‹ Œuvres completes de BergierChapitre 189 sur 255 · ARTICLE · texte numérisé non relu

ARTICLE

LA LOI NATURELLE EST FONDÉE SUR LA VOLONTÉ DE DIEU, SOUVERAIN LÉGISLATEUR DU GENRE HUMAIJU.

73. Si nous étions obligés de consulter les philosophes, nous ne saurions à quoi nous en tenir sur cette question. Selon les uns, l'homme par sa nature n'est assujetti à aucun devoir; avant les conventions faites entre les hommes de vivre en société, il n'y avait d'autre loi que la force , ni d'autre règle que l'instinct; rien n'est en soi juste ni injuste, à moins qu'il n'ait été déclaré tel par les lois de chaque société. C'était l'opinion des pyrrhoniens, des cyniques, des cyrénaïques, des anciens épicuriens, adoptée par quelques matérialistes modernes.

On sent d'abord l'inconséquence de ce système. Pour qu'une convention impose un devoir, il faut avant tout qu'il soit reconnu que l'homme est obligé de tenir à sa parole; il faut que cette convention soit appuvée par une loi ; autrement on peut la violer avec autant de facilité qu'on l'a formée; il ne resterait que la force ou la violence pour la faire exécuter.

1k. D'autres philosophes prétendent que le sentiment moral ou le dictamenûe la conscience, a par lui-même force de loi; que l'homme ne peut y résister sans se dégrader.

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sans être puni par les remords et la honte; • lue eette loi naturelle n'a pas besoin d'une autre sanction, ni l'homme d'un autre motif pour éviter le (rime et pratiquer la vertu. Ainsi pensaient les stoïciens, suivis par quelques moralistes de nos jours.

Mais si le sentiment moral et la conscience sont en nous par hasard; il nous est aussi libre de les étouffer que de nous raidir contre la sensibilité physique; la honte elle remords ne sont qu'un préjugé. La conscience et le sentiment nous montrent nos devoirs, mais ils n'en sont ni le principe ni la cause première.

75. D'autres enfin sont d'avis que la loi naturelle n'est autre chose que le penchant invincible <lc l'homme à chercher le plaisir et à fuir la douleur. Le crime, disent-ils, porte toujours avec lui son châtiment, et la \ ertn trouve sa récompense dans l'amour et l'estime qu'elle inspire à nos semblables-. L'intérêt bien entendu de l'homme est donc un motif suffisant pour diriger toutes ses actions; il n'est pas besoin d'une autre loi. Telle est la décision des matérialistes.

En traitant de l'immortalité de l'âme nous avons déjà fait voir que ce système est faux. Les matérialistes réiutent leur propre supposition lorsqu'ils s'en prennent à la Providence de ce que le vice triomphe ici-bas, tandis que la vertu y est malheureuse, il n'est donc pas vrai que l'un porte toujours avec lui sa punition et que l'autre trouve en ehe-mêoie sa récompense. 11 est absurde d'argumenter ainsi sur deux suppositions contradictoires.

76. Cherchons donc un système plus sensé. Toute obligation suppose une loi, et toute loi vient de Dieu, puisque seul il a une autorité naturelle sur l'homme. C'est donc â l'autorité de Dieu, créateur et souverain maître de l'homme qu'il faut recourir pour fonder une loi naturelle proprement dite.

Tous les êtres dans la nature ont leur fin et leur destination ; Dieu ne les a pas créés au hasard, nous l'avons vu. L'homme seraitil le seul être qui n'en eût aucune? Non, nous le verrons plus loin. Or la société ne peut subsister que par le concours mutuel des membres, par la réunion de leurs forces, par la réciprocité des devoirs et des secours, puisque les besoins sont surnaturels. Donc Dieu impose a l'homme le devoir de secourir ses semblables ; autrement il aurait voulu la société sans en vouloir le lien.

Mais outre les devoirs de l'homme envers ses semblables, il en a, soit à l'égard de Dieu, soit à l'égard de lui-même: Dieu lui a fait une loi; et cette loi est-elle appuyée par une sanction. Tel est le point contesté par les philosophes-et qu'il nous faut démontrer.

Première preuve.

77. 11 n'est aucun peuple du monde qui ait reconnu un Dieu sans lui attribuer une providence; tous ont cru que la Divinité imposait des lois, récompensait les bons,

punissait les méchants : sur cette croyanco est fondé le culte religieux. Qu'elle soit venue d'un irslinct, ou du raisonnement, ou d'une révélation primitive, cela est égal; aucune de ces trois causes n'a pu produire une erreur générale et uniforme. Quand cela serait possible, il serait encore ridicule de vouloir lutter contre un torrent qui entraine tout le genre humain sans exception.

