FART. IV. TH. D-OC.M. ET MOU.— SF.C.T. I. TH. MOU
qu'il n'y en a nulle part, que tout est matièrej Que les êtres distingués de nous aient une
âme ou n en aient point, nous pouvons consentir à l'ignorer ; la question qui nous intéresse est de savoir si nous en avons une. Interrogeons-la ; il y aura bien du malheur si elle ne nous répond rien. C'est à elle de se rendre témoignage, et de nous fournir les preuves de sa spiritualité. Déjà nous avons dit ailleurs ce que c'est qu'un esprit ou une substance spirituelle.
Première preuve.
k3. Je sens ma propre existence, et je me sens distingué de tout être qui n'est pas moi. Or, je ne sens ni l'existence, ni la ligure, ni la structure, ni le jeu de mon cerveau, ni d'aucune partie intérieure de mon corps : donc chacune de ces parties, et toutes prises ensemble, ne sont pas moi. Le plus ignorant des hommes le sent comme moi. Nous avons fait voir ailleurs que ce sentiment de soi-même est l'essence de l'âme ou de l'esprit : il est absurde qu'un être capable de se sentir existe sans qu'il se sente.
Ce sentiment essentiel à l'esprit ne peut être essentiel à la matière, autrement toute matière se sentirait; il ne peut lui survenir, puisqu'il n'est pas un accident, mais l'essence même de l'être auquel il appartient. Une substance indivisible en est seule capable : la matière n'est point indivisible.
Deuxième preuve.
H. Lorsque je reçois l'impression d'un objet extérieur, que je l'aperçois, ou que j'en ai la sensation, elle est exclusivement en moi seul, et non dans un autre, 'et un autre ignore ce que je sens; ma sensation n'est point la sienne : donc mon être sensitif est réellement et individuellement distingué debout autre être sensitif; donc on ne peut supposer un assemblage d'êtres individuels contigus qui aient la faculté de sentir, sans reconnaître qu'ils l'ont chacun en particulier, que chacun sent à part, que leurs sensations sont mutuellement incommunicables par elles-mêmes de l'une 5 l'autre ; d'où il suit qu'un tout composé de parties d'atomes, de molécules sensitives, ne peut pas former une âme, ou un être sensitif individuel. Chacune de ces parties sentirait séparé
PRINCIP. I>K METÂPU 1310 Troisième preuve
fô. Je puis éprouver au même instant plusieurs sensations différentes, sentir tout a la fois la chaleur du soleil,' l'odeur et la saveur d'un fruit, le plaisir de la musique, la beauté d'un tableau ou d'un paysage. Alors je juge laquelle de ces sensations m'alfecte et me plaît davantage. Je la préfère et lui donne mon attention. Une particule de mon cerveau divisible et indivisible n'a pu recevoir au même moment cinq mouvements divers, encore moins les comparer et en juger: donc moi, qui sens et qui compare, je ne suis point matière.
De même je puis sentir au mémo instant de la douleur en différentes parties de mon corps, distinguer et comparer ces divers sentiments simultanés, juger quel est le plus vif et le plus incommode. Un môme atomo de matière ne peut être tiraillé de trois ou quatre côtés différents. Si ce sont plusieurs atomes, le mouvement de l'un n'est pas celui de l'autre; aucun ne peut comparer son propre mouvement à celui de son voisin, avoir la conscience de tous les deux : le principe sensitif est donc un être simple et non composé de parties.
Quatrième preuve.
4.6. Lorsque l'âme est plongée dans une méditation profonde, le sentimenteesse sans que l'organisation soit dérangée : preuve sensible que le corps ne sent point, mais l'âme; que les impressions faites sur nos organes ne sont point une sensation, à moins que l'âme ne les aperçoive. Un corps organisé sans âme ne serait pas plus capable de sentir qu'une pierre.
Que l'on suppose dans une particule ou dans un composé de matière, toutes lesqua- 1 i tés dont elle est susceptible, l'étendue, la ligure, la divisibilité, l'aptitude au mouvement, la gravitation, l'attraction, la dureté ou la mollesse, lallexibilitôou la roideur,ctc. Toutes'.ces qualités sont purement passives et divisibles comme la matière ; il n'en résultera jamais une propriété active, telle que le sentiment, laconscience, la perception. Remuez, agitez, tirez cette particule dans tous les sens et de toutes les manières possibles : sans la présence d'un être spirituel, capable d'apercevoir ce qui;s'y passe, vous n'y cau-
mentde l'autre ; lasensation de l'une ne serait serez jamais le moindre degré de sensibilité
pas celle de l'autre.
Il est donc évident qu'une portion de matière organisée composée de parties réellement distinctes, placées les unes hors aies autres, quoique contiguës, ne peut pas être un principe sensitil individuel, avoir la conscience d'une seule et même sensation. Dans un composé de matière, quand môme chaque atome sentirait, il serait impossible qu'eu vertu de tous ces sentiments individuels, le tout ou le composé eût la conscience de ki sensation de chacunedeces parties : plusieurs sensations distinctes ne tor- Bieront jamais une seule et unique sensation.
ni de sentiment.
Cinquième preuve.
Wi. Que l'on subtilise la matière tant qu'on voudra, elle sera toujours étendue et divisible; les matérialistes en conviennent : !a pensée au contraire est un acte simple, indivisible, instantané, que l'on ne peut mesurer ni décomposer. Qui osa jamais dire la moitié ou le quart de ma pensée, un morceau, une fraction de jugement, de raisonnement ou de volonté? Cas actes n'ont ni étendue, ni durée, ni parties comme les qualités matérielles; une idée simple peut-elle être décomposée. Donc une substance divisi-
hic. lello que la matière, no peut être le sujet ni le principe dans lequel réside la pensée.
Sixième preuve.
48. Ceux qui soutiennent la matérialité de l'âme, sont forcés de dire que la pensée est un certain mouvement de |la matière; mais la pensée n'a aucun rapport, aucune analogie avec le mouvement. Celui-ci est divisible comme la matière : nous en comptons les instants, les degrés de force et de vitesse; iJ peut être accéléré ou retardé, conserver la môme direction ou en changer. Plusieurs forces distinctes peuvent y concourir également ou inégalement. La même
ne peut être une substance matérielle.
Dixième preuve.