saints expriment très-bien, lorsqu'ils nomment Dieu, celui qui est, l'être par excellence. De là dérivent tous ses attributs, nous le verrons ailleurs.
Deuxième preuve.
2. La matière n'est point l'être nécessaire incréé, infini, le principe et la cause de tout ce qui existe; elle a donc reçu l'existence d'un être qui n'est point matière.
13. Elle n'existe point' en tout lieu; le mouvement serait impossible. Elle n'existe nécessairement dans aucun lieu, puisqu'elle, en change. Elle n'existe nécessairement sous aucune forme , puisque ses formes varient. Elle n'a aucun attribut nécessaire, puisque tous ses attributs sont susceptibles d'accroissement et de diminution. Elle n'a aucune partie immuable , puisque toutes peuvent changer par leur division ; donc elle ne peut exister nécessairement.
14. Dire que la matière est nécessaire quant à la substance, quoique ses formes, ses attributs, ses modifications changent, c'est jouer sur des mots. Si elle est divisible à l'infini, on ne peut y concevoir une substance. Si elle est composée de monades, elle n'a par essence aucune qualité que l'inertie; comment peut-elle exister par essence ou de nécessité absolue? On conçoit aussi clairement que tel atome a pu exister ou ne pas exister, que l'on conçoit qu'il a pu avoir ou ne pas avoir telle modification par sa réunion avec, d'autres atomes.
15. Une substance n'existe point par abstraction; sans qualités, sans attributs, ce serait un pur néant. Si elle existe nécessairement et par essence, ses attributs sont aussi nécessaires, ils ne peuvent, pas plus changer, croître, ni diminuer que l'essence de la matière. Dieu lui-même ne pourrait y toucher: ce qui est nécessaire est immuable; une né-
cessité absolue et changeante est une absurdité.
1G. La matière n'est point illimitée, ni infinie; la distinction de ses parties est déjà une limitation. Il est absurde que des parties bornées composent un tout infini. L'infini est essentiellement indivisible; on ne peut dire la moitié, le tiers, le quart d'un infini, sans tomber en contradiction. Rien n'est borné sans cause : la matière a donc une cause qui lui a donné des bornes.
17. Si tout ce qui existe n'avait d'autre principe que la matière, une cause aveugle et privée d'intelligence aurait mis de l'ordre, des relations, du dessein entre les différentes parties de l'univers. Nous démontrerons ci-après l'absurdité de cette supposition.
18. Puisque la cause première de tous les êtres n'est point matière, elle est un esprit: la matière n'a pu commencer d'être que par création; ainsi la possibilité et la réalité de la création sont démontrées par les mêmes raisons qui prouvent la contingence de la matière.
19. Vainement la philosophie ancienne oppose l'axiome : rien ne se fait de rien; pure équivoque. Si l'on entend que le rien, ouïe néant ne peut rien produire, cela est vrai; nous sommes partis de ce principe pour prouver la nécessité d'une cause première. Si l'on entend que cette cause ne peut rien opérer sans avoir un sujet préexistant sur lequel elle travaille , c'est une fausseté. Créer, c'est opérer par le seul vouloir. Or, nous sentons que nous agissons ainsi, que par le seul vouloir nous produisons, non des substances, mais des modes ou des actes qui n'étaient pas en nous. Les peuples même les plus grossiers ont supposé dans la cause première le pouvoir créateur. Ou il faut admettre ce pouvoir dans l'esprit incréé, ou il faut supposer qu'une cause aveugle a tout produit et tout ordonné.
Troisième preuve.
20. 11 y a du mouvement dans l'univers. Je sens que j'en produis, et que je le donne à des corps ; de là se tire la notion des deux espèces de mouvement. Le premier se nomme spontané; il part d'une cause active qui a le pouvoir de passer de l'état du repos à l'état de mouvement, de se mouvoir par sa propre énergie, de donner le mouvement à un corps en repos. Le mouvement acquis ou communiqué est celui qui vient d'une cause étrangère au corps qui le reçoit. On aurait beau argumenter contre moi que je ne suis point une cause active, que quand je fais du mouvement, je le reçois d'une cause extérieure; je distingue très-clairement les mouvements dont je suis le principe et que je produis à volonté, d'avec ceux qui me sont imprimés d'ailleurs : le sentiment intérieur est pour moi le plus haut degré d'évidence; aucun raisonnement ne peut prévaloir contre lui. Non-seulement je sens que
Je meus mon propre corps par un acte simple de ma volonté, mais que j'imprime aussi ce mouvement^ à d'autres- corps. Une fois
1285 PART. IV. TH. DOf.M. ET MOR. — SECT. I. TH. MOR.— PRINCIP. DE METAPII.