s'ensuivrait, disent-ils, qu'il fau
OLi VBES COMPLETES DE BeuGIE*. |,
drait encore admettre une Ame spirituelle dans les brutes, et peut-être dans les plantes.
Que nous importe? Nous ne pouvons savoir par expérience et par le sentiment intérieur ce qui se passe dans les brutes; nous n'en jugeons que par analogie, ou par la ressemblance extérieure de leurs opérations avec les nôtres, parce que leurs organes sont conformés à peu près comme les nôtres ; mais cette analogie ne fait pas une démonstration. Au contraire, nous sentons ce que nous sommes et ce qui se passe en nous ; il est absurde de vouloir étouffer ce sentiment par l'ignorance dans laquelle nous vivons sur la nature des autres êtres, de recourir à ce que nous ne savons pas pour obscurcir ce que nous savons.
« S'il. v a, dit Cicéron, une cinquième nature différente des quatre éléments, comme le veut Aristote, c'est celle des dieux et des esprits, et nous le pensons comme lui. On ne peut trouver ici-bas l'origine de l'âme ; exempte de mélange et de composition, elle n'a rien de commun avec la terre, l'eau et le feu. Ces corps n'ont point l'activité de l'esprit, de la mémoire, de la pensée; ils ne peuvent retenir le passé, prévoir l'avenir, connaître le présent ; ce sont des attributs divins que Dieu seul a pu donner à l'ho/nme : l'esprit est donc une nature particulière distinguée de tous les êtres sensibles. Ce qui sent, veut, connaît et vit, est divin et vient du ciel : il est donc éternel. Nous ne pouvons concevoir Dieu luimême que sous l'idée d'une intelligence (mens) sans mélange, dégagée de toute matière corruptible, qui connaît tout, qui meut tout, et dont l'action est éternelle. L'âme humaine est de même nature et de même espèce. Vous me demandez où elle est, de quelle manière elle est : mais si je ne comprends pas tout ce que je voudrais , m'erapêeherez-vous de dire ce que je conçois.' L'esprit n'a pas la vue intuitive de soi-même; il est comme l'œil qui voit tout et' ne se voit pas : mais il sent sa force, sa pé-' nétration, son activité, son action; voilà cej qu'il a de grand, de divin, d'éternel... De même que vous ne voyez pas Dieu, et que vous le connaissez par ses ouvrages ; ainsi sans voir l'âme, vous pouvez vous convaincre de son énergie divine par sa mémoire et sa pénétration, par la rapidité de ses idées et l'excellence de ses facultés... Nous devons comprendre, à moins d'être physiciens stupides, que l'esprit n'est ni composé, ni mélangé, ni double, mais simple et indivisible ; il ne peut être séparé, ni décomposé ; donc il ne peut périr ou cesser d'être. » (Tuscu/., lib. i, n. 102 et suiv.)
Les philosophes modernes n'auront jamais de termes plus énergiques pour désigner un esprit.
ARTICLE II
DE LA LIBERTÉ DE l'|!OMME.
57. Lorsqu'un homme dit, je sens que je suis libre, il s'entend très-bien ; son înten-
troll est de dire, je me sens tellement maître de mon choix et de mon action qu'il n'y a pas de motif capable do m'entraîner invinciblement à un parti plutôt qu'à nn autre. Il faut compter étrangement sur la force des sophisme», pour espérer de détruire jamais dans l'homme ce sentiment intérieur. Si ce phénomène arrivait, il prouverait encore la liberté, comme abus.
Une âme innocente et vertueuse reconcera difficilement au mérite que ses actions tirent de leur liberté. Qu'un mauvais cœur cherche àcalmerles remords «juelui causent les siennes, par l'opinion d'une prétendue nécessité, cela n'est pas étonnant; mais voilà déjà un préjugé fâcheux pour le fatalisme.
58. Comme la conscience est la preuve invincible de notre libre arbitre, il faukeji^ core ici rentrer en nous-mêmes et distinguer avec soin les notions que certains philosophes affectent de confondre.
1° Nous sentons en nous des mouvements, dont les uns sont soumis à l'empire de la volonté, les autres ne le sont point. Jamais il ne nous est venu dans l'esprit que le battement du cœur, la circulation du sang, les agitations convulsives de nos membres fussent des mouvements libres. 11 n'en est pas de même de l'usage de nos mains et de n^-s pieds, lorsque nous sommes en parfaite santé : celui-ci dépend de nous ; notre vouloir en est la seule cause.
