‹ Œuvres completes de BergierChapitre 188 sur 255 · I. TU. MOR. - PWNCIP. Dl» METAPH · texte numérisé non relu

I. TU. MOR. - PWNCIP. Dl» METAPH

que des idées abstraites, des conjectures hasardées prévalent au sentiment intérieur; qu'il y ait entre nos idées et nos vouloirs une connexion nécessaire, en dépit de la conscience qui nous atteste le contraire. Selon les uns la doctrine de la fatalité ne peut produire que de bons effets; selon les autres, elle n'est bonne à prêcher qu'aux honnêtes gens. Mais il n'est pas fort honnête de supposer que la vérité n'est pas bonne à tous et de déraisonner pour étouffer la conscience.

Ne soyons pas néanmoins surpris de voir l'acharnement avec lequel la liberté est attaquée ; ce dogme important traîne à sa suite des conséquences meurtrières à l'incrédulité; il frappe l'athéisme et le matérialisme par la racine; dès qu'il est démontré, toute la chaîne des vérités de la religion naturello est établie.

G3. Si l'homme est libre, son âme est un esprit ; si l'âme est une substance spirituelle, elle est naturellement immortefle; une âme spirituelle, libre, immortelle, ne peut avoir que Dieu pour principe; elle n'a pu commencer d'exister que par création. L'homme né libre est un agent moral, capable de vice et de vertu; il lui faut des lois pour le conduire, une conscience pour l'avertir, des peines et des récompenses futures, puisqu'elles ne peuvent avoir lieu ici-bas; il est une autre vie réservée à la vertu souvent méconnue et souffrante sur la terre. Puisque l'homme doué d'intelligence , de liberté, de conscience, doit espérer une autre vie , le >lan de religion tracé par la révélation est e seul vrai, le seul démontré, le seul anaogue à la nature de l'homme, le seul qui développe la conduite de la Providence.

Cette religion sainte porte dans sa vérité même la preuve de son origine; sainte philosophie, qui en attaque les dogmes,jle culte, la morale , est coupable d'un attentat que rien ne peut excuser.

Heureusement cette liberté précieuse nous est démontrée par le sentiment intérieur • des sophismes accumulés pendant vingt siècles ne pourront jamais l'étouffer. Si un philosophe en venait à bout, ce serait encore une preuve de sa liberté. Il n'y a qu'un être très-libre qui soit capable de préférer des raisonnements abstraits et captieux à la voix du sentiment intérieur.

ARTICLE III

DE L'IMMORTALITÉ DE l'aME.

6i. S'il était démontré que l'homme meurt tout entier, ce serait la plus triste de toutes les vérités; il serait encore à souhaiter qu'elle fût profondément ignorée. Il ne resterait plus de consolation sur la terre poulies trois quarts du genre humain, plus de motif assez fort pour nous porter à la vertu, l'homme de bien est trop intéressé à la vie future pour désirer d'être anéanti; le méchant seul peut être tenté d'étouffer le pressentiment d'un avenir qui le fait trembler. La vie humaine est malheureuse ; c'est de là que partent les athées pour attaquer la Pro-

vidcnee. N'y n-l-il non cic mieux à espérer après la mort? Dans co cas, un aveugle désespoir est toute la ressource de l'homme souffrant. A quoi pensent ceux qui travaillent de sang-froid à le leur inspirer? Puisque, selon eux, la vérité n'est jamais nuisible, une opinion capable de désespérer las trois quarts du genre humain n'est pas la vérité.

65. « Si je me trompe en croyant l'âme « immortelle, disait le vieux Caton, c'est de « mon plein gré. Tant que je vivrai, je ne « veux pas qu'on m'ôte une erreur qui me « console. Si un mort ne sent plus rien, « comme le prétendent de petits philoso- « phes, je n'ai pas peur que ces messieurs « viennent après leur mort insulter à ma « crédulité.» ( Cic, De senect.) Les preuves de cette vérité consolante ne sont ni nouvelles ni difficiles à saisir.

Piemière preuve.

66. Les plus ardents défenseurs de la mortalité de l'âme conviennent qu'il serait comme impossible de trouver des peuples chez lesquels l'opinion commune ne donnât pas une espèce d'immortalité à nos âmes; que sur ce préjugé sont fondés tous les systèmes politiques et religieux. Ils avouent que ce dogme est plus ancien que toutes nos connaissances historiques. Nous ne sommes donc pas obligés de consulter l'histoire pour prouver que le dogme de la vie future est universel et date de la création.

Vainement quelques matérialistes ont cherché à nous apprendre quel est le peuple qui l'a enseigné le premier. Ils n'ont recueilli que des conjectures frivoles. Tous ont cru de tout temps et croient encore les âmes des morts subsistantes; la plupart ont eu des pratiques superstitieuses pour évoquer les esprits et les interroger pour apprendre d'eux l'avenir. Aucun n'a cru que ces esprits fussent sujets à la mort.

