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Chapitre premier

Ce que c'est que le droit naturel.

1. Toute action humaine est bonne ou mauvaise. Elle est bonne, si elle tend à la conservation ou à la perfection de l'homme; elle est mauvaise, si elle tend à le détruire ou à le détériorer. Elle tend à conserver l'homme, si elle peut contribuer à la durée de sa vie, ou à la conservation de son état ; elle tend à le perfectionner, si elle peut contribuer à fortifier et augmenter ses facultés, tant de l'âme que du corps. On peut juger par la seule opposition dece qui peut détruire l'homme ou le détériorer.

2. L'homme, par sa nature, désirant le bien et haïssant le mal, il s'ensuit qu'il doit, par sa nature, se porter aux actions qui peuvent le conserver ou le perfectionner, et éviter celles qui peuvent le détruire ou le détériorer. Mais comme le bien et le mal sont quelquefois réels et quelquefois apparents, 1 homme a besoin de règles pour faire un bon choix.

S. On entend par règle quelque principe ou maxime évidente, par laquelle l'homme puisse distinguer le bien d'avec le mal.

'*. Celle règle, pour remplir son objet, doit

être droite, certaine, constante, sans quoi elle cesserait d'être règle.

5. 11 v a plus; elle sera de peu d'usage, si la volonté humaine n'est pas engagée à s'en servir par quelque motif efficace et imposant.^.

G. Ce motif ne peut être autre que la bonlé même ou la méchanceté des actions, ou la volonté d'un être supérieur, dont l'homme reconnaisse l'empire, et qui ait joint à son principe la promesse de quelque récompense, et la menace de quelque punition. Ce sont ces motifs qui rendent la règle obligatoire. Quand le motif est la bonté ou la méchanceté de l'action, on dit que l'obligation est interne ; elle est externe, quand le motif est la volonté du législateur. L'obligation interne fait les actions bonnes; l'obligation externe fait les actions justes, c'est-àdire conformes à une mesure , qui est la loi. De deux personnes, dont l'une oblige l'autre, la première a un droit, l'autre un devoir.

7. On peutjuger par là qu une règle jointe à une obligation qui ne serait qu'interne, ne suffirait point à l'homme. Comme celte obligation ne porterait l'homme à agir que par le motif de la bonté de l'action, et que d'ailleurs il arrive souvent que nous prenons le bien apparent pour le bien réel ; la règle qui ne serait jointe qu'à l'obligation interne, pourrait être incertaine, et de là elle cesserait d'être règle.

8. Nous avons donc besoin d'un autre règle qui soit la volonté d'un être, dont nous reconnaissons l'empire. Or cet être nous oblige sans menace de punitions, ou avec menace. Dans le premier cas, l'obligation est nommée par Les jurisconsultes imparfaite ; dans le second, elle est parfaite et s'appelle loi (2309). Ainsi la règle des actions humaines qui nous oblige strictement, rigoureusement, parfaitement, 'consiste dans les lois, lex, a ligando. Le recueil de ces lois s'appelle par excellence, jus, a jubendo.

9. Maintenant, comme il n'est pas douteux qu'on doive appeler Etre supérieur celui de qui dépend notre existence, dont nous sommes tenus de reconnaître l'empire, parce qu'il a droit d'exiger de nous de la soumission, qu'il a le pouvoir de nous punir lorsque nous cherchons à nous soustraire à son empire, et qu'il manifeste avec évidence qu'il n'a point renoncé à cet empire, et qu'il ne voudra jamais y renoncer; il est évident de môme que cet Etre supérieur ne peut-être que Dieu; que Dieu par conséquent doit être regardé comme l'unique au-

(-2309) Ces notions s'éclaireiront de plus en plus dans la suite de ce traité.

ms

teur du droit que nous avons dit être la règle des actions humaines.

10. Nous ne devons donc point chercher d'autre droit que celui que Dieu a donné au genre humain. Ce droit, puisqu'il est pour tous les hommes, doit être connu de tous les hommes. Or il n'y a que deux voies par lesquelles une chose puisse venir à la connaissance de tous les hommes, la révélation surnaturelle et la droite raison. On con-

ectte loi ; à plus forte raison aucun mortel ne peut-il y déroger sans crime.

16. 11 n'est pas difficile maintenant de reconnaître en quoi le droit naturel diffère du droit civil. On connaît l'un parles lumières de la raison, l'autre par la loi promulguée de vive voix ou par écrit.L'un s'étend aussi loin que la raison même, l'autre se renferme dans chaque état. L'un se porte sur les actions bonnes ou mauvaises en elles-

viendra qu'il n'existe point de révélation mêmes, tant internes qu'externes; l'autre

surnaturelle, reconnue pour vraie et divine sur les actions externes et quelquefois in-

généralement par tous les hommes. 11 ne différentes en elles-mêmes, en tant qu'elles

reste donc que la droite raison, ou, ce qui doivent se rapporter et tendre au salut de

est la même chose, le droit naturel, qui corn- chaque état.

prend les lois que la nature seule par le 17. Mais, quoique ces droits diffèrent enmoyen de la raison, fait parvenir à la con- tre eux, on ne peut néanmoins douter que naissance de tous les hommes. la connaissance du droit naturel ne soit utile 11. Donc le droit naturel n'est autre chose à l'étude du droit civil, puisque celui-ci que le recueil, des lois que Dieu a données au adopte la plupart des préceptes du premier, genre humain par les lumières de la droite et qu'on ne doit jamais séparer l'équité naraison. Si on aime mieux la considérer turelle du droit civil strict, de peur que comme science, cette jurisprudence natu- celui-ci ne devienne une injustice. relie sera une habitude pratique de con- 18. D'après ces notions londamentales, il naître, par le secours de la droite raison, la est évident que, de toutes les créatures que volonté du législateur de la nature humaine nous connaissons ici-bas, l'espèce humaine et d'en faire l'application à tous les cas qui est la seule qui soit régie par le droit naluse présentent. Cette jurisprudence s'occu- rel, puisqu'elle seule est douée de raison, pant à interpréter et à appliquer le droit qui Mais, comme les hommes peuvent être convient de Dieu, on pourra l'appeler jurïsprw- sidérés, ou comme particuliers, ou comme

réunis en société, et formant, par leur réunion,"ce qu'on appelle un Etat , le droit qui régit les actions de chaque particulier se

dence divine.

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