DES ATTRIBUTS DE DIEU
30. Nous avons dit que les attributs de Dieu dérivaient de la notion d'être nécessaire; déjà nous les avons i ndiqués dans les preuves de son existence. Eternel, incréé, existant par soi-môme, un par sa propre essence, Dieu possède la plénitude ou la perfection de l'être.
Puisque la nécessité de son être est absolue, elle est illimitée, elle n'est bornée par aucune cause : il n'a point de cause, il est lui-même la cause première, lu cause
unique de tout ce qui existe. 11 est d'enc infini.
Par la môme raison, son être n'est borné par aucun lieu, il est immense ou présent partout. Il agit partout; son action ne peut pas être plus bornée que sa nature.
Un seul être est nécessaire ;il n'y en a pas deux. En supposer deux semblables, c'est les multiplier sans besoin et sans nécessité. Les supposer différents, c'est admettre une différence, par conséquent une limitation dans la nécessité d'être ; nouvelle contradiction. L'unité do Dieu est démontrée d'ailleurs par l'unité du dessein et par la constance de l'ordre qui règne dans l'univers ; mais pour saisir cette unité de plan vet de dessein, il faut mieux connaître la nature que ne le font la plupart des hommes.
Dire que l'Etre nécessaire est un ou simple, et non composé, c'est la même chose : un composé renferme pluralité d'êtres. De là il suit que l'Etre nécessaire n'est point matière. Celle-ci n'est point un être simple, puisqu'elle est divisible : Dieu est donc un esprit. Cette vérité est encore démontrée par les marques d'intelligence qui brillent dans l'ordre physique de l'univers.
Par la notion même de cause ou de principe productif, on démontre la nécessité d'un premier être; celui-ci est donc actif, doué du pouvoir de donner l'existence à ce qui n'est pas, et produire, opérer par le seul vouloir, ou créer, c'est la même chose : le pouvoir créateur est donc un apanage essentiel à la première cause ; conséquemment elle a une volonté toute-puissante. La matière n'est ni active, ni productive ; elle entre comme principe passif dans la composition des êtres créés, mais elle ne produit rien; elle ne donne point l'être à ce qui n'est pas. De ces différentes combinaisons,
nécessaire à l'être existant par soi-même de produire d'autres êtres. Se suffisant à soimême, il n'avait pas besoin des créatures pour être heureux ; leur existence n'ajoute rien à sa perfection, ni à son bonheur.
Il ne convient qu'à un être créé et dépendant, d'être cause nécessaire des effets que le créateur l'a destiné à produire : ainsi le feu est cause nécessaire de la lumière et de la chaleur, parce qu'il ne dépend pas de lui de produire ces effets ; il les produit nécessairement en vertu de la volonté suprême du Créateurtc'est une nécessité de conséquence et non une nécessité absolue. 11 n'y a aucune contradiction que Dieu empêche le feu de luire et d'échauffer. Mais en confondant ces deux espèces de nécessité, plusieurs philosophes ont borné le pouvoir de Dieu, les autres ont nié la possibilité des miracles; presque tous ont admis la fatalité.
lis ont cru que rien n'est possible que ce qui est. Ils ont mis dans l'action de Dieu une nécessité qui vient de sa volonté même. Ils n'ont pas vu qu'ils se contredisaient en mettant des bornes à la nécessité absolue, et en supposant que ses effets changeaient. Telle est la source première de la dispute qui règne depuis deux mille ans entre les sceptiques et les dogmatiques : bel exemple de l'abus que l'on a toujours fait du raisonnement et du langage
Lorsque nous attribuons à Dieu de la connaissance, une volonté, de l'action, une liberté, l'idée de ses attributs est sans cloute empruntée de nous-mêmes et de ce que nous sentons en nous : nous ne les prêtons pas à Dieu parce que nous les possédons ; mais parce que nous en voyons les signes dans ce qui nous environne, et que nous ne pouvons concevoir autrement la raison de
il résulte de nouveaux composés et de nou- ce 1™ est Nous comprenons néanmoins que
velles formes, et non de nouvelles substan- ces qualités, qui sont en nous très-bornées,
ces ne le sont point en Dieu ; il nous les a don-
" Faute d'avoir fait ces réflexions, les an- nées danAs,te,1 d?Sré W'il lui a pluî maisjl
ciens philosophes n'ont jamais su démon- en P°f\è,(je la plénitude en vertu delà né-
trer en rigueur l'unité de Dieu; ils l'ont en- cesslté ,d être- Nous sommes forcés de nous
visage comme l'Ame du monde, ils ont cru servir des mêmes termes pour les désigner
dsagé
la matière aussi nécessaire que lui, éter nelle comme lui. Us l'ont ainsi supposé dépendant de la matière, porné par elle, affecté par ses divers changements, et même divisible comme elle. On ne peut éviter ces absurdités qu'en reconnaissant un Dieu, créateur de la matière.
On conçoit alors que Dieu, cause unique de toutes choses, n'est limité ni dans son être, ni dans son pouvoir, qu'il est absolument indépendant, par conséquent souverainement libre. Hien ne l'a forcé à faire ce qu'il a fait; il n'a besoin de rien. Cette liberté paraît dans ses ouvrages par la variété
qui règne entre les individus, malgré l'uni- avantage de partir d après des principes éviformité des espèces dents, et de ne tomber dans aucune contra-
Ecartons une équivoque, dont on a souvent di,;t'01; -avantage dont les athées ne peuabusé. Autre chose est d'admettre un être vent se flatter.
nécessaire, autre chose de se nommer cause 31. Il est en Dieu d'autres attributs qui nécessaire. 11 est nécessaire aux êtres con- nous intéressent davantage, parce que nous tingeiits d'avoir une cause; mais il n'est pas . en ressentons les effets : ou les nomme at-
dans Dieu et dans nous, parce que le langage ne nous en fournit point d'autres.