L'idolâtrie, qui a régné par tout le monde, loin de nier le dogme de l'immortalité de l'âme, le supposait et servait à le confirmer. Les honneurs accordés aux grands hommes après leur mort donnèrent lieu à l'apothéose; et en général les honneurs funèbres rendus aux morts sont, chez toutes les nations, un témoignage de leur foi à la vie future.

Cette persuasion fut toujours très-utile à la société; elle effrayait les homicides parla croyance que l'âme du mort poursuivait les meurtriers. Nous voyons les symptômes de cette frayeur dès le premier qui s'est rendu coupable de ce crime.

La crainte d'être privé des honneurs de la sépulture était un frein de plus pour faire respecter les lois. L'usage des familles de se rassembler au tombeau de leurs ancêtres rendait l'autorité paternelle toujours présente et resserrait les liens de fraternité. L'attachement à ces tombeaux sert encore à fixer les peuples errants dans une demeure habituelle. Il n'y a pas longtemps que l'on proposait à une horde de sauvages de quitter leur terre natale. Voici leur réponse :

Dirons-nous aux ossements de nos pères enterrés ici : Levez-vous et venez avec nous ?

Ceux qui osent nommer préjugé velia persuasion générale du genre humain et travaillent à l'étouffer, ont-ils prévu les conséquences de leur témérité? Il est heureux que la nature nous ait prémunis d'avance contre leurs sophismes.

f- Deuxième preuve.?

67. L'âme est' spirituelle ,. nous l'avons prouvé; donc elle est immortelle. Je sens que je suis le même individu qui a éprouvé et qui éprouve mille modifications différentes, des sensations, des pensées, des vouloirs, etc. Je serais toujours le même quand j'aurais eu et que j'aurais des modifications toutes contraires. C'est par ce sentiment que j'existe et que je suis distingué de tout autre substance. 11 ne m'est point accidentel ; si je ne l'avais plus, je ne serais plus. Donc, ou Dieu m'anéantira ou je me sentirai toujours ; quelque modification qui m'arrive, j'en aurai la conscience. Or, selon tous les philosophes, rien ne s'anéantit naturellement ; donc, mon âme qui est moi ne cessera pas d'être.

L'esprit, substance active et distinguée de la matière, ne peut se détruire par la dissolution des parties, puisqu'il n'en a point : la mort n'est que la séparation des deux substances dont l'homme est composé. Lorsque la matière se décompose, aucune de ses parties n'est anéantie. Sur quoi fondé, soutiendra-t-on que l'esprit ne subsiste plus lorsqu'il est dégagé de la matière? Dès qu'il est démontré que c'est une substance, son existence dépend essentiellement de l'existence d'un autre. Nous avons vu plus haut que tel était le raisonnement des anciens philosophes rapporté par Cicéron.

On a beau dire que nous sentons les facultés de notre âme croire, diminuer, à proportion de l'organisation de notre corps, il n'est point ici question de nos facultés, mais du sentiment. Dans un enfant, un adulte, un homme fait, un vieillard, un mourant, l'âme cesse-t-elle de sentir? Voiià ce qu'aucun matérialiste n'a encore prouvé ; aucun n'a seulement pensé à la preuve tirée du sentiment.

Troisième preuve.

68. Puisqu'il s'agit uniquement de savoir si Dieu nous anéantira ou non, voyons s'il ne nous a pas suffisamment intimé ses desseins. L'homme est intelligent et libre, nous le sentons; il est donc capable de recevoir des lois. La conscience, en ell'et, nous atteste que Dieu nous défend le crime et nous commande la vertu. Riais un être intelligent n'agit point sans motif. Sous l'empire ues passions qui nous tyrannisent, quel motif peut être assez fort pour nous porter à la vertu, s'il n'y a point après cette vie de récompense pour les bons, de punition pour les méchants? Le premier mouvement de l'homme de bien aux prises avec l'infortune est de lever les yeux au ciel, d'implorer un Dieu rémunérateur et vengeur.

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Lui proposerons-nous pour prix de sa constance dans le bien la consolation de s'estimer soi-même? Faible ressource dans le malheur; plus faillie encore en présence de l'attrait d'une forte passion ou de l'avantage présent d'un crime commis à propos I L'estime de ses semblables? .Mais les hommes ne sont ni assez éclairés pour démêler les motifs de notre conduite, ni assez justes pour priser la vertu autant qu'elle le mérite. Souvent le crime heureux et puissant attire plus d'hommages que la vertu humble et modeste.

Sans l'espérance d'un heureux avenir l'homme serait plus maltraité par la nature que les animaux.