2° Entre les mouvements qui viennent ordinairement de la volonté, nous distinguons encore ceux qui sont indélibérés d'avec ceux qui sont libres et réfléchis. Au moment que le pied me glisse d'un côté, j'étends le bras de l'autre pour me faire équilibre sans réflexion sur le motif; ce mouvement est nécessaire et non libre. Lorsque j'étends le bras pour cueillir un fruit, le mouvement est volontaire et libre.
3° A l'égard des actes même intérieurs de sa volonté, nous distinguons les désirs ou vouloirs libres d'avec ceux qui ne le sont pas. La faim nous donne l'envie de manger, la soif l'envie de boire : ces deuï \ouloirs ne sont pas libres, parce qu'ils ne viennent plus d'un motif réfléchi. Nous pouvons y résister pendant un certain temps ou y consentir; alors le vouloir efficace de manger et l'action qui s'ensuit sont libres. Dans le premier cas le désir de manger avait pour cause physique la disposition de nos organes; nous étions alors purement passifs ; dans la seconde, le vouloir efficace a pour cause morale le motif qui nous a déterminés, et une cause morale ne peut influer que sur un être actif. C'est donc une absurdité de comparer l'inlluence de celle-ci à l'influence d'une cause physique, de supposer, dans l'un et l'autre cas , la même connexion entre la cause et l'effet : nous en ferons voir la différence.
4-° Les actes délibérés, volontaires, sont les seuls susceptibles de moralité, les seuls dignes de louange ou de blâme, de châtiment ou de récompense. Chez tous les peuples policés on fait distinction entre lecas fortuit
et l'action libre et réfléchie. Celle-ci est punit; avec raison, lorsqu'elle est contraire aux lois ; le cas fortuit est graciable, quel que soit le mal qui en résulte. Quand un homme aurait sauvé sa patrie , s'il l'a fait sans le prévoir, c'est un heureux hasard et non un mérite ni un acte de vertu ; s'il l'avait fait avec une intention contraire, ce serait un crime heureux ; l'auteur serait plus digne de châtiment que de récompense. Telles sont les notions générales dù-tées par le sens commun et que les fatalistes ne pourront jamais obscurcir.
Ainsi le sentiment intérieur par lequel nous distinguons les cas dans lesquels nous sommes ou nous ne sommes pas libres, li conscience qui nous juge et nous fait sentir si nous sommes coupables ou innocents, telle est la preuve invincible de notre liberté contre laquelle des volumes entiers de raisonnements abstraits ne prévaudront jamais.
59. Comme le terme de motif dérive do mouvoir, les fatalistes supposent qu'un motif agit sur la volonté par impulsion, comme un corps mu pousse un autre corps. Abus grossier d'une métaphore. Un motif n'est qu'une idée présente à notre esprit et non pas un corps ni une substance : elle ne peut donc avoir une action proprement dite; la volonté n'est point passive comme un corps qui reçoit une impulsion; c'est la faculté d'une substance active. Un motif n'est donc point dans le sens propre cause de ma détermination : la vraie cause physique est ma volonté, ou plutôt mon âme principe actif et soi-déterminant. Un motif n'est qu'une cause morale.
De même lorsque nous disons qu'un motif nous détermine, cela signifie que nous nous déterminons nous-mêmes par ce motif, et non que ce motif nous pousse ou nous entraîne.
Un motif est une qualité aperçue de l'objet sur lequel nous délibérons : nous délibérons donc sur le motif en délibérant sur l'objet tel qu'il est présent à notre esprit. Quand je délibère pour savoir si j'irai ou non me promener, l'objet de la délibération n'est point la promenade en général, mais la promenade avec ses circonstances et ses motifs; les motifs font donc partie de l'objet présent à mou esprit, et sur lequel je délibère. Si je délibère sur eux, comment suis-jc déterminé par eux?
C'est qu'alors, disent les fatalistes, il est survenu une nouvelle idée, un nouveau motif, une cause imperceptible de détermination. Mais cette cause se devine et ne se prouve point. Cette conjecture est bonne pour pallier l'opiniâtreté, et non pour convaincre la raison.
Comme il est essentiel de savoir ce qui en est, voyons si, entre une cause morale et l'action qui en suit, il y a la même connexion qu'entre une cause physique et son effet.
00. Nous connaissons la cause physique de tel phénomène par la coexistence de l'un avec l'autre; il n'y a pas d'autre notion de la causalité physique. Or y a-t-il entre nos