PART. IV. TH. DOGM. ET MOU.— SBCT
actions et leurs motifs une coexistence aussi constante qu'entre unecause physique elles effets qu'elle produit. C'est à l'expérience que nous en appelons.
Souvent je veux me promener, mais ce n'est jamais le môme motif qui me détermine : tantôt je le veux pour le bien de ma santé, tantôt pour prévenir l'ennui de l'inaction ; aujourd'hui par délassement, demain par curiosité, etc. ; ce n'est donc pas toujours la môme cause qui produit le môme effet. Prenons celai de ces motifs que l'on voudra, il produira des effets variés. L'envie d'éviter l'ennui qui me fait promener aujourd'hui, demain me fera regarder par ma fenêtre, ou descendre dans la rue, ou entrer dans un jardin.
La môme passion peut produire mille vouloirs différents, et le môme vouloir vient tantôt d'une passion et tantôt d'une autre. Un homme s'embarque pour les Indes : estce appât du gain, curiosité, inquiétude vagabonde, désir de revoir des garnis, etc. Tous ces désirs peuvent y concourir : voilà un effet qui a bien des causes. D'un autre côté la seule passion de l'avarice pousse un homme à jeûner, à commercer, à commettre des injustices, etc. Voilà une cause qui a bien des effets. Où est donc la coexistence constante entre la même idée et le même vouloir, entre la même cause morale et la même action?
61. Nous éprouvons en nous des dispositions corporelles qui ont un effet nécessaire, et la même disposition produit infailliblement le même vouloir dans tous les hommes. La faim me donne le désir de manger, la soif le désir de boire; mais la faim ne m'excite
f>as à boire et vice versa. Ici je retrouve 'uniformité de l'ordre physique, la coexistence constante de la même cause avec le même effet. Aussi personne ne pense qu'il éprouve librement la faim, la soif et les désirs qui en sont inséparables, mais tout homme sent quil a un pouvoir réel d'y résister et de différer de les contenter.
La conscience nous atteste donc la différence qu'il y a entre nos désirs nécessaires et nos vouloirs libres, entre les motifs qui nous déterminent et les dispositions passives qui nous maîtrisent, entre les causes morales et les causes physiques.
02. Que prouvent des volumes entiers de raisonnements et de conjectures contre une preuve aussi claire, aussi invincible ? Les fatalistes ne peuvent renverser aucune de nos réflexions et toutes leurs objections sont dessophismes. Les unes ne sont fondées que sur l'abus des termes de force, détermination, motif, causalité; les autres sur de fausses comparaisons entre notre volonté et les êtres purement passifs, entre l'homme et les brutes. Us confondent la nécessité morale, tantôt avec la nécessité physique, tantôt avec la nécessité absolue; ils prétendent qu'être indifférent à l'égard des motifs, c'est la même chose qu être insensible. Celui-ci attaque notre liberté par la certitude de la prescience divine, celui-là par lunilormité des expériences humaines; tous veulent