Tyrannisé par les passions et retenu par la conscience, agité par de vaines terreurs, trompé par un désir aveugle de l'immortalité, il semblerait créé par une divinité capricieuse et malfaisante. C'est sous ces traits (pie l'homme est peint par les matérialistes.

(Juel aurait été le dessein du Créateur en tirant du néant la scène magnifique de l'univers, en montrant une sagesse profonde jusque dans la formation du plus vil insecte? Il semblerait seulement avoir voulu se jouer et n'avoir donné l'être à l'homme que pour le rendre un instant spectateur de cette décoration pompeuse. Mais si ce n'est là qu'un préparatif au bonheur de l'éternité, que Dieu est grand aux yeux de la foi 1 que l'homme devient intéressant sous cette perspective I

Dieu est bon, juste, sage; il est la perfection par essence. Donc l'homme juste et vertueux doit fonder sur ses perfections mômes l'espérance du bonheur.

Quatrième preuve.

69. Si le témoignage de ceux qui ont combattu l'immortalité de l'âme pouvait prouver quelque chose, il nous serait facile de former une chaîne de leurs aveux forcés. Anciens et modernes, tous sont convenus que ce dogme, qu'ils nommeut un préjugé, est très-utile pour le maintien de la société, pour donner de la force aux lois, pour étouffer les fiassions, pour inspirer des actions vertueuses et héroïques. Quand ils ne l'avoueraient pas, ce fait serait encore démontré par les maximes et par la conduite des anciens épicuriens et des matérialistes d'aujourd'hui qui prêchent V humanité de leurs livres au lieu de la charité. Incapables de se gêner sur rien, auront-ils le courage de se consacrer au service de leurs semblables? Pour les émouvoir, il leur faudrait de grandes places , des honneurs excessifs , une gloire toujours brillante.

Puisque la nature humaine est constituée de manière qu'elle a besoin de la croyance d'une vie future, ce caractère ne vient point du hasard ; le Créateur lui-même en est l'auteur. Aussi aucun des philosophes qui ont admis la Providence n'a douté de l'immortalité de l'Ame ; tous ont compris que ces deux dogmes sont intimement liés. Dès que l'on doute de la vie future, on n'est pas loin de

l'athéisme. Mais tant qu'il y aura des bouillies capables de se sentir et de .s'estimer un peu plus que la brute, ils ne croiront jamais avmr la même destinée.

Cinquième preuve .

70. Malgré la voix de la nature et l'universalité de la croyance des hommes, une philosophie téméraire avait travaillé à ôter a l'homme ce puissant ressortait» vertu. Par des recherches frivoles sur l'origine et sur l'essence des esprits, par le rêve de la transmigration des Ames, par les fables des poètes sur les enfers, le dogme de l'immortalité était avili et enveloppé d'un nuage obscur. Alors Dieu a daigné le révéler par Jésus- Christ d'une manière plus expresse que dans les siècles précédents. La gloire du christianisme, fondée sur ce fait important, est de rappeler à l'homme toute sa dignité, de lui inspirer des vertus héroïques par l'espérance d'un bonheur éternel, d'effacer ainsi l'injure que la philosophie a voulu lui faire.

L'heureuse révolution qui est arrivée dans le monde à cette époque a été l'ouvrage, non de quelques épicuriens bornés aux espérances de celte vie, mais d'hommes vertueux fortement épris du désir des biens éternels. Estce sur la tombe d'Epicure, ou sur la cendre des martyrs que des âmes héroïques ont puisé la charité universelle, le courage do braver la mort, d'assister les pauvres, d'instruire les ignorants, de servir les pestiférés?

Le plus fort argument qu'on nous oppose est que l'attente d'une autre vie ne réprime pas tous les vices, et qu'un peuple athée ne serait ni plus méchant, ni plus vicieux que ceux qui croient à l'immortalité.

11 est absurde de supposer qu'un frein qui ne rend pas l'homme impeccable est inutile, qu'il ne réprime aucune passion, puisqu'il ne les réprime pas toutes; qu'il ne prévient aucun crime, puisqu'il se commet encore des crimes. On pourrait dire de même que la conscience, la raison, la crainte des lois, l'éducation, etc., sont autant de freins inutiles; que quand l'homme serait brute, il ne se conduirait pas autrement.

La foi d'une autre vie ne déroge point aux motifs qui peuvent porter l'homme à la vertu : les incrédules ont très-mauvaise grâce à supposer toujours le contraire. L'espérance d'un bonheur éternel est un nouveau ressort ajouté à tous les autres, qui subsiste toujours lorsque les autres n'ont plus de force, qui les redresse et les corrige lorsqu'ils sont mal entendus. En quel sens ne sert-il à rien? Ceux qui le bravent foulent également aux pieds tous les autres.