Que ces qualités en Dieu soient concevables ou incompréhensibles, que nous puissions ou ne puissions pas en concilier les effets, cela ne déroge point à la certitude de la démonstration que nous en faisons. En vertu de cette démonstration même, nous voilà déjà réduits à faire des actes de foi sans démonstration et sans preuve, les matérialistes en font sur les propriétés qu'ils accordent à la matière, et il n'est aucun système où l'on ne soit forcé de croire ce que l'on ne comprend pas. Mais c'est un grand
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tributs moraux, parce qu'ils nous imposent des obligations morales.
Dieu est 6on, souverainementbien faiteur, la bonté même, la bonté infinie : nous ne craignons pas d'être contredits par les cœurs bien faits. Pourquoi Dieu ne serait-il pas bon ? Les hommes, êtres bornés et indignes, qui ne peuvent rien donner sans s'appauvrir, qui trouvent souvent leur bien-être dans le malheur d'autrui, ne sont que trop sujets à être méchants. Dieu qui est la source de tous les biens, qui les crée par son seul vouloir, dont le bonheur ne peut croître ni diminuer, serait méchant sans motif. Il a créé, sans en avoir besoin, des êtres capables d'être heureux : les a-t-i l tirés du néant dans un autre dessein que d'exercer envers eux sa bonté? Non, sans doute.
1 Mais il ne leur fait pas autant de bien qu'il pourrait leur en faire. Assurément , il peut en faire à l'infini ; c'estdonc une absurdité de vouloir qu'il en fasse autant qu'il le peut. Il ferait l'infini ; son pouvoir infini serait épuisé : c'est une contradiction.
Dcr -ffloias il n'en fait pas assez... A qui appartient-il d'en déterminer la mesure ?I1 ne prend point pour règle l'ambition des ingrats, ni les désirs des insensés : souvent ce serait les punir que de leur accorder ce ! qu'ils demandent. Nous démontrerons dans I article suivant l'injustice des murmures : sur ce point. *
î 11 est essentiel de remarquer que Vinfinité 'dos attributs de Dieu ne peut point se tirer de leurs etfets ou des créatures. Les ouvrages de Dieu sont nécessairement bornés; l'infini créé renferme contradiction : cette infinité se tire de la notion d'être nécessaire; nous l'avons démontré.
; Dieu est infiniment sage dans ses volontés, dans ses desseins, dans le gouvernement du inonde. A la vérité, nous ne comprenons ni ions ses desseins, ni tous ses motifs. Pour que nous puissions les comprendre, il faudrait que sa sagesse fût aussi bornée que la nôtre. Klle se montre dans l'ordre physique du monde : peut-elle être en défaut dans l'ordre moral? Ella y agit sans doute malgré le nombre des désordres particuliers qui nous scandalisent. Les hommes manquent de sagesse, parce que leurs connaissances sont bornées, et que souvent la passion les aveugle. Dieu, intelligence éternelle, qui a tout prévu et tout arrangé, ne peut être jamais trompé ou arrêté dans ses desseins. Un enfant peut ignorer les raisons qui font agir son père; il se confie cependant h lui : pourquoi refuserions-nous le môme hommage au Père de l'univers?
Dieu est juste, mais non à la manière d'un homme. La justice humaine consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû: la justice divine est de demander compte à chacun de ce qu'elle lui a donné. C'est en concevoir une fausse notion (pie d'argumenter sur l'inégalité avec laquelle Dieu distribue ses dons. Ils sont purement gratuits de sa part; Dieu ne nous devait pas seulement l'existence. Comment prouvera-t-on qu'en accordant
plus de bienfaits a tel homme, il fait une injustice aux autres? Sur quelle règle fixeronsnous la mesure de ce qu'il doit a chacun en particulier ?
I^i seule justice qui convienne au souverain maître des hommes, est de commander à' tous le bon usage des dons naturels ou surnaturels qu'il leur a faits, d'exiger de tous des vertus proportionnées aux secours qu'ils ont reçus, de punir et de récompenser chacun selon ses mérites.
Cette distribution des peines et des récompenses ne doit et ne peut avoir lieu dans cette vie. L'ordre naturel est que le travail précède le salaire, et qu'un coupable ait le temps de réparer ses fautes : l'état dans lequel nous sommes ici-bas porte tous les caractères d'une épreuve. Une âme immortelle n'est point destinée à trouver sa fin dernière sur la terre. On ne démontrera jamais que pour être juste, Dieu nous devait un bonheur éternel, sans exiger de nous du travail et des vertus pour le mériter. Ici la justice ne déroge point à la bonté ; l'un de ces attributs ne peut être pariait sans l'autre.
32. Les objections que l'on fait contre les attributs divinsne portent que sur une comparaison fautive : on compare la conduite de Dieu à celle d'un homme, les desseins de la cause universelle avec les obligations d'un être borné. Un philosophe se met à la place de Dieu, et par le plan qu'il aurait suivi luimême, il juge de celui que Dieu devait adopter : raisonnement dont nous allons démontrer l'absurdité en traitant de la Providence.
ARTICLE III