L'histoire sainte, le plus ancien des monuments, nous apprend que, dès la création, Dieu a été législateur; qu'il a fait un commandement à l'homme, et l'a puni de sa désobéissance. Telle a été la croyance de nos pères, qui a dû passer à leur postérité.

Elle a été si constante, même chez les peuples barbares, que les premiers fondateurs des sociétés civiles, pour donner de l'autorité à leurs lois, ont publié qu'ils les avaient reçues du ciel ; prétention qui n'eût pu réussir, si les hommes eussent été persuadés que Dieu ne fait aucune attention a nos actions et à l'ordre de la société. Tous ont posé pour principe que la divinité en récompensait les observateurs et en punissait les infracteurs : aucune société n'a été fondée sur un autre appui. Cette loi générale par laquelle Dieu donne la force et l'autorité a toutes les autres, est ce que nous nommons la loi naturelle.

Deuxième preuve.

78. Les plus anciens et les plus sages d'entre les philosophes ont pensé de même que la force des lois ne pouvait être fondée que sur l'autorité divine. Cicéron nous l'apprend. « Tous les sages ont pensé, dit-il, que la loi n'est point une invention humaine, ni une convention des peuples, mais la raison éternelle de la sagesse suprême qui régit l'univers; que cette loi primitive à laquelle toutes les autres doivent remonter, est l'intelligence divine qui commande le bien et défend le mal : de là sont émanées les lois que Dieu a données aux hommes .... Les lois, humaines ne peuvent avoir par elles-mêmes la force de nous porter à la vertu, et de nous détourner du vice. Ce pouvoir est plus ancien que les sociétés civiles, il est coéternel au maître souverain qui gouverne le ciel et la terre. Quoique sous le règne de Tarquin, il n'y eût encore à Home aucune loi qui défendit le viol, son fils n'en pécha pas moins contre la loi éternelle en faisant violence à Lucrèce. Il fut rebelle à la droite raison et à la voix de la nature, qui inspirent l'horreur du vice et l'amour de la vertu; loi qui n'a point commencé lorsqu'on l'a écrite, mais qui est aussi ancienne que l'intelligence divine. La vraie loi, la loi primitive, source de toutes les autres, est donc la raison même du Dieu souverain. » (De leg. 1. h, n. H et 17; Plato, De legib. 1. iv; Idem, in Crit. et Polit.

Sophocle dans OEdipe s'exprime à peu près de même. Zaleucus dans le prologue de ses lois, OceIJus-Lucanusdans son traité de la nature de l'univers, partent du même principe. Ce sont les deux plus anciens moi-

ceaux qui nous restent des premiers philosophes. (Voy. la traduction qui en a été faite par M. l'abbé Batteux. Paris, Nyon l'aîné. Il y a plus : lorsque leurs successeurs se furent écartés de cette méthode, ils furent forcés d'y revenir. Chrysippe, l'un des chefs des stoïciens, avouait contre les principes do sa secte, que le vrai et seul fondement de la morale était la volonté divine: Plutarque le lui reproche comme une contradiction. [Contrad. des stoïciens, n. 7 et 8). Cicéron, après avoir épuisé toutes les ressources de son génie pour fonder la morale se-

sir d'être aimé et estimé, la crainte d'ôtre haï et blâmé. Cependant ils n'ont pas cru ces motifs suffisants, ils ont établi des iois spéciales, des récompenses pour les actions héroïques, des supplices pour les forfaits ; mais en les proportionnant seulement au degré de pouvoir qu'a un homme sur son semblable.

Dieu, quia destiné l'homme à la société, n'a été sans doute ni moins sage, ni moins prévoyant; il aurait mal pourvu à l'ordre moral et au bien de la société humaine, s'il n'avait établi lui-même des peines et des ré-

lon les principes des stoïciens de son pre- compenses plus justes que celles de ce monde, et si sa justice éternelle ne devait pas suppléer à la justice aveugle et faible des mortels.

Lorsque des spéculateurs disent qu'il ne faut aux hommes que de bonnnes lois, s'ils entendent par là des lois qui punissent tout ce qui est répréhensible, et récompensent tout ce qui est louable, de bonnes lois sont une chimère: le pouvoir humain ne va pas jusqu'à les imaginer, encore moins à les exécuter.

mier livre des Lois, est réduit à confesser que cet édifice ne peut pas tenir contre les académiciens rigides et des sceptiques Y voilà pourquoi dans le second livre il est obligé de remonter à l'intelligence et à la volonté de Dieu.

k Troisième preuve.