11 n'est pas nécessaire de répondre à ceux qui soutiennent que l'attente d'une autre vio nous détache de celle-ci , et nous rend insensibles à tous les devoirs de société. On ne peut le persuader qu'à ceux qui n'ont jamais comparé la conduite des incrédules de tous les siècles à celle des croyants. Quiconque croit aux récompenses de la vertu, sait que le seul moven de les mériter est de

se rendre utile sur la terre; le bonheur est promis au travail et non à l'inaction. Ce serait donc une contradiction de négliger les devoirs de la vie présente pour se rendre heureux dans la vie future. Mais des invectives et des sarcasmes lancés par les incrédules contre ceux qui ont une religion ne prouvent pas que leur entêtement soit fort utile à la société.

Chap; III. — Des devoirs de V homme ou des fondements de la morale.

71. L'homme est intelligent et libre; les •actions réfléchies partent toujours d'un motif, il le sent, on ne peut le lui contester. Deux motifs généraux, mais souvent opposés, inlluent sur ses actions, Y amour-propre qui rapporte tout à soi, et Yamour de l'ordrt^ui veut le bien général, même à son préjudice. Le premier est le foyer de toutes les passions. Le second est le principe de la vertu; sans lui la société ne pourrait subsister.

Dieu, créateur de l'homme, est sans doute l'auteur de ces deux penchants, il les lui a donnés pour sa conservation et son bienêtre; mais ils ont des caractères et des effets bien différents; il est essentiel de distinguer ce qui est propre à l'un et à l'autre.

72. 1° La vertu plaît indépendamment de l'avantage qui peut nous en revenir; le crime ne peut nous tenter qu'autant qu'il nous profite. Un trait de clémence, de justice, de reconnaissance , et qui s'est passé loin de nous, ou depuis longtemps, nous inspire de l'admiration et de l'amour; un reste de méchanceté, de perfidie, d'ingratitude, nous révolte. Quel intérêt pouvonsnous prendre à des actions, dont il ne peut nous revenir ni bien ni mal.

2° S'il nous arrive de résister au sentiment moral, de faire une action qui le blesse, nous éprouvons des remords. Nous pouvons faire violence à la sensibilité physique ou à l'amour-propre, sans ressentir aucun remords; au contraire nous jugeons qu'il est beau, louable, digne de l'homme de se vaincre, de sacrifier son intérêt à celui d'autrui.

3° L'on ne regarde point comme un acte de vertu ce qui nous est inspiré par l'intérêt personnel. Quels éloges peut mériter un homme pour avoir suivi son inclination, son intérêt? Vaincre la sensibilité physique, se raidir contre des tourments injustes , étouffer le ressentiment d'une injure, ce n'est point un vice,» c'est une vertu. Celui qui travaillerait à étouffer en lui le sentiment moral, à vaincre la honte et les remords, serait un monstre. Il n'est donc pas possible de confondre ce sentiment avec celui qui nous fait rechercher le plaisir et fuir la douleur.

4° Les goûts, les penchants qui naissent

de la sensibilité physique ou de l'intérêt

personnel, varientdans lesindividus : l'un est

jassionné pour la gloire, l'autre pour les

>laisirs; l'un veut des richesses, l'autre de

'autorité, etc. Le sentiment moral est plus

uniforme, quoique moins vif chez les uns que chez les autres; il n'est personne qui n'applaudisse à la bonne foi, à la connaissance, qui ne déteste le mensonge, l'ingratitude.

5° Quoique la sensibilité physique et l'amour-propre soient nécessaires à notre conservation, ils peuvent dégénérer en excès : c'est ce qui arrive lorsque nous sommes dominés par une passion, ou penchant naturel excessif. Le sentiment moral au contraire, ou l'amour de la vertu, ne pèche jamais par excès.

Il n'est donc pas possible de confondre en nous ces deux sentiments, de soutenir que l'un est l'effet de l'autre; que si nous aimonsla vertu, c'est par intérêt. Mais quoiqu'il soit démontré que l'amour désintéressé de la vertu est en nous un penchant naturel, ce n'est pas encore assez pour prouver qu'il nous impose un devoir. 11 n'aurait point cette force, s'il était en nous l'effet du hasard, de l'éducation, ou de l'habitude. Mais s'il est l'organe par lequel Dieu nous intime sa volonté, il est clair que nous sommes obligés de lui obéir; que nous sommes coupables ou criminels lorsque nous lui résistons.

Nous avons donc à prouver que Dieu nous impose réellement la loi que nous nommons naturelle; que tel est le vrai fondement de la morale; nous verrons ensuite ce que cette loi nous prescrit à l'égard de Dieu, de nous-mêmes, de nos semblables : nous trouverons ainsi le principe de la société naturelle, domestique, civile et politique.

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