79. L'œil de la Providence n'est pas moins nécessaire pour maintenir l'ordre moral parmi les créatures intelligentes, que pour conserver l'ordre physique entre les êtres inanimés. Or le seul motif assez fort pour déterminer ces êtres intelligents et libres à remplir leur devoir, est l'attente des peines et des récompenses futures; donc, Dieu, dont la sagesse ne se dément point, a donné

Cinquième preuve.

nosa,

Plusieurs philosophes modernes, Spi-

Bajle, Pomponace, Bolingbroke, ont

reconnu plus d'une fois la faiblesse d'uno

morale qui ne porte point sur la croyance

cette sanction aux lois morales, comme le des peines et des récompenses d'une autre

pensent tous les hommes, et comme nous l'atteste notre conscience.

Si Dieu se bornait à montrer aux hommes par la conscience ce qu'il est bon et louable de faire, ce qu'il convient d'éviter, il donnerait des conseils, il n'imposerait pas des lois; l'homme pourrait impunément braver ses leçons. Est-il juste que l'homme

vie : quelques matérialistes ont fait des aveux non inoins humiliants pour leur système; d'autres plus hardis ont poussé les conséquences de leurs principes jusqu'où elles peuvent aller, et ont enseigné une morale abominable.

En établissant, disent-ils, la sanction des devoirs de la morale sur la volonté de Dieu,

de bien souvent opprimé sur la terre, et le sur les peines et les récompenses de la vie méchant qui échappe à la vengeance humaine, aient le môme sort éternel ? Lorsqu'un juste est mis à mort par une cabale de scélérats qui jouissent impunément du fruit de leurs crimes, Dieu peut-il laisser le premier sans récompense de ses vertus, et les

seconds à couvert de sa vengeance ?

On dira que les méchants sont punis par des remords : ils le sont en elfet; mais s'il n'y a pas un Dieu législateur et vengeur, les remords ne sont fondés sur rien : c'est un préjugé qu'une âme ferme doit fouler aux pieds. Aussi le moyen que les malfaiteurs prennent pour étouffer les remords autant qu'ils peuvent, est de se persuader

future, on ôte toute leur force aux motifs temporels qui peuvent nous porter à la vertu, aux avantages présents qu'elle nous procure. C'est une fausseté. Un homme persuadé de cette sanction éternelle et divine de la morale n'en est pas moins sensible pour cela au témoignage de la conscience, à l'estime et à l'amour de ses semblables , aux agréments de la société des gens de bien. Ces motifs envisagés comme une suite de l'ordre sage établi par la Providence, sont

certainement plus respectables et plus puissants que si on les regardait comme l'effet d'une nécessité aveugle, d'un hasard dont on ne peut se rendre raison. La révélation qu'il n'y" a point d'autre vie. Il est fâcheux même nous apprend que Dieu récompense que les philosophes incrédules leur fournis- souvent en ce monde les hommes vertueux, sent des sophisinespourse confirmer dans ce et punit les méchants sans préjudice de ce système affreux, et se rendent ainsi coupa- qu'il leur réserve dans l'autre vie. blés de leurs forfaits.

Quatrième preuve.

80. Les fondateurs de sociétés, auteurs Jes lois humaines, connaissaient sans doute par leuroropre expérience la nature des êtres au bonheur desquels ils consacraient leurs travaux. Ils savaient que l'homme a une conscience, un sentiment moral, le dé-

Sixième preuve.

82. Les écarts et les erreurs dans lesquels sont tombés les moralistes qui ont refusé de reconnaître une loi naturelle divine, suffisent pour nous en faire sentir la nécessité. Ils ont méconnu les devoirs de l'homme envers Dieu et envers lui-même ; ils ont altéré ou affaibli toutes ses obliga-

1329 PART. IV. TH. DOGM. KT MOU. — SECT. I. TH. MOU. - PH1NC1P. DK METAPH. I&0 ti on s envers !a société. Quelquès-una ont tion, droit naturel, justice, vice el vertu, soûl

enseigné de» maximes dont le scandale a fait rougir leurs confrères. Quand on suppose

l'homme do même nature que la brute , de quelle morale peut-il être susceptible ?

Il v a néanmoins, dira-t-on, dans les matérialistes mômes, de très-bonnes maximes de morale. Soit. Mais elles ne découlent point de leur système ; c'est une ineonsé-

des mots vido de sens : tous supposent une intelligence souveraine qui préside à l'ordre physique et moral de l'univers.

ARTICLE